‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 91 sur 228 · MU · texte numérisé non relu

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tournes au mal dès sa jeunesse (Gc-n. vnr, 211. Cotte triste vérité n'est que trop confirmée

par l'expérience, puisque l'on voit tous les signes des passions , de la jalousie, de l'impatience, de l'obstination, de la colère et de la haine dans les enfants du plus bas Age. Les pélagiens, qui contestaient sur ce point, combattaient tout à la fois la parole de Dieu et le sentiment intérieur. Les philosophes incrédules, non moins opiniâtres , se sont partagés sur cette question; les uns ontsout. mi que la compassion naturelle à l'homme, la promptitude avec laquelle il accourt aux cris d'une personne qui soutire, la multitude ih^ établissements fondés parmi nous pour .soulager les malheureux, démontrent que l'homme est né bon. D'autres ont prétendu que (Je sa nature il n'est ni bon ni méchant, mais prêt à devenir l'un ou l'autre , selon qu'il sera bien ou mal élevé et gouverné. Plusieurs ont dit que le naturel de l'homme est irréformable, que le caractère de chaque individu ne change jamais. A quelle opinion se ranger après toutes ces spéculations?

four juger du fond do la nature humaine, il est d'abord évident qu'il ne faut pas la considérer chez les nations chrétiennes et policées, où l'homme, imbu dès l'enfance de leçons , d'exemples , de préceptes, d'habitudes qui tendent à réprimer les passions et à les subjuguer, est redevable de ses vertus aux secours extérieurs qu'il a reçus , sans compter les grâces intérieures que Dieu lui a fa tes. A moins que tous les membre d'une pareille société ne soient nés incorrigibles, il est impossible que le très-grand nombre ne contractent plus ou moins un penchant au bien, qu'ils n'avaient pas en naissant. Li s actes de charité et des autres vertus pratiquées parmi nous ne prouvent donc pas notre bonté naturelle , mais plutôt une bonté acquise, puisqu'on ne voit pas la mémo chose chez les nations infidèles. D'autre part, un sauvage abandonné dès l'enfance, élevé parnu les animaux dans les forêts, leur ressemble plus qu'à un homme; chez lui, les passions sont indomptables, et le moindre objet sufiit pour les exalter. Uniquement affecté du présent comme les enfants, il passe rapidement d'un excès à un autre : on ne peut donc avoir en lui aucune confiance. La crainte que lui donne son inexpérience suffit pour lui fore envisager comme un ennemi tout homme qu'il n'a pas encore vu. il est difficile de reconnaît e dans un être ainsi constitué, un caractère naturellement bon. Nous avouons volontiers que la vie sauvage est contraire à la nature humaine, puisque Dieu a créé l'homme pour vivre en société; mais il ne s'ensuit pas de là que les vices d'un sauvage ne viennent pas du fond môme de sa nature. Voy. Langage. Attribuer ceux qui régnent parmi nous à l'imperfection de nos lois civiles, politiques y et religieuses , aux défauts essentiels de l'éducation et du gouvernement, c'est une autre prétention chimérique. Ces institutions, prises dans leur totalité, ont-elles jamais été meilleures chez une autre nation qu'elles ne

sont chez nous? Nos philosophes réformnleurs , en voulant tout changer, prétendent donc parvenir à une perfection à laquelle:, depuis six mille ans , le genre humain n'a encore pu atteindre ! Quand on considère la manière dont ils raisonnent , on se trouve très-bien fondé à douter du prodige qu'ils se flattent de pouvoir opérer. S'il était vrai quo toutes nos institutions sont encore très-imparfaites, il faudrait déjà conclure que les hommes, qui depuis six mille ans travaillent à se perfectionner, sont très-maladroils, puisqu'ils ont si mal réussi; que, s'ils ne sont pas naturellement méchants , ils sont du moins fort, stupides : et il ne serait pas aisé de couc voir comment des êtres intelligents , qui d'eux-mêmes sont portés à faire le b en, ont tant do peine à le connaître.

On s'écrie que les vices de ceux qui gouvernent sont la cause de tous les maux de l'humanité; supposons-le pour un moment.

Comme ces maux ont toujours été à peu près les mêmes, i! en résulte que tous ceux qui, depuis le commencement du monde, ont gouverné les peup'es, ont été vicieux. C'est un assez bon argument pour conclure que si nos philosophes censeurs , réformateurs, restaurateurs , gouvernaient , ils seraient aussi vicieux, et peut-être plus quo tous ceux qui gouvernent ou qui ont gou-, verné. Or, nous demandons en que! sens un être qui ne manque jamais d'abuser de l'autorité dès qu'il la possède, et d'être vicieux dès qu'il gouverne, est cependant naturellement bon.

Puisque la révélation , une expérience do soixante siècles, le sentiment intérieur et les aveux de nos adversaires, concourent à prouver que l'homme est naturellement plus porté au mal qu'au bien, il nous parait que nous sommes bien fondés à le croire, et que l'on n'a pas eu tort de partir de ce principe pour prouver aux pélagiens la nécess té do la grâce divine pour fa re toute bonne œuvre utile au salut , et surtout pour persévérer dans le bien jusqu'à la tin. Nous sommes donc encore en droit de l'o, poser aux socsiniens, lorsqu'i s prétendent (pie l'on n'a pas solidement établi contre les pélagiens la dégradation de la nature humaine par le pécl 6 d'Adam, la nécessité du baptême, de la grâce, de la rédemption, etc. Ici la question philosophique se trouve essentiellement liée à la théologie.

* MÉCH1TAKISTLS. L'Arménien catholique Mecliiiar (le consolateur) fonda, en 1701, une société à Constantinople pour travailler a la conversion tics Arméniens non unis. Cette société tut contrainte de se retirera Venise en 1715. Elle dirigea de là les Arméniens unis de la Russie, de la Pologne, de la Transylvanie, et eut constamment des missionnaires à Constantinople et dans les cités voisines, pour travailler à la conversion des Arméniens schisniatiuues. La congrégation transporta son principal établis1 ement à Vienne, en 1810, lorsque Napoléon s'empara de Venise. Les méchilarisles continuent loujou/s leur glorieuse mission.

MÉDIATEUR. C'est celui qui s'entremet entre deux contractants- pour porter les pa-

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rôles de l'un à l'autre, et les faire agréer, ou éminemment à Jésus-Christ; comment donc

entre deux personnes ennemies pour les ré- peut-on prétendre que les titres d'interces-

concilier. Yoy. Réparateur. seurs, d'avocats, de médiateurs, que nous

Dans les alliances que font les hommes où donnons aux anges, aux saints vivants et

le saint nom de Dieu intervient, Dieu est le morts, dérogent à la dignité et aux mérites

témoin et le médiateur des promesses et des de ce divin Sauveur ? Jésus-Christ est seul

engagements réciproques; lorsque les ïsraé- et unique médiateur de rédemption , et par

lites promettent à Jcphté de l'établir juge ses propres mérites, comme l'entend saint

des tribus, s'il veut se mettre à leur tête Paul; mais tous ceux qui prient et intercè-

pour combattre les Ammonites, ils lui di- dent, demandent grâce et miséricorde pour

sent : «Dieu, qui nous entend, est le média- nous, sont aussi nos médiateurs, non par

teur et le témoin que nous accomplirons nos leurs propres mérites, mais par ceux de Jé-

promesses (Judic. \\, 10). » Lorsque Dieu sus-Christ; par conséquent dans un sens

voulut donner sa loi aux Hébreux , et con- moins sublime que Jésus-Christ ne l'est lui-

clure avec eux une alliance à Sinaï, il prit môme.

Moïse pour médiateur; il le chargea de porter Les anciens Pères ont été persuadés que

ses paroles aux Hébreux, et de lui rapporter c'était le Fds de Dieu lui-môme qui avait

les leurs : «J'ai servi, leur dit Moïse, d'en- donné aux Hébreux la loi ancienne sur le

voyé et de médiateur entre le Seigneur et mont Sinaï , il était donc le vrai et principal

vous, pour vous apporter ses paroles » (Deut. médiateur entre Dieu et les Israélites; cepen-

v, 5). » dant nous ne sommes pas étonnés de voir ce

Dans la nouvelle alliance que Dieu a faite titre de médiateur accordé k Moïse par saint

avec les hommes , Jésus-Christ a été le mé- Paul lui-môme (Gai. m, 19). Les protestants

diatcur et le réconciliateur entre Dieu et les ont donc très-mauvaise grâce de se récri r

hommes; il a été non-seulement le répon- sur ce que l'Eglise catholique donne aux

dant de part et d'autre, mais encore le prô- anges et aux saints ce même titre de média-

tre et la victime du sacritice par lequel cette teurs , et de soutenir que c'est une injure

alliance a été consommée :« li n'y a, dit saint faito à Jésus-Christ, seul médiateur entre

Paul, qu'un seul médiateur entre Dieu et les Dieu et les hommes. Voy. Intercession.

hommes, savoir Jésus-Christ homme , qui MÉDISANCE, discours désavantageux au

s'est livré pour la rédemption de tous (I Tim. prochain, par lequel on fait remarquer en

ïi, 5). » L'Apôtre, dans son Epîlre aux Hé- lui des défauts qui n'étaient pas connus,

breux, relève admirablement cette fonction L'Ecriture sainte, soit de l'Ancien, soit du

do médiateur que Jésus-Christ a exercée, et Nouveau Testament, condamne sans restric-

fait voir combien elle a été supérieure à celle tion toute espèce de médisance, peint les dé-

de Moïse, il observe, 1° que Jésus-Christ est tracteurs comme des hommes odieux. Le

Fils de Dieu, au lieu que Moïse n'était psalmiste fait profession de les détester, Ps. c,

que son serviteur. 2° Les prêtres de l'an- v. 5. Salomon conseille à tout le monde de

eienne loi n'étaient que pour un temps , ils s'en écarter, Prov. c. iv, v. 24. Le détrac-

se succédaient; le sacerdoce de Jésus-Christ teur, dit-il, est un homme abominable; il ne

est éternel , et ne finira jamais. 3° C'étaient faut pas en approcher, c. xxiv, v. 9 et 21.

des pécheurs qui intercédaient pour d'autres L'Ecclésiaste le compare à un serpent qui

pécheurs; Jésus-Christ est la sainteté môme, mord dans le silence, c. x, v. 11. Saint Paul

il n'a pas besoin d'offrir des sacrifices pour reproche ce vice aux anciens philosophes, et

lui-même, h" Les sacrifices et les cérémonies l'attribue à leur orgueil. Rom. c. i, v. 30. 11

de l'ancienne loi ne pouvaient purifier que cherche aussi à en corriger les Corinthiens,

le corps, celui de Jésus-Christ a effacé les // Cor. c. xu, v. 20. Saint Pierre exhorte les

péchés et purifié les âmes. 5° Les biens tem- fidèles à s'en abstenir, / Petr. c. n, v. 1. Saint

porels promis par l'ancienne loi n'étaient Jacques leur fait la même leçon : « Ne faites

que la figure des biens éternels dont la loi point de médisance les uns contre les autres;

nouvelle nous assure la possession. Saint celui qui médit de son frère , et s'en rend

Paul conclut que les transgresseurs de celle- juge , se met à la place de la loi ; il usurpe

ci seront punis bien plus rigoureusement les droits de Dieu, souverain juge et législa-

que les violateurs de l'ancienne. teur, qui seul peut nous perdre ou noussau-

De ce que saint Paul a dit qu'il n'y a qu'un ver (Jac. iv, 11).» Cette témérité vient tou-

seul et unique médiat cur de rédemption, qui jours d'un très-mauvais principe; elle part

est Jésus-Christ, s'cnsuit-il que les hommes ou d'un fonds de malignité naturelle , ou

ne puissent intercéder auprès de Dieu les d'une passion secrète d'orgueil , de haine,

uns pour les autres? L'apôtre lui-même se d'intérêt , de jalousie, ou d'une légèreté im-

reconimande souvent aux prières des fidèles, pardonnable. Les prétextes par lesquels on

et les assure qu'il prie pour eux; saint Jac- cherche à la justifier n'effaceront jamais l'in-

ques les exhorte à prier les uns pour les justice qui y est attachée, ne prescriront ja-

autres, c. v, v. 16. Saint Paul, après avoir ma's contre la loi naturelle, qui nous défend

dit que Dieu s'est réconcilié le monde par de faire à autrui ce que nous ne voulons pas

Jésus-Christ, ajoute :« Dieu nous a confié qu'on nous fasse. Nos jugements sont si

un ministère de réconciliation {Il Cor. v, fautifs , nos préventions sont souvent si in-

18). » Personne n'oserait Soutenir que cette justes, nos affections si bizarres et si incon-

récnnriliation, confiée aux apôtres, dérobe à Mantes, que nous devons toujours craindre

la qualité de réconcilia'eur, qui appartient de nous tromper en jugeant des actions et

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