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faisaient contre l'histoire de la création une multitude d'objections auc les incrédules répètent encore aujourd'hui, et ils expliquaient la formation d'Adam et d'Eve d'une manière absurde. Comme, selon leur sentiment, les âmes ou les portions de lumière se trouvaient par la génération plus étroitement unies à la matière qu'auparavant, ils condamnaient le mariage, parce qu'il n aboutit, disaient-ils, qu'à perpétuer la captivité des âmes. Mais on les accusa de se permettre toutes les turpitudes que peut inspirer la passion de la volupté, et que l'on avait déjà reprochées aux gnostiques ; c'est l'écueil dans lequel sont tombées toutes les sectes qui ont osé réprouver l'union légitime des deux sexes. Puisqu'ils croyaient les {liantes et les arbres animés, c'était un crime, suivant eux, de cueillir un fruit ou de couper un brin d'herbe; mais ils se permettaient de manger ce qui avait été cueilli, coupé ou arraché par d'autres, pourvu qu'ils fissent profession de détester ce crime prétendu. Quelques-uns d'entre eux jugèrent au contraire qu'ils faisaient une bonne œuvre, en délivrant ainsi une âme des liens qui l'attachaient à la matière. Par la môme raison, ils auraient dû approuver l'action de tuer les animaux, et même l'homicide; mais quels hérétiques ont jamais raisonné conséquemment ?
Il paraît qu'ils regardaient la personne du Verbe divin, ou plutôt l'âme de Jésus- Christ, comme une portion de la lumière divine, semblable en nature aux autres âmes, quoique plus parfaite; ainsi leur dociriue,. touchant le mystère de la sainte Trinité t n'était rien moins qu'orthodoxe. Ils soutetenaient que le Fils de Dieu ne s'était incarné qu'en apparence ; que sa naissance , ses souffrances, sa mort , sa résurrection , son ascension, n'avaient été qu'apparentes : ainsi l'avaient déjà soutenu plusieurs anciens hérétiques. Conséquemment les manichéens ne rendaient aucun culte à la croix ni à la sainte Vierge; ils prétendaient que l'âme de Jésus-Christ s'était réunie au soleil, et que celles des élus s'y réunissaient de même: c'est pour cela qu'ils honoraient le soleil et les astres, non-seulement comme le symbole de la lumière éternelle, et comme le séjour des âmes pures, mais comme la substance de Dieu même. Comme ils prétendaient que les âmes se purifiaient par des transmigrations, l'on ne voit, pas quelle vertu ils pouvaient attribuer au baptême ni aux autres sacrements: aussi employaient-ils d'autres céréeurs élusouleursprétenuus s ils attribuaient le pouvoir d'effacer" tous les péchés; ils furent aussi accusés de pratiquer une es; èce d'Eucharistie abominable. Beausobre soutient que c'est une calomnie : mais les preuves qui* en rapporte ne sont pas fort convaincantes. 11 ne réussit pas mieux à les justifier conlre l'accusation de magie que l'on a souvent renouvelée. Mosheim soutient que celte pratique détestable était une conséquence» inévitable des principes des manichéens.
monies faites par évêques, auxque
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Instif. Hi.it. Christ., w part., c. .">, p.. 3,51. Ils avouaient que Jésus-Christ a donné aux hommes une loi plus parfaite que Ionienne; ils s'attachaient môme à décrier •utes les lois et les institutions de Moïse, à eroir toutes les actions des personnages e l'Ancien Testament, à trouver des conu-adiclions entre celui-ci et l'Evangile. C'est ce qu'avaient déjà fait avant eux Basilide, \arpocra e, Appelles, Cerdon et Marcion. Saint Augustin, contra Advers. legis et proph., 1. ii, c. 12, n. 39. Les manichéens n'avaient pas plus de respect pour les saints du christianisme, ni pour les imagos, que pour ceux de l'ancienne loi ; mais ils élevaient jusqu'aux nues et respectaient h l'excès leurs propres docteurs. Ils altéraient à leur gré le texte des évangiles et des épîtres de saint Paul ; ils soutenaient que les passages de ces livres qu'on leur opposait avaient été corrompus ; ils composèrent un nouvel Evangile et d'autres livres, et ils les mirent entre les m tins de leurs prosélytes, ou du moins ils adoptèrent des livres apocryphes que d'autres avaient forgés. Toutes ces impiétés auraient révolté les hommes de bon sens, si on les leur avait présentées à découvert ; mais aucune secte d'hérétiques n'a su aussi bi' n déguiser sa doctrine, et ménager la crédulité de ceux qu'elle voulait séduire , que celle des manichéens. Pour en imposer aux catholiques, ils affectaient de se servir des expressions de l'Ecriture sainte, et des termes usités dans l'Eglise. Ils faisaient semblant d'admettre le baptême, et par là ils entendaient Jésus-Christ quia dit : Je suis une source (Veau vive; de recevoir l'Eucharistie, et c'étaient les paroles de Jésus-Christ, qui sont le pain de vie ; d'honorer la croix , et c'était encore Jésus-Christ étendant les bras; d'honorer la Mère de Dieu, et ils désignaient ainsi la Jérusalem céleste ; de respecter saint Paul et saint Jean, mais ils donnaient ce nom à deux personnages de leur secte, etc. Ils llattaient leurs disciples, en leur mettant entre les mains les livres saints accommodés à leur doctrine, et en blâmant les pasteurs de l'Eglise catholique, qui en défendaient, disaient-ils, la lecture au peuple. Manès n'était peut-être pas l'auteur de toutes ces fourberies ; mais ses sectateurs en firent souvent usage. Un de leurs docteurs, nommé Aristocrite, enseignait qu'au fond les religions ; aienne, juive, chrétienne, convenaient dans le principe et dans les dogmes, qu'elles lied lieraient que dans les termesetdansquelques cérémonies. Partout, disait-il , on croit un Dieu suprême et des esprits inférieurs ; partout des récompenses et des peines dans une aulre vie; partout on voit des temples, d^s sacrifices, des sacrements, des prières, (ies olfrandes, etc.; il n'est question que d'en bien prendre le sens. Cet artifice a été mis en usage par plusieurs autres hérétiques Les manichéens, poursuivis et punis dès leur naissance , se crurent la dissimulation, ie mensonge, le parjure, les fausses professions de foi permis. Quelques-uns eurent l'audace d'accuser Jésus-Ch. ist de cruauté .
parce qu'il a dit : Si quelqu'un me renie devant 1rs hommes , je le renierai devant mon Père. Ils soutinrent que ces paroles avaient été fourées dans l'Evangile. Ajoutons à ces supercheries l'affectation d'une morale nustère et d'une vie mortifiée, un extérieur modeste et composé, une adresse singulière à travestir et à décrier la doctrine, la conduite, les mœurs du clergé catholique , l'attention de ménager et de concilier les différentes sectes séparées de l'Eglise: nous ne serons plus surpris de voir le manichéisme faire des progrès rapides. Ce n'est pas la seule f is que ce manège des hérétiques ait réussi. Saint Augustin, malgré la pénétration de son génie, fut pris à ce piège dans sa jeunesse; mais détrompé par la lecture des livres saints, il attesta qu'il avait embrassé le manichéisme sans le connaître parfaitement , moins par conviction que par le plaisir de contredire et d'embarrasser les catholiques, parce que les coryphées de la secte flattaient sa vanité et le comblaient d'éloges lorsqu'il avait paru vaincre dans la dispute. Aussi trouvèrent-ils en lui, après sa conversion, un adversaire redoutable qui ne cessa de les démasquer et de les confondre.
Beausobrc a cependant trouvé bon de contester et de pallier la plupart des erreurs attribuées aux manichéens ; il accuse les Pères de l'Eglise de les avoir exagérées par un faux zèle, et pour se ménager le droit de persécuter ces hérétiques. Par la même raison, les Pères ont sans doute aussi calomnié les différentes sectes de gnostiques avec lesquelles les manichéens se sont alliés. Mais à qui devons-nous plutôt nous fier, aux Pères de l'Eglise qui ont conversé avec le-s manichéens , qui ont lu leurs livres, qui leur ont fait abjurer leurs erreurs , lorsqu ils se sont convertis; ou à un protestant qui n'a eu aucun de ces moyens pour les connaître, et qui se trouve intéressé à les justifier pour l'honneur de sa propre secte ?
Comme les protestants ont voulu se donner pour prédécesseurs des sectaires du xir et du xme siècle, dont plusieurs- étaient manichéens, il a bien fallu prendre le parti de ces derniers contre l'Eglise catholique. Ces hérétiques rejetaient les sacrements, le culte de la sainte Vierge , des saints, de la croix , des images, aussi bien que ies protestants ; voilà , selon ceux-ci , des témoins de la vérité qui remontent jusqu'au m* siècle, et en les réunissant aux gnostiques nous parviendrons au temps des apôtres. Mais les apôtres ,ont condamné les gnostiques : donc ils ont proscrit d'avance les manichéens et toute leur prospérité jusqu'à la fin des siècles. En rejetant les dogmes et les pratiques dont nous venons de parler, les manichéens ont déclaré la guerre à l'Eglise catholique : donc ces dogmes et ces pratiques étaient établis dans l'Eglise au ni' siècle ; ce ne sont pas des inventions nouvelles, comme les protestants ont voulu le persuader. Les manichéens ne voulaient honorer ni la sainte Vierge, ni la croix, parce qu'ils niaient la réalité de l'incarnation et de la rédemption;