‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 73 sur 228 · SKI MAI · texte numérisé non relu

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été que, par la consécration de l'eucharistie, le pain et le vin sont changés au corps et au sang de Jésus-Christ, l'hérésiarque Marc ne se s rait pas avisé de vouloir rendre ce changement sensible p.:r un miracle apparent; et si l'on n'avait pas cru que le sacerdoce donnait aux prêlres des pouvoirs surnaturels, cet imposteur n'aurait pas eu recours à un prestige, pour nersuader qu'il avait la plénitude du sacerdoce. C'est pour cela même qu'il est utile à un théologien de connaître les divers égaremenls des hérétiques anciens et modernes, quelque absurdes qu'ils soient: la vérité ne brille jamais mieux que par son opposition à l'erreur. Mosheim, aussi attaché'à justifier tous les hérétiques qu'à déprimer les Pères de l'Eglse, conjecture qu'il n'y avait peut-être ni magie, ni fraude dans les irocédés des marcosiens ; qu'ils ont été caomniés, ou par quelques femmes qui vouaient quitter celle secte pour se réconcilier à l'Eglis ', ou par quelques spectateurs ignorants de leur liturgie, qui auront pris pour magie des usages fort simples, desquels ils ne concevaient pas !a raison. 11 ne peut pas se persuader que ces hérétiques aient été assez insensés et assez, corrompus po;:r se livrer à toutes les folies et à tous les désordres qu'on leur prèle. Hist. christ., sasc. n, § 5!), note. Mais sur de simples présomptions destituées de preuves, est-il permis de suspecter le témoignage des Pères, témoins oculaires ou contemporains des choses qu'ils rapportent, qui ont pu interroger plusieurs marcosiens détrompés et convertis ? Quand ces hérétiques seraient aussi innocents qu'il le présume, la conséquence que nous tirons de leur manière de consacrer l'eucharis ie n'en serait pas moins solide, et Mosheim n'y répond rien.

MARIAGE (1). Il n'est pas fort imposant de savo r si ce terme vient du latin maritus,

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(5) Canons de doctrine sur le sacrement de ma-

rin

Si quelqu'un dit que le mariage u est pas véritablement et proprement un des sept sacrements de la loi évangélique Institué par Notre-Seigaeur Jésus- Christ, ma s qu'il a élé invente par les hommes dans l'Eglise, et qu'il n ' confère point la grâce, qu'il soit anathème. C. (ie Trente, 2i' sess. C. i. — Si quelqu'un dit qu'il e.4 permis aux chrétiens d'avoir plusieurs femmes, et que cela n'est défendu par aucune loi divine, qu'il soit anathème. C. 2. — Si quelqu'un «lit qu'il n'y a que les seuls degrés de parenté et d'alliance qui sont marqués dans le Lévitiqué, qui puissent empêcher de contracter mariage, ou qui puissent le rompre quand il est contracté, et que l'Eglise ne peut pas donner dispense en quelques-uns de ces degrés, ou établir un plus grand nombre de degrés qui empêchent et rompent le mariage, qu'il soit anathème. C. 3. — Si quelqu'un dit que l'Eglise n'a pu établir certains empêchements qui rompent le mariage, ou qu'elle a erré en les établissant, qu'il soit anathème. C. 4. — Si quelqu'un dit que le lien du mariage ne peut être rompu pour cause d'hérésie, de cohabitation lâcheuse, ou absence affectée de l'une des parties; qu'il soit anathème. C. 5. — Si quelqu'un dit que le mariage fait et non consommé n'est pas rompu par la profession solennelle de religion, faite par l'une des parties, qu'il soit anathème. C. 6. — Si quelqu'un dit que l'Eglise est dans l'erreur, quand

ou de matris munus; quelle qu'en soit l'étymologie, il signifie la société constante d'un homme avec une femme pour avoir des enfants. Cette société peut et e envisagée comme contrat naturel, comme contrat civil et comme sacrement de la loi nouvelle ; nous sou'enons que, sous ces trois rapports, il a toujours été et toujours dû être sanctifié par la religion. Nous sommes donc obligés de l'envisager sous ces divers aspects, raa's principalement sous le troisième.

En premier lieu, le mariage, comme contrat naturel, est de l'institution même du Créateur; la manière dont l'Ecriture sainte en parle nous en montre clairement la nature et les obligations. Gcn., c. n, v. 18, Dieu dit : 77 riest pas bon que l'homme sot seul: faisons-lui une aide semblable à lui. Dioi endort Adam, tire une de ses côtes, en fait une femme, et la lui prés nte. Voilà, dit Adam, la chair de ma chairetlesos de mes os... Ainsi, V homme quittera son père et sa mire, pour s'attacher à son épouse, et ils seront deux dans une seule chair. C. 1, v. 28, D.eu les bénit et leur dit : Croissez et multipliezvous ; remplissez la terre d'habitants; soumettez-la à votre empire; faites servir à votre usage les animaux et les plantes.

Dans ces paroles, nous voyons, 1° que le mariage- est la socié'é de deux personnes et non de plusieurs ; d'un seul homme et d'une seule femme ; par !à Dieu exclut d'avance la polygamie. 2° C'est une société libre et volontaire, puisq te c'est l'union des esp its ( t des cœurs, aussi bien que des personnes. 3° Société indissoluble ; l'un des conjoints ne peut pas plus se séparer de l'autre, que se séparer d'avec soi-même ; le divorce est donc contraire à la nature du mariage. k° L'effet de cette société est de donner aux époux un droit mutuel sur leurs personnes, et un droit égal a celui que l'homme a sur sa pro

elle enseigne, comme elle a toujours enseigné, suivant la doctrine de l'Evangile et des apôtres, que l«j lien du mariage ne peut être dissous par le p3ché d'adultère de l'une des parties, et que ni l'un ni l'autre, non pas même la partie innocente , qui n'a pas donne sujet à l'adultère, ne peut contracter d'autre mariage pendant que l'autre partie est vivante ; mais que le mari qui, ayant quitté sa femme adultère, en épouse une autre, commet lui-même un adultère, ainsi que la femme qui ayant quitté son mari adultère, en épouserait un antre : qu'il soit anathème. C. 7. — Si quelqu'un dit que l'Eglise est dans l'erreur quand elle déclare que, pour plusieurs causes, il se peut l'aire séparation, quant à la couche et à la cohabitation entre le mari et sa femme pour un temps déterminé, qu'il soit anathème. C. 8. — Si quelqu'un dit que les ecclésiastiques, qui sont dans les ordres sacrés, ou les réguliers qui ont fait profession solennelle de chasteté, peuvent contracter mariage, et que l'ayant contracté, il est bon et valide, nonobstant la loi ecclésiastique ou le vœu qu'ils ont fait ; que de soutenir le contraire, ce n'est autre chose que de condamner le mariage, et que tous ceux qui ne se sentent pas avoir le don de chasteté, encore qu'ils l'aient vouée, peuvent contracter mariage : qu'il soit anathème, puisque Dieu ne refuse point ce don à ceux qui le lui demandent comme il faut, et qu'il ne permet pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces. C. 9. — Si quelqu'un dit que l'état du ma-

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pic chair. 5J Le but de celle union est de mettre des enfants au inonde et de peupler la terre ; les époux sont donc obligés de nourrir leurs enfants; il te leur est pas permis d'en négliger la conservation. 6° C'est au mariage ainsi formé que Dieu donne sa bénédiction, qu'il attaclie la prospérité des familles cl le bien général de la société huinaine. Nous verrons, dans la suite, jusqu'à quel point Dieu a pu s'écarter de ce plan, lorsque les hommes ont passé de l'état de société purement domestique à l'état de société civile.

Remarquons d'abord que, par cette institution sainte, Dieu a ré, taré L'inégalité qu'il a mise dans la constitution des deux sexes. Le commerce conjugal ne laisse à l'homme aucune incommodité ; la femme seule demeure chargée des suites, des langueurs de la grossesse, des douleurs de l'eniantement, de la peine de nourrir son fruit. Si elle demeurait seule chargée de l'éducation des enfants, la nature aurait été injuste à son égard. Mais l'homme s'assujettirait-il à remplir les devoirs de père, s'il n'y était engagé par un contrat formel, sacié, indissoluble? Nous le voyons par la conduite des hommes dissolus, qui séduisent les femmes parle seul désir de satisfaire une passion brutale. 11 faut donc que le mariage rétablisse une espèce d'égalité entre les deux sexes. Pour voir ce qui est conforme ou contraire a la nature de ce contrat important, il faut faire attention, non à 1 intérêt seul des é, oux, mais à celui des enfants et à celui de la société. Si l'on perd de vue une seule de ces considérations, ion ne manquera ['as de faire des spéculations fausses ; c'est ce qui est arrivé à la plupart des philosophes, soit anciens, soit modernes, qui n'ont pas connu ou qui n'ont pas voulu connaître la véritable institution du mariage.

Les patriarches, mieux instruits, ont aussi mieux raisonné. Comme sous l'état de nature ils étaient non-seulement les chefs naturels de leur famille, mais les ministres ordinaires de la religion, ils disposaient seuls du mariage de leurs enfants, sans oublier toutefois que Dieu en était le souverain ar-

riage doit être préféré à celui de la virginité ou du célibat, et que ce n'est pas quelque chose de meilleur et de plus heureux de demeurer dans la virginité ou dans le célibat, que de se marier, qu'il soitanalhème. C. iO. — Si quelqu'un dit que la défense de la solennité des noces, en certains temps de l'année, est une superstition tyrannique, qui tient de celle des païens , ou si quelqu'un condamne les bénédictions et les autres cérémonies que l'Eglise y pratique, qu'il soit anathème. C. H. — Si quelqu'un dit que les causes qui concernent le mariage n'appartiennent point aux juges ecclésiastiques, qu'il soit anathème. C. 12. — Si quelqu'un est assez téméraire pour oser sciemment contracter mariage aux degrés détendus, il sera séparé sans espoir d'obtenir dispense, ce qui aura lieu aussi à plus forte raison à l'égard de celui qui aura eu la hardiesse, non-seulement de contracter mariage, mais aussi de le consommer ; que s'il le fait sans le savoir, mais qu'il ait négligé d'observer les cérémonies solennelles et requises a contracter mariage,il sera soumis aux mêmes peines; que si ayant observé toutes les cérémonies requises on vient a dc-

DictioSs. Dii Tdéol. dogmatique. II!.

bitre. Abraham, envoyant son serviteur chercher une épouse à son fils Isaac (G en. c. xxiv, v. 7), dit : « Le Seigneur enverra son ange devant vous, et vous fera trouver dans ma famille une épouse pour mon fils. Ce serviteur dit, en voyant Rébccca : Voilà l'épouse que Dieu a préparée au fds démon maître. » Ratuel et Laban disent de môme : « C'est Dieu qui a conduit cette affaire. » Nous ne devons donc pas être surpris des bénédictions que Dieu a répandues sur les mariages des patriarches.

Mais dans les peuplades qui oublièrent les leçons données à nos premiers parents, et négligèrent le culte du vrai Dieu, le mariage devint bientôt un libertinage. Selon l'Ecri ture sainte, les enfants des grands et des puissants de la terre ne consultèrent que le goût et la passion dans le choix de leurs épouses ; de là naquit une race corrompue qui attira par ses crimes le déluge universel (Gènes, vi, 2). Nous voyons des rois enlever des étrangères par violence, pour les mettre au nombre de leurs femmes (c. xn, v. 15 ; c. xx, v. 21, et y joindre encore des esclaves (v. 17). Chez toutes les nations idolâtres, l'adultère, la polygamie, le divorce, le meurtre des enfants, la cruauté de les exposer, la révolte de ceux-ci contre leurs pères, ont déshonoré la sainteté du mariage, en ont fait une source de désordres et do malheurs ; l'auteur du livre de la Sagesse l'a remarqué (Sap. xiv, 2V et 26;. La même chose arrivera toutes les fois que l'on perdra de vue, dans ce contrat, les desseins de Dieu et les leçons de la religion. Les j aïens, à la vérité, avaient conservé un souvenir confus de l'institution divine du mariage, puisqu'ils avaient créé des divinités particulières pour y présider; mais l'idée qu'ils avaient de ces divinités mêmes atteste la dépravation de l'esprit et du cœur des païens. Selon la mythologie, le dieu Hymen ou Hyménée était fils de Racchus et de Vénus. Ils avaient forgé d'autres personnages subalternes , auxquels ils attribuaient des fonctions infâmes. Saint Augustin leur a vivement reproché cet aveuglement dans ses livres de la Cité de Dieu. Nous ne voyons

couvrir quelque empêchement secret dont il soit probable qu'il n'ait rien su, alors on pourra lui accorder dispense plus aisément et gratuitement. Pour les mariages qui sont encore à contracter, on ne la donnera que rarement et pour cause légitime. C. de Trente, 24e sess., du sacr. du mai*., c. 5. — Le saint concile ordonne qu'avant de célébrer un mariage, le curé de ceux qui doivent le contracter annonce, pendant trois jours de fêtes consécutives, au milieu de la messe, leurs noms et qualités, et après ces publications, s'il ne se trouve aucun empêchement, le mariage se feia en face de l'Eglise. G. de Trente, sess. 24% du sacr. de mar., cl. — Si quelques-uns s'avisent de vouloir Ure mariés sans la présence de leur propre curé, ou d'un prêtre commis de sa part, ou de celle de l'ordinaire, ou sans avoir en outre deux ou trois témoins, le saint concile leur signifie qu'ils n'avanceront rien par là, et il déclare dès à présent nuls et invalides les mariages contractés de cette sorte. Le saint concile exhorte aussi les futurs époux à ne point loger dans la même maison avant que d'avoir reçu la bénédiction nuptiale, llid., c. !..

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pas que les philosophes aient jamais censuré ce désordre ; ils étaient aussi aveug\es et aussi corrompus que le peuple.

En second lieu, comme contrat civi», le mariage est soumis à l'inspection et à la vigilance des chefs de la société. Les lois qui règlent les droits des époux, des pères et des enfants, des successions, etc., ont toujours été regardées comme une partie essentielle de la législation. Mais toute loi civile, contraire à l'un des trois intérêts auxquels le mariage a rapport, serait nulle et abusive. Rien ne peut prescrire contre les droits de la nature, tels que Dieu les a établis. En donnant des lois aux Israélites, Dieu n'oublia pas de faire régler par Moïse les droits respectifs des époux, des pères et des enfants. Il ne défendit ni le divorce ni la polygamie, parce que les circonstances ne permettaient pas encore de retrancher ces deux abus ; mais il en prévint les suites pernicieuses par des lois qui bornaient le pouvoir des pères polygames. Il rendit le patrimoine des familles inaliénable ; il régla les droits des aînés et des femmes. Celles-ci, chez les Juifs, n'étaient ni esclaves, ni enfermées, comme chez les autres nations; les héritières ne pouvaient prendre des maris que dans leur tribu. Moïse fixa les degrés de parenté qui devaient former empêchement au mariage, etc. Ainsi ce conlrat se trouva plus gêné qu'il ne l'était sous la loi de nature. Mais les Israélites vraiment religieux n'oublièrent jamais que leurs alliances devaient être sanctifiées par la bénédiction de Dieu. Raguel bénit le mariage de Sara sa fv'le avec Tobie; il leur dit : « Que le Dieu d'Abraham, d'isaac et de Jacob vous unisse et soit avec vous ; qu'il accomplisse à votre égard les bénédictions qu'il leur a promises (Tob. vu, 15). 11 est à présumer que tel était l'usage dans toutes les familles dans lesquelles régnait la crainte de Dieu. L'ange Rapnaël avertit Tobie que l'oubli de Dieu, dans cette rencontre, est la cause des désordres et des malheurs qui infestent les mariages (vi, 17). Souvent les prophètes ont reproché aux Juifs leurs prévarications à cet égard. On se tromperait donc beaucoup si l'on se persuadait que, chez les Juifs, le mariage était considéré comme un contrat purement civil, dans lequel la religion n'entrait pour rien, parce que nous n'y voyons pas intervenir les prêtres ; les pères de famille en tenaient heu comme ils avaient fait sous la loi de nature. Aujourd'hui de prétendus politiques soutiennent que l'Eglise chrétienne ne devrait avoir aucune inspection sur le mariage de ses enfants; que c'est à la puissance civile seule de défendre ou de permettre ce qu'elle jugera utile au bien public.

« J'ai frémi, dit un protestant très-sensé et un très-bon philosophe , j'ai frémi toutes les fois que j'ai entendu discuter philosophiquement l'article du mariage. Que de manières de voir, que de systèmes, que de passions eti jeu 1 On nous dit que c'est à la législation civile d'y pourvoir; mais cette législation ii'e$t-dlê donc pas entre les mains des hom-

mes, dont les idées, les vues, les principes, changent ou se croisent ? Voyez les accessoires du mariage qui sont laissés à la législation civile ; étudiez, chez les différentes nations et dans les différents siècles, Les variations, les bizarreries, les abus qui s'y sont introduits; vous sentirez à quoi tiendrait le repos des familles et celui de la société, si les législateurs humains en étaient les maîtres absolus.

« Il est donc fort heureux que, sur ce point essentiel, nous ayons une loi divine supérieure au pouvoir des hommes. Si elle est bonne, gardons-nous de la mettre en danger, en lui donnant une autre sanction que celle de la religion. Mais il est un norahre de raisonneurs qui prétendent qu'elle est détestable ; soit : il en est pour le moins un aussi grand nombre qui soutiennent qu'elle est très-sage, et auxquels on ne fera pas changer d'avis. Voilà donc la confirmation de ce que j'avance, savoir, que la société se diviserait sur ce point, selon la prépondérance des avis en divers lieux. Cette prépondérance changerait par toutes les causes qui rendent variable la législation civile , et ce grand objet qui exige l'uniformité et la constance pour le repos et le bonheur de la société, serait le sujet perpétuel des disputes les plus vives. La religion a donc rendu le plus grand service au genre humain, en portant sur le mariage une loi sous laquelle la bizarrerie des hommes est forcée de plier; et ce n'est pas là le seul avantage que l'on retire d'un code fondamental de morale, auquel il ne leur est pas permis de toucher. » Lettres sur V Histoire de la terre et de l'homme, tom. I, p. 48.

En troisième lieu, sous la loi évangélique, Jésus-Christ a rétabli le mariage dans sa sainteté primitive ; et, pour en rendre le lien plus sacré, il l'a élevé à la dignité de sacrement. C'est sous ce nouveau titre qu'il est principalement considéré par les théologiens. Nous avons donc à examiner, 1° si le mariage des chrétiens est véritablement un sacrement, quelle en est la matière, la forme, le ministre, et quelle doit en être la solennité; 2° quelle puissance a droit d'y mettre des empêchements et d'en dispenser; 3° si un mariage valide est indissoluble dans tous les cas ; 4* si la doctrine et la discipline de l'Eglise catholique, touchant le mariage, est capable d'en détourner les fidèles. 11 n'est aucune de ces questions qui n'ait donné lieu à des erreurs et à des plaintes, soit de la part des hérétiques, soit de la part des incrédules (1).

1. Du mariage considère' comme sacrement. Les protestants ont trouvé bon de retrancher le mariage du nombre des sacrements, et de soutenir que la croyance de l'Eglise romaine sur ce point n'est point fondée sur l'Ecri-

(1) Dans noire Dict. de Théologie morale, nous avons développé toutes les questions qui concernent le mariage. Chez tous les peuples ce contrat a été revêtu de solennités particulières. Il n'était cepeu dant pas un sacrement chez les Hébreux.

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Jure sainte; c'est à nous de prouver le contraire.

1° Saint Paul, parlant du mariage des chrétiens, le compare à l'union sainte qui est entre Jésus-Christ et son Eglise, et il la propose pour modèle aux personnes mariées. Il conclut, en disant : « Ce sacrement est grand, j'entends en Jésus-Christ et dans son Eglise (Ephes. v, 32). Il s'agit de prendre le sens de ces paroles (1). Le terme de sacrement, disent les réformateurs, signifie mystère, et rien de plus; l'Apôtre en!end seulement que l'union de Jésus-Christ avec l'Eglise est un mystère dont le mariage chrétien est une faible image; c'est tout ce que l'on en peut conclure.

Mais lorsque les protestants disent que le baptême et la cène sont des sacrements, donnent-ils à ce terme un autre sens qu'à celui de mystère? Ils entendent comme nous, par ces deux termes, un signe sensible, un rite extérieur et des paroles qui représentent quelque chose que l'on ne voit pas, qui signifient un don de Dieu que l'on n'aperçoit pas. Puisque, de leur aveu , le mariage est une image de l'union de Jésus-Christ avec son Eglise, il en résulte que les signes extérieurs d'alliance entre les époux signifient qu'il doit y avoir entre eux une union aussi sainte, aussi étroite, aussi indissoluble qu'entre Jésus-Christ et son Eglise ; union qui ne peut pas être sans une grâce particulière de Dieu. Qu'exigent de plus les protestants pour faire un sacrement? A la vérité, si Jésus-Christ, après avoir épousé son Eglise et l'avoir dotée de son sang, l'avait bientôt abandonnée à l'erreur; s'il l'avait laissé corrompre au point qu'elle est devenue la prostituée de Babylone, comme le disent les prolestants, celte espèce de divorce serait un bien mauvais exemple donné aux chrétiens qui se marient ; heureusement la calomnie

(1) Les paroles Sacramentum hoc magnum est ne

Î »eiivent se rapporter qu'à l'union de l'homme et de a femme. Elles se rapportent évidemment à ce qui les précède immédiatement; car le pronom démonstratif hec marque la chose dont il s'agit précédemment : or, les paroles qui précèdent immédiatement ne peuvent s'entendre que du mariage : Propter hoc relinquet homo put>em elma rem suam, etad.œrebit uxori sur, et erunl duo in en ne una. Sa ram ntum ho- magnum es in Clirisio cl in Ec lesia. C'est donc du mariage des fidèles que l'Apôtre dit que c'est un grand sacrement, sua amentum hoc magnum est, parce qu'il est un signe visible de celle union sacrée qui est entre Jésus-Christ et son Eglise. Si l'on rapportait le pronom hoc à l'union de Jésus-Christavec son Eglise, voici quel serait le sens de saint Paul : hoc, c'esl-a-dire Jésus-Christ et l'Eglise, sont un grand sacrement entre Jésus-Christ et 1 Eglise ; ce qui renfermerait une absurdité, selon la remarque du second concile de Cologne de l'an 155'J. Quod est aut,m hoc sacramenl m in verbis superioribus relatum, quod magnum est in Chrhto et Ecclesia? Id esse non pote A eerle Chiit>t>setEccle ia, nam absuide sequeretur; hoc, id est (hristus et Eciitsia, e^l magnum sacramentum, in Chris o et Ecclesia ; nemo enim sic l qunur.... Nece*se est igitur ut id sacramentum quod dicit esse magnum in Ùiristo et Ecclesia, sil illa co .junctio liri eum minière (Confit. C'o'oh. an. 153'3. )

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des protestais n'est qu'un blasphème contre la fidélité du Sauveur.

De même que le baptême représente la grâce qui purifie notre Ame du péché, et que la cène représente la grâce qui nourrit et fortifie noire âme; ainsi le mariage représente la grâce qui unit les esprits et les cœurs des époux. Où est la différence? Do même que Jésus-Christ a dit : Celui qui croira et sera baptise', sera sauvé, et celui qui mange ce pain, vivra éternellement , il a dit aussi : Que l'homme ne sépare point ce que Dieu a uni. Donc c'est la grâce de Dieu qui unit les époux.

2° C'est la question, disent les protestants, de savoir si la cérémonie du mariage donne la grâce. Cette question est encore résolue par saint Paul ; en comparant les personnes mariées à celles qui vivent dans le célibat, il dit que chacun a reçu de Dieu un don particulier (/ Cor. vu, 7). Quel peut être le don de Dieu à l'égard des personnes mariées, sinon la grâce qui réunit les cœurs ? Ontelles moins besoin de grâce pour remplir les devoirs de leur état que les célibataires? L'Apôtre ajoute, v. \k, que les enfants des fidèles mariés sont saints; pourquoi, sinon parce qu'ils sont nés d'une union sainte ? Or, cette union ne peut être sanctifiée que par la grâce de Dieu. D'ai' leurs, dès qu'il a plu aux protestants de décider que les sacrements ne produisent point par eux-mêmes la grâce sanctifiante dans l'âme de ceux qui les reçoivent, que tout leur etfet consiste à exciter la foi qui seule justifie, nous ne voyons pas pourquoi ils excluent le mariage du nombre des sacremen's. Cette cérémonie est-elle donc moins propre à exciter la foi dans les fidèles, que celle du baptême ou de la cène? Les promesses mutuelles que se font les époux d'une fidélité inviolable, la bénédiction de l'Eglise qui consacre ces p;omesses, doivent leur persuader, sans doute, que Dieu les ratifie , qu'il leur donnera les grâces et la force dont ils auront besoin pour vivre saintement, pour s'aider et se supporter , pour élever chrétiennement leurs enfants, etc.

3° L'Eglise catholique fait profession d'entendre l'Ecriture sainte, non comme il plait à quelques docteurs, mais comme elle a été constamment entendue depuis les apôtres jusqu'à nous ; or, on a toujours donné dans l'Eglise aux passages que nous alléguons le même sens que nous leur donnons.

Saint i lément d'Alexandrie, Slrom., 1. m, réfute les divers hérétiques qui condamnaient le mariage et regardaient comme un crime la procréation des enfants; il leur soutient que le mariage est non-seulement innocent et permis, mais saint et destiné à sanctifier les époux, et que les enfants qui en proviennent sont saints, c. 6, p. 532; que c'est Dieu qui unit la femme à son mari, c. 10, pag. 5'+2; et il le prouve par les passages de l'Ecriture que nous avons cités. Tertullien , 1. v, contra Marcion., c. 18, emploie les mêmes preuves contre Marcion, et nomme quatre ou cinq fois le mariage sa-

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