‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 121 sur 219 · CS · texte numérisé non relu

CS

rentes. 1° « Les uns ont dit qu'on pouvait sans la grâce éviter toutes les tentations contraires an droit naturel , et observer toute la loi de nature, non-seulement pendant quelque temps , mais durant le cours entier de la vie. » Gomme c'est là le pur pélagianisme formellement condamné par le concile de Trente, Basnage, pour son honneur, aurait dû citer au moins un théologien catholique qui ait enseigné celte doctrine, et nous soutenons hardiment qu'il n'y en a aucun. 2° « Les autres, continue Basnage , ont cru que l'on pouvait vaincre quelque tentation particulière , et éviter quelques péchés, mais qu'on ne pouvait les vaincre loules , ni observer tous les préceptes , sans le secours de la grâce. 3° Les autres n'ont accordé à l'homme que la force de surmonter quelques légères tentations , et non celle de résister à des tentations violentes et d'observer les préceptes difficiles. » Il est ridicule d'abord de distinguer ces deux opinions , puisque l'une rentre dans l'autre ; les partisans de la première n'ont jamais soutenu que, sans la grâce, l'homme pouvait vaincre quelque tentation particulière violente, ou observer quelque précepte difficile. 11 fallait encore observer que les uns ni les autres n'ont jamais enseigné que la résistance à une tentation quelconque, et l'observation d'aucun précepte faite sans la grâce, pussent contribuer au salut ni mériter la grâce ; et c'est en cela qu'ils se sont éloignés du pélagianisme. '*" « On pourrait former une longue liste des scolasliques qui ont cru que l'on pouvait faire une œuvre moralement bonne, sans la grâce, par un simple concours de Dieu qui donne le mouvement et l'action aux créatures. » Nous ne voyons point encore en quoi ce sentiment est différent des deux précédents, puisque les scolasliques n'ont jamais cru qu'une œuvre moralement bonne, ainsi faite, pouvait contribuer au sulut. 5° « Il y en a d'autres qui ont soutenu la nécessité de la grâce, soit pour vaincre toutes les tentations , soit pour éviter le péché, soit pour faire le bien. » Il était encore de la bonne foi d'ajouter que ce sentiment est le plus commun et presque universel parmi les théologiens catholiques.

Il est donc clair que toutes ces opinions se réduisent à deux , savoir à la dernière qui est presque générale; l'autre est celle de quelques scolasliques qui ont cru que l'homme, par ses seules forces naturelles et avec un secours de Dieu qu'ils regardent comme naturel , peut éviter quelques légères tentations, observer quelques préceptes faciles de la loi naturelle, faire quelques œuvres moralement bonnes, mais qui ne peuvent contribuer au salut , ni mériter la grâce , et que Dieu peut cependant récompenser par quelque bienfait temporel. Opinion très-indifférente à la doctrine du concile de Trente, et qui n'est point un pélagianisme, quoi qu'en disent Basnage et d'autres; mais opinion très-superflue , puisque Dieu donne aux infidèles et à tous les hommes des grâces pour faire le bien ; nous l'avons prouvé au

mot Infidèles. On voit par cet exemple , et par mille autres , combien peu l'on doit se fier aux assertions des protestants. — Basnage n'a pas été plus équitable à l'égard des Pères de l'Eglise; il prétend qu'ils ont varié sur cette question tout comme les théologiens ; l'on peut se convaincre du contraire en consultant le père Petau, de Jncarn., I. ix, c. 2 et 3 : l'uniformité de leur langage prouve qu'ils ont eu tous les mêmes notions du libre arbitre, de ses forces, ou plutôt de sa faiblesse.

Tentation de Jésus-Christ au désert. Les incrédules , qui ne lisent l'Evangile qu'avec des yeux critiques , sont scandalisés de ce que le Sauveur a permis au démon de le tenter : C'était , disent-ils , accorder à l'ennemi du salut un pouvoir injurieux à la dignité de Fils de Dieu. Les Pères de l'Eglise ont répondu qu'il n'était pas plus indécent au Sauveur du monde d'élre tenté, que d'être revêtu des faiblesses de l'humanité, d'élre injurié, outragé et crucifié par les Juifs. 11 voulait nous apprendre que la tentation par elle-même n'est pas un crime ; que , quand on y résiste, la vertu en reçoit un nouveau prix et un plus grand mérite. 11 voulait rassurer les âmes timides et scrupuleuses , qui se croient coupables parce qu'elles sont tentées, et qui se découragent dans le chemin de la vertu ; il voulait leur montrer par quelles armes l'on résiste au teniateur. C'est par la prière, par le jeûne, par les leçons de la parole de Dieu. 77 a fallu, dit saint Paul , que le Fils de Dieu fût semblable en toutes choses à ses frères , afin qu'il fut miséricordieux et fidèle pontifo auprès de Dieu, pour obtenir la rémission des péchés de son peuple : parce qu'il a éprouvé des tentations et des souffrances , il a acquis le pouvoir de secourir ceux qui sont tentés.... Nous n'avons donc pas un pontife incapable de compatir à nos infirmités, puisqu'il les a éprouvées toutes, à l'exception du péché ; approchons donc avec confiance du trône de sa grâce , pour y recevoir miséricorde et tous les secours dont nous avons besoin (ilebr., c. H, V. 17; c. iv, v. 15).

Les censeurs de l'Evangile ont imaginé que le démon transporta Jésus-Christ sur le sommet du temple , et ensuite sur une haute montagne, Matth.f c. iv, v. 5 et 8; mais le grec nupcù.«[iSx^i et le latin assumpsit ne signifient pas toujours transporter ; ils veulent dire souvent prendre avec soi, conduire; nous lisons, c. xvn, v. 1, que Jésus-Christ prit avec lui, assumpsit, trois de ses disciples, et qu'il les conduisit sur une montagne ; c. xx, v. 17, il prit avec lui ses douze apôtres, assumpsit, pour aller à Jérusalem. Quand nous disons qu'un homme s'est transporté dans tel endroit, cela ne signifie pas qu'il y est allé en l'air. L'évangéliste ajoute que du sommet d'une haute montagne le démon montra à Jésus- Christ tous les royaumes du monde et leur gloire, c. iv, v. 8; mais les montrer, ce n'est pas les faire voir à l'œil ; c'est en indiquer la situation, l'étendue, les richesses, etc.; il

TLR

TER

CTO

n'est pas besoin pour cela de voir toute la surface du globe. Ceux qui ont pensé que la tentation de Jésus-Christ au désert ne s'est point passée en réalité, mais seulement en songe ou en vision, se sont embarrasses mal. à propos; la narration de l'Evangile n'admet point cette explication.

TENTATIVE, thèse de théologie. Voy.

Degkk.

TERMINATES. On a ainsi nommé certains calvinistes qui mettent un terme à la miséricorde de Dieu. Ils enseignent, 1° qu'il v a beaucoup de personnes dans l'Eglise, et hors de l'Eglise, à qui Dieu a fixé un certain terme avant leur mort, après lequel il ne veut plus les sauver, quelque long que soil le temps pendant lequel elles vivront encore sur la terre; 2" qu'il l'a ainsi résolu par un décret impénétrable et irrévocable; 3" que ce terme une fois expiré, Dieu ne leur doune plus les moyens de se repentir et de se sauver, qu'il ôte même à sa parole tout pouvoir de les convertir; V que Pharaon, Saùl, Judas, la plupart des Juifs, beaucoup de gentils, ont été de ce nombre ; 5" que Dieu souffre encore aujourd'hui beaucoup de réprouvés de cette espèce; que s'il leur accorde encore des grâces après le terme qu'il a marqué, ce n'est pas dans l'intention de les convertir. Les autres prolestants, surtout les luthériens, rejettent avec raison ces sentiments, qui sont autant de conséquences des décrets absolus de prédestination soutenus par Calvin et par les gomaristes ; à proprement parler, ce sont autant de blasphèmes injurieux à la bonté infinie de Dieu et à la grâce de la rédemption, destructifs de l'espérance chrétienne, formellement contraires à l'Ecriture sainte. Voy. Endurcissement, Réprobation, Salct, etc.

TERRE. Ce mol dans l'Ecriture sainte a différentes significations. Il signifie, 1" le globe encore informe et mêlé avec les eaux, tel qu'il fut créé d'abord, Gen., c. i, v. 1 ; 2° ce même globe, tel qu'il fut arrangé ensuite, avec tout ce qui s'y trouve, les plantes, les animaux et les hommes, Ps. xxm, v. 1 ; 3° les habitants de la terre, Gen., c. w, v. 11; k° un pays ou une contrée particulière, comme quaDd il est dit: Bethléem terre de Juda ; o° nous lisons dans l'Exode qu'en Egypte les sauterelles dévorèrent la terre, c'est-à-dire ses fruits et ses productions; G° le tombeau, Job, c. x, v. 22 ; 1" la terre des virants signifie quelquefois la Judée, d'autres fois le séjour des bienheureux; 8° tou'e la terre ne désigne quelquefois que la Judée, comme Luc, c. h, v. l,ou l'empire romain seulement. Act., c. xi, v. 28. Faute de faire attention à ces divers sens, les censeurs de l'Ecriture sainte ont souvent fait des objections ridicules contre plusieurs passages.

Terre promisk ou Terre sainte. C'est aujourd'hui la Palestine. Celle partie a souvuut change de nom, et son étendue a varié eu différents te:nps, suivant les révoljtions qui y sont arrivées. Elle fut d'abord appelée la terre ou le paya de Chanaen, parce que les descendants duce petit-fils de Nocs'\ établi-

rent ; terre promise ou terre de promiasiun, parce que Dieu promit à Abraham de la donnera ses descendants; terre d'Israël, lorsque les Israélites, enfants de Jacob, en furent en possession ; terre suinte, parce que Dieu seul y était adoré. Lorsque les Israélites furent nommés Juifs, après leur retour de la captivité de Babylone, on appela leur pays Judée. Il paraît que ce sont les Romains qui lui ont donné le nom de Pulestine, parce que cette contrée est moins monlueuse que la Syrie dont elle était censée faire partie. Mais c'est à juste titre que les chrétiens l'ont appelée la terre sainte, depuis qu'elle a été. sanctifiée par la naissance de Jésus-Christ et par les mystères de notre rédemption. — Moïse, parlant de ce pays aux Israélites dans le désert, en fait une description pompeuse, Deut., c. vin, 7 ; il dit que c'est une terre excellente, où les ruisseaux, les fontaines et les eaux coulent en abondance; où naissent le froment, l'orge, les fruits do la vigne, les figues, les grenades, les olives, le miel ; où ils ne manqueront de rien; où l'on trouve le fer parmi les pierres, et le cuivre dans les montagnes. Il répète sans cesse que c'est une contrée dans laquelle coulent le lait et le miel; les autres écrivains sacrés s'expriment de même.

Plusieurs incrédules se sont inscrits en faux contre cet éloge : Il n'y avait pas lieu, disent-ils, de tant vanter ce pay9, ni de le promettre avec tant d'emphase à la postérité d'Abraham; il a tout au plus vingt-cinq lieues d'étendue ; il est sec, pierreux, stérile, surtout dans les environs de Jérusalem ; on y chercherait vainement les ruisseaux de lait et de miel promis aux Juifs. D'ailleurs, ils ne l'ont jamais possédé tout entier selon les limites qui lui sont assignées dans les livres de Moïse. Un célèbre incrédule anglais oppose au récit des auteurs sacrés celui de Sirabon, qui dit, Geogr'., I. xvi, que ce pays n'a pas de quoi exciter l'ambition Ri la jalousie, qu'il est rempli de pierres et de rochers, sec et désagréable dans toute son étendue. Ce témoignage, selon lui, doit prévaloir à tout ce qu'en disent les auteurs juifs. On y ajoute celui de saint Jérôme, qui y demeurait et qui l'avait parcouru; dans une lettre à Dardanus il parle très-désavantageusernent de la Palestine, et il en resserre beaucoup les limites. Enfin l'Ecriture sainte même atteste que ce pays était souvent affligé par la disette des vivres et par la famine.

Tout cela mérite un examen. 1° Selon la topographie de Moïse la terre promise devait avoir pour bornes à l'orient l'Euphrate, à l'occident la Méditerranée, au septentrion le mont Liban, au raidi le torrent de l'Egypte, ou de Rhiuocorure; cela fait une étendue de quatre-vingts lieues de long sur trentecinq de large, les cartes en font foi. Or, par le second livre des Rois, ch. vin; par le troisième, c. iv ; par le second des Paralipomênes, c. vm et ix, il est prouvé que David et Salomon l'ont possédée dans toute celte étendue sans exception. Il n'élail pas nécessaire que les Israélites en fussent les maître-

TER

TER

plus lot, ils n'étaient p;is encore assez multipliés pour l'occuper.

2° Au sentiment de Slrabon, nous pourrions opposer celui des auteurs grecs et romains, tels qu'Hécatée, Diodore de Sicile, Pline, Solin , Tacite, Ammien-Marcollin ; mais cela n'est pas nécessaire. Ce géographe n'avait pas vu le pays dont il parle, et il se contredit, puisqu'il ajoute que cette contrée est bien arrosée, favS-pav. Il dit que la Trachonite, qui était la partie la plus pierreuse et la plus remplie de rochers, puisqu'elle en avait tiré son nom, avait cependant des montagnes grasses et fertiles. On sait d'ailleurs que les vins de Gaza et de Sarept ont été célèbres chez les anciens. Que la Judée fût arrosée par la nature ou par l'art, cela est égal; Moïse n'avait pas laissé ignorer aux Israélites que ce pays demandait une culture assidue, Deut., c. il, v. 10. La terre que vous allez posséder, leur dit-il, n'est point comme celle de l'Egypte, d'où vous êtes sortis, que l'on sème comme un jardin, et qui est arrosée par elle-même, mais elle est coupée de montagnes et de plaines, elle attend les jduies du ciel ; le Seigneur votre Dieu la visite continuellement, et ses yeux y sont ouverts d'un bout de l'année à l'autre. Si vous lui êtes fidèles, il vous donnera des pluies à propos,

et vous accordera des récolles abondantes

Si vous adorez des dieux étrangers, le ciel fra fermé, vous éprouverez la sécheresse et la stérilité. La suite de l'histoire atteste que ces promesses et ces menaces ont été fidèlement accomplie*.

3° Pour prendre le vrai sens du passage de saint Jérôme, il faut le rapporter tout entier. Dans sa lettre à Dardanus, Op. t. n, col. 609 et 610, il voulait prouver que les éloges pompeux donnés à la terre promise n'étaient que l'emblème du bonheur éternel promis aux chrétiens ; voici comme il s'exprime : « Que l'on me dise combien les Juifs sortis de l'Egypte ont possédé de la terre promise; ils l'ont tenue depuis Dan jusqu'à Bersabée; c'est tout au plus cent soixante

milles en longueur J'ai honte d'en fixer

la largeur, de peur de donner lieu aux païens de blasphémer. Depuis Joppé jusqu'à notre petite ville de Bethléem, il y a quarante-six milles, après lesquels est un vaste désert rempli de barbares féroces (c'étaient les Sarrasins, aujourd'hui les Arabes Bédouins) Si vous envisagez, ô Juifs, la

terre promise telle qu'elle est décrite dans le

Page 1