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ot qui se montrait supérieur dans cette espèce de combat; en louant de l'autre le courage de «eux qui se donnaient la mort pour se soustraire à la douleur ou au regret de n'avoir pas réussi dans une entreprise. Cette contradiction même aurait dû ouvrir les yeux à nos raisonneurs modernes, i'ils déclament contre toutes les institutions qui semblent nuire à la population; c'est pour cela qu'ils ont fait tant de dissertations contre le célibat; or, celui-ci est certainement moins contraire à la population que le suicide, 11 y a plus de dommage pour la société à perdre un homme fait qui est actuellement en état de la servir, qu'à être privé de quelques enfants qui n'existent pas encore, et dont la plupart auraient péri avant de parvenir à l'âge viril. Suivant la remarque d'un déiste, dès qu'un homme est assez forcené pour s'ôler la vie, il est le maître de celle d'un autre, quelque bien gardé qu'il puisse être. 5° Un incrédule même a tourné en ridicule les motifs pour lesquels les insensés de nos jours ont coutumede renoncer à la vie. « Les Grecs et les Romains, dit-il, se tuaient après la perte d'une bataille, ou dans un désastre de leur patrie, auquel ils ne voyaient point de remède. Nous nous tuons aussi, mais c'est lorsque nous avons perdu notre argent , ou dans l'excès d'une folle passion pour un objet qui n'en vaut pas la peine, ou dans un accès de mélancolie. » Question sur V Encyclopédie ; De Caton et du Suicide. En effet, nos papiers publics ont rendu compte de la multitude de suicides qui sont arrivés dans notre siècle ; à peine en trouvera-t-on un seul qui ne soit venu de près ou de loin du libertinage. Ils ont montré les tristes effets qu'ont produits les diatribes absurdes et les principes meurtriers de nos philosophes ; ce n'est pas là un trophée fort honorable à la philosophie moderne. 6° Les plus sagesdes anciens philosophes , Pjthagore , Socrate , Cicéron, condamnent le suicide, comme un crime, comme une révolte contre la Providence, Théologie païenne, t. 11, p. 316. Si les épicuriens et le commun des stoïciens ont pensé différemment, c'est qu'ils n'admettaient pas la Providence. Mais il est faux que Epictèle ail été dans le sentiment de ces derniers, comme on l'a dit en nous donnant la morale de Sénèque. Epiclète pose des principes directement contraires, Manuel, §25, 42, etc.; nouveau Manuel fait par Arrien, 1. i, § 8 et 38 ; 1. m, § V2 ; I. iv, § 38, etc. — Toutes ces preuves demanderaient à être développées, mais nous ue pouvons faire que les indiquer.
H. Le suicide est défendu par la loi divine positive. Dès le commencement du monde Dieu a interdit l'homicide, et il l'a puni sévèremeut dans la personne de Caïn, Gènes., c. iv, v. 10. Il en a renouvelé la défense après le déluge. Si quelqu'un répand le sang humain, il en sera puni par l'effusion de son propre sang , parce que l'homme est fait à l'image de Dieu , c. ix , v. 6. La loi du décaloguc, Vous ne tuerez point , n'est que la répétition de la loi primitive. Or, il u'est
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pas plus permis à l'homme de détruire
I image de Dieu dans sa personne que dans celle d'un autre.
On dit que cette loi souffre des exception? ; elle n'en admet aucune que quand le bien général de la société l'exige. Or, c'est à l.j société même de juger dans quel cas son intérêt exige que l'on condamne à mort un malfaiteur. Ce n'est point à tout particulier qu'il appartient d'en décider, aucun n'a le droit de se condamner lui-même à la mort ; la société même n'aurait pas ce pouvoir, si Dieu ne le lui avait pas donné. Il faut donc prouver que le suicide est conforme aux intérêts de la société. Sup., cap. xvi, v. 13 : C'est vous , Seigneur , qui avez la puissance de la vie et de la mort... Un homme peut 6 ter la vie à un autre par méchanceté : mais il ne peut la lui rendre, et il lui est impossible de se soustraire à votre main. » Jsai., cap. xlv, v.9 : Malheur àceluiquirésisteà son Créateur! Un vase de terre dira-t-il au pot er : Qu'avezvous fait ? suis-fe donc l'ouvrage de vos mains? etc. Or, c'est résister à Dieu que de s'ôler la vie avant qu'il l'ait ordonné.
Cependant, répliquent nos dissertateurs , il y a dans l'histoire suinte plusieurs exemples de suicides qui ne sonl ni blâmés ni condamnés ; ils citent Abimélech, Samson, Saùl, Achitophcl, Zambri, Eléazar et Kazias.
II faut les examiner en détail. 1° Il est faux qu'aucun de ces personnages ne soit blâmé. Il est dit d'Abimélech, que Dieu lui rendit lo mal qu'il avait fait à sa famille eu égorgeant ses frères au nombre de soixante et dix » Judic, c. ix , v. 56. Saùl est représenté comme un roi réprouvé de Dieu, que la vengeance divine poursuivait, et à qui l'ombre de Samuel avait prédit une mort prochaine, II Reg., c. i , v. 15. A< hitophel est peint comme un traître, infidèle à David, son roi, appliqué à confirmer Absalon dans sa révolte, et à lui suggérer des crimes, // Reg.t c. xvi et xviii. Zambri était un usurpateur de la royauté ; l'écrivain sacré dit qu'il mourut dans son péché, IV Reg., c. xvi, v. 18 et 19. Ce ne sont là ni des éloges ni des approbations. 2° Samson et Eléazar ne furent point suicides ; en se livrant à une mort certaine, leur principal dessein n'était point de se détruire, mais de venger leur nation de ses ennemis. Samson prie Dieu de lui rendre la force , pour tirer vengeance des outrages des Philistins , Judic. , c. xvi, v. 28. Il est dit d'Eléazar qu'il se livre à la mort aGn de délivrer son peuple , Machab., c. vi, v. kk. L'on n'a jamais traité de suicides les dévouements si célèbres dans l'histoire, ni le courage de ceux qui se sonl livrés à un vainqueur irrité afin de sauver leurs concitoyens, ni l'intrépidité des guerriers qui se sont jetés au milieu des bataillons ennemis, dans le dessein d'inspirer la même valeur à leurs soldats. 3° Les éloges qui sont donnés à Kazias dans le second livre des Machabées, c. xiv, v. kO et seq., font une plus grande difficulté. Ce Juif se tua pour éviter de tomber entre les mains des satellites qui le poursuivaient, cl pour se sous*-
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traire aux tourments qu'on lui préparait dans le dessein de lui faire changer de religion. On peut l'excuser par l'intention et par le défaut de réflexion dans une détresse aussicruelle.Sa conduiteest louée commeun li ait de courage, et non comme l'effet d'un zèle éclairé. Ainsi en a jugé saint Augustin, I. ii, contra epist. Gaudent., c. 23. Ce n'est point ici un hypocondre qui se tue de sangfroid pour se délivrer du fardeau de la vie; c'est un homme troublé à la vue du péril , el qui de deux maux inévitables choisit celui * qui lui parait le moindre. Il eu a été de même de plusieurs martyrs dont on nous objectera bientôt l'exemple.
111. Les apologistes du suicide ont poussé plus loin la témérité, en affirmant que ce crime n'est point défendu dans l'Evangile. Nous pourrions nous borner à répondre qu'aucune loi positive n'a jamais défendu ni la démence ni la frénésie; mais nous soutenons que celle dont nous parlons est défendue par tous les passages de l'Evangile qui commandent la patience dans les afflictions, et qui promettent à cette vertu une récompense éternelle. Saint Paul, après avoir rappelé aux fidèles tout ce qu'ont souffert les anciens justes, leur dit : A la vue de celle nuée de témoins, courons par la patience au combat qui nous attend, en fixant nos regards sur Jésus , auteur et consommateur de notre foi, qui a souffert la mort de la croix , et a bravé les ignominies en considération de la gloire qu'il attendait , et qui est assis à la droite de Dieu (Hebr. xu, 1). 11 leur représente que Dieu les aime, puisqu'il les châtie comme un père corrige ses enfants. Si un furieux, déterminé à trancher le fil de ses jours, était capable de faire attention à celte morale , il sentirait le crime qu'il commet en voulant se soustraire aux châtiments que Dieu lui envoie, et qu'il n'a que trop mérités ou par son imprudence ou par son libertinage.
Un chrétien qui s'est livré à des passions déréglées, et qui y trouve son malheur, rentré en lui-même, s'écrie avec un roi pénitent : Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont l'équité même. Un incrédule se sent puni par où il a péché, brave la justice divine, et prétend lui échapper en s'ôtant la vie; elle saura s'en venger.
Que dire à un insensé qui a osé écrire que s'il est vrai que le Messie des chrétiens est mort de son plein gré, il a évidemment été suicide? Jésus Christ n'a point excité les Juifs à le faire mourir, il leur a reproché d'avance le crime qu'ils allaient commettre. Il s'est livré à la mort non par dégoût de la vie ni par impatience dans la douleur, mais pour racheter le genre humain de la mort éternelle, pour le salut de ceux mêmes qui l'ont crucifié. 11 s'est offert pour victime de notre rédemption , avec plein pouvoir de donner sa vie et de lareprendre (Juan, x , v. IB), et avec une certitude entière de ressusciter (rois jours après. 11 a ainsi confirmé sa doctrine par son exemple, il a inspiré le même courage à des milliers de martyrs, et par sa
croix il a converti le monde. Encore une fois, s'exposer à une mort certaine pour sauver la vie à un nombre de citoyens, ce n'est point un suicide , mais un trait de courage héroïque; faire ce sacrifice pour sauver le monde entier d'un supplice éternel, c'est la charité d'un Dieu.
Mais, au jugement denos dissertateurs, la plupart des martyrs ont été des fanatiques; les uns sont allés en foule se présenter au fer des persécuteurs; c'est ce que fit une troupe de chrétiens d'Asie, à l'arrivée du proconsul Arrius Antoninus; d'autres ont sauté eux-mêmes dans le bûcher allumé pour les intimider, comme fit sainte Apollonie, l'an 249; d'autres se sont précipitées pour ne pas tomber entre les mains des soldats et de peur de perdre leur chasteté; on cite à ce sujet l'exemple de sainte Pélagie, jeune vierge de quinze ans, qui en agit ainsi l'an 311. Les Pères de l'Église, saint Jérôme, saint Ambroise, saint Jean Chrysostome , ont donne à celte dernière les plus grands éloges; ils ont décidé qu'il n'est pas permis de se faire mourir soi-même , excepté quand on court risque de perdre sa chasteté. Saint Augustin n'excuse ces martyrs qu'en supposant gratuitement, aussi bien que saint Jean Chrysostome, qu'ils ont agi par une inspiration divine; mais Dieu n'inspire point une action mauvaise par elle-même el contraire à la loi naturelle. De là Barbeyrac est parti pour faire une éloquente déclamation contre les Pères de l'Eglise, et pour prouver qu'ils ont enseigné une fausse morale , Traité de la morale des Pères deV Eglise, c. 15, § 7, pag. 243. Un déiste , prenant le ton d'oracle , a prononcé celte maxime : Le vrai martyr attend la mort, l'enthousiaste y court.
Examinons tous ces faits. 1° Nous soutenons que, dans ces différents cas, les martyrs n'ont point péché. Les chrétiens d'Asie, sainte Apollonie et autres semblables , n'avaient point pour but de se détruire, mais de convaincre les persécuteurs de l'inutilité des menaces et de l'appareil des supplices pour intimider les chrétiens et pour détruire lo christianisme; leur dessein était donc d'arrêter les fureurs de la persécution , et de sauver la vie de leurs frères en exposant la leur : nous répétons pour la troisième fois que ce n'est point là un effet de la frénésie des suicides , mais un trait de charité héroïque. Ainsi pensait saint Paul, lorsqu'il disait, // Cor., c. xu, v. 15 : « Je donnerai volontiers tout, el je me donnerai encore moimême pour le salut de vos âmes. » Ces chrétiens ne se trompaient pas; Tertullien nous fait entendre que Arrius Antoninus sentit à quels hommes il avait affaire ; il répond avec élonnement et avec indignation : Malheureux, n'avez-vous donc pas des cordes et des précipices pour vous détruire? Tertullien cite cet exemple à Scapula, gouverneur de Carthage , pour le détourner de poursuivre les chrétiens par des supplices. L. ad Scapul. Ou sait que Dioctétien alléguait le même motif pour ne pas recommencer la persécution, l'au 303; LaeUul., de Mort, persec, §
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