‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 94 sur 228 · NIENS · texte numérisé non relu

NIENS

MENDIANTS, nom de religieux qui, pour pratiquer la pauvreté* évangélique , vivent d'aumônes et vont quêter loi r subsistance. Les quatre ordres mendiants les plus anciens sont les carmes, les jacobins ou dominicains, les cordeliers et les augustins ; les plus modernes sont les capucins, les récollets, les minimes, et d'autres, dont on peut voir l'institut et le régime dans Y Histoire des Ordres monastiques, par le père Hélyot. Nous parlons des principaux sous leurs noms particuliers.

L'inutilité et l'abus des ordres mendiants sont un des lieux communs sur lesquels nos philosophes politiques se sont exercés avec le plus de zèle. Suivant leur avis, ces religieux sont non-seulement des hommes fort inutiles, mais unecharge très-onéreuse pour les peuples. Les privilèges qu'ils ont obtenus des souverains pontifes ont contribué à énerver la discipline ecclésiastique; les quêtes sont pour eux une occasion | rochaine de dérèglement, de bassesse, de fraudes pieuses, etc. Toutes ces plaintes ont été copiées d'après les protestants. On voudra bien nous permettre quelques observations sur ce sujet.

1° C'est dans le xir siècle que les ordres mendiants ont commencé. Dans ce temps-là, 1'Knrope éLiit infectée d<> différentes sectes d'hérétiques qui, par les dehors de la pauvreté, de la mortification, de l'humilité, du détachement de toutes choses, séduisaient les peuples et introduisaient leurs erreurs. Tels étaient les cathares, les vaudois ou pauvres de Lyon, les poplicains, les frérots, etc. Plusieurs saints personnages, qui voulaient préserver de ce piège les ti Joies, sentirent la nécessitéd'opposerdes vertus réelles à l'hypocrisie des sectaires, et défaire par religion ce que ces derniers faisaient par le désir de tromper les ignorants. Tout prédicateur qui ne paraissait pas aussi mortifié que les hérétiques n'aurait pas été écouté; il fallut donc des hommes qui joignissent à un véritable zèle la pauvreté que Jésus-Christ avait commandée à ses apôtres (Matth. x, 9 ; Luc. xiv, 33, etc.). Plusieurs s'y engagèrent par vœu, et trouvèrent des imitateurs. Mosheim, quoique protestant , très-prévenu contre les moines et surtout contre les mendiants, convient cependant de cette origine, Ilist.ecclésiast., ssec. xm, n* part., c, 2, § 21. Ce dessein était certainement très-louable, on doit en savoir gré à ceux qui ont eu le courage de l'exécuter ; et quand le succès n'aurait pas répondu parfaitement aux vues des instituteurs et des papes qui les ont approuvés, on n'aurait pas droit de les en rendre responsables ni de les blâmer. Les critiques qui ont dit que l'institution des ordres mendiants était l'ouvrage de l'ignorance des siècles batbares, d'une piété mal entendue, d'une fausse idée de la perfection, etc., ont très-mal rencontré ; c'était un effet de la nécessité des

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