CS
TER
TEC,
aucun pays du monde il n'y a autant d'aveugles qu'en Egypte. Ce même sable infecte les aliments, quelque soin que l'on prenne de les renfermer; il trouble le repos de la tinit, parce qu'il pénètre jusque dans l'intérieur des lits, malgré toutes les précautions. L'Egypte ne produit' point de vin , et les olives y sont bien inférieures à celles de; la Syrie ; dans la baute Egypte les chaleurs de l'été sont insupportables. La Palestine n'est point sujette à ces inconvénients ; elle abonde en plusieurs productions dont l'Egypte manque absolument. On peut juger de la différence de ces deux climats par la taille avantageuse des Maronites que nous voyons en Europe, en comparaison desquels les Egyptiens ne sont que des pygmées difformes. Or, Tacite reconnaît que les Juifs étaient sains, robustes et laborieux, corpora hominum salubria et ferentia laborum. Il n'est point d'homme instruit qui ne préférât la position de la Palestine à celle de l'Egypte, quoi qu'en disent quelques écrivains modernes, qui ne nous ont fait des descriptions pompeuses et riantes de l'Egypte que pour contredire ceux qui avaient écrit avant eux. Volney, plus judicieux, représente l'Egypte comme un pays malsain, désagréable, incommode à tous égards, dans lequel les voyageurs ne cherchent à pénétrer que pour en visiter les ruines.
TERTULL1EN, prêtre de Car' liage et célèbre docteur de l'Eglise. On croit communément qu'il est né vers l'an 160, et qu'il est mort vers l'an 2V5; quoique ces dates ne soient pas absolument certaines, tout le monde convient qu'il a écrit sur la fin du il* siècle et au commencement du 111e. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages, dout la meilleure édition est celle que Rigaud a fait imprimer à Paris en 163k et 1642, in-folio. En général le style de Tertullien est dur et obscur, il faut y être accoutumé pour l'entendre; il s'est fait, pour ainsi dire, un langage particulier; c'est pour cela que l'on a mis à la fin de ses ouvrages un dictionnaire des mots qui ne se trouvent que chez lui, ou qu'il a pris dans un sens qui n'est pas commun. Voyez Index glossarum Terlulliani. 11 nous apprend lui-même qu'il était né et qu'il avait été clevé dans le paganisme, et il
vin délical el très-délicieux ; plusieurs sont peuplées d'oliviers, de figuiers, d'orangers et de citronniers; le miel et le lait sont si communs dans celte province, que les habitants en mangent à tous leurs repas et en assaisonnent tomes leurs nourritures ; on y trouve du gibier en abondance. Enfin la Palestine est si avantageusement comblée des richesses delà nature, qu'au rapport de Sliaw, qui l'a examinée avec soin, si ell<î était aussi peuplée el aussi bien cultivée aujourd'hui qu'elle l'était autrefois, elle serait encore plus fertile que la plus belle contrée de la Syrie et de la Pliéuicic. Qu'on juge quels doivent être les productions et les agréments d'une province qu'un connaisseur aussi hit bile que cet Anglais préfète au délicieux territoire de Damas, qu'on appelle le paradis de la Syrie. Qu'on la compare à ptésent, si on l'ose, avec la Suisse, qui, loin d'accorder à ses habitants les délices de la vie, leur refuse le nécessaire. Réponses critiques, etc.. par Bullel, t. I.
avoue les délauls el les vices auxquels, il avait élé sujet avant sa conversion ; de Pœnit., c. h et 12. Mais il embrassa la religion chrétienne avec pleine connaissance de cause; et, pour rendre rai-on de son changement, il composa son Apologétique pour défendre le christianisme contre les reproches et les fausses accusations des païens; il l'adressa aux magistrats de Carthage el aux gouverneurs des provinces; il présenta dans la suite un mémoire à Scapula, gouverneur de Carthage, pour le même sujet. On retrouve le canevas et la première ébauche de ces deux écrits dans celui qu'il a intitulé Ad Naliones. Son Apologétique et son Traité dis Prescriptions contre les hérétiques sont les principaux et les plus estimés de ses ouvrages ; nous avons parlé de l'un el de l'autre sous leur titre particulier. — Comme Tertullien était d'un caractère naturellement dur et austère, il se laissa séduire sur la fin de sa vie par les maximes de morale sévère el par les apparences de vertu qu'affectaient les montanisles; il en adopta les rêveries et les erreurs : triste exemple des travers dans lesquels peut donner un grand génie, dès qu'il ne veut plus se laisser conduire par les leçons de l'Eglise, et qu'il se fie trop à ses propres lumières. Les écrits qu'il a composés après sa chute n'ont pas autant d'autorité que les précédents, et on les reconnaît surtout au ton de sévérité excessive qui y domine; cela n'empêche pas que ce Père no tienne un rang distingué parmi les témoins de la tradition sur tous les dogmes qui n'ont point de rapport à ses erreurs.
Il n'est aucun des écrivains ecclésiastiques duquel on ail dit autant de bien et autant de mal, el l'on a pu le faire sans blesser absolument la justice ni la vérité. Saint Cyprien, qui a vécu peu de temps après lui, en faisait tant de cas qu'il l'appelait son maître; en demandant ses ouvrages, il disait : Da magisirum. Au v* siècle, Vincent de Lérins, Commonit.fC. 18, édit. Baluz., en fait le plus grand éloge. « De même, dit-il, qu'Origène a été le plus célèbre de nos écrivains chez les Grecs, Tertullien l'a été chez les Latins. Qui fut jamais plus savant que lui, ou plus exercé dans les sciences divines el humaines? 11 a connu tous les philosophes et leur doctrine, tous les ihefs de sectes el leurs opinions, toutes les histoires et leurs variétés; il les a comprises avec une sagacité singulière. Son génie est si fort et si solide, qu'il n'a rien attaqué sans le détruite par sa pénétration, ou sans le renverser par le poids de ses raisonnements. Comment louer dignement ses écrits, dans lesquels il y a une lelle connexion de raisons et de preuves , qu'il furce l'acquiescement de ceux même qu'il n'a pas pu persuader? Chez lui autant de mois, autant de sentences; autant de réflexions, autant de victoires. On peut interroger à ce sujet Marciou , appelé Praxéas ; Hermogènc, les juifs, les païens, les gnostiques el les autres, dont il a écrasé les blasphèmes par ses livres comme par autant de foudres. Cependant,, après tout
0'83 TEK
cela, ce même Tertullien , peu fidèle au dogme catholique, c'est-à-dire à la croyance ancienne et universelle, cl moins heureux qu'éloquent, a changé de sentiments; il a vérifié enfin ce que saint Hilaire a dit de lui, que par ses doruières erreurs il a ôté l'autorité à ceux de ses écrits que l'on approuvait le plus. » Aussi Tertullien a eu des censeurs sévères parmi les l'ères de l'Eglise et parmi les auteurs modernes, chez les catholiques aussi bien que chez les hérétiques et chez les incrédules; indépendamment des erreurs de la secte qu'il avait embrassée, on lui en a reproché de très-graves, tant sur le dog-ne que sur la morale. S'il nous est permis d'en dire noire avis, il nous paraft que souvent on l'a jugé avec trop de sévérité, et qu'on ne s'est pas donné assez de peine pour prendre le vrai sens du langage particulier qu'il s'était formé. On ne peut pas le disculper en tout; mais plusieurs écrivains judicieux et modérés sont venus à bout de dissiper une partie des accusations dont on le charge, et nous voudrions pouvoir être de ce nombre. Pourquoi prendre dans un mauvais sens des expressions susceptibles d'une signification très-ortbodoxe, surtout lorsqu'un auteur s'est expliqué ailleurs plus clairement et plus d'une fois?
1° L'on reproche à Tertullien d'avoir enseigné que Dieu, les anges et les âmes humaines sont des corps. Le passage le plus fort que l'on objecte est tiré de son livre contre Praxcas , qui prétendait qu'il n'y a en Dieu qu'une seule personne, savoir le Père; que c'est lui qui s'est incarné, qui a souffert pour nous, et qui a été nommé Jésus-Christ; ainsi Praxéas fut l'auteur de l'hérésie des patripassiens. Voyez ce mot. Conséquemmeni il disait que le Verbe divin, dans l'Ecriture sainte, signifie simplement la parole de Dieu ; que ce n'est ni une substance ni une personne, non plus que la parole humaine, qui n'est qu'un son ou une répercussion de l'air. Advers. Prax., c. 7. Voici comme Tertullien argumente contre lui, ibid. «Je vous soutiens qu'un néant et un vide n'ont pas pu émaner de Dieu, comme si Dieu lui-même était un vide et un néant ; que ce qui est sorti d'une si grande substance et qui a fait tant d'êtres subsistants, ne peut pas être sans substance, lia fait luimême tout ce que Dieu a fait. Comment peut être un néant, celui sans lequel rien n'a été fait?.... Appeloiu-nous un vide et un néant celui qui est appelle F il» de Dieu, et Vieil luimême? Le Verbe était en Dieuy et le Verbe
était Dieu Qui niera que Dieu ne soil un
corps, quoiqu'il soil un esprit? L'esprit est un corps dans son genre et dans sa forme (ou dans sa manière d'être ); louées les choses invisibles uni en Dieu leur corps •>( leur forme, par lesquels «lies sont visibles à Dieu ; à combien plus forte raison ce qui \ ieut de la substance de Dieu ne sera-t-il pas sans substance? Quelle qu'ait été la substance du Verbe, je dis que c'est une personne, et, en lui donnant le nom de W-Hi, je le soutiens second après le Père. >
TEK
Il nous paraît évident que Tertullien a confondu le terme de corps avec celui de substance, puisqu'il les oppose l'un et l'autre au vide et au néant, et que par forma, effigies, il entend la manière d'être des esprits, rien autre chose. Le savant Huet n'est point de cet avis: Tertullien, dit-il, n'était ni assez ignorant en latin ni assez dépourvu de termes, pour n'avoir pu exprimer un être subsistant, autrement que par le mot de corps; Origen. quœst., I. m, q. 1, § 8. Beausobre et d'autres se sont prévalus de celle réflexion. Sauf le respect dû au docte Huet, elle n'est pas juste. Tertullien parlait le latin d'Afrique et non celui de Home; on ne peut pas nier qu'il n'ait donné à une infinité de mots latins un sens loul différent de celui des écrivains du siècle d'Auguste. Cicéron lui-même, obligé d'exprimer dans sa langue les matières philosophiques qui n'avaient été traitées jusqu'alors qu'en grec, fut farté de se servir de termes grecs, ou de donner aux termes latins une signification très-différente de celle qu'ils avaient dans l'usage ordinaire. Tertullien, au second siècle, s'est trouvé dans le mémo cas à l'égard des matières théologiques ; avant lui personne ne les avait traitées en latin, son langage n'a donc pas pu être aussi exact, ni aussi épuré qu'il l'a été dans la suite. D'ailleurs Huet n'ignorait pas que Lucrèce a dit corpus aquœ pour la substance de l'eau, parce que, dans l'usage ordinaire, substantia signifiait autre chose qu'un être subsistant, ce terme est une métaphore. Quand nous disons le corps d'une pensée, pour distinguer le principal d'avec l'accessoire, nous n'entendons pas pour cela qu'une pensée est corporelle ou matérielle.
Tertullien a soutenu contre Hermogène que Dieu a créé la matière et les corps, donc il est impossible qu'il ail cru que Dieu esl un corps. Dans le livre même contre Praxcas, chap. 5, il dit : « Avant toutes choses Dieu était seul, il était à lui-même son monde, son lieu, son univers; p Jpse sibi et mundus, et loc.us et omnia. Une idée aussi sublime est-elle compatible avec l'opinion d'un Dieu corporel ? Enfin, au ive siècle, saint Phébade, évêque d'Agen , dont la doctrine est bien connue d'ailleurs, a donné comme Tertullien le nom de corps à tout ce qui subsiste. Voyez llist. litt. de la France, tome I, n' part., p. 271. Par ces mêmes réflexions l'on pourrail justifier ce qu'il a dit des anges et de l'âme humaine, mais celle discussion nous mènerait trop loin. Il nous parait qu'il a seulement cru qu'un esprit créé est toujours revêtu d'un corps subtil [jour pouvoir agir au dehors, opinion très-indifférente à la foi : il ne s'ensuit pas que Tertullien n'ail eu aucune notion de la parfaite spiritualité.
'2° L'on prétend qu'il n'a pas été orthodoxe sur le mystère de la sainte Trinité ; mais il a été justifié sur ce point par Bullus et par Bossuet. Dans le livre contre Praxéas , c. '2, il y a une profession de foi sur ce mystère, qui nous paraît irrépréhensible, quoique conçue dan* des termes dont on ne se sert plus aujourd'hui; on sait que, pour l'expli-
TIvi