‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 106 sur 219 · SUB · texte numérisé non relu

SUB

SUC

prouver toutes les argumentations? — Les voyageurs disent que la pulpe du fruit de Varbre à pain ressemble à la mie d'un pain blanc et tendre, qu'elle en a la figure, la couleur, la saveur et l'odeur. Supposons que la ressemblance soit assez parfaite pour tromper tous nos sens , faudrait-il affirmer que ce fruit est une même substance que le pain, ou que c'est une substance différente ? Un philosophe ne peut sans témérité soutenir le pour ni le contre. Que faudrait-il pour que du pain commun devînt le fruit de cet arbre, ou pour que ce fruit fût de vrai pain? Autre question insoluble. Et l'on no cesse d'argumenter pour prouver que du pain ne peut pas être changé au corps de Jésus-Christ, sans que ces qualités sensibles ne changent 1 c'est opiuiâtreté pure.

On dira : Pourquoi donc l'Eglise s'est-elle servie des mois substance et transsubstantiation, qui ne présentent aucune idée claire? Parce que les hérétiques, aussi mauvais philosophes que mauvais théologiens, s'en servaient pour soutenir leur erreur et pour pervertir le sens des paroles de l'Ecriture sainte touchant l'eucharistie ; on ne pouvait les réfuter et les condamner qu'en usant de leur propre langage. — Les luthériens, qui admirent d'aiord Vimpanation ou la consubstantiation, n'étaient pas mieux fondés. Il est aussi impossible de concevoir comment deux substances distinctes peuvent se trouver unies sous les mêmes qualités sensibles, que comment l'une peut y prendre la place de l'autre. En niant la possibilité de ce second miracle, les calvinistes ont préparé des arnres aux incrédules pour attaquer tous les mystères et tous les miracles. Quelquesuns ont soutenu que les apôtres n'ont pas pu croire celui-ci, quand même Jésus- Christ l'aurait opéré et le leur aurait affirmé. Les apôtres, disent-ils, étaient certains par les yeux, par le goût, par l'odorat, par le tact, que ce qu'ils mangeaient était du pain; ils étaient sûrs seulement par l'ouïe que Jésus-Christ leur donnait son corps; voilà quatre témoignages conlre un : pouvaient-iU se fier à un seul plutôt qu'à tous les autres ?

Nous demandons à ceux qui font celte objection, s'ils croient ou non la divinité de Jésus-Christ. S'ils ne la croient pas, nous n'avons rien à leur dire. S'ils la croient, nous répondons que, quand un Dieu parle à nos oreilles et à notre esprit, ce témoignage est préférable à celui de nos sens ; car enfin qu'attestaient les sens aux apôlres? Que <e qu'ils mangeaient avait toutes les qualités sensibles du pain; mais ces sens ne pouvaient leur attester que c'était la substance du pain et non la substance du corps de Jésus-Christ, puisque cette substance abstraite des qualités sensibles ne tombe point sous les sens. C'est encore la réponse que nous donnons au fameux argument de La Placelle, qui paraît aux calvinistes un raisonnement invincible. Nous avons, disentils, une certitude physique par nos sens que l'eucharistie est du pain, et nous n'avons

qu'une certitude morale, fondée sur les motifs de crédibilité, que c'est le corps de Jésus- Christ; or, une certitude morale ne peut pas prévaloir à une certitude physique. — Faux principe. Si par ces mots c'est du pain, l'on entend que c'est la substance du pain, il est faux que nos sens nous donnent sur ce point aucune certitude quelconque. Encore une fois, les sens nous attestent les qualités sensibles des corps, rien de plus; cela est démontré par la comparaison que nous avons faite entre le pain usuel cl le fruit de l'arbre à pain. Par ce même argument l'on prouverait que les apôlres n'ont pas pu croire que Jésus-Christ fût vrai Dieu et vrai homme, car enfin ils étaient sûrs, par le témoignage de leurs sens, que Jésus-Christ élait homme, par conséquent une personne humaine, et ils n'étaient assurés que par sa parole que c'était une personne divine. On prouverait encore que les aveugles-nés sont physiquement certains p \r le tact qu'une perspective et un miroir ne peuvent produire une sensation de profondeur; que la têle d'un homme ne peut être représentée dans la boîte d'une montre; que l'on ne peut pas apercevoir une étoile aussi promplemcnt que le faîte d'une maison, etc. ; qu'ils doivent par conséquent récuser le témoignage de tous ceux qui ont des yeux et qui leur attestent le contraire. Voy. M racle, §2.

SUBSTANTI AIRES , secte de luthériens qui prétendait que Adam, par sa chute, avait perdu tous les avantages de sa nature;qu'ainsi le péché originel avait corrompu en lui la substance même de l'humanité, et que ce péché était la substance même de l'homme. Nous ne concevons pas comment des sectaires, qui ont prétendu fonder toute leur doctrine sur l'Ecriture sainte, ont pu y trouver de pareilles absurdités. Voy. Synergistes.

SUCCESSION des pasteurs de l'Eglise. Les théologiens catholiques soutiennent contre les protestants que l'ordination établit entre les pasteurs de l'Eglise une succession constante, de manière que le caractère, les pouvoirs, la juridiction du prédécesseur passent et sont communiqués sans aucune diminution au successeur; que sans celte succession l'Eglise ne pourrait subsister. Cette vérité est fondée sur les mêmes raisons qui prouvent la nécessité de la mission. Voy. ce mot. Ainsi les apôtres ont transmis aux évêques et aux pasteurs qu'ils ont ordonnés leur caractère, leur pouvoirs, leur juridiction sur les troupeaux qu'ils avaient rassemblés, ou sur les églises qu'ils avaient fondées, et dont ils confiaient le gouvernement à ces mêmes pasteurs; conséquemment saint Pierre a transmis à ses successeurs la juridiction et l'autorité qu'il avait reçue de Jésus-Christ sur l'Eglise universelle.

Suivant la doctrine de Jésus-Christ et d' s apôlres, il n'est point d'Eglise sans pasteur, point de pasleur sans mission , point de mission que par voie de succession, et la succession se fait par l'ordination : sur celte chaîne indissoluble est élab.'ic la perpétuité Ue l'E^iise.

Page 1