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de son orgueil, et qu'il a été rétabli sur sou trône, parce qu'il a béni et loué Dieu. Ibi<l.,\. 31. Ce n'était certainement pas là une récompense duo par justice. Nous lisons <pie Dieu fit prospérer les sagesfemmes d'Egypte parce qu'elles avai m craint Dieu (Eœod. i, 20). Dans le livre de Ruth, c. i, v. 8, Noémi prie Dieu de rendre à ses deux belles-filles le bien qu'elle en avait reçu. Selon saint Jacques, la courtisane Kahab fut justifiée par ses œuvres (Sac. u, 25). Un ange dit au centurion Corne, lie : « Vos prières et vos aumônes sont montées vers Dieu, et il s'en souvient. » Conséquemment saint Pierre est envoyé à cet homme pour lui faire connaître Jésus-Christ [Act. i,4). Les actions de tous ces personnages ne pouvaient avoir aucune proportion avec les bienfaits de Dieu, et Dieu ne leur avait lien promis; mais il était de sa bonté de ne pas les laisser sans récompense : elles avaient donc unméVtfede convenance eu de congruité. C'est ainsi que Di u le représente lui-même (Isaïe, i, 1G); il promet aux Juifs que s'ils se purifient de leurs iniquités, s'ils cessent d'y retomber, s'ils observent la justice et là charité, il pardonnera, oubliera et pffacera tous leurs péchés lassés. A ces conditions il consent que les Juifs viennent exiger l'effet de cette promesse, et, pour ainsi dire, le prendre luimôme à partie : Vcnite, et arguite me, dicit Dominus. Dieu regarde donc ses pr messes comme un titre et un droit pour ses créatures, et leur exécution comme un acte de justice de sa part. Voilà tout ce que l'on entend sous le nom de mérite.
Pour le mérite de condignité, les théologiens exigent plusieurs conditions; il faut, 1° que l'homme soit juste ou en état de grâce sanctifiante; 2° qu'il soit voyageur, c'est-àdire encore vivant sur la terre : ainsi le mérite n'a plus lieu après la mort ; 3" que son action soit libre, exempte de toute nécessité, môme simple et relative ; 4" qu'elle soit moralement bonne et vertueuse ; 5° qu'elle soit rapportée à Dieu et à une fin surnaturelle , et faite avec le secours de la grâce actuelle ; G" qu'il y ait de la part de Dieu une promesse formelle de récompenser cette action. La 2', la 3% la 4e et la 5' de ces conditions sont suffisantes pour le mérite de congruo.
De là ils concluent que l'homme ne peut mériter en aucune manière la première grâce actuelle ; autrement elle serait la récompense d'actions laites sans son secours, d'actions purement naturelles : cela est impossible, et l'Eglise l'a ainsi décidé contre les pélagiens et les semi-pélagicns. Il no peut pas mériter non plus de condigno la première grâce habituelle ou sanctifiante, puisque celle-ci est absolument nécessaire pour le mérite de condignité; il peut cependant la mé.iter de congruo, aussi bien que le don de la foi, par le moyen des bonnes œuvres faites avec le secours de la grâce actuelle. L'Eglise a condamné ceux qui ont enseigné que là foi est la première
grâce. Saint Augustin, dans son livre du Don de la persévérance , a encore prouvé, conte les semi-pélagicns, que l'homme ne peut mériter ce don de condigno , parce que Dieu ne l'a pas prora's aux justes; mais, selon ce saint docteur, l'homme peut l'obtenir par de ferventes prières et par une humble confiance en la bonté de Dieu, par conséquent le mériter de congruo. Selon le cours ordinaire de la providence, il n'est pas à craindre que Dieu abandonne à la dernière heure une âme qui l'a fidèlement servi pendant toute sa vie.
Nous avons prouvé, par l'Ecriture saint", que l'homme juste peut mériter de condigno et par justice la vie éternelle, parce qu'il peut remplir à cet égard toutes les conditions qu'exige le mérite de condignité ; par la même raison il peut mériter de même l'augmentation delà grâce sanctifiante et un accroissement de gloire dans le ciel. C'est encore le sentiment de saint Augustin ; et telle est, sous ce rapport, la doctrine du concile de Trente, sess. G, de Justif. Il n'est aucune question sur laquelle les protestants aient calomnié plus grossièrement l'Eglise catholique; ils lui ont reproché d'enseigner que l'homme peut mériter la rémission de ses péchés et la justification par ses a uvres, par ses propres forces, et indépendamment des menées de Jésus-Christ; de contredire saint Paul, en admettant, sous le nom de condignité, une proportion entre nos œuvres et la récompense que Dieu nous promet ; de supposer que les bonnes œuvres des justes n'ont pas besoin d'une acceptation gratuite de Dieu pour mériter le bonheur éternel, qu'elles opèrent par elles-mêmes la rémission des péchés, ex opère operato. Us ont cité Isaïe, c. lviv, v. G, qui dit que toutes nos justices sont semblables à un linge souillé ; et Jésus-Christ, qui nous avertit que quand nous avons fait tout ce qu'il commande, nous ne sommes encore que des serviteurs inutiles (Luc. xvn, 10). Quelques-uns ont soutenu que, dans toutes ses œuvres, le juste pèche au moins véniellement, puisqu'il n'accomplit jamais la loi aussi parfaitement qu'il le dot ; d'autres ont poussé l'entêtement jusqu'il dire que, dans toutes ses actions, il pèche mortellement.
Quiconque prendra la peine de lire le concile de Trente, y verra une doctrii.e diamétralement opposée à celle que les protestants nous imputent. 11 déclare que personne n'est justifié que ceux auxquels le mérite de la passion de Jésus-Christ est communiqué, sess. G, de Justif., c. 3; que personne ne peut se disposer à la justification qu'autant qu'il est prévenu et secouru par la grâce de Dieu, c. 5 et 6. U enseigne que l'homme est justifié par la foi, l'espérance et la charité, et qu'il reçoit ces dons par Jésus-Christ, c. 7; qu'ainsi il est ju tifié gratuitement, puisque rien de ce qui précède la justification, soit la foi, soit les œuvres, ne peut mériter la justification, qui est une pure grâce, c 8. etc. Le con-
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cil-1 appuie toutes ces vérités sur des passages exprès del'Ecrilure sainte. Conséquemment il dit anathème à quiconque soutient que l'homme peut être justifié p.;r les œuvres qui viennent de ses propres forces, ou de la doctrine qu'il a reçue, sans 'a grâce divine oui nous est donnée par Jésus-Christ. Can.
1. Il condamna ceux qui disent que la grâce divine est donnée yu- Jésus-Christ, .seulement aiin que l'homme puisse plus facilement mener une vie sainte et mériter la vie éternelle, comme s'il le pouvait faire absolument, quoique plus difficilement, par son libre arbitre et sans la grâce. Can.
2. Ces deux points de la foi avaient déjà été décidés contre les pélagiens. Enfin, le concile censure ceux qui prétendent que l'homme justifié peut persévérer toute sa vie dans la justice sans un secours spécial de Dieu, Can. £2. Nous demandons en quoi celte doctrine peut déroger aux mérites , aux satisfactions, à la médiation de Jésus- Christ. Ce concile ne parle ni de mérite de eondignité, ni de justification ex opère operato; aucun théologien même ne s'est servi de cette dernière expression, en parlant des bonnes œuvres. Pour rendre la première odii uso, les protestants y attachant un faux sens; ils entendent p r là iiit mérite rigoureux, fondé sur la valear intrinsèque des actions : nous convenons qu'un tel mérite ne convient qu'à Jésus- Christ seul ; puisqu'il état Di' u, toutes ses actions étaii nt d'un prix, d'une valeur, d'un mérite infinis. 11 a donc mérité, en rigueur de justice , non-seulement la g'oire dont jouit son humanité sainte, mais le salut de tous les hommes, et toutes les grAces dont ils ont besoin; au lieu que les bonnes œuvres des justes ne tirent leur valeur que de ces grâces mêmes, et n'ont qu"un mérite emprunté de ce divin Sauveur.
Si c'est le terme do mérite qui choque les prolestants, lorsqu'il est appliqué aux hommes, on les | rie de faire attention qu'il est dit dans l'Ecriture sainte (Eecli. xv, 15; que tout acte de miséricorde mettra chacun à sa place, selon le mérite de ses œuvres. Saint Paul fait allusion à ce passage (Rom. n, 6), lorsqu'il dit que Dieu rendra à chacun selon ses œuvres. Les protestants ne nient joint que le péché ne mérite châtiment : or e châtiment du péché et la récompense de a vertu sont également appelés par saint Paul un salaire, merecs ; donc le mot de mérite convient également à l'un et à l'autre. Que prouve le passage d'Isaïe cité par les protes tints?Que les actes mêmes de religion et de piété du commun des Juifs étaient infectés par des moli's criminels ; ce prophète le leur reproche, c t, v. 58, etc. Il n'en est pas de même des bonnes œuvres des justes inspirées par la gr/ice.
Quoique nous soyons des serviteurs trèsinutiles à Dieu, il a cependant daigné nous promettre une récompense, non parce qu'il a besoin de nos services, mais parce qu'il nous a créés pour nous faire du bien, et parce que Jé>us-Christ a mérité cette ré-
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compense pour nous. De même, quoique nous soyons incapables d'accomplir parfaitement la loi, et d'aimer Dieu autant qu'il mérite d'être aimé, cependant sa grâce nous rend capables de le faire autant qu'il le faut pour é!re éternellement récompensés : Dieu, qui est la justice et la bonté même, n'exige pas de nous un degré de perfection supérieur aux forces qu'il nous donne par sa grâce.
Ne sont-ce pas les protestants eux-mêmes qui se couvrent du ridicule dont ils ont voulu charger les caîholiques? Le principe fondamental de leur doctrine sur la justification, est que la justice personnelle de Jésus-Christ nous est imputée par la foi, c'està-dire par la ferme persuasion dans laquelle nous sommes que nos péchés nous sont pardonnes par ses mérites, tellement qu'il suffit d'avoir cette persuasion ferme pour être justifié en effet. Or, nous demandons pourquoi cet acte de foi est d'une plus grain le valeur, a i lus d'efficacité et de proportion avec la rémission des péchés, que les autres actions de l'homme que nous nommons des bonnes œuvres. Nous demandons, si cette foi opère la rémission des péchés ex opère operato , pourquoi dans cet acte l'homme ne pèche ni mortellement ni véniellement, pendant qu'il pèche, selon les protestants, dans toutes ses autres actions. S'ils disent que Dieu l'a voulu ainsi et l'a promis, cela nous suffit ; il est bien plus sûr qu'il a promis de récompenser toutes les bonnes œuvres, qu'il ne l'est qu'il a promis d'agréer la foi des protestants : il n'est pas question de cette prétendue foi dans l'Ecriture sainte, et dans le fond ce n'est qu'une vision. Est-ce parce que Dieu inspire cet acte de foi ? Mais il inspire aussi toutes les bonnes œuvres ; selon saint Paul, c'est lui qui opère en nous le vouloir et l'action (Philipp. n, 13). Est-ce parce que cet acte de foi est très -difficile et humilie profondément l'homme ? Nous n'en voyons ni la difficulté, ni l'humilité. Il est beaucoup plus aisé de se mettre cette chimère dans l'esprit, que de faire une aumône, de pratiquer une mortification, de pardonner une injure, de confesser ses péchés, etc. Il y a certainement une humilité plus sincère à reconnaître la nécessité d'accomplir toute la loi, à confesser que nous ne pouvons rien sans une grâce de Jésus-Christ qui nous prévient, nous excite au bien, et le fait avec nous. Voilà ce que les protestants n'ont jamais enseigné bien clairement. Ils n'ont fait, contre les bonnes œuvres, aucune objection qui ne puisse être rétorquée contre leur prétendue foi justifiante. Yoy. Justification, Imputation, Œuvres, etc.
MESSE (1), prières < t cérémonies qui se font dans l'Eglise catholique, pour la consécration de l'eucharistie. On a aussi nommé ces prières, la liturgie, ou le service, parce que c'est la partie la plus auguste du
(t) Voi/.le l)ict. de Théol. mor. pour les questions qui n'auraient pas été suffisamment traitées par Ber-
gicr.
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service divin; synaxe et collecte, c'est-à-dire assemblée, office solennel, sacrifice, ablations, divins mystères, etc. ; mais depuis le iv" siècle le nom de messe a été le plus usité dans l'Eglise latine (1).
Quelques auteurs ont voulu tirer ce nom de l'hébreu missah, offrande volontaire; il est plus probable qu'il vient du latin missio, renvoi, parce qu'après les prières et les instructions qui précèdent l'oblation des dons sacrés, on renvoyait les catéchumènes et les pénitents : les fidèles seuls, que l'on supposait dignes de participer au saint sacrifice, avaient droit d'être témoins de la célébration. C'est l'étymologio que saint Augustin, saint A vit de Vienne et saint Isidoro de Séville ont donnée de ce terme. Par analogie, l'on a souvent donné le nom de messe à tous les offices du jour et de la nuit.
Bingbam, entêté de ses préjugés anglicans, a voulu prouver, par cette observation, que la messe n'a jamais été le nom spécialement attaché à la consécration del'euc'iaristie, et n'a jamais signifié un sacrifice expiatoire pour les vivants et pour les morts, comme on l'entend aujourd'hui (Orig. ecclés., 1. xiii, c. 1, § k). Mais il fournit luimême de quoi le réfuter. Il convient que le mot de messe vient du latin missio, renvoi :
(1) Canons de doctrine sur le sacrifice de la messe.
Si quelqu'un dit qu'à la messe on n'offre pas à Dieu un véritable et propre sacrifice, ou qu'eue offert n'est autre chose que Jésus-Christ nous être donné à manger, qu'il soit anathème. C. de Trente, c. 1. — Si quelqu'un dit que par ces paroles : Fa tes ceci en mémoire de moi, Jé^us-Cbrist n'a pas établi tes apôtres prêtres, ou n'a pas ordonné qu'eux ou les autres prêtres offrissent son corps et son sang, qu'il soit anatbènie. C. 2. — Si quelqu'un dit que le sacrifice de la messe est seulement un sacrifice de louange et d'action de grâces ou une simple mémoire du sacrifice qui a été accompli à la croix, et qu'il n'est pas propitiatoire, ou qu'il n'est profitable qu'à celui qui le reçoit, et qu'il ne doit pas être offert pour les vivants et pour les morts, pour les pécbés, les peines, les satisfactions, et pour toutes les autres nécessités, qu'il soit analbèmc. C. 5. — Si quelqu'un dit que, par le sacrifice de la messe, on commet un blasphèine contre le très-saint sacrifice de Jésus-Christ, consommé en la croix, ou qu'on y déroge, qu'il soit anathème. C. 4. — Si quelqu'un dit que c'est une imposture de célébrer des messes en l'honneur des saints et pour obtenir leur entremise auprès de Dieu, comme c'est l'intention de l'Eglise, qu'il soit anathème. C 5. — Si quelqu'un dit que le canon de la messe contient des erreurs, et que pour cela il en faut supprimer l'usage, qu'il soit anathème. C. G. — Si quelqu'un dit que les cérémonies, les ornements et les signes extérieurs dont use l'Eglise dans la célébration de la messe, sont plutôt des choses qui portent à l'impiétéque des devoirs de piété, de dévotion, qu'il soit anatbème. C. 7. — Si quelqu'un dit que les messes auxquelles le seul piètre communie sacramentellemcnt sont illicites, et que pour cela il en faut faire cesser l'usage, qu'il soit anathème. C. 8. — Si quelqu'un dit que l'usage de l'Eglise romaine, de prononcer à basse voix une partie du canon et les paroles de la consécration, doit être condamné; ou que la messe ne doit être célébrée qu'en langue vulgaire, ou qu'on ne doit pas mêler d'eau avec le vin qui doit être offert dans le calice, parce que c'est contre l'institution de Jésus-Christ, qu'il soit anatht me. C. 9.
0", dans quelle partie de l'office renvoyaiton quelques-uns des assistants? Il l'a reconnu; c'est immédiatement avant l'oblation et la consécration de l'eucharistie : voilà pourquoi ce qui précédait était appelé la messe des catéchumènes ; parce qu'alors on les renvoyait : le reste était appelé la messe des fidèles. Donc, dans l'origine, la messe ou le renvoi n'a eu lieu qu'à l'égard de la consécration de l'eucharistie ; donc c'est relativement à cette consécration que le nom de messe a été introduit : conséquemment il n'a été donné que par analogie et abusivement aux autres parties de l'office divin. Or, il est prouvé, par les plus anciennes liturgies, que dès l'origine cette consécration a été précédée et accompagnée de l'oblation, et a élé regardée comme un vrai sacrifice. Voy. Eucharistie , § 5. Ainsi, selon la croyance de l'Eglise catholique, la messe est le sacrifice de la loi nouvelle, par lequel l'Eglise offre à Dieu , par les mains cfes prêtres , le. corps et le sang de Jésus-Christ, sous les espèces du pain et du vin. Celte doctrine, comme on le voit évidemment, suppose la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, et la transsubstantiation, ou le changement de la substance du pain et du vin en celle du corps et du sang de Jésus- Christ. Au mot Eucharistie, nous avons démontré la liaison intime de ces trois dogmes. Ces sacra mentaires n'admettent aucun des trois, et les luthériens nient la transsubstantiation ; conséquemment tous ont condamné et retranché la messe. Us ont enseigné que ce prétendu sacrifice faisait injure et dérogeait a la. dignité et au mérite de celui que Jésus-Christ a offert sur la croix; qu'il n'est ni propitiatoire, ni inipétratoire ; qu'il ne doit être offert ni pour la rémission des péchés, ni pour les vivants, ni pour les morts, ni à l'honneur des s ùnts ; qu'il n'y a point d'autre manière d'offrir Jésus-Christ à son Père, que de le recevoir dans l'Eucharistie, et que cette action ne peut profiter qu'à celui qui communie; que dans la loi no .velle le seul sacrifice agréable à Dieu, ce sont les prières, les louanges, les actions de grâces. Us en ont conclu que le canon de la messe est rempli d'erreurs, que toutes 1 s cérémonies dont l'Eglise se sert dans cette action sont superstitieuses et impies, que l'usage de célébrer dans une langue que le peuple n'entend pas, et de réciter le canon à voix basse, sont des abus, etc. Le concile de Trente a condamné tous ces articles de la doctrine des protestants par autant de décrets directement eoniraires : il les a fondés sur les passages de l'Ecriture, dont les hétéroJoxes ont perverti le sens, et sur la pratique constante de toutes les Eglises chrétiennes, depuis les apôtres jusqu'à nous. Sess. 22. Les prétendus réformateurs n'en vinrent pas tout à coup à cet excès de fureur contre la messe. Luther ne condamna d'abord que les messes privées ; il retrancha ensuite l'oblation et la prière pour les mor.s; enfui il supprima l'élévation et l'adoration de l'eucharistie. 11 en fut de même eu Angleterre :
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li liturgie n'y a été mise dans l'état où elle est aujourd'hui, qu'après plusieurs changements consécutifs. On peut voir dans le P. Lebrun, Eocplie. des cérémonies de la Messe, tom.VÎI, p. 1 et suivantes (l),les différentes liturgies des sectes protestantes, et les comparer avec celles des autres communions chrétiennes. Si les fondateurs de la réforme avaient mieux connu les anciennes liturgies, il est à présumer qu'ils n'auraient pas vomi tant d'invectives contre la messe romaine. On a eu beau représenter à leurs disciples que l'Eglise, en offrant à Dieu le corps et le sang de Jésus-Christ, présent sur l'autel, ne prétend pas offrir un sacrifice différent de ce'ui de la croix ; q le c'est Jésus-Christ luimême qui s'offre par les mains des piètres ; qu'il est donc le prêtre ou le pontife principal et la victime, comme il l'a été sur la croix. Puisque ce divin Sauveur, selon l'expression de saint Paul, est prêtre pour l'éternité, et toujours vivant afin d'intercéder pour nous (Ilebr. vu, 2ï et 25), pourquoi n'exercerait-il pas encore son sacerdoce sur la ferre, lorsqu'il y est présent, de môme qu'il l'exerce dans le c'el ? Les protestants ne veulent pas entendre ce langage, qui, depuis 1 îs apôtres, est celui de toute l'Eglise. Pour justifier leur prévention contre la messe, plusieurs ont avancé que, selon l'opinion des catholiques, Jésus-Christ, sur la croix, a satisfait à lajusicc divine pour le péché originel seulement, et qu' 1 a institué la messe p ;ur effacer h-s péchés actuels que les hommes commettent tous les jours; que la messe justifie les hommes ex opère operato, et mérite la rémission de la coulpe et de la peine aux pécheurs qui n'y mettent point d'obstacle, il est évident que ce sont là deux fausses imputations. Jamais aucun catholique n'a douté que Jésus-Christ mourant n'eût satisfait pour tous les péchés sans exception; l'Ecriture l'enseigne ainsi, et nous le répétons dans la messe, en disant : « Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous. » Mais nous croyons que, par le sacrifice de ta messe, les mérites de la mort de Jésus-Christ nous sont appliqués, de môme que les protestants croient qu'ils se les app'iquent par la foi. Lorsque l'Eglise enseigne que la messe est un sacrifice propitiatoire, elle entend que Jésus-Christ présent sur l'autel, en état de victime, demande gr^ce pour les pécheurs, comme il l'a fait sur la croix ; qu'il apaise la justice de son Père, et dé- I . iiirne les châtiments que no 5 péchés ont mérités. Au mot Eucharistie, § 5, nous avons prouvé par l'Ecriture sainte et par la tradition, que c'est un vrai sacrifice, duquel Jésus -Christ est le prêtre principal. C'est donc lui-môme qui s'offre à son Père par les mains des prôtres de la loi nouvelle. Le motif de cette offrande est le môme qu' 1 avait en s'olfrant sur la croix ; donc il s'offre afin d'obtenir miséricorde pour tous les hommes, pour effacer les péchés des vivants et des morts. Mais ce dogme tient encore à un au- (l) Voir ci-dessus, Col. 512, noie.
tre que les protestants ne veulent pas. admettre : savoir, qu'après la rémission de la coulpedu péché et de la peine éternelle, le pécheur est encore obligé de satisfaire à la justice divine par des peines temporelles ou en ce monde ouenl'autre. Voy. Rémission, Satisfaction.
C'est sur ce même fondement que l'Eglise s'appuie, lorsqu'elle offre le sacrifice de la messe pour les morts, et qu'elle en fait mention dans toutes les messes. Comme elle croit que les fidèles qui sortent de ce monde sans avoir suffisamment expié leurs péchés, sont obligés de souffrir une peine temporale en l'autre, elle demande à Dieu pour eux , et par Jésus-Christ, la rémission de cette peine. Voy. Morts, Purgatoire. Par la même raisou, la messe est un sacrifice eucharistique, un sacrifice d'actions de grâce. Pouvons-nous mieux témoigner à Dieu notre reconnaissance, (m'en lui offrant le pJ s précieux des dons qu'il nous a faits, son Fils unique qu'il a daigné nous accorder, et qui s'est livré lui-même pour victime de notre rédemption? Nous lui disons alors comme Salomon : « Nous vo^s rendons, Seigneur, ce que vous nous avez donné (1 Parai.
xxix, 14). » Nous avons donc tout lieu d'espérer que Dieu, touché de cette oblation, nous accordera de nouvelles grâces ; conséqucmim nt nous regardons la messe comme un sacrifice impétraloire q i remplace éminemment les anciennes hosties pacifiques. Et de toutes ces vérités nous concluons que le sacrifice de la messe supplée avec un avantage infini à tous ceux qui ont été offerts à Dieu dans tous les siècles. On ne peut pas nier du moins que cette doctrine ne soit la plus propre à exciter la pi- té, la reconnaissance et l'amour envers Jésus-Christ, la confiance en Dieu, etc. En supprimant la messe, il semble que les protestants aient conjuré d'étouffer dans les cœurs tout sentiment de religion. Ils reprochent aux catholiques les inesses dites à l'honneur des saints, comme si elles dérogeaient à l'honneur suprême qui est du h Dieu et à Jésus-Christ. Cette plainte n'e-» fondée que sur une équivoque. Quelle esl l'oitention de l'Eglise dans ces messes ? De remercier Dieu des grâces dont il a comblé les saints, surtout du bonheur éternel donl il les a mis en possession, et d'obtenir leur intercession auprès de lui. Concil. Trident. , sess. 22, can. 5. En quel sens des m esse: s et des prières, dont le seul objet est de reconnaître Dieu comme la source de tous les biens, comme l'arbitre souverain du bonheur éternel, comme la bonté môme qui daigne se laisser fléchir par les prières de ses serviteurs , peuvent-elles faire injure à Dieu? Jamais l'Eglise n'a offert le sacrifice qu'à lui seul ; c'est donc à lui seul qu'elle rapporte la gloire de tout ce qu'elle demande et de tout ce qu'elle obtient, et elle ne demande rien sans ajouter : Par Jésus-Christ N.-S.
Mosheim dit , Hist. ecclésiast., stec. iv , ne part., c. h, § 8, que l'usage qui s'introduisit au k' s ècle de donner la cène sur le tombeau des martyrs et aux obsèques des
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morts, (it naître dans la suile les messes des saints et les messes des morts; et il recule rorig<ne des messes des saints au vin* siècle. Ibid., sœc. vu, ir paît., c. 4, § 2. Il faut convenir qu'un intervalle de quatre cents ans est un peu long, et que voilà une cause bien éloignée de son effet; mais Mosheim ne s'est pas souvenu qu'au h" siècle les fidèles de Smyrne se proposaient déjà de tenir leurs assemblées au tombeau de saint Pol ycarpe, Epist'. Eccles. Smyrn., n. 18; et qu'au premier l'Apocalypse, c. vi, v. 9, nous représente les martyrs placés sous l'autel. Voy. Martyrs, § 6. Dans toutes les liturgies, il est fait mémoire des saints, et l'Eglise y demande à Dieu leur intercession auprès de lui. Voilà des monuments bien antérieurs au vin* siècle. Où ce savant luthérien a-t-il vu que l'on donnait la cène? 11 a lu dans les Pères que Ton offrait le sacrifice de notre salut, la victime de notre rédemption, le sacrifice de Jésus-Christ , etc., mais il n'est question là ni de cène ni de souper. Il est bien absurde de prêter aux chrétiens du ivc siècle un langage forgé dans le xvi% pour défigurer la doctrine de l'eucharistie. Un reproche plus grave, ce sont les messes privées, les messes dans lesquelles le prêtre communie seul, et célèbre sans assistants et sans solennité. Bingham soutient que c'est une invention moderne imaginée par les moines, une superstition dangereuse et absurde ; il allègue les canons de plusieurs conciles, qui défendent au prêtre de célébrer lorsqu'il n'y a personne pour lui répondre. Orig. eccles., 1. xv, c. 4, § 4. Cependant l'on a fait voir aux protestants que du temps de saint Ambroise, de sa;nt Augustin, de Théodoret, par conséquent au ive siècle, les messes privées étaient déjà en usage, et que ces Pères ne les ont point blâmées. Lebrun, t. I, p. 6. Comme la consécration de l'eucharistie ne s'est jamais faite autrement qu'à la messe, il n'était pas toujours possible de célébrer une messe solennelle pour donner l'eucharistie aux ma'ailes, aux confesseurs emprisonnés, aux solitaires retirés dans les déserts, etc. Pendant les persécutions, l'on a été souvent obligé de célébrer la nuit dans des lieux retirés, dans les catacombes, dans les prisons, et, au défaut d'autel, de consacrer Éeucharistie sur la poitrine des martyrs. C'est donc une erreur de croire que, dans les premiers siècles, la messe n'a été dit ' que par des évêques, au milieu d'une assemblée de prêtres et d'assistants dis, osés à communier. Les conciles qui ont défendu aux prêtres de célébrer lors lu'il n'y a personne pour répondre, sont encore observés aujourd'hui ; un prêtre ne célèbre jamais sans avoir quel |u'un pour lui répondre. Vainement Bingham insiste sur ce que le célébrant parle toujours au pluriel , et d't : Prions, rendons grâces, nous vous offrons, Seigneur, etc. Il s'ensuit seulement que le prêtre parle au nom de l'Eglise, et non en son propre nom. Faut-il qu'un prêtre s'abstienne de réciter l'oraison dominicale en son particulier, parce qu'il dit à DLu : No-
tre Père, donnez-nous notre pain quotidien, délivrez-nous du mal ?
Quelques faux zélés ont dit qu'il serait peut-être bon de suppr mer les messes fréquentes, parce que si elles étaient plus rares, toujours célébrées avec la même pompe que dans les premiers siècles, le peuple en serait plus frappé et y assisterait avec plus de respect; que les prêtres eux-mêmes célébreraient avec plus de dévotion. Mais le concile de Trente , ap es avoir examiné la question, n'a condamné ni les messes privées ni les messes fréquentés. En voici les raisons : 1° dans les villes épiscopales, le peuple, à la vérité , assiste volontiers à la messe célébrée par l'évêque les jours de fêtes solennelles, et il est affecté de ce appareil de religion ; mais cette dévotion momentanée ne fait pas sur lui beaucoup d'etfet ; 2° dans les églises de la campagne, cette pompe n'est pas possible ; si le peuple n'était pas obligé d'assisb r à la messe les jours de dimanches et de fêtes, il les passerait souvent sans aucune pratique de piété. Dans les monastères assujettis à la clôture , la messe entenduo tous les jours contribue beaucoup à y maintenir la piété ; 3° dans les villes et dans les campagnes, une infinité de saintes âmes désirent d'assister tous les jours à la messe, n'y manquent jamais, et le font toujours avec le même respect : l'on doit avoir plus d'égard pour elles que pour les chrétiens indévots. 4° A moins qu'un prêtre n'ait perdu tout sentiment de religion, il est impossible qu'il ne soit pas contenu dans ses devoirs par l'habitude de célébrer souvent. 5° Les abus viennent encore plus souvent de l'indévotion, de la mollesse, de la vanité des laïques, que de la faute des prêtres. Il en est donc des messes fréque. tes comme de la communion fréquente. Tout considéré, il en résulte un véritable bien ; et en changeant la disciplne établie, il en résulterait d'autres abus plus grands que ceux qu'on voudrait réformer. Il serait à souhaiter, sans doute, comme l'observe le concile de Trente, que tous les fidèles qui assistent au saint sacrifice de la messe eussent toujours la conscience assez pure pour y communier ; mais parce que la piété et la ferveur des chrétiens sont refroidies, il ne s'ensuit pas que les prêtres doivent s'abstenir de célébrer. La messe est non-seulement la prière de l'Eglise, mais le sacrifice olfert au nom de tout le corps des fidèles ; il est institué non-seulement pour la communion, mais pour rendre à Dieu le culte suprême, pour le remercier de ses bienfaits, pour en obtenir de nouveaux, surtout la rémission des péchés ; et lorsque les fidèles négligent d'y assister et d'y prendre part , il n'est pas moins nécessaire de l'offrir pour eux. Les protestants, sans doute, ne soutiendront pas que la mort de Jésus- Christ sur la croix ne fut pas un véritable sacrifice, parce qu'alors la victime ne fut pas mangée par les assistants.
Ce qui égare nos adversaires, c'est qu'ils commencent par se faire une fausse idée de l'eucharistie ; ils ne la regardent ni comme un
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sacrifice, ni comme une prière, mais seulement comme un souper, comme un repas commun ; et parce que saint Paul l'a nommée une fois la cènedu Seigneur, ils s'obstinent à ne pas l'appeler autrement, et ils en concluent que, quand il n'y a point d'assemblée ni de repas „ommun, la cérémonie est nulle et abusive. Par la même raison ils devraient conclure que c'est encore un abus, lorsqu'elle n'est pis précédée par une agape ou par un repas de charité, comme du temps de saint Paul (/ Cor. xi, 21). Mais les chrétiens du n% du me et du iv° siècle, qui l'ont nommée eucharistie, oblation , sacrifice, liturgie, avaient-ils donc perdu déjà la véritable idée qu'en avaient donnée les apôtres ? Il n'est pas étonnant qu'avec ce préjugé les protestants aient cru voir un grand nombre d'erreurs dans le canon de la messe, et l'aient rejeté comme une formule superstitieuse, parce qu'ils y ont trouvé la condamnation de toutes leurs opinions touchant l'eucharistie.
Cependant Bingham, bon anglican , mais moins opiniâtre que les luthériens et les calvinistes, a trouvé bon de rapporter le canon de la messe ou de la liturgie grecque, tel qu'il se trouve dans les Constitutions apostoliques, liv. vm, c. 12, et que l'on croit avoir été écrit sur la fin du ive siècle. Or, il y a vu les noms d'offrande et de sacrifice, les paroles de la consécration, l'invocation par laquelle le célébrant demande que le Saint Esprit rende présents le corps et le sang de Jésus-Christ, l'oblation qui en est faite à Dieu pour l'Eglise entière, pour les saints de tous les siècles, la prière pour les morts , la profession de foi du fidèle prêt à communier, qui est un acte d'adoration adressé à Jésus- Christ. Orig. ecclés., liv. xv, c. 3, § 1. Le canon de la messe romaine ne renferme rien de plus. De quel droit les anglicans et les autres protestants ont-ils retranché de leur liturgie toutes ces preuves de l'ancienne croyance? Ils ont déclamé contre l'usage de réciter le canon à voix basse, et de manière que les assistants ne peuvent l'entendre. Mais, dans une dissertation sur ce sujet, le Père Lebrun a fait voir que cet usage n'est pas particulier à l'Eglise romaine, qu'il a lieu chez les sectes orientales séparées d'elle depuis douze cents ans, et que c'est l'ancienne pratique de l'Eglise universelle; il a répondu h toutes les plaintes que l'on a faites à cet égard. Explication sur les cérémonies de la messe, t. VIII, pag. 1. Voy. Secrète. Il en est de môme de l'usage de célébrer dans une langue qui n'est pas entendue du peuple. Le Père Lebrun a prouvé dans une autre dissertation, t. VII, p. 201, que l'Eglise n'a jamais prétendu qu'il fallût célébrer la liturgie dans une langue inconnue au peuple ; mais qu'elle a soutenu en môme temps qu'il n'est pas nécessaire de célébrer en langue vulgaire; que de même qu'elle n'a donné l'exclusion à auc ne langue, elle n'a pas voulu s'assujettir non plus à toutes les variations du langage. Ainsi, dès les temps apostoliques, on a célébré en grec, en atin, en syriaque et en cophle; au iv' siècle, on l'a fait aussi
en éthiopien et en arméni n , et les liturgies furent écrites au v* dans toutes ces langues. Au ixe et au x% la liturgie fut écrite et célébrée en esclavon , en illynen et en r.isse, parce que toutes les langues dont nous venons de parler étaient fort étendues ; mais à mesure qu'elles ont changé et ont cessé d'être vulgaires, l'Eglise n'a point permis do retoucher la liturgie ; elle est demeurée telle qu'elle était. Ainsi les anciennes Eglises séparées de l'Eglise romaine sont précisément dans le même cas qu'elle ; les Orientaux n'entendent pas plus la langue de leur liturgie, que les peuples de l'Europe n'entendent le latin. Voy. Langue vulgaire.
Les auteurs liturgiques distinguent dans la messe différentes parties, 1° la préparation ou les prières qui se font avant l'oblation, et c'est ce que l'on nommait autrefois la messe des catéchumènes; 2" l'nblation ou l'offrande qui s'étend depuis l'offertoire jusqu'au Sanctus ; 3° le canon ou la règle de la consécration ; 4° la fraction de l'hostie et la communion ; 5° l'action de grâce ou postcommunion. Nous parlons de chacune de ces parties sous son nom propre, et l'on en trouve l'explicalon dans le Père Lebrun ; mais nous sommes obbgés de dire deux mots touchant la fraction de l'hostie.
Il est dit dans les évangélistes que Jésus- Christ, instituant l'eucharistie, prit du pain, le bénit, le rompit et le distribua à ses disciples en leur disant : Prenez et mangez , ceci est mon corps, etc. Conséquemment dans toutes les liturgies il est prescrit de rompre le pain eucharistique pour imiter l'action de Jésus-Christ, pour représenter son corps brisé en quelque manière, et froissé par sa passion et par le supplice delà croix. De là, chez les Pères de l'Eglise, rompre le pain eucharistique signifie le consacrer et le distribuer aux fidèles. Sur ces paroles de saint Paul (/ Cor. x, 16) : Le pain que nous rompons n est-il pas la participation du corps du Seigneur, saint Jean Chrysostome dit, Ilomif. 2V, n. 2 : « C'est ce que nous voyon., dans l'eucharistie. Il a été dit de Jésus-Christ sur la croix, vous ne briserez point ses os ; mais ce qu'il n'a pas souffert sur la croix, il le souffre pour vous lorsqu'il est offe.t; il consent à être brisé pour se donnera tous. » Saint Paul (lbid., xi, 24), rapportant 1 s paroles de Jésus-Christ , dit suivant le texte grec : Ceci est mon corps brisé pour vous. Le Sauveur présentait donc son propre corps dans un état de fraction, de souffrance, de mort et de sacrifice. Saint Luc et saint Paul ajoutent: Ceci, ou ce calice, est une nouvelle alliance dans mon sang; le sang de Jésus- Christ, renfermé dans la coupe, représentait celui des victimes immolées pour cimenter l'alliance conclue entre Dieu et son peuple (îlebr. vi, 18, etc.) Saint Grégoire de Nazianze écrit à un prêtre, Episl. 240: «Priez pour moi, lorsque par votre parole vous faites descendre le Verbe de Dieu, lorsque par une fraction non sanglante vous divisez ie corps et le sang du Seigneur, et que votre voix tient lieu de glaive. » Un savant anglais,
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qui a cité ces passages, ne s'est pas embarrassé «le savoir s'ils contiennent une doctrine différente de celle de l'Eglise anglicane, qui n'admet point la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie ; mais il reproche à l'Eglise romaine de n'avoir conservé que l'ombre du rite ancien, puisque chez nous l'hostie n'est plus rompue pour être distribuée aux fidèles, mais seulement pour en mettre une parcelle dans le calice. Jîingham, Orig. ecclés., liv. xv, c. 3, § 35.
Mais les anglicans, non plus que les autres protestants, n'imitent pas plus scrupuleusement que nous l'action de Jésus-Christ ; suivant les évangélistes, le Sauveur rompit le pain avant de prononcer les parties de la consécralion : les Grecs divisent l'hostie en quatre parties, les mozarabes la partageaient en neuf morceaux ; dans quelques sectes orientales, on consacre le pain déjà partagé en plusieurs parties. Ce rite n'a donc jamais étéumforme dans les différentes Eglises chrétiennes , parce qu'on ne l'a jamais regardé comme la partie essentielle ou intégrante de la consécration ni de la communion. 11 nous objecte encore que, suivant la croyance de l'Kglise romain'-, ce n'est point le corps de Jésus-Christ qui est brisé ou rompu, mais seul ment les espèces ou apparences du pain. Nous en convenons, et il en est de même à l'égard de la division qui semble faite entre le corps et le sang de Jésus-Christ , parce que ce divin Sauveur ressuscité ne peut plus souffrir réellement, ni éprouver la séparation réelle de son corps d'avec son sang. Ainsi, lorsque saint Jean Chrysostome dit que Jésus-Christ souffre et consent h être brisé dans l'eucharistie, il entend évidemment que cela se fait d'une manière sacramentelle et mystique, et non autrement.
Mais s'il entendait que l'eucharistie elle-même n'est que la figure du corps et du sang de Jésus-Christ, son discours d'un bout à l'autre, ne serait qu'un abus continuel des termes. Quoiqu'il soit impossible que Jésus- Christ souffre et meure à présent, il ne l'est pas qu'il melte son corps dans un état dans lequel il paraisse souffrant ou mort.
On donne à la messe différents noms, selon le rite, la langue, l'intention, le degré de solennité avec lesquels on la célèbre. Ainsi, l'on distingue la messe grecque et la messe latine, romaine ou grégorienne ; les messes ambrosienne, gallicane, gothique , mozarabique, etc. Nous en avons donné la notion au mot Liturgie. On appelle messe du jour, celle qui est propre au temps où l'on est et à la fête que l'on célèbre, et messe votim , celle d'un saint ou d un mystère dont on ne fait ni l'office ni la fête, comme la messe du Saint-Esprit, de la sainte Vierge, etc. Nous avons déjà parlé de la messe desprésanctifirs et des messes pour les morts. On appelle messe solennelle, messe haute ou grand'messe, celle qui se dit avec un diacre et un sous-diacre , et qui se chante par des choristes ; messe basse ou petite messe, elle qui est dite par un prêtre seul, et sans aucun chant. On nommait autrefois messe du scrutin celle qui se disait
pour les catéchumènes , le mercredi et le samedi de la quatrième semaine du carême, lorsqu'on examinait s'ils étaient suffisamment disposés à recevoir le baptême : et messe du jugement, celle quisedisaitpour unaccuséqui voulait se justifier par les preuves établies.
Il faut avouer que, dans les siècles d'ignorance, il s'est glissé de grands abus dans la cél 'bration de la sainte messe ; Tiiiers en a parlé dans son Traité des superstitions, t. II, liv. iv. Heureusement ils ont été retranchés, et ils n'ont plus lieu depuis (pie le concile de Trente a or donné aux évoques d'y tenir la main et d'y vei 1er de près. Ainsi, l'on a défendu la mcsxe sèche, ou la messe dans laquelle il ne se faisait point de con?>écration ; le cardinal Bona, dans son traité de Reims liturgicis, liv. i, c. 15, en parle assez au long ; il l'appelle messe nautique , parce qu'on la disait dans les vaisseaux , où l'on n'aurait pas pu consacrer le sang de Jésus- Christ sans s'exposera le répandre, à cause de l'agitation du vaisseau. I! dit, sur la foi de Guillaume de Nangis, que saint Louis, dans son voyage d'outre-mer, en faisait dire ainsi dans le vaisseau qu'il montait. Il cite encore Génébrard, qui dit avoir assisté à Turin, en 1587, à une pareille messe célébrée sur la fin du jour, aux obsèques d'une personne noble. Durand, qui en fait aussi mention, dit que l'on n'y disait point le canon ni les prières relatives à la consécration. Une fausse dévotion avait persuadé aux ignorants que les prières de la messe avaient plus de mérité et de crédit auprès de Dieu que les autres offices de l'Eglise : on ne peut excuser cette erreur que par la simplicité de ceux qui y sont tombés. Pierre le Chantre, qui vivait en 1200, s'éleva avec raison contre cet abus, qui a été aussi condamné par un concile de Paris de l'an 1212, par plusieurs savants évêques des Pays- Bas, par un synode de Bordeaux du 15 avril 1G03, etc. Le concile de Trente ordonne aux évêques de veiller, avec le plus grand soin, à ce que le saint sacrifice delà messe soit célébré dans toutes les églises avec la sainteté, la piété et la décence convenables, et à ce que toute profanation soit bannie de cet auguste mystère. Depuis cette époque, plusieurs conciles provinciaux, surtout en France, ont fait les règlements les plus sages pour déraciner et prévenir tous les abus que l'ignorance, la négligence et l'avarice avaient introduits. Mais cela n'est pas aisé : la vanité, la mollesse, l'indévotion, l'indépendance , lutteront toujours contre le zèle des pasteurs ; les grands du monde veulent un culte aisé, commode, domestique, qui leur coûte peu ; et les simples particuliers veulent les imiter. La messe, devenue un usage journalier , a cessé d'inspirer autant de respect qu'elle en mériie; les prêtres et les assistants se sont, pour ainsi dire , familiarisés avec cet auguste mystère.
D'autre part, les protestants ont-ils beaucoup gagné à le supprimer? La piété est très-rare parmi eux, parce qu'elle n'a plus d'aliment : ils sont très*- peu attachés à leur religion, ils n'y tiennent que par intérêt po-
7r.fi
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titique cl par li duo pour l'Eglise romaine: pourvu qu'ils en demeurent séparés, pou
i leur importe ce qu'ils doivent croira et pratiquer. Voy. Protestants, Rékoumation.
MESSIE, tenue emprunté de l'hébreu Mcssiah, oint ou sacré; les Grecs l'ont rendu par
, XfiHTTQç, qui si .nilie la même chose, d'où nous avons retenu le nom d ^ Christ. Les Hébreux le donnaient aux prêtres, a x prophètes et aux mis : on en trouvera l'étymologie au mot Onction. Il est dit qu'Aarm et ses fils furent oints ou sacrés pour exercer le sacerdoce (Num. i, v. 3), et ses descendants sont appelés les oints ou les messies prêtres (// Machab. i, v. 10). Elie reçoit de Dieu l'ordre de donner à Ebsée l'onction ou le ministère de prophète (/// Reg. xix, v. 16). L°s rois sont souvent nommés les christs du Seigneur, ou les messies de Dieu. Ce titre se trouve même donné à des rois idolAtres, à celui de Syrie (111 Reg. xix, v. 15); à Cyrus (fs. xi.v, v. 1) ; et à tout le peuple de Dieu (Ps. civ, v. 15). Ne louchez pas mes messies, c'est-à-dire le peuple qui m'est spécialement consacre'; et ne faites point de mal à mes prophètes, à ceux qui sont chargés de fa re connaître mon nom à toutes les nations. Mais le nom de Messie a été spécialement employé par les prophètes, pour dés:gner l'Envoyé de Dieu par excellence, le Sauveur et le Libérateur du genre humain (Dan. ix; Ps. ii, v. 2, etc.). Anne, mère de Samuel (/ Reg. ii, v. 10), conclut son cantique par ces paroles remarquables : « Le Seigneur jugera les extrémités de la terre; il donnera l'empire à son Roi, et relèvera la force de son Messie. » Cela ne peut être appliqué aux rois des Hébreux, puisqu'alors ils n'en avaient point. Aussi, dans le Nouveau Testament, le nom de Christ ou de Messie n'est plus donné qu'au Sauveur du monde. « Vous savez, dit saint Pierre au centurion Corneille, de quelle manière Dieu a oint Jésus de Nazareth par le Saint-Esprit, et par la puissance qu'il lui a donnée (Act. xv , 37). Jésus-Christ lui-même déclare à la Samaritaine qu'il est le Messie attendu par les Samaritains, aussi bien que par les Juifs (Joan. iv, 25). La grande question qui est entre ces derniers et les chrétiens, consiste à savoir si le Messie est venu, si c'est Jésus-Christ ou un autre. Pour y satisfaire, nous avons à prouver contre les Juifs, 1° que le Messie est arrivé, et qu'ils ont tort de soutenir le contraire ; 2° que toutes les prophéties qui le concernent ont été accomplies dans la personne de Jésus-Christ ; 3" que quand il y aurait du doute sur le sens des prophéties, sa qualité de Messie serait assez prouvée par ses miracles et par les autres caractères dont il a été revêtu; k" que les Juifs ne peuvent faire, contre ces vérités, aucune objection solide : ainsi , c'est sans aucun succès que les incrédules répètent aujourd'hui les mêmes arguments contre la mission div ne de Jésus-Christ.
I. Le Messie est arrivé. Nous le prouvons en rassemblant les prophéties qui, selon l'aveu des Juifs mémei, désignent le temps de sou
arrivée; mais nous ne ferons que les indiquer sommairement, en renvoyant aux articles particuliers sous lesquels nous en parlons plus au long. — 1" Selon la prophétie de Jacob (Gen. xlix, v. 8 et suiv.), le Messie doit venir lorsque le sceptre ne sera plus dans la tr bu de Juda, puisque le sceptre n'est promis à cette tribu que jusqu'à l'arrivée du Messie. Or, depuis dix-sept cents ans, la postérité de Juda n'a, dans aucun lieu du monde, aucune espèce d'autorité ; donc le Messie n'est plus à venir. Les Juifs d'aujourd'hui sont en grande partie de la tribu de Juda ; mais dans aucune contrée de l'univers ils n'ont la liberté de suivre leurs lois civiles ni religieuses, ni de se gouverner eux-mêmes. Voy. Juda. — 2° Suivant la prophétie de Daniel, c. u, v. W, et c. vu, v. \k et suiv., le règne du Messie doit se former après la destruction de la troisième monarchie dont il parle; et qui est évidemment celle des Grecs, et pendant la durée de la quatrième qui est celle des R< mains. Or, la monarchie des Grecs est détruite depuis plus de dix-sept siècles, et celle des Romains ne subsiste plus. Voy. Monarchie.
Selon le môme prophète, c. ix, v. 25, le Messie a dû venir soixante et dix semaines d'années, ou quatre cent quatre-vingt-dix ans après la reconstruction de la ville de Jérusalem : or, cette ville a été certainement rebâtie soixante-treize ans après le premier retour de la captivité de Bab)lonc, et sous le règne d'Artaxerxès à la longue main. Que les Juifs arrangent comme ils voudront le calcul des soixante-dix semaines, elles sont certainement écoulées depuis plus de dix-sept cents ans. Voy. Semaine. Dans ce même chapitre, v. 27 , il est dit qu'après la mort du Messie les offrandes et les sacrifices cesseront ; or, les Juifs ne peuvent plus en faire depuis la même époque. — 3° Les prophètes Aggée, c. u, v. 7, et Malachie, c. m, v. 1, ont prédit que le Messie viendrait dans le temple que l'on rebâtissait pour lors; ce temple fut détruit de fond < n comble par les Romains , il n'en resto plus aucun vestige ; et lorsque 1 s Juifs entreprirent de le rebâtir sous le règne de Julien, ils en furent empêchés par les globes de 'eu qui sortirent des fondements, et rendirent le lieu inaccessible. Le Messie était donc arrivé avant toutes ces révolutions. Voy. Aggée, Malachie, Temple. — y Les Juifs ont toujours cru, et ils croient encore, sur la foi des prophéties, que le Messie doit naître du sang de David et de Juda. Or, depuis la dispersion des Juifs , arrivée sous les Romains, leurs généalogies sont tellement confondues, qu'il est impossible à aucun Juif do prouver qu'il est de la tribu de Juda plutôt que de celle de Benjamin ou de Lévi; à plus forte raison, qu'il est de la race de David. Celle-ci est tellement anéantie, que l'on n'en connaît plus aucun rejeton. La perte que les Juifs ont faite de leurs généalogies, qu'ils ont conservées avec tant de soin pendant quinze cents ans, au: ait dû les convaincre que le
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temps do l'arrivée du Messie esl passé depuis longtemps. Yoy. Généalogie. — 5* Quelques années avant la destruction de Jérusalem et la dispersion des Juifs, il était constant, nonseulement dans la Judée, mais dans tout l'Orient, que l'arrivée du Messie était prochaine. « Le Messie vient, dit la Samaritaine [Joan. iv, v. 25), et il tous enseignera toutes choses. >' Les Juifs doutèrent si saint Jean-Baptiste n'était pas le Messie {Luc. iv, v. 15). Josèphe, Ilist. de la guerre des Juifs, 1. xvi, c. 31, parle d'un passage de l'Ecriture qui | orlait que l'on verrait en ce tempslà un homme de leur contrée commander à toute la terre, et il en fait l'application à Vespasien; c'est évidemment le passage de Daniel, c. vu, v. lk. « 11 s'était répan.'u dans tout l'Orient, dit Suétone dans la Vie de Vespasien , une opinion ancienne et constante qu'en ce temps-là, par un arrêt du destin, des conquérants sortis de la Judée seraient les maîtres du monde. Plusieurs, dit Tacite, étaient persuadés qu'il était écrit dans les anciens livres des prêtres, qu'en ce temps-là, l'Orient reprendrait la supériorité, et que des hommes sort s do la Judée seraient les maîtres du monde. » Donc l'on était bien convaincu que le temps fixé par les prophètes pour l'arrivée du Messie, était accompli. Or, l'expédition de Tite et de Vespasien dans la Judée s'est faite trentesept ans aj rès la mort de Jésus-Christ. Dans ce temps-là môme il parut dans Ja Judée plusieurs imposteurs qui se donnèrent >our messies, qui séduisirent un grand nomjre de Juifs, et qui furent exterminés par es Romains. Josèphe en parle, et Jésus- Christ en avait prévenu ses disciples (Matlh. xxiv, v. 2k). C'est donc un aveuglement inexcusable de la part des Juifs d'attendre encore un Messie qui a dû paraître dix-sept siècles avant nous. — 6° 11 y a chez les Juifs une ancienne tradition rapportée dans le Talmud, Tract. Sanhedr., c. 11, qui porte que le monde doit durer six mille ans, savoir : deux mille avant la loi, deux mille sous la loi, et deux mille sous le Messie. Quoique cette tradition soit fausse , elle prouve contre les Juifs qui la reçoivent, que le Messie a dû naître l'an 4C00 du monde, comme cela est arrivé. C'est donc contre le sentiment de leurs anciens docteurs que les Juifs s'obstinent à soutenir que le Messie est encore à venir. Quind on les presse sur ce point, ils disent qu'à la vérité ies prophètes l'avaient ainsi prédit, mais que l'avénemcnt du Messie a été retardé à cause de leurs péchés. Mais ce subterfuge contredit une maxime reçue parmi eux : savoir, que quand Dieu menace de punir il ne le fait pas toujours, parce que le repentir des pécheurs arrête souvent son bras; mais que quand il promet des bienfaits, il ne manque jamais d'accomplir ses promesses. Prideaux , Hist. des Juifs, 1. xvii, t. 11, p. 252. Nous examinerons cette maxime dans la suite. Selon la supposition des Ju fs, Dieu peut différer l'avènement du Messie jusqu'à la fin du monde. Us ont si