‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 125 sur 219 · Il II TER CD'J · texte numérisé non relu

Il II TER CD'J

\ l'article ëucsaristik, nous avons fait les incrédules en ont fait un reproche à saint hit que Tertullien a enseigné très-claire- l'aul de même qu'à 7Vr/n//i'fn. nient la présence réelle de Jésus-Christ dans 6° L'un de ces critiques imprudents dit ce sacrement, cl que les protestants rendent que, dans son livre de Pallio, co Père déMt* mal le sens des passages de ce Père qui une morale qui le dispensait des devoirs dt* semblent prouver le contraire. la société, et que c'était l'esprit du christia- 5° Quelques incrédules ont dit qu'il a fait nisme. Un autre est scandalisé d'avoir lu ce un raisonnement absurde dans son livre de passage. Apol., c. 32 : « Nous avons encore Carne Christi, c. 5; il argumente contre un plus grand intérêt à prier pour les empe- Marcion, qui ne voulait pas croire que le reurs, pour tous les éiats de la société, pour Fils de Dieu s'est véritablement incarné et la chose publique, parce que nous savons qu'il a réellement soulTeri ; il dit : « Le Fils que la prospérité de l'empire romain est une de Dieu a élé crucifié, je n'en rougis point, espèce de garant contre la révolution terrible parce que c'est un sujet de honte. Le Fils dont le monde est menacé, et contre les horde Dieu est mort, il faut le croire, parce que ribles fléaux par lesquels l'ordre présent des cela est indécent; il est sorti vivant du loin- choses doit finir. » De là le censeur conclut beau, cela est certain , parce que cela est que les chrétiens n'auraient pas prié pour impossible. » On ne peut pas , disent nos leurs maîtres s'ils n'avaient pas eu peur de censeurs, déraisonner plus complètement, la fin du monde.

Pour en juger sensément il ne fallait pas Voilà edmme raisonnent des écrivains sans supprimer ce qui précède; il demande à réflexion. Dans le livre de Pallio, Tertullien .Marcion : « Direz-vous qu'il est honteux à répondait à ceux qui le tournaient en ridi- Dicu d'avoir racheté l'homme, et jugerez- cule, parce qu'il affectait de porter le inanvous indignes de lui les moyens sans lesquels leau des philosopher au lieu de l'habit cortiil ne l'aurait pas racheté? Par sa naissance mon ; il n'était donc pas question des devoirs il nous exempt, de la mort et nous régénère de là société, mais des modes, des coutumes, pour le ciel ; il guérit les maladies de la des usages indifférents. Tertullien se défend chair, la lèpre, la paralysie, la cécité, etc. en jetant du ridicule à son tour sur la plu- Cela est-il indigne de Dieu et de son Fils, part de ces usages ; c'est une satire trèsparce que vous le croyez ainsi? Que cela soit vive, pleine d'esprit et de sel un peu causinsensé, si vous le voulez; lisez saint Paul : tique. 11 n'est presque aucun de nos philo* Dieu a choisi ce qui paraît une folie pour con- sophes qui n'en ait fait autant à l'égard de fondre la sagesse des hommes. Or, où est ici nos mœurs et de nos usages; lorsque leur la folie? Est-ce d'avoir amené l'homme au censurea paru ingénieuse, on s'en est amusé, culte du vrai Dieu, d'avoir dissipé les erreurs, et on ne leur en a pas su mauvais gré. Quant d'avoir enseigné la justice, la chasteté, la aux devoirs de la société civile, Tertullien patience, la miséricorde, l'innocence? Non, atteste , dans son Apologétique, que les chrôsans douie. Cherchez donc les folies dont tiens les remplissaient avec la plus grande parle l'Apôtre.... C'est évidemment la nais- exactitude , et il défiait leurs ennemis de sance, les souffrances, la mort, la sépulture leur rien reprocher sur ce sujet. — Dans le du Fils de Dieu.... Vous vous croyez sage chap. 31, il avait cité les paroles de saint de ne pas croire tout cela, mais souvenez- Paul , qui ordonne de prier pour les rois, vous que vous ne serez véritablement sage pour les princes, pour les grands , afin que qu'autant que vous serez insensé selon le la société soit tranquille et paisible. « Lorsmonde, en croyant de Dieu ce qui paraît in- que l'empire est ébranlé, dit-il, nous en sensensé aux mondains.... Saint Paul fait pro- tons le contre-coup, comme les autres ci-

fession de ne savoir que Jésus crucifié toyens. » Chapitre 32, il ajoute le passage

Respectez, ô Marcion, l'unique espérance que nos adversaires lui reprochent. Or , il du monde entier, ne détruisez point l'igno- n'y est pas question de la fin du monde, □unie inséparable de la foi. Tout ce qui pa- mais d'une révolution terrible que l'on prémil indigne de Dieu est utile pour moi; je voyait, et qui arriva en effet au commencesuis sûr de mon saint, si je ne rougis point ment du ve siècle par l'irruption des barbares de mon Dieu. Je rougirai, dit-il, de celui qui dans l'empire. Déjà dès le iir, vu la conlirotajira de moi ; telle est la confusio.i salu- nuilé des guerres civiles , le fréquent maslaire que je veux avoir, ou plutôt, en la b.a- sacre des empereurs, les dissensions des v .i ii t , je veux me montrer impudent avec grands, l'indiscipline des soldats , on préraison, et insensé pour mon bonheur. Le voyait que les barbares , toujours prêts à Fils de Dieu a été crucifié, je n'en rougis fondre sur l'empire et qui le menaçaient de point, parce que c'est un sujet de houle; le toutes parts , viendraient à bout de lo ren- Fils de Dieu est mort, il faut le croire, parce verser; l'on craignait les malheurs dont que c'est une indécence; il est sorti vivant celte catastrophe serait nécessairement suidu tombeau, cela < st certain, parce que cela vie , et l'événement n'a que Irop vérifié ces est impossible. » Impossible, selon Marcion tristes présages. Tertullien < lies autres Pères cl selon le monde, mais non selon les lu- qui ont parlé de même n'avaient pas lorl, mitres de la foi. 11 est évident que le dis- c'est mal à propos qu'on leur reproche d'acours de Tertullien n'est autre cho-.e que le voir annoncé la fin du monde. Comment la commentaire de ces par. des de saint Paul: prospérité de l'empire romain aurait-elle pu Quœstulta sunt mundi elegii Deus ut confun- être un garant contre la fin du monde? Yoy. dût sàpienles, clc, / ('or., c. i, v. 27; aussi Monde.

TES

TES

7° Parmi les protestants, l'un soutient que Terlullien et Justin le Martyr ne pouvaient se tirer avec honneur de leur controverse avec les Juifs , parce qu'ils ignoraient leur langue, leur histoire', leur littérature, et qu'ils écrivaient avec une légèreté et une inexactitude que l'on no saurait excuser. Un autre dit que ce Père s'est trompé lourdement en attribuant toutes les hérésies à la philosophie des Grecs ; qu'il n'a point eu de connaissance du système des émanations et de la philosophie des Orientaux , de laquelle les gnosliques avaient tiré toutes leurs erreurs.— Ne sont-ce pas ces critiques mêmes qui écrivent avec un peu trop de légèreté? 11 n'était pas besoin de savoirl'hébreu pour disputer contre des Juifs hellénistes qui ne l'entendaient plus eux-mêmes, et qui ne lisaient l'Ecriture sainte que dans la versiou grecque des Septante ou dans celle d'Aquila. Les Juifs n'ont repris qu'au ixc siècle la coutume générale de ne lire la Bible dans leurs synagogues qu'en hébreu et en chaldéen ; c'est un fait constant. Us ne connaissaient leur propre histoire que par l'Ecriture sainte, par les écrits de Josèphe, de Philon et de Juste de Tibér i:ide ; et tous étaient composés en grec. Depuis que nos savants ont appris l'hébreu, onl-ils converti beaucoup plus de Juifs que les Pères des trois premiers siècles ? Ceux-ci avaient deux grands avantages , savoir , la mémoire des faits toute récente , et les dons miraculeux qui subsistaient encore dans l'Eglise; nous ne croyons pas qu'une grande connaissance de la langue hébraïque puisse les compenser. Terlullien connaissait les émanations, puisque, dans son livre contre Pruxéas, c.8, il dislingue la génération du Fils de Dieu d'avec les émanations des valenliniens, et qu'il en montre la différence. Dans les articles Emanation et Platonisme, nous avons l'ait voir que les gnosliques ont pu emprunter leur système de la philosophie de Platon, tout aussi bien que de la philosophie des Orienlaux,et que la prévention des critiques protestants en faveur de celte dernière n'est fondée sur rien.

Encore une fois , nous ne prétendons pas justifier tout ce qu'a écrit Terlullien; il y a des erreurs dans ses ouvrages , mais beaucoup moins que ne le prétendent certains critiques prévenus et pointilleux qui se copient les uns les autres sans examen. Nous persistons à croire que souvent il a été jugé et condamné trop sévèrement , parce qu'on ne s'est pas donné la peine d'étudier son style coupé, sententieux , plein d'ellipses et de réticences , ni sa manière de raisonner brusque, impétueuse, qui passe rapidement d'une pensée à une autre , et qui laisse au lecteur le soin de suppléer à ce qu'il ne dit pas. Ce n'est point un moifèle à suivre, mais c'est un écrivain qui donne beaucoup à penser et qui mérite délie lu plus d'une fois.

TESTAMENT. En latin et en français ce terme signifie proprement l'acte par lequel an homme près de mourir déclare ses dernières volontés ; mais il n'est pas employé

dans ce sens par les écrivains hébreux. Le seul exemple que l'on trouve chez les patriarches d'un testament proprement dit est celui de Jacob, qui au lit de la mort fit connaître à ses enfants ses dernières volontés ; mais c'était plutôt une prophétie de ce qui devait leur arriver , et de ce que Dieu avait décidé sur leur sort, qu'une disposition libre et arbitraire de la part de Jacob. Quant aux dernières paroles de Joseph , de Moïse, de Josué, de David , on ne peut leur donner le nom de testament que dans un sens assez impropre. L'hébreu bérith, et le grec ôiaOïjjoj qui y répond, signifient en général disposition, institution, traité, ordonnance, alliance, aussi bien qu'une déclaration de dernière volonté ; de là les traducteurs latins ont rendu communément ces deux termes par celui de testament, quoiqu'ils désignent plutôt à la lettre une alliance, un traité solennel par lequel Dieu déclare aux hommes ses volontés, les conditions sous lesquelles il leur fait des promesses et veut leur accorder ses bienfaits.

Au mot Alliance, nous avons observéque Dieu a daigné plus d'une fois faire ces sortes de traités avec les hommes ;il a fait alliance avec Adam, avec Noé au sortir de l'arche, avec Abraham; mais on ne donne pointa ces actes solennels le nom de testament; il est réservé aux deux alliances postérieures, à l'une que Dieu conclut avec les Hébreux par le ministère de Moïse , à l'autre qu'il a faite avec toutes les nations par la médiation de Jésus-Christ. La première est nommée l'ancienne alliance , le Vieux Testament; la seconde est la nouvelle alliance , le Nouveau Testament. Saint Paul , Hebr. , c. ix v. 15 et seq. , a donné à l'un et à l'autre le nom de testament dans le sens le plus propre, il les fait envisager comme des actes de dernière volonté. Jésus-Christ, dit-il, est le médiateur d'un testament nouveau , afin que par la mort qu'il a soufferte pour expier les iniquités qui se commettaient sous le premier testament , ceux qui sont appelés de Dieu reçoivent l'héritage éternel qu'il leur a promis. Ene/f'el, où il y a un testament , il est nécessaire que la mort du les tuteur intervienne, parce que le testament n'a lieu que par la mort, et n'a point de force tant que le testateur est en vie. C'est pourquoi le premier même fut confirmé par le sang des victimes, etc. Jésus-Christ, en instituant l'Eucharistie, dit aussi : Ceci est mon sang, le sang du nouveau testament, qui sera versé pour plusieurs en rémission des péchés {Mutlh. xxvi , 28). Saint Paul avait dit dans le c. vin , v. G : Jésus-Christ est revêtu d'un ministère d'autant plus au juste, qu'il est médiateur d'un testament plus avantageux et fondé sur de meilleures promesses ; car si le premier ai ait été sans défaut , il n'y aurait pas lieu d'en faire un second.

Faut-il conclure de ces paroles que l'Ancien Testament était unealliance défectueuse, imparfaite , désavanlageuse aux Hébreux, un fléau plutôt qu'un bienfait ? C'est l'erreur qu'ont soutenue Simon le Magicien et ses

ThS

TES

Gl'i

disciples, les ma'reîéititca , les manichéens, i't après eu* les incrédules modernes. Vingt lois, pour réfuter leurs sophismes , nous avons été obligé d'observer que les mots bon, mauvais, bien, mal , parfait, imparfait, etc. , sont des termes purement relatifs et qui ne sont vrais que par comparaison. L'ancienne alliance était sans doute à tous égards moins parfaite et moins avantageuse que la nouvelle , en ce sens elle était défectueuse; mais ce défaut était analogue au génie, au caractère, aux habitudes des Juifs, à la situation et aux circonstances dans lesquelles ils se trouvaient. Saint Paul lui-même soutient, Rom., c. m , v. 2 , que la révélation qui leur avait été adressée était un grand bienfait; c. îx , v. '* , que Dieu leur avait donné le litre d'enfants adoptifs , la gloire, l'alliance, des lois, des ordonnances, des promesses ; c. xi, v- 28, qu'ils sont encore chers à Dieu à cause de leurs pères , elc. Dieu ne fail rien de mauvais en lui-même, ses leçons, ses lois, s;'S promesses, ses châtiments même sont toujours «les grâces ; mais il ne doit point les accor 1er toujours aux hommes dans la même mesure; souvent ils sont incapables de les recevoir et d'en profiter ; il les dispense avec sagesse , et la réserve qu'il y met ne déroge en rien à sa bonté.

D'autre pari , les h ifs ont donné dans l'excès opposé, en soutenant que Dieu ne pouvait donner aux hommes une loi plus sainte, un culte plus pur, une religion plus parfaite que celle qu'il avait prescrite à leurs pères. Dieu avait-il donc épuisé en leur faveur tous les trésors de sa puissance et de sa bonté? Voy. Judusmb. § k.

Beausobre, Mst. du Manich.,l. I, I. i, c. 3 cl '*, après avoir rapporté sommairement les objections que faisaient les manichéens contre l'Ancien Testament, prétend que les Pères de l'Eglise y ont fort mal répondu, qu'i s se sont sauves par des allégories desquelles ers hérétiques ne devaient faire aucun cas; il cite pour exemple Origèno e( saint Augustin , et il se flatte de répondre beaucoup mieux qu'eux à ces mêmes difficultés. Nous n'attaquerons pas ses réponses , quoiqu'il y en ait quelques-unes qui auraient besoin de correctif : mais nous défendrons les Pères. Il est absolument faux qu'ils se soient bornés à des explications allégoriques , pour satisfaire aux reproches des manichéens.

Saint Augustin, qui en avait fait beaucoup d'usage d ms son livra de Genesi contra mauichœos, et qui comprit que cela ne suffisait pas, en écrivit un autre de Genesi ad lilteram, dans leqacl il s'allacha principalement au sens littéral. En parlant du manichéisme, ^ 6, nous avons fail voir que ce Père a li es— bien saisi les principes qui résolvent la gré ridé question de l'origine du mal, et il nous serait facile de montrer que , dans divi-rs endroils , il a donné aux maniché ns lrt5 mêmes réponses que licausohre ; mais relie discussion nous mènerait Irop loin.

Il nous parail plus nécessaire de justifier Oiigènc. puisque notre savant critique dit

que saint Augustin n'a lui qu'imiter cet ancien docteur: voyons s'il est vrai qu'Origène a mal défendu le vieux Testament , et s'il n'a résolu les difficultés que par desallégories. Celse avait fait contre les livres des Juifs à peu près les mêmes objections que répétèrent les marcionites, les gimstiqUes et les manichéens ; pour y répondre, Origène pose trois principes qu'il ne faut pas perdre de vue : Le premier est que , dans les ouvrages de la création, ce qui est un mal pour les particuliers peut être utile du bien général de l'univers : Celse lui-même en convenait; d'où il résulte que bien el mal sont des termes purement relatifs, et qu'il n'y a rien dans les ouvrages du Créateur qui soii un bien ou un mal absolu ; contra Cèls., I. iv, d. 70. Le second est que les besoins do l'homme que l'on regarde comme des maux sont la source de son industrie, de ses connaissances, et pour ainsi dire, la mesure de son intelligence; il confirme cette réflexion par un passage du livre de l'Ecclésiastique, c. xxxix, v. 21 et 26; ibid., n. 76. Le troisième qui concerne les leçons , les lois , le culte prescrit aux Israélites, est que comme un laboureur sage donne à la terre une culture différente selon la variété des sols et des saisons , ainsi Dieu a donné aux hommes les leçons et les lois qui , dans les différents siècles, convenaient le mieux au bien général de l'univers, ibid., n. 69. Nous soutenons que ces trois principes , adoptés par saint Augustin et qui ne sont point des allégories, suffisent déjà pour résoudre une bonne partie des objections des manichéens. Mais venons au détail.

1° Ils disaient que les livres de l'Ancien Testament donnent des idées fausses de la Divinité en lui attribuant des membres corporels et les passions humaines, comme la colère , la jalousie , etc. Beausobre leur répond que le langage des écrivains sacrés est un langage populaire , el qu'il devait l'être: que les idées métaphysiques de la Divinité sont au-dessus de la portée du peuple; que quand ces mêmes écrivains attribuent à Dieu des passions humaines , ils ne lui en attribuent au fond que les effets légitimes. Or, c'est précisément la même réponse qu'Origène donne à Celse, I. iv, n. 71 et 72. « Lorsque nous parlons à des enfants, dit-il , nous le faisons dans les termes qui sont à leur portée, afin de les instruire et de les corriger.... L'Ecriture parle le langage des hommes, parce que leur intérêt l'exige. 11 n'eiU pas élé à propos que Dieu, pour instruire le peuple, employât un style plus digue de sa

majesté suprême Nous appelons colère

de Dieu, non le trouble de l'âme , donl il n'est pas susceptible, mais la conduite sage par laquelle il punil et corrige les grands pécheurs, elc.» Origène prouve ces reflexions par des passages de l'Ecriture sainte.

2 Les manichéens objectaient que les préceptes moraux existaient avant Moïse , et qu'il les avail défigurés par d'autres lois el par des promesses et des menaces qui un convenaient pas au vrai Dieu; que la cou-

TES

Page 1