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Puisque, suivant l'aveu de lîaylo, le rcspcct, la confiance, la dévotion envers la sainte Vierge, coulent naturellement du titre de mère de Dieu, et de mère de Jésus- Christ, comment s'est-il pu faire que les chrétiens demeurassent trois ou quatre cents ans avant d'en tirer une conséquence aussi claire, et avant de suivre le penchant naturel à tous les hommes? En 431, le concile général d'Ephèse se lint dans une église dédiée à la sainte Vierge, il n'est pas dit (pie cette dédicace fût récente. Selon une tradition, c'était dans celte ville que la sainte mère de Dieu avait vécu avec saint Jean, et qu'elle avait fini sa vie mortelle ; il n'en fallait pas davantage pour y rendre son culle plus éclatant qu'ailleurs. Lorsque le concile eut confirmé l'auguste qualité qui lui était donnée par les fidèles, et eut condamné Nestorius, le peuple fit éclater sa joie, et combla les évoques de bénédictions; il était donc accoutumé à cette croyance ; sa dévotion était établie, et pour lors elle ne pouvait procurer aucun profit aux prêtres ni aux moines; selon l'opinion de nos adversaires mômes, les dévotions lucratives ne se sont établies que dans les bas siècles. — Quand cette dévotion au: ait augmenté depuis le concile d'Ephèse, il ne s'ensuivrait rien. Lorsqu'une pratiqueaété blâmée par des hérétiques, et approuvée par l'Eglise, malgré leur censure, il est naturel qu'elle devienne plus commune et plus solennelle , parce qu'alors elle est regardée comme une profession de foi contre l'hérésie.
Les rumeurs de quelques dévots ignorants, contre la censure du livre de Marie d'Agivda, prouvent encore moins; elles étaient dictées par un esprit de parti, puisque la lecture de ce livre avait déjà été défendue à Rome. Mais , depuis cette époque, personne en France ne s'est avisé de renouveler les visions et les erreurs de Marie d'Àgréda; la censure produisit donc son effet, et il n'est pas vrai que l'enlôtement des dévots ait été incurable. Les docteurs de la faculté de Paris, dans leur censure, suivirent à la lettre 1 s règles prescrites par (jcrson, chancelier de l'Eglise de Paris, il y a trois cents ans, touchant le culte de la sainte Vierge. Petau, de Jncarn., 1. xiv, c. 8, n. 9 et 10.
Il y aura des vices, dit un ancien, tant qu'il y aura des hommes; il en est de môme des erreurs et des abus; mais aucun ne s'établira jamais pour longtemps dans l'Eglise catholique, parce qu'elle est attentive à les condamner tous. Dans les sectes séparées d'elle, les erreurs et les abus sont incurables, puisque personne n'a droit d'y apporter du remède.
A la place des prétendues superstitions de l'Eglise romaine , on a vu naître chez les protestants les impiétés des socinions, des anabaptistes, des libertins ou anomiens, des quakers, le déisme, le spinosisme, l'athéisme, etc
MARIES (trois). L'on entend sous ce nom trois personnes dont il est parlé dans l'E-
vangile ; savoir : Marie-Magdeleine, Marie » sœur de Lazare, et la pécheresse de Naïm, qui répandit du parfum sur les pieds de Jésus- Christ chez Simon le pharisien. La question est de savoir si ce sont trois personnes différentes , ou si c'est la môme qui est désignée sous divers caractères. Dom Calmet , dans une Dissertation sur ce sujet, Bible d Avignon, t. Xlil, p. 331, après avoir exposé les divers sentiments et les preuves sur lesquelles les Pères, les commentateurs et les critiques se sont fondés, conclut par juger que la question est à peu près interminable ; il penche néanmoins pour le sentiment de ceux qui distinguent les trois Maries ; et quand on s'en tient au texte de l'Evangile, c'est l'opinion qui paraît la plus probable. Voij. la Dissertation sur la Madeleine, par Anquetin, curé de Lyon , in-12,
* MARISTE^. La plupart des anciennes congrégations ont succombé sous les coups de la Révolution. Le catholicisme, puisant sa force dans l'association, a vu renaître avec joie les congrégations religieuses. Les Maristes tiennent un rang très-distingué parmi les congrégations de France. Ils se livrent à Tinstruction primaire, surtout dans les diocèses de Lyon et de Belley. Ils sont aussi chargés des missions de rOcéanie occidentale. Ils se sont associé des religieuses connues sous le nom de sœurs Maristes, qui donnent l'instruction aux jeunes filles.
MARONITES, chrétiens du rite syrien, qui sont soumis à l'Eglise romaine, et dont la principale demeure est au mont Liban et dans les autres montagnes de Syrie. Leur nom sort à les distinguer des Syriens Jacobitos et schismatiques.
On ne convient pas do leur origine. Si l'on s'en rapportait à eux, ils croient que leur christianisme date des temps apostoliques, et qu'ils y ont toujours persévéré sans interruption ; qu'ils ont tiré leur nom du célèbre anachorète saint Maron, qui vivait à la fin du iv' siècle, dont ïhéodoret a écrit la vie, et dont le monastère fut bâti au commencement du ve siècle, dans le diocèse d'Apamée, près du fleuve Oronte. Le savant maronite Fauste Nairon, professeur do langue syriaque dans le collège de laSapienceà Rome, entreprit de le montrer dans une dissertation imprimée en 1679, et dans un autre ouvrage intitulé Euoplia fidei catholieœ , publié aussi à Rome en 169V. Mais Assémani, autre maronite non moins savant, prétend qu'il n'y a point de vestiges du nom de maronite avant le xne siècle ; qu'il tire son origine de Jean Maron, patriarche syrien, et du monastère de Saint-Maron , situé près d'Apamée. Biblioth. orient., tom. I, pag. 507.
En effet, il est prouvé qu'au ive siècle, et même dans le milieu du v% les Libaniotes ou habitants du mont Liban, étaient encore idolâtres, etqu'ilsfurent convertis au christianisme par les exhortations de saint Siméon Stylite, mort l'an 459. Jusqueverslafin du vne siècle, on ne voit pas qu'ils aient eu aucune relation avec le monastère de Saint-Mai on, qui était assez éloigné d'eux. A cette époque, l'armée de l'empereur deConstantinoplc étant entrôo
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on Syrie, détruisit ce monastère; l'un des moines, nommé Jean Maron, écrivit un livre intitulé Libellus fidei ad Libaniotas, dans lequel il combattit les erreurs des Nestoriens et des Eutychiens, dont ces peuples étaient alors infectés. Comme il était évoque, il instruisit et gouverna les Libaniotes jusqu'à sa mort, arrivée l'an 707 ; il paraît que c'est depuis ce temps-là qu'ils ont été appelés maronites. Il se peut faire cependant que, dans l'origine, ce terme syriaque ait signifié montagnards, puisqu'il y a un mont Maurus qui fait partie de la chaîne du Liban. Volney, dans son Voyage en Syrie et en Egypte, fait l'histoire des maronites, avec quelques circonstances différentes ; mais il s'accorde pour le fond avec ce que nous venons de dire, t. II, c. 2V, § 2.
Il est encore prouvé qu'au milieu du vin" siècle les maronites du mont Liban étaient engagés dans l'erreur des monothélites ; mais, l'an 1182, ils tirent abjuration de cette hérésie entre les mains d'Aiméric, patriarche d'Antioche. Depuis ce temps-là , plusieurs adhérèrent au schisme des Grecs ; mais enfin au xvie siècle, sous Grégoire XIII et C ément VIII, ils se réunirent à l'Eglise romaine, et ils persévèrent dans leur soumission au saint-siége. Quoique plusieurs de leurs anciens livres aient été corrompus par les Syriens jacobites, ils en ont cependant conservé plusieurs qui sont absolument exempts d'erreur. Ils se servent des mômes liturgies que les Jacobites, parce qu'elles n'ont pas été altérées. Le Brun, Explie, des cérém. de la messe, t. IV, p. 625 et suiv. Leur profession de foi se trouve dans le IIIe tome de la Perpétuité de la foi, 1. vin, c. 1G. Leur patriarche prend le nom de patriarche d'Antioche ; il réside à Canobin ou Canubin, nom tiré du grec cœnobium, monastère. Celui-ci est au mont Liban, à dix lieues de la ville de Tripoli de Syrie. L'élection de ce patriarche se fait par Je clergé et par le peuple, selon l'ancienne discipline de l'Eglise. 11 a sous lui quelques évoques, qui résident à Damas, à Alep, à Tripoli, dans l'île de Chypre , et dans quelques autres lieux où il y a des maronites.
Les ecclésiastiques qui ne sont pas évoques peuvent tous se marier avant leur ordination ; mais si leur femme vient à mourir, ils ne peuvent se remarier sans être dégradés. Leurs moines sont pauvres, retirés dans le coin des montagnes ; ils travaillent de leurs mains, cultivent la terre, et ne mangent jamais de chair : on dit qu'ils ne font point de vœux, mais cela ne s'accorde pas avec l'ancienne discipline des moines orientaux; ils suivent la règle de saint Antoine. Les prêtres maronites ne disent pas la messe en particulier , excepté dans certains cas ; ils la disent tous ensemble, et réunis autour de l'autel ; ils assistent le célébrant, qui leur donne la communion. Leur liturgie est en Syriaque ; mais ils lisent l'épitre et l'évangile à haute voix en langue arabe. Les laïques observent le carême, et les jours de jeûne ils ne commencent à manger que deux ou trois
heures avant le coucher du s'-leil. Ils ont plusieurs autres coutumes, sur lesquelles on peut consulter la relation du père Dandini, jésuite, qui fut envoyé chez eux par Clément ATII, pour s'informer de leur véritable croyance. Cette relation, écrite en italien, a été traduite en français par 11. Simon, avec des notes critiques, dans lesquelles il relève plusieurs fautes du jésuite ; mais l'abbé Renaudot nous avertit que ni l'un ni l'autre de ces guides n'est infaillible.
Les maronites ont à Rome un collège ou séminaire, fondé pour eux par Grégoire XIII, et qui a produit de savants hommes. De cette école sont sortis Abraham Echellensis et MM. Assémani, dont les recherches et les travaux ont jeté un grand jour sur la littérature orientale, surtout par l'immense recueil d'auteurs syriens, que l'un des deux derniers a fait connaître dans sa Bibliothèque orientale, en 4 vol. in-folio, imprimée à Rome en
Un voyageur français, qui a vu les montagnes de Syrie, il y a dix ans, dit que les maronites n'ont pour tout objet d'étude que l'Ecriture sainte et leur catéchisme, mais qu'ils sont de bonne foi, de bonnes mœurs, très-soumis à l'Eglise romaine ; qu'ils sont laborieux; que leur industrie et celle des Druses ont fertilisé le sol des montagnes do Syrie, et en ont fait un jardin très-agréable. 11 ajoute que la religion catholique a fait beaucoup de progrès dans la Syrie, à Damas et dans le sud-ouest des montagnes, où les hérétiques et les schismatiques faisaient autrefois le plus grand nombre. Les missions se font dans ce pays-là par les capucins, par les cordeliers observantins du couvent de Jérusalem , par les carmes déchaussés de Tripoli et du Mont-Carmel. Ce même voyageur rend justice à leur zèle, à leurs travaux et à leurs succès. Voyage de M. Pages, t. I, p. 352, etc. Volney qui a demeuré pendant huit mois chez les maronites, en 1784, rend le même témoignage touchant leur religion et leurs mœurs. Voyage en Syrie et en Egypte, t. II, p. 8 et suiv. A ce sujet il fait remarquer la différence que produit la religion dans les mœurs, dans la condition, dans la destinée des peuples, en comparant l'état des maronites avec celui des Turcs. Jbid., c. 40, p. 432. Puisque les maronites, malgré les erreurs dans lesquelles ils sont, tombés en ditférents temps, ont conservé les mêmes liturgies et les mêmes livres qu'ils avaient avant le schisme des Jacobites, arrivé au v" siècle, et qu'ils s'en servent encore, c'est un monument incontestable de la croyance qui était suivie pour lors dans l'Eglise orientale. Or, ces livres contiennent les mêmes dogmes et les mêmes pratiques que suit l'Eglise romaine, et que les hérétiques osent lui reprocher aujourd'hui comme des nouveautés introduites en Occident par les papes. (Voy. Syriens.)
* MARTINISTES. On a donné ce nom aux croyants à Martin, le prétendu prophète, qui fit des révélations à Louis XVilI.
MARTYR. Ce nom signifie témoin; il dé-
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sigBfi un homme f|iii a souffert dos supplices, et même la mort, pour rendre témoignage de la vérité de la religion qu'il professe. On le donne par excellence a ceux qui ont sacrifié leur vie pour attester la vérité dos i'aits sur lesquels le christianisme est fondé.
En chargeant les apôtres de prêcher l'Evangile, Jésus-Christ leur dit : Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute In Judée et la Samairie, jusqu'aux extrémités de (a terre (Act. i, S). Déjà il leur avait dit : L'on vous tourmentera et on vous ôtera la vie, et vous serez odieux à toutes les nations, à cause de mon nom [Matth. xxiv, 9) ; ne craignez point ceux qui peuvent tuer le corps, et ne
peuvent pas huer l'âme Si quelqu'un me
confesse devant les hommes, je le confesserai devant mon Père qui est au ciel ; mais si quelqu'un me rôtie devant les hommes, je le renierai devant mon Père (x, 28 et 32). De là Tertullien conclut que la foi chrétienne est un engagement au martyre, /idem martyrii debitricem. On sait avec quelle profusion le sang des chrétiens a été répandu par les païens pendant près de trois cents ans.
Comme le témoignage des Martyrs est une preuve invincible de la vérité des faits sur lesquels notre religion est fondée, ses ennemis ont fait tous leurs efforts pour l'affaiblir. Ils ont soutenu, 1° que le nombre des martyrs a été beaucoup moindre que ne le supposent les écrivains ecclésiastiques et lss compilateurs de martyrologes; 2° qu'il n'est pas vrai que Ton ait fait souffrir aux martyrs les tourments horribles qui sont rapportés dans leurs actes ; 3° que la plupart ont été mis à mort, non pour leur religion, mais pour les crimes dont ils étaient coupables, parce qu'ils étaient turbulents, séditieux, animés d'un faux zèle, et perturbateurs du repos public; k" que leur courage n'a rien eu de surnaturel, que c'était un effet du fanatisme des chrétiens et de leur opiniâtreté ; 5" que ce courage ne prouve rien, puisque les religions les plus fausses ont eu leurs martyrs ; 6° que le culte rendu aux martyrs et à leurs reliques est superstitieux, et qu'il a été la source des plus grands abus. Pour réfuter toutes les erreurs des hérétiques et des incrédules, nous préférerons le témoignage des auteurs païens à celui des écrivains ecclésiastiques, et nous ferons voir que ces derniers n'ont rien dit qui ne soit confirmé par l'aveu de leurs ennemis.
i. Du nombre des martyrs. On en compte dix-neuf mille sept cents qui souffrirent à Lyon avec saint Irénée, sous l'empire de Sévère ; six mille six cent soixante-six soldats de la légion thébéenne massacrés par les ordres de Maximien ; Sozomène dit que, dans la Perse, il en périt deux cent mille sous Sapor II, dont seize mille étaient connus : le carnage continua sous Isdegerde ou Jezdedgerd et sous Rehram ses successeurs. Le P. Papebroek, dans les Acta sanctorum, compte seize mille martyrs abyssins, et une multitude dans le* autres pays du monde. Dodwel, dans une dissertation jointe aux ou-
vrages de saint Cyprien, dans l'édition d'Angleterre, a entrepris de prouver que tout cela sont des exagérations ; (pie le nombre des martyrs mis à mort dans l'étendue de l'empire romain a é(é beaucoup moindre qu'on ne pense. Bayle et les autres incrédules n'ont pas manqué d'applaudir à son travail, et de confirmer son opinion par leur suffrage. La plus forte do ces preuves est un passage d'Origône, 1 m, contre Celse, n. 8 , où il dit « que l'on peut aisément compter ceux qui sont morts pour la religion chrétienne, parce qu'il en est mort un petit nombre, et par*înlervalles, Dieu ne voulant pas que cette raec d'hommes fût entièrement détruite. » Dodwel parcourt ensuite les différentes persécutions qu'essuya l'Eglise chrétienne sous Néron, sous Domitien et sous les empereurs suivants. Il dit que la plupart de ces orages ne tombèrent que dans certains endroits, qu'il y eut de longs intervalles de tranquillité, que plusieurs empereurs furent d'un caractère très-doux, plus portés à favoriser le christianisme qu'à le persécuter. 11 cherche à atténuer les expressions des auteurs chrétiens ou païens qui ont parlé de la multitude des massacres commis dans les différentes époques. Dom Ruinart, dans la préface qu'il a mise à la tète de «a collection des Actes authentiques des martyrs, a réfuté Dodwel, et nous ne connaissons personne qui ait osé attaquer les preuves qu'il lui oppose : sans nous assujettira les copier, nous ferons quelques réflexions.
11 serait d'abord à souhaiter que nos adversaires eussent pris plus de soin de s'accorder avec eux-mêmes. Ils prétendent que, dans les premiers siècles, la plupart des chrétiens couraient au martyre ; que c'était un fanatisme épidémique inspiré par les Pères de l'Eglise ; que les chrétiens étaient séditieux et turbulents, allaient insulter les magistrats, troubler les cérémonies païennes, provoquer la cruauté des bourreaux ; ils ont étalé les raisons ou plutôt les prétextes sur lesquels on les poursuivait à mort; ils ont ainsi fait l'apologie de la cruauté des persécuteurs : ensuite ils viennent gravement nous dire que cependant l'on n'a supplicié qu'un petit nombre de chrétiens. Dans ce cas, les empereurs, les gouverneurs de province, les magistrats, étaient des insensés, qui se laissaient insulter, souffraient que l'ordre public fût impunément troublé, ne tenaient aucun compte des cris tumultueux du peuple, qui demanda, t que les chrétiens athées, impies, scélérats, fussent exterminés. Voilà un phénomène bien singulier. L'on sait aussi à quoi s'en tenir sur la douceur, la police, le bon ordre qui régnaient chez les Romains ; s'il y eut jamais des monstres de cruauté, ce furent Néron, Domitien, Cabgula, Maximien, Maximin, Licinius, etc. Les empereurs môme, dont on nous vante la clémence, laissèient la plus grande liberté aux gouverneurs de province ; et ceux -ci, pour se rendre agréables au peuple, lui permirent d'assouvir sa fureur contre les chrétiens. Nous vojons, par la lellre de Pline à Trajan, qu'il n'y avait
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aucune règle établie pour les jugements, aucune borne fixée pour les supplices qu'on leur faisait subir. Il ne sert donc à rien de compter le nombre des persécutions ordonnées par des édits, puisque, dans les intervalles, il y eut encore un grand nombre de chrétiens mis à mort. On abuse évidemment du passage d'Origène, et l'on affecte d'en supprimer les dernières paroles qui en déterminent le sens; elles prouvent que le nombre des martyrs fut peu considérable , en comparaison des chrétiens qui furent conservés, Dieu ne voulant pas que cette race dliommes fut entièrement détruite; il ne s'ensuit pas que ce nombre ne fût très-grand en luimême. D'ailleurs, Orïgène écrivait avant l'an 250, plusieurs années avant la persécution de Dèce : or, ce fut pendant les soixante années suivantes que le carnage fut le plus général. Origène, qui vivait dans la Palestine, ne pouvait pas connaît; e le nombre des martyrs qui avaient souffert dans l'Occident. Il prévoyait lui-même que la tranquillité dont jouissaient alors les chrétiens ne durera t pas. Ibid., 1. m, n. 14. Mais il faut des preuves positives, et nous en avons de plus solides que les conjectures de Dodwel.
Pour le i" siècle, le martyre de saint Pierre, de saint Paul, celui des deux saints Jacques, de saint Etienne et de saint Siméon, sont prouvés, ou par les Actes des apôtres, ou par les écrits des plus anciens Pères. Saint Clément de Rome, après avoir parlé de la mort de saint Pierre et de saint Paul, dit : « Ces hommes divins ont été suivis par une grande multitude d'élus, qui ont souffert les outrages et les tourments pour nous donner l'exemple. » Epist. 1, n, 6. Saint Polycarpe, dans sa Lettre aux Fhilippiens, leur propose do môme l'exemple des bienheureux Ignace, Zozime et Rufe, môme de saint Paul et des autres apôtres, qui sont tous dans le Seigneur, avec lequel ils ont souffert, cum quo et passi sant. Saint Clément d'Alexandrie, Strom., 1. iv, c. 5, dit que les apôtres sont morts comme Jésus- Christ, pour les Eglises qu'ils avaient fondées. Ceux qui ont écrit que le martyre de la plupart des apôtres n'est pas certain, étaient fort mal instruits. Tacite, Annal., 1. xv, c. 44, nous apprend « que Néron fit mourir par des supplices recherchés, des hommes détestés pour leurs crimes, et que le vulgaire nommait chrétiens. Leur superstition, dit-il, déjà réprimée auparavant, pullulait de nouveau. L'on punit d'abord ceux qui s'avouaient chrétiens, et par leur confession l'on en découvrit une grande multitude, multitudo ingens, qui furent moins convaincus d'avoir mis le feu à Rome, aue d'être bais du genre humain. » Nous aurons encore plus d'une fois occasion de citer ce passage. Pour en éluder la force, Dodwel dit que cette persécution n'eut pas lieu hors de Rome. Comment donc Tacite savait-il que les chrétiens étaient détestés du genre humain, si on ne les poursuivait qu'à Rome? Ce n'est pas là que tous les apôtres et les autres disciples du Sauveur ont été mis à
mort. Selon Tacite, cette superstition avait été déjà réprimée auparavant; il parle évidemment de l'édit par lequel Claude, prédécesseur de Néron, avait banni de Rome les juifs, qui, au rapport de Suétone, y faisaient du bruit à l'instigation du Christ, impulsore Christo. On ne peut méconnaître, sous ce nom, les chrétiens qui pour lors étaient confondus avec les juifs Sucton. in Claud., Act. cap. xvm, v.2.
Dans le ne siècle, Pline écrit à Trajan que si l'on continue à punir les chrétiens, une infinité de personnes de tout âge, de tout sexe, de toute condition, se trouveront en danger, puisqu'on lui en a déféré un trèsgrand nombre, et que cette superstition est répandue dans les villes et dans les campagnes. Trajan lui répond qu'il ne faut pas rechercher les chrétiens, mais que, s'ils sont accusés et convaincus, il faut les punir. Plin., 1. x, Epist. 97 et 98. Ce prince si débonnaire n'est point effrayé de la multitude de ceux qui périront, et nous pouvons juger si l'on cessa de déférer au tribunal de Pline des hommes détestés du genre humain; il atteste cependant qu'il ne les a trouvés coupablesd'aucun enrne. Les fidèles de Smyrne s'excitent au martyre, à l'exemple de leur évoque saint Polycarpe; lui-même leur avait fait cette leçon : elle n'aurait pas été nécessaire, s'il n'y avait eu qu'un petit nombre de chrétiens mis à mort, et s'il n'y avait pas eu du danger pour tous. Lettre de l'Eglise de Smyrne, n. 17 et 18. — La Chronique des Samaritains porte qu'Adrien, successeur de Trajan, fit mourir en Egypte un grand nombre de chrétiens. Celse, qui écrivait sous Marc-Aurèle, nous apprend que la persécution durait encore sous ce règne. Orig, contre Celse, 1. vin, c. 39, 43, 48, etc. Un chronologiste juif Je confirme et parle de même du règne de Commode. Si les supplices n'avaient pas continué sous les Antonins, saint Justin et Athénagore auraient-ils osé se plaindre à eux de ce qu'ils n'usaient pas envers les chrétiens de la justice qu'ils exerçaient envers tous les hommes? Dodwel prétend qu'Athénagore ne parle point de morts ni de supplices, mais seulement de vexations, d'exils, de peines pécuniaires. 11 n'a pas daigné lire le texte. « Nous vous supplions, dit Athénagore, de ne pas souffrir que des imposteurs nous ôtent la vie. Api es nous avoir dépouillés de nos biens, auxquels nous renonçons volontiers, ils en veulent encore à nos corps et à notre vie, etc. » Legatio pro christianis., n. 1. Que prouvent la philosophie de ces princes, leurs vertus et leur douceur prétendue?
Le ine siècle otfre des scènes plus sanglantes. Sans parler du caractère farouche et sanguinaire cte Septime-Sévère, de Caracalla, d'Héliogabale et de Maximin, ceux qui furent moins cruels ne laissèrent pas de sévir contre les chrétiens. Lampride rapporte qu'Alexandre-Sévère voulut bâtir un temple à Jésus-Christ ; mais on l'en détourna, en lui représentant que s'il le faisait, tout le monde embrasserait le christianisme, et
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que tous les autres temples scra'ent déserts : conséquemment Spartien écrit que cet empereur défendit à ses sujets d'embrasser le judaïsme ni le christianisme. On sait de quels trouilles son règne fut suivi, et de quelle manière Maximin, son successeur et son ennemi, traita les chrétiens; c'est alors que Orîgène écrivit son Exhortation au martyre, afin d'encouragerlcs fidèles. Lui-même fut tourmenté pendant la persécution de Dec-1; et sa mort, arrivée trois ou quatre ans après, fut une suite de ce qu'il avait souffert dans sa prison. On dira, sans doute, que l'histoire de cette persécution, tracée par Eusèhe, Hist. ecciésiast., 1. vi, c. 39 et suiv., exagère les faits; mais il cite les témoins oculaires de ce qu'il rapporte. Une grande partie des chrétiens d'Egypte s'enfuit en Arabie, d'autres se sauvèrent dans les déserts, et y pé-irent de misère; outre ceux qui furent condamnés à mort par les juges, un grand nombre furent mis en pièces par les païens furieux, etc. On peut juger par la de ce qui arriva dans les autres provinces de l'empire. Les édits de Dèce ne furent ; oint révoqués sous les empereurs suivants. Sur la fin de ce siècle, et au c mmencement du iv% la persécution déclarée par Dioclétien dura dix ans sans relAche, et fut plus meurtrière que toutes les autres. Ce prince avail eu peine à s'y résoudre; il disait qu'il était dangereux de troubler l'univers et de répandre inutilement du sang; que les chrétiens mouraient avec joie. 11 céda néanmoins aux désirs de Maximiel), son collègue, et publia trois édits consécutifs : le premier ordonnait de détruire toute.» les églises, de rechercher et de brûler les livres des chrétiens; de les priver eux-mêmes de toute dignité, de léduire en esclavage les fidèles du commun ; le second voulait que tous les ecclésiastiques fussent mis en prir*on, et forcés de toutes manières à sacrifier; Je troisième ordonnait que tout chrétien qui refus rait de sacrifier fût tourmenté par les plus cruels supplices. Eusèhe et Lactancc font mention d'une ville de Phrygie toute chrétienne, qui fut mise à feu et à sang, et dont on fit périr tous les habitants. Ces deux empereurs furent si convaincus de l'excès du carnage que, dans des inscriptions et sur des médailles, ils se vantèrent d'avoir exterminé le christianisme , nomino christianorum deleto; superstitione Christi ubique deleta. Estce à tort que les auteurs ecclésiastiques ont appelé le règne de Dioclétien Yère des martyrs? Mais ces princes s'applaudissaient vainement de leur triomphe. Maximien-Galère et Maximien-Hercule, héritiers de leur fureur contre le christianisme, après avoir d'abord renouvelé les édits et fait continuer les meurtres, furent forcés de les faire cesser, parce que, disent-ils, un grand nombre de chrétiens persistent dans leurs sentiments, et qu'il n'y a aucun moyen de vaincre leur obstination. LuciusCecil., de Morte persec, n. 34; Eusèbe, 1. i\, c. 1 Enfin, l'an 311, Constantin et Licinius confirmèrent, la tolérance du christianisme par mu é Jif. On veut nous persuader (pic Julien,
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content de vexer les chrétiens, n'en fit mourir aucun; mais on affecte d'oublier qu'il laissa un libre cours h la haine et à la fureur des païens. Ceux-ci, pour se venger de coque, sous les règnes de Constantin et de Constance , plusieurs de leurs temples avaient été détruits, poussèrent la rage jusqu'à manger les entrailles de plusieurs chrétiens. Ceux de Ga a, après avoir ouvert lo ventre à des prêtres et a des vierges, mêlèrent de l'orge à leurs entrailles, et les fir ent manger | ar des pourceaux. Julien, loin de s'opposer à ces traits de barbarie, punit les gouverneurs qui s'y étaient opposés. Mémoires de l'Académie des Inscript., tom. LX X, in-lt, p. 266 et suiv. Ce fut vers la fin du ive siècle (t au commencement du v% quo Sapor, Jc/.dedgerd et Beh.arn, rois de Perse, résolurent d'exterminer de leurs Etats les chrétiens, et les firent périr par milliers.
Nous voudrions savoir quelles preuves positives et quels monumens l'on peut opposer à ceux que nous venons d'alléguer»
quelles raisons l'on a de récuser les actes et les tombeaux des martyrs, et le témoignage des écrivains ecclésiastiques, dont plusieurs étaient contemporains et bien instruits dos faits qu'ils rapportent. Mosheim, très -instruit de ces preuves, convient quo le nombre des martyrs a été beaucoup p. us considérable que Dodwel ne le suppose; mais il pense qu'il y en a eu cependant beaucoup moins que ne le disent les mar t/rologes. Jlist. Christ., sec. i, § 33. La question est de savoir combien il en faut retrancher. C'est par les preuves que nous venons d'alléguer qu'il faut en juger.
IL De ta cruauté des supplices que Von a fait souffrir aux martyrs. On peut déjà s'en faire une idée, en considérant le caractère sanguinaire qu'avaient contracté les Romains, accoutumés a repaître leurs yeux du meurtie des gladiateurs, à voir combattre les hommes contre les bêtes, à regarder voluptueusement un blessé qui mourait de bonne grâce, à faire périr des Loupes de prisonniers pour honorer le tr omphe de leurs guerriers, à exterminer des familles entières pour assouvir leur vengeance; étaientils encore accessibles h la pitié? Us ne fai l'aient fias plus de cas de la vie de leurs esclaves que de celle d'un animal ; leurs femmes même étaient devenues aussi féroces qu'eux : Juvénal le leur reproche et nous apprend que leur barbarie égalait leur lubricité. — Tacite, dans le passage que nous avons déjà cité, dit que sous Néron les chrétiens furent tourmentés par des supplices trôs-rechcrch 4s, exquisitissimis points, il en fait le tableau. « L'on se fit, dit-il, un jeu de leur mort: les uns, couverts de peaux de bêtes, furent dévorés par les chiens; les autres, attachés à des pieux, furent brûlés pour servir de flambeaux pendant la nuit. Néron prêta ses jardins pour ce spectacle; il y parut lui-même en habit de cocher, et monté sur un char, comme aux jeux du cirque. » Juvénal y fait allusion, bat. i, v. 55. Sénèque enchérit encore; il parlé du fer,
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du fe\i, des chaînes, des bêtes féroces, d'hommes éventrés, de prisons, de croix, de chevalets, de corps percés de pieux, de membres disloqués, de tuniques imbibées de poix, et de tout ce que la barbarie humaine a pu inventer, Epist. lk. Pline ne nous apprend point par quels supplices il faisait périr les chrétiens qui refusaient d'apostasier ; mais il dit qu'il a envo, é à la mort tous ceux qui ont persévéré dans le refus d'adorer les dieux, et qu'il a fait tourmenter deux femmes que l'on disait être deux diaconesses, pour savoir ce qui se passait dans les assemblées des chrétiens ,1. x, Epist. 97. — Celse reproche aux: chrétiens que quand ils sont pris ils sont condamnés au supplice, mis en croix, et qu'avant de les faire mourir on leur fait souflïir tous les genres de tourments. Orig. contre Celse, liv. vin, n. 39, h3, 48, etc. Libanius dit que, quand Julien parvint a l'empire, « ceux qui suivaient une religion corrompue craignaient beaucoup; ils s'attendaient qu'on leur arracherait les yeux, qu'on leur couperait la tête, que l'on verrait couler des fleuves de leur sang; ils croyaient que ce nouveau maître inventerait de nouveaux tourments plus cruels que d'être mutilé, broyé, noyé, enterré tout vif: car les empereurs précédents avaient employé contre eux ces sortes de supplices.... Julien, convaincu, dit-il, que le christianisme prenait des accroissements par le carnage de ses sectateurs, ne voulut pas employer contre eux des châtiments qu'il ne pouvait approuver. » Parcntali in Julian., n. 58. Ce même fait est confirmé par la teneur des édits portés contre les chrétiens ; on laissait le genre de leur supplice h la discrétion des gouverneurs de province et des magistrats, ceux-ci en décidaient selon le degré de leur haine et de leur cruauté personnelle, et selon le plus ou le moins dj fureur que le peuple faisait paraître contre les martyrs.
Nos adversaires peuvent dire tant qu'il leur plaira que saint Laurent rôti sur un gril, saint Romain à qui l'on arracha la langue, sainte Félicité et sainte Perpétue, exposées aux bêtes dans le cirque, d'autres auxquels on déchira les entrailles avec des peignes de fer, etc., sont des fables de la Légende dorée. Les auteurs païens que nous venons de citer n'étaient intéressés ni à vanter la constance des martyrs, ni à exagérer la cruauté des persécuteurs. Saint Clément, Tertullien, saint Cypiien, Eusèbe, les autres historiens et les rédacteurs des Actes des martyrs n'ont rien dit de plus que les ennemis déclarés du christianisme; et c en (jst assez déjà pour nous convaincre qu'ils n'ont pas eu tort d'attribuer le courage des martyrs à un secours surnaturel et souvent miraculeux. Comme il est prouvé par l'histoire que les rois de Perse étaient encore plus cruels que les empereurs romains, on ne doit pas être surpris des tourments horribles rapportés dans les Actes des martyrs de la Perse; ils ont été renouvelés dans le dernier siècle à l'égard des martyrs du Japon.
Si l'on veut consulter YEsprit des usages des différents peuples, I. xv, on verra que la cruauté des supplices a été à peu près la même dans tous les siècles et chez les différentes nations, et qu'il ne faut pas juger des mœurs du monde entier par les nôtres III. Quelle est la vraie raison pour laquelle les martyrs ont été mis à mort? Il est étonnant que les incrédules modernes soient plus injustes envers les martyrs que ne l'ont été les persécuteurs ; ceux-ci n'ont accusé les premiers chrétiens d'aucun autre crime que d'impiété et de super.-tition, de ne vouloir point adorer les dieux, sacrifier aux idoles, d'être opiniâtrement attachas à la nouvelle religion qu'ils avaient emhrassée. Aujourd'hui on ose écrire que les chrétiens étaient des hommes turbulents et sélitieux, qui troublaient la tranquillité publique, qui allaient insu'ter les païens dans leurs temples et les magistrats sur leur tribunal, qui provoquaient de propos délibéré la haine des persécuteurs et la fureur des bourreaux. Malheureusement les protestants sont les premiers auteurs de cette calomnie; pour excuser les séditions et les violences par lesquelles ils se sont signalés dès leur naissance, ils ont trouvé bon d'attribuer la même conduite aux premiers chrétiens. Ba< nage, llist. de l'Eglise, lib. xix, cha;>. 8, § 5. Si cela était vrai, Jésus-Christ aurait eu tort d'annoncer à ses disciples qu'ils seraient poursuivis et mis à mort pour son nom, à cause de lui, qu'ils souffriraient persécution pour la justice, et non pour des crimes ; il les aurait prévenus, sans doute, contre les accès d'un faux zèle et leur aurait défendu d'exciter contre eux la haine publique ; mais il leur dit qu'il les envoie comme des brebis au milieu des loups. « On nous persécute, dit saint Paul, et nous le soulfrons; l'on nous maudit, et nous bénissons Dieu ; on blasphème contre nous, et nous [rions ; jusqu'à présent on nous regarde comme le rebut de ce monde (/ Cor. iv, 12). Il dit que tous ceux qui veulent vivre pieusement et selon Jésus-Christ soutfriront persécution (// Tim. ni, 12, etc.). Si les premiers tidèles n'avaient pas suivi celte leçon et ces exemples, il faudrait que nos apologistes, saint Justin, Athénagore, iNsinutius Félix, saint Clément d'Alexandrie, Tertullien, Origène, saint Cyrille, etc., eussent été de vrais impudents ; ils reprochent aux païens de sévir contre des innocents, de mettre à mort des citoyens paisibles, soumis aux lois, ennemis du tumulte et des séditions, qui jamais n'ont trempé dans aucune des conjurations qui étaient pour lors si fréquentes, auxquels on ne reproche point d'autre crime que de refuser leur encens à de fausses divinités. C'est aux empereurs, aux gouverneurs de | rovi.ee, aux magistrats, qu'ils oseut faire ces représentations. lui fin, il serait bien étonnant que les rédacteurs ues Actes des martyrs, qui sans doute étaient possédés du même fanatisme que les martyrs euxmêmes, n'eussent laissé échapper dans leurs relations aucun trait de haine, de colère,
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d'insolence, de ressentiment contre les juges ni contre les bourreaux, n'eussent mis dans la bouche des martyrs que des paroles île douceur et de patience. Mais c'est au témoignage même des anciens accusateurs que nous appelons de la calomnie des modernes. Tacite dit à la vérité, que les chrétiens étaient détestés à cause de leurs crimes, qu'ils furent convaincus d'être haïs du genre humain; qu'ils étaient coupables et avaient mérité un châtiment exemplaire ; mais il n'articule aucun autre crime qu'une superstition pernicieuse, exitiabilis super stitio. Suétone, dans la Vie de Néron, dit de même que l'on punit par des supplices les chrétiens, secte d'une superstition | erverse et malfaisante, superstitionis pravœ atque ma-> kficœ. C'est ainsi que les païens taxaient l'impiété des chrétiens envers les dieux, parce qu'ils la regardaient comme la cause (les fléaux de l'empire et des malheurs publics. Domitien condamna plusieurs personnes considérables à l'exil, pour avoir changé de religion, et non | our aucun autre crime. Xiphilin, Vie de Domitien. Pline est encore un témoin mieux instruit. Il avoue à Traits qu'il ne sait pas ce que l'on punit dans les chrétiens, si c'est le nom seul ou les crimes attachés à ce nom ; qu'il a cependant envoyé au supplice ceux qui ont persévéré à se dire chrétiens, persuadé que, quelle que fût leur conduite, leur obstination devait être punie. 11 ajoute qu'après en avoir interrogé plusieurs qui avaient renoncé à cette religion, il n'avait pu en tirer d'autre aveu, sinon qu'ils s'assemblaient à certain jour, avant 1 aurore, pour honorer Jésus- Christ comme un Dieu; qu'ils s'engageaient par serment, non à commettre quelque crime, mais à les éviter tous ; qu'ensuite ils prenaient ensemble une nourriture commune et innocente. Pline dit entin qu'api es avoir fait tourmenter deux diaconesses, pour tirer d'elles la vérité, il n'a pu découvrir autre chose qu'une superstition perverse et excessive, superstitionem pravam, immodicam. Trajan appro »ve cette conduite, et décide qu'il ne faut pas rechercher les chrétiens, mais que s'ils sont accusés et conaincus, il faut les punir. Ainsi les chrétiens, justifiés môme par des apostats, ne laissèrent | as d'être m's à mort. Adrien et Antonin, plus équitables, défendirent dans leurs resoritsde punir les chrétiens, à moins qu'ils ne fussent coupables de quelq :e crime. Saint Justin, Apol. 1, num. (iï) et 70, prouve que jusqu'alors ils avaient été punis sans aucun crime : mais nous avons vu que ces ordres furent fort mal exécutés. Celse, qui écrivit immédiatement après, reproche aux chrétiens les supplices qu'on leur faisait souffrir ; mais il ne leur attribue point d'autres forfaits que de s'assembler malgré la défense des magistrats, de détester les simulacres, de blasphémer contre les dieux. Sous le règne de Marc-Aurèle , le jurisconsulte Ulpien rassembla dans ses livres, touchant les devoirs des proconsuls , tous les édits des empereurs précédents portés
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contre les chrétiens, afin de luire voir par quels supplices il fallait les punir ; cela n'aurait pas été nécessaire, s'ils avaient été coupables de crimes dont la peine était déjà fixée par les lois. Lactancc, Divin. instiL, lib. v, c. 11. Dans les édits que Dioch'tieu et Maximien portèrent contre eux, et dont les historiens ecclésiastiques ont conservé la teneur, ils n'accusèrent les chrétiens quo d'avoir renoncé au culte des dieux ; lorsquo Maximien-Galère et Maximien-Hercule donnèrent d'autres édits pour faire cesser la persécution, ils ne firent mention d'aucun délit pour lesquels les chrétiens eussent besoin de grâce. Eusèbe, Hist., 1. ix, c. 7 et 9. Lactancc, de Morte persec, u. 3V. Julien, dans son ouvrage contre le christianisme, ne reproche aux chrétiens ni sédition, ni révolte, ni aucune infraction de l'ordre public ; au contraire, dans une de ses lettres, il avoue que cette îeligion s'est établie par la pratique, du moins apparente, de toutes les vertus, Lettre 49, a Arsace. Lorsque Basnage a osé écrire que la plupart des martyrs qui soumirent dans la persécution de Julien 1 Apostat étaient des mutins et des séditieux qui abattaient les temples dos idoles, il a montré plus de passion contre les anciens chrétiens que Julien lui-même. Libanius, dans la harangue funèbre de cet empereur, convient des tourments horr blés qu'on leur faisait souffrir ; il ne cherche point à excuser cette cruauté parles crimes dont on les avait convaincus. Lucien, eu les tourna t en ridicule, remarque en eux des vertus et non des crimes. Lorsque les païens forcen s ciiaicnt dans l'amphithéâtre, toile impios, ils ne peignaient pas les chrétiens comme des malfaiteurs , mais comme des ennemis des dieux, dont il fallait purger la terre.
Pour énerver la preuve que nous tirons de la constance des martyrs, nos adversaires disent que la barbarie avec laquelle on les traitait les rendit intéressants, excita 1? pitié, fit naturellement des prosélytes ; ensuite ils ne veulent convenir ni de cette barbarie, ni «le l'innocence des chrétiens. Ils reprochent au christianisme d'inspirer aux peuples l'obéissance passive, et de favoriser les tyrans ; d'autre part, ils prétendent que les premiers chrétiens avaient puisé dans leur religion 1 esprit de désola ussance et de révolte. Pendant trois siècles de persécutions, à peine peuvent-ils citer dans l'histoire deux ou trois exemples d'un faux zèle, et ils supposent que c'est ce faux zèle qui a été la cause des persécutions. Mais la passion les aveugle, ils ne raisonnent \ as. Saint Justin, saint Irénée, Origène, Tertullien, saint Cyprien, Eusèbe, saint Epiphane, disent que l'on n'a pas persécuté les anciens hérétiques, qu'il n'y a point eu de martyrs parmi eux ; plusieurs soutenaient que c'était une folie de s'exposer ou de se livrer au martyre; nous voudrions savoir d'où est venue cette distinction, et si la vie des hérétiques était plus innocente que celle oies catholiques. Les
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martyrs suppliciés dans ia Perse n'étaient pas plus criminels que ceux qui ont été mis a mort dans l'empire romain. A la vérité, les juifs et les mages persuaderont aux rois •Je Perse que les chrétiens étaient moins affectionnés à leur gouvernement qu'à celui les Romains ; ils leur firent envisager le christianisme comme une religion romaine, et ce fut pour eux un motif de haïr les chrétiens ; mais on ne put jamais citer aucune preuve d'infidélité de la part de ceuxci. 11 leur fut ordonné, sous peine de la vie, d'adorer le feu et l'eau, le soleil et la lune, en témoignage de ce qu'ils renonçaient au christianisme ; tous ceux qui réinsèrent furent mis à mort ; il fut permis aux gouverneurs de province de les tourmenter comme ils jugeraient à propos Mém. de VAcad. des inscriptions, t. LXIX, in-12, p. 295 et suiv. Hyde et quelques autres protestants, par zèle pour la religion des Perses, ont osé accuser d'opiniâtreté ces martyrs ; on dit qu'ils avaient tort de refuser ce que l'on exigeait d'eux, puisque le culte rendu par les Perses aux créatures n'était qu'un culte relatif et subordonné à celui du Dieu suprême. Mais enfin, puisque les Perses regardaient ce culte comme une renonciation formelle au christianisme, les chrétiens pouvaient-ils s'y s lumettre sans apostasier?
On a déclamé violemment conte le faux 'zèle d'un évêque de Suze, ou plutôt évèque des Huziles, nommé Abdas ou Abdaa, qui brûla un temple du feu, refusa de le rebâtir, et fut cause d'une sanglante persécution. Mais ce fait a riva sous Je/de Igerd, et quatre-vingts ans auparavant Sapor II avait fait périr des milliers de chrétiens. D'ailleurs, le faux zèle d'un seul évoque était-il un juste sujet d'exterminer tous les chrétiens ? Assémani nous apprend, d'après les auteurs syriens, que ce temple du feu ne fut pas brûlé par Abdas, mais par un des prêtres de son clergé ; ainsi ce fait a été mal rapporté par les auteurs grecs. Puisque -cet évèque n'était pas personnellement coupable, il n'avait pas tort de refuser de rétablir le temple détruit. Bibliutk. orient., t III, p. 371. Le même auteur nous assure que la persécution causée par cet événement sous Jezdedgerd ne fut pas longue, mais bientôt assoupie. 11 n'est donc pas vrai que le fait d'Abdas ait fait périr des milliers de chrétiens. Ibid., t. I, p. 183.
Bayle, Comment, philos., préface, OEuvr.
tome II, pag. 36i, prétend que sous Néron plusieurs martyrs, vaincus par les tourments, s'avouèrent coupables de l'incendie de Korae, et en accusèrent faussement d'autres complices; que cependant ils sont dans le martyrologe. Il tord le sens du passage de Tacite, que nous avons c té plus haut, Annal., 1. xv, n. 3V. « Néron, dit cet historien, passa pour être le véritable auteur de l'incendie de Rome ; afin d'étouffer ce bruit, il substitua des coupables, et il punit par des supplices très-recherchés ceux que le peuple nommait chrétiens, gens déie-tés pour leurs crimes. L'auteur de ce nom e^t Christ , qui , so ts le
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règne de Tibère, avait été livré au supplice par 'Ponce-Pilate. Cette superstition, déjà réprimée auparavant, pullulait de nouveau, non-seulement dans la Judée où elle avait pris naissance, ma:s à Rome, où tous les crimes et toutes les infamies de l'univers se rassemblent et sont accueillis. On punit donc d'abord ceux qui avouaient, ensuite une multitude infinie que l'on découvrit par la confession des premiers, mais qui firent moins convaincus du crime de l'incendie que d'être haïs du genre humain, etc. » Cela signifie-t-it que ceux qui avouaient se déclarèrent coupables de l'incendie ? Ils avouèrent qu'ils étaient chrétiens , et ils découvrirent une multitude infinie d'autres chrétiens; tel est évidemment le sens. Ma s Bayle a trouvé bon de peindre ces martyrs comme des ca'omniateurs, et de les placer dans le martyrologe, pendant que l'on ne sait pas seulement leurs n mis. Barbeyrac, aussi peu judicieux, dit que l'on a érigé en saints de faux martyrs, des suicides qui se sont l.vrés euxmêmes à la mort ; des femmes qui se sont jetées dans la mer, dans ies fleuves ou dans les flammes, pour conserver leur chasteté. Il s'élève contre les Pères de l'Eglise qui ont loué leur courage, qui ont exhorté les chrétiens au martyre, contre tous ceux qui l'ont désiré et recherché; il sout ont qu'il n'est pas permis de désirer le martyre pour lui-même; (pie Jésus-Christ, loin de donner cette leçon à ses d sciples, leur a dit : Lorsque vous serez persécutés dans une ville, fuyez dans une autre. Traité de la morale des Pères, c. vm, § 3'* ; c. xv, § 11. Mais désirer le martyre pour ressemb er à Jésus-Cbrist, pour lui témoigner notre amour, pour mériter la récompense qu'il a daigné y attacher, pour l'avantage qui doit en revenir à i'Egiise, etc., est-ce désirer le martyre pour lui-même, pour le plaisir de souffrir ou de se délivrer de la vie ? Voilà le sophisme sur lequel Daillé, Barbeyrae et d'autres protestants argumentent contre les Pères de l'Eglise. Pour prouver que le désir dont nous parlons est nonseulement permis, mais très-louable, nous ne citerons point les exemples qu'en fournit l'histoire ecclésiastique, puisque c'est contre ces exemples mômes que nos adversaires se récrient ; nous alléguerons l'Ecriture à laquelle ils en appellent.
Jésus-Christ dit (Luc. xn, 50) : Je dois être baptisé d'un baptême de sang, et combien me sens-je pressé jusqu'à ce qu'il s'accomplisse ! Lors p.e saint Pierre lui dit à ce sujet : À Dieu ne plaise, Seigneur, il n'en sera rien, Jésus le reprend et le reg-irde comme un ennemi (Matth. xvi, 22). Il aba à Jérusalem, sachant très-bien l'heure et le moment auxquels il serait saisi par les Juifs, condamné et mis à mort. Les incrédules l'accusent aussi d avoir provoqué, par un zèle imprudent, la hiine et la fureur des Juifs. Barbeyrac dit que cet exemple ne fait pas règle, parce que Jésus-Christ, par sa mort, devait racheter le g. nre humain. Mais les Pères disent, aussi que quand un martyr souffre, ce n'est pas pour lui seul, mais pour