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sions des prétendus sages du paganisme. La manière dont ii expose l'émanation du Verbe au moment de la création ne ressemble en rien aux généalogies ridicules des dieux, admises par les païens, ni aux émanations des éons, forgées par les gnostiques.
6° Origène et Clément d'Alexandrie reprochent à Talien d'avoir dit que ces paroles de la Genèse, Que la lumière soit , expriment plutôt un dé ir qu'un commandement, et qu'il a parlé comme un athée en supposant que Dieu était dans les ténèbres. Or, dit Brucker, c'était un dogme de la philosophie orientale , égyptienne et cabalistique. Mais ce n'est point dans le Discours contre les gentils que Italien a ainsi parlé; peu nous importe de savoir ce qu'il a rêvé lorsqu'il est devenu hérétique , et qu'il a embrassé la plupart des visions des gnostiques.
7° Nous ne nous arrêtons pointa prouver que , dans ce discours, il n'a enseigné ni la matérialité ni la mortalité de l'âme; les éditeurs de saint Justin l'ont justifié à cet égard, Préf;, 3e part., c. 12, n. 3. Il a du moins déclaré positivement que l'âme humaine est immortelle par grâce; cela nous suffit.
8° L'éditeur d'Oxford prétend que Tatien y a réprouvé le mariage ; il dit, n. 34 (55) : « Qu'ai-je besoin de cette femme peinte par Périclymène, qui mit au monde trente enfants dans une seule couche, et que l'on prend pour une merveille? Cela doit être regardé plutôt comme l'effet d'une intempérance excessive et d'une lubricité abominable, b Mais autre chose est de condamner l'usage modéré du mariage , et autre chose de blâmer l'intempérance dans cet usage.
9° Enfin, Brucker prétend que Talien a emprunté de Zoroastre et des Orientaux le système des émanations et l'opinion que la chair est mauvaise en soi. Cependant nous voyons par le Zend-Avesla que Zoroastre n'a enseigné ni l'un ni l'autre; on ne connaît aucun autre philosophe oriental dont on puisse prouver les sentiments par ses ouvrages.
11 serait inutile de pousser plus loin l'apologie du discours de Tatien; nous ne prétendons point soutenir qu'il est absolument irrépréhensible, mais il y a de l'injustice à y chercher des erreurs qui n'y sont point. Brucker a commencé par supposer sans preuve, ou plutôt malgré toute preuve, que cet auteur était déjà pour lors imbu des opinions de la philosophie orientale ; ensuite il part de celle supposition fausse pour en expliquer tuules les phrases dans le sens des gnostiques. Dès que son principe est faux, toutes les conséquences qu'il en tire, toutes les interprétations qu'il donne, sont illusoires. Au mot Gnostiques , nous avons fait voir que le plan de philosophie orientale , forgé par les critiques protestants , n'est qu'un système conjectural imaginé pour Iravesiir la doctrine des Pères de l'iïglisc. Voy. Philosophie, Platonisme, etc.
TÉMOIGNAGE. Ce mot, dans le sens propre, signifie l'attesta ion que fait un homme
en justice de ce qu'M a vu et entendu ; ainsi le témoignage ne peut avoir lieu qu'à l'égard des faits- Mais ce terme , dans l'Ecriture sainte, a d'autres significations. 1° Il désigne un monument; ainsi, Gen., c. xxi, v. 45, Laban et Jacob, après s'être juré une amitié mutuelle, érigent pour monument de celle alliance un monceau de pierres , comme un témoin muet de leur serment : Laban le nomme galaad, le monceau témoin, et Jacob, le monceau du témoignage. Après le partage de la terre promise, les trihus d'Israël placées à l'orient du Jourdain, élèvent de même un grand tas de pierres en forme d'autel, pour attester qu'elles veulent conserver l'unité de religion et de culte avec les tribus placées à l'occident. Josué, c. xxn, v. 10. 2° 11 désigne la loi du Seigneur, parce que Dieu témoigne ou atteste aux hommes ses volontés par sa loi. 3° Dans l'origine , testament et témoignage sont synonymes , parce que le testament d'un mourant est le témoignage de ses dernières volontés ; il en est de même en hébreu; et comme une alliance se conclut toujours par des témoin gnages extérieurs de fidélité mutuelle, l'arche qui renfermait les tables de la loi est appelée indifféremment Varcliedu testament, Varche du témoignage , l'arche de Vaillance. Le tabernacle est aussi nommé la tente du témoignage, parce que c'est là que Dieu annonçait ordinairement ses volontés à Moïse et au peuple. k° 11 signifie quelquefois une prophétie, parla même raison; Dieu dit à Isaïe, c. vin, v. 16 .- « Tenez secrète celte « prophétie, cachetez ma loi pour mes dis- « ciples : » Liga testimonium, signa legem in discipulis meis.
Témoignage (faux). Ce crime est proscrit non seulement par le second précepte du décalogue, qui défend de prendre le saint nom de Dieu en vain, mais encore par le neuvième,en ces termes : «Tu ne porteras point «faux témoignage contre ton prochain.»
Suivant la loi, un faux témoin était condamné à la peine du talion, ou à subir la même peine qui aurait été décernée contre l'accusé, si celui-ci avait été jugé coupable. Veut., c. xix, v. 19. Il est très-évident que ce crime est contraire à la loi naturelle. Les lois civiles ont toujours condamné les faux témoins ; les lois ecclésiastiques n'ont pas été moins sévères ; par le 74e canon du concile d'KIvire, un homme convaincu de faux témoignage est privé de la communion pour cinq ans, dans le cas où il ne s'est pas agi d'une cause de mort; dans le cas contraire , le témoin était censé homicide , et comme tel privé de la communion jusqu'à l'article de la mort. Les conciles d'Agde , en 506, et de Vannes, en 465, le soumettent à la même peine, jusqu'à ce qu'il ait satisfait au prochain par la pénitence ; le premier et le deuxième concile d'Arles continuent cette discipline, le dernier néanmoins laisse Iq longueur de cette pénitence au jugement do l'évêque. Bingham , Orig. ecclés., I. xvi, c. 13, § 1, t. Vil, p. 510. Les docteurs de l'Eglise pensent à peu près de même de la ca-
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lomnie réfléchie et préméditée, quoiqu'elle ne soit pas appuyée par un faux serment.
TÉMOIN. L'on sait assez ce que ce terme signifie. La loi de Moïse défendait de condamner personne à mort sur la déposition d'an seul homme, mais le crime était censé prouvé par l'attestation de deux ou trois témoins; Dcut.t c. xvn, v. 6. Lorsqu'un homme était condamné à mort, les témoins devaient frapper les premiers , lui jeter la première pierre, s'il était lapidé. Jésus- Christ fit allusion à cet usage, lorsqu'il dit aux pharisiens qui lui présentaient une femme surprise en adultère : Que celui de vous qui est sans péché lui ji'tte In première pierre (Joan.t vm, 7). Vqv. Adultère.
L'Ecriture appelle aussi témoin celui qui publie une vérité ;dans ce sens Jésus-Christ dit à ses apôtres : Vous serez mes témoins {Art, i, 8j; parce que leur prédication consistait à rendre témoignage de ce qu'ils avaient vu et entendu, / Joan., c. i, v- 1. Ils se donnent eux -mômes pour témoins de la résurrection de Jé^us-Christ, Act., c. u, v. 32. U est dit que saint Jean-Baptiste avait aussi rendu témoignage au Sauveur, parce qu'il avait vu le Saint-Esprit descendre sur lui au moment de son baptême, Joan., c. i, v. 15, 19, 32. Dans ce même sens l'on a nommé martyrs ou témoins, ceux qui ont donné leur vie pour attester la vérité de notre religion ; saint Etienne est le premier qui ail été ainsi appelé, Act., c. xxn, v. '20. Voy. Martyr.
Puisque la doctrine de Jésus-Christ a été d'abord annoncée par des témoins, nous concluons qu'elle a dû se transmettre de même aux générations suivantes; une doctrine révélée de Dieu ne peut ni ne doit se perpétuer autrement. C'est ce que nos controversistes ont appelé proba'io fidei per test; s; Wallembourg, tract. 5. En effet, de même que les apôtres ont été capables de rendre un témoignage certain et irrécusable de ce qu'ils ont entendu de la bouche de Jésus- Christ et de ce qu'ils lui ont vu faire, les disciples immédiats des apôlres, qui en ont reçu la mission ou la charge d'enseigner les fidèles, ont été capables aussi d'attester avec certitude ce qu'ils ont ouï dire aux apôtres, et ce qu'ils leur ont vu faire. Si les apôtres ne les en avaient pas jugés capables, ils ne leur auraient pas confié une fonction aussi importante. Ces seconds témoins doivent donc éire cius, lorsqu'ils attestent qu'ils ont reçu •les apôlres la doctrine qu'ils enseignent euxmêmes aux fidèles. Comme plusieurs de ceux-ci avaient entendu prêcher les apôlres, il n'a pas été possible à leurs pasteurs d'en imposer sur ce fait éclatant et public.
Il ne servirait à rien de dire que les apôtres avaient reçu la plénitude des dons du Saint-Esprit, et que leurs disciples n'onl pas été favorises de la même grâce. Nous sommes convaincus, par les écrits mêmes des apôtres , qu'ils donnaient le Saint-Esprit par l'imposition de leurs mains, cérémonie que nous appelons V ordination ; ils nous disent que les pasteurs qu'ils ont préposés au gou-
vernement des églises ont été établis par le Saint-Espril; que c'est Jésus -Christ luimême qui a donné à son Eglise des pasleurs et des docteurs, aussi bien que des apôtres et des évangélistes, pourmaintenir l'unité de la foi; que Jésus-Christ a envoyé le Saint- Esprit pour toujours, etc. Donc les pasleurs choisis par les apôtres ont aussi reçu le Saint-Esprit pour remplir avec succès le ministère dont ils étaient chargés. Nous ajoutons que, s'il avait été nécessaire pour maintenir l'unité de la foi, que les pasleurs reçussent le Saint-Espril avec la même plénitude que les apôtres , Jésus-Christ le leur aurait certainement donné : car enfin ce divin Sauveur n'a pas établi son église pour la laisser bientôt défigurer par l'erreur; il n'a pas apporté la vérité sur la lerre pour la laisser bientôt étouffer par des intentions humaines; il lui a promis au contraire son assistance jusqu'à la fin des siècles. On no gagnera pas davantage en disant que les apôlres ont mis par écrit la doctrine de Jésus-Christ, que c'est dans leurs livres qu'il faut la chercher. 1° Les livres ne sonl d'aucun usage pour les ignorants, el les vérités de la foi sont faites pour tout le monde. 2 il est faux que les apôtres aient écrit toute la doctrine de Jésus-Clirist, sans en rien omettre; du moins on l'affirme sans preuve , et nous ferons voir le contraire au mot Tradition. 3° Le plus grand nombre des apôlres n'ont rienécril, du moins on n'a jamais connu aucun de leurs ouvrages; tous cependant ont fondé des églises, et onl laissé après eux des pasteurs pour enseigner les fidèles. 4" Les apôtres ont écrit dans une seule langue qui n'était en usage que dans l'empire romain, et ils ont fondé le christianisme chez des peuples qui ne l'entendaient pas ; ni»us ne voyons point qu'ils leur aient ordonné de l'apprendre, ni qu'ils aient fait traduire leursécrits dans toutes les langues : donc ils ont jugé que leur doclriue pouvait être connue, professée et conservée autrement. 5° Plusieurs peuples ont été chrétiens pendant fort longtemps, sans avoir dans leur langue une traduction des livres saints; et quand ils l'auraient eue , ils n'auraient pas dû s'y fier, à moins qu'ils n'eussent été certains de la fidélité de celle version. G° C'est sur le sens de ces mêmes livres que sonl survenues toutes les disputes, et qu'ont été fondées toutes les erreurs en matière do foi ; vingt sectes différentes n'ont pas manqué d'y trouver à point nommé toutes les opinions fuisses qu'il leur a plu d'adopler. 11 a donc toujours fallu un guide, un garant, une règle, pour saisir avec cerlitu !e le vrai sens de ces livres, et il n'y en a jamais eu d'autre que le témoignage, l'enseignement, la tradition des pasleurs. De même que les apôtres ont donné aux pasteurs du I" siècle leurs écrits, el le sens dans lequel il faut les entendre, ces pasteurs ont transmis l'un et l'autre à ceux du u* siècle, ceux-ci à ceux du lir, el ainsi de suijc jusqu'à nous. Il est absurde de consentir par nécessité à recevoir par ce témoignage la
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connaissance des écrits authentiques des apôtres, et de ne vouloir pas recevoir parla même voie le sens qu'il faut leur donner. Si les pasteurs de l'Eglise sont croyables lorsqu'ils attestent que tels et tels écrits sont véritablement des apôtres , pourquoi ne le sont-ils plus lorsqu'ils attestent que les apôtres leur ont appris à y donner tel ou tel sens? Nous cherchons vainement dans les livres de nos adversaires une réponse solide à ce raisonnement. Voy. Ecriture sainte, Eglise, Tradition, etc.
Témoins) trois). Voy. Saint Jean l'Evangéliste.
TEMPÉRANCE , vertu morale et chrétienne qui consisteà éviter les plaisirs excessifs, défendus ou dangereux. Elle a été louée et recommandée par les philosophes païens les plus sages, aussi bien que par les auteurs sacrés. Mais c'est à tort que les censeurs de la morale chrétienne prétendent qu'elle nous défend tous les plaisirs sans exception. Il y a nécessairement du plaisir à satisfaire les besoins du corps et à exercer les facultés de l'âme ; Dieu a voulu par cet attrait engager l'homme à se conserver et à regarder la vie comme un bienfait; il ne lui en fait donc pas un crime. Mais l'expérience prouve que l'usage immodéré des plaisirs opère notre destruction, nous les rend bientôt insipides, et que l'abus des plaisirs innocents nous conduit à rechercher les plaisirs criminels. Il est d'ailleurs si ordinaire à l'homme de rechercher le plaisir pour lui-même et d'en abuser, l'épicuréismc était si généralement répandu dans le monde du temps de Jésus-Christ, plusieurs philosophes avaient enseigné des maximes si scandaleuses et avaient donné de si mauvais exemples, que ce divin Maître ne pouvait pousser trop loin la sévérité pour réformer les idées des hommes et le relâchement des mœurs. De là ces maximes austères de l'Evangile : Heureux les pauvres d'esprit...; heureux ceux qui pleurent; heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, etc. (M al th. \). Si quelqu'un veut me suivre, qu'il porte sa croix tous les jours de sa vie. (Luc. ix, 23). Ceux qui sont à Jésus-Christ crucifient leur chair avec ses vices et ses convoitises. (Galat. v, k), etc. Telle est la destinée à laquelle devaient s'attendre les disciples d'un Dieu crucifié, au milieu d'un monde livré à l'amour effréné des plaisirs. Mais comment ne pas écouter un maître qui a confirmé ses leçons par ses exemples, qui a promis à ses disciples dociles le secours de sa grâce, et qui leur assure une récompense éternelle ? Avec de pareils encouragements, un Dieu a droit d'exiger de l'homme des vertus qui paraissent au-dessus des forces de l'humanité. Une preuve qu'il n'y a rien dans tout cela d'excessif, c'est que les saints l'ont pratiqué et le font encore ; loin de se croire malheureux, ils disent comme saint Paul : Je suis content et je suis transporté de joie au milieu des afflictions et des souffrances. (II Cor. vu, h.) Si celle morale avait besoin d'apologie ,
elle se trouverait justifiée parle spectacle de nos mœurs ; il sufût de regarder ce qui se passe parmi nous , pour voir les désordres que produit l'amour excessif dès plaisirs dans tous les ordres de la société. Les profusions insensées des grands qui renversent leur fortune, une ambition que rien ne peut assouvir , les productions des deux mondes rassemblées pour satisfaire leur sensualité , la négligence des devoirs les plus essentiels delà part de ceux qui occupent les premières places , la rapacité des hommes opulents , la fureur d'accumuler par les moyens les plus bas et les plus malhonnêtes, pour finir ensuite par une banqueroute frauduleuse , les talents frivoles honorés et enrichis aux dépens des arts utiles , la paresse et le faste introduits dans toutes les conditions, la bonne foi bannie de tous les étals , l'impudence du libertinage érigée en vertu, la jeunesse pervertie dès l'enfance, etc., etc., voilà les tristes effets d'un goût effréné pour les plaisirs. Il n'est pas étonnant qu'avec un esprit et un cœur gâtés on ne puisse plus souffrir la morale de l'Evangile, et que les anciens philosophes partisansdustoïcisme soient regardés comme des rêveurs atrabilaires. Voy. Morale chre- . tienne, Mortification, Plaisirs, etc.
* TEMPÉRANCE (Société de). L'intempérance avait été poussée à des excès horribles aux Etats- Unis, en Angleterre, en Irlande. Les méthodistes avaient plusieurs fois tenté d'établir des sociétés de Tempérance; leurs tentatives avaient échoué. II se trouva un religieux canne qui devait avoir plus de succès. L. P. Thcobald Malhew eut d'abord beaucoup d'adhérents dans la ville de Coik; il y établit une société de Tempérance dont les membres prenaient l'engagement suivant : Je promets de m'abslenir de toute liqueur enivrante, à moins qu'elle ne me soit commandée par ordonnance du médecin, et de contribuer par tous les moyens qui seront en mon pouvoir à empêcher l'intempérance chez le* autres. L'association lit bientôt de grands progrès ; la l'ouïe accourut des pays lointains pour contracter un engagement entre les mains du P. Mathevv. II parcourut lui-même les différentes parties des lles- Drilanniques pour prêcher l'association et recevoir les associés. La société de Tempérance s'est étendue aux Etats-Unis, au Canada, à la Nouvelle-Hollande, à la Nouvelle-Ecosse et dans les Iodes orientales. On dit qu'il y a très-peu d'exemples de violation de rengagement contracté. M. O'.Sullivan écrivait au P. Malhew en 1843 que sur mille associés qu'il comptait dans sa paroisse, six seulement avaient été parjures dans l'espace d'un an. Commencée en 1838, l'association de Tempérance comptait, en 1842, 5,348,433 personnes.
TEMPLE, édifice dans lequel les hommes se rassemblent pour rendre leurs hommages à la Divinité. La censure que les incrédules et d'autres critiques téméraires ont faite de cet usage, nous donne lieu d'examiner plusieurs questions: 1° s'il y a eu des temples chez les païens avant qu'il y en eût aucun destiné au culte du vrai Dieu ; 2° si l'usage en est répréhensi.ble ou dangereux ; 3" si Dieu n'a permis aux Juifs de lui en. élever un que par condescendance pour leur grossièreté ; k° si la magnificence de ces édifices est un abus.
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§ I. Lis païens ont-ils construit des temples niant les adorateurs du vrai Dieu? Nous convenons d'abord qu'avant l'érection du tabernacle faii par Moïse , l'histoire sainte ne fait mention d'aucun édifice destiné au culte du Seigneur. On conçoit aisément que les premières peuplades n'ont pas pensé à bâtir des temples, tant qu'elles ont été errantes et bornées à la vie pastorale ; mais il no s'ensuit pas qu'elles en ont eu dès qu'elles sont devenues sédentaires. Les critiques qui se sont livrés aux conjectures, ont imaginé que les peuples ont voulu avoir cette commodité pour le culte religieux aussitôt qu'ils ont habité des maisons solides et qu'ils ont bAli des villes; niais quelque vraisemblable que soit cette opinion, elle nous parait dé-, truite par la narration des livres saints. Il est dit, Gen., cap. iv, v. 17, que Caïn, fus aîné d'Adam, bâtit une ville; peu de temps après le déluge il est parlé de Babylone et d'Arach, d'Achad, de Chalane, deNinive, comme de villes déjà existantes, ou qui ne tardèrent pas d'être bâties, c. x, v. 10 et 11. Il y avait des villes dans la Palestine, lorsqu'Abraham y arriva vers l'an 2100 du monde; mais il n'était pas encore question de lieux fermés et couverts destinés au culte de Dieu. On voit, c. xn, v. 7 et 8, qu'Abraham éleva des autels au Seigneur ; Noé avait fait de même au sortir de l'arche après le déluge, c. vin, v. "20; cela ne prouve point qu'ils construisirent des édifices pour continuer d'y exercer le culte religieux. 11 est dit, c. xxv, v. 22, que Hébecca , épouse d'Isaac, alla consulter le Seigneur; nous ne savons ni en quel lieu ni de quille manière. Jacob son tils appela Béthel, maison de Dieu, l'endroit dans lequel il eut un songe prophétique, et dans lequel il consacra une pierre par une onction ; c. xxvm, v. 17 et 22. A son retour de la Mésopotamie, il y éleva un autel et y offrit un sacrifice avec toute sa maison, et nomma de nouveau ce lieu la maison de Dieu, ou plutôt le séjour de Dieu ; c. xxxv, v. 3 et 7. Or, un autel n'est pas un temple. 11 en agit de même dans tous les lieux où il s'arrêta, et il continua de mener une vie errante et pastorale , jusqu'à ce qu'il allât rejoindre Joseph en Egypte.
Il paraît donc certain qu'avant l'entrée de Jacob et de sa famille dans ce royaume, il n'y avait encore eu aucun temple consacré au Seigneur par les patriarches. Mais on ne peut pas prouver que les Eg\ptiens en avaient déjà pour lors, ni que les Israélites y en aient vu aucun pendant tout leur séjour. 11 y a donc lieu de croire que le tabernacle- construit par Moïse dans le désert fut non-seulement le premier temple consacré au vrai Dieu, mais le premier édifice de celle espèce dont on eût jamais ouï parler. Dans les premiers temps le mot temple ne signifiait qu'un enclos, un terrain consacré.
Ce n'est point l'opinion de Spencer; il a fait tous ses efforts pour persuader qu'avant l'érection de ce tabernacle , les Egyptiens, les Ghananéecs et les autres peuples voisins de la Palestine, avaient déjà des temples des-
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fines au culte de leurs fausses divinités, et que Moïse les a pris pour modèle ; de Letjibus Hebr. ritual., lib. m, dissert. 6, cl. Pour établir un fait aussi essentiel, malgré le silence profond et constant des écrivains sacrés, il faudrait des preuves positives et solides j Spencer n'en apporte que de trèsfaibles, et nous espérons de lui en opposer de meilleures; déjà des savants l'ont fait avant nous ; Mém. de l'Acad. des Inscript. , t. LXX, «n-12,p. 50et suiv.La première qu'il allègue est un passage du Lévitique, chap. xxvi, v. 27 et suiv., dans lequel Dieu dit aux Israélites : .Si vous vous révoltez contre moi, je détruirai vos lieux élevés et vos lieux consacrés au soleil. La question est de savoir si ces lieux où l'on adorait le soleil étaient des temples. D'ailleurs ceci est une menace contre ce qui devait arriver dans la suite, et non un reproche de ce qui se faisait déjà pour lors. Dieu ajoute : Je réduirai vos villes en solitude ; il ne s'ensuit pas que les Israélites dans le désert habitaient déjà des villes. — La secoude est que, dans le Deutéronome, t. xxxiv, v. G, il est parlé de Belh-Péor, ou ' Jieth-Phogor, la maison ou le temple de Phogor. Mais lorsque Jacob nomma Béthel , lu maison de Dieu, le lieu dans lequel il avait consacré une pierre, était-il question d'un temple? Nous avouons que, dans le premier livre des Rois, c. v, v. 2, il est parlé du lent' pie de Dagon, mais il y avait pour lors plus de quatre cents ans que le tabernacle était construit. Dans ce même livre, c. i, v. 7 et 0, le tabernacle qui n'était qu'une lente, est aussi appelé la maison ou le temple du Seigneur. — La troisième est que les auteurs profanes ont dit que les Egyptiens sont les premiers qui aient bâti des temples. Malheureusement ces écrivains sont trop modernes, et ils connaissaient trop peu les Juifs pour avoir pu savoir ce que l'on faisait dans les temps dont nous parlons ; le plus ancien de tous est Hérodote qui n'a vécu que mille ans après Moïse. 11 ne savait sur les antiquités de l'Egypte que ce que lui en avaient dit les prêtres, et leur témoignage n'était pas fort digne de foi, puisqu'ils prétendaient que les Egyptiens étaient les premers qui avaient élevé aux dieux des autels, des st itues et des temple*, Hérodote, I. u, ,§ 4 : fait contredit par l'Ecriture sainte, qui nous apprend que Noé, au sortir de l'arche, après le déluge, érigea un autel au Seigneur.
Quand il serait prouvé que les idolâtres onleu des tabernacles ou des temples à peu près en même temps que les Israélites , il serait encore question de savoir lesquels ont servi de modèle aux autres. Il y a pour le moins autant de probabilité à soutenir que les Chanauéens et les autres peuples voisins ont imité les Juifs, qu'à supposer que Moïse a copié les usages de ces nations idolâtres. En tout genre la vraie religion a précédé les fausses. Les écrivains qui ont imaginé que les temples sont aussi anciens que l'idolâtrie n'oul fait qu'une fausse conjecture. En effet, il est constant que la plus ancienne idolâtrie u été le culte des astres ; voyez ce mut.
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Or, il n'est pas aisément venu à l'esprit des hommes que le soleil et la lune qu'ils voyaient dans le ciel pouvaient en descendre pour venir habiter dans un temple. 11 est très-probable que les païens n'ont commencé à en bâtir que quand ils se sont avisés d'adorer comme des dieux les âmes des héros, culte qui n'est pas de la plus haute antiquité, et de les représenter par des statues qu'il fallut mettre à l'abri des injures de l'air; Mém. de l'Acad. des Inscript., ibid., pag. 59.
Au mot Tabernacle, nous avons vu que le prophète Amos a reproché aux Juifs d'avoir fait dans le désert un tabernacle ou une lenle à Moloch, dieu des Ammonites et des Moabitcs ; mais le tabernacle consacré au culte du vrai Dieu était déjà construit. 11 n'est pas prouvé que ces deux peuples avaient aussi pour lors des lentes semblables,, ou des temples pour y exercer l'idolâtrie. Le crime des Israélites a donc pu consister en ce qu'ils firent pour Moloch une tente semblable au tabernacle que Moïse avait élevé au vrai Dieu. Ce n'est point ici une conjecture hasardée comme les imaginations de Spencer ; nous avons pour nous dos preuves positives. 1° Deut., c. îv, v. 7, Moïse dit aux Israélites : // n'y a aucune nation assez previlégiée pour avoir ses dieux près d'elle, comme le Seigneur se rend présent à toute* nos prières. Quel est le peuple qui puisse se glorifier d'avoir des cérémonies , des loi*, une religion, semblables à celles que je vous prescris aujourd'hui ? Si les Egypte ens, les Chananéens, les Madianites, les Moabiles, etc., avaient eu pour lors des tentes ou des temples qu'ils eussent regardés comme le séjour de leurs divinités, s'ils avaient pratiqué pour elles les mêmes cérémonies que Moïse prescrivait aux Israélites, il n'aurait pas été assez imprudent pour faire celte comparaison. L'on aurait pu lui répondre que Moloch, Chamos, Béelphégor, etc., habitaient dans des temples construits pour les adorer, tout comme le Dieu d'Israël habitait dans le tabernacle; que l'on pratiquait dans leur culte les mêmes cérémonies qui étaient prescrites pour honorer le Seigneur. 2° Deut'., c. xii, v. 30, il dit aux Israélites : Gardez-vous d'imiter les nations que vous devez détruire dans la terre qui vous est promise, de pratiquer leurs cérémonies, et de dire : Comme ces nations ont adoré- leurs dieux, ainsi f adorerai le mien ; vous ne ferez rien de semblable pour le Seigneur votre Dieu.' Si Moïse n'avait fait qu'imiter dans ses lois cérémonielles ce qui était en usage chez les nations idolâtres, de quel front aurait-il osé faire celte défense ? On aurait été en droit de lui reprocher qu'il faisait le premier ce qu'il défendait aux autres de faire , et les Israélites toujours mutins et réfractaires n'y auraient pas manqué. — 3° Ibid., v. 13 et 14-, il leur défend d'offrir leurs sacrifices, leur encens, leurs prémices, dans tous les lieux indifféremment, mais seulement dans le lieu que le Seigneur aura choisi, par conséquent dans le tabernacle. Donc un des
usages des idolâtres était de faire leurs sacrifices, leurs offrandes, leurs cérémonies partout où il leur plaisait, et non dans un temple destiné au culte de leurs divinités. Spencer lui-même a éléforcé de reconnaîtra qu'un très-grand nombre des lois cérémonielles de Moïse avaient pour objet de leur interdire les pratiques qui étaient en usage chez les nations idolâtres. En recherchant avec tant de soin dans les livres saints les passages qui semblent favoriser son système, il ne devait pas ornetlreceux qui le déiruisent. Nous savons que plusieurs auteurs respectables semblent l'avoir adopté ; mais, dans une question de fait, il faut s'en tenir non à des conjectures, mais à des témoignages. Aucune autorité ne peut prévaloir à celle d'un historien aussi bien instruit que l'était Moïse. On aura beau fouiller dans toute l'antiquité, on n'y trouvera rien qui prouve qu'il y a eu des tabernacles plus anciens que celui qu'il a construit, ou des temples solides qui aient précédé celui de Salomon.
§ IL L'usage des temples est-il dangereux et répréltensible en lui-même ? Spencer le prétend ; c'est une des raisons dont il se sert pour prouver que Dieu n'avait permis qu'on lui en construisît un, que par condescendance pour la grossièreté des Juifs. II a élé suivi par la foule des incrédules modernes ; ils soutiennent comme lui, que la coutume do bâtir des temples est l'effet d'une erreur grossière et qui contribue à l'entretenir. « Les hommes, dit un déiste, ont banni la Divinité d'entre eux, ils l'ont reléguée dans un sanctuaire ; les murs d'un temple bornent sa vue, elle n'existe point au delà. Insensés que vous êtes, détruisez ces enceintes qui rétrécissent vosidées, élargissez Dieu, voyezle partout où il est, ou dites qu'il n'est pas. » Un autre prétend qu'un culte simple rendu à Dieu à la face du ciel, sur la hauteur d'une colline, serait plus majestueux que dans un temple où sa puissance et sa grandeur paraissent resserrées entre quatre colonnes. Ces réflexions sublimes sont-elles solides ? 1° Il serait fort étonnant que les peuples barbares qui pratiquaient le culte divin sur les montagnes ou dans les plaines, à la face du ciel, eussent été plus sages que les nations policées, et que le genre humain dans son enfance eût eu plus de lumières et de philosophie que dans son âge mûr. Nous voudrions que ceux qui admellentce phénomène eussent pris la peine de l'expliquer. Noua savons très-bien que les patriarches ont ainsi rendu leur culte au vrai Dieu dans les premiers âges ; nous l'avons prouvé par l'Ecriture sainte. Dieu a bien voulu agréer celle manière de l'honorer , parce qu'elle était analogue à la vie errante et pastorale que menaient ces saints personnages. Mais si cette manière était la meilleure et la plus conforme aux notions du vrai culte, nous soutenons que jamais Dieu n'aurait permis à ses adorateurs de le changer, que jamais il n'aurait ordonné aux Israélites de lui bâtir uu tabernacle et ensuite un temple. Dieu,
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qui est la sagesse infinie et la vérité par essence, n'a jamais tendu aux hommes un piège d'erreur. — 2" Il est incontestable, et plusieurs savants l'ont prouvé, que la plus ancienne idolâtrie a été le culte des astres ; Moïse l'a défendue aux Israélites, Dent., c. iv, v. 19 ; et c'est la seule dont il soit parlé dans le livre de Job, c. xxxi, v. 2G. Far celle raison, l'une des plus anciennes superstitions a été de pratiquer le culte religieux sur les montagnes, que l'Ecriture sainte appelle/es hauts lieux ; les païens croyaient par là se rapprocher du ciel ou du séjour des dieux ; Àum., c. xxn, v. 41 ; c. xxm, v. l.elc. ; Mém. de l'Académie, ibid., p. 03. Croirons-nous que Dieu voulait autoriser cette superstition, lorsqu'il ordonna à Abraham de lui immoler son fils isaac sur une montagne, et lorsqu'il parla aux Israélites sur le mont Sinaï ? Non, sans doute ; Dieu choisit ces lieux de préférence, parce que l'on ne pouvait pas voir , comme en rase campagne, ce qui s'y passait. Mais Moïse défendit expressémeni celle pratique aux Israélites ; Levit.. c. xxvi, v. 30. 11 leur ordonna de détruire tous ces hauts lieux des idolâtres ; Num., c. xxm, v. 52 ; Deut.t c. xn, v.2,etc. Lorsque, dans la suite, les Juifs retombèrent dans cet abus, ils en furent blâmés par les écrivains sacrés ; III Heg., c. m, v. 2 et 3 ; c. xu, v. 31, etc. Il est donc très-probable qu'une des raisons pour lesquelles Dieu voulut que l'on contruisîl le tabernacle, fut de convaincre ce peuple qu'il n'était pas nécessaire d'aller sur les montagnes pour s'approcher de Dieu, et qu'il daignait lui-même s'approcher de son peuple en rendant sa présence sensible dans le temple portai if érig} en son honneur. Ainsi ce que l'on prend pour une source d'erreur en était justement le préservatif. Il n'est donc pas vrai qu'en bâtissant des temples, les hommes aient banni la Divinité d'entre eux, puisqu'ils ont cru au contraire que, par ce moyen, ils serapprochaientd'ello. — 3* Ouel est, en effet, le dessein qui a préside à la construction des temples ? C'a été, en premier lieu, de s'acquitter plus commode-' ment du culte divin ; cela convenait aux Israélites rassemblés dans un seul camp ; le tabernacle fut placé au milieu. C'a été, en second lieu, de rassembler clans une si-ulo enceinte les symboles de la présence de Dieu, afin de frapper davantage l'imagination des hommes. Aucune de ces deux inli-nlions n'est blâmable: c'est pour cela même que Dieu a daigné s'y prêter ; l'une et 1 autre furent remplies par la construction du tabernacle et du temple de Saloinou. 11* renlermaienl l'arche d'alliance dans laquelle étaient les tables de la loi, le couvercle de celle arche ou le propitiatoireétail surmonté de deux chérubins dont les ailes étendues formaient une espèce de trône, symbole de ia majesté divine. On y voyait un vase rempli de la manne dont Dieu avait miraculeusement nourri les Israélites pendant quarante ans ; la verge d'Aaron , l'autel des parfums, la table de* pain- d'offrande, l'autel
sur lequel on brûlait la chair des victimes, le chandelier d'or. Tous ces objets rappelaient aux Juifs les miracles et les bienfaits dont le Seigneur avait favorisé leurs pères, et les cérémonies du culte concouraient au même but : le peuple ne pouvait avoir Irop souvent sous les yeux ces signes commémorants, et ils ne pouvaient être rassemblés que dans un temple. — 4° Il est faux que celte conduite ait donné lieu aux hommes de penser que la Divinité est renfermée dans les murs d'un édifice , et qu'elle n'existo point au delà. Si les païens l'ont pensé lorsqu'ils se sont fait des dieux semblables-à eux, il ne s'ensuit rien contre les adorateurs du vrai Dieu. Moïse, après avoir construit le tabernacle, continue de dire aux Israélites : Sachez donc et n'oubliez jamais que le Seigneur est Dieu dans le ciel et sur la terre, et qu'il n'y en a point d'autre que lui (Deut., îv, v. 19). Salomon , après avoir achevé le temple, dit à Dieu: Peut-on croire, Seigneur, que vous habitiez sur la terre? si toute l'étendue des deux ne peut vous contenir, combien moins serez-vous renfermé dans ce temple que je vous ai bâti 1 {III Reg. vi:i, v. 27.) Nous savons très -bien que, malgré ces leçons, les Juifs devenus idolâtres ont souvent pensé comme les païens , et qu'ils en ont été repris par Isaïe, c. lxvi, v. 1 ; mais il ne s'ensuit point que c'était l'usage du temple qui leur inspirait ces idées fausses. Puisque les Juifs grossiers, aussi bien que les païens , abusaient également du culte rendu à Dieu sur les montagnes et de celui qu'on lui rendait dans Ictemple, nous demandons lequel de ces deux culies il valait le mieux choisir. — 5° Dieu, Ezech., c. xx, et ailleurs, reproche aux Juifs captifs à Babylone, toutes les prévarications do leurs pères, surtout leur fureur à imiter les superstitions de l'Egypte, mais il leur promet de les purifier et de les en préserver, lorsqu'il les aura rétablis dans la terre promise. Il les y fait revenir en effet, et à leur retour il les exhorte par ses prophètes à rebâtir le temple. Si cet édifice avait été par lui-même une pierre de scandale et un piège d'erreur, Dieu l'aurait-il fait reconstruire après la captivité? Il prédit que toutes les nations viendront y adorer Dieu, Isai. , c. lvi , v. 7 ; Jerem., c. xxxu, v. 12. Sans doute, il n'a pas voulu tendre un piège à toutes les nations. Il y a plus: saint Paul, Il Cor., c. vi, v. 10, dit aux fidèles qu'ils sont le temple de Dieu, et il leur applique ce qui a élé dit du tabernacle et du temple. Il ne s'ensuit pas de là que Dieu est renfermé dans l'âme d'un fidèle, qu'il n'habite point ailleurs, cl qu'il n'est pas préseul partout. — 0° Un culto rendu à Dieu, à la face du ciel, sur la hauteur d'une colline, pourrait peut-être sembler plus majestueux aux yeux d'un philosophe très-instruit, habitué à contempler les beautés de la nature ; mais il ne paraîtrait pas tel aux yeux du peuple accoutumé au spectacle de l'univers : il le voit sans émotion, au lieu qu'il est frappé d'admiration à li vue d'un temple richement et décemment
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orné. Or, ce n'est point au goût des philosophes qu'il faut régler le culte divin. Ces censeurs bizarres ne doivent point être écoulés, lorsqu'ils s'élèvent contre ce que le sens commun dicie à tous les hommes. Qui les empêche d'adorer Dieu à la face du ciel, après l'avoir adoré dans les temples ? Mais ils ne l'.'idorent d'aucune manière ; ils voudraient retrancher tout exercice public de religion, parce qu'ils savent que, sms le culte extérieur, bientôt elle ne subsisterait plus.
§ III. Dieu n'a-t-il permis de bâtir des terri' pies que par condescendance pour la grossièrelé de son peuple? C'est encore l'opinion de Spencer. S'il s'était borné à dire que Dieu a voulu qu'on lui érigeât des temples afin de pourvoir au besoin des hommes en général, de réveiller et de conserver en eux des sentiments de religion, et mêm»» de leur rendre son culte plus aisé, nous serions de son avis. Mais supposer que les temples ne leur sont nécessaires qu'à cause de leur grossièreté, de leur ignorance en fait du vrai culie, et que c'est un goût emprunté des idolâtres, voilà ce que nous n'avouerons jamais, parce que cela est évidemment faux. Nous n'ignorons pas que Dieu n'a pas besoin de nos hommages extérieurs; mais nous avons besoin de les lui rendre, uon-seulement au fond de notre cœur, mais eu public et en commun, parce que la religion est un lien de société, et que sans cela les peuples seraient bientôt abrutis. Puisque c'est Dieu qui a créé les hommes avec ce besoin, il était de sa sagesse et de sa borné d'y pourvoir d'une manière analogue aux différentes situations dans lesquelles le genre humain s'est trouvé. Voilà pourquoi il a daigné prescrire pour les patriarches un culte domestique, et qui n'était fixé à aucun lieu; pour les Israélites, un culte national et uniforme; pour les chrétiens, mieux instruits, un culte universel et commun à toutes les nations. C'est sans doute une condescendance de la part de Dieu; mais ce n'est, de la part des hommes, ni grossièreté, ni preuve d'ignorance, ni penchant à l'idolâtrie. Aussi le paradoxe de Spencer est-il très-mal prouvé. Il suppose, 1° que les peuples ont commencé à bâiirdes temples dans le temps qu'ils étaient encore grossiers et stupides. Nous avons fait voir le contraire dans le § 1. Il y aurait de la démence à soutenir que les temples ont été plus communs chez les nations barbares et chez les sauvages que chez les nations policées, et que les premiers en ont bâti pour leur commodité, avant d'avoir connu par expérience les commodités de la vie. Pour étayer un rêve aussi incroyable, il faudrait des preuves démonstratives, et il n'y en a pas seulement d'apparentes. — 2" L'idée de bâtir des temples, dit-il, est venue de ce que les hommes ont cru par là se rapprocher de la Divinité, et avoir un accès plus facile auprès de leurs dieux : erreur grossière, s'il en lut amais. Nous soutenons, en premier lieu, que celle idée bien entendue n'est point une erreur, et que Dieu lui-même l'a donnée aux
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hommc9 : nous le verrons dans un moment ; en second lieu, qu'ils ont voulu multiplier autour d'eux les symboles de la présence divine, et s'acquitter du culte religieux plus commodément : deux motifs qui n'ont rien de répréhensible, comme nous l'avons déjà observé. Encore une fois, il ne faut pas confondre les idées absurdes des païens avec celles des adorateurs du vrai Dieu. — 3° Dieu, continue Spencer, n'avait pas commandé, mais seulement permis aux Israélites de lui construire un temple. S'il est dit assez souvent que c'est la maison de Dieu et que Dieu y habile, il est dit aussi ailleurs que Dieu n'habite point sur la terre, /// Reg., c. vm, v. 27; Isai., c. lxvi, v. 1. Il faut que ce critique n'ait pas pris la peine de lire l'Ecriture sainte. Exod., c. xxv, v. 8, Dieu dit à Moïse : Les Israélites me feront un sanctuaire , et j'habiterai au milieu d'eux. Il prescrit à Moïse le plan de cet édifice et le détail de tout ce qu'il doit renfermer; il lui en montre le modèle sur la montagne, et lui ordonne de s'y conformer, ibid., v. 9 et kO. Est-ce là une simple permission? A moins d'accuser Moïse d'avoir forgé toute cette narration, l'on est forcé d'y reconnaître un ordre formel. Salomon,dans sa prière à la dédicace du temple, s'exprime ainsi, /// Reg., c. vm,v. 18 : Le Seigneur a dit à David mon père : Vous avez bien fait de vouloir me bâtir un temple; mais ce ne sera pas vous, ce sera votre fils qui exécutera ce projet. Le Seigneur a vérifié sa parole. Dieu , en effet, lui apparaît el lui dit : J'ai exaucé votre prière... J'ai sanctifié cette maison... J'y ai placé la gloire de mon nom pour toujours ; mes yeux et mon cœur y seront ouverts à jamais; c. ix, v. 3. Ce n'est point ici une permission, mais une approbation très-expresse. Dieu enseignait-il à Salomon, par ces paroles, une erreur grossière? Lorsque ce roi dit au Seigneur, c. vm, v. 27 : Est-il donc croyable que vous habitiez sur la terre! il est évident que c'est un sentiment d'admiration, et non un désaveu de cette vérité. — 4-° Spencer s'obstine à soutenir que le tabernacle et le temple ont été faits à l'imitation de ceux des Egyptiens. Il oublie deux choses essentielles : la première, que Dieu lui-même avait tracé le plan et fait le modèle du tabernacle. Avait-il eu besoin de copier les Egyptiens? La seconde était de prouver que les Israélites avaient vu des temples en Egypte. Le silence absolu des écrivains sacrés sur ce sujet est du moins une preuve négative et très-forte du contraire, et il y en a des preuves positives, même dans les auteurs profanes. Mém. de l'Acad. des Inscript., ibid., p. 55. 11 est absurde d'y opposer le témoignage de Diodore de Sicile, qui n'a vécu que sous Auguste, 1500 ans après l'érection du tabernacle. — 5° Zenon, Sénèque, Lucien el d'autres, ont désapprouvé la coutume de bâtir des temples aux dieux ; Hérodote nous apprend que les Perses et les Scythes n'en avaient point; saint Paul et les apologistes du christianisme ont tourné en ridicule les païens, qui prétendaient renfermer la majesté divine dans l'enceinte d'un édifice,
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«•onmie s'ils avaient voulu la mettre à couvert des injures de l'air, on persuader qu'elle n'est pas partout. Déjà nous avons répondu que les folles idées des païens n'ont rien do commun avec la croyance des Juifs; qu'ainsi la censure lancée contre les premiers ne doit point retomber sur les seconds. Si l'erreur des païens avait clé une conséquence nécessaire de l'érection dos temples, Dieu n'aurait jamais ordonné ni permis de lui en faire un. D'autre part, si cet usage avait été un effet de Ignorance et de la grossièreté «les hommes, les Scythes, qui sont aujourd'hui les Tartares, auraient dû avoir plus de temples qu'aucune autre nation. Il en faut dire autant des Germains et des autres peuples errants. — 6* Spencer cite un passage de saint Jean Chrysoslome , dans lequel ce Père de l'Eglise dit que Dieu accorda un temple aux Israélites, parce qu'ils avaient été ai-coutumes à en avoir en Egypte. Nous répondons qu'une simple conjeciure de ce respectable auteur ne peut pas prévaloir aux preuves que nous avons données du contraire : il a pu être trompé par les témoignages d'Hérodote et de Diodore de Sicile, comme Spencer l'a été lui-même. David n'était certainement pas un Juif grossier; l'on sait avec quel enthousiasme il parle, dans ses psaumes, du tabernacle, du sanctuaire, de la maison du Seigneur, de la montagne sainte sur laquelle elle est placée, etc.; combien de fois il se félicite de pouvoir y rendre à Dieu ses hommages, et y invile toutes les nations : Nous ne voyons pa« comment l'on peut accorder celle piélé d'un roiprophèie avec les idées de Spencer et de ses copistes. Par entêtement de système, ce critique veut tourner en preuve de son opinion la magnificence du tabernacle et du temple. C'était un abus, selon lui ; et l'on ne peut, dit-il, en imaginer aucune raison, sinon que l'usage des autres peuples, la grossièreté des Juifs l'exigeaient ainsi. Ce sentiment est celui de tous les prolestants, et ils sont en cela d'accord avec les philo-ophes incrédules. C'est ce qu'il nous reste à examiner.
IV. La magnificence des temples est-elle un abus ? L'irréligion seule peut faire adopter cette manièie de penser. Au mol Culte, § 3, nous avons observé que l'homme, en général, veut élre pris par les sens; celte disposition est commune aux savants et aux ignorants, aux peuples policés et aux sauvages. Jamais on n'inspirera au peuple une haute idée de la majesté divine, à mo:ns qu'il ne voie employer au culte du Seigneur les objets pour lesquels il a naturellement de l'estime, et qu'il ne voie rendre à Dieu des hommages aussi pompeux que ceux que l'on rend aux rois et aux grands de la terre. C'est donc le sens commun qui a inspiré à toutes les nations le goût pour la magnificence dans le culte religieux. Que l'on nomme, si l'on veut, ce goût une faiblesse et une grossièreté, elle vient de ce que nous sommes composés d'un corps et d'une âme, et de ce que celle-ci, dans ses opérations, dépend beaucoup -'es organes du corps. Eo affectant
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de déprimer nos penchants naturels, ferat-on de nous de purs esprits? Vainement quelques philosophes, par vanité, se croient exempts de ce faible : souvent ils sont plus hommes que les autres. Tel qui ne veut point d'ornement dans les temples ni de pompe dans les cérémonies religieuses , trouve très- bon que l'on en mette beaucoup dans les spectacles profanes, dans les fêtes publiques, dans les assemblées formées pour le plaisir : il juge donc qu'il est mieux de prodiguer les richesses pour corrompre les hommes que pour les porter à la vertu, pour en faire des épicuriens que pour les rendre religieux. C'est pousser trop loin le philosophisme, que de joindre l'hypocrisie à l'irréligion. Mais à un protestant tel que Spencer, nous avons d'autres arguments à opposer. 1" Dieu lui-même ordonna les ornements cl la magnificence du tabernacle. Exod., c. xxv, v. 3 : Voici, dit le Seigneur, ce que les Israélites doirent m' offrir : l'or, l'argent, le bronze, les étoffes en couleur d'hyacinthe et de pourpre, l'écarlale teinte deux fois, le fin lin, etc. Voilà ce que l'on connaissait alors de plus précieux. Dirons-nous que parcelle conduite Dieu fomentait dans son peuple la grossièreté, le goût du luxe, l'amour des richesses? — 2° Jésus-Christ, descendu sur la terre pour nous enseigner à adorer Dieu en esprit et en vérité, n'a blâmé nulle part la magnificence du temple ni l';>ppareil des cérémonies. Il a nommé le temple, comme les Juifs, la maison de Dieu, le lieu saint; il dit que l'or et les autres dons sont sanciiliés par le temple dans lequel ils sont offerts, Mutlh., c. xxui, v. 17 : il ne désapprouvait donc p.is les richesses de cet édifice. — 3° Ce divin Maître a trouvé bon de recevoir les mêmes honneurs que l'on rendait aux personnes do la première distinction. Lorsque .Marie, sœur de Lazare, répandit sur sa tête un parfum précieux, quelques- uns de ses disciples blâmèrent celte profusion, sous prétexte qu'il aurait mieux valu donner aux pauvres le prix de ce parfum. Jésus-Christ les réprimanda; il loua la conduite de Marie, et il soutint qu'elle avait fait une bonne oeuvre. Mat th., c. xxvi, v. 7; Joan., c. xn, v. 3. H y a bien de l'imprudence à répéter aujourd'hui la censure peu réfléchie des disciples du Sauveur, à blâmer ceux qui emploient leurs ri; hesses à orner les temples dans lesquels il daigne habiter eu personne. Y est-il donc moins digne d'être honoré qu'il ne l'était pendant sa vie mortelle? Que les prolestants, qui ne croient pas à la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, argumentent sur leur erreur, cela ne nous surprend pas; mais la magnificence des églises chrétiennes, aussi ancienne que le christianisme, dépose contre eux.— k° En effet, dans l'Apocalypse, où la liturgie chrétienne c>l leprésentée sous l'image de la gloire éternelle, il esl parlé de chandeliers d'or, de ceintures d'or, de couronnes d'or, d'encensoirs d'or, clc, c. il et seq. Voilà le modèle tracé par un apôtre, auquel les premiers fidèles se sont conformés dans le culte religieux. -
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5- Lorsque Constantin, devenu chrétien, fit bâtir des églises, aurait-il convenu qu'il y épargnât la dépense, qu'il en fît des chaumières, pendant qu'il habitait un palais? il dit sans doute, comme David, // Rcg., c. vu, v. 2 : Je suis logé dans une maison de cèdre; faut-il que l'arche de Dieu soit sous des tentes? cl il raisonna bien. — 6e Spencer a dévoilé lui-même le motif de son opinion : il n'affecle d'exagérer la grossièreté des Juifs et de comparer leur culte à celui des païens que pour déprimer d'autant celui des catholiques. Voici la conclusion de sa Dissertation sur l'origine des temples : « Ce que j'ai dit démontre évidemment l'imprudence, pour ne pas dire le paganisme, de la picié des papistes, qui, pour orner les temples, surtout ceux des saints-, prodiguent l'or, l'argent, les pierres précieuses, les dons de toute espèce, afin d'éblouir le peuple. » Quand on lui objecte la magnificence du tabernacle et du temple de Salomon, il répond, avec Hospinîen, que Dieu l'avait ainsi ordonné à cause du penchant que les Juifs avaient à l'idolâtrie, et afin de prévenir les effets de l'admiration qu'ils avaient conçue pour le culte pompeux des idoles, dont ils avaient été frappés en Egypte; que celte cause ayant cessé, l'effet ne doit plus avoir lieu.
Mais si son système est faux, que devient la conclusion qu'il en lire? Il y a d'abord de la mauvaise foi à supposer que nous consacrons des temples aux saints ; il doit savoir que nous les dédions à Dieu, sous l'invocation des saints. En second lieu, copier pour 1rs Juifs le culte des païens aurait été le moyen le plus sûr d'autoriser et de nourrir leur penchant à l'idolâtrie ; il aurait fallu plutôt leur prescrire un culte tout opposé, tel que celui qu'il a plu aux protestants d'imaginer. En troisième lieu, il est singulier que ces rôformaicurs se croient plus sages que Dieu; suivanl leur avis, pour guérir les Juifs de leur goût pour l'idolâtrie, Dieu a trouvé bon de faire imiter par Moïse le culte des idolâtres; mais quand il a fallu amener au christianisme les Juifs et les païens, accoutumés à un culte pompeux, l'Eglise chrétienne a fait une imprudence de mettre do la magnificence dans son culte. Pour détruire ce nouveau paganisme, les réformateurs ont cru devoir faire main-basse sur tout cet appareil, profaner les églises et les autels, les brûler, en faire •les étables d'animaux, etc. En quatrième lieu, nous les défions de prouver que les Juifs avaient vu en Egypte les mê nés choses que Moïse institua. Pour établir ce fait, il a fallu contredire l'histoire sainte, brouiller les époques, hasarder des conjectures, et c'est sur ces visions que Spencer argumente contre nous. 11 a néanmoins été forcer d'avouer que dans ce genre, il y a un milieu à garder, qu'il ne conviendrait pas que les églises des chrétiens ressemblassent à l'élable dans laquelle Jésus-Christ est né. Les protestants on!-ils trouvé ce milieu? l'un «s'entre eux convient que cela n'est pas aisé. Les anglicans se flattent d'y être parvenus;
ils blâment également la somptuosité des églises catholiques et la nudité des temples des calvinistes. Ceux-ci répliquent que les églises des anglicans se rapprochent trop de celles des catholiques, que les Anglais sont encore à moitié papistes, que Saint- Paul de Londres a été bâti par rivalité contre Saint-Pierre de Rome. Qu'ils commencent par s'accorder avant de nous attaquer. Ils peuvent se féliciter tant qu'il leur plaira d'avoir inventé la religion des anges ; nous nous contentons d'avoir reçu de Jésus-Christ et des apôtres la religion des hommes.
Il était d'autant plus nécessaire de réfuter Spencer, que son ouvrage est regardé comme un livre classique par les protestants, et les incrédules ont employé la plupart de ses arguments pour déprimer le culte extérieur en général. Le P. Alexandre l'a réfuté dans ses Dissert, sur l'Hist. ecclés., tom. I, p. kOk.
Temple de Salomon ou de Jérusalem.
Nous avons vu dans l'article précédent que Dieu approuva la construction de cet édifice comme il avait ordonné celle du tabernacle. David en rassembla les matériaux, et Salomon son fils le fit construire sur le mont de Sion, lieu le plus élevé de la ville de Jérusalem, afin que l'on pût l'apercevoir de loin, el il l'acheva en deux ans avait des dépenses prodigieuses. Celle masse de bâtiment, en y comprenant seulement le temple proprement dit, que l'on appelait le Saint, elle sanctuaire nomma le Saint des saints^ ou le lieu saint par excellence, avec cent cinquante pieds de long et autant de large, ce qui est au-dessous de plusieurs de nos églises modernes. On ne concevrait pas qu'un édifice d'une grandeur aussi médiocre eût occupé cent soixante mille ouvriers pendant deux ans comme quelques auteurs le rapportent ; mais il faut se souvenir que les deux cours ou parvis qui environnaient le temple était censées en faire partie, que la cour extérieure qui renfermait le tout, était un carré de 1750 pieds de chaque côté, qu'elle était entourée en dedans d'une galerie soutenue de trois rangs de colonnes dans trois de ses côtés, et de quatre rangs au quatrième; que c'était là qu'étaient les appartements destinés à loger les prêtres et les lévites pendant le temps qu'ils exerçaient leurs fonctions, et à renfermer les vases , ^es meubles et les provisions nécessaires au culte religieux. L'auleur des Paralipomènes, 1. 1, c. ni, dit que la seule dépense des décorations du Saint des saints, qui était un édifice de trente pieds en carré cl de trente pieds de haut, montait à six cents talents d'or. Mais il faut faire attention qu'il esl ici question du talent de compte, et non du talent de poids. Ainsi toutes les supputations que l'on a faites pour évaluer les énormes richesses amassées par David et employées par Salomon pour la construction du temple^ peuvent être bien fautives. Les incrédules, qui en ont conclu que cette quantité de richesses est incroyable et impossible, ont raisonné sur une fausse supposition. Nous
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voyons seulement par l'iîcriture que !'or était prodigué dans ce temple. Le sanctuaire ou Saint uVs saints occupai! la partie orientale du temple proprement dit; au milieu était l'arche d'alliance. Rlle était surmontée de deux chérubins de quinze pieds de haut, leurs ailes étendues remplissaient toute la largeur du sanctuaire. Comme il est souvent dii dans l'Ecriture que Dieu est assis sur les chérubins, on présume qu'ils formaient une espèce de trône; niais l'hébreu clseritbim ne signifie pas toujours les chérubins de l'arche. Voy. Chérubin. Nous avons dit dans l'article précédent, § 2, ce que renfermait le Saint, ou le reste de l'espace du temple intérieur. L'auteur des Paralipomènes, I. Il , c. vu. v. 1, pour exprimer l'éclat et la magnificence de cet édifice, dit que la majesté du Seigneur remplissait son temple, cl qu'au moment de sa dédicace les prêtres mêmes , frappés d'étonnement , n'osaient pas y entrer. L'ambition de Salomon avait été que ce temple n'eût rien de semblable dans l'univers; plusieurs auteurs profanes sont convenus qu'il était très-beau: ils n'avaient cependant vu que le second temple, rebâti après la captivité de Baby-.. loue, dont la magnificence n'approchait pas de celui de Salomon, quoiqu'il fût reconstruit sur les mêmes fondements.
Plusieurs auteurs se sont appliqués à donner la description de cet édifice célèbre; Ueland, Antiq. sacrœ vet. Ilebr., i" part., c. 6 et 7; Prideaux, Hist. des Juifs, sous l'an 535 avant Jésus-Christ, t. I, p. 88; le P. Lami, Introd. à l'élude de l'Ecriture sainte; dom Calmet, Dissert, sur les temples des anciens, n. 18; Bible d'Avignon, t. IV p. 422, mais surtout Viilalpand, dans son Comment, sur Kzécfiiel, dont l'ouvrage est extrait dans les Prolégomènes de la Polyglotte de Wallon: c'est ce dernier qui a servi de guide aux autres. Comme ce que les rabbins eu ont dit est tiré du Talmud, qui a été composé longtemps après la ruine du temple, on ne peut pas y donner confiance. Il n'est pas étonnant que ces divers écrhains ne s'accordent pas dans tous les détails; il y a beaucoup de choses qu'ils n'ont pu deviner que par conjecture.
.Mais ce bâtiment superbe essuya depuis sa construction plusieurs malheurs ; il fut pillé sous le règne de Kohoam, fils de Salomon, par Sésac, roi d'Egypte. L'impie Achaz, roi de Juda, le fit fermer ; iManassès son fils eu fil un lieu d'idolâtrie; enfin, l'an 598 avant Jesus-Christ, sous le règne de Sédécias, Nabuchodonosor , roi de Babylone , s'étant rendu maître de Jérusalem, ruina entièrement le temple de Salomon, en enleva toutes les richesses , et les transporta à Babylone. Cette destruction avait été prédite aux Juifs par Jérémie; mais ces insensés se persuadaient que Dieu ne consentirait jamais à la ruine d'un édifice consacré à son culte; et à toutes les menaces du prophète ils ne répondaient autre chose que le temple de Dieu, le temple du Seigneur, Jerem.. c. vu, v. 4, comme si ce temple avait dû les mettre à Dict. »k Thkol. dogmatique. IV.
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couvert de tous les châtiments. Cependant il demeura enseveli sous ses ruines pendant 52 ans, jusqu'à la première année du règne de Cyrus à Babylone. Ce prince, l'an 536 avant Jésus-Christ, permit aux Juifs captifs dans ses Liais de retourner à Jérusalem, de rebâtir le temple, et leur fit rendre les richesses qui en avaient été enlevées; cette reconstruction fut entreprise par Zorobabel, et ensuite interrompue; cependant le temple fut achevé et la dédicace s'en Gt l'an 516 avant Noire-Seigneur, la septième année du règne de Darius, fils d'Hystaspc. Ce second temple fut pillé et profané par Antiochus, roi de Syrie, l'an 171 avant notre ère; il en enleva la valeur de dix-huit cents lalents d'or; trois ans après, Judas Machabée le purifia et y rétablit le culte divin. Pompée s'étant rendu maître de Jérusalem, 63 ans avant la naissance de Jésus-Christ, entra dans le temple, en vit toutes les richesses, et se Gt un scrupule d'y loucher. Neuf ans après, Crassus, moins religieux, en fit un pillage qui fut estimé à près de cinquante millions de notre monnaie. Hérode, devenu roi de la Judée, répara cet édifice, qui depuis cinq cents ans avait beaucoup souffert, soit par les ravages des ennemis des Juifs, soit par les injures du temps. Enfin il fut réduit en cendres et rasé à la prise de Jérusalem par Titus. Ainsi fut accomplie la pré liclion de Jésus-Christ, qui avait assuré qu'il n'en resterait pas pierre sur pierre, Malth., c. xxm, v. 38, etc., et celle de Daniel, c. ix, r. 27. Les Juifs entre» prirent de le rebâlir sous le règne d'Adrien, l'an 134 de Jésus-Christ; cet empereur les en empêcha, et leur défendit d'approcher de Jérusalem et de la Judée. Us recommencèrent vers l'an 320 sous Constantin ; ce prince leur fit couper les oreilles et imprimer une marque de rébellion, et renouvela contre eux la loi d'Adrien. Enfin ils y furent excités par l'empereur Julien, l'an 363, ei ils furent forcés d'y renoncer par des tourbillons de feu qui sortirent de terre et renversèrent leurs travaux. Ce miracle est rapporté en ces termes par Ammien Marcellin, officier dans les troupes de Julien, contemporain de l'événement, et qui n'était pas chrétien: « Julien, pour éterniser la gloire de son règne par quelque action d'éclat, entreprit de rétablir à grands frais le fameux temple de Jérusalem, qui, après plusieurs guerres sanglantes, n'avait élé pris qu'avec peine par Vrespasien el par Titus. II chargea du soin de cet ouvrage Alypius d'Anlioche, qui avait gouverné autrefois la Bretagne à la place des préfets. Pendant qu'Alypius et le gouverneur de la province employaient tous leurs efforts à le faire réussir, d'effroyables tourbillons de. flammes, qui sortaient par élancements des endroits conligusaux fondements, brûlèrent les ouvriers et rendirent la place inaccessible. Enfin, ce feu persistant avec une espèce d'opiniâtreté à repousser les ouvriers, on fut forcé d'abandonner l'entreprise » llist., I. xxm, chap. 1. Cette narration ne peui
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être suspecte à aucun égard. Julien luimême convient de ce fait dans le fragment d'un de ses discours, qui a été recueilli par 'Spanheim, Juliani Op., p. 295, où cet empereur, parlant des Juifs, s'exprime ainsi : «Que diront-ils de leur temple, qui, après avoir été renversé trois fois, n'a pas encore été rétabli? Je ne prétends point par là leur faire un reproche, puisque j'ai voulu moimême rebâtir ce temple, ruiné depuis si longtemps, à l'honneur du Dieu qui a élé invoqué. » Il n'est pas étonnant que Julien garde le silence sur l'événement qiii l'a empêché d'exécuter son dessein. Les Juifs l'ont avoué plus clairement. Wagenseil , Tela ignea Satanœ, p. 231, rapporte le témoignage de deux rabbins célèbres. L'un est K. David Ganz-Zemach, ùe part., p. 36, qui dit: « L'empereur Jalien ordonna de rétablir le saint temple avec magnificence, et en fournit les frais. Mais il survint du ciel un empêchement qui fit cesser ce travail, parce que cet empereur périt dans la guerre îles Perses. » Ce juif dissimule le miracle, mais un autre a été de meilleure foi ; R. Gedaliah Schalschelet-Hakkabala , p. 109, dit: « Sous rabbi Ghanan et ses collègues, vers l'an 4 37 du monde, nos annales rapportent qu'il y eut un grand tremblement de lerre dans l'univers, qui fil tomber le temple que les Juifs avaient bâti à Jérusalem par ordre de l'empereur Julien l'Apostat, avec une grande dépense. Le lendemain il tomba beaucoup de feu du ciel, qui fondit les ferrements de cet édifice, et qui brûla un très-grand nombre de juifs. » Ce récit est conforme à celui d'Ammien Marcellin. Le célèbre P. Morin de l'Oratoire, Exercit. Bibl., p. 353, rapporte un troisième passage des juifs, tiré du Beresilh rabba, ou du grand Coixmenlaire sur la Genèse. Libanius, sophiste et orateur païen, prétend que la mort de Julien fut présagée par des tremblements de terre arrivés dans la Palestine, de Vila sua. Trois Pères de l'Eglise, contemporains de l'empereur Julien, rapportent le miracle arrivé à Jérusalem, comme un fait public, connu de tout le monde eliudubitable. Saint Jean Chrysostome, dans ses Homélies contre les Juifs, qu'il prononça à Antioche l'an 287, 24 ans après l'événement, prend ses auditeurs à témoin de la vérité ; il invite ceux qui voudraient en douter, à en ailer voir les vestiges sur le lieu même. On n'avait pas pu ignorer à Antioche ce qui s'était passé à Jérusalem vingtquatre ans auparavant. Saint Ambroise, l'an 388, en rappelle le souvenir à l'empereur I héodosc , pour l'empêcher d'obliger les chrétiens à rebâtir un temple des païens, Epist. 40. Saint Grégoire de Nazianze, Orat. &, raconte ce miracle avec toutes ses cir- ( onstanecs jil vivait dans l'Orient, et il avait pu les apprendre des témoins oculaires ; son discours sur ce sujet peut avoir élé écrit avant ceux de saint Jean Chrysostome. lluiin, Socralc, Sozoœène, Théodoret, qui ont vécu dans le siècle suivant, en parlent comme d'un fait duquel personne n avait jamais
douté; une infinité d'autres historiens plus récents n'ont fait que copier les anciens. Parmi les écrivains modernes, plusieurs se sont attachés à prouver ce miracle et à faire voir que le témoignage des contemporains que nous avons cités est à l'abri des objections de la critique; mais aucun ne l'a fait avec autant d'exactitude et de succès que Warburthon, dont l'ouvrage a élé traduit en français sous ce titre : Dissertation sur le$ tremblements de terre et les éruptions de feu qui firent échouer le projet formé par l'empereur Julien, de rebâtir le temple de Jérusalem^ Paris, 1764, 2 vol. in-12. Cet auteur examine en particulier chacun des témoignages que nous avons cités, el répond aux objections de Basnage, qui a voulu rendre douteux ce fait important. 11 aurait résolu avec autant de facilité celles que le docteur Lardner a faites en dernier lieu contre ce même événement. 11 n'est pas étonnant que quelques incrédules de nos jours l'aient attaqué; ils n'y ont opposé que des conjectures et des peut-être. Si l'on est surpris de ce que deux protestants leur ont fourni ces faibles armes, il faut faire attention que le miracle arrivé sous Julien est presque aussi incommode aux uns qu'aux autres. En effet, s'il était vrai qu'au ive siècle le christianisme avait beaucoup dégénéré, que les successeurs des apôtres en avaient altéré la doctrine et le culte, qu'il était déjà infecté d'idolatrie par les honneurs rendus aux saints, aux images et aux reliques, comme le prétendent les protestants, Dieu aurait-il fait un miracle éclatant en faveur de cette religion ainsi corrompue, miracle qui confirmait les chrétiens dans la croyance que l'Eglise professait pour lors? Nous ne concevons pas comment les écrivains protestants qui ont soutenu la réalité de ce prodige, n'ont fait aucune réflexion sur ses conséquences.
Nous ne nous arrêterons pas longtemps à réfuter les objections des incrédules et des critiques pointilleux; la plupart ne méritent aucune attention. Ils objectent, l°que l'Ecriture n'a pas dit que le temple ne serait jamais rebâti; Jésus-Christ ne l'a pas défendu : qu'importait à Dieu qu'il le fût ou non? — Réponse. Jésus-Christ avait prédit qu'il n'en resterait pas pierre sur pierre, et Daniel avait prophétisé que la désolation ou la ruine de ce sanctuaire durerait jusqu'à la fin ; il ne faut pas séparer ces deux prédictions. 11 importait à Dieu de les vérifier pleinement, de confondre les efforts d'un empereur apostat qui voulait les rendre fausses, de confirmer ainsi la foi des fidèles, et de renverser les folles espérances des Juifs. Socrale, Hist. ecclés., I. m, c. 20, rapporte que saint Cyrille, évêque de Jérusalem, voyant commencer celle entreprise, assura les chrétiens, sur la foi de la prophétie de Daniel, que ce projet ne réussirait pas, et sa prédiction fut accomplie la nuil suivante.
2" Ammien Marcelin» était un militaire peu instruit et crédule à l'excès: il a rapporté plusieurs autres faits évidemment la-
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hulcux ; d'ailleurs ce qu'il a dit du miracle de Jérusalem est peut-être une interpolation des chrétiens. — Réponse. Il n'était pas nécessaire d'être fort instruit pour rapporter un événement éclatant, public, sensible, frappant, tel que celui-ci ; les fables que set historien raconte :te sont pas de cette espèce, ce ne sont pas des faits aussi aisés à constater. Si les chrétiens ont interpolé son histoire, il faut qu'ils aient altéré aussi le fragment de Julien, le récit de Libanius et celui de deux auteurs Juifs ; que saint Jean Chrysoslome ait perdu toute pudeur en prenant ses auditeurs à témoin du fait, et en invitant ceux qui en douteraient à en aller voir les vestiges.
3° Saint Jérôme , Prudence , l'historien Grose, n'en parlent pas ; il y eut dans ce temps-là des tremblements de terre ailleurs (jue dans la Palestine, et ce n'étaient pas des miracles. — Réponse. Le silence de trois auteurs ne prouve rien contre le témoignage positif de dix ou douze autres qui étaient bien informés , et dont plusieurs avaient intérêt à n'en rien dire, tels que Julien et les Juifs que nous avons cités. Suivant le récil u'Amraien Marceîlin, les autres tremblements de terre n'arrivèrent que quinze ou dix-huit mois après celui de Jérusalem ; ils ne furent point accompagnés d'éruptions de flammes sorties du sein de la terre, ni d'autres circonstances que l'on remarque dans celui-ci, et qui prouvent que ce prodige ne fui ni un événement naturel ni un cas fortuit.
4° 11 est vraisemblable q;te Julien, qui avait besoin d'argent pour faire la guerre aux Perses, en reçut des Juifs pour qu'il leur permît de rebâtir leur temple, qu'il leur promit seulement d'y faire travailler après sou retour-, ce projet devait naturellement périr avec lui; un miracle ne fut donc pas nécessaire. Celui-ci ne servit à rien, puisqu'il ne convertit ni les Juifs ni les païens. — Réponse. Un fait n'est plus vraisemblable dès qu il est contredit par le témoignage de plusieurs écrivains bien informés, et entre lesquels il n'a point pu y avoir de collusion. Les Juifs n'attendirent pas l'événement de la guerre des Perses pour commencer les uavaux, et Julien ne leur avait pas fait une simple promesse, puisqu'il avait chargé Alypius du soin de celte entreprise, et que le miracle précéda la nouvelle que l'on reçut de la mort de Julien, comme Libanius l'a remarqué. Ce n'est point à nous de juger dans quelles circonstances Dieu doit ou ne doit pas faire des miracles, et il n'est pas vrai qu'ils soient inutiles, dès qu'ils ne servent pas à convertir des incrédules opiniâtres. 11 est constant que celui-ci servit à augmenter les progrès du christianisme après la mort de Julien. Vainement l'on ajoute que les chrétiens l'ont surchargé de circonstances fabuleuses; Warburlhon a fait voir que les circonstances rapportées par les écrivains ecclésiastiques étaient des effets assez ordinaires de la chute de la foucire cl des éruptions de feux souterrains.
Les soupçons, les conjeclures, les accusations hasardées des incrédules ne sont donc fondées que sur leur entêtement et sur leur prévention contre les miracles en général.
Temple des Chrétiens. Voy. Eglise, Basilique
Temple des païens. Au mot Temple en général, nous avons fait voir que les païens n'ont commencé à en bâlir de solides et do couverts, que quand ils ont pris la coutume, de représenter leurs dieux par des statues ou des idoles. La plupart de ces simulacres n'étant faits que de terre, de plâtre ou de bois, il fallut, pour les conserver, les mettre à l'abri des injures de l'air. Comme les païens étaient persuadés que ces statues étaient animées par le dieu qu'elles représentaient, et qu'il venait y habiter dès qu'elles étaient consacrées, les apologistes chrétiens et les Pères de l'Eglise n'ont pas eu tort de dire aux païens que leurs dieux avaient besoin de maison et de couverture, pour ne pas être exposés aux intempéries des saisons Voy. Idolâtrie. Ces temples, loin d'être propres à inspirer la vertu, la piété, le respect envers la Divinité, semblaient uniquement destinés à porter les hommes au crime. La plupart des idoles étaient des nudités scandaleuses, les dieux étaient représentés avec les symboles des aventures et des vices que les fables des poètes leur attribuaient; Jupiter avec l'aigle qui avait enlevé Ganymède, Junon avec le paon qui caractérisait l'orgueil, Vénus avec tout l'appareil de la lubricité, Mercure avec la bourse qui tentait les voleurs, etc. Athénée nous apprend que les artistes grecs, pour peindre les déesses, avaient emprunté les traits des plus célèbres courtisanes. Dans plusieurs temples, la prostitulion et le crime contre nature étaient pratiqués pour honorer les dieux ; on y exerçait les différentes espèces de divination, l'on y offrait souvent des sacrifices cruels et abominables. Ce sont des faits attestés non -seulement par les écrivains sacrés et par les Pères de l'Eglise, mais encore par les auteurs profanes. Mém. de l'Acad. des Inscripl., tome LXX, in 12, pag. 99 ei suiv. Voy. Mystères des païens, Paganisme, Sacrifices, § 5, etc.
Constantin , converti au christianisme, fit détruire les principaux temples dans lesquels se commettaient ces désordres , il laissa subsister les autres. Thcodose le Jeune, parvenu à l'empire l'an k08 , les fit démolir tous dans l'Orient; Honorius, son oncle, se contenta de les faire fermer dans l'Occident , il crut qu'il fallait les conserver comme des monuments de la magnificence romaine.
Dans plusieurs endroits ces édifices furent, purifiés et changés en églises; le culte dit vrai Dieu y fut substitué au culte impur des idoles. Ainsi en agirent Théodose le Grand à l'égard du temple d'Héliopolis , l'an 379; Valens , vers ce même temps , au sujet du temple d'une île dont tous les habitants s'étaient convertis. L'an 39.), sous le règno d'Honorius , I évéqoe de Carthage, Amélius,
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fil un pareil usage du temple d'LJi anie , el en 408 , ce même empereur défendit de délruirc les temples dans les villes , parce qu'ils pouvaient servir à de» usages publics. Bingham, Orig. ecclés., I. vin, c. 2, § k. Lorsque les Saxons Anglais se convertirent, saint Grégoire le Grand écrivant au roi Ethelbert, l'exhorta à détruire les temples des idoles, I. H , Epist. 66 ; mais,dans une U tire postérieure qu'il écrivit à saint Mellil, il permit de les changer en églises , Epist. 70. Déjà Fan 607 le pape Boniface ÏV avait fait purifier à Borne Je Panthéon, et l'avait dédié à l'invocation de la sainte Vierge el de lous les martyrs ; c'est encore aujourd'hui l'un des plus somptueux édifices de Rome. 11 en a été de même du temple de Minerve , de celui de la Fortune virile el de quelques autres.
Pendant les trois premiers siècles , les païens objectèrent souvent aux chrétiens qu'ils n'avaient ni temples, ni autels, ni sacrifices, ni fêtes ; nos apologistes répondaient que toutes ces choses matérielles n'élaient pas dignes de la majesté divine ; que le vrai temple de la Divinité était l'âme d'un homme de bien , que les chrétiens offraient en lout temps eten tout lieu des sacrifices de louange sur les autels de leurs cœurs allumés par le feu de la charité; que les vrais chrétiens élaienl toujours en fête par le repos de la bonne conscience , el par la joie que leur donnait l'espérance du ciel. Clem. Alex. Stromat., liv. vu, cap. 5, 6, 7. Il ne s'ensuit pas de là que les chrétiens n'avaient pas encore des églises ou des lieux d'assemblées , mais ces églises ne ressemblaient en rien aux temples du paganisme; ils avaient des autels , puisque saint Paul le dit , et qu'il les nomme aussi la table du Seigneur ; ils offraient un sacrifice qui est l'eucharistie ; ils célébraient des fêles, surtout celle de Pâques, tous les dimanches el le jour de la mort des martyrs. Mais il aurait été inutile, et c'aurait été une imprudence d'entrer dans ce détail avec les païens, ils n'y auraient rien compris; tout cela ne fut mis au grand jour qu'au ive siècle , lorsque Constantin eut donné la paix à l'Église et autorisé la profession publique du christianisme. Voy. Autel, Eglises, Eucharistie, Fêtes , etc.
TEMPLIERS , chevaliers de la milice du temple. L'ordre des templiers est le premier de lous les ordres militaires et religieux , il commença vers l'an 1118 à Jérusalem. Hugues de Paganès ou des Païens , et Geoffroi do Saint-Adémar ou de Sainl-Omer, en furent les fondateurs ; ils se réunirent avec six ou sept autres militaires pour la défense «lu saint sépulcre contre les infidèles , et pour proléger les pèlerins qui y abordaient de loules parts. Baudouin II, roi de Jérusalem, leur prêta une maison située auprès de l'église que l'on croyait être bâtie au même lieu que le temple de Salomon ; c'est de là qu'ils prirent le nom de templiers: de là vint aussi que l'on donna clans la suite le nom de temple à loules leurs maisons. Ils furent encore nommés d'abord , à cause de leur indigence, les pauvres de la sainte cité ; comme ils ne
vivaient que d'aumônes, le roi de Jérusalem, les prélats cl les grands leur donnèrent à l'envi des biens considérables. Les huit ou neuf premiers chevaliers firent entre les mains du patriarche de Jérusalem les trois vœux solennels de religion , auxquels ils en ajoutèrent on quatrième, par lequel ils s'obligeaient à défendre les pèlerins , et à lenir les chemins libres pour ceux qui entreprendraient le voyage de la terre sainle. Mais ils n'agrégèrent personne à leur société qu'en 1128. Il se tint alors un concile à Troyes en Champagne , présidé par le cardinal Matthieu , évêque d'Albe el légat du pape Honorios IL Hugues des Païens , qui était venu en France avec six chevaliers pour solliciter des secours en faveur de la terre sainte , se présenta à ce concile avec ses frères , ils demandèrent une règle ; saint Bernard fut chargé de la dresser : il fut ordonné qu'ils porteraient un habit blanc ; et l'an 1146 Eugène 111 y ajouta une croix sur leurs manteaux. Les principaux articles de leur règle portaient qu'ils entendraient lous les jours l'office divin ; que quand leur service militaire les en empêcherait , ils y suppléeraient par un certain nombre de Pater ; qu'ils feraient maigre quatre jours de la semaine , que le vendredi ils n'useraient ni d'œufs ni de laitage, que chaque chevalier pourrait avoir Irois chevaux et un écuyer , et qu'ils ne chasseraient ni à l'oiseau ni autrement. Cet ordre se multiplia beaucoup en peu de temps ; il servit la religion el la terre sainte par des prodiges de valeur. Après la ruine du royaume de Jérusalem , arrivée i'an 1186 , la milice des templiers se répandit dans tous les Etats de l'Europe, elle s'accrut exlraordinairemeul , et s'enriciiil par les libéralités des souverains et des grands. Matthieu Paris assure que dans le temps de l'extinction de cet ordre en 1312 , par conséquent en moins de deux cents ans , les templiers avaient dans l'Europe neuf mille couvents ou seigneuries. De si grands biens ne pouvaient manquer de les corrompre ; ils commencèrent à vivre avec tout l'orgueil qu'inspire l'opulence, el à se livrer à lous les plaisirs que se permettent les militaires lorsqu'ils ne sont pas retenus par le frein de la religion. Dans la Palestine ils refusèrent de se soumettre aux patriarches de Jérusalem qui avaîerit été leurs premiers Pères ; ils envahirent les biens des églises , ils se lièrent avec les infidèles contre les princes chrétiens, ils exercèrent le brigandage contre ceux mêmes qu'ils étaient chargés de défendre. En France, ils se rendirent odieux au roi Philippe le Bel , par leurs procédés insolents et séditieux ; ils furent accusés d'exciter la mutinerie du peuple et d'avoir fourni des secours d'argent a Boniface VIII dans le temps de ses démêlés avec le roi. Conséquemment ce prince résolut de les détruire , cl il en vint à bout , de concert avec le pape Clément V qui résidait en France. Ceux qui voudront voir le détail et la suite des procédures faites contre les templiers, peuvent consulter Y Histoire de l'Eglise gallicane,
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1. XII , I. xxxvi, sous l'an 1311 ; elles y sonl rapportées avec (klélilé el avec l'extrait des actes originaux ; l'auteur parait avoir observé la plus exacte impartialité.
Le plus célèbre des incrédules de notre siècle , qui a voulu justifier les templiers, n'a pas agi avec autant de circonspection ; il s'est contenté de copier Yillani , auteur florentin , ennemi déclaré de Clément V et de tous les papes français, el non moins irrité contre Philippe le Bel, à cause de ses démêlés avec Bonifacc VUI. Aussi a-t-il commencé par faire le portrait le plus désavantageux de ce roi. Essai sur l'Hist., c. 62. C'était , dit-il, un prince vindicatif, fier, avide , prodigue, qui extorquait de l'argent par toutes sortes de moyens; il fut donc animé par la vengeance et par le désir de mettre dans ses coffres une partie des richesses des templiers. La vérité est que Philippe le Bel ne profita point de leurs dépouilles ; nous le prouverons par des témoignages irrécusables ; la lenteur et les précautions que l'on mit dans les poursuites faites contre les chevaliers prouvent que ce roi ne se conduisit point par passion. L'apologiste des templiers donne à entendre que leurs accusateurs étaient préparés d'avance ; c'est une imposture : ils se trouvèrent par hasard.
On convient que.ee furent deux criminels détenus dans les prisons , dont au moins l'un était un templier apostat , tjui furent les premiers délateurs , et qui espérèrent par là d'obtenir leur grâce ; mais il est faux que , sur celte accusation seule , le roi ail donné l'ordre secret d'arrêter les templiers dans tout son royaume : un auteur du temps rapporte qu'auparavant Philippe le Bel fit arrêter et interroger plusieurs templiers, qui confirmèrent la déposition des deux accusateurs dont on vient de parler, et qu'il consulta des théologiens. Son dessein n'était plus secret, puisqu'avanl le 2i août 1307 , le grand mailreet plusieurs des principaux chevaliers en avaient porté des plaintes au pape, et avaient demandé que le procès leur fût fait en règle. L'ordre d'arrêter tous les templiers ne fut exécuté que la 13 octobre suivant. En supprimant des circonstances essentielles el en falsifiant les dates , il est aisé de dénaturer tous les faits.
Le roi ne pouvait se dispenser de prendre celle précaution ; sans cela les templiers auraient pu exciter une séditiou , les pics coupables se seraient évadés , et l'on n'aurait pas connu les vrais motifs qui déterminaient le roi à détruire cet ordre qui n'était plus ni soumis au souverain ni religieux Le lendemain de l'emprisonnement des templiers , le loi fil assembler le clergé de Paris , et le 15 il fil convoquer le peuple, el l'on rendit compte en public des accusations for/nées contre ces chevaliers; la passion n'a pas coutume de procéder si régulièrement. Ils étaient accusés , 1° De* renier Jesus-Christ à leur réception dans l'ordre, el de cracher sur la croix. 2° De commettre entre eux dos iaipudicilés abominables. 3° D'adorer dans leurs cbapilres généraux une idole à têle
dorée et qui avait quatre pieds. 4 De pratiquer la magie. 5" De s'obliger à un secret impénétrable par les serments les plus affreux. 11 est certain, disent les historiens, que les deux premiers articles furent avoués par cent quarante des accusés , à la réserve de trois qui nièrent tout.
Comme Clément V agit dans toute cette alïaire de concert avec le roi , l'apologiste des templiers fait observer que ce pape était créature de Philippe le Bel , et cela est vrai ; cependant il s'opposa d'abord aux poursuites commencées contre ces religieux militaires , el il écrivit au roi des lettres très-fortes à ce sujet ; il ne consentit à la continuation des procédures qu'après avoir interrogé luimême à Poitiers soixante-douze chevaliers accusés , el ce n'est que d'après leur confession qu'il l'ut convaincu de la vérité des faits. Mais il est faux qu'il ait disputé au roi , comme le dit l'apologiste, le droit de punir ses sujets. 11 abandonna le jugement et la punition des particuliers à des commissaires , et il se réserva de statuer sur le sort de l'ordre entier , parce que c'était le droit du saint- siège. Jusque-là nous ne voyons rien d'irrégulier. En conséquence il y eut des commissaires nommés el des informations faites , non-seulement à Paris , mais à Troyes t à Bayeux , à Caon , à Bouen , au Pont-de-1'Arche , à Carcassonne , à Cahors , etc. , et l'on entendit plus de deux cents témoins de divers états. Les bulles du pape furent envoyées aux divers souverains de llsurope , pour les exhorter à faire chez eux ce qui se faisait en France.
Avant d'examiner les raisons alléguées par l'apologiste des templiers, il y a quelques réflexions à faire. 1° il est impossible que la multitude des personnages qui ont eu part à celte affaire, cardinaux, évoques, inquisiteurs, officiers du roi, magistrats, docteurs, témoins, etc., aient tous été des scélérats et de vils instruments des passions de Philippe le Bel ; quand cela aurait élé possible en France, cet espril de vertige n'a pu être le même en Angleterre , en Espagne , en Sicile et ailleurs. 2° 11 parait que le plus grand nombre des templiers coupables des abominations qu'on leur reprochait, était en France , el surtout à Paris , ville qui a toujours été le centre et le foyer de la corruption du royaume ; il n'est donc pas étonnant que ce soit là que le plus grand nombre ail élé livré au supplice. 3° Le grand maître et les principaux chevaliers ont pu n'avoir aucune part au désordre , ignorer même jusqu'à quel excès il était porté; ce pouvait être une raison de les épargner , mais ce n'en était pas une de conserver un ordre essentiellement gâté, et qui ne servait plus à rien, puisqu'il n'était d'aucune utilité hors de la (erre sainte. -V° Les templiers tenaient à ce qu'il y avait de plus grand dans le royaume ; si l'on procédait injustement contre eux , comment le corp9 de la noblesse , très— intére>sé à la conservation de cet ordre , n'a-t-il fait aucune réclamation? cela est inconce vable.
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L'apologiste convient que ces supplices dans lesquels on fait mourir tant de citoyens , d'ailleurs respeclahles, cette foule de témoins contre eux , ces aveux de plusieurs accusés même, (il fallait ajouter cette suite de procédures continuées pendant six ans tout entiers, en divers endroits et par-devant différents commissaires) semblent des preuves de leurs crimes et de la justice de leur perte. Mais aussi , dit-il , que de raisons en leur faveur ! Voyons ces raisons.
«Premièrement, de tous ces témoins qui déposent contre les templiers, la plupart n'articulent que de vagues accusations. » Cela peut être vrai à l'égard de plusieurs qui n'avaient jamais été à portée de savoir certainenemenl ce qui se passait dans cet ordre. Mais le fondement de la procédure n'était point ces accusations vagues ; c'était la conf* ssion formelle de cent quarante chevaliers interrogés d'abord à Paris par l'inquisiteur, en présence de plusieurs gentils hommes , ej répétée par soixante-douze d'enlre-eux à Poitiers par-devant le pape. Les dépositions des autres témoins , quoique vagues, pouvaient servir à confirmer la preuve.
« Secondement , très-peu disent que les templiers reniaient Jésus-Christ. Qu'auraientils en effet gagné en maudissant une religion qui les nourrissait et pour laquelle ils combattaient? » On pourrait demander de même ce que gagnent les impies à blasphémer contre Jésus-Christ et contre la religion dans laquelle ils ont été élevés. Ils le font cependant; l'apologiste devait mieux le savoir qu'un autre. Alors les templiers ne combattaient plus pour la religion , du moins en France. 11 est faux qu'il y ait eu très-peu de témoins qui aient déposé de ce fait odieux ; les insultes faites à Jésus-Christ et les irnpudicilés furent les deux faits les plus généralement avoués et prouvés.
«Troisièmement, que plusieurs d'entre eux , témoins et complices des débauches <ies princes et des ecclésiastiques de ce tempslà , eussent marqué quelquefois du mépris pour les abus d'une religion tant déshonorée en Asie et en Europe , qu'ils en eussent parlé avec trop de liberté , c'est un emportement de jeunes gens dont certainement l'ordre n'est point comptable. » Nous soutenons que l'ordre en était comptable , puisque les chefs avaient l'autorité de punir les chevaliers ; l'apologiste aurait raisonné tout différemment à l'égard de tout autre ordre religieux. D'ailleurs les templiers n'ont point été condamnés pour des discours contre la religion , mais pour des actions abominables. Enfin ce n'était point à des complices du désordre qu'il convenait de le blâmer ; on pouvait leur dire castigut turpia turpis. Mais on comprend que l'apologiste était intéressé ê>. excuser toute espèce d'emportement contre la religion.
« Quatrièmement, celte tête dorée qu'on prétend qu'ils adoraient et qu'on gardait à Marseille, devait leur être représentée ; on ne se mil pas seulement en peine de la chercher. » Il s'ensuit seulement de là que celle
accusation ne parut pas suffisamment prouvée, et que l'on ne cherchait pas à multiplier les crimes imputés aux templiers.
« Cinquièmement , la manière infâme dont on leur reprochait d'être reçus dans l'ordre,
ne peut avoir passé en loi parmi eux Je
ne doute nullement que plusieurs jeunes templiers ne s'abandonnassent à des excès qui de tout temps ont été le partage de la jeunesse , et ce sont des vices passagers qu'il vaut mieux ignorer que punir. » Ici l'auteur confond très-mal à propos deux espèces de réception. Il est à présumer que celle qui se faisait en public par le grand maître , ou par d'autres , était décente ; mais il y en avait une autre secrète imaginée par les libertins de l'ordre, qu'ils faisaient subir aux nouveaux chevaliers , et dans laquelle se commettaientles abominations et les profanations dont on a parlé ; cela est d'autant plus probable , que plusieurs dirent qu'on les y avait forcés par la prison et les tourments. L'on sait assez que l'ambition des scélérats est d'avoir des complices de leurs erimes. 11 en était de même de ces statuts secrets , dressés pour forcer les coupables au silence. La plupart de ceux qui furent exécutés n'étaient pas des jeunes gens ; leurs désordres n'étaient donc plus des vices passagers. Il n'est que trop vrai que les vieux libertins sont encore plus adonnés aux excès de la lubricité que les jeunes gens. C'est une grande questiou de savoir s'il vaut mieux ignorer que punir un crime détestable , lorsque le nombre des coupables est très-grand.
« Sixièmement, si tant de témoins ont déposé contre les templiers, il y eut aussi beaucoup de témoignages étrangers en faveur de l'ordre. » Nous avons déjà remarqué que probablement l'ordre n'était pas également corrompu partout ; mais les témoignages rendus en faveur des chevaliers étrangers ne pouvaient servir à justifier ceux de France.
.< Septièmement , si les accusés, vaincus par les tourments qui font dire le mensonge comme la vérité, ont confessé tant de crimes, peut-être ces aveux sont-ils autant à la honte des juges qu'à celle des chevaliers. On leur promettait leur grâce pour extorquer leur confession. » C'est une pure calomnie d'avancer que ceux qui ont confessé des crimes y ont été forcés par des tourments. Les cent quarante chevaliers interrogés à Paris par l'inquisiteur, en présence de quelques gentilshommes , ne furent point mis à la question, non plus que ceux qui furent interrogés à Poitiers par Clément V, au nombre de soixante-douze ; leurs aveux se trouvèrent conformes. Il n'est pas prouvé qu'on leur ait promis à tous leur grâce pour les engager à faire cette confession ; il ne l'est pas non plus que l'on ait envoyé au supplice aucun de ceux à qui l'on avait promis sa grâce.
« Huitièmement, les cinquante-neuf que l'on brûla vifs prirent Dieu à témoin de leur innocence, et ne voulurent point de la vie qu'on leur offrait à condition de s'avouer coupables. Quelle plus grande preuve, non-
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seulement d'innocence, mais d'honneur? »
Ce n'est point là une preuve; on a vu plus d'une fois des criminels convaincus par les preuves les plus évidentes, persister jusqu'à la mort à nier leurs crimes ; celle opiniâtreté ne doit point étonner dans des impies et des incrédules décidés.
« Neuvièmement, soixante-quatorze templiers non accusés entreprirent de défendre l'ordre, et ne furent point écoulés. » Cela est absolument faux. L'apologiste a cité ailleurs l'Histoire des templiers par Pierre Du puis ; or, cet historien rapporte que les soixantequatorze défenseurs de leur ordre furent entendus par des commissaires, pour la première fois le samedi li mars 1310, qu'ils nommèrent quatre d'enlre eux pour parler au nom de tous. Non-seulement ils furent écoutés, mais ils présentèrent des requêtes cl des mémoires par écrit, les procès-verbaux de leur dire furent exactement rédigés, l'auteur de Histoire de VEgl. gallicane les a copiés. Ils s'inscrivirent en faux contre les confessions faites par les accusés, ils dirent, comme l'apologiste, ou que cesaveux avaient élé extorqués par promesses, par menaces , ou que ceux qui les avaient faits étaient des scélérats ; ils dirent qu'ils demandaient à être jugés par le pape et par le concile de Vienne qui devait bientôt se tenir. Que résulle-t-il de celte défense ? 11 s'ensuit que ces soixante-quatorze templiers étaient innocents, puisqu'ils n'étaient pas accusés, qu'ils avaient ignoré jusqu'alors les crimes qui se commettaient par leurs confrères , et qu'ils avaient de la peine à les croire. Mais ce n'était là qu'une preuve négative ; l'ignorance ne prouve rien, ils n'alléguèrent aucun fait positif qui fût capable de détruire la confession des accusés.
« Dixièmement, lorsqu'on lut au grand maître sa confession rédigée devant trois cardinaux, ce vieux guerrier, qui ne savait ni lire ni écrire, s'écria qu'on l'avait trompé, que l'on avait écrit une autre déposition que la sienne ; que les cardinaux , ministres de celle perfidie , méritaient qu'on les punît comme les Turcs punissent les faussaires , en leur fendant le corps et la tête en deux. » Que s'ensuil-il encore? que ce grand maître, nommé Jacques de Molay, était fort mal instruit de ce qui se passait dans son ordre; que quand il fut interrogé à Cbinon en Tourainc, le 18 et le 20 août 1308, par les trois cardinaux commissaires nommés parle pape, il fut étonné et étourdi par la déposition de la multitude de ses chevaliers qui avaient avoué leurs crimes à Paris et à Poitiers, et qu'il n'osa pas s'inscrire en faux contre cette preuve. Le procès-verbal porte qu'il avoua formellement le premier article des accusations, savoir, le renoncement à Jésus- Christ. Interrogé de nouveau à Paris le 2b' décembre 1309 et quelques jours après, il désavoua cette confession , et accusa les commissaires de falsiGcation ; pour la défense de son ordre, il ne dit que des choses vagues et qui n'allaient point au fait ; il demanda d'être jugé par le pape. Lesquels de-
vons-nous plutôt soupçonner de fausseté, les trois cardinaux commissaires, ou Jacques de Molay ? Les premiers ne pouvaient avoir aucun motif; l'intention du pape n'était point que l'on usât de supercherie ; dans ses bulles de commission, il recommande l'équité et l'observation des formes. Ce n'était pas non plus celle du roi , puisqu'il consultait le clergé de Paris, les universités, les parlements, et se conduisait avec toutes les précautions possibles : nous verrons qu'il n'axait pas besoin de falsiGcation ni de supplices pour obtenir l'extinction de l'ordre des templiers. Deux des cardinaux lui écrivirent pour lui rendre compte de leur commission; ils lui mandèrent qu'ils avaient accordé l'absolution des censures à Jacques de Molay et à cinq autres chevaliers repentants ; ils supplièrent le roi de les traiter favorablement. Ce ne sont pas là des marques de perfidie. Quant au grand maître, il n'est pas le seul criminel qui ail varié dans les interrogatoires, et qui ait rétracté les aveux qu'il avait faits d'abord.
« Onzièoiement, on eût accordé la vie à ce grand mailre et à Gui, frère du dauphin d'Auvergne, s'ils avaient voulu se reconnaître coupables publiquement, et on ne les brûla que parce qu'appelés en présence du peuple sur un échafaud pour avouer les crimes de l'ordre, ils jurèrent que l'ordre était innocent. Cette déclaration , qui indigna le roi, leur attira leur supplice, et ils moururent en invoquant en vain la vengeance céleste contre leurs persécuteurs. » Nous avons déjà fait remarquer que celte déclaration no prouve rien, sinon que ces deux chefs de l'ordre avaient ignoré jusqu'alors les crimes qui s'y commettaient, et qu'ils ne pouvaient se les persuader; leurs serments étaient donc téméraires, ils juraient de ce qu'ils ne savaient pas. Encore une fois, ces protestations ne pouvaient pas détruire les preuves positives tirées de l'aveu des coupables et de la déposition des témoins. Il y a plus : le pape s'était réservé le jugement de ces deux personnages et de deux autres chefs de l'ordre ; ce ne fut qu'après le concile de Vienne, et après la publication de la bulle qui supprimait les templiers, qu'il nomma de nouveaux commissaires pour achever leur procès. Ces commissaires furent trois cardinaux , l'archevêque de Sens, plusieurs évoques et plusieurs docteurs. Par-devant eux le grand maître, le frère du dauphin d'Auvergne et les dtux autres confessèrent de nouveau les crimes dont ils étaient accusés ; en conséquence, le 18 mars 1314, ils furent condamnés à une prison perpétuelle. L'on dressa un échafaud au parvis de Notre- Dame, pour qu'ils tissent leur confession publique , et c'est là que les deux premiers la rétractèrent. Le roi, informé sur-le-champ de cet événement, assembla sou conseil qui les condamna à être brûlés vifs, et cet arrêt fut exécuté le soir même. Dans cette circonstance, Philippe le Bel ne pouvait plus agir par vengeance ni par une autre passion ; l'ordre des templiers avait élé supprimé et