‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 110 sur 219 · SUP · texte numérisé non relu

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•iaison dos causes physiquesavec leurs effets, la contrariété des phénomènes qui y arrivent, et de comprendre qu'un seul esprit pût être assez puissant pour loul faire et pour tout conduire par un seul acte de sa volonté. La révélation seule pouvait apprendre aux hommes cette vérité sublime , qui était la conséquence naturelle de la création : Dieu l'avait en effet révélée aux premiers hommes; mais leurs descendants ne tardèrent pas de l'oublier, et ils se trouvèrent plongés dans la même ignorance que si Dieu n'avait Jamais parlé. Si la crainte seule avait été la cause de leur erreur, ils n'auraient imaginé que des divinités terribles et malfaisantes; or, il est constant que l'on en avait forgé pour le moins autant de bonnes que de mauvaises, et qu'en général on croyait les dieux plus enclins à faire du bien que du mal : clii dtitorcs bonorum, c'est ainsi qu'on les nommait ordinairement. Voy. Religion, § 2.

Lorsque le laboureur inventa vingt divinités pour présider à ses travaux et pour veiller sur ses moissons, lorsqu'il leur prodigua les respects et les offrandes , il était moins conduit par la crainte que par l'intérêt et par la cupidité. Les mères et les nourrices, qui en forgèrent un plus grand nombre pour protéger la naissance et l'éducation <lcs enfants , agissaient par une folle tendresse et par vanité, c'était pour donner plus d'importance à leurs occupations. Ceux qui étaient dominés par la frénésie de l'amour mettaient en usage les philtres, les enchantements, les conjurations, pour engager une divinité à toucher le cœur de la personne qu'ils idolâtraient. Les v indicatifs en faisaient autant par le désir de nuire à leurs ennemis. Les voleurs mêmes se flattaient de réussir eu adressant des vœux à Mercure et à Laverne; la crainte n'était pas le principal ressort qui les faisait agir.

Attribuons-nous à ce motif la confiance que les stoïciens avaient à la divination , aux augures, aux pronostics? C'étaient de mauvais raisonneurs qui tiraient de fausses conséquences de quelques phénomènes naturels. Les épicuriens superstitieux étaient dés hypocrites qui voulaient tromper le peuple, et se justifier du reproehe d'irréligion. Les théurgistes des m* et iv* siècles furent des philosophes orgueilleux qui se croyaient dignes d'avoir un commerce immédiat avec les dieux. Nous pourrions pousser ce détail beaucoup plus loin; mais c'en est assez pour démontrer que toute passion quelconque portée à un certain degré est capable d'altérer dans l'homme les idées et les sentiments de religion, de lui inspirer de fausses notions de la divinité, et de le reudre superstitieux; et nous pourrions confirmer ce fait par l'aveu formel de plusieurs incrédules. Nous convenons cependant que l'excès en fait d'austérités, de pénitences, de mortifications, vient souvent d'une crainte excessive de la Divinité, d'une mélancolie naturelle, ou des remords d'une conscience alarmée. Mais lorsque les pythagoriciens, les orphiques, les stoïciens, les platoniciens, les

épicuriens même ont exhorté leurs disciples à dompter les appétits du corps , ils n'ont point donné pour motif la crainte de la Di- \ inité ; ils ont dit que la dignité de l'homme exige qu'il se rende maître de lui-même et qu'il ne ressemble point aux animaux. Dans cette matière, l'excès seul peut être taxé de superstition, parce que Dieu commande è 1 homme, non de se détruire lentement, mais de se conserver ; ainsi où la superstition commence, la religion finit. Voy. Mortification.

Lorsque nos incrédules ont décidé que le culte divin doit être réglé par la raison, ils ont supposé sans doute que la raison n'est jamais obscurcie ni égarée par les passions; malheureusement l'expérience prouve qu'elle l'a été dans tous les temps. Jamais il n'y eut de peuple plus superstitieux que les Grecs et les Romains , c'étaient cependant ceux de tous les hommes qui paraissaient les plus raisonnables, les mieux policés et les mieux instruits; et les philosophes, malgré la supériorité de leur raison, avaient augmenté le mal, au lieu d'y remédier. De là même nous concluons qu'il était absolument nécessaire que Dieu prescrivît lui-même dès le commencement du monde toutes les pratiques du culte qui devait lui être rendu, et qu'il défendît toutes celles qui pouvaient être une source d'erreurs et de crimes. Sans cela l'homme, toujours dominé par les passions, aurait été superstitieux et non religieux. Aussi Dieu y avait pourvu. II enseigna lui même aux patriarches la manière dont il voulait être honoré , et les pratiques qu'il leur prescrivit étaient analogues à l'état dans lequel le genre humain se trouvait pour lors. Cet état avait beaucoup changé lorsqu'il donna aux Juifs par Moïse une loi cérémonielle, et celle-ci fut de même relative aux circonstances du temps , des lieux et du caractère particulier de ce peuple. Enfin, il a établi par Jésus-Christ et par ses apôtres le culte en esprit et en vérité ; et comme celui-ci convient à toutes les nations et à tous les temps, il doit durer jusqu'à la consommation des siècles. Voy. Culte, Révélation.

C'est donc abuser des termes que de prétendre qu'il y avait de la superstition dans le culte des patriarches, ou dans celui des Juifs; il ne peut y avoir rien d'excessif, rien d'inutile ni de superflu dans ce que Dieu a prescrit ; on ne doit appeler superstitieuses que les pratiques que Dieu n'a ni commandées ni approuvées, ni par lui-même ni par ceux qu'il a chargés de déclarer ses volontés aux hommes. Ces mêmes réflexions suffisent pour démontrer la fausseté d'une autre imagination des incrédules : ils disent que toutes les superstitions et les erreurs en fait de religion sont venues de la fourberie des imposteurs ou des prétendus inspirés, et de l'intérêt des prêtres. Il n'y avait point de prêtres, lorsque le polythéisme et l'idolâtrie ont commencé, le père de famille était pour lors le seul ministre de la religion, et il est difficile de croire qu'aucun père ait pu avoir intérêt de tromper ses enfants, a moins

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qu'il n'ait eommenc 6 par s'abuser lui-mênn». Dr, le polythéisme et l'idolâtrie oui été la première sourie de toutes les superstitions possibles. Quand l'Ecriture sainte ne nous en assurerait pas, Sap., c. xiv, v. 27, nous en serions encore convaincus par la nature des choses et p;ir l'expérience. Lorsque les imposteurs sont arrivés , le mal était déjà fait, ils n'ont eu besoin que de suivre le chemin qui avait égaré les hommes ; plusieurs incrédules ont encore fait cet aveu.

La plus od euse de toutes les superstitions, les sacrifices des victimes humaines, est venue de la vengeance des guerriers et de la cruauté des anthropophages ; la sorcellerie et la magie sont nées du désir de se guérir d'une maladie, de se procurer un bien, ou de faire du mal aux autres ; la confiance aux songes , aux présages , aux aruspices , fut l'effet d'une curiosité effrénée de connaître l'avenir; en parlant de toutes ces pratiques nous en avons montré l'origine. Quand nous parcourrions tout le rituel du paganisme ancien et moderne, nous verrions partout les mêmes causes produire les mêmes effets. Les imposteurs qui sont survenus ont su profiler des passions, de la faiblesse et de la crédulité des hommes, pour se donner de la réputation, du crédit, des richesses; les uns se sont vantés de guérir les maladies, les autres de connaître l'avenir, ceux-ci de pouvoir changer le cours de la nature et d'envoyer des lléaux, ceux-là d'avoir les esprits ou les démons à leurs ordres : ils savaient que des ignorants, avides de merveilleux, étaient très-disposés à les croire ; mais ils n'ont pas été les auteurs de la crédulité populaire.

Est-il vrai, comme on l'a écrit cent fois , que les souverains ont plus à redouter les effets de la superstition et du fanatisme que ceux de l'incrédulité? C'est comme si l'on disait que les passions des hommes qui ont une religion capable de les réprimer sont plus redoutables que les passions de ceux qui n'ont point de frein. Nous fera-t-on comprendre ce paradoxe ? Des courtisans sans religion pourront peut-être le persuader à un souverain qui ne réfléchit pas; mais ceux qui ont lu l'histoire n'en conviendront jamais. A la vérité, ceux qui croient eu Dieu peuvent couvrir leurs passions du manteau de la religion ; mais ceux qui n'y croient pas ne manqueront jamais de prétexte pour pallier les leurs : l'intérêt général de l'humanité, le zèle du bien public, lu patriotisme, le maintien des lois, etc., ont été plus souvent allégués par les factieux que le zèle de religion. Que l'on nous dise en quel temps les grands de Uorae ont fait le plus de mal , si c'a été lorqu'ils étaient superstitieux, ou lorsqu'ils ne croyaient plus ni Dieu, ni enfer, ni autre vie.

Pour avoir un prétexte de faire schisme avec l'Eglise, les prétendus réformateurs ont soutenu que son culte était superstitieux , leurs descendants le répètent encore. Suiv.ini la notion même que vous donnez de la superstition, nous disciU-ils, un ri le, un usage,

sont censés tels lorsque Dieu ne les a ni commandés ni approuvés; or, monlrez-nou»

dans l'Ecriture sainte que Dieu a commande ou formellement approuvé tout ce que pratiquer Eglise romaine. — Réponse. Nous a von» déjà satisfait à celte demande aux articles Bénédiction, Cékémoîi ie. Exorcisme, Liturgie, Onction , Sacrement, etc., et nous avons prouvé que ces rilcs, laxés de superstitions par les prolestants, sont expressément foudés sur l'Ecriture sainte. 2° Nous avons fait voir que les cérémonies qu'ils prétendent avoir été empruntées des païens , ont été consacrées au culte du vrai Dieu, avant que les païens les eussent profanées par le culte des fausses divinités ; il n'a donc pas élé nécessaire de les emprunter d'eux. Jésus- Christ a-t-il fait cet emprunt en instituant le baptême et l'eucharistie , en faisant des exorcismes , en imposant ses mains sur des enfants , en soufflant sur ses apôtres pour leur donner le Saint Esprit ? Ceux-ci ont- ils copié le paganisme, en ordonnant des évoques et des prêtres, eu donnant le Saint-Esprit par l'imposition des mains, en faisant des onctions sur les malades, en recommandant les cantiques et les offrandes ? Les protestants n'ont pas vu que leur reproche retombait sur Jésus-Christ et sur les apôtres. .Vosheim, qui accuse les pasteurs de l'Eglise d'avoir adopté plusieurs rites des païens, n'a cité pour garants que des sectaires aussi entêtés que lui, et il est forcé d'avouer que la plupart ont poussé trop loin le parallèle qu'ils en ont fait; il s'attache à prouver au contraire que les défenseurs du paganisme, les éclectiques du quatrième siècle, ont copié plusieurs pratiques et plusieurs dogmes des chrétiens. Dissert, sur l'hist. ecclés., 1. 1 , p. 230. Hien de plus ridicule que de le voir répéter à chaque siècle dans son Ilisl. ecclés. que les superstitions furent augmentées, poussées à l'excès, substituées partout à la vraie piété, etc., sans qu'il ail jamais daigné dire quelles sont ces superstitions nouvelles dont on n'avait pas ouï parler dans les siècles précédents. 3° Les protestants nous en imposent quand ils disent qu'un rite est superstitieux lorsque Dieu ne l'a ni commandé ni approuvé, il fallait ajouter, ni par lui-même, ni par ceux qu'il a chargés de prescrire ses volontés aux hommes. Ils supposent que Dieu n'a jamais parlé que par l'Ecriture, que tout ce qui n'est pas écrit dans le Nouveau Testament ne vient ni de Jésus-Christ ni des apôtres. Nous avons réfuté dix fois ce faux principe. S'il était vrai, il n'aurait pas été besoin que Jésus-Chi isl promîld'êlre avec les prédicateurs de son Evangile jusqu'à la consommation des siècles, et d'envoyer à ses apôtres l'Esprit de vérité pour toujours, in œternum. Voy. Ecriture sainte, Eglise , Tradition, etc. Nous avons fait voir ailleurs qu'il était impossible qu'un ril superstitieux, incoanudu temps des apôtres, pût être universellement adoplédans toute l'Eglise etdans toutes les parties du monde chrétien, pendant quo toute l'Eglise faisait profession de s'en tenir à la duclriuc cl à la pratique des ipôtref,

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Lorsque l'esprit de vertige et le goût de la nouveauté a saisi une partie do l'Europe, au xvie siècle, sous le nom de réformation, il n'a pas pénétré dans toutes les parties du monde, et il n'a été rien moins qu'uniforme parmi ceux qui s'y sont livrés. 4° Supposons que les pasteurs et les docteurs de 1 Eglise aient établi en effet dans les premiers siècles quelques rites que les apôtres n'avaient ni pratiqués, ni commandés, ni approuvés formellement. Nous soutenons que l'Eglise en avait le droit dès qu'elle les a jugés nécessaires. Elle y a été autorisée par l'exemple de Dieu môme : pouvait-elle suivre un meilleur modèle? De même que Dieu avait augmenté le rituel des Juifs, à cause des superstitions dont ils étaient environnés, et pour lesquels ils n'avaient que trop de penchant, Ezerh. , c. xx, v. 7, 26 : ainsi l'Eglise fut obligée, au ivc siècle, de .rendre son culte plus pompeux, afin d'empêcher l'idolâtrie de renaître de ses cendres. Mosheim l'a bien aperçu, et il se sert de ce motif pour excuser les Pères de l'Eglise ; mais il n'est pas besoin d'excuse pour ceux qui n'ont fait que ce qu'ils devaient faire. Dissert, sur l'hist. ecclés., t. I, p. 231, et c'est une absurdité de prétendre qu'une conduite aussi sage a été la source de toutes les erreurs et de tous les abus qu'il plaît aux prolestants de trouver dans l'Eglise catholique. En efl'ct, au ive siècle, les philosophes défenseurs du paganisme, Julien, Jamblique, Plotin, Porphyre, etc., firent tous leurs efforts pour élayerles restes chancelants de l'idolâtrie, pour en pallier les erreurs et les usages impies, pour les rapprocher des dogmes et des pratiques du christianisme, dont les progrès les alarmaient ; c'est l'opinion de Mosheim. 11 fallut donc multiplier les leçons, les précautions, les rites, pour prémunir les fidèles récemment convertis contre le piège qui leur étailtenilu; mais il ne s'ensuit pas que ce qui fut pratiqué pour lors était absolument inouï dans les siècles précédents , ou était contraire à ce que les apôtres avaient prescrit. Au va siècle les barbares du nord, qui se répandirent dans tout l'Occideut , y rapportèrent toutes les erreurs et les superstitions d'un paganisme grossier; on comprit que l'on avait besoin des mêmes préservatifs desquels on avait usé contre l'idolâtrie des Grecs et des Romains; il fallut accoutumer les barbares convertis à des usages pieux et innocents , pour leur faire quitter absolument leurs coutumes absurdes et impies. A la fin du vi', les missionnaires envoyés dans le Nord se trouvèrent encore dans le même cas , et leurs travaux apostoliques furent continués dans les siècles suivants. Au xne et au xiue, on fut obligé de défendre les cérémonies de l'Eglise contre les attaques des albigeois, des vaudois,des henriciens, etc. ; il n'est pas fort honorable aux protestants de répéter les clameurs de tous ces sectaires ignorants et fanatiques. Au commencement iiu xv. % immédiatement avant la naissance de la prétendue réforme , les missionnaires allèrent eu Amérique et dans les Indes oricu-

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taies prêcher l'Evangile à d'autres idolâtres. Aurait-il été possible de leur faire embrasser un christianisme purement spéculatif, sans culte et sans cérémonie? On sait comment les protestants y ont réussi , lorsqu'ils ont voulu établir des missions par rivalité contre l'Eglise romaine? mais ils ont trouvé plus aisé de pervertir des catholiques que de convertir des infidèles. Jusqu'à présent ils ne nous ont pas fait concevoir en quel sens on peut appeler superstitions des usages pieux destinés à faire oublier les superstitions du paganisme. Des comparaisons fausses , des interprétations malignes, des conséquences tirées sans fondement, ne suffisent pas pour changer la nature des choses. Nous verrons ci-après si les prolestants, en retranchant les prétendues superstitions de l'Eglise catholique, ont su préserver leurs prosélytes des superstitions du paganisme.

Une autre raison de l'établissement de plusieurs rites, sur laquelle les protestants ferment les yeux , a été la nécessité de prémunir les fidèles contre les erreurs des hérétiques. Au mot Cérémonies , nous avons fait voir que telle fut évidemment la destination d'un grand nombre de ces signes extérieurs. Les apôtres auraient-ils blâmé cette conduite? Par un travers inconcevable, les protestants prennent pour des sources d'erreurs les leçons destinées à préserver les chrétiens de l'erreur. Aussi en les supprimant ils ont laissé à tous les sectaires la liberté de faire éclore tous les jours de nouvelles absurdités.

5° Comment pourrions-nous contenter les divers enuemis de notre religion ? Suivant l'opinion des alhées , toute religion quelconque est superstitieuse et absurde, il n'en faut aucune; si nous écoutons les déistes , croire aux révélations est une superstition ; toute autre religion que la religion naturelle est fabuleuse; les sociniens et les protestants qui admettent une religion révélée, sont des raisonneurs pusillanimes qui n'ont pas osé pousser les conséquences de leurs principes jusqu'où elles devaient aller. Les sociniens et les calvinistes soutiennent que les luthériens et les anglicans ont retenu une partie des superstitions de l'Eglise romaine. Tous se réunissent à enseigner que le culte des saints, des images, des reliques, de l'eucharistie, est superstitieux, et un reste de paganisme. Nous avons prouvé le contraire en son lieu; mais nous sommes fondés à leur dire que c'est leur propre culte qui est superstitieux, puisqu'ils en ont été les seuls arbitres , et que chaque secte protestante l'a réglé , augmenté ou diminué suivant son caprice.

Ils nous reprochent qu'il y a cependant parmi nous , du moins parmi le peuple, un très- grand nombre de superstitions païennes; ils le prouvent par les traités mêmes qui ont été composés contre ces absurdités par des théologiens catholiques, par J.-B. Thiers, par le P. Lebrun et par d'autres ; ce désordre, disent-ils, ne peut venir que du défaut d'instruction de la part des pasteurs;

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et les philosophes incrédules en concluent que la philosophie , ou la connaissance de la nature, est le seul remède capable de guérir celte maladie populaire.

Nous répondons d'abord que les mêmes traités qui nous instruisent des différentes espèces de superstitions qui ont régné parmi le peuple, nous rapportent aussi les lois, les décrets des conciles et les statuts synodaux des évoques qui ont coudamné tous ces abus , le très-grand nombre de ces absurdités ne sont plus connues aujourd'hui que par les lois qui les ont proscrites. Comment donc peut-on les attribuer à la négligence des pasteurs? En second lieu, ce reproche prouve que les censeurs des prêtres manquent absolument d'expérience et raisonnent au hasard. En général, les ignorants sont opiniâtres ; ils n'écoulent ni les raisonnements ni les faits qui contredisent leurs erreurs, ils tiennent aveuglément aux préjugés de l'enfance. Les fables populaires, les contes de vieilles , font plus d'impression sur eux que les leçons des pasteurs , parce qu'ils sont plus analogues à leurs idées , parce que ceux qui les débitent le font d'un air imposant et persuadé, et jurent quelquefois qu'ils ont vu ce qu'ils ont rêvé, et parce que la crédulité vient ordinairement de la peur : or la peur ne raisonne point , et les arguments ne la guérissent pas. Plusieurs pasteurs ont essuyé des avanies et une espèce de persécution, parce qu'ils ne voulaient pas se prêter aux folles idées de leurs ouailles. Ils n'en sont pas moins obligés d'instruire, d'exhorter, de reprendre à temps et à contre- temps, avec toute la patience et l'assiduité possibles : saint Paul le leur ordonne. En troisième lieu, les ministres protestants , qui se flattent d'inslruire leurs prosélytes avec tant d'exaclilude et d'érudition , sont-ils venus à bout d'exlirper parmi eux toutes les superstitions païennes? Au lieu de croire aux prières, aux bénédictions , aux cérémonies de l'Eglise romaine , ils croient comme autrefois aux devins, aux sorciers, à la magie , aux prophètes qui les bercent de folles espérances. Il y a des su- ]>erslitions populaires en Angleterre, il y en a chez les protestants d'Allemagne ; Bayle prouve par plusieurs exemples que les calvinistes, aussi bien que les luthériens, ont retenu la superstition des présages, Pensées diverses sur lu comète, § 93, OEuvres, t. III, p. 62. Un déiste, témoin oculaire, a écrit que les habitants du pays de Vaud, tous calvinistes, sont irès-superstitieax ; les montagnards le sont encore davantage : ceux du canion de Berne , voisins de Grindelwald , emploient un sortilège pour faire reculer les glaces. Ne sait-on pas que les athées anciens et modernes, qui ne croyaient point en Dieu, croyaient à la magie? En quatrième lieu, les conversions opérées parmi nous par la philosophie ne nous paraissent pas indubi- (ables; à la vérité, on ne croit plus guère aux revenants ni aux sorciers, mais on croit fermement aux prodiges de physique , au oja^uetisme animal, au somnambulisme, etc.

Le peuple a droit de rire à son tour des folies philosophiques du siècle des lumières. D'ailleurs , le peuple n'est point l'ait pour être physicien ni naturaliste; malgré les progrès immenses de la physique dans nos académies, il ne paraît pas que les habitants drs Pyrénées, des Cévenncs, des bruyères du Herry, des Alpes , des Vosges et du Jura, soient plus habiles en fait de naturalisme qu'ils ne l'étaient il y a un siècle.

Enfin, un incrédule même est convenu qu'il y a des superstitions ou des croyances populaires qu'il serait dangereux de vouloir détruire; il est d'avis qu'il faut les tolérer lorsqu'elles sont innocentes , qu'elles ne nuisent ni à la pureté des mœurs ni à la tranquillité publique , ajoutons ni à l'intégrité de la foi ; à plus forte raison si elles contribuent à ces divers avantages, et nous sout •nous qu'alors ce ne sont plus des superstitions. Il dit que la superstition est à la religion ce que l'astrologie est à l'astronomie , une tille très- folle d'une mère très-sage; mais il se trompe encore dans celle généalogie ; nous avons fait voir, et d'autres l'ont observé avant nous, que la superstition est venue beaucoup plus de la crainte des maux de la vie présente que de ceux de la v.o à venir, et de la médecine plutôt que de la religion. L'on peut prédire que tant qu'il y aura sur la terre des malheureux impatients de voir finir leurs peines, il y aura des esprits faibles, crédules et superstitieux. La religion, qui nous inspire la patience et soutient notre courage par l'espérance , est le seul remède efficace contre celte maladie.

SUPPLICES DES MARTYRS. Voy. Martyrs.

SUPRALAPSAIRES. Voy. Infralapsairks.

SURÉROGAITON. Voy. OEuvres.

SURNATUREL, selon la force du terme, signifie ce qui est au-dessus de la nature; mais le mot de nature se prend en plusieurs sens différents, comme nous l'avons observé dans son lieu. 11 paraît que surnaturel se dit relativement à trois objets : 1° à nos connaissances; 2° à nos forces physiques et morales ; 3° à notre dernière fin. Conséquemmenl nous disons que la révélation est une lumière surnaturelle, parce qu'elle nous donne des connaissances et nous enseigne des vérités auxquelles les hommes ne seraient jamais parvenus par leurs réflexions! Nous le voyons par l'exemple des peuples qui n'ont pas eu le secours de cette lumière, ou qui, après l'avoir reçue, l'ont laissé éteindre; par l'exemple même des philosophes ou des hommes qui avaient cultivé leur raison avec le plus de soin. Un miracle est une opération surnaturelle, parce qu'il est audessus des forces humaines. La béatitude que nous espérons est surnaturelle , soit parce que Dieu aurait pu d'abord destiner l'homme à un bonheur moins parfait, soil parce que nous en étions déchus par le péché d'Adam, et que le pouvoir, les moyens et l'espérance d'y parvenir nous ont été rendus par la rédemption.

Le secours de la grâce aciuelle que Dieu

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nous donne pour faire de bonnes œuvres est surnaturel dans ces trois sens : c'est une lumière dans l'entendement, que nous n'aurions pas de nous-mêmes, qui nous montre des motifs que ta raison seule ne suggère point; c'est un mouvement dans la volonté qui nous rend les forces perdues par le péché, et supérieures à celles du libre arbitre; ce secours ne nous est point dû en vertu de la création : il est le prix des mérites de Jésus-Christ, enGn il nous fait agir pour gagner un bonheur étemel. Les actions faites par ce secours sont par conséquent des œuvres surnaturelles. Il en est de même de la grâce sanctifiante, des vertus infuses, des dons du Saint-Esprit, etc. La foi est donc une vertu surnaturelle, puisqu'elle suppose non-seulement la révélation, mais une grâce actuelle intérieure qui nous dispose à croire; elle nous fait envisager une béatitude surnaturelle à laquelle nous devons aspirer. L'espérance, la charité et les autres vertus chrétiennes sont de même esp ce; il en est plusieurs dont les païens n'ont pas seulement eu l'idée, et qui leur semblaient des défauts.

Tout ce qui est miraculeux est surnaturel, mais tout ce qui est surnaturel n'est pas miraculeux ; la justification du pécheur est un effet surnaturel de la grâce, mais ce n'est pas un miracle, parce qu'elle se fait suivant l'ordre commun et journalier de la providence. Dans la conduite de cette Providence divine nous distinguons l'ordre naturel établi par la création, et qui n'a aucun rapport direct à notre dernière fin, et Tordre surnaturel, c'est-à-dire les desseins de Dieu et les moyens par lesquels il conduit les hommes au salut éternel ; celui-ci est une suite de la rédemption. Le mot surnaturel ne se trouve point dans l'Ecriture sainte, mais nous y en voyons le sens; ce qui ne vient point de la chair et du sang, ce qui n'est point de l'homme ni selon l'homme, ce qui «st grâce, ce qui vient de Dieu et de Jésus-Christ, etc., est la même chose que surnaturel. Voy. Natire et Etat de Nature (1)

{1) Il y a pende questions qui aient été l'objet d'attaques plus vives que le surnaturel. Dans ses savantes conférences laites dans la chaire de Noire- Daine, M. de Ravignan en a fait l'objet d'un de ses entretiens. Aux mois Grâce, Originel (péché), nous en avons cité ce qui concerne ces points nous allons rappeler ici ce qui a rapport au surnaturel proprement dit. < On sent inévitablement que l'homme a besoin de solutions supérieures à sa nature et à sa raison. La philosophie, la science, ont cherché, cherchent encore à cette heure, et n'ont trouvé, apiè> six mille ans, que le désespoir ou le doute sur les faits intérieurs delà conscience, sur les rapports de l'âme avec Dieu, sur la (in dernière ; on ne veut pas à la faiblesse impuissante de la raison joindre la foi nécessaire et révélée, qui seule a tout résolu el tout complété. Le désordre étrange du inonde moral el du cœur de l'homme, les faits étranges aussi qui se sont passés i la naissance du christianisme pour régénérer l'humanité, montrent évidemment Je besoin el la présence au dedans de nous d'une action divine surnaturelle; on ne veut que la nature, et avec elle on s'enfonce dans d'épaisses ténèbres et

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SURPLIS. Voy. Habits sacrés ou Sacbrdotacx.

SUSPENSE, censure ou sentence par ladans un eflïoyible chaos. La religion catholique seule éclaire, coordonne, complète paisiblement l'homme, insoluble et incomplet sans elle ; or ce résultat n'est dû qu'à la foi même du surnaturel. Voî'à pour nioi nous en parlons. >

Le grand orateur s'attache à donner une notion du surn «tnrel, a détruire les préjugés contre le surnaturel ; à faire connaître la destinée surnaturelle de. l'homme et à développer l'économie de l'ordre surnaturel. Nous allons suivre M. de Ravignan dans les positions de chacun de ces points, i 1. Notion du surnatureL Le naturel, c'est la propriété essentielle et nécessaire d'une nature créée ou possible, ou bien ce qui en découle immédiatement ; ce- qui, par conséquent, lui appartient, lui estdù pourcoust tuer son être vrai, primitif el entier. Ce que nous appelons ainsi naturel, est opposé au surnaturel dont nous allons nous occuper.

« Le surnaturel, c'est ce qui dépasse les forces el les conditions de toutes les natures créées ou même possibles ; car une nature surnaturelle, on le conçoit, répugnerait dans les termes; et Dieu, non pas en lui-même sans doute, mais par rappori à touies les créatures, peut seul être nommé l'Etre substantiellement surnaturel, comme l'école le nomma quelquefois, parce que seul il dépasse infiniment toutes les natures créées ou possibles. Telle est donc la notion première du surnaturel qu'une saine philosophie, doit admettre. Elle doit voir, en etf.l, que nulle puissance ne saurait enchaîner la libéralité divine, ou déFendre de verser sur sa créature des dons surabondants que la nature n'avait nul droit de réclamer. Mais celle notion philosophique seu'e est incomplète et négative ; elle s'arrête à la surface des natures créées ou possibles; l'existence intime du surnaturel lui demeure inconnue. La science de la foi, la théologie, peut seule nous dévoiler son existence. Qu'est-ce donc que le surnaturel, d'après la notion théo'ogique? Ce t 1°, comme la philosophie ellemême l'enseigne, celte valeur surémiuente qui dépasse les forces et les exigences quelconques de toutes les natures créées ou possibles ; c'est de plus une relation spéciale avec Dieu comme auteur de la grâce et de la gloire ; relation qui consiste dans une cenaine union intime et merveilleuse avec Dieu tel qu'il est en lui-même, el non pas tel seulement que nous pouvons le connaître par la raison naturelle. Cette union avec Dieu a pour effet dernier, suivant la foi, d'élever el de perfectionner excellemment, au-dessus de sa natire , les facultés de la nature raisonnable en la béatifiant ; union consommée el parfaite dans la vision intuitive après la vie ; union commencée, quoique vraie el réelle, dans les dons de la grâce départis à l'homme ici-bas. »

Ces notions précises du surnaturel répondent déjà aux principales objections élevées contre cet ordre de connaissances.

< Déjà ne suis-je pas en droit de demander si l'on a toujours eu soin de bien connaître ce qu'on voulait combattre; si, en repoussant le surnaturel, on s'adressait à sa notion précise, à celte relation intime de l'âme avec l'être même divin ? Que de fois encore parmi nous on outrage ce qu'on ignore, et combien de préjugés el d'erreurs accrédités contre la foi par l'ignorance et les plus fausses préoccupations! Il y a aussi je ne sais quel dédain et quel dégoût injurieux qui s'attache à la science positive et ihéologique du christianisme. Et pourquoi donc? Craindrait-on, en éiudiant la foi dans ses sources augustes et vénérables, de poser des bornes trop étroites à l'élan de l'investigation el du génie? Et c'est la foi toute seule qui ouvie les champs du surnaturel et du possible au delà de toutes les limites

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quelle un clerc est privé ou pour un temps ou pour toujours, de l'exercice des ordres, des fruits de son bénéfice el des fondions de

de la nature. Cesi avec la lumière seule de la foi que nous parcour M (l'un pas ferme et sûr les mondes invisibles, que nous scrutons Mal, même les profondeurs de 0 en. C'est la foi seu e qui nous f;iit aspirera la vision de Dieu tel qu'il est en lui-même. Je l'avouerai avec franchise : la philosophie sans la foi, fût-elle jointe ans dons k s plus précieux de la «cience el du génie, n'est pour moi qu'une terre basse, obscure, froide et stérile; la foi m'élève el me porte parmi les splendeurs des deux. Tout alors est ouvert devant moi, el si je ne puis mesurer et comprendre l'inlini, je puis du moins en approcher sans.crainle, en mieux contempler les ineffables beautés, et m'élancer, appuyé sur un guide infaillible, vers les régions de la vérilé, de la gloire ei de la perfection divines. >

II. Préjugés contre le surnaturel. — Premier préjugé , le NATURALISME OU Us 1 ROITS DE LA RAISON.

• Réd. isant la question à ses termes les plus simples, et fidèles à renseignement traditionnel et commun «les Pères el des théologiens catholiques, nous disons encore ce qu'ils ont dit toujours, bien avant Descaries comme depuis : Une chose, quoique surnaturelle, peut, avec l'aide du raisonnement el des lumières naturelles, devenir évidemment croyable, par les miracles, on p;ir d'auires moyens sensibles; parce que la crédulité (qui n'est pas la foi) provient d'un moyen ou signe extérieur qui peut être évidemment il naturellement connu. > Ce sont les propres paroles de Suarez, dans son Traité de la Foi : elles reproduisent à peu près celles de saint Thomas sur la même matière. >

Deuxième préjugés progrès de l'humanité. « Le progrès adresse à rhumauiié son culte el ses hommages. L'homanilé sérail donc le terme magique qui tiendrait lieu désormais de toute vérité de fait, de raison et de foi. On dit : L'humanité est l'être collectif, la véritable immortalité. Elle se renouvelle, avance toujours, el réalise ainsi progressivement le perfectionnement sans cesse poursuivi. Il y a perpétuité, identité en même temps que progrès. On ne veut point qu'il y ail là une expression de pantin isme : soit ; mais que sera-ce donc ? Esi-ce religion, histoire, philosophie ? Au bas de chaque page élaborée par ces penseurs malencontreux, écrivez : Assertion gratuite, allégation sans preuve. A chaque paroi •■, répondez hardiment : Non. Vous avez tout renversé par des raisons au moins égales, je vous assure ; car vous n'avez devant vous aucune doctrine tant soit peu logique, aucun fait appuyé. Qu'esl-il besoin de répondre alors ? Nous répondons cependant : Les faits el la logique sont diamétralement opposés à la théorie du progrès continu, produit bizarre de cerveaux en soulfrance et de cœurs malades auxquels je compatis sincèrement. Dans la langue de l'histoire y eut-il progrès durant 4000 ans au sein de l'humanité, parles extravagances honteuses du polythéisme succédant au monothéisme primitil ? Y eut il progrés quand il fallut ensevelir, sur quelques rares points du globe, un reste de croyance à l'unité divine, dans l'ombre de ces mystères interdits au commun des hommes el dans renseignement des philosophes, sans compter encore les contradictions améres et les aberrations innombrables de celle iulirme philosophie? Elaii-ee donc progrès? ou plutôt n'était-ce pas la dégradation subie jusqu'au fond de l'abime? Comment donc venir de sang-froid nous donner le progrès iudélioi comme la loi universelle el absolue? Les mois signilienl-ils le contraire des choses? Oui, souvent dans ce siècle. Le chrisnanisme lut un progiés; oh! oui : imiis lequel? Ce fut le renversciiRUi le plus étrange de toutes les idées, Je toutes ies opinions reçues; ce fui le combat le

son office ou de sa dignité* Il est du bon ordre qu'un clerc réfracta kl aux lois de l'Kglise et de ses supérieurs, puisse être puni

plus acharné contre toutes les influences philosophiques non moins que contre tous les préjugés popti* biires, contre toutes les tradition* chéries de gloire, de patrie, de famille el de plaisir ; ce fut la folie de la croix, victorieuse dans les mains des bateliers gali hens. Voilà le progrès du christianisme. >

III La destinée de l'homme est surnaturelle. « L'homme se sent entraîné de toute l'énergie de son être vers une béatitude entière que sans cesse il poursuit, sans jamais l'atteindre ici-bas. Dira-t-on qu'il esleiilr bé vers l'impossible, nécessairement el toujours? que c'est une inclination sans objet, un besoin sans réalisation possible? Mais alors aucune raison suffisante du phénomène moral le plus constant, le plus inévitable, qui est la tendance vers la béatitude. Appelé au bonheur souverain el parfait, l'homme doit pouvoir le posséder; et cependant il en est privé dès le premier instant et pour toute la durée de son existence. Celte destination si forte et si puissante, avec le bien souverain pour terme nécessaire, ne saurait être évidemment que l'œuvre de l'Etre même supérieur à tout, pouvant et voulant communiquer à l'homme ce bien qui le béatifie. Fixer la destinée humaine est certainement l'acte tout-puissant du maître ; la réaliser dans son accomplissement dernier ne peut non plus être que l'effet de la loule-puissance. Nous devons al tendre, combattre, vaincre, conquérir, il esl vrai; mais (pie pourrions-nous donc conquérir, si Dieu enfin n'avait décrété de nous donner le bien supiêine et parfait au terme de la carrière; et qu'est-ce que le bien suprême el parfait, sinon Dieu lui-même qui peut seul, en se donnant à l'homme, le béatifier? Lu Sorte qu'il ne faudrait guère logiquement d'autre preuve et de l'existence de Dieu et de l'union divine destinée à l'homme, que le besoin nécessaire de la béatitude, tel que notre état présent le porte avej soi. Donc Dieu existe, et l'homme est fait pour D.eu, pour être heureux par la communication même du bien divin. Eu vain l'homme s'épuiserait-il à chercher ailleurs qu'en Dieu seul cette béatitude parfaite ; il lui faut un bien au delà duquel il n'y eu ait plus d'autre, un bien sans mélange de négation el de néant, un bien qui ne laisse pas éternellement la carrière ouverte à nos vastes désirs. Ce besoin perpé uel, ce vide immense de bonheur, décèle en l'homme un être encore incomplet, qui réclame son perfectionnement ; mais Dieu seul est en lui-même la plénitude el la perfection de l'être : donc l'homme ne peut recevoir la béatitude, perfection el plénitude • de l'être, que de Dieu seul. Ainsi, mui philosophie toute humaine, qui prétend isoler l'homme de Dieu „ scinde el mutile la vérilé, tronque el divbe la nature, présente un lait, un membre séparé, oublie l'auguste ensemble du chef-d'œuvre de la création el des desseins de son auteur.

« Le bonheur parfait de l'homme, sa destinée véritable, est de voir Dieu lui-même face à lace ; d'être égal aux anges, qui voient toujours la face de Dieu dans le ciel, œquales angelis sunl, Luc. c. xx, v. 56 ; angeli temper vident faciem Patrie mei qui in cœlis est, Matth. c. xvm, v. 10; de connaître Dieu comme nous en sommes connus, tune autem eognos~ cam veut et cognitus sum, l Cor., c xtu, v. 12; de lui devenir si intimement unis, que nous lui serons semblables, que nous serons identifiés eu quelque sorte avec lui, en le v yaui ici qu'il est; simites ei erimus, quonium videbimus eum sicuti est, 1 Joan, c. m, v. 2. Telle esl la doctrine de l'Eglise ; telles sont les expressions des apures el du Sauveur luimême ; voilà ce que tout le christianisme croit et enseigne: voilà ce qu'altestc la indu, on de dixhuit siècles. Fait immense, concert unanime des

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par la privation désavantages el des privilèges qu'il a reçus de l'Eglise elle-même; cela est nécessaire pour le contenir dans

héros , des pontifes et des docteurs chrétiens. — Saint Irénée, au 11e siècle, disait entre autres : < Voir ta lumière, c'est être dans la lumière et se sentir tout pénétre de sa clarté ; ainsi ceux qui voient Dion soin en dedans de Dieu même et tout péné rés de ses clartés infinies : cet éclat divin est la vie même divine dont on se remplit en voyant Dieu. 1 Saint Augustin, dans sa lettre 148e, n° 7, cite les paroles mêmes de saint Jérôme el se les approprie comme celles d'un ami en ces termes : « Lnomme ne peut voir maintenant Dieu lui-même. Les anges les plus petits dans l'Eglise voient toujours la face de Dieu : maintenant nous voyons dans l'image et dans l'énigme ; mais pour lors nous verrons face à face, quand d'hommes que nous étions, nous serons devenus des anges. » Je ne cite plus que le génie si ardemment uni sous le soleil de la Grèce à toutes les pensées de la foi et à toutes les espérances du ciel ; saint Jean-Chrysostome, s'adressanl à Théodore tombé, lui disait, i Que sera-ce quand la vérité même des choses sera présente? quand, au milieu de son palais ouvert, il sera permis de contempler le roi lui-même, non plus dans l'ombre el dans l'énigme, mais face à face ; non plus par la foi, mais par la vision el dans la réalité même? Ainsi les Pères distinguaient-ils pleinement la vision des cieux de la lumière de la foi; la réalité manifestée au ciel, des ombres de la terre. Nous croyons ici-bas, nous verrons un jour ; el tous ces mots sacrés delà langue lévélée, passés fidèlement dans la tradition, ont constamment maintenu les esprits el les cœurs dans la foi et l'espoir d'une intuition future et parfaite de l'essence même divine. Aussi l'Kglise, au concile œcuménique de Florence, session 26, dans le décret d'union avec les Grecs, a-t-elle formellement défini qu'après la vie, les âmes entièrement purifiées sont à l'instant reçues au ciel el voient clairement Dieu même, la Trinité et l'unité. Benoit XII, au xive siècle, l'avait également délim. On l'avait cru toujours.

< Telle est donc la loi invariable de l'Eglise ; l'homme a pour destinée et pour fin demie e la vi s.on intuitive de Dieu apiès la vie. Celte destination de l'homme, cette vision de Dieu réservée au juste, est surnaturelle; Dieu ne la devait point telle, il l'a donnée. La nature ne saurait y parvenir par ses propres forces; il faut les secours surnaturels, il faut la grâce ; mais Dieu la promet et l'offre à tous. 1 La vie éternelle, giâce de Dieu, dit saint Paul; Gratia Uei, vita œlema, Rom., c. vi, v. 23. » Parole répétée par l'Eglise, dans les conciles et dans les condamnations des hérésies. Mais ce qui est convenable à la raison et si positivement enseigné par la foi, devient aussi une vérité historique quand ou eludie attentivement l'homme historique el réel.

« Qu'est-ce donc que l'homme? Une grande chose, répond un l'ère, magna res est homo : être matériel el spirituel, être du temps el de l'élernité, cherchant partout le bon eur, ne le cherchant plus cependant sur la terre dans les moments de force el de dignité véritable; le demandant alors au ciel. Job p.ilie'il dans l'adversité s'écriait : « Je sais que mon Rédempteur vil ; au dernier jour je me lèverai du sein de la terre... et dans ma chair je verrai mon Dieu ; Scio quod ltedemptor meus vhii, et in novissimo die de terra surieclurus sum... el m came mea videbo Deum meum (Job, xix, v, 25, 26). David et Salomon, aux jours «le gloire comme aux jours d'infortune, appelaient de tous leurs vœux le repos de la patrie; saint Paul, au milieu des triomphes accumulés de la parole évangélique, implorait l'heure de sa délivrance el de sa réunion avec Jésus-Christ; Ocsiderium liabens dissolvi el esse cum Clirislo (l'Iiïlip-

son devoir, pour réparer le scandale qu'il peut avoir donné, et pour l'empêcher de le continuer; telle a été la discipline de l'E-

1, 23). Saint Etienne, le premier des martyrs , voyait en mourant les cieux ouverts, et le Fils de Dieu debout pour le recevoir à la droite de son Père ; Video cœlos aperlos et Filium hominis staniem a dcxlris Dei (Act. vu , v. 55). Jésus-Christ en quittant la terre disait à ses apôtres: < Je vais vous préparer votre place ; Vado parare vobis locum (Joan, xiv, 2). 1 Puis se succèdent d'innombrables el fidèles générations «pie la pensée du ciel enflammait de l'amour des plus héroïques vertus el des plus brûlants désirs d'atteindre à l'éternelle gloire ; le martyr la chantait sur le bâcher comme le prix réservé à ses souffrances : les ténèbres sacrées des catacombes préparaient les premiers chrétiens à soutenir l'éclat du dernier jour en les pénétrant, loin du monde, des impressions du céleste amour. Toujours les saints vécurent d'espérances éternelles, et ils disaient : Que la terre est vile quand je regarde le ciel ! Les plus sages, les plus vertueux, les plus calmes, les plus instruits parmi les hommes aspirèrent au ciel et à la possession de Dieu. Fail immense, universel, aussi ancien que le monde, et dont les partiarebes furent les témoins , ils ne parlaient que de leur pèlerinage, dies peregrinationis meœ ; fait que les traditions des poètes ont elles-mêmes conservé ; fait que nous retrouvons panout où apparaît la vertu, fait qui est le fond même de noire âme, car nous soutenons que notre âme a reçu avec la connaissance de Dieu le désir et le besoin de Dieu, et celte faculté dms nous s'étend et s'élève par la grâce jusqu'à la vue de l'infini.

< Qu'exprime donc ce fail, qui lient une si grande place dans l'histoire de l'homme, sinon eiuore sa destination unique et dernière, divine et surnaturelle, la gloire el la vision des cieux? >

IV. Economie de Tordre surnaturel. < Une dou'eur sincère et profonde se renouvelle au fond de l'âme du chrétien, lorsque, recueilli dans sa pensée, il considère la position que se font elles-mêmes de nobles intell gences à l'égard de l'état .surnaturel el révélé de l'homme. Dans celte classe d'esprits à plaindre, on s'est dépouillé peu à peu des inclinations de la foi première, et on est arrivé à ne plus guère regarder comme existant que ce qui frappe les sens, ou paraît du moins rentrer dans les appréciations naturelles et arbitraires d'une r ison prétendue. Trop souvent on commence par s'abandonner aux désirs el aux jouissances de la vie présente; on accepte et on suit les impulsions de la nature ; de là un naturalisme pratique : on ne sait plus lever les yeux en haut. Le naturalisme spéculatif vient ensuite. Il est admis d'avance qu'il ne peut se passer rien que de naturel et de compris dans l'homme. Fort légèrement pour l'ordinaire el avec un dédain facile , on éloigne de soi toute croyance à un ordre surnaturel; on rejette toute pensée d'une dispensaliou et d'une bonté divine, qui dès l'origine aurait destiné l'homme à la participation surhumaine de l'intuition béaiilique, el qui l'aurait relevé déchu.

« Cependant des études consciencieuses, entreprises de nos jours, avec l'amour de la vérité, el souvent sans aucun dessein de justifier la foi, nous ont montré dans les traditions antiques de l'un et de l'autre hémisphère des traces évidentes de croyances primitives sur l'elat heureux d'innocence originelle, el sur la chute qui commença la chaîne funeste des maux de l'humanité, et même sur la réparation qui devait suivre. Ces explorations diverses, poussées avec un courage persévérant, ont mis en quelque sorte à la portée et dans les mains de tout le. monde les monuments religieux dus aucieus

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glise dès les premiers siècles. Dana les détrots que l'on appelle canons des apétrti, qui oui été faits pir les conciles du tr cl du m*

peuples. Chacun peut les lire; il serait fastidieux de lesénumérer ici. A moins de fermer les yen-; à la lanière da jour, on ne peut nier les irai ts frappants de ressemblance, on plutôt d'identifé, entre certains dogmes catholiques ci les points saillants de ces traditions primitives et universelles des peuples : c'est que la source en fui la même.

< Or, pour tout esprit sérieux, il y a ici un grave ol>jet de réflexions. Parmi les hommes, suivant toutes les lois morjles, et dans celle infinie variété de mœurs, de coûtâmes, d'institutions, de temps, de lieux, de croyances, de religions et de préjugés qui distinguent les nations, il n'y a que deux causes possibles d'un consentement commun du genre humain: la vérité des faits sur lesquels on s'accorde, s'il s'agit de faits ; ou l'irréfragable existence des premiers principes et de leurs conséquences essentielles, vivantes comme eux dans la nature même de l'intelligence humaine. Des faits certains, ou des vérités essentielles, voilà les seules sources de l'unité dans les jugements communs de tous les hommes. C'est un édifice qui ne peut avoir d'autre base.

i Tontes les fuis que l'unité se rencontre dans les traditions, dans les jugements de l'humanité tout entière, on ne peut y voir le fruit de l'erreur : l'erreur n'engendra jamais que la variété, t Quod est epud omnes unum, disait Terlullien, non est inientum, sed tradilum. Or, quels peuples, quelles générations, au milieu de ces fables si diverses qu'ils se plaidaient à créer sans cesse pour embellir le berceau de leur religion el de leur histoire, n'ont mêlé leurs voix ou concert unanime du ge>.re humain pour célébrer l'innocence el le bonheur des premiers jours da monde naissant, et déplorer la faute du j ère des hommes qui ouvrit la carrière à tous les crimes et à toutes les douleurs? Les traditions religieuses des peuples antiques, mieux connues de nos jours, grâce aux infatigables travaux de la science, ont achevé de dissiper tous les doutes. Déjà, de leur temps, Platon et Diodore de Sicile l'atteslaient comme reconnu chez les Egyptiens; Plutarqae, chez les Perses; Strabon, dans l'Inde. Quant aux Grecs et aux Romains, leurs philosophes, leurs annalistes et leurs poêles nous l'ont redit mille fois; et les voyageurs les plus accrédilés des temps mode! nés sont venus joindre aux témoignages anciens les traditions des races récemment connues. Soul-ce là des symboles et des mythes? L'n symbole universel expiiir.c nécessairement la vérité. Le sacrifice universellement admis est de ce genre, si «m le considère comme un simple signe ; car le sacrilice est bien un culte réel aussi de dépendance et d'immolation entière à l'égard de Dieu. Soni-ce des fictions poétiques enfantées par l'amour du merveilleux? Un merveilleux partout et constamment le même ne peut être que vérité. Et puis celle première idée d'un élat surnaturel, comment serait-elle entrée dans le domaine de nos connaissances? Placée au-dessus de l'homme qui de luimême ne pouvait l'atteindre, el'e a du nous être donnée par Dieu, el celte origine seule possible de l'état surnaturel en prouve la réalité primitive.

i Hais n'est surtout au sein des traditions catholiques elles-mêmes et sous l'égide lulélaire de l'Eglise qu'il faut chercher la vérité. Là se manifeste dans toute sa majesté l'admirable économie des desseins de Dieu sur l'homme ; la se retrouvent les phases diverses de l'état surnaturel, le dogme pré-

sur l'intégrité, la chute et la réparation, dont nous allons enfin es plisser le tableau fidèlement eatbalique.

« L'homme primitif. Par la grâce sanctifiante, dignité première surnaturelle de son aine, l'homme étaii l'ami, l'enfant de Dieu, établi dans la justice

Dict. nn TutoL. dogmatique. IV.

siècle, la suspense est exprimée par te mot segregorc, qui signifie séparer ou écarter, et uti clerc pouvait l'encourir par une faute

et la sainteté, comme s'exprime le concile de Trenlft après saint Paul. Pour ses œuvres, ses pensées et ses désirs, la coopération divine la plus douce el la plus puissante lui était préparée ; et, dans tout sou être, privilège à jamais regrettable, le bienfait divin maintenait une parfaite soumission de la chair et des sens à l'esprit, de la raison et du cœur à la grâce. Ni l'ignorance, ni la concupiscence ne venaient jamais altérer cet ordre, intérieur et admirable. Tel élait, quanl à l'âme, autant que nous le savons par la révélation, l'étal surnaturel de justice originelle. Alors donc l'intelligence, éelairée des plus vives lumières et unie pleinement à l'intelligence divine, était pour l'homme le guide sûr cl la srience lou» jours acquise. Alors les passions du cœur ne lui apportaient ni trouble, ni obscurité. Ce cœur entièrement droit et pur était établi, fixé en Dieu, pour se complaire en Dieu seul, et pour l'aimer lui seul. Au dehors sur loute la n;ilure, comme au dedans sur lui-même, par le glorieux privilège de l'état d'innocence, l'homme exerçait un souverain empire. Dieu l'avait établi roi de l'univers : ions les animaux obéissaient à sa parole, et reconnaissaient en lui le maître qui les avait vus amenés à ses pieds pour leur imposer des noms. Prodiguant à la nature les prérogatives et les grâces qui ne lui étaient dues à aucun titre, le Créateur avait eue ne affranchi l'homme du pouvoir naturel de la mort et de la loi d'une dissolution à venir. Lecorps était pour jamais, si l'homme l'avait voulu, associé à la vie, à l'immortalité de l'âme, et leur union ne devait être ni l'occasion ni la cause de déplaisirs ou de douleurs. Alors aussi lous nos maux étaient inconnus : nulle souffrance, nulle maladie, nulle crainte; mais seulement commençait une vie de paix, d'espér mee, de bonheur et d'amour, qui devait bientôt se consommer dans l'éternelle el intime participation de la béatitude même divine. Voilà, du moins en partie, ce que nos saintes Ecritures et les traditions catholiques nous apprennent sur le premier âge de l'homme, sur cet heureux étal de ju>tice originelle dans lequel Dieu l'avait établi en le créant, et dont les traces les plus incontestables se retrouvent parmi les religions antiques de l'un el de l'autre hémisphère.

i L'homme déchu. Quelle dégradation l'homme a subie ! el qu'il en va bien autrement p uir nous ! Mais il faut concevoir que toute l'essence de la nature demeurait avec ses propriétés consiitulives s ius cette transformation surnaturelle primitive. La destinalion finale, la grâce sanctifiante, la parfaite soumission des sens, en un mot, tout cet étal admirable de justice originelle, avec le don d'immortalité et d'impassibilité pour lu corps même, étaient autant de richesses ajoutées librement à la nature humaine par la munificence divine, richesses qui pouvaient être par conséquent retranchées sans que l'homme naturel, quoique puni et dégradé, souffrit d'atteinte ni d'allération proprement essentielle. Or, c'est précisément là l'idée exacte à se former des effets de la chute originelle en l'homme : il fut dépouillé, suivant l'arrêt divin, de lous les dons surnaturels, privé par sa faute de réminence et du bonheur de sa dignité piemière, marqué d'un signe héréditaire de déchéance. La nature lui resta seule, pauvre, dénuée, laborieuse, mais entière, à proprement parler, (buis ses facultés et dans sa constitution essentielle, ce qu'il ne ne faut point oublier, quand on veut sai~ nemnnl apprécier i'éiai de l'homme déchu par le péché originel.

< Quelle différence existe donc, entre l'état de simple nature et celui de l'homme déchu parle pèche originel? La même qui distingue celui qui- était nu du celui qu'on a dépouillé, répond le cardinal Uel-

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