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d'être immuable comme Dieu. Saint Basile dit que Dieu en a usé ainsi, parce qu'il n'a pas voulu que nous l'aimassions par force, mais de notre plein gré. Les Pères des siècles suivants ont dit que Dieu a permis le péché d'Adam, parce qu'il se proposait d'en réparer avantageusement les suites par la rédemption de Jésus-Christ. Yoy. Péché originel, RÉDEMPTION.
Voilà les réponses que Bayle trouve insuflisantes et peu solides. Dieu, dit-il , pouvait empêcher l'homme de pèche:', sans nuire à sa liberté , puisqu'il fait persévérer les justes sur la terre par des grâces efticaces, et que les saints dans le ciel sont incapables de pécher. Il ne s'ensuit point de là que les justes et les bienheureux cessent d'être libres, sont immuables comme Dieu , aiment Dieu par force, etc. Si les marcionites avaien* ainsi répliqué aux Pères de l'Eglise, nous pensons que ceux-ci n'auraient pas été fort embarrassés à les réfuter. Ils auraient dit, sans doute, 1° qu'il est absurde de prétend e que, par bonté, Dieu doit donner à tous les hommes, non-seulement des grâces suffisantes, mais des grâces efficaces. Il s'ensuivrait que plus l'homme est disposé à être ingrat, rebelle , infidèle à la grâce , plus Dieu est obligé d'augmenter celle-ci; comme si la malice de l'homme était un titre pour obtenir de plus grands bienfaits. Dire' que Dieu le doit, parce quil le peut, c'est supposer qu'il doit épuiser, en faveur de l'homme, sa puissance infinie. Autre absurdité. — 2° L< s Pères auraient fait voir qu'en raisonnant s ;r ce principe, le bonheur même dis bienheureux ne sullit pas pour acquitter la bonté de Dieu. Ce bonheur n'est infini que dans sa durée ; mais il pourrait augmenter, puisqu'il y a entre les saints divers degrés de gloire et de bonheur, et que la félicité des uns a commencé plus tôt que celle des autres.
Bayle et les autres apologistes des marcionites raisonnent donc sur un principe évidemment faux, en supposant que la bonté de Dieu, jointe à une puissance infinie, doit toujours faire le plus grand bien, et qu'un bien m indre qu'un autre est un mal. L'absurdité de cet entêtement n'a pas échappé aux Pères de l'Eglise, puisqu'ils ont posé le principe directement contraire. Voy. Manichéisme , § 6. Les autres maximes sur lesquelles Bayle se fonde, savoir, que Dieu ne peut ni faire ni permettre la mal , qu'à son égard, permettre et voulo'r, c'est la même chose, etc., ne sont pas moins fausses; elles sont réfutées ailleurs. Voy. Bon, Mal, Permission, etc.
Marcion eut plusieurs disciples qui se firent chefs de secte à leur tour, en particulier Appelles et Lucien. Voy. Appellites et Luciamstes. Pourquoi n'auraient-ils pas eu comme lui le privilège de former un système à leur gré? Quelques-uns admirent trois principes au lieu de deux; l'un bon, l'autre juste, le troisième méchant. Voy. les Dialogues d'Adamantins , sect. 1 , note c , p. 8ui. On ne peut pas citer une seule hérésie qui n'ait eu différentes branches, et dont les
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sectateurs ne se soient bientôt divisés; celle des marcionites se tondit dans la secte des manichéens. Voy. Tillemont, t. II, p. 266 et suiv.
Mosheim , Hist. christ. , sœc. n, § 63, est convenu que Beausobre, en parlant des marcionites, dans son Histoire du manichéisme, a trop suivi son penchant à excuser et h justifier tous les hérétiques. Malheureusement nous nous trouvons souvent dans le cas de lui reprocher le môme défaut, et il en a encore donné quelques preuves dans l'exposé qu'il fait de la conduite et de la doctrine de Marcion. Il fait ce qu'il peut pour mettre de Ja suite et de l'ensemble entre les dogmes enseignés par cet hérésiarque; mais ses efforts sont assez superflus, puisqu'il est incontestable que tous les anciens sectaires ont été très-mauvais raisonneurs. De simples probabilités ne suffisent pas pour nous autoriser à contredire les Pères do l'Eglise , qui ont lu les ouvrages de ces hérétiques , qui souvent les ont entendus eux-mêmes, et ont disputé contre eux. Il serait donc inutile d'entrer dans la discussion des divers articles sur lesquels Beausobre ni Mosheim ne veulent pas ajouter foi, à ce que disent les Pères de l'Egliso touchant les marcionites.
MABCOSiENi5,sected'hérétiquesdu 11e siècle, dont le chef fut un nommé Marc, disciple de Valentin, et de laquelle saint Irénée a pailé fort au long. Lib. i adv. Hœr., c. 13 et suiv.
Ce Marc entreprit de réformer le système de son maître , et y ajouta de nouvelles rêveries; il les fonda sur les principes de la cabale et sur les prétendues propriétés des lettres et des nombres. Valentin avait supposé un grand nombre d'esprits ou de génies qu'il nommait e'ons, et auxquels il attribuait la formation et le gouvernement du monde; selon lui, ces éons étaient les uns ruades, les autres femelles; et les uns étaient nés du mariage des autres. Marc, au contraire, persuadé que le premier principe n'était ni mâle ni femelle, jugea qu'il avait produit seul les éons par sa parole, c'est-à-dire par la vertu naturelle des mots qu'il avait prononcés. Comme le premier mot de la Bible en grec est iv ùpyji , in principio, Marc conclut gravement que ce mot était le premier principe de toutes choses; et comme les vingt-quatre lettres de l'alphabet étaient aussi les signes des nombres, il bâtit sur la combinaison des lettres de chaque mot et des nombres qu'elles désignaient, le système de ses éons et de leurs opérations. Selon saint Irénée , il les supposa au nombre de trente; selon d'autres, il les réduisit à vingt-quatre, à cause des vingt-quatre lettres de l'alphabet. Il se fondait encore sur ce que Jésus-Christ a dit dans l'Apocalypse : Je suis /'alpha et /'oméga, le principe et la fin, et sur quelques autres passages dont il abusait de même. Il conclut enfin que par la vertu des mots combinés d'une certaine manière , on pouvait diriger les opérations des éons ou des esprits, participer à leur pouvoir et opérer des prodiges parce moyen.
Bien n'était plus absurde que de supposer
qu'en créant le monde, Dieu avait parlé grec, et que l'alphabet de cette langue avait plus de vertu que celui de toute autre langue quelconque. Mais les pythagoriciens avaient déjà fondé des rêveries sur les propriétés des nombres, et l'on était encore entêté do cette philosophie au w siècle. Ce n'est pas sans raison que les anciens Pères ont remarqué que les hérésies sont sorties des différentes écoles de philosophie; mais l'absurdité de celle des marcosiens ne fait pas beaucoup d'honneur à la mère qui lui a donné la naissance.
Parle moyen d'un prestige, Marc eut le talent de persuader qu'il était réellement doué d'un pouvoir surnaturel, et qu'il pouvait le communiquer à qui il voulait. Il trouva le secret de changer en sang, aux 3 eux des spectateurs, le vin qui seit à la consécration de l'eucharistie. Il prenait un grand vase et un petit , il mettait dans le dernier le vin destiné au sacrifice , et faisait une prière; un moment après, la liqueur paraissait bouillir dans le grand vase, et l'on y voyait du sang au lieu de vin. Ce vase était probablement la machine hydraulique que les physiciens nomment la fontaine de Cana , dans laquelle il semble que l'eau se change en vin; ou par une préparation chimique, Marc donnait au vin la couleur de sang. En faisant opérer par quelques femmes ce prétendu prodige , il leur persuada qu'il leur communiquait le don de faire des mirades et de prophétiser, et par des potions capables de leur troubler les sens, il les disposait à satisfaire ses désirs déréglés. Ainsi, par l'enthousiasme joint au libertinage, il parvint à en séduire un grand nombre et à former une secte. Saint Irénée se plaint de ce que cette peste s'était répandue dans les Gaules , principalement sur les bords du Rhône : mais quelques femmes sensées et vertueuses , que Marc et ses associés n'avaient pu séduire , dévoilèrent la turpitude de ces imposteurs; d'autres qui avaient été séduites , mais qui revinrent à résipiscence, confirmèrent la même chose , et firent délester leurs corrupteurs.
Les marcosiens avaient plusieurs livres apocryphes et remplis de leurs rêveries, qu'ils donnaient à leurs prosélytes pour des livres divins. Suivant le témoignage de saint Irénée, 1. i, c. 21, ils avouaient que le baptême de Jésus-Christ remet les péchés ; mais ils en donnaient un autre avec de l'eau mêlée d'huile et de baume, pour initier leurs prosélytes, et appelaient cette cérémonie la rédemption. Quelques-uns cependant la regardaient comme inutile, et faisaient consister la rédemption dans la connaissance de leur doctrine. Au reste, ces hérétiques n'avaient rien de fixe dans leur croyance ; il était permis à chacun d'y ajouter ou d'en retrancher ce qu'il jugeait à propos ; leur secte n était, à proprement parler, qu'une société de libertinage. Il s'en détacha une partie, qui forma celle des archontiques. Voy. Tillemont, t.;l, p. 291. Il est bon d'observer que si, au ue siècle, la croyance de l'Eglise chrétienne n'avait pas