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rejetant nos sacreraenls, ils y substituaient d'autres cérémonies. Les protestants voudraient - ils signer la même profession de
foi ?
III. Progrès et durée du manichéisme. On sait que les Perses étaient ennemis jurés de l'empire romain : le manichéisme, né dans la Perse, ne pouvait manquer d'être odieux aux empereurs; ils le regardèrent comme un rejeton de la religion des mages. Dioctétien ne fit pas plus de grâce aux manichéens qu'aux chrétiens, et les premiers furent traités avec la môme sévérité par les empereurs suivants qui avai-nt embrassé le christianisme. Pendant deux cents ans , depuis 285 jusqu'en V.)l, ces hérétiques furent bannis de l'empire, dépouillés de leurs biens, condamnés a périr par différents supplices ; les lois portées contre eux sont encore dans le code Théodosien. Ils ne laissèrent pas de se multiplier dans les ténèbres, par les moyens dont nous avons parlé. Sur la fin duive siècle, il y avait en Afrique des manichéens qui furent combattus par saint Augustin ; ils pénétrèrent eux-mêmes en Espagne, puisque
empereurs ; mais vers la fin du ixe siècle, ils furent défaits dans une bataille, et entièrement dispersés. Quelques-uns se réfugièrent en Bulgarie, et furent connus sous lo nom de Bulgares ; d'autres pénétrèrent en Italie, se tirent des établissements dans la Lombardie, envoyèrent des prédicateurs en Franco et ailleurs. L'an 1022, sous le roi Robert, quelques chanoines d'Orléans so laissèrent séduire parla morale austère et la piété apparente des manichéens ; ils furent condamnés au fou. Cette hérésie lit plus de progrès eu Provonce et en Languedoc, surtout dans le diocèse «t'Albi. d"où ses sectateurs furent nommés albigeois. Les conciles que l'on tint contre eux, les efforts que l'on (il pour les convertir, la croisade môme que l'on forma pour leur faire la guerre, les supplices auxquels on les condamna, ne purent les anéantir. Au xii'' et au xm" siècle, cette seclo se reproduisit sous les noms de henriciens, pétrobrusiens, poblicains, cathares, etc. Les semences qu'ils avaient jetées en Allemagne eten Angleterre furet le premier germe des hérésies des hussites et des wicléfites, qui
P.iscillien y enseigna leurs erreurs et celles ont préparé les voias au protestantisme. Dans
des gnosiiques : ses sectateurs furent nommés prisciîlianistes.
En 491, la mère de l'empereur Anastase , qui était manichéenne , fit suspendre dans l'Orient l'effet des lois portées contre eux; ils jouirent ainsi de la liberté pendant vingtsept ans ; mais ils en furent privés sous Just n et ses successeurs. Vers !e milieu du vnc siècle, une autre manie' îéennc, nommée Gallinice , fit élever ses deux fils Paul et Jean dans ses erreurs, et les envoya p.ècher en Arménie. Paul s'y rendit célèbre par ses succès, et les manichéens y prirent le nom de
ces derniers temps, les manichéens avaient abandonné le dogme fondamental de leur secte, l'hypothèse desdeux principes ; ils no parlaient plus du mauvais principe que comme nous parlons du démon, et ils faisaient remarquer l'empire de celui-ci par la multitude des désordres qui régnaient dans le monde. Mais ils avaient conserve Leurs autres erreurs sur l'incarnation et sur les sacrements, leur aversion pour le culte des saints, de la croix et des images, leur haine contre les pasteu. s de l'Eglise catholique, et le libertinage raffiné dans lequel entraîne
pauliciens. Il eut poursuccesseur unnimmé ordinairement une fausse spiritualité Sil vain, qui entreprit d'ajuster le manichéisme avec les expressions de l'Ecriture sainte, et de se servir d'un langage orthodoxe; par cet artifice, il fit croire à une infinité de personnes que sa doctrine était le christianisme le [dus pur. C'est sous cette nouvelle forme qu'elle se produisit dans la suite. 11 y eut
En considérant ces différentes révolutions du manichéisme , quelques écrivains se sont imaginé que la persécution constante exercée contre ces sectateurs a été la principale cause de leur propagation ; l'on nous permettra d'en juger autrement. Nous ne disconvenons point que le secret et la nécessité
cependant des schismes parmi les pauliciens; de se cacher ne soient un attrait pour la cu-
vers l'an 810, ils étaient partagés sous deux chefs, dont l'un se nommait Sergius, et l'autre Baanès : les sectateurs de celui-ci furent appelés baanites. Ils se firent même une guerre sanglante, mais ils furent réunis par un certain Théodole. L'aversion de ces sectaires pour le culte de la croix, des saints et des images, leur concilia l'affection des Sarrasins mahométans , qui faisaient pour lors des irruptions dans l'empire : l'hérésie des iconoclastes ou briseurs d'images, qui so forma sur la fin du vme siècle , venait de la doctrine des manichéens et de celle des mahométans.
L'un 841 , l'impératrice Théodora , zélée pour le culte des images , ordonna de poursuivre a la rigueur les manichéens : on prétend qu il en périt plus do cent mille par les supplices ; alors ils se liguèrent avec les Sarrasins, se bâtirent des places fortes, et soutinrent plus d'une fois la guerre contre les
DiCUONX. DE TllÉOL. DOGMATIQUE. III.
riosité et augmentent le désir de connaître une doctrine proscrite; mais les manichéens employaient assez d'autres ruses pour séduire les simples : nous verrons ci-après que leurs sophismes ne pouvaient manquer d'étourdir tous ceux qui n'avaient aucune notion de philosophie. Ils firent plus de progrès pendant la paix dont ils jouirent sous le règne d'Anastase , que pendant les temps de rigueur ; ils se multiplièrent davantage dans la Perse où ils étaient soufferts , une dans l'empire romain où ils étaient proscrits; cette secte n'a été éteinte dans l'Orient que par l'esprit in'olérant du mahométisme. Les empereurs chrétiens furent principalement déterminés à sévir contre eux , par les crimes dont on les accusait ; la morale corrompue qui s'ensuivait de leurs principes, leur aversion pour le mariage et pour
agricul-
ture, lo libertinage secret par lequel ils sé-
duisaient les femmes, I
ours parjures, la li-
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cence avec laquelle ils calomniaient l'Eglise et ses ministres , etc., sont des excès qui ne peuvent être tolérés par un gouvernement sage. Lorsque l'impératrice Théodore les poursuivit à feu et à sang, ils étaient mêlés avec les ennemis de l'empire et placés sur les frontières; la politique, plus que la religion , dirigeait sa conduite. En Afrique , où ils étaient faibles et paisibles, saint Augustin ne fut jamais d'avis d'employer contre eux la violence, ni de faire exécuter les lois portées contre leurs prédécesseurs. Quand on condamna aux supplices les priscillianistes d'Espagne, saint Léon ne désapprouva pas cette conduite , parce que leur doctrine et leurs mœurs mettaient le trouble uans la société civile. Si l'on sévit contre les albigeois, c'est qu'ils s'étaient ren lus redoutables par leurs excès. Voy. Albigeois , Pmscillianistes. Ainsi , c'est toujours la conduite des hérétiques , encore plus que leur doctrine, qui a décidé de la douce ir ou de la rigueur avec laquelle on les a traités.
On dit que si, au lieu de lois pénales, les évoques avaient fait de bonnes réfutations du manichéisme , il aurait probablement fait moins de progrès ; on se trompe encore : dans tous les siècles cette erreur a été solidement réfutée par les Pères : nous le verrons dans un moment ; et si l'on excepte les deux ou troisépoques dont nous avons parlé, les lois portées contre les manichéens n'ont jamais été exécutées a toute rigueur. Voy. Til'emont, t. IV, p. 407 et suiv.
IV. Le manichéisme est absurdeà tous égards ; il ne peut résoudre la difficulté tirée de l'origine du mal. Bayle, qui avait employé toutes les ressources de son esprit à pallier l'absurdité du système des deux principes, a été forcé entin de convenir que cela n'est pas possible. Second éclairciss. à la lin du Dict. Crit. § 5. Voici une partie des preuves qui le démontrent, et qui ont été employées par les Pères de l'Eglise.
1" Il est absurde de supposer un être éternel , nécessaire, existant de soi-même, et de ne lui accorder qu'un pouvoir borné; une nécessité d'ôtre absolue, et cependant bornée, est une contradiction : rien n'est borné sans cause. Or, un être éternel et nécessaire n'a point de cause. Il est encore plus absurde d'admettre un être éternel et nécessaire essentiellement mauvais ; c'est prétendre que le mal est une substance ou un attribut positif, ce qui est évidemment faux. Une troisième absurdité est de supposer deux êtres éternels et nécessaires , indépendants l'un de l'autre, quant à l'existeace, et qui cependant peuvent se gêner l'un l'autre, s'empèeher mutuellement d'agir d'une manière conforme à leur nature, se rendre réciproquement mécontents et malheureux. L'être éternel et nécessaire est donc essentiellement unique, indépendant , doué d'une puissance infinie, par conséquent du pouvoir créateur; alors il n'est pas pius besoin d'admettre deux principes que d'en admettre mille, puisqu'un seul suffit. Une quatrième absurdité est d'imaginer du mal avant la création, lorsqu'il
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n'y avait encore aucun êtro auquel le mauvais principe pût nuire. Aussi Archélaus soutint contre Manès, qu'il est impossible qu'une substance soit essentiellement et absolument mauvaise, puisque le mal n'est rien de positif, mais seulement la privation d'un plus grand bien. Confér. n° 16. Tertullien a fait ces mêmes arguments contre Her mogène et contre Marcion , et saint Augustin les a répétés.
2° Manès n'était pas moins ridicule, lorsqu'il concevait le bon principe , comme une lumière , et le mauvais sous l'idée des ténèbres; la lumière est un corps; les ténèbres n'en sont que la privation. Pouvait-il dire par quelle barrière la région de la lumière avait été de toute éternité séparée de celle des ténèbres? comment l«s ténèbres, qui ne sont qu'une privation , avaient pu faire une irruption dans la région de la lumière ? On concevrait plutôt que la lumière, pir son mouvement, avait lait une irrupùon dans la région des ténèbres. Confér. d Archélaus , n° 21 et suiv. Cet hérésiarque manquait de bon sens , lorsqu'il disait que les âmes ou les esprits sont des portions de lumière; ce seraient donc des corps. L'esprit est un être simple et indivisible ; il ne peut faire partie d'un autre esprit, ni, par conséquent, en sort'r par émanation ; il ne peut commencer d'être que par créaiion. Le bon principe, être simple et nécessaire, a-t-il pu perdie une partie de sa substance, en laissant émaner de lui d'autres esprits ? S'il a le pouvoir créateur, tout autre pouvoir que le sien est inutile et absurde. Les manichéens ne. s'entendaient pas eux-mêmes, en soutenant que le mauvais principe a fait les corps. S'il ne les a pas tirés du néant , il faut (pue la malièie dont il les a formés soit étemelle, et voilà un troisième principe éternel. Les corps sont-ils, aussi bien que les âmes, des portions de lumière dérobées au bon principe ? ou soin-ce des portions de ténèbres , qui ne sont qu'une privation ? Rien n'est plus ridiculeque de regarder les corps comme essentiellement mauvais. Puis [ue 1 ; corps et l'âme de l'homme sont évidemment faits l'un pour l'autre, ils ne peuvent pas être l'ouvrage de deux principes ennemis l'un de l'autre ; il en est de même de toutes les parties de l'univers ; l'unité de plan et de dessein démontre évidemment l'action d'un seul Créateur intelligent et sage. Confér. d'Archet., n° 20.
3° Dans le système de Manès , les deux principes agissent d'une manière contraire a leur nature; le bon principe est impuissant, timide, injuste, imprudent; le mauvais est plus puissant, plus sage, plus habile. Selon lui, avant la naissance du monde, la région de la lumière, séjour du bon principe, était de toute éternité absolument séparée de la région des ténèbres , habitée par le mauvais ; le premier, craignant une irruption de la part de son ennemi, lui abandonna une partie des âmes, afin de sauver le reste. Mais ces âmes étaient une partie de sa substance i et u'aYaieut commis aucun péché ;
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c'était donc une injustice tic les abandonner pour jamais a la tyrannie du mauvais principe. Y avait-il à craindre que des barrières éternelles pussent être rompues ? Ainsi, en refusant de reconnaître un Dieu , unique auteur du bien et du mal, on le suppose mauvais en toules manières, llrid., nos 24, 25, 2G. Saint Augustin , de Morib. Manich., c. 12, nu 25, etc.
k* Dans ce même système, toute religion eslinutile, est absurde, nous ne pouvons rien espérer de notre piété et de nos vertus, et nous n'avons rien à crain Ire pour nos crimes. Quoi que nous fassions, le Dieu bon nous sera toujours propice, et le mauvais principe nous sera toujours contraire. Tous deux agissent nécessairement selon l'inclination de leur nature , et de toute l'étendue de leurs forces ; tout est donc la suite d'une nécessité fatale et inévitable. Or, dans l'hypothèse de la fatalité, il n'y a plus ni bien, ni mal moral ; il n'y a plus que bonheur et malheur; autant vaut supposer que tout est mat ère. Cette doctrine est destructive de toute loi et de toute société; ce n'est pas sans raison que l'on a reg îrdé les manichéens comme des ennemis dont il fallait purger le monde. S'ils n'ont pas commistousles crimes dont ils ont été accusés, ils n'ont pas agi conséquemment.
5° Non-seul ment il leur était impossible de piouver qu'il y a des substances absolument mauvaises par leur nature, mais ils étaient incapables de faire voir qu'il y a dans l'univers, tel qu'il esf, plus de mal que de bien, et qu'à tout prendre, ce monde ne peut pas être 1 ouvrage d'un Dieu bon. Puisqu'il s'ensuivait de leur doctrine que le mauvais principe a été plus puissant et plus habile
3ue le bon, pourquoi a-t-il laissé subsister ans ce monde autant de bien qu'il y en a? 11 n'est pas moins difficile de concilier le bien qui existe avec la puissance et la malice du mauvais principe, que d'accorder 1 ■ mal qui règne avec la puissance d'un Dieu bon.
6" Enfin, l'on demandait aux manichéens: Puisque la même âme fait tantôt le mal et tantôt le bien, par lequel des deux principes a-t-elle été créée? Si c'est parle bon, il s'ensuit que le mal peut naître de la source de tout bien; si c'est par le mauvais, le bien peut donc provenir du même principe que le mal : ainsi, la maxime fondamentale du manichéisme se trouve absolument fausse et entièrement détruite.
11 n'est donc pas étonnant que, dans la conférence avec Archélaus, Manès ait été honteusement réduit au silence, et que ses disciples les plus habiles aient toujours été confondus par saint Augustin. C'est très-mal à propos que les censeurs des Pères de l'Eglise prétendent que l'on ne s'est pas donné la peine de réfuter les manichéens, et que l'on a trouvé qu'il était plus aisé de les punir.
il est évident que Zoroastre, qui supposait que les deux principes avaient été créés par le temps sans bornes, ne pouvait satis-
faire à la difficulté tirée de l'origine du mal. Avant de les créer, l'Eternel devait prévoir le mal qui résulterait de leurs opérations, et il devait s'abstenir plutôt de rien produire, que de permettre l'introduction du mal par la malice du mauvais principe. Bayle ne paraît pas y avoir fait attention. Ce critique n'est pas mieux fondé à dire qu'à la vérité le système de Manès est absurde en luimême, et qu'il est aisé de le réfuter directement; que néanmoins, dans le détail, il paraît mieux d'accord avec les phénomènes que le système ordinaire, et semble mieux résoudre les objections. Déjà il est démontré qu'il n'en résout aucune, et nous ferons voir que les Pères n'ont pas moins réussi à résoudre la grande difficulté de l'origine du mal, qu'à réfuter directement le manichéisme. Mais il est bon de considérer auparavant de quelle manière les philosophes du dernier siècle s'y sont pris pour satisiaire à cettecélèbre objection et pour réfuterBayle.
V. Manière dont le maritchUsme a été combattu dans le dernier siècle. Bayle était un adversaire assez redoutable, pour éveiller l'atiention des meilleurs philosophes. MM. King , Jacquelot , La Placette , Leibnitz, Le Clerc, le P. Malebranche, ont exercé leur plume contre lui. Il n'en est pas deux qui aient posé les mêmes principes, et, comme il arrive assez souvent, les questions accessoires qu'ils ont traitées ont presque toujours fait perdre de vue l'objet principal. 11 s'agissait de savoir si le monde, tel qu'il est, peut être l'ouvrage d'un Dieu tout-puissant et infiniment bon ; nous sommes obligés d'abrégerbeaucoup le détail de cette dispute.
King, archevêque de Dublin, dans un traité de l'Origine du mal, posa pour principe que Dieu a créé le monde pour exercer sa puissance et pour communiquer sa bonté; mais qu'aucun objet extérieur n'étant bon par rapport à lui, les choses ne sont bonnes que parce que Dieu les a choisies. Il dit quo D.eu a voulu exercer sa bonté, mais de la manière la plus conforme au dessein qu'il avait d'exece.'' aussi sa puissance, et que les maux physiques sont nécessairement attachés aux lois que Dieu a établies pour faire éclater cette puissance même. Il conclut que la bonté de Dieu n'exigeait point qu'il créât un monde exempt de maux physiques, puisque ce monde possible n'aurait pas été meilleur à son égard que le nôtre. Il observe que le mal moral n'est qu'un abus que l'homme fait de sa liberté, et qu'il n'était pas meilleur par rapport à Dieu de prévenir cet abus que de le permettre; qu'en le pré-» venant il se serait écarté du plan qu'il avait formé de conduire l'homme par le mobile des peines et des récompenses. Au lieu que Bayle et les manichéens affectent d'exagérer la quantité de mal physique et moral répandu sur la terre, King l'exténue autant qu'il peut, et fait à ce sujet plusieurs réflexions très-sensées. Pour les réfuter, Bayle employa les propres principes de son adversaire. Puisque, de l'aveu de King, Dieu a créé le monde, non pour son intérêt ni pour
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sa gloire, mais pour communiquer sa bonté, il devait préférer 1 exercice de sa hoi.té à celui de sa puissance; et puisque toul est (''gaiement bon par rapport à lui, il devait choisir par préférence le plan , les lois, les moyens les plus avantageux aux créatures; c'est ce qu'il n'a pas fait. Nous montrerons ci-après le sophisme renfermé dans cette réplique de Bayle. Jacquelot, au contraire, clans un ouvrage intitule : Conformité de la foi et de la raison, posa pour principe que Dieu a créé l'univers pour sa gloire; conséqueniment qu'il a créé l'homme libre, afin qu il fût capable de glorifier Dieu et de le connaître par ses ouvrages ; qu'un être intelligent et libre, étant le plus parfait ouvrage <ie Dieu, il manquerait quelque chose à la perfection de l'univers , si l'kiomme n'étcjt pas libre et capable de produire le mal moral par l'abus de sa liberté. 11 ajouta que la bonté de Dieu ne l'obligeait point à créer l'homme dans l'état des bienheureux, parce que c'est un état de récompense, au lieu que celui des hommes sur la terre est un étal d'é. reuve.
Bayle répliqua, 1° que Dieu, trouvant en lui-môme et dans ses perfections une gloire infinie et un souverain bonheur, ne peut avoir créé le monde pour sa glaire; qu'il l'a créé plutôt par b >nté et pour avoir des êtres auxquels il pût faire du bien. 2° Que l'on ne voit pas en quoi le mal physique ni le mal moral contribuent à la perfection de l'univers ni à la gloire de Di u; que, sans ôter à l'homme sa liberté, Dieu pouvait lui faire éviter le mal moral ouïe péché; que, puisq le l'état des bienhe reux est plus parfait que le nôtre, Dieu pouvait plutôt y placer I homme que dans l'état d'épreuve. Autre sophisme que nous aurons soin de relever.
La Piacette, dans un écrit intitulé, Réponse à deux objections de M. Bayle, attaqua le principe tle ce critique, et soutint qu'il n'est pas démontré que Dieu ait créé le monde uniquement par bonté et pour rendre ses créatures heureuses; que Dieu peut avoir eu des desseins que nous ignorons. Comme Bayle mourut dans le temps que La Piacette faisait imprimer son ouvrage, il n'eut pas le temps de répliquer; il aurait dit, sans doute, que des desseins que nous ignorons ne peuvent pas nous servir à expliquer ce que nous voyons, ni à résoudre une difficulté. Leibnit'. , pour attaquer Bayle, embrassa l'optimisme; il prétendit dans ses Essais de Théodicéc, que Dieu, prêt à créer l'univers, avait choisi le meilleur de tous les plans possibles; que, quoique la pe mission du mal soit nécessairement entrée dans ce plan, cela n'empêche pas que, tout calculé, ce monde ne soit le meilleur de tous ceux que Dieu pouvait faire. On ne peut pas dire néanmoins que Dieu a voulu positivement le mal moral, ou le péché; il a seulement voulu un monde dans lequel le péché devait entrer, et dans lequel ce mal serait compensé par les biens qui en résulteraient. No, (S ignorons ce que Bayle aurait répondu s',! avait encore été vivant; mais il est évi-
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dent que l'optimisme borne témérairement la puissance de Dieu, en supposant qu'il n'a pas pu faire mieux qu'il n'a fait. Cette opinion donne encore atteinte à la liberlé divine, en soutena t que Dieu a choisi nécessairement le plan qu'il a jugé le meilleur: d'où il résulte que tout est nécessairement tel qu'il est. Enfin, puisqu'il est impossible à l'esprit de l'homme de saisir le système physique et moral de l'univers dans sa totalité et dans ses différents rapports, nous sommes incapables de juger si le tout est le mieux possible. Voy. Optimisme.
Le Clerc a eu recours à un autre expédient; comme la plus forte objection de Bayle portait sur la longue durée du mal physique et moral dans ce monde, et sur leur éternité dans l'autre, Le Clerc , pour affaiblir cette difficulté, adopta l'origénisme ; il prétendit, dans son Parrhasiana, que les peines des damnésfiniraientun jour; qu'ainsi les biens et les maux de cette vie n'étaien que des moments destinés à élever enfin lame à la perfection et au bonheur éternel. Bayle répondit que, si cette hypothèse diminuait la difficulté tirée de l'existence du mal, elle ne la détruisait pas; qu'il est contraire à la bonté de Dieu de conduire les créatures à la perfection par le péché, et au bonheur par les souffrances, pendant qu'elle pouvait les y faire parvenir autrement : il y a encore du faux dans cette réponse.
Dans le dessein de dissiper entièrement toutes les objections, le P. Malebranche partit du même principe que Jacquelot; il dit que Dieu, étant un Etre souverainement parlait , aime l'ordre , qu'il aime les choses à proportion qu'elles sont aimables, qu'il s'aime par conséquent lui-même d'un amour infini; de là ce philosophe conclut que, dans la création du monde, Dieu n'a pu se proposer pour fin principale que sa propre gloire. Il n'y aurait, dit-il, aucune proportion entre un monde fini quelconque et la gloire de Dieu, si, en le créant, Dieu ne s'était proposé l'incarnation du Verbe , qui donne aux hommages des créatures un prix infini. D'ailleurs, Dieu infiniment sage doit agir par des volontés générales, et non par des volontés particulières; or, pour prévenir toas les péchés, il aurait fallu que Dieu interrom, ît les lois générales et suivit des lois particulières; d'où l'on voit, qu'eu égard aux différentes perfections de Dieu, à sa bouté, à sa sagesse, à sa justice , il a fait à ses créatures tout le bien qu'il pouvait ieur faire. Ce système du P.* Malebranche fut attaqué par le doctmr Arnaud. Sans examiner les raisons qu'il y opposa, il nous parait dur de ne pouvoir répondre a des objections purement philosophiques et qui viennent naturellement à l'espr.t des ignorants, que par la révélation d'un mystère aussi sublime que celui de l'incarnation, et d'être obliges de savoir s'il fallait absolument le jiéché originel et ses suites, pour que le Verbe divin pût s'incarner. En second lieu, nous ne voyons pas en quel sens Dieu, en faisant des miracles, suit les lois générales
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qu'il a établies, et sur lesquelles est fondé rurdre physique du inonde; il passe pour constant parmi les théologiens, que tout miracle est une exception ou une dérogation à ces lois. Nous voyons encore moins dans quel sens un plus grand nombre de grâces efficaces accordées aux hommes auraient interrompu le cours des lois générales. Enfin cette hypothèse semble supposer, comme celle de Leibnitz, que Dieu a fait nécessairement tout ce qu'il a fait. Nous l'exposerons et nous la réfuterons avec plus d'étendue au mot Optimisme.
N'y a-t-il donc pas une méthode plus simple de résoudre les objections des manichéens? Pour y satisfaire, les Pères de l'Eglise n'ont point eu recours à des systèmes arbitraires ; ils n'ont embrassé ni l'optimisme, ni la fatalité, ni l'hypothèse ries lois générales. Bayle, à la vérité, a prét ndu que si les Pèi es avaient eu à disputer contre des philosophes plus habiles que les manichéens, ils auraient eu de la peine à résoudre leurs arguments; nous soutenons, au contraire, qu'ils ont réfuté d'avance les sophismes de Bayle et des philosophes de toutes les sectes : nous ignorons pourquoi les modernes n'ont pas trouvé bon de s'en tenir aux vérités établies par les Pères.
VI. Réponses des Pères de l'Eglise aux objections des manichéens. !1 ne faut pas oublier ce que nous r.vons dit ci-devant, qu'avant Manès le système des deux principes avait été embrassé par la plupart des sectes de gnostiques; Valentin , Basilides, Bardesanes, Marcion et d'autres, avaient fait les mêmes objections et avaient été réfutés par les Pères. Tertullien, dans ses livres contre Marcion, l'auteur des Dialogues contre ce même hérétique, attribués autrefois à Origène; Archélaus, dans sa conférence avec Manès; saint Augustin, dans ses divers ouvrages, etc., ont tous suivi la môme méthode ; ils ont posé deux maximes d'une vérité palpable, qui font disparaître les difficultés. Déjà, dans l'article Mal et ailleurs, nous en avons fait voir la solidité : nous sommes forcés de nous répéter en peu de mots.
f Le mal n'est ni une substance, ni un être positif, mais c'est la privation d'un plus grand bien ; il n'y a dans le monde ni bien ni mal absolu; ils ne sont tels que par comparaison. Tout bien créé étant essentiellement borné, renferme nécessairement une privation ; il est censé mal en comparaison d'un plus grand bien, et il est mieux en comparaison d'un moindre bien. Puisqu'il n'est aucun être qui ne renferme quelque degré de bien, il n'en est aucun qui soit absolument mauvais. Quand on dit qu'il y a du mal dans le monde, cela signifie seulement qu'il y a moins de bien qu'il ne pourrait y en avoir. Lorsqu'on ajoute qu'un Dieu bon ne peut pas faire le mal, si l'on entend qu'il ne peut pas faire un bien moindre qu'un autre, cela est faux et absurde. Quand on affirme qu'il ne peut fane que du bien, si l'on veut dire qu'il ne peut
faire que ce qui est le mieux possible, c'est une autre absurdité. Quelque bien i]ua Dieu lasse, il peut toujours faire mieux, puisque sa puissance est infinie, le mieux possible sera t l'infini actuel créé, qui renferme contradiction. S. August., 1. m de, Lib. arb., C. 5, n. 12 et suiv.; L. de Morib. Munich., c. 4, n. 6; Op. imperf., lib v, n. 58 et 00, etc. Ce principe évident est applicable aux trois espèces de maux que distinguent les philosophes. Us appellent mal l'imperfection des créatures; mais il n'en est aucune qui n'ait quelque degré de perfection; elle n'est censée imparfaite que quand on la compare à une autre qui est j lus parfaite ; ainsi l'homme est imparfait en comparaison des anges, mais il est beaucoup plus pariait que les brutes; et dans la môme espèce les divers individus sont plus ou moins I arfaitsles uns que les auires. L'imperfection absolue serait le néant, et il n'y a point de perfection absolue que celle de Dieu.
Aussi les philosophes, qui se plaignent du mal qu'il y a dans le monde, entendent I rincipalement par mal la douleur ou le mal-être des créatures sensibles Or, quoiqu'un seul instant de dou'eur légère nous para sse un mal positif et absolu, il ne nous ôte cependant pas le sentiment d'un bienêtre habituel dont nous avons joui, ou dont nous espérons de jouir ; ce n'est donc pas un mal pur et sans mélange de bien; c'est même un bien en comparaison d'une douleur plus longue et plus aiguë, et il n'est personne qui ne choisît l'un préférablemcnt à l'autre. Un mal pur pourrait-il être un objet de préférence? Le bien-être ou le bonheur, le mal-être ou le malheur ne sont donc encore que deux termes de comparaison. Un homme qui a vécu quatre-vingts ans, et qui n'a éprouvé dans toute sa vie que que ques instants d'une douleur légère, est très- îcureux en comparaison de celui qui a soutfert plus longtemps et plus violemment; il est certainement dans le cas de bénir et de remercier Dieu.
Lorsque Bayle et ses copistes ont osé soutenir qu'un seul instant de douleur légère est un mal pur, positif, absolu, uni objection invincible contre la bonté de Dieu, ils se sontjoués des termes. Quand ils ajoutent qu'un Dieu bon se doit à lui-même de rendre ses créatures heureuses, nous leur demandons quel degré précis de bonheur il leur doit, et quelle doit < n être la durée; et nous les défions de l'assigner. Quelque heureuse que l'on suppose une créature sur la terre, elle pourrait l'être davantage, et elle sera toujours censée malheureuse en comparaison des bienheureux du ciel. Le bonheur de ceux-ci n'est absolu que parce qu'il est éternel ; il pourrait augmenter, puisqu'il y a entre les saints divers degrés de gloire et de bonheur, et la félicité des uns a commencé plus tôt que celle des autres. Enfin, lorsque Bayle soutient qu'un Dieu bon ne peut conduire à ce bonheur éternel par un seul instant d" souffrance, il choque directement le b m
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sens. Si en affirmant que Dieu doit nous rendre heureux, l'on entend qu'il doit nous rendre contents, il ne tient qu'à nous de J'ô're. Un saint qui souffre se croit heureux, bénit Dieu, et se réjouit de son état; un épicurien se croit malheureux, parce qu'il ne peut pas goûter autant de plaisirs qu'il voudrait : que prouve la fausse idée' qu'il se fait du bonheur ? Nous n'imitons point l'opiniâtreté des stoïciens, qui ne vo laient pas avouer que la douleur fût un mal, mais nous soutenons que ce n'est point un mal pur et absolu, qui rende l'homme absolument malheureux, qui lui ôte tout sentiment du bien-être, qui prouve de la part de Dieu un défaut de bouté envers ses créatures.
La troisième espèce de mal, qui est le péché, ne vient point de Dieu, mais de l'homme; c'est l'abus libre et volontaire d'une faculté bonne et avantageuse. Ceux qui soutiennent que la liberté est un mal, un don funeste, puisque c'est le pouvoir de se rendre éternellement malheureux, en imposent; c'est aussi le pouvoir de se rendre éternellement heureux par la vertu, dette faculté serait, sans douté, meilleure et plus avantageuse, si c'était le seul pouvoir de faire le bien ; mais le pouvoir de choisir entre le bi n et le mal vaut certainement mieux que l'instinct purement animal des brutes; ce n'est donc pas une faculté absolument mauvaise. S. August., L. xi de Genesi ad Lit., c. 7, n. 9. Un philosophe q ii soutient que Dieu ne peut ni vouloir ni permettre le ma! moral ou le péché, do t démontrer qu'un être intelligent, capable de vertu et de vice, est absolument mauvais ou absolument malheureux; comment le prouvera-t-il ?
2l Un second principe évident, posé par les Pères de l'Eglise, c'est que la bonté de Dieu étant jointe à une puissance infinie, on ne doit point la comparer à la bonté de l'homme, dont le pouvoir est très-borné. J'homme n'est censé être bon qu'autant qu'il fait tout le bien qu'il peut faire; à l'égard de Dieu cette règle est fausse, puisque Dieu peut faire du biçn k l'infini; on ne trouverait donc jamais le degré de bien auquel la bonté divine doit s'arrêter. S. Aug., L. contra Epist. Fundam. c. 30, u. 33; c. 37, n. 43; Epist. 186, ad Paulin, c. 7, n. 22, etc. Bayle lui-même a été forcé de reconnaître l'évidence de cette vérité. Mais que fait-il? 11 l'oublie et la méconnaît dans tous ses raisonnements. Il prétend qu'un Dieu infiniment bon ne peut ni affliger ses créatures, ni permettre le péché, parce que si un père, un ami, un roi, etc., faisaient de même, ils ne seraient pas bons. Dès que toutes ses comparaisons sont démontrées fausses, tous ses sophismes ne signifient plus rien. Tel est cependant l'unique fondement sur lequel il a soutenu, contre King, que Dieu, en créant le monde, devait choisir par préférence le plan, les lois, les moyens la, plus avantageux aux créatures; contre Jacquelot, que L'état des bienheureux étant plus parfait qua le notre, Dieu devait plutôt y placer
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l'homme que dans l'état d'épreuve; contre Le Clerc, qu'il était plus digne d'une bonté infinie, de conduire l'homme au bonheur éternel par les plaisirs que par les souffrances, etc. Pourquoi Dieu devait-il faire tout ceîa ? Parce qu'un homme ne serait pas censé bon, s'il ne le faisait pas lorsqu'il le peut. Ainsi, Bayle argumente constamment sur l'idée du mieux, de ce qui est plus avantageux, plus digne de la bonté de Dieu, idée qui conduit à l'infini, et il compare toujours cette bonté à celle d'un homme : double sophisme par lequel il éblouit ses lecteurs, et que les incrédules ne cessent de répéter. Mais les Pères, et en particulier saint Augustin, l'ont détruit d'avance par les deux principes qu'ils ont posés, et qui sont d'une évidence palpable; aujourd'hui l'on nous dit que les Pères n'ont pas répondu solidement aux objections des manichéens. Est-on venu à bo .t de renverser les deux vérités qui ont été la base de leurs réponses ?
Sant Augustin n'a pas moins réussi à démasquer les fausses vertus dont les manichéens faisaient parade. Il leur démontre que leur abstinence n'est qu'une gourmandise raffinée, que leur chas été est trèséquivoque, qu'ils se font un scrupule de blesser une plante, pendant qu'ils laisseraient mourir de faim un pauvre catholique ou un malade, plutôt que de cueillir un fruit pour le soulager. 11 leur reproche plusieurs vices très-odieux; il devait connaître leurs mœurs, puisqu'il avait été leur disciple pendant neuf ans, et sûrement la perte d'un pareil prosélyte dut leur être très-sensible. Saint Cyrille de Jérusalem les a peints à peu près de même, dans le temps que leur secte ne faisait que commencer, Catech. 6; il y avait un assez grand nombre de ces hérétiques dans la Palestine. Plusieurs critiques protestants ont accusé saint Augustin d'avoir soutenu, dans ses ouvrages contre les pélagiens, des sentiments tout contraires h ceux qu'il avait établis contre les manichéens : c'est une calomnie que nous réfutons ailleurs. Voy. Saint Augustin.
VIL Examen de V Histoire critique de Manichée et du manichéisme, publiée par Beausobre. Si nous entreprenions de relever tous les défauts de cet ouvrage, il en faudrait faire un presque aussi considérable; mais comme ils ont été avoués et remarqués déjà par d'habiles protestants, en particulier par Mosheim et par Hrucker, et que nous avons occasion d'en parler dans plusieurs autres arlicles, nous nous bornerons dans celui-ci à quelques observations générales.
1° Beausobre fait profession de n'ajouter foi à aucun témoignage contraire à l'idée qu'il s:est formée du manichéisme. Il récuse celui des Pères de l'Eglise, parce qu'ils ont été trop crédules, que par un faux zèle ils ont exagéré les torts des hérétiques, et qu'ils ont affecté de publier tout ce qui pouvait en rendre la personne odieuse. 11 n'a point d'égard aux aveux de quelques-uns des défenseurs du manichéisme, parce que c'étaient des ignorants qui ont mal saisi les principes
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il la doctrine de leur maître. Il fait encore moins de cas de la confession de ceux qui ont abjuré cette erreur pour se réconcilier à l'Eglise; c'étaient des transfuges qui calomniaient la secte qu'ils abandonnaient selon la coutume de tous les apostats. Il no se lie point aux auteurs grecs, parce qu'ils ne savaient pas la langue dans laquell "Maries a écrit, et qu'ils connaissaient mai la philosophie des Orientaux. L'on doit plutôt s'en rapporter aux écrivains perses, clialdéens, syriens, arabes, égyptiens, même aux juifs cabalistes. Cependant, parmi ces auteurs, il n'y en a pas un seul duquel on puisse affirmer, avec c rtitude, qu'il avait lu les livres originaux de Manès. Aussi Brucker blâme avec raison cette prévention de Beausobr.e, Histoire critique de la Philosophie, tom. III, pag. 489; tom. VI, pag. 550. Mosbeim de même, Inslit. I/ist. christ., u* part., cap. 5, pag. 331.
2° Ce critique ne veut pas que l'on atiribue aux manichéens ni h aucune secte hérétique, par voij de conséquence, des erreurs qu'elle désavoue ou qu'elle n'enseigne pas formellement; mais il se sert de cette même voie de conséquence pour les justifier; ils n'ont pas pu, dit-il, soutenir tel o erreur, puisqu'ils ont soutenu telle autre opinion qui est incompatible avec cette erreur. Au contraire, quand il s'agit des Pères de l'Eglise, il leur atribue toutes les absurdités possibles par voie de conséquence, et il s'oppose à ce que l'on se serve de ce moyen pour les justifier, parce que selon lui, les Pères n'ont pas été toujoui s d'accord avec eux-mêmes. Ainsi il accuse ceux même qui ont admis la création d'avoir cru Dieu corporel, comme si ces deux opinions pouvaient compatir ensemble; il soulient que quelques autres n'ont pas cru la présence réelle de Jésus- Clirist dans l'Eucharistie, parce qu'ils se sont exprimés d'une manière qui ne paraît pas s'accorder avec cette croyance. A son avis, les Pères et les hérétiques ont été tantôt conséquents et tantôt inconséquents, suivant qu il lui est utile de le supposer.
3° Par un motif de ebarité exemplaire, il interprète toujours dans le sens le plus favorable les opinions des sectaires, et lorsqu'il n'est pis possible d'excuser leur doctrine, il veut que l'on attribue du moins leur égarement à une intention louable.
Malheureusement cette condescendance n'a {dus lieu à l'égard des Pères de l'Eglise; il prend toujours dans le sens le plus odieux ce qu'ils ont dit; il ne se fait pas même scrupule de falsifier un peu leurs passages, et de les traduire à sa manière : il a grand soin de noircir leurs intentions, lorsqu'il ne peut pas censurer leur doctrine. Est-ce à tort que Brucker lui a reproché d'avoir entrepris de justifier tous les hérétiques aux dépens des Pères de l'Eglise ? Ibid.
k° 11 a cru excuser suffisamment les erreurs des manichéens, lorsqu'il a découvert quelques opinions à peu près semblables dans les écrits des docteurs catboliques, ou chez d'autres sectes hérétiques, ou dans
quelque école de philosophie. Il s'étonne de ce qiu nous réprouvons avec tant de rigueur les opinions des mécréants, pendant que nous excusons les Pères et tous ceux que nous nommons orthodoxes. Avec un peu de réflexion, il aura t vu, entre les uns et les autres, une différence qui justifio noire conduite et qui condamne la sienne. Lorsqu'un docteur catholque a eu quelque opinion singulière ou fausse, il ne s'est pas avisé de l'ériger en dogme, do censurer le sentiment des autres, d'opposer le sien à celui de l'Eglise, de se donner pour inspiré ou pour apôtre destiné à réformer le christianisme. Voila ce qu'ont fait les hérésiarques et leurs partisans; ils se sont élevés contre la croyance de l'Eglise; ils lui en ont opposé une autre qu'ils soutenaient plus vraie; ils ont regardé comme des incrédules et des réprouvés ceux qui ne voulaient pas l'embrasser; quelques-uns, comme Manès, se sont dits éclairés par le Saint-Esprit, et suscités de Dieu pour réformer la doctrine chrétienne; cette conduite a-t-cl le mérité de l'indulgence et dr>s ménagements?
5° B ausobre était-il en état de prouver que les disciples de Manès ont conservé fidèlement sa doctrine dans tous les lieux où ils l'ont portée, en Perse, en Syr e, en Egypte, en Grèce, en Afrique, e.i Espagne-, < n Italie; qu'ils n'ont pas usé du privilège commun à tous les sectaires, de changer ne sentiment quand il leur plaît? 11 a reconnu lui-même (pic les manichéens étaient d visés en plusieurs sectes; qu'ils n'avaient pas tuus le même sentiment, et que ceux d'Af.ique étaient des ignorants, t. Il, p. 521», 5T5, etc. Ce n'est donc pas par ia doctrine de pareils disciples que l'on peut juger do celle* de Manès, ni au contraire; comment Beiusobre a-t-il été certain qu'aucun manichéen n'a enseigné les erreurs que es Pères ont attribuées à cette secte insensée et impie ? Les variations du manichéisme ont dû augmenter lorsqu'il a passé successivement aux priscibianistes, aux pauliciens, aux bulgares, aux bogomiles, a.ix albigeois. Si les écrits de Luther et de Calvin étaient perdus, pourrait-on juger de leurs sentiments par ce qui est enseigné aujourd'hui chez les différentes sectes de protestants? Brucker a reproché à Beausobre de n'avoir pas su distinguer les différentes époques de la philosophe orientale, de n'avoir fias eu égard aux révolutions qui y sont survenue:;; l'on aenco.e p'us de raison de se plaindre de ce qu'il n'a pas daigné distinguer les différentes époques du manichéisme. Mais il a voulu tout confondre, afin de donner une plus libre carrière à ses conjeefures.
6" La première chose qu'il aurait dû faire était d'examiner si l'hypothèse des deux principes satisfait ou ne satisfait pas à la difficulté de l'origine du mal, si elle met mieux à couvert la bonté de Dieu que la croyance chrétienne, si les Pères ont réfuté solidement cette hypothèse, s'ils ont répondu suffisamment aux objections; l'on aurait vu par lu si Manès raisonnait mieux