‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 71 sur 228 · S! AU · texte numérisé non relu

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ter qu'il n'ait hoiioré les aigles romaines, les euseignes que les Romains portaient à la tôle d(> leurs armées, avec ces mots : S. P. Q. R. Scnotits populusque romanus. Qu'Antiochns lour ait t'ait des offrandes et de riches présenis, pour faire sa cour aux Romains ; qu'il ait fait bâtir des forteresses où ces enseignes furent [.lacées et honorées avec la divinité de Rome, il n'y a rien là d'étonnant, ni d'incroyable, ni de fort obscur. Quelques interprètes ont appliqué cette prophétie à l'Antéchrist ; mais il [tarait que ce n'est pas là le sens littéral. Plusieurs protestants ont trouvé bon d'en faire l'application au | a;;e, qu'ils peignaient comme l'Antéchrist, et d'entendre par le culte du dieu Maosim, le culte de l'eucharistie ou celui des saints, qui ont, disent-ils , éié établis par les papes. M. Bossuct a eu la patience de réfuter ces absurdités, que Juricu soutenait sérieusement, et dont les protestants sensés rougissent aujourd'hui. Hist. des Variât., 1. xiii, § 15 et suiv. La démence de quelques fanatiques n'est pas un argument suffisant pour prouver que les prophéties sont obscures, et que l'on peut y trouver tout ce qu'on veut.

Les rabbins , malgré leur affectation de subtiliser sur tout, n'ont jamais douté que la prophétie de Daniel ne désignât Antiochus. Quand elle aurait été obscure en e lemènie, elle a été assez expliquée par l'événement. En général, les prophéties n'étaient pas obscures pour ceux auxquels elles étaient adressées, qui parlaient la même langue que les prophètes, qui étaient imbus des mêmes idées. Quand après deux mille ans elles seraient devenues plus obscures pour nous, il ne s'ensuivr. it rien contre l'inspiration des prophètes.

MARAN-ATHA , paroles syriaques, qui signifient le Seigneur vient , ou le Seigneur est venu, ou le Seigneur viendra. Saint Paul, J Cor. c. xv;i, v. 22, d.t : « Si quelqu'un n'aime point le Seigneur Jésus, qu'il soit an.:i thème, » et il ajoute : Maran-atha, le Seigneur vient, ou, etc. Plusieurs commentateurs prétende;. t que c'était une formule d'anathèine ou d'excommunication chez les Juifs, qu'elle est équivalente à Scham-alha, ou Srhem-atha, le nom du Seigneur vient, et que saintPaul répète en syriaque ce qu'il venait de dire en grec. On a fait là-dessus de longues dissertations.

Bingham, Orig. ecelés., t. VIÏ, 1. xvi, c. 11, § 16 et 17, doute que celle formule ait jamais été en usage dans l'Eglise chrétienne, et que l'on ail jamais excommunié un coupable [tour toujouis, et sans lui lasser aucun espoir de réconciliation. Il ne croit pas même S'ue jamais l'Eglise ait demandé à Dieu la mort ou la perte de ses plus cruels persécuteurs. Saint Jean Chrysostome, Hotuil. 76, in Epist. ad. Cor., soutient que les cas de sévir à l'excès contre les hérétiques-, contre les persécuteurs et les autres ennemis de l'Eglise, sont très-rares, parce que Dieu ne l'abandonnera jamais entièrement à leur séduction ni à leurs fureurs. 11 ne nous paraît

pas nécessaire d'entrer dans celle discussion, parce que le texte de saint Paul peut trôsbien avoir un autre sens. Voici comme l'entendent plusieurs interprètes : « Si quelqu'un n'aime pas le Seigneur Jésus, c'est-à-dire si quelqu'un témoigne de l'aversion contre lui et prononce contre lui des malédictions, coin me fontles juifs incrédules, qu'il soit anathè nie lui-même ; le Seigneur vient, ouïe Seigneur viendra tirer vengeance de cette impieté. » Ceci est donc une menace, et non une imprécation. Voy. ];\ Synapse des Cri t. sur ee passage.

Lorsque PEgiige chrétienne prie contre ses persécuteurs et ses ennemis, elle ne demande pas à Dieu de les perdre pour toujours ou de les damner, mais de les convenir, ou par des châtiments exemplaires, ou par d'autres grâces efficaces. Voy. Imprécation. Mais elle a reçu de Dieu le pouvoir de les excommunier, ou de les rejeter entièrement de la société des lidèles jusqu'à ce qu'ds soient rentrés en eux -mêmes, qu'ils aient fait une péi itence proportionnée a la grièvetéde leur crime, et qu'Usaient réparé le scandale qu'ils ont donné. Voy. Excommunication.

MARC (saint), disciple de saint Pierre, et l'un des quatre évangélistes. On croit communément que ce saint était né dans la Cyrénaïque , et qu'il était Juif d'extraction ; et l'on en juge ainsi , parce que son style est rempli d'hébraisun s. Il n'est pas certain qu'il ait été disciple immédiat, de Jésus-Christ ; on trouve plus probable qu'il fut converti à la foi par saint Pierre après l'ascension du Sauveur.

Eusèbe, Hist. ecelés., liv. n, c. 16, (apporte, d'à rès Papias et saint Clément d'Alexandrie, que saint Marc corn; osa son Evangile à la prière des lidèles de Rome, qui souhaitèrent d'avoir par écrit ce que saint Pierre leur avait prêché, et il parait que ce fut avant l'an 49 de Jésus-Chnst. Quoiqu'il ait écrit à Rome, on ne peut pas prouver qu'il l'ait composé en latin, comme quelques-uns l'ont pensé ; les Romains parlaient presque aussi communément le grec que leur propre langue. Comme il y a beaucoup de conformité entre l'Evangile de saint Marc et celui de saint Matthieu, plusieurs autres ont jugé que le premier n'avait fait qu'abréger le second; il y a cependant assez do différence entre l'un et l'autre, pour que l'on puisse douter si saint Marc avait vu l'Evangile de saint Matthieu lorsqu'il a composé le sien. Quoi qu'il en soit, r-n n'a jamais contesté dans l'Eglise l'authenticité de celui de saint Marc (1). L'opinion constante des Pères a été que cet évangéliste alla prêcher dans sa patrie et en Egypte, entre l'an k9 de Jésus-Christ et l'an 60, et qu'il établit l'Eglise d'Alexandrie; cette église l'a toujours regardé comme son fondateur. On prétend même qu'il y souffrit le martyre l'an 68; que l'an 310 l'on bâtît une église sur son tombeau, et que ses reliques y étaient encore au vhic siècle. Depuis ce temps-là, l'opinion

(!) Le dernier chapitre (îc l'Evangile selon saint Marc est du nombre des parties dculéro canoniques de l'Ecriture. Voy, Deutéium:ano;siqie,

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s'est établie que les Vénitiens les avaient transportées dans leurs îles, et l'on se llatte encore de les posséder à Venise.

On y garde aussi, dans le trésor de saint Marc, un ancien manuscrit de l'Evangile de ce saint, que l'on croit être l'original écrit de sa propre main; il est, non sur du papier d'Egypte, comme les Pères Mabillon et Montfaucon l'ont pensé, mais sur du papier fait de coton; c'est ce que nous apprend Scipion Maffei, qui l'a examiné depu's, et qui était 1res- capable d'en juger. Montfaucon a prouvé qu'il était en latin, et non en grec; d'autres disent qu'il est tellement end immagé de vétusté, et par l'humidité du soute rain où il est enfermé, que l'on ne peut plus en déchiffrer une seule lettre. Ce manuscrit fut e ivoyé d'Aquilée «h Vcnis \ dans le \ve siècl î. En 1355, l'empereur Charles IV en avait obtenu quelques feuilles, qu'il envoya à Prague, où on les garde précieusement. Ces feuilles, jointes à celles qui sont à Venise, c )ti tiennent tout l'Evangde de saint Marc, elles sont au>si en latin. Voy. la Préface de D. Cahnet sur l'Evangile de saint Marc.

En parlant des liturgies, nous avons observé que celle qui porte le nom de saint Marc, et qui est encore à l'usage des cophtes, est l'ancienne liturgie de l'Eglise d'Alexandrie, fondée par saint Marc. On ne doit donc pis en contester l'authenticité, sous prétexte qu'elle n'a pas été écrite ni composée par cet évangéliste môme.

Marc (chanoines de saint). C'est une congrégation de chanoines réguliers, qui a été florissante en Italie pendant près de quatre cents ans Elle fut fondée à Mantoue, sur la lin du xnc siècle, par un prêtre nommé Albert Spinola. La règle qu'il lui donna fut successivement approuvée et corrigée par ddférents pspes. Vers l'an 1450, ces chanoines ne suivirent plus que la règle de saint Augustin. Celte congrégation, après avoir été composée de dix-huit à vingt maisons d'hommes, et de quelques maisons de tilles, dans la Lombardie et dans l'Etat de Venise, déchut peu à peu. En 1584, elle était réduite à deux maisons, dans lesquelles la régularité n'était plus observée. Alors, du consentement du pape Grégoire XIII, le couvent de saint Marc de Mantoue, qui était le chef d'ordre, fut donné aux camaldules par Guillaume, duc de Mantoue, et la congrégation des chanoines finit ainsi.

MARCEUJENS, hérétiques du ivesiècle, attachés h la doctrine de Marcel, évoque d'Ancyre, que l'on accusait de faire revivre les erreurs de Sabellius, c'est-à-dire de ne pas distinguer assez les tro s personnes de la sainte Trinité, et de les regarder seulement comme trois dénominations d'une seule et mémo personne divine. Il n'est aucun personnage de l'antiquité sur la doctrine duquel les avis aient été plus partagés que sur celle de cet évèque. Comme il avait assisté au premier concile de Nicée, qu'il avait souscrit à la condamnation d'Arius, qu'il avait même, éc il un livre contrôles défenseurs de cet hérétique, ils n'oublièrent rien po ir dé-

figurer les sentiments de Marcel, et pour noire r sa réputation. Ils le condamnèrent dans plusieurs de leurs assemblées, le déposèrent, le firent chasser de son s;ége, et mirent un des leurs à sa place. Eusèbe de Césarée, dans les cinq livres qu'il écrivit contre cet évèque, montre beaucoup de passion et di m dignité; et c'est dans cet ouvrage même qu'il lusse voir à découvert l'arianisme'qu'il avait dans le cœur.

Vainement. Marcel se justifia dans un concile de Rome, sous les yeux du pape Jules, l'an 3+1, et dans le concile de Sardique, l'an 347; on prétendit que, depuis cette époque, il avait mieux ménagé ses expressions, et moins d 'couvert ses vrais sentiments. Parmi les plus grands personnages du iv' et du ve siècle, les uns furent pour lui, les autres contre lui. Saint Athanase même, auquel il avait été fort attaché, et qui, pendant longtemps, avait vécu en communion avec lui. parut s'en retirer dans la suite et s'être laissé persuader par les accusateurs de Marcel. Tout ce que l'on peut dire, c'est que, dans la fermentation qui régnait alors entre tous les esprits, et vu l'ob-curité des mystèressur lesquels on contestait, il était très-dif Sicile à un théologien de s'exprimer d'une manière assez correcte pour ne pas donner prise aux accusations de l'un ou de l'aut e parti. S'il ne fut pas prouvé très-clairement que le langage de Marcel était hérétique, on fut du moins convaincu que ses disciples et ses partisans n'étaient pas orthodoxes. Photin, qui renouvela réellement l'erreur de Subellius, avait été diacre de Marcel et avait étudié sous lui : l'égarement du disciple ne pouvait manquer d'être attribué au maître. Il est donc très-difiicile aujourd'hui de prononcer sur la ciuse de ce dernier. Tillemont, après avoir rapporté et pesé les témoignages, n'a pas osé porter un jugement, t. VI, page 503 et suiv. Vot/. Piiotimens.

MARCIONITES, nom de 'l'une des plus anciennes et des plus pern cieuses sectes qui soient nées dans l'Eglise au h* siècle. Du temps de saint Epiphane, au commencement du v, elle était répandue dans l'Italie, l'Egypte, la Palestine, la Syrie, l'Arabie, la Perse et ailleurs ; mais alors elle était réunie à la secte des manichéens par la conformité des sentimcn's.

Mircion, auteur de cette secte, était de la province du Pont, fils d'un saint évèque, et dès sa jeunesse il fit profession de la vie solitaire et ascétique; mais, ayant débauché une vierge, il fit excommunié par son pro pre père, qui ne voulut jamais le rétablir dans la communion de l'Eglise, quoiqu'il se fût soumis à la pénitence. C'est pourquoi, ayant quitté son pays, il s'en alla à Rome, où il ne fut pas mieux accueilli par le clergé. Irrité de la rigueur avec laquelle on le traitait, il emb.assa les erreurs de Cerdon, y e.i ajouta d'autres, et les répandit partout où il trouva des auditeurs dociles : on croit que ce fut au commencement du pontificat de Pie Pr, vers la 5e année d'Antonin le Pieux, la 141" ou l'«o* de Jésus-Christ. Entêté,

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comme son maître, de la philosophie de Py- Ihagore, de Platon, des .stoïciens et des orientaux, Mareion crut comme lui résoudre ia question de l'origine du mal, en admettant lieux principes de toutes choses, dont l'un, hon par nature, avait produt le bien, l'autre, essentiellement mauvais, avait produit le mal.

La principale difficulté qui avait exerce les philosophes, était de savoir comment un esprit, tel que l'Ame humaine, se trouvait renfermé dans un corps, et assujetti ainsi à l'ignorance, h la faiblesse, à la douleur; comment et p urquoi le Créateur des esprits les avait ainsi dégradés. La révélation, qui nous apprend la chute du premier homme , ne paraissait pas résoudre assez la difticulté, puisque le premier homme lui-môme était composé d'une âme spirituelle et d'un corps terrestre; d'ailleurs, il semblait qu'un Dieu » tout-puissant et bon aurait dû empêcher la chute de l'homme. Les raisonneurs crurent mieux rencontrer, en supposant que l'homme était l'ouvrage de deux principes opposés, l'un père des esprits, l'autre créateur ou formateur des corps. Celui-ci, disaient-ils, méchant et jaloux du bonheur de^ esprits, a trouvé le moyen de les emprisonner dans des corps : et pour les retenir sous son empire, il leur a donné la loi ancienne, qui les attachait à la terre par des récompenses et d s châtiments temporels. Mais le Dieu bon, principe des es,.rits, a revôtu l'un d'entre eux, qui est Jésus-Christ, des apparences de l'humanité, et l'a envoyé sur la terre pour aliolir la loi et les prophètes, pour apprendre aux hommes que leur Ame vient du ciel, et qu'elle ne peut recouvrer le bonheur qu'en se réunissant à Dieu; que le moyen d'y parvenir est de s'abstenir de tous les plaisirs qui ne sont pas spirituels. Nous montrerons Ci-après les absurdités de ce système.

Conséquemmcut Mareion condamnait le maiiage, faisait de la continence et de la virginité un devoir rigoureux, quoiqu'il y eût manqué lui-môme. Il n'administrait le baptême qu'à ceux qui gardaient la continence; mais il soutenait que, pour se puritier de plus en plus, on pouvait le recevoir jusqu'à trois fois. On ne l'a cependant pas accusé d'en altérer la forme, ni de le rendre invalide. 11 regardait comme une nécessité humiliante le besoin de prendre pour nourriture des corps produits par le mauvais principe; il soutenait que la chair de l'homme, ouvrage de celte intelligence malfaisante, ne devait pas ressusciter ; que Jésus-Christ n'avait eu de cette chair que les apparences; que sa naissance, ses soutl'rauces, sa mort, sa résurrection, n'avaient été qu'apparentes. Selon le témoignage de saint Irénée, il ajoutait que Jésus-Christ, descendu des enfers, en avait tiré les âmes de Gain, des sodomites et de tous les pécheurs, parce qu'elles étaient venues au-devant de lui, et que sur ia terre elles n'avaient pas obéi aux lois du mauvais principe créateur ; mais qu'il avait laissé dans les enfers Abel, Noé, Abraham et les anciens justes, parce qu'ils avaient f a t le contraire. 11

prétendait qu'un jour le Créateur, Dieu d« s Juifs, enverrait sur la terre un autre Christ ou Messie pour les rétablir, selon les prédictions des prophètes. Plusieurs marcionites , pour témoigner le mépris qu'ils faisaient de la chair, couraient au martyre, et recherchaient la mort; on n'en connaît cependant que trois qui l'aient réellement soutferte avec les martyrs cat' oliq :es. Ils jeûnaient le samedi, en haine du Créateur, qui a commandé le sabbat aux Juifs. Plusieurs, à ce que dit Tertullien, s'appl quaient à l'astrologiejudiciaire; quelques-uns euren' recours à la magie et au démon, pour arrêter les effets du zèle avec lequ IThéodoret travaillait à la conversion do ceux qui étaient dans son diocèse.

Le seul ouvrage qui ait été attribué à Mareion est un traité qu'il avait intitulé, Antithèses ou Oppositions ; il s'y était appliqué à faire voir l'opposition qui se trouve entre l'ancienne loi et l'Evangile, entre la sévérité des lois de Moïse et la douceur de celles de Jésus-Christ; i! soutenait que la plupart des ) rem ères étaient injustes, cruelles et absurdes. Il en concluait queleCréateur du mon le, qui parle dans l'Ancien Testament, ne peut [•as être le même Dieu qui a envoyé Jésus- Christ ; conséquamment il ne regardait point les livres de l'Ancien Testament comme inspirés de Dieu. De nosqualre Evangiles, il ne receva t que celui de saint Luc, encore en retranchait-il les deux premiers chapitres qui regardent la naissance de Jésus-Christ ; il n'admettait que dix des épîtres de saint Paul, et il en ôtait tout ce qui ne s'accordait point avec ses opinions.

Plusieurs Pères du ne et du m6 siècle ont écrit contre Mareion; saint Justin, saint Irène'1, un auteur nommé Modeste, saint Théophile d'Antioche, saint Denis de Corinthe, etc.; mais un grand nombre de ces ouvrages- sont perdus. Les plus complets qui nous restent soi.t les cinq livres de Tertullien contre Mareion, avec ses traités de Corne Christi et de Resurrectione carnis ; les dialogues de recta in Deum fîde, attribués au! refois à Origène, mais qui sont d'un auteur nommé Adamantius, qui a vécu après le concile de Nicée. Origène lui-même, dans plusieurs de ses ouvrages, a relevé les erreurs de Mareion, mais en [tassant, et sans attaquer de front le système de cet hérétique.

lia.) le, dans l'article marcionites de son Dictionnaire, prétend que les Pères n'ont pas répondu solidement aux difficultés de Mareion, et il cite pour preuve les réponses données par Adamantius et par saint liasile à une des principales objections des marcionites. Nous les examinerons ci-après ; mais il ne parle pas des livres de Tertullien, et il est forcé d'ailleurs de convenir qu'en général le système de Mareion était mal conçu et mal arrangé. Dansl'articleMAiNicuÉisME, nous avons fait voir que les Pères ont réfuté solidement les objections des manichéens, qui étaient les mômes que celles des marcionites; mais il est bon de voir d'abord lie quelle manière le système de ces dr rniers est combattu par Tertullien.

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Dans son premier livre contre Marcion, ce Père démontre qu'un premier principe éternel et incréé est souverainement parfait, par conséquent unique ; que la souveraine perfection découle évidemment de l'existence nécessaire; qu'il n'y a pas plus de raison d'admettre deux premiers principes que d'en admettre mille. Il fait voir que le Dieu supposé bon par Marcion ne l'est pas en effet, puisqu'il ne s'est pas fait connaître avant Jésus-Christ; qu'il n'a rien créé de ce que nous voyons; que, selon le système de Marcion, ce Dieu a très-mal pourvu au salut des hommes; qu'il a laissé captiver les esprits, dont il était le père, sous lejoug du mauvais principe, et a laissé celui-ci faire le mal, sans s'y opposer; qu'il est donc impuissant ou stupide. Bayle lui-même a fait cette dernière réflexion contre !e principe prétendu bon des manichéens. Dans le second livre, Tertullien prouve que Dieu, tel que les livres de l'Ancien Testament nous le représentent, est véritablement et souverainement bon; que sa bonté est démontrée par ses ouvrages, par sa provid nce, par ses lois, par son indulgence et sa miséricorde envers les pécheurs, même par les corrections paternelles dont il use à leur égard, et par la sagesse des lois de Moï-e, que Marcion censure mal à propos. 11 est donc faux que l'Ancien Testament ne soit pas l'ouvrage d'un Dieu bon, et que celui-ci ne soit pas le Créateur. Dans le troisième, Tertullien fait voir que Jésus-Christ s'est constamment donné comme envoyé par le Créateur, et non par un autre ; qu'il a été ainsi annoncé parles prophètes; que sa chair, ses souffrances, sa mort, ont été réelles et non apparentes. 11 prouve la même chose dans le quatrième, en montrant que J sus- Christ a exécuté ponctuellement tout ce que le Créateur avait promis par les prophètes. Il met au grand jour la témérité de Marcion, qui rejette l'Ancien Testament, duquel Jésus-Christ s'est servi pour prouver sa mission et sa doctrine, et qui retranche du Nouveau tout ce qui lui déplaît. Dans le cinquième, il continue de prouver, par les épitres de saint Pau!, que Jésus-Christ est véritablement Je Fils et l'envoyé du Créateur, seul Dieu de l'univers. Dans son traité de Carne Christi, il avait déjà prouvé la réalité et lapassibilité de la chair de Jésus-Christ; et dans celui de liesurrectione Garnis, il fait voir que la résurrection future des corps est un dogme essentiel delà foi chrétienne; d'où il résulte encore que la chair ou les corps sont l'ouvrage du Dieu bon, et non du mauvais principe.

Mais pourquoi ce Dieu bon a-t-il laissé pécher l'homme ? Telle est la grande objection des marcionites. 11 l'a permis, répond Tertullien, parce qu il avait créé l'homme libre; or, il étaii bon à l'homme d'user de sa liberté. C'est par là même qu'il est fait à l'image de Dieu, qu'il est capable de méàte et de récompense. A lamantius, dans les Dialogues contre Marcion, répond de même que Dieu a laissé à l'homme l'usage de sa liberté, parce qu'il n'est pas de la nature de l'homme

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