‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 66 sur 228 · MA M · texte numérisé non relu

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et non Je causer du mal, sans examiner si elles étaient superstitieuses ou non, contraires ou conformes à l'esprit delà religion. D'autres empereurs ont condamné dans la suite toutes ces sortes de pratiques sans distinction, parce que c'est une vraie magie ; l'on ne peut pas compter assez sur la probité de ceux qui l'exercent pour s'assurer qu'ils s'en serviront toujours dans le dessein de l'aire du bien, et qu'ils ne les emploieront jamais dans l'intention de faire du mal. De même les lois de l'Eglise ont défendu, sous peine d'anathème, toute pratique superstitieuse, quel qu'en soit l'objet ou l'intention, et cette défense a été renouvelée dans plusieurs conciles. Thiers, Traité des Superst., t. î, 1. h, c. 5, p. U8. Comme la magie faisait partie du paganisme , il n'est pas étonnant qu'elle ait encore régné, même après rétablissement du christianisme. Un ancien Pénitentiel enjoint sept ans de pénitence, dont trois au pain < t à l'eau, à ceux qui se sont servis d'un maléfice dans le dessein de causer la mort à quelqu'un, ou d'exciter des tempêtes. Il ne s'ensuit pas de là que l'on ait cru à l'efticacité de ces pratiques, puisque le pénitentiel romain condamne ceux qui y croient , quoiqu'il statue les mêmes peines. (Notes du P. Menard sur le Sacramentaire de S. Grégoire, p. 2ii et 252.) Au ix" siècle, Agobard, archevêque de Lyon, tit un traité du Tonnerre et de la Grêle, dans lequel il attaque 'a crédulité du peuple, qui pense que ce sont les sorciers qui excitent les orages. Déjà l'auteur des Questions aux orthodoxes, qui a vécu dans le ve siècle, avait combattu cette opinion , et avait soutenu qu'elle est contraire à l'Ecriture sainte, Quœst. 31

Un des maléfices les plus célèbres dans l'histoire est celui dont voulut se servir Robert, comte d'Artois, pour faire périr le roi Philippe le Bel et la reine son épouse. Il avait fait faire leur image en cire, el il fallait que ces figures fussent baptisées avec toutes les cérémonies de l'Eglise ; il était persuadé qu'en piquant au cœur ces tigures magiques, il causerait des blessures mortelles à ceux qu'elles représentaient. (Mémoire de VAcad. des Inscriptions, t. XV, in-12, p. 428.) D'autres personnes considérables ont été accusées du même crime.

Malgré les lumières que les philosophes se vantent d'avoir répandues dans notre siècle, la croyance aux maléfices est encore assez commune parmi les peuples des campagnes. Us sont persuadés que ceux qu'ils appellent sorciers peuvent l'aire tomber la giêle et le tonnerre, donner des maladies aux hommes et aux animaux , faire tarir la source du laitage ou le faire tourner, rendre les personnes mariées incapables d'user du mariage , exciter entre elles une inimitié incurable, etc. Cette fausse croyance donne lieu à plusieurs désordres ; elle fait naître des soupçons, des accusations, des haines injustes ; elle autorise les époux futurs à prévenir le mariage, sois prétexte de se •mettre à couvert des maléfices; pour en em-

pêcher les effets, elle fait recourir à la magie, comme s'il était permis de faire cesser un crime par un autre crime, etc. Il est donc à propos que les pasteurs soient instruits et bien convaincus de l'inefficacité des ma^/kvs et des autres pratiques superstitieuses, a tin qu'ils puissent détromperie peuple et dissiper ses vaines terreurs par les grands principes de la religion.

Les seuls moyens permis de se préserver ou de se délivrer des maléfices vrais ou imaginaires, sont les bénédictions, les prières, les exorcismes de l'Eglise, la réception des sacrements, le saint sacrifice de la messe, le jeûne, l'aumône, les bonnes œuvres, le signe de la croix, la confiance au pouvoir de Jésus-Christ et à l'intercession des saints. Voy. Magie.

* Malgaches. Peuples de l'île de Madagascar. Ils sont plongés dans les ténèbres du paganisme et oîïrenl des sacrilices humains. Leur histoire religieuse appartient au Dictionnaire des Religions.

MAMBKÉ, est le nom d'une vallée trèsfertile et fort agréable dans la Palestine, au voisinage d'Hébron, et environ à trenteun milles de Jérusalem. Ce lieu est célèbre dans l'Ecriture sainte par \ï séjour que 13 patriarche Abraham y fit sous clés tentes , après s'être séparé de Lot, son neveu, et plus encore par la visite qu'il y reçut de trois anges qui lui annoncèrent la naissance miraculeuse d'Isaac (Gen. xvui).

Le chêne ou le iérébinthe, sous lequel ce patriarche reçut les anges, a été en grande véiiération chez les anciens Hébreux; saint Jérôme assur .» que de son temps, c'est-àdire sous le règne de Constance le Jeune, on y voyait encore cet arbre respectable ; et si l'on en croit quelques voyageurs, quoiquo le térébiuthe eût été détruit, il en avait repoussé d'autres de sa souche, que l'on montrait pour marquer l'endroit où il était. Les fables que les rabbins ont forgôes sur cetar bre ne valent pas la peine d'être rapportées. Le respect que l'on avait pour ce lieu y attira un si g and concours de peuple, que les Juifs, naturellement portés au commerce, y établirent une foire qui devint fameuse dans la suite. Saint Jérôme, inJerem.,.c. SI, et in Zach., c. 10, assure qu'après la guerre qu'Adrien fit aux Juifs, on vendit à la foire de Mambré un grand nombre de captifs, qu'i's y furent donnés à très-vil prix; ceux qui ne furent point vendus, furent transportés en Egypte , où ils périrent de faim et de misère. Telle était l'humanité des Romains; jamais les empereurs chrétiens n'ont commis de barbarie semblable. Les Juifs venaient à Mambré pour y célébrer la mémoire de leur père Abraham ; les chrétiens orientaux, persuadés que celui des trois anges qui avait porté la paro'e à ce patriarche était le Verbe éternel, y allaient avec le respect religieux qui est dû au divin consommateur de notre foi. Quant aux païens qui croyaient aux apparit.ons desd eux, et qui rapportaient toutes les histoires à leurs préjugés, ils y élevèrent des autels, y placèrent des idoles et y offrirent des sacrifices.

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Sozoïnàoe, ffist. ecclés., I. n, c. k, parlant ('os fôtes de Membre, dit que ce lieu tétait dans la plus grande vénération; que tous ceux qui le fréquentaient auraient craint de s'exposera la vengeance divine s'ils l'avaient profané, qu'ils n'osaient y commettre aucune impureté, ni avoir de commerce avec les femmes. Au contraire, Eusôbc, 1. m, de Yita Constant., c. 52, et Soerate, Hist., 1. i, c.18. disent que Eutropia, Syrienne de nation, et mère de l'impératrice l'austa, ayant vu les superstitions et les désordres qui se commettaient à Mambré, en écrivit à l'empereur Constantin , son gendre, qui ordonna au comte Acace de faire brûler les idoles, de renverser les autels, et de châtier tous ccu\ qui dans la suite commettraient quelque impiété sous le térébinthe ; qu'il y lit bâtir une église, et ordonna à l'évoque de Césarée de veiller à ce que toutes choses s'y passassent dans la plus grande décence. C'est mal à propos qu'un critique moderne a cru trouver de la contradiction entre ces trois historiens ; les deux derniers parlent de ce qui se faisait à Mambré avant que Constantin n'y eût mis ordre ; Sozomène, plus récent, raconte ce qu'on y voyait depuis que l'empereur y avait fait une réforme ; il dit précisément la môme chose que les deux autres ; on peut s'en convaincre en confrontant leur narration.

MAMMILLAIRES , sectes d'anabapti-tes formée dans la ville de Harlem, en Hollande, on ne sait pas en quel temps. Elle doit son origine à la liberté que se donna un jeune homme de mettre la main sur le sein d'une fille qu'il voulait épouser. Cette action ayant été déférée au consistoire des anabaptistes, les uns soutinrent que le jeune homme devait être excommunié; d'autres ne jugèrent pas la faute assez grave pour mériter une excommunication. Cela causa une division entre eux ; les plus sévères donnèrent aux autres le nom odieux de mamillaires. Cela ne marque pas qu'il y ait beaucoup d'union, de charité et de bon sens parmi les anabaptistes.

MAMMONA , terme syriaque qui signifie l'argent, la monnaie, les richesses : il est dérivé de man, mon, compte ou nombre. Dans saint Matthieu, c. vi, v. 24, Jésus-Christ dit (pie l'on ne peut servir Dieu et les richesses, mammonœ. Dans saint Luc, c. xvi, v. 9, le Sauveur , après avoir cité l'exemple d'un économe infidèle, qui se lit des amis en leur remettant une partie de ce qu'ils devaient à son maître, dit à ses auditeurs : Faitesvous des amis avec les richesses d'iniquité, de mammona iniquitatis. De là plusieurs incrédules ont conclu que Jésus-Christ proposait un fort mauvais exemple et donnait une leçon pernicieuse, en conseillant aux Juifs de se faire des amis avec les richesses acquises injustement, comme s'il était permis défaire l'aumône du bien d'autrui.

Mais est-il bien décidé que mammona iniquitatis signifie des richesses acquises injustement? Il désigne évidemment des richesses fausses et trompeuses, de la monnaie do

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mauvais aloi, puisque Jésus-Christ les oppose aux vraies richesses : quod verum est quia credet vobis? En hébreu, en syriaque et en arabe le môme terme signifie vrai et vérité, juste et justice, parce que la justice ne trompe point (Ps. lxxxiv, v. 11) : « La miséricorde et la justice, veritas, se sont rencontrées, l'équité et la paix se sont embrassées, » etc. Il est d'ailleurs évident que l'on ne doit pas insister sur toutes les circonstances de la parabole dont Jésus-Christ se sert ; l'économe infidèle ne possédait point de richesses, puisqu'il faisait une remise aux débiteurs de son maître, afin qu'ils le reçussent chez eux lorsqu'il serait privé de son administration. Le dessein du Sauveur était d'inspirer aux hommes le détachement des biens de ce monde, à plus forte raison de les détourner de toute injustice, soit dans l'acquisition, soit dans l'usage des richesses.

MANDAITES, ou chrétiens de saint Jean.

C'est une secte de païens plutôt que de chrétiens, qui est répandue à Bassora, dans quelques endroits des Indes, dans la Perse et dans l'Arabie, dont l'origine et 'a croyance no sont pas trop connues. Quelques écrivains ont pensé que dans l'origine c'étaient des Juifs qui avaient habité le long du Jourdain, pendant que saint Jean y donnait le baptême, qui avaient continué de pratiquer cette cérémonie tous les jours, ce qui les fit nommer hémérobaplistes ; et qu'après la conquête de la Palestine par les mahométans, ils s'étaient retirés dans la Chaldée ( t sur le golfe Persique ; c'est ainsi que d'Herbelot les a représentés dans sa Bibliothèque orientale ; mais cette conjecture n'est appuyée d'aucune preuve. Dans la réalité, ces sectaires ne sont ni chrétiens, ni juifs, ni mahométans. Chambers dit que , tous les ans, ils célèbrent une fêle de cinq jours, pendant lesquels ils vont recevoir de la main de leurs évoques le baptême de saint Jean ; que leur baptême ordinaire se fait dans les fleuves et les rivières, et seulement le dimanche, que c'est ce qui leur a fait donner le nom de clirétiens de saint Jean. Mais on sait que de tout temps les Orientaux ont regardé les ablutions comme une cérémonie religieuse et un symbole de purification , que chez les païens le dimanche était le jour au soleil. Jusque-là nous ne voyons chez les mandaites aucune marque de christianisme, et c'est abuser du terme que de nommer évéques les ministres de leur religion.

Dans les Mém. de l'Académie des Inscript ., tome XII, in-i", p. 16, et t. XVII, in-12, p. 23, M. Fourmonl l'aîné dit que cett 3 secte se donne une origine très-ancienne, et la fait remonter jusqu'à Abraham; que do temps immémorial elle a eu des simulacres, des arbres et des bois sacrés, des temples, des fêtes, une hiérarchie, un culte public, même une idée de la résurrection future. Voilà des signes très-évidents de polythéisme et d'idolâtrie, et non de judaïsme ou de christianisme. Les astrologues, qui dominaient chez les mandaites, forgeaient des

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rio-iini'S, ou les rejetaient, selon leurs calculs astronomiques. Les uns soutenaient que la résurrection devait se faire au bout Je neuf mille ans, parce qu'ils fixaient à ce temps la révolution des globes célestes; d'autres ne l'attendaient qu'après trente-six railîe quatre cent vingt-six ans. Plusieurs admettaient dans le monde , ou dans les mondes, une espèce d'éternité, pendant laquelle tour à tour ces mondes étaient détruits et. refaits. Toutes ces idées étaient communes chez les anciens Chaldéens. On ajoute que les mandaïtes font une mention honorable de saint Jean-Baptiste , qu'ils le regardent comme un de leurs prophètes, et prétendent être ses disciples; cpie leur liturgie et leurs autres livres parlent du baptême et de quelques autres sacrements qui ne se trouvent que chez les chrétiens. Si M. Fourmont avait exécuté la promesse qu'il avait faite de nous donner une notice des livies de cet'e secte, qui sont à la bibliothèque du roi, et qui sont écrits en vieux chaldéen, nous la conn dtrions mieux. Mais ni cet académicien, ni Fabricius, qui parle des chrétiens de saint Jean , Salut, lux Evang., p. 110 et 119, ne nous apprennent point si ces prétendus chrétiens ont pour principal objet de leur culte les astres ; si, par conséquent, ce sont de vrais sabéens ou sabaïtes, comme on le prétend. Il y a une homélie de saint Grégoire de IS'azianze, contre les sabéens; l'Alcoran parle aussi de cette secte, et Maimonide en a souvet t fait mention ; mais sous le nom de sabéens ou zabéens, ce dernier entend les idolâtres en général : nous ne savons donc pas s'il faut appliquer aux mandait es en particulier ce que disent ces divers auteurs, puisque le culte des astres a été commun à tous les peuples idolâtres. Le savant Assémani pense, d'après Maracci, que les mandaïtes sont de vrais païens, qu'ils ont pris que'ques opinions des manichéens, qu ils n'ont emprunté des chrétiens que le culte de la croix, et que c'est ce qui leur a fait donner Je nom de chrétiens. Bibliotli. orient., tome IV, p. 609. Voy. Astres, Paganisme, Sabaïsme.

MANES, âmes des morts. L'inscription, diis manibus, que les païens gravaient indistinctement sur tous les tombeaux, démontre qu'ils plaçaient au rang des dieux, des morts qui souvent avaient été très-vicieux, et qu'ils rendaient les honneurs divins à des personnages qui avaient plutôt mérité que leur mémoire lût flétrie. A la vérité, les Romains n'accordaient les honneurs de l'apothéose qu'aux empereurs; c'étaient à eux seu's que l'on bâtissait des temples, et que l'on rendait un culte public; mais chaque particulier avait le droit d'honorer de même chez lui tous les morts qui lui avaient été chers : Cicéron, dans son ou\raae intitulé Consolation, nous apprend (ju'il avait l'ait bâtir une chapelle aux mânes de Tullia, sa tille. Dans le vestibule de toutes Igs maisons consi .érables, il y avait une autel consacré aux dieux lares , que l'un CFovail être les âmes des ancètr s de la fa-

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Pour excuser celte conduite, quelques-uns de nos philosophes on dit qu'en donnant aux âmes des morts le nom de dieux, les païens entendaient seulement qu'elles étaient dans un état de béatitude ; que par la mort du corps elles avaient acquis un pouvoir et des connaissances supérieures à celles des mortels ; qu'elles pouvaient, par conséquent, les instruire et les aider; c'est pour cela qu'on leur rendait des honneurs, et qu'on les invoquait à peu près comme nous en agissons à l'égard des saints.

Cette comparaison n'a aucune justesse.

1° Les honneurs que l'on rendait aux empereurs divinisés étaient précisément les mêmes q\ie ceux que l'on accordait aux grands dieux, aux dieux du premier rang ; les uns et les autres, avaient des temples, des autels, des fêtes, des collèges de prêtres, et l'on ne sait pas jusqu'à quel point les particuliers superstitieux pouvaient impunément porter le culte qu'ils rendaient à leurs ancêtres. On sait qu'aujourd'hui à la Chine le culte religieux est à peu près réduit à ce seul objet. C'était dégrader la Divinité que de confondre ainsi son culle avec celui des hommes ou des mânes. — 2° 11 était absurde de supposer dans l'état de béatitude des morts qui ne l'avaient pas mérité, et que l'on aurait dû croire plutôt tout mentes dans les enfers par les furies. On ne pouvait donner aux vivants une leçon plus pernicieuse que de leur persuader que la vertu n'était pas nécessaire pour être plus heureux après la mort. Nous ne voyons plus h quoi servait l'enfer décrit par les poètes, si ce n'est tout au plus à punir les fameux scélérats qui avaient inspiré de l'horreur par leurs crimes — 3" Hien n'était plus inconséquent que les idées des païens touchant l'état des morts et le séjour des âmes. L'inscription, Sit tibi terra levis, gravée sur les tombeaux, supposait que l'âme du mort y était renfermée. Pouvait-on attribuer beaucoup de puissance à un mort, quand on craignait qu'il ne fût écrasé sous le poids de la terre qui le couvrait ? Le croyait-on fort heureux, quand on pensait qu'il avait besoin de nourriture, qu'il pouvait être at hé par l'odeur des victimes, des mets, des libations qu'on lui offrait ? Les poètes semblent ne placer dans l'élysée que les âmes des héros ; pour celles des hommes du commun , soit vertueux , soit vicieux, on ne sait pas trop ce qu'elles devenaient.

On supposait d'abord que les bonnes âmes des ancêtres habitaient avec leur famille tt la protégeaient ; que celles des méchants, que l'on appelait larves ou fantômes, étaient errantes sur la terre, où elles venaient effrayer et inquiéter les vivants. Celte opinion devait donner une bien mauvaise idée de la justice divine. Les cérémonies nocturi es que l'on employait pour les apaiser, h s menaces que faisaient des personnes passionnées de venir après leur mort tourmenter leurs ennemis, doivent être pour les pa eus un sujet continuel de crainte et d'in-

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quiétude; ils étaient toujours dans la même agitation que les esprits faibles et peureux éprouvent parmi nous. De la il résulte que la croyance de l'immortalité des Ames n'avait presque aucune influence sur les mœurs des païens ; elle ne servait qu'à troubler leur repos. Il était donc fort nécessaire que Du u nous éclairât sur ce point ti ès-imporlant par les lumières de la révélation ; ce que nous en apprennent les livres saints, est, à tous égards, plus raisonnable, plus consolant, plus propre à nous rendre vertueuv que tout ce qu'en ont dit les philosophes : ceux-ci n'en savaient pas plus que le peuple sur l'état des ;'<mes après la mort.

Il n'est pas besoin d'une longue discussion pour montrer que le culte rendu aux saints dans le christianisme n'est sujet à aucun des inconvénients que nous reprochons au culte des mânes. Nous ne plaçons au rang des bienheureux que des personnages qui ont édifié le monde par des vertus héroïques, et dont la sainteté a été prouvée par des miracles ; nous ne leur rendons pas le môme culte qu'à Dieu, puisque nous ne leur attribuons point d'autre pouvoir que d'intercéder pour nous auprès de lui : ce que la foi nous en apprend ne peut nous causer ni crainte, ni inquiétude, mais plutôt la confiance en Dieu et la tranquillité.

On n'aperço t chez les patriarches, ni chez les Juifs, aucun des abus que les pa.ens pratiquaient à l'égard des morts : il était sévèrement défendu aux Juifs d'évoquer et d'interroger les morts (Deut. c. xvm, v. U), et de leur faire des offrandes (c. xxvi, v. 14). Celui qui avait touché un cadavre était censé impur. Tobie dit à son fds : « Mangez votre pain avec les pauvres, et couvrez leur n idité de vos vêtements ; placez votre nourriture sur la sépulture du jus'e, et ne la mangez pas avec les pécheurs [Tob., c. iv, v. 17). » 11 n'est pas question là d'une offrande faite au mort, mais d'une aumône faite aux pauvres à l'intention du mort. Voy. Mohts, Evocation.

Il e>t toujours utile de comparer les erreurs des nations païennes avec les idées plus justes qu'ont eues les peuples éc a;rés par la révélation : si les incrédules avaient pris cette peine, ils auraient été moins témérair s. H y a dans les Mém. de VAcad. des Hiscripl., t. I, in-12, p. 33, une bonne disserlation sur les lémures, mânes, ou âmes des morts; on peut consulter encore Windet, de Vita functorum statu. Voy. Nécromancie.

MANICHÉISME, système de Manès, hérésiarque du nic siècle, qui admettait deux pr ncipes créateurs ou formateurs du monde, l'un bon et auteur du bien, c'est ce que l'on appelle autrement le dualisme ou le dithéisme. Ce système, tout absurde qu'il est, a duré si longtemps, a pris tant de formes différentes, a trouvé tant de défenseurs, a été attaqué par des hommes si célèbres, que nous ne pouvons nous dispenser de l'examiner avec soin. Nous considérerons, 1" l'origine du manichéisme ; 2° les erreurs qu'il reuler-

mail ; 3° ses progrès et sa durée. 4* Nous prouverons qu'il est absurde à tous égards, et qu'il ne peut résoudre aucune difficulté, 5' Nous verrons comment il a été alttqué dans ces derniers temps. 6° Nous montrerons qu'il a été mieux réfuté par les Pères de l'Eglise que par les philosophes. 7° Nous examinerons l'apologie que Beausobre a voulu en faire.

I. Origine du manichéisme. On conçoit d'abord que c'est la difficulté de concilier l'existence du mal avec labontédu Créateur, qui a conduit les raisonneurs à supposer deux irincijies éternels, dontl'un a produit le bien, 'autre a fait le mal. U serait difficile de savoir quel a été le premier auteur de celle doctrine impie, qui a été suivie par la plupart des philosophes orientaux, surtout par ceux de la Perse que l'on a nommés les mages. La révélation nous en fait assez sentir l'absurdité, en nous apprenant qu'un seul Dieu tout-puissant a créé toutes choses. Dieu dit souvent aux Juifs : C'est moi qui donne la vie. et la mort, qui frappe et qui guéris. (Deuteron. c. xxxn, v. 39, etc.). Il dit par Isaïe : Cesl moi qui ai créé la lumière et les ténèbres, qui donne la paix cl qui fais lis maux (c. xlv, v. 7). Ces paroles sont adressées à Cyrus, près d'un siècle avant sa naissance, comme si Dieuavait voulu le tenir en garde contre les leçons des magesqui furent ses maîtres. Tobie, transporté dans le voisinage de la Perse, disait de même : « C'est vous, Seigneur, qui affligez et qui sauvez, qui conduisez au tombeau et qui en retirez (c. xm, v. 2).» Mais les philosophes ne pouvaient comprendre comment un Dieu bon a pu faire le mal.

Manès naquit dans la Perse l'an 240! Selon les auteurs ecclésiastiques, il fut acheté, dans son enfance, par une veuve fort riche, qui le fit instruire avec soin ; il lut les livres d'un arabe nommé Scylhien, ou d'un disciple de celui-ci nommé Buddas, et y puisa son système. Socrate, Hist. ecclés., 1. i, c. 22. Mais selon les historiens orientaux, Manès était mage d'origine, et avait été élevé dans la religion de Zoroastre ; il fut instruit dans toutes les sciences cultivées par les mages; il possédait la géométrie, l'astronomie, la musique, la médecine, la peinture, et se distingua par ces divers talents. Il embrassa le christianisme dans l'âge mûr, i; lut l'Ecriture sainte ; on prétend même qu'il fut élevé au sacerdoce ; il entreprit de réformer tout à la fois la doctrine des mages et celle des chrétiens, ou de concilier ensemble ces deux religions : lorsqu'on s'aperçut qu'il altérait la foi chrétienne, il fut chassé de l'Eglise. Mém. de VAcad. des Inscript., tome CM, in-12, pag. 336 et suiv, Mais saint Cyrille de Jérusalem, qui écrivait soixante-dix ans seulement après Manès, ne convient point que cet hérésiarque ait jamais été chrétien. Catéch. 6, note 20 de Cranco'as. Manès ne fut donc pas créateur du système "es deux principes. Si nous en croyons Plutaique, celle doctrine r< monte à la plus haut*; antiquité, et se trouve chez toutes les naîiuus.

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Dans son traité d'isis el (ÏOsiris, Plalarque attribue le dualisme , non-seulement aux Perses, aux Chaldéens, aux Egyptiens et au commun des Grecs, mais aux philosophes /es plus célèbres, tels que Pythagore, Emuédocle, Heraclite, Anaxagore, Platon et Aristote. Voy. Dieu, Idolathie.

Spencer, dans sa dissertation de Hirco tmiss., c. 19, sect. 1, en parle comme Plutarque. « Les Egyptiens, dit-il , appelaient le dieu bon Osiris, et le mauvais dieu Typhon. Les Hébreux sup rstitieux ont donné à ces deux principes les noms de Gad et de Ment, la bonne et la mauvaise fortune : et les Perses ont appelé le premier Oromasdc, ou plutôt Ormuzd, et le second Ahriman. Les Grecs avaient de môme leurs bons et leurs mauvais démons ; les Romains leurs joves ou véjoves, c'est-à-dire des dieux bienfaiteurs et des dieux malfaisants. Les astrologues exprimèrent le môme sentiment par des signes ou des constellations, les unes favorables et les autres malignes; les philosophes par leurs principes contraires, en particulier les pythagoriciens pas leur monade et leur diade, etc. Windet, dans sa dis^ert. de Vita fanctorum statu, p. 15 etsuiv., fait la môme remarque, et dit que l'on découvre des vesliges de ce système dans tout l'Orient, jusqu'aux Indes et à la Chine. Reausobro, dans son Histoire critique de Maniche'e et du manichéisme, a cité ces auteurs, et semble ôtre de leur avis,

Il nous paraît que tous ces savants ont abusé de l>uir érudition. Ils n'ont pas mis assez dedilï'érence entre ceux qui ont admis deux principes éternels actifs, et ceux qui ont envisagé la matière éternelle comme un principe passif; entre ceuxquiontsupposé deux principes incréés et indépendants l'unde l'autre, et ceux qui les ont considérés comme des ôtres produits et secondaires, subordonnés a une cause première et unique. Or, selon Plutarque lui-même, les Egyptiens admettaient un Dieu suprême et créateur, qu'ils nommaient Cnrph ou Cnuphis, et leur fable sur Osiris et Typhon n'a pas un sens fort clair. Zoroastre, dont nous avons à présent les ouvrages, enseigne que le bon et le mauvais principe ont été produits par le temps sans bornes ou par l'Eternel. (Zend- Avesta, t. I, n'part., p. 414; t. II, p. 3i3 et 34V.) Dans les Mém. deiAcad. des Jnscript., t. LXXI, in-12, pag. 123, M. Anqueul s'est attaché à faire voir que Zoroastre admettait la création proprement dite.

On ne prouvera jamais que les Hébreux aient pris la bonne et la mauvaise fortune pour deux personnages éternels, indépendants et créateurs ; ce n'est point là non plus l'opinion des astrologues qui ont distingué de bonnes ou de mauvais s influences des étoiles et des planètes. Nous avouons que les païens en général ont honoré des dieux malfaisants ; mais ils croyaient aussi que le même Dieu envoyait tantôt des bienfaits à un peuple pour récompenser sa piété, et tantôt des malheurs, pour sevenger d'une offense. Le même Jupiter, auquel on attribuait une victoire gagnée, était aussi armé

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de la foudre pour faire trembler les hommes Homère suppose que devant le palais do Jupiter il y a deux tonneaux dans lesquels ce dieu puise alternativement les biens et les maux qu'il verse sur la terre ; voilà son principal emploi. Les Grecs et les Romains pensaient que les divinités infernales ne pouvaient affliger les hommes qu'autant que Jupiter le leur permettait. Ce n'est point là le système des dualistes. Voilà pourquoi Fauste le manichéen niait formellement que l'opinion de sa s cte, touchant les deux principes, fût venue des païens. S. Aug. contra Faustum. 1. xx, c. 3. Les incrédules sont-ils bien fondés à soutenir que parmi nous le peuple est manichéen, p irce qu'il attribue souvent au démon les malheurs qui lui arrivent?

Quant aux philosophes, tels que Pvthagore et Platon, un savant académicien a fait voir qu'ils admettaient en elfet deux principes éternels de toutes choses, Dieu et la matière , et qu'ils supposaient dans celle-ci une Ame distinguée de Dieu; mais i! observe qu'il y avait plusieurs différences entre leur sytème et celui des mages, et que les académiciens, les épicuriens et d'autres sectes ne suivaient ni Pythagore, ni Platon. Mém. del'Acad. des Inscripl., t. L, in-12, p. 355 et 377. Nous ne voyons pas non plus le dualisme soutenu dans les schasters des Indiens, ni dans le Chou-King des Chinois. Ce n'est donc pas un système aussi répandu que le supposent Reausobre, Windet, Spencer et d'autres critiques.

11 faut avouer qu'avant Manès, Rasiîide, Vaientin, Rardesanes, Marcion et les autres gno tiques du ne siècle l'avaient adopté; et il est probable que tous l'avaient pris dans la môme source, chez les mages de la Perse et chez les autres philosophes orientaux. Mais il pa ait qu'ils y avaient changé un point essentiel, et qu'ils n'admettaient pas, comme Zoroastre, que les deux principes eussent été créés par l'Eternel ; ils semblaient les avoir supposés tous deux éternels et incréés. Quoi qu'il en soit, Manès, pour séduire les chrétiens et les amener à ses sentiments, chercha dans l'Ecriture sainte tout ce qui lui parut propre à les confirmer. 11 vit que le démon y est appelé li puissance des ténèbres, le prince de ce monde, le père du mensonge, l'auteur du péché et de la mort; il conclut que c'était là le mauvais principe qu'il cherchait. L'Evangile dit qu'un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, que le démon est toujours menteur comme son père (/oan. c. vm, v. 44). Donc, dit Manès, Dieu ne peut êtrelc" père ni le créateur du d 'mon. Il crut apercevoir beaucoup d'opposition entre l'Ancien et le Nouveau Testament ; il soutint que ces deux lois ne pouvaient pas être l'ouvrage du môme Dieu. Jésus-Christ avait promis à ses apôtres l'Esprit paraclet, ou consolateur : c'est moi, dit Manès, qui suis cet envoyé du eiel ; et il commença de prêcher. Un' des premiers adversaires' qu'il rencontra, fut Arcbéiaùs, évoque deCharcar ou Cascar, dans la Méso-

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