‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 124 sur 219 · ER · texte numérisé non relu

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«juer avec plus d'exactitude, les scolasliques ont été obligés d'employor de9 termes barbares inconnus aux anciens auteurs latins.

3° C'est surtout en fait de morale que l'on a imputé les erreurs les plus grossières à Tertullien; Barbey rac, Traité de la Morale des Pères, c. 6, l'accuse d'avoir condamné absolument l'étal militaire et la profession de soldat, la fonction de faire sentinelle devant un temple d'idoles, la coutnmed'allumer des lampes et des flambeaux dans un jour de réjouissance, l'usage des couronnes, les fonctions de juge et de magistrat, la fréquentation des spectacles, surtout de la comédie, la dignité d'empereur, les secondes noces, la fuite dans les persécutions, la juste défense de soi-même, etc. Dans divers articles <!e ce Dictionnaire nous avons fait voir l'injustice de la plupart de ces reproches. Terlullien a regardé la profession des armes' comme défendue à un chrétien, non-seulement à cause du brigandage auquel les soldats romains se livrèrent dans les séditions que l'on vit éclore sous Niger et Albin, mais a cause du serment militaire que les soldats prêtaient en présence des enseignes chargées de fausses divinités, et du culte idolâtre que l'on rendait à ces mêmes enseignes; Tertullien s'en est expliqué clairement dans son Apologétique et ailleurs. Vu l'excès de la superstition qui régnait pour lors, il n'était guère possible de faire sentinelle devant un temple d'idoles, sans participer en quelque manière au culte qu'on y pratiquait, il en était de même des couronnes que l'on distribuait aux soldats. Les fêtes et les jours do réjouissance étaient célébrés à l'honneur des divinités du paganisme; un chrétien devait-il y prendre pari? Ce Père a douté si les empereurs pouvaient être chrétiens, ou si un chrétien pouvait êire empereur, dans un temps où l'un des points principaux de la politique romaine était de persécuter le christianisme; il a pensé de même de la magistrature, lorsque les juges et les magistrats étaient obligés tous les jours à condamner des chrétiens à mort : avait-il tort? ïl n'en avait pas plus de réprouver les spectacles, lorsque la scène était ensanglantée par les combats de gladiateurs, et souvent par le supplice des chrétiens, et les comédies ordinairement très-licencieuses. 11 a blâmé la défense de soi-même pour cause de religion, dans des circonstances où il fallait aller au martyre;- et les secondes noces, dont la plupart se faisaient en vertu d'un divorce que les chrétiens n'ont jamais dû approuver. Pour savoir si des leçons de morale sont vraies ou fausses, justes ou répréhensibles, il faut commencer par connaître le ton des mœurs qui régnaient et les abus que l'on se permettait; jamais les protestants n'ont pris cette précaution avant de blâmer les Pères de l'Eglise. Quant à la fuite dans les persécutions, Jésus-Christ l'a formellement permise, MiUtli., c. x, v. 23; Tertullien ne l'a condamnée qu'après s'être laissé séduire par la morale outrée des monlanistes ; son livre

de Fuga in prnecutione est un de ses der-

niers ouvrages.

Mais il y a une difficulté touchant l'état militaire : Tertullien semble le condamner absolument, de ldololat., c. 19; cependant il dit dans son Apologétique , cap. 37 et 42, que les armées romaines étaient remplies de soldats chrétiens. Suivant l'opinion d'un incrédule moderne, cela ne fut vrai que sous Constanco-Clilore, soixante ans après Tertullien; il ne parlait ainsi qu'.ifin de faire paraître son parti redoutable. Ce grand critique ignorait sans doute que déjà sous les Antonins et sous Marc-Aurèle, immédiate ment après la naissance de Tertullien, le fait qu'il avance était connu et incontestable, il passait pour constant que sous Marc-Aurèle était arrivé le miracle delà légion fulminante, composée principalement de soldats chrétiens, miracle que Tertullien affirme cornu e certain, c. 5. Voyez Légion fulminante. Il atteste qu'aucun d'eux n'a jamais trempé dans les séditions que l'on vil arriver sous Albin, sous Niger, sous Cassius, ibid., 35, ad Scapul., c, 11 ; il ne craignait donc pas d'être contredit. Il est probable que ces soldats avaient prêté le serment militaire sans être astreints aux cérémonies accoutumées ; et n'avaient fait aucun acte d'idolâtrie, puisque, sous les empereurs suivants, plusieurs souffrirent le martyre plutôt que de se rendre coupables de ce crime.

4" Plusieurs prolestants ont soutenu que Tertullien n'attribuait aucune autorité à l'évoque de Rome, et qu'il ne croyait pas la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie ; par reconnaissance ils ont parlé de ce Père avec plus de modération que des autres. Mais ils se sont vainement flattés de son suffrage. Dans son Traité des Prescriptions contre les hérétiques, c. 22, il demande si la doctrine de Jésus-Christ a été ignorée par saint Pierre , « qui a élé nommé la pierre de l'édifice de l'Eglise, qui a reçu les clefs du royaume des cieux et le pouvoir de lier et de délier dans le ciel et sur la terre. » C. 36, il dit : « Si vous êtes à portée de l'Italie, vous avez Rome dont l'autorité est près de vous. Heureuse Eglise, à laquelle les apôtres ont livré avec leur sang toute la doctrine de Jésus- Christ 1 Voyonsce qu'elle a appris, ce qu'elle enseigne : or, elle est d'accord avec les Eglises d'Afrique.... Puisque cela est ainsi, nous avons la vérité pour nous tant que nous suivons la règle qui a élé donnée à l'Eglise par les apôtres , aux apôtres par Jésus-Christ, à Jésus-Christ par Dieu luimême ; et nous sommes fondés à soutenir que l'on ne doit pas admettre les hérétiques a disputer par les Ecritures, puisque nous prouvons, sans les Ecritures , qu'ils n'ont rien à y voir. » Que les protestants pensent et parlent comme Tertullien, qu'ils attribuent à la seule Eglise apostolique qui subsiste aujourd'hui, la même autorité que ce Père lui attribuait, nous serons satisfaits. Mais ils se sont élevés contre ce Traité des Prescriptions, et nous avons répondu à le-rs plaintes. Y oyez ce mot.

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