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circonstances et do la disposition des peuples. Ceux qui ont écrit que c'était un projet de politique de la part des papes ; que ceux-ci voulaient avoir dans les mendiants une espèce de milice toujours prête à exécuter leurs ordres et h seconder leurs vues ambitieuses, ont été encore moins heureux dans leur conjecture. Quelle ressource les papes pouvaient-ils espérer de trouver, pour étendre leur puissance, dans l'humilité timide de saint François, ou de ceux qui ont réiormé des ordres religieux? S'ils avaient fondé là-dessus leurs vues ambitieuses, ils auraient été cruellement trompés, et l'esprit prophétique qu'on leur prête aurait bien mal vu l'avenir ; cela sera prouvé dans un moment.
2° Loin d'avoir eu l'intention de se rendre inutiles au monde, les fondateurs des ordres mendiants ont eu celle de se consacrer à l'instruction des fidèles et à la conversion de ceux qui étaient tombés dans l'erreur ; ils y ont travaillé aussi bien que leurs disciples, avec le zèle le plus sincère, et avec beaucoup de fruit. Alors le clergé séculier était fort dégradé ; il fallut remplir le vide de ses travaux lar ceux des religieux mendiants ; de là vint e crédit et la considération qu'ilsacquirent. Mosheim en convient encore. Aujourd'hui même, depuis que le clergé est rétabli, il y a encore une infinité de paroisses pauvreset d'une desserte difficile, dans lesquelles on a besoin du secours des religieux. 11 n'est d'ailleurs aucun des ordvesmendiants dans lequel il n'y ait eu des savants qui ont honoré l'Eglise par leurs travaux littéraires autant que par leurs vertus.
3° Les papes, en approuvant ces ordres, ne les ont point soustraits d'abord à la juridiction des évêques; les exemptions ne sont venues qu'après , et c'a été encore l'effet des circonstances et de la dégradation dans laquelle le clergé séculier était tombé. Nous convenons que les religieux en abusèrent quelquefois; que leurs disputes, leurs prétentions, leur révolta contre les évêques, leur ambition dans les universités, ont été un des désordres qui ont donné le plus d'occupation et d'inquiétude aux papes ; Mosheim, saec. xiv, ne part., c. 2, § 17 ; sœc. xv, n* part., c. 2, §20. Mais il n'est pas vrai que les papes les aient ordinairement soutenus, plusieurs ont donné des bulles pour les réprimer. Depuis que le concile de Trente a remis les choses dans l'ordre, que les anciens abus ne subs slent plus et ne sont plus à craindre, il est de mauvaise grâce d'en rappeler le souvenir, et de rendre les religieux d'aujourd'hui responsables des fautes commises il y a deux cents ans.
kn Nous voyons dans la règle de saint Augustin, et dans celle de saint François, que suivent la plupait des religieux pauvres, que le dessein des instituteurs était d'en placer dans les couvents, dans les campagnes, plu tôt que dans les villes, aiin que les religieux fussent appliqués à instruire et à consoler la partie du peuple qui en a le plus besoin, et partageassent leur temps entre la prière, l'instruction et le. travail des mains. iSi leur
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intention n'a pas été mieux suivie, à qui eh e»t la faute? Aux laïques principalement. Ceux-ci, plus occupés de leur commodité que du besoin des peuples, ont multiplié les couvents dans les villes, parce qu'ils voulaient des églises plus à leur portée que les paroisses, des ouvriers plus souples et plus complaisants que les pasteurs, deschapelles, des sénultures, des fondations pour eux seuls, une piété qui satisfit tout h la fois leur mollesse et leur vanité. Mosheim, saec. xm, 11e part., chap. 2, § 26. II était bien difficile que les religieux ne s'y prêtassent pas par intérêt. A qui doit-on s'en prendre des abus qui en ont résulté ? Ceux qui ont été la principale cause du mal ont-ils droit de s'en plaindre ? On a tendu des pièges au désintéressement des religieux, et l'on s'étonne de ce qu'ils y sont tombés.
5° Il est faux que la mendicité soit la source du relâchement des religieux, puisqu'un désordre égal s'est glissé dans les maisons des moines rentes, dunt la richesse est aujourd'hui un sujet do jalousie et de cupidité. On ne pardonne pas plus l'opulence aux uns que la pauvreté aux autres; on n'approuve pas plus la vie solitaire, mortifiée, laborieuse , édifiante des religieux de la Trappe et de Sept-Fonds, qui ne sont à charge k personne, que l'oisiveté, la dissipation et le relâchement des religieux mendiants. Si les séculiers n'avaient pas eu de tout temps l'empressement de s'introduire chez les religieux, de se mêler do leurs affaires, de jugerde leur régime, le mal sprait moins grand. Mais un moine dyscole, dégoûté de son état, révolté contre ses supérieurs, ne manque jamais de trouver des soutiens, des protecteurs. Les pères de famille , embarrassés de leurs enfants, ont souvent fait entrer dans le cloître ceux qui étaient le moins propres à prendre l'esprit et à remplir les devoirs de cet état ; ceux-ci ont été forcés de se donner à Dieu, parce qu'ils étaient le rebut du monde. Ainsi l'on déclame contre l'état religieux, parce que les séculiers sont toujours prêts à le pervertir. La vertu la plus courageuse peut-e'le tenir contre l'air empesté d'irréligion et de corruption qui règne aujourd'hui dans le monde ? 11 faut que ce poison soit bien subtil, puisqu'il a pénétré dans les asiles même qui étaient destinés à en préserver les hommes.
Nous avons infecté de nos vices l'état religieux, tout saint qu'il était par lui-même ; donc il faut le détruire. Tel est le cri qui retentit à présent dans une grande partie de l'Europe, et tel est le triomphe préparé au vice sur la vertu. Celle-ci, honteuse et proscrite, ne saura plus où se cacher. Heureusement il est encore des déserts ; lorsque les moines auront le courage de s'y retirer comme leurs prédécesseurs, alors leurs ennemis confondus seront forcés de leur rendre hommage. Un protestant plus judicieux que les autres, qui a beaucoup réfléchi sur la nature et sur la société, après avoir reconnu futilité des communautés religieuses dans lesquelles on travaille, n'a pas excepté celles
dm mendiants. « Dans cette classe d'bom mes, dit-il, il y en a, sans doute, que l'on peut regarder comme des paresseux, et que l'un nommeordinairement fainéants, pour exciter contre eux la haine publique. Mais que de fainéants pareils ne renferme pas le monde ! Fainéants dorés, armés, portant les couleurs de celui-ci ou de celui-là, ou des haillons, ou le pistolet, pour le présenter à la gorge des passants. Il y a des paresseux parmi les hommes ; il faut y pourvoir de quelque manière, et celle-là est une des plus douces. Ce n'est point encourager la paresse, c'est l'empêcher d'être nuisible au monde, et il me semble que l'on n'y pense pas assez, non plus qu'à ceux que l'état de la société rend oisifs. » Lettres sur l'Hist. de la terre et de Vhomme, t. IV, page 78. D'ailleurs c'est une erreur de croire que, dans les maisons de religieux mendiants, personne ne travaille que 'les frères lais et les domestiques. Une communauté ne peut subsister sans un travail intérieur et des occupations continuelles; et les couvents dont nous parlons ne sont pas assez riches pour payer des mercenaires. Ils ont ordinairement un vaste enclos, dont la culture est très-soignée, et il n'est point de religieux robuste qui n'y travaille de temps en temps, qui ne s'occupe de quelque travail manuel et des soins domestiques ; c'est un des préceptes de leur règle.
Lorsqu'on aura trouvé le moyen de rendre utiles tant d'honnêtes fainéants qui vivent dans le monde, et qui l'infectent par leurs vices ; lorsqu'on aura supprimé tant de professions dont la subsistance n'est fondée que sur la corruption des mœurs ; lorsqu'on aura persuadé aux nobles que le travail n'est point un apanage de la roture, ni un reste d'esclavage, qu'il ne dégrade point la noblesse, et qu'il y a plus d'honneur à travailler qu'à mendier, il sera permis de penser à la suppression des ordres mendiants. Mais tant que l'on verra des armées-de nobles fainéants assiéger les cours et les palais des grands, y exercer une mendicité plus honteuse que belle des moines, puisqu'elle vient ordinairement d'une mauvaise conduite et d'un faste insensé, il sera difficile de prouver quo la mendicité religieuse est un opprobre.
Ceux qui mènent une vie oisive dans lo cloître ne seraient pas plus laborieux s'ils étaient au mdieu de la société ; ils y augmenteraient la corruption, de laquelle l'état religieux les met à couvert, du moins jusqu'à un certain point. Il ne faut cependant pas oublier que saint Augustin, dans son livre de Opère monachorum, prend la défense des moines qui vivaient du travail de leurs mains, contre ceux qui prétendaient qu'il était mieux de vivre des oblafions ou des aumônes des tidèles. Yoy. Moine.
MENÉE, MÉNOLOGE ou MÉNOLOGUE.
Ce sont des livres à 1 usage des Grecs ; leur nom vient de pjjv, le mois. Les menées contiennent l'office de l'année, divisée par mois, avec le nom et la légende des saints dont on doit faire ou l'office ou la mémoire ; c'est
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la partie de nos bréviaires que nous nommons te propre des suints.
Le ménologe est le calendrier ou le mart rologe îles Grecs ; c'est le recueil des vies des saints, distribuées pour chaque jour des mois île 1 année ; les Grecs en ont de plusieurs sortes, et qui ont été faits par différents auteurs. Depuis leur schisme, ils y ont inséré les noms et les vies de plusieu s hérétiques qu'ils honorent comme des saints. Les écrivains hagiogrnphes citent souvent les menées et le ménologe des Grecs, mais un convient que ces deux ouvrages ont été faits sans aucune critique, et si.nl remplis de fables. Baillet, Disc, sur les Vies des Saints.
MENNONITES. Voy. anabaptistes.
jiENSONCE, discours tenu à quelqu'un dans l'intention de le tromper. L'Eer.ture sainte condamne toute espèce de mensonge; l'auteur de l'Ecclésiastique, c. vu, v. 14, défend d'en proférer aucun, de quelque espèce qu'il soit; le juste, selon le psalmiste, est celui qui dit là vérité telle qu'elle est dans son coeur, et dont la langue ne trompe jamais. Ps. xiv, v. 3. Jésus-Christ, dans l'Evangile, dit que le mensonge est l'ouvrage du démon ; que cet esprit de ténèbres est menteur dès Porigine, et père du mensonge. Joan., c. vin, v. 44. Saint Paul exhorte les lidèles à éviter tout mensonge, à di.e la vérité sans aucun déguisement. Ephes., c. iv, v. 25. Saint Jacques leur fait la même leçon. Jac, c. m, v. 14. Saint Paul va plus loin, il décide qu'il n'est pas permis de mentir pour procurer la gloire de Dieu, ni de faire du mal pour qu'il en arrive du bien. Rom. c. m, v. 7 et 8.
Quelques incrédules ont osé accuse r Jésus- Christ d'avoir fait un mensonge. A la veille de la fêle des Tabernacles, les parents de Jésus l'exhortèrent à s'y montrer et à se faire connaître. Allez-y vous-mêmes, répondit le Sauveur ; pour moi, je n'y vais point, parce que mon temps n'est pas encore venu. Il demeura donc encore quelques jours dans la Galilée, ensuite il alla à la fête en secret, et sans être accompagné (Joan. vu, 3). Jésus, comme on le voit, ne répondit pas : Je nirai point, mais je n'y vais point, parce que mon temps nest pas encore arrivé ; nous ne sommes pas encore au moment auquel je veux y aller, il n'y a Là ni équivoque, ni restriction mentale, ni ombre de fausseté. Il n'y en a pas davantage dans la conduite de Jésus- Christ à l'égard des deux disciples qui allaient à Einmaus, le lendemain de sa résurrection; il est dit que sur le soir, le Sauveur, après avoir marché avec eux, fit semblant de vouloir aller plus loin (Luc. xxiv, 18). 11 voulut les engager à le presser de demeurer avec eux, comme ils tirent en effet ; ce n'est point là un mensonge, mais un procédé très-innocent.
On ne prouvera jamais que Dieu ait approuvé aucun des mensonges dont il est lait mention dans l'histoire sainte ; il ne les a pas toujours punis en privant de ses bienfaits les coupables ; mais où est-il décidé que Dieu doit aussitôt punir toutes les fautes des
hommes, et qu'en les pardonnant il les autorise et les approuve? 11 faut faire attention que comme l'on peut mentir par un simple geste, un geste suffit pour dissiper toute l'équivoque ou la duplicité qui paraît dans les paroles ; qu'ainsi l'on doit être très-réservé à soutenir que tel personnage a commis un mensonge dans telle circonstance.
Saint Augustin a fait en deux livres un traité exprès sur le mensonge, dans lequel il le condamne sans exception, et décide qu'il n'est jamais permis de mentir, pour quelque raison que ce soit ; que si le mensonge ollicieux est une moindre faute que le mensonge pernicieux, il n'est cependant ni louable, ni absolument innocent. Après l'avoir prouvé par les passages de l'Ecriture que nous avons cités, le saint docteur observe que, sous prétexte de rendre service au prochain, l'on se permet aisément toute espèce de mensonge ; que quiconque prétend qu'il lui est permis de mentir pour l'utilité d'autrui se persuade aussi fort aisément qu'il peut le faire légitimement pour son propre intérêt. A la vérité, dit-il, il parait dur de décider qu'on ne doit pas mentir, môme pour sauver la vie à un innocent ; mais si l'on soutient le contraire, il faudra dire aussi qu'il est permis, par le même motif, de commettre un autre crime, un parjure, un blasphème, un homicide, etc. En ce genre, les fausses inductions et les argumentations par analogie iraient à l'infini. De là il conclut que l'on ne doit mentir ni pour l'intérêt delà religion, dont la première base doit être la vérité, ni sous prétexte de procurer la gloire de Dieu, de détourner un pécheur du crime, de sauver une Ame, etc., puisque aucun autre péché n'est justifié ni permis par ces moines motifs. Ajoutons qu'en suivant le sentiment contraire, nous serions tentés de douter de la véracité même de Dieu, de croire que quand il nous parle, il nous trompe peut-être pour notre bien ; nous sentons cependant que ce soupçon serait un blasphème. Voy. Véuacité de Dieu.
Dans son second livre, saint Augustin réfute les priscillianistes, qui alléguaient les mensonges rapportés dans l'Ancien Testament, pour prouver qu'il leur était permis d'employer ce moyen, et môme le parjure, pour dissimuler leur croyance. 11 observe très-bien, ch. x, n. 22, et ch. xiv, n. li>, que tout ce qu'ont fait les saints et les justes n'est [tas un exemple à suivre ; qu'ainsi rien ne nous oblige de justifier toutes les actions des patriarches. 11 soutient cependant que Abrahani et Isaac n'ont pas menti en disant que leurs femmes étaient leurs sœurs, c'està-dire leurs parentes, puisque cela était vrai. Barbeyrac, plus sévère, prétend que c'était un vrai mensonge, parce que l'intention d'Abraham était de tromper les Egyptiens, en priant Sara de dire qu'elle était sa sœur. La question est de savoir si taire la vérité dans une cii constance où rien ne nous oblige à la dire, lorsque d'ailleurs on ne dit rien de faux, c'est encore commettre un mensonge. Voilà ce que Barbeyrac , Bayle et les antres censeurs des Pères ne prouveront jamais.
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Voyoz Traité de la Morale des Pères, c. xiv, § ï. Saint Augustin cherche à excuser le mensonge par lequel Jacob trompa son père lsaac en lui disant qu'il était Esaii son aine; il dit que cette action était un type ou une figure des événements qui devaient arriver dans la s ute ; mais cette raison ne suint pas pour la.justitier ; il vaut mieux s'en tenir à la maxime posée par ce saint docteur, que toutes les actions des anciens justes no sont pas des exemples à suivre. Voy. Jacob. 11 dit que Dieu a récompensé dans les sages-femmes d'Egypte et dans Raab, non le mensonge qu'elles avaient commis, mais la charité qui en était la cause ; il pense môme que ces femmes auraient été récompensées par le bonheur éternel, si elles avaient mieux aimé souffrir la mort que de mentir. De Mmd., 1. ii, c. 15, n.32 ; c. 17, n. 3i. Mais il nous parait que les sages-femmes d'Egypte ne mentirent point en disant au roi que les femmes des Hébreux s'accouchaient elles-mêmes ; celles-ci, averties d • l'ordre donné de faire périr leurs enfants maies, évitèrent, sans doute, de faire venir des sages-femmes égyptien n s.
Nus philosophes moralistes n'ont pas manqué de trouver trop sévère la doctrine de saint Augustin sur le mensonge, qui est celle du commun des Pères et des théologiens. Ils ont décidé que mentir pour sauver la vie à des innocents, ou pour détourner un homme de commettre un crime, est une action trèsh niable, et qui ne peut être condamnée qu'au tribunal des insensés. C'est l'opinion de Barbeyrac, censeur déclaré de la Morale des Pères, c. 14, § 7. Mais ces grands critiques ontils répondu aux raisons par lesquelles saint Augustin a prouvé ce qu'il enseigne? Us n'ont pas seulement daigné en faire mention; elles demeurent donc dans leur entier. Par une con radiction grossière, quelques-uns ont blâmé Origène, Cassien, et un petit nombre d'autres, qui semblent ne pas condamner absolument le mensonge officieux ; et en censurant ceux qui réprouvent absolument toute espèce de mensonge et de fausseté, ils se sont obstinés à prétendre que les Pères en général se sont permis des fraudes pieuses ou des mensonges par motif de religion. De deux choses l'une, ou il ne fallait pas soutenir l'innocence du mensonge officieux, ou il ne fallait pas accuser les Pères d'en avoir commis ; c'est cependant ce qu'a fait Le Clerc à l'égard de saint Augustin en particulier. Voy. ses Notes sur les Ouvrages de ce Père, tom. V, in Serm. 322; tom. VI, in Lib. de Mend.; tom. Vil, in L. x.xn, deCivit. Dei, cap. vm, § 1. Toutes ces inconséquences démontrent qu'en se bornant aux lumières de la raison, il n'est pas aisé d'établir sur le mensonge une règle générale et infaillible ; qu'ainsi la loi naturelle n'est pas aussi claire que le prétendent les déistes, même sur nos devoirs les plus communs, et qu'il est beaucoup plus sûr de nous fier aux leçons de la révélation.
MER. Le psalmiste dit à Dieu : « Les flots de la mer s'élèvent plus haut que les monta-
gnes, et semblent prêts à fondre sur les rivages, mais ils tremblent au son de votre voix, ils reculent à la vue des bornes que vous leur avez marquées ; jamais ils n'oseront les franchir, ni couvrir la face de la terre (Ps. gui, fi). Dans le livre de Job, c. xxxvm, v. 8, io Seigneur dit : Qui a renferme' la mer dans ses bornes? C'est moi qui lui ai mis des barrières et qui la tiens captive; je lui ai dit : Tu viendras jusque-là, et ici se brisera Vorgucil de tes flots. Dans Jérémie, c. v, v. 22 : J'ai donné pour bornes à la mer un peu de sable, et je lui ai intimé Tordre de ne jamais les passer : ses flots ont beau s'enfler et menacer, ils ne pourront pas les franchir. 11 n'est point do phénomène plus capable de nous donner une grande ide de la puissance de Dieu qui oppose à la mer agitée un grain de sable, et la force, par cette faible barrière, à rentrer dans son lit.
Mais la mer a-t-elle un mouvement lent et progressif, qui lui fait continuellement abandonner des plages pour s'emparer d'autres terrains qui étaient à sec, de manière que la constitution intérieure et extérieure du globu ait déjà changé par ces révolu ions ? Quoique cette discussion tienne particulièrement à li physique et à l'histoire naturelle, el.c n'est cependant pas étrangère à la théologie, puisque plusieurs philosophes de nos jours ont prétendu qu'il y a sur ce point des observations certaines qui, si elles étaient vraies, ne pourraient s'allier avec le récit de Moïse. La mer, disent nos dissertaieurs, perd continuellement du te. rain dans les d fierentes parties du mm le, et probablement elle regagne, dans certaines contrées, co qu'elle laisse à sec en d'autres. On se convainc tous les jours que le fond de la mer Baltique dimiuue ; ou voit encore les vestiges d'un canal par lequel cette mer communiquait à la mer Glaciale, ma s qui s'est comblé par la succession des temps. La nature du sol qui sépare le golfe Persique d'avec la mer Caspienne fait juger que ces deux mers formaient autrefois un même bassin. Il y a aussi beaucoup d'apparence que la mer Rouge communiquait autrefois à la Méditerranée, dont elle est actuellement séparée par l'isthme de Suez. Ces changements a. rivés sur le globe sont plus anciens que nos connaissances historiques. La mer s'est retirée et a laissé à découvert beaucoup de terrain sur les eûtes de l'Egypte, de l'Italie, de la Provence ; les lagunes de Venise sera;ent bientôt remplies, si on n'avait soin de les curer souvent. Il parait que l'Amérique était encore couverte des eaux, il n'y a pas un grand nombre de siècles, et qu'elle n'est pas habitée depuis fort longtemps. Enfin, la multitude des co. ps marins dont notre hémisphère est rempli, prouve invinciblement qu'il a été autrefois couvert des eaux de l'Océan. La mer a certainement, selon ces mêmes philosophes, un mouvement d'orient en occident, qui lui est imprimé par celui qui fait tourner la terre d'occident en orient ; ce mouvemeut est plus violent sous l'équateur, où le globe, plus élevé, roule un cercle plus grand et une zone
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plus agitée; il est évïdentquece mouvement des eaux doit insensiblement déplacer \amer lians la succession des siècles. Malheureusement toutes ces observations, qui ne sont que des conjectures, sont démontrées fausses par Rf. dé ? ne, dans ses Lettres sur l'Histoire de la terre et île l'homme, imprimées en 1779, en 5 vol. in-S". 11 t'ait voir que, si elles étaient vr lies, il en résulterait seulement que la quantité des eaux de la mer diminue, comme Telliamed le soutient et comme M. de Buil'on le suppose dans ses Epoques de la nature ; mais aucun des faits allégués par nos philosophes ne prouve que la mer a changé de lit, ni qu'elle a regagné, dans quelques parties du globe, le terrain qu'elle a perdu dans les autres. Or, M. de Luc réfute également, et avec le même succès, le système de Telliamed, tom. n, lettr. 41 et suiv., et celui de Buffon, dans tout son ouvrage. Quelques-uns des faits cités par le premier prouveraient que la mer augmente plutôt qu'elle ne diminue ; ma's dans le fond ils ne [trouvent rien, et la plupart sont faux.
Pour nous convaincre que la mer a réellement changé de lit par un mouvement progressif et inseï siblc, il faudrait montrer par des faits certains que l'Océan s'éloigne constamment des côtes occidentales de l'Angleterre, de la France, de l'Espagne, de l'Afrique, des Indes et de l'Amérique ; qu'au contraire il mine et envahit peu à peu les côtes orientales de la Tartarie, de la Chine, des Indes, de l'Afrique, de l'Amérique : il faudrait prouver que" les effets de ce déplacement sont encore plus visibles sous l'équateur que vers les pôles. Une cause universelle, qui agit uniformément sur toutl > globe, doit produire le même etfet dans toutes ses parties. Vo là ce qu'on ne fait pas. On nous cite des attérissements qui se font à l'embouchure des grands fleuves, du Nil, du Pô, du Rhône, sur la Méditerranée plutôt que sur l'Océan, sur des cô es exposées aux quatre points cardinaux du monde, sous l'équateur comme ailleurs. Où sont donc les conquêtes de l'Océan dans ces divers parages? Les ports de Cadix et de Brest, situés à l'occident, n'ont pas diminué de profondeur depuis deux mille ans. Si quelques ports moins profonds ont été comblés, c'a été par les sables que charrient les rivières, et non par la retraite de l'Océan. Au lieu de se retirer des côtes de France, il les mine le long de la Manche, et pousse les sab'es vers l'Angleterre, et sans cesse il menace d'engloutir la Hollande. Cela ne s'accorde pas avec la théorie de nos adversaires.
M. de Luc observe que, si la mer avait changé de lit, il aurait fallu que Taxe de la terre changeât : or, toutes les observations astronomiques prouvent qu'il est dans la même position depuis plus de vingt siècles. Tome II, Lettre 35, p. 162 et suiv. Ce savant physicien admet, à la vérité, un mouvement de la mer d'orient en occident, causé par le mouvement de la lune, et par celui de la chaleur du soleil : mais il soutient que ce
mouvement ne se fait sentir que dans la pleine mer, et qu'il est insensible en approchant des côtes. 11 doit donc produire beaucoup moins d'effet sur les continents que celui des marées. Or, dans les marées môme les plus hautes, la mer ne fait que déposer sur les eôtes basses une légère quantité de vase ou de gravier ; elle ne produit, aucun effet sur les rochers escarpés qui bordent ses rivages. Si doue les marées sont incapables de changer h* lit de la mer, à plus forte raison son prétendu mouvement d'orient en occident est-il nul pour produire u ■> pareil effet*
Il est d'ailleurs très-permis de douter de ce mouvement ; plusieurs raisons semblent en en démontrer l'impossibilité. 1° L'atmosphère qui environne la terre a son mouvement comme elle d'occident en orient, et suit la même direction ; cela est démontré par la chute perpendiculaire d'un corps grave qui tomberait de l'atmosphère. Or, de deux fluides dont le globe est environné, savoir, l'eau et l'air, il est impossi le que le fluide inférieur soit emporté par un mouvement contraire à celui des deux couches entre lesquelles il est renfermé. Jamais on n'assignera une cause générale capable d'imprimer à la mer un mouvement contraire à celui de la terre et à celui de l'atmosphère. Si la différence de densité et de pesanteur entre la terre et l'eau suffisait pour donner à la mer un mouvement opposé à celui de la terre, elle suffirait, à plus forte raison, pour imprimer la même direction au mouvement de l'atmosphère, qui est plus légère et moins dense que l'eau. — 2° Lorsque l'on donne un mouvement violent de rotation à un globe solide légèrement plongé dans l'eau, les parties de l'eau qu'il entraîne sont emportées dans la môme direction que le globe, et non dans un sens opposé. En vertu de la force centrifuge, les gouttes d'eau s'échappent par la tangente, mais toujours dans la direction que leur imprime le mouvement du globe, et non autrement. Donc, si l'eau qui couvre la terre n'était pas comprimée et retenue par l'atmosphère, elle s'échapperait par la tangente, mais d'occident en orient, selon la direction du mouvement de la terre, et non dans le sens opposé. — 3° Si l'on met une liqueur quelconque dans un globe de verre creux, et que l'on donne à celui-ci un mouvement circulaire violent, en vertu de la force centrifuge, la liqueur suit encore le mouvement du globe. Or le mouvement de la terre et de l'atmosphère est d'une vitesse inconcevable; dans ce mouvement, l'eau ne s'écarte point du centre de gravité, parce que le mouvement se fait sur le centre ; mais elle s'en écarterait, si elle avait un mouvement opposé : donc le prétendu mouvement de la mer d'orient en occident est contraire à la force centripète aussi bien qu'à la force centrifuge, donc il répugne à toutes les lois générales du mouvement. — k" D'autres philosophes conjecturent que la mer a un mouvement violent du sud au nord, parce que tous les grands caps s'avancent vers le sud, et que la plupart des grands golfes sont tournés vers le nord. Voilà donc le mouve-
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ment de la mer d'orient en occident, croise par un mouvement du sud au nord. Cela nous parait prouver que cet élément se meut vers tous les points de la circonférence du globe ; c'est l'effet naturel du llux et du rellux; mais nous avons vu que ce mouvement n'a jamais tendu à déplacer la mer.
Si le mouvement des eaux du sud au nord était réel, le golfe Persique, loin de s'éloigner de la mer Caspienne, au: ait continué de s'en appiocher ; la mer Rouge ferait des efforts continuels pour se joindre à la Méditerranée, et, au contraire, elle en e^t aujourd'hui à une plus grande distance qu'autrefois. Voyez Descript. de l'Arabie , par Niébuhr, p. 3i8 et 353. La profondeur de la mer Raltique, au lieu de diminuer, devrait augmenter. Nos philosophes ont une sagacité singulière pour forger des conjectures toujours contredites par les phénomènes.
L'histoire sainte nous donne lieu de croire qu'immédiatement après le déluge le golfe Persique et la mer Caspienne, la mer Rouge et la Méditerranée, étaient séparés comme ils le sont aujourd'hui ; leur prétendue jonction dans des temps [dus reculés choque touie vraisemblance. Les montagnes placées entre les deux premières n'ont jamais pu être naturellement couvertes par les eaux de la mer. S'il avait été possible de percer l'isthme de Suez, pour joindre les deux secondes, cet ouvrage, tenté plusieurs fois, aurait été exécuté ; mais par la retraite des eaux du golfe de Suez vers le sud, il est devenu plus difficile qu'il ne l'était dans les siècles passés. Le seul l'ait qui puisse prouver que la mer a couvert autrefois not e hémisphère, ce sont les corps marins qui se trouvent dans le sein de la terre et quelquefois a sa surface, soit dans les vallons, soit dans les montagnes. Mais M. de Luc prouve , par la position, par la variété, par les mélanges de ces corps avec des productions terrestres, que leur dépôt ne s'est pas lait par un changement lent et progressif du lit de la mer, mais une révolution subite et violente, telle que l'Ecriture sainte la peint dans l'histoire uu déluge universel. T. V, Lettre 1^0, p. I(i3 ; Lettre 130, p. 389, etc. Voy. Déluge, Moin de.
M ici', d'airain, grande cuve que Salornon tit faire dans le temple de Jérusalem, pour servir aux prêtres à se purifier avant et après les sacrilices. Ce vase était de forme ronde ; i'I avait cinq coudées de profondeur, dix de diamètre d'un bord à l'autre, et trente de circonférence. Le bord était orné d'un cordon embelli de pommes, de boulettes et de têtes de bouts en demirelief, il était por ô sur un pied semblable à une grosso colonne creuse, appuyée sur douze bœufs disposés en quatre groupes, trois à trois, et qui laissaient quatre passages pour tirer 1 eau par des robinets attachés au pied du vase. 111 Rcg. c. vu, v. 2J; 11 l'aval. , c. iv, v. 2.
Mer Morte, ou Lac Asphaltite. Nous lisons dans l'histoire sainte que, pour punir les crimes des habitants de Sodome et des villes voisines, Dieu y lit pleuvo.r du soufre
enflammé, que la terre vomit du bitume, et augmenta l'incendie, qu'elle s'affaissa, que les eaux du Jourdain y formèrent un lac doin les eaux, imprégnées de soufre, de bitume ( t d'un sel amer, étouffent les plant, s sur ses bords ( Gen. xix ). C'est aux géographes de décrire ce lac tel qu'il est aujouru'hui. [ Voy. le Dictionnaire de la Bible de Dom Calmet, édition Migne. ]
Les anciens qui en ont parlé, Diodore de Sicile, Strabon, Tacite, Pline, Sohn, rapportent la tradition qui a toujours subsisté, que ce lac fut autrefois formé par un embrasement qui détruisit plusieurs villes.
L'asphalte qui y surnage, le bitume et Je soufre qui se trouvent sur ses bords , la couleur de cendre et la stérilité du sol qui l'environne, l'amertume et la pesanteur de ses eaux, les vapeurs qui s'en élèvent, déposent encore du l'ait aux yeux des naturalistes. Le récit des voyageurs modernes s'accorde avec celui des anciens ; la narration de Moïse est donc d'une vérité incontestable. Quelques incrédules cependant l'ont attaquée. La mer Morte, disent-ils, a toujours existé, les eaux du Jourdain qui s'y déchargent, et qui n'ont point d'autre issue, ont du y former un lac dans tous l'es temps. Celui qui ex:ste aujourd'hui n'est donc point un effet de l'embrasement de Sodome. Mais les eaux du Rhin dans Ja Hollande, celles du Chrysorrhoas près de Damas, celles da l'Euphrate dans la Mésopotamie, etc., disparaissent sans former aucun lac. Celles du Jourdain pouvaient donc se dissiper de même, se perdre dans les sabL-s, entrer dans les conduits souterrains, et tomber dans la Méditerranée, ou se disperser dans les coupures faites pour arroser les terres. 1 Ecriture nous indique cette dernière façon, en disant qu'avant la ruine de Sodome et de Gomorrhe, toute la plaine qui bordait le Jourdain était arrosée par des canaux, comme un jardin délicieux ( Gen. xiii, 10 ).
Supposons d'ailleurs que le lac Asphaltite, auquel on donne aujourd'hui vingt-qua re lieues de longueur, n en ait eu que douze ou quinze lorsque Sodome subsistait, et n'ait occupé que ta partie septentrionale du terrain qu'il remplit actuellement ; n'était-ce pas assez de cm | ou six lieues en carré, pour placer la belle et fertile vallée que l'on nommait la Vallée des bois, et pour y bûtir cinq ou six villes ou gros bourgs? 'Kut ce terrain, affaissé par l'embrasement , a t resque doublé l'étendue ue la mer Morte, du nord au midi. Alors il est exactement vrai , selon le texte de Moïse, que ce qui était a .'trefois Ja Vallée des bois est aujourd'hui la mer salée [Gen. xiv, 3J. Celte supposition , contre laquelle on ne peut rien Objecter de solide, lève toute difficulté; elle est d'autant plus probable, que Sodome et les autres villes détrurtes étaient précisément situées dans ia partie méridionale du terrain que couvre aujourd'hui Ja mer Morte ; HUt. de VAcad. des Inscript., tom. XVI, in-12, p. 332; Dissert, sur la ruine de Sodome, Bible d'Avignon, tom. I, p. 293.
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SÎF.U
Le savant Michaclis, dans les Mémoires de la société de Gottingue, de r.-ui 1700, a donné une dissertation sur l'origine cl la nature de la mer Morte, dans laquelle il prouve, V ty e l'étendue de ce lac est encore incertaine, |\arce qu'elle n'a pas encore été mesurée par des opérations de géométrie, mais seulement estimée au coup d'œil ; 2° que la salure en est extrême, ce qui est cause que tous les corps vivants y surnagent ; 3U que c'est un sel usuel, duquel les habitants de la Palestine se sont toujours servis, et non un sel mêlé de bitume, comme quelques modernes l'ont prétendu; h" qu'il n'y a aucun poisson ni aucun coquillage flans cette mer ; 5° qu'elle n'a point d'issue, mais que ses eaux se dissipent par l'évaporation ; 6" que le napbte et le bitume abondent sur ses bords; 7° que la Pentapole était véritablement placée dans le lieu à présent occupé par la mer Morte; 8" qu'avant la ruine de Sodome, il y avait déjà une couche de bitume détrempée d'eau, sous une couche de terre végétale sur laquelle plusieurs villes étaient bâties; que la couche de bitume ayant éé embrasée, la couche supérieure a dû s'affaisser et former un lac ; 9" qu'avant l'embrasement, l'eau du Jourdain était divisée en une infinité de canaux qui arrosaient les terres ; que c'est ce qui leur donnait une fécondité incroyable ; 10° que l'embrasement fut produit par le feu du ciel. 11 suffit de lire cet ouvrage pour sentir la dillerence qu'il y a entre les réflexions d'un homme sensé et instruit, et les rêves d'un ignorant incrédule.
Mer Rouge. Rien n'est plus célèbre dans les livres saints que le passage des Hébreux au travers des eaux de la mer Rouge, lorsqu'ils sortirent de l'Egypte ; mais aucun miracle n'a été plus contesté. 11 s'agit cependant de savoir comment et par quelle route les Hébreux, au nombre de deux millions d'hommes, avec leurs meubles et leurs troupeaux, ont pu sortir de l'Egypte, et gagner le désert dans lequel ils ont vécu pendant M) ans. Pour faire ce trajet, ils avaient à droite une chaîne de montagnes, à gauche, du côté du nord, les Philistins et les Amalécites, derrière eux les Egyptiens qui les poursuivaient, devant eux la mer Rouge.
Comment se sont-ils tirés de là ?
L'histoire sainte dit que Dieu commanda à Moïse d'élever sa baguette sur les eaux et de les diviser; qu'il fit souiller un vent chaud pendant la nuit pour dessécher le fond de la mer; qu'il plaça entre le camp (h s Hébreux et celui des Egyptiens une nuée obscure du côté de ceux-ci, et lumineuse du côté des Israélites. A cette lueur, ces derniers passèrent au milieu des eaux, qui s'élevaient comme un mur à leur droite et à leur gauche. Au poiMt du jour , Pharaon qui les poursuivait, s'engagea dans ce passage avec son armée; Moïse,- étendant la main, fit retourner les tlots dans 1 ur lit ordinaire ; les Egyptiens y furent submergés, sans qu'il en échappât un seul (Exod., cap. xiv). Dans le cantique chanté par les Israélites en action de grâces, ils s'écrient : « Le souille de votre
DlCTlOMN. DE ÏHÉOL. DOGMATIQUE. III.
colère, Seigneur, a rassemblé et fait moi ter les eaux; les flots ont perdu leur fluidité, les abîmes d'eau s s sont amoncelés au milieu de la mer, » c. xv, v. 8. David, Ps. lxxvi eti.xKvn; lsaïe,c. i.xm, v. 12; Habacuc,C. m, v. 8; l'auteur du Livre de la Sagesse, c. \ix, v. 7, s'expriment de môme sur ce grand événement. Les incrédul s n'ont rien négligé pour en faire disparaître le surnaturel. Ils commencent par supposer que les Israélites passèrent à l'extrémité du bras de la mer Rouge qui aboutit à Suez, et qui, selon l'estimation des voyageurs, pouvait avoir pour lors une demi-lieue de large. Dans cet endroit, disent-ils , le flux et le reflux sont très-sensibles ; dans le temps du reflux, les eaux laissent à sec au moins une demilieue de terrain à l'extrémité eu golfe; Moïse, qui connaissait les lieux, sut profiter habilement du moment du reflux pour faire passer les Hébreux ; Pharaon, s'élant imprudemment engagé dans le même passage quelques heures après, et au moment du flux, perdit la tète avec tout son monde et fut submergé. Ils citent l'historien Josôphe, qui compare ce passage des Israélites à celui des soldats d'Alexandre dans la mer dePamphilie, et qui n'ose affirmer qu'il y eût du surnaturel. Ils ajoutent qu'un miracle, tel que les livres de Moïse le rapportent, aurait dû devenir célèbre chez toutes les nations voisines ; qu'aucune cependant ne paraît en avoir eu connaissance, puisqu'aucune n'en a parlé. Toland décide que ce fut un stratagème de Moïse.
Mais en supposant même que les Israélites ont passé la mer dans le lieu indiqué par nos adversaires, il est évident que cela n'a pu se faire de la manière dont ils le prétendent. — 1° 11 est absurde d'imaginer que les Egyptiens ne connaissaient pas aussi bien que Moïse le flux et le reflux du golfe de Suez ; que dans toute l'armée de Pharaon il n'y avait personne d'assez instruit de ce phénomène journalier pour en avertir les autres. 11 n'est pas mo'ns ridicule de penser que parmi deux millions d'Israélites, dont la plupart avaient demeuré dans la terre de Gessen, peu éloignée de Suez, aucun n'avait connaissance du flux et du reflux de la mer ; que Moïsea pu fasciner lesyeux de toute cette multitude, au point de lui persuader qu'en traversant le golfe, elle avait à droite et à gauche les flots élevés comme un mur. Quelques moments auparavant, tout ce peuple s'était révolté contre Moïse, en voyant arriver l'armée des Egyptiens : « N'y avait-il donc pas de tombeaux en Egypte pour nous enterrer, disaient-ils, au lieu de venir nous faire périr dans un désert (Exod. xiv, 11)?» Et l'on veut que bientôt après Moïse leur ait fait croire tout ce qu'il lui a plu d'imaginer. — 2° Lorsque le flux arrive, il ne vient point brusquement, il avance pendant six heures, et se retire dans un espace de temps égal. Quand ceux des Egyptiens ^ qui étaient à la droite de leur armée et du côté du midi, auraient pu être surpris par les flots, ceux qui occupaient la gauche du côté
du nord, devaient nécessairement échapper au naufrage. Les bor 's du golfe de ce côté-là ne sont point escarpés; les chevaux des Egyptiens étaient-ils assez lents à la course pour ne pouvoir pas fuir plus promptement que les eaux n'arrivaient? Il n'est pas possible q aux Es
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e la tète ail tourné assez fort t;ens pour ne plus distinguer
le côt.3 par lequel il fallait se sauver. — 3° Il n'est pas vrai que le reflux, môme dansl^s plus basses marées, laisse une demi-lieue de terrain à sec au fond du golfe de Suez ; selon le rapport des voyageurs, il en découvre tout au plus une largeur de trois cents pas. Mettons-en le double, si l'on veut; tout cet espace ne demeure découvert que pendant un quart d'heure, après lequel le reflux commence, et les eaux reviennent insensiblement pendant six heures. 11 est donc impossible qu'une multitude de deux millions d'hommes, avec leurs troupeaux et leur bagage, ait pu passer dans un espace aussi étroit et en si peu de temps. Ts:iébuhr, voyageur instruit, qui y a passé en 1762, atteste l'impossibilité de ce passage. « Aucune caravane, dit-il, n'y passe pour aller du Caire au mont Sinaï, ce qui abrégerait cependant beaucoup le chemin; l'on tourne à cinq ou six milles plus au nord, et du temps de Moïse le circuit devait être encore plus long, puisque le golfe s'avançait davantage de ce côté-là, et devait être pius profond. En retournant du mont Sinaï à Suez, j'ai traversé ce golfe sur mon chameau pendant la plus basse marée, près des ruines de Colsum, un peu au nord de Suez, et les Arabes qui marchaient à mes côtés avaient de l'eau jusqu'aux genoux ; le banc de sable sur lequel nous étions ne paraissait pas fort large. Si donc une caravane voulait {tassera Colsum, elle ne le pourrait qu'avec bien de l'incommodité, et sûrement pas à pied sec, à plus forte raison une armée. » Descript. de l'Arabie, pag. 353-355. — 4° Ceux qui disent que, pour écarter davantage les flots du fond du golfe, et découvrir un plus large espace de terrain, Dieu lit souffler un vent du nord, contredisent la narration de Moïse ; il dit expressément que Dieu lit souffler un vent a orient violent, Kadim ou Kédem, qui divisa les eaux [Exod. xiv, 21) ; vent trèssec, puisqu'il venait du désert d'Arabie. D'ailleurs ce vent du nord serait arrivé bien à propos pour les Israélites, et aurait cessé bien malheureusement pour les Egyptiens.
S'il faut admettre ici du surnaturel, nous ne voyons pas quelle nécessité il y a de le mettre au rabais, comme si un mirac.e coûtait à Dieu plus qu'un autre.
Quand donc il serait vrai que les Israé- I tes ont passé le bras de la mer Rouge près de Suez, nous serions encore forcés de le regarder comme miraculeux. Mais le prodige est bien plus sensible, s'ils l'ont passé vis-à-vis de la vallée de Dédéa, environ douze lieues plus au midi, comme le soutient le père Sicard, qui a suivi très-exactement leur marche, telle qu'elle est marquée dans l'Ecriture, et qui l'a vérifiée par
l'inspection des lieux ; dans cet endroit, la mer a, selon Niébuhr, au moins trois lieues de large : le père Sicard lui en suppose cinq ou six. Alors les Israélites n'ont pu passer sans avoir les eaux élevées comme un mur à leur droite et à leur gauche, ainsi que le disent les livres saints, par conséquent sans un miracle incontestable.
Quoi qu'en disent nos adversaires, José, he reconnaît formellement le miraculeux de cet événement, Antiq., 1. n, c. 7. La liberté qu'il laisse aux païens d'en croire ce qu'ils voudront, ne prouve donc rien ; il a vécu quinze cents ans après l'événement, et il ne parait pas avoir vu les lieux. Il n'y aucune ressemblance entre le passage des Israélites au travers de la mer Rouge, et celui des soldats d'Alexandre sur le bord de la mer de Pamphilie. Ammien dit qu'ils profitèrent d'un moment auquel le veut du nord écartait les flots du rivage, et Strabon ajoute que ces soldats avaient encore de l'eau jusqu'à la ceinture. D'ailleurs le premier de ces historiens observe qu'Alexandre ne fit passer ainsi qu'une partie de son armée, et il ne dit pas quel fut le nombre des soldats qui tentèrent ce passage. De expedit. Alex., lib. i. Ces mômes critiques en imposent encore, lorsqu'ils disent que le passage miraculeux des Israélites et la délaite des Egyptiens n'ont pas été connus des nations voisines, et qu'aucun auteur profane n'en a parlé. Nonseulement les Ammonites en étaient très-instruits [Judith, v, 12), mais Diodore de Sicile, liv. m, ch. 3, rapporte que, selon la tradition des Ichtyophages, qui habitaient le bord occidental de la mer Rouge, cotte mer s'était ouverte autrefois par un reflux violent, que tout son fond avait paru à sec ; mais qu'ensuite il était survenu un flux impétueux qui avait réuni les eaux. Justin, 1. xxxvi, dit, d'après Trogue-Pompée, que les Egyptiens qui poursuivaient Moïse furent contraints par les tempêtes de retourner chez eux. Artapan , cité par Eusèbe, Prœpar. evang., lib. ix, c. 72, observe que les prêtres de Memphis ne convenaient pas du passage miraculeux de Moïse, mais que ceux d'Héliopolis avouaient qu'il s'était miraculeusement ouvert un passage au travers des flots. Le savant au eur de l'Histoire ve'ritable des temps fabuleux, tom. III, pag. 202 et suiv., fait voir que plusieurs traits de l'histoire d'Egypte, tels qu'ils sont rapportés par les auteurs prof nés, ne sont rien autre chose que les événements de l'histoire de Moïse et des Hébreux, déguisés et travestis, et qu'en particulier l'on y reconnaît très-évidemment le passage de la mer Rouge. Voxj. la Dissert, sur ce sujet, Bible d'Avignon, t. 1!, p. Wi.
On peut faire à ce sujet une observation qui prouve l'exactitude et la justesse de la narration de Moïse. En parlant de l'armée de Puaraon qui poursuivit les Israélites, il no fait mention que de chars et de cavalerie, Exod., c. xiv et xv. En etl'et, les historiens < t les voyageurs ont remarqué que les rois d'Egypte n'eurent jamais d'autres troupesque
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