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Dès que Dieu avait fait mettre par écrit l'histoire, les promesses, les conditions, les privilèges de l'Ancien Testament, il était encore plus convenable qu'il en fût de même à l'égard du Nouveau, parce qu'à l'avénemenl de Jésus-Christ les lettres et les connaissances humaines avaient fait beaucoup plus de progrès qu'au siècle de Moïse. Cependant ce divin maître n'a rien écrit luimême, il en a laissé le soin à ses apôtres et à ses disciples ; nous ne voyons pas même qu'il leur ait ordonné de rien écrire. Aussi ces envoyés du Sauveur ne nous ont pas laissé un aussi grand nombre d'ouvrages que les écrivains de l'Ancien Testament. Ceux qui ont été déclarés canoniques par le concile de Trente sont au nombre de vingl-sepl ; savoir : les quatre Evangiles, de saint Matthieu, de saint Marc, de saint Luc, de saint Jean; les Actes des apôtres; quatorze Lettres et Epîtres de saint Paul ; savoir, aux Homains, 1" et neaux Corinthiens, aux Calâtes, aux Ephésiens, aux Philippicns, aux Colossiens , ire et ne aux Thessaloniciens, ir" et ne à Timothée, à Titc, à Philémon, aux Hébreux ; les Epîtres canoniques, savoir : une de saint Jacques, ire et ue de saint Pierre, ir% n' et m° de saint Jean, et une de saint Jude. enfin l'Apocalypse de saint Jean. Nous avons parlé dechacun deces écrits en particulier ; aux mots Apocryphes et Evangile, nous avons fait mention des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament qui ne sont pas canoniques ou que l'Eglise ne reconnaît point comme sacrés.
Testament des douze patriarches. Ouvrage apocryphe, composé en grec par un » juif converti au christianisme, sur la fin du icr ou au commencement du ii° siècle de l'Eglise. L'auteur y fait parler l'un après l'autre les douze enfants d<> Jacob ; il suppo-e qu'au lit de la mort, à l'exemple de leur père, ils ont adressé à leurs enfants les prédictions et les instructions qu'il rapporte. Cette fiction n'a rien de blâmable, il n'y a aucune raison de penser que cet auteur a eu le dessein de persuader à ses lecteurs que les douze patriarches ont vérilatablement tenu les discours qu'il leur prête. P. a ton dans ses Dialogues fait parler Socrate et divers autres personnages de son temps; Cicéion a fait de même dans la plupart de ses livres philosophiques ; on a donné de nos jours les Entreliens de Phocion et d'autres ouvrages de même genre, personne n'y a élé trompé et n'a été tenté d'accuser d'imposture ces divers écrivains. On ne peut pas douter de l'antiquité du Testament des douze patriarches. Origèuè, dans sa première Homélie sur Jcsu% témoigne qu'il avait vu cet ouvrage et qu'il y trouvait du bon sens; Crabe est persuadé que Tertullien l'a aussi connu ; il conjecture môme que saint Paul en a cité quelque paroles, mais ce soupçon est peu fondé. Pendant longtemps ce livre a été inconnu aux savants de l'Europe et même aux Crées; ce sont les Anglais qui nous l'ont procuré. Robert Crosse-Tësie, évoque de Lincoln, en ayant eu connais-
sance par le moyen de Jean de Uasingeslakes, archidiacre de Légies, qui avait étudié à Athènes, en fil venir un exemplaire en Angleterre, et le traduisit en latin par le secours de Nicolas, Crée de naissance , et clerc de l'abbé de Saint-Alban , l'an 1252. Depuis il a été donné en grec avec la traduction, par Crabe, dans son Spicilége des Pères, en 1698, et ensuite par Fabricius dans ses Apocryphes de l'Ancien Testament.
L'au'eur de ce livre rapporte différentes particularités de la vie et de la mort des patriarches qu'il fait parler, mais desquelles il ne pouvait avoir aucune certitude ; il fait mention de la ruine de Jérusalem, de la venue du Messie, de diverses actions de sa vie, de sa divinité, de sa mort, de l'oblalion de l'eucharistie, de la punition des Juifs, des écrits des évangélisles, d'une manière qui ne peut convenir qu'à un chrétien. Trois ou quatre passages dans lesquels il ne s'exprime pas assez correctement touchant la naissance et la mort du Messie, et sur la voix du ciel qui se fil entendre à son baptême, nous paraissent susceptibles d'un sens orthodoxe. Mais on ne peut pas nier qu'il n'ait encore été imbu des opinions et des préjugés qui régnaient de son temps parmi les Juifs hellénistes. Voy. Spicilegium Palrum sœcxdi i, p. 129 et seq
Il y a encore eu plusieurs autres Testament s apocryphes cités par les Orientaux : tel est celui des trois patriarches, ceux d'Adam, de Noé, d'Abraham, de Job, de Moïse, de Salomon ; la plupart avaient élé composés par des hérétiques pour répandre leurs erreurs.
TÈTE. Ce mot en hébreu se prend dans plusieurs sens figurés et métaphoriques , aussi bien qu'en français. Il signifie, 1° lo commencement; Gen. c. n, v. 10, il est dit d'un fleuve qu'il se divisait en quatre télés parce qu'il donnait la naissance à quatre bras. 2° Le sommet, la partie la plus élevéo d'un lieu ou d'une chose. 3° Un chef, celui qui commande aux autres, et l'autorité qu'il exerce, la capitale d'un empire. 4° Le principal soulien d'un édifice, Ps. c\v:ii, v. 22, etc. La têts de l'angle, ou la pierre angulaire, dé.-igne Jé:-us-Christ, M al th., c. xxi, v. 42, etc., parce qu'il est le seul chef, le fondement et le soutien de son Eglise. 5° Ce qu'il y a de meilleur; Exod., c. xxx, v. 23, les parfums de la tête sont les parfums les plus exquis. 6° Le total d'un nombre que nous appelons la somme, Exod., c. xxx, v. 12, ou la répétition sommaire de plusieurs choses, que nous nommons récapitulation, Ie Les différents corps ou bataillons dont une armée est composée, Jud., c. vu, v. 16, parce qu'ils se subdivisent en plusieurs parties. Dans un sens à peu près semblable nous appelons chapitre, cupila, les divisions d'un livre qui coniiennertt plusieurs articles ou sections. 8° Dans le Ps. xl, v. 8, et Ilebr., c. x, v. 7, nous lisons : In capite libri scriptum est de me; caput ne signifie pas là un chapitre, mais la totalité des Ecritures saintes. 9" Caput cVcaudd signifie les premiers
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cl 1rs derniers Dcut., c xwui, v. 13, etc. 10* La tête (1rs asp:cs, Job. c. xx, v. 16, est le poison des serpents. Ce mot se trouve «.la us plusieurs phrases proverbiales dont il est aisé d'apercevoir le sens. Marcher la tête baissée, c'est gémir dans la tristesse, Jerem.,c. il, v. 10; courber la tête, c'est affecter un air mortifié ; Jsaie, c. lvim, v. o, dit que le jeûne ne consiste point à baisser la tête et à la tourner comme un cercle; c'était un geste des Juifs hypocrites. Lever la tête, c'est repreudre courage, Eccli., c. xx, v. 11, ou s'enorgueillir. Elever la tête »lc quelqu'un, c'est le tirer de l'humiliation et le remettre en honneur. IV Reg., c. iyii, v. 27; lui parfumer (a tête, c'est le combler de biens, Ps. xxn, v. 5; lui raser la tèie, decalvare caput, c'est le couvrir d'ignominie , haie, c. ni, v. 17, etc.; secouer la tête est quelquefois un signe de mépris, IV lieg., c. xix, d'autres fois une marque de joie et de feiicilalion ; les parents de Job, apiès sa guérison et apiès le rétablissement de sa fortune, vinrent le féliciter, et secouèrent la tête sur lui, Job, c. xlh, v. Il; se raser la télé était une marque de deuil, Lent., c. x, v. 6 ; il n'était permis aux prêtres de le faire qu'à la mort de leurs plus proches parents, c. xxi, v. 5. Quelquefois aussi on se couvrait la tôle dans des moments d'affliction, // lieg ., c. xix, v. k. Il était naturel de cacher l'altération qu'un chagrin violent produit dans les traits du visage. Donner de la tête à quelque chose, c'est s'y obstiner; les Juifs, dit Esdras, c. ix, v. 17, se mirent dans la tète, dederunt caput, de retourner à leur ancienne servitude. On peut voir dans le Dictionnaire de l'Académie que la plupart de ces manières de parier ont lieu dans notre langue, ou y sont remplacées par d'autres semblables.
TÊTU A DU ES. Ce nom a été donné à plusieurs sectes d'hérétiques, à cause du respect qu'ils affectaient pour le nombre de guatre, exprimé en grec par ti-p*. On appelait ainsi les sabbalaires, parce qu'ils célébraient la pâque le quatorzième jour de la lune de mars, et qu'ils jeûnaient le mer- <redi, qui est le quatrième jour de la semaine. On nomma de même les manichéens et d'.iutn s qui admettaient en Dieu quatre personnel an lieu de trois; enfin les sectateurs de Pierre le foulon, parce qu'ils ajoutaient au trisagion quelques paroles par lesquelles ils insinuaient que ce n'était pas une seule des personnes de la sainte Trinité qui avait souffert pour nous, mais la Divinité tout entière. Voy. Patiupassiens, Trisagion, etc.
TÉTRAGAMMATION. Voy. Jéuovah.
TETR AODION, hymne des Grecs composé de quatre parties, et qu'ils chaulent le samedi.
TETRA PLES d'Origène. Voy. IIexaplrs.
TEXTE DE L'ÉCRITURE SAINTE. Ce terme se prend en différents si ns. 1" Pour la langue dans laquelle les livres saints ont été écrits, par opposition aux traductions ou versions uni ont été faites. Ainsi le texte
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hébreu de l'Ancien Testament et le texte grec du Nouveau sont les originaux sur lesquels les traducteurs ont fait leurs versions, el c'est à ces sources qu'il faut recourir pour voir s'ils en ont bien rendu le sens. 2° Pour celte même Ecriture originale, par opposition aux gloses ou aux explications que l'on en fait, en quelque langue qu'elles soient écrites : par exemple, lorsque le texte porto que Dii u se fâcha, ou qu'il se repentit, Ij glose avertit qu'il faut entendre que Dieu agit comme s'il eût été fâché ou comme s'il se lût repenti.
Le texte original de tous les livres de l'An cien Testament compris dans le canon ou catalogue des Juif.i est l'hébreu : mais l'Eglise chrétienne reçoit aussi comme canoniques plusieurs livres de l'Ancien Testament qui passent pour avoir été écrits en grec, ou dont l'original hébreu ne subsiste plus : tels sont les livres de la Sagesse, de l Ecciésitutique, de Jolie, de Judith, des Machabées, une partie du chapitre ni de Daniel, depuis le v. 24 jusqu'au v. 91, les chapitres xni et xiv de ce même prophète, cl les additions qui se trouvent à la fin du livre d'Esther. 11 paraît certain que Tobie, Judith, VEcclésiustique et le premier livre des Machabées ont élé originairement écrits en hébreu tel qu'on le parlait pour lors parmi les Juifs; il n'en est pas de même du livre de la Sagesse et du second des Machabées. Nous avons parlé de ces divers ouvrages sous leur litre.
Pour les livres du Nouveau Testament, le texte original est le grec; quoiqu'il soit certain que saint Matthieu a écrit son Evangile en hébreu, nous ne l'avons plus dans celte langue. Quelques-uns ont cru que celui de saint Marc et l'Epître de saint Paul aux Romains avaient élé d'abord écrits en latin ; mais il y a des preuves du conlraire. L'opinion de ceux qui ont imaginé que l'Epître aux Hébreux leur avait été adressée dans leur langue, cl que l'Apocalypse de saint Je.;n avait été composé en syriaque, n'est pas mieux fo.idée. Celle du P. Hardouin, qui a soutenu que le latin est la langue originale du nouveau Testament, et que le grec n'est qu'une version, n'a entraîné personne.
On ne peut pas méconnaître un trait singulier de la Providence divine dans la conservation du texte hébreu de l'Ancien Testament, malgré les révolutions terribles arrivées chez les Juifs. Depuis qu'ils eurent élé divisés en deux royaumes, plusieurs de I.-iits rois , devenus idolâtres , semblaient avoir conjuré la ruine de leur religion, aucun cependant n'est accusé d'en avoir voulu détruire les livres; les adorateurs du vrai Dieu et les prophètes, qui ont vécu sous l'une ou l'autre domination, les ont toujours gardés et en ont fait la règle de leur conduite. Nabuchodonosor brûla le temple et la ville dt; Jérusalem ; mais les livres saints furent conserves dans la Judée par Jéremie, et furent emportés par les saints personnages que l'on conduisit en captivité; Ezéchiel et Da • niel ne les perdirent jamais de vue. Après le
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retour, les rois de Syrie résolurent d'aboi ir le judaïsme, mais les livres saints furent préservés de leurs attentats ; cent ans auparavant ils avaient été traduits en grec et déposés dans la bibliothèque d'Alexandrie. Le plus grand danger qu'ils aient couru a été pendant la captivité de Babylone ; aussi quelques juifs mal instruits ont prétendu qu'ils avaient absolument péri. L'auieur iv* du livre d'Esdras, ouvrage apocryphe et fabuleux, dit, chap. xiv, v. 21 et suiv., que les livres saints avaient été brûlés, et qu'Esdras fut inspiré de Dieu pour les écrire de nouveau : au mot Pkntatedque, nous avons fait voir l'absurdité de celle imaginalion. Cependant l'on accuse les Pères de l'Eglise de s'êire laissé tromper par ce juif visionnaire, d'avoir ajouté foi à ce qu'il dit, et de l'avoir répété ; Prideaux cite à ce sujet saint Irénée, Clément d'Alexandrie, Tertullien, saint Basile, saint Jean Chrysostome, saint Jérôme et saint Augustin. Ce fait mériie un moment d'examen, voyons s'il est vrai.
Nous trouvons dans saint Irénée, adv.
IJœr., 1. m, c. 21 (al. 25), n. 2, que les Ecritures ayant été corrompues, âfa-fôapjtacJv, Dieu, sous le règne d'Artaxerxès, inspira à Esdras de rétablir, «vara'âs-OHj, les livres des prophètes, et de rendre au peuple la loi de Moïse. Clément d'Alexandrie semble avoir copié saint Irénée; Strom., I. i, édit. de Potier, pag. 392, il dit qu'Esdras, de retour dans sa patrie, rétablit le peuple, fit la reconnaissance ou le recensement, ùvuy:>pi<Tij.o; , et le renouvellement des Ecritures divinement inspirées; p. 410, il dit que les Ecritures ayant été corrompues, SiayQexpe.o-wv, pendant la captivité, Esdras, prêtre et lévite, les renouvela par inspiration. Or, des livres corrompus par des fautes de copistes ou autrement ne sont pas pour cela des livres brûlés ou détruits ; pour les rétablir, il faut les corriger et non les composer de nouveau. S'ils avaient été anéantis, il n'y aurait eu ni reconnaissance ni recensement à faire. Saint Basile écrit, Epist. 42, ad Chilonem, n. 5 : « Ici est la campagne dans laquelle Esdras tira de son sein, è»nptvQixo, par ordre de Dieu, tous les livres divinement inspirés ; » à la vérité, le terme dont se sert saint Basile est fort, mais ne peut-il pas signifier tirer de la poussière ou de l'obscurité ? Un seul mot ne suffil pas pour nous instruire de l'opinion d'un Père de l'Eglise. Saint Jean Chrysostome, Hom. 8, in Epist. ud Hebr., n. 4, Op. t. Xll, p. 96, s'exprime ainsi : « Il survint des guerres, les livres furent brûlés ; Dieu inspira un autre homme, savoir, Esdras, pour les exposer et en rassembler les restes. Toutes les copies ne furent donc pas brûlées, puisqu'il en restait.» Voilà ce qu'ont dit les Pères grecs.
Tertullien, de Cultu femin., I. î, c. 3, rapporte qu'après la ruine de Jérusalem par les Babyloniens, Esdras rétablit tous les monuments de la littérature des Juifs. Saint Jérôme, contra Ilelvid., Op. I. IV, col. 134: « Dites, si vous voulez, que Moïse est l'au-
teur du Pentateuque, ou qu'Esdras en est le restaurateur; je ne m'y oppose point. » Or. un restaurateur n'est pas un nouveau créateur.
Prideaux devait s'abstenir de citer le livre de Mirabilib. sacrœ Script urœ, où il est dit que les livres saints ayant été brû!és, Esdras les refit par le même esprit par lequel ils avaient été écrits ; les savants éditeurs des ouvrages de saint Augustin ont fait voir que celui-ci n'est pas de lui, mais d'un auteur anglais ou irlandais qui a écrit au vne siècle.
Tout cela ne nous paraît pas suffisant pour prouver que les Pères se sont laissé tromper par le iv* livre d'Esdras, et qu'ils y ont ajouté foi ; aucun d'eux ne l'a cité, et peut-être qu'aucju ne l'avait lu : il nous paraît plus probable qu'ils se sont copiés les uns les autres, et qu'ils ont parlé d'après l'opinion des juifs. Mais supposons ce que veut Prideaux : il s'ensuit que, sur le fait en question, le témoignage des Pères ne prouve rien ; dans ce cas, nous lui demandons où il a puisé ce qu'il dit des travaux d'Esdras sur l'Ecriture sainte. Il prétend que ce Juif ramassa le plus grand nombre d'exemplaires qu'il put des livres sacrés, qu'il les confronta, qu'il en corrigea les fautes, qu'il rangea les livres par ordre, qu'il en fit le canon, et qu'il en donna une édition très correcte. Les juifs, dit-il, et les chrétiens s'accordent à lui eu faire honneur. Mais ces chrétiens ne peuvent être autres que les Pères dont nous venons de parler, et il a commencé par ruiner leur témoignage; reste celui des juifs seuls, et nous ne iui trouvons point d'autre fondement qur> le ive livre d'Esdras, qui n'a aucune autorité. Il fallait donc mieux avouer que nous ne savons pas ce qu'Esdras a fait ou n'a pas fait, puisqu'aucun monument authentique ne peut nous en instruire; il n'en dit rien lui-même dans son livre, et Josèphe, qui l'a copié, n'en dit pas davantage. Prideaux ajoute qu'admettre le miracle supposé par les Pères est un moyen très-propre à ébranler la foi, les pyrrhoniens ne manqueraient pas de dire qu'Esdras, prétendu inspiré, n'a été qu'un imposteur qui a donné aux Juifs comme livres divins des ouvrages qu'il a forgés. Déjà ils le disent en effet. Mais ils demandent aussi quelle certitude on peut avoir qu'Esdras a été inspiré pour discerner les livres qui ont dû être placés dans le canon, d'avec ceux qui n'onl pas dû y entrer, pour choisir entre les variantes des copies celles qui méritaient la préférence, et pour attester aux Juifs que ces livres, et non d'autres, étaient la parole de Dieu; Prideaux ne satisfait point à celte difficulté. Il fournit encore des armas aux incrédules en supposant que, sous le règne de Josias, il ne restait que le seul exemplaire des livres de Moïse, qui était gardé dans le temple, et que le roi, non plus que le pontife Helcias, ne l'avaient jamais vu. Au mot Pentatedqib, nous avons réfuté celle fausse supposition.
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Il nous parait beaucoup plus simple de penser que les livres saints n'ont jamais été oubliés ni négligés parmi les Juifs, parce que ces livres renfermaient riiistoire, les lois, les litres de possession, les généalogies, aussi bien que la croyance et la religion de toute la nation ; que les sujets du royaume d'Israël, emmenés en captivité par Saïmanazar, en avaient emporté avec eux des exemplaires en Assyrie, de môme que firent ceux du royaume île Juda transportés à Bahylouc par Nabuchodonosor. Les premiers ne revinrent noinldans la J .idée sous (])rus, ils conservèrent au delà de l'Eunliraie les établissements qu'ils y avaient formes ; Joseph;: atteste qu'ils y étaient encore de son temps, Antiq. Jud., I. xi, c. 5. Ces juifs de la Babylonie et de la Médio ont continué à suivre leur n lijjion et leur loi, ils ont conservé des relations avec ceux de la Judée, il n'y avait entre eux au< un sujet d'inimitié. Après la prise de Jérusalem sous Vespasien et la dispersion des Juifs sous Adrien, ceux qui se retirèrent dans la l'erse savaient bien qu'ils n'allaient pas dans un pays inconnu ; ils étaient sûrs d'y trouve* leurs frères. S'il nous est permis rie former des conjectures, ce sont ces Juifs d. venus Chaldéeus qui, les premiers, ont adopté les caractères chaMaïques, qui les ont communiqués aux nouveaux venus, et insensiblement à toute U nation juive. Mais les juifs modernes se sont obstinés à mettre sur le compte d'Esdras tout ce qui s'est fait chez eux depuis la captivité , et les protestants ont adopté la plupart de leurs visions.
Une autre question est de savoir si, depuis la venue de Jésus-Christ, les juifs ont corrompu malicieusement le texte hébreu de l'\uci2n Testament, afin d'esquiver les preuves que les docteurs chrétiens en tiraient contre eux. Quelques anciens Pères, comme saint Justin, Tertullien , Origène, saint Jean Chrysostome, en ont accusé les juifs ; mais ce soupçon n'a jamais été prouvé. Ces pères, qui ne connaissaient pour authentique que la version des Septante et qui la croyaient inspirée, imaginèrent que tous les passages du texte hébreu qui n'élaient pas exactement conformes à cette version avaient été altérés ; ils étaient portés à le penser par les fausses explications que les juifs donnaient aux prophéties, et qu'ils prétendaient fondées sur le texte. Mais cette erreur se dissipa lorsque saint Jérôme, après avoir appris l'hébreu, fit voir que les Septante n'avaient pas toujours rendu le vrai sens du texte. Jo>èphc, 1. i, contie Appion, proteste qu'aucun juif n'a jamais eu la témérité de faire la moindre altération dans la lettre des livres saints, parce que tous sont persuadés, dès l'cuf.Micc, que c'est
»la parole de Dieu. Saint Jérôme les a souvent accusés de détourner la sens des prophéties, mais il ne leur reproche point d'avoir touché au texte. Sainl Augustin observe que Dieu a riisper-é les Juifs, afin qu'ils rcirlissenl témoignage partout do l'autheuticité des prophéties, dont la h lire 1- eon-
d.:miie et a servi plus d'une fois à les convertir, <U Cxcit. Dei, I. xviii, c. 46, il supp »i»e par conséquent leur fidélité à la conserver. — Cette question a été renouvelée entre les savants du siècle passé. Dom Pczroi», bernardin célèbre, publia en 1G87 un livre intitulé l'Antiquité des temps rétablie, dans lequel il soutint que, depuis la destruction de Jérusalem, les Juifs ont abrégé à dessein la chronologie du texte hébreu de plus do 1500 ans, pour se défendre contre les chrétiens, qui leur prouvaient par l'Ecriture et par les traditions juives que le Messie devait arriver dans le sixième millénaire du monde, et qu'il était venu en effet à celte époque. « Pour se tirer de cet argument, dit dooi Pezron, les juifs ont abrégé les dates du texte hébreu, ils ont donné au monde près de deux mille ans de durée de moins que les Septante, afin de pouvoir soutenir que le Messie n'était pas encore arrivé, puisque Ton venait seulement de finir le quatrième millénaire depuis la création. » De là cet auteur concluait qu'il faut suivre la chronologie des Septante, et non celle du texte hébreu qui est aussi celle de la Vulgate ; et il en donnait des preuves qui ont fait impression sur plusieurs savants. Une des principales est que, par ce moyen, la chronologie de l'Ecriture sainte s'accorde aisément avec celle des nations orientales, des Chaldéeus, des Egyptiens et des Chinois. Dom Martianay, bénédictin, et le P. Le Quien, dominicain, ont attaqué le livre de dom Pezron, ils ont défendu l'intégrité du texte hébreu et la justesse de la chronologie qu'il renferme. H y a eu des répliques de part et d'autre, et cette dispute a été soutenue avec beaucoup d'érudition. Si l'on peut en juger par l'événement, elle est demeurée indécise. On a continué depuis à suivre la chronologie de l'hébreu et de la Vulgate comme auparavant, quoiqu'il y ait encore des savants qui préfèrent celle des Septante. Au mot Chronologie, nous avons fait voir que celle contestation ne donne aucune atteinte à la vérité de l'histoire, qu'elle n'intéresse donc en rien la foi ni la religion.
11 reste enfin à savoir si le texte hébreu, tel que nous l'avons aujourd'hui, est assez pur pour que l'on puisse s'y fixer, ou s'il est considérablement altéré par les fautes des copistes. On est tenté de croire qu'il est très-fautif, quand on a vu l'aveu qu'en ont fait les rabbins, les corrections fréquentes que le P. Houbiganl, de l'Oratoire, a tenté d'y faire, et les dissertations que le docteur Kennicott a publiées sur ce sujet en 1757 et 1759. C'est pour cela même qu il a donné depuis, en 2 vol. in-fol., l'édition du texte hétireu la plus correcte qu'il lui a été possible, avec, toutes les variantes que l'on a pu trouver dms la multitude des manuscrits que l'on a confrontés. Qu'en est-il arrivé? la même chose qui arriva au commencement de ce siècle, lorsque le docteur Mill annonça un'' nouvelle édition du te vie grec du Nouveau Testament, avec toutes les variantes qui ><■ montaient, selon lui, au nombre de
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trenle mille. On crut d'abord que dès ce mo- y adapte par force en lui donnant un sens ment le sens du texte allait devenir incer- qu'il n'a pas; cela se fait surtout quand on tain, et que l'on ne saurait plus à quelle-le- veut qu'il y ait du rapport entre le sermon con il fallait s'attacher. L'événement nous a et l'évangile du jour; mais il n'est pas défenconvaincus que cette énorme quanlité de va- du de prendre un texte dans quelque autre riantes minutieuses n'a pas jeté de doute livre de l'Ecriture sainte. Cela vaudrai! peutsur un seul passage important. Déjà nous élre mieux; l'Eglise, dans son offree, fait voyons qu'il en est de même des variantes usage des livres de l'Ancien Testament aussi du texte hébreu. Il y a quelques fautes sans bien que de ceux du Nouveau, et les Pères, doute dans les manuscrits, et par conséquent qui sont nos modèles, expliquaient égaledans les éditions qui y sont conformes ; il a ment les uns et les autres, été impossible que des livres si anciens, et TEXTUA1RES. Quelques auleurs onlainsdont on a fait tant de copies dans les diffé- ai non:mé les caraïtes, secte de juifs qui s'alrentes parties du moi, de, en fussent absolu- tachent uniquement aux textes des livres ment exempts ; mais elles ne sont pas en saints et qui rejettent les traditions du Taltrès-grand nombre, ni de grande importance, mud et des rabbins. Voy. Caraïtes. elles ne louchent pas au fond des choses. Ce ÏHABOIUÏES. Voy. Hussites. sont quelques dates, quelques noms propres THARTAC. Voy. Samaritain. d'hommes ou de villes, altérés ou changés, THAUMATURGIE, terme composé du grec quelques conjonctions ajoutées ou suppri- 6aùp.K, merveille, miracle, et i'pyo-j, ouvrage, niées, quelques pronoms mis l'un pour Tau- action. L'on a donné ce nom, dans l'Eglise, tre, quelques fautes de grammaire vraies ou à plusieurs saints qui se sont rendus célèapparentes, quelques différences de pronon- bres par le nombre et par l'éclat de leurs dation ou d'orthographe, etc. Mais ces dé- miracles. Tels ont é!é saint Grégoire de lauts se trouvent dans tous les livres du Néocésarée qui vivait au commencement du monde ; il est aisé de les corriger par la coin- iue siècle, saint Léon de Calanée qui a paru paraison des manuscrits ou des anciennes dans le viii% saint François de Paule, saint versions. Si l'on nous permet de dire libre- François-Xavier, etc. L'on a souvent objecté ment notre avis, nous pensons que la plupart aux protestants que si l'Eglise de Jésusdes fautes que l'on a cru remarquer dans le Christ était tombée dans des erreurs groslexte hébreu sont imaginaires. Les traduc- sières contre la foi, dès le iue ou le ive siècle, leurs, les commentateurs, les critiques, les comme ils le prétendent, Dieu n'y aurait philologues, ont supposé des fautes comme pas conservé, comme il l'a fait, le don des ils ont créé des hébraïsmes, parce qu'ils ne miracles; que, vu l'impression que font sur comprenaient pas les différentes significa- tous les hommes cesmerveilles surnaturelles, lions d'un mol ou ses différentes prononcia- il aurait tendu par là aux fidèles un piège lions, parce' qu'ils ont fait des règles arbi- d'erreur. Comment se persuader qu'un homtraires de grammaire, parce qu'ils ont cru me qui opère des miracles enseigne une que la langue hébraïque a été immuable fausse doctrine, pendant que Dieu s'est servi pendant plus de deux mille ans, malgré les principalement de ce moyen pour convertir différentes migrations des Hébreux, et mal- les peuples à la foi chrétienne? Les protesgré les relations qu'ils ont eues avec diffé- tanls ont pris le parti de nier tous ces mirents peuples. Avant d'ajouter foi à ce mi- rades, de soutenir qu'aucun n'est vrai ni racle, il aurait fallu commencer par le prou- suffisamment prouvé. On a beau leur repréver Voy. Hébraï'sme. Eléments primitifs des seuter que les moyens par lesquels ils les langues, 6e dissertation. — Au mot B;bles attaquent servent aussi aux incrédules pour hébraïques, nous avons parlé des plus an- combattre la vérité des miracles de Jésus- (iennes copies et des plus célèbres éditions Christ et des apôtres ; sans s'embarrasser du texte hébreu; et dans l'article suivant, de cette conséquence, ils persistent dans leur nous avons donné une courte notion des Bi- opiniâtreté. Voy. Miracles, § k. blés grecques. THEANDRIQUE. Du grec <3èfc', Dieu et
Texte se dit encore , dans les écoles de av0ow7To?, homme, l'on a fait ihèanthrope, qui
théologie, des passages de l'Ecriture sainte signifie Homme-Dieu, nom souvent donné à
dont on se sert pour prouver un dogme, Jésus-Christ par les théologiens grecs, et ils
pour établir un sentiment, ou pour ré?ou- ont appelé théandric/ues les opérations di-
dre une objection. Dans nos contestations vines et humaines de ce divin Sauveur,
avec les hétérodoxes, nous ne manquons ja- terme que les Latins ont rendu par deivi> iles.
mais de citer les textes de l'Ecriture sur les- Voy. Incarnation. L'on ne sait pas qui est
quels la croyance de l'Eglise catholique est le premier des Pères de l'Eglise qui a com-
londée. mencé à se servir de ce mol.
Dans les sermons, l'on appelle texte un Dans la suite les eulychiens ou monophy-
passage de l'Ecriture sainte, que le prédica- sites, qui n'admettaient en Jésus-Christ
leur se propose d'expliquer, par lequel il qu'une seule nature composée de la divinité
commence son discours, et duquel il lire son et de l'humanité, soutinrent aussi qu'il n'y
sujet ; suivant la règle, un s> rrnon ne doit avait en lui qu'une seule opération, et ils la
être que la paraphrase ou l'explication du nommèrent théandrique, en attachant à ce
texte. Mais il arrive trop souvent qu'un ora- terme le sens conforme à leur erreur. Mais
leur choisit un texte singulier, qui n'a nul à parler exactement, selon leur opinion, la
rapport à 'a matière qu'il veut traiter, qu'il nature de Jésus-Christ n'était plus la nature
XHE TllL" **l
divine ni la nature humaine, c'est une troi- principe de tous les êtres, qu'il ne peut donc,
sième nature composée ou mélangée de l'une être borné dans aucun de ses attributs ,
et de l'autre. Par la même raison son opé- puisque rien n'est borné sans cause. Il est
ration n'était ni divine ni humaine ; elle ne donc éternel, immense, infini, souveraine
pouvait être appelée théandrique que dans ment heureux et parfait dans tous les sens
un sens abusif et erroné. Ce n'est pas ainsi et à tous égards, exempt de besoin et de fai-
que l'avaient entendu les Pères de l'Eglise, blesse, à plus forte raison de vi<es et de
Saint Atbanase, pour donner une notion passions. L'homme, au contraire, être créé,
juste des actions du Sauveur, citait pour dépendant, qui n'a rien de son propre fonds,
exemple la guérison de l'aveugle-né et la pu squ'il a tout reçu de Dieu, ne possède
résurrection de Lazare; la salive que Jésus- que des qualités et des facultés Dès impar-
Christ fit sortir de sa bouche, et de laquelle laites, parce que Dieu a été le maître de les
il frotta les yeux de l'aveugle, était une opé- lui accorder en tel degré qu'il lui a plu. Il
ration humaine; le miracle de la vue rendue est donc évident que Dieu est non-sculemeui
à cet homme était une opération divine : de un Etre infiniment supérieur à l'homme,
même, en ressuscitant Lazare, il l'appela mais un Etre d'une nature absolument dilïé-
d'une voix forte en tant qu'homme, et il lui rente de celle de l'homme. D'où il s'ensuit
rendit la vie en tant que Dieu. que quand l'Ecriture s.iintc nous dit que
Le nom et le dogme des opérations théan- Dieu a lait l'homme à sou image, elle veut driques furent examinés avec soin au concile nous faire entendre que Dieu lui adonne de Latran, tenu l'an 649 à l'occasion de Ter- des facultés qui ont une espèce d'analogie reur des monolliélites, qui n'admettaient en avec les perfections qu'il a de lui-même et Jésus-Christ qu'une seule volonté. Le pape de son propre fonds, et dans un degré infini. Martin 1 r, qui y présidait, expliqua nette- Yoy. Anthropologie, Antiiropopath.'E. Mais ment le sens dans lequel les Pères grecs comme notre esprit borné ne peut concevoir avaient cmplové le mot théandrique , sens d'infini, et comme nous ne pouvons pas fort différent de celui qu'y donnaient les ( réer un langage exprès pour désigner les monophysites et les monothéliles : eonaér perfections divines, nous sommes forcés de quemment l'erreur de ces derniers fut cou- nous servir des mêmes termes pour les exdamnée. Mais l'abus qu'ils avaient fait d'un primer et pour nommer les qualités de tenue n'a pas dû empêcher les théologiens l'homme; il n'y a là aucun danger d'erreur, de s'en servir dès qu'il est susceptible d'un dès que nous avons donné de Dieu l'idée sens très-orthodoxe. d' Etre nécessaire; idée sublime, qui le ca-
THÉAN THHOP1E, erreur de ceux qui at- raclérise et le dislingue éminemment de
tribuent à Dieu des qualités humaines ; c'é- toutes les créatures.
tait l'opinion des païens. Non-seulement Cela ne suffit point, répliquent les incréplusieurs étaient persuadés que les dieux dules; les païens ont pu se servir du même n'étaient autre chose que les premiers boni- expédient pour excuser les turpitudes qu'ils mes qui avaient vécu sur la terre, et dont attribuaient à leurs dieux. Si le peuple n'a les âmes avaient été transportées au ciel, pas poussé la sagacité jusque-là, du moins mais ceux même qui les prenaient pour des les sages et les philosophes ne s'y sont pas esprits, pour des génies d'une nature supé- lrompés;ils ont rejeté les fables forgées par rieure à celle des hommes, ne laissaient pas les poêles et crues par le peuple. Mais chez de leur prêter tous les besoins, les passions les juifs et chez les chrétiens le peuple n'est, cl les vices de l'humanité. Les docteurs pas moins grossier ni moins slupide que chrétiens n'ont pas eu lorl de leur reprocher chez les païens: il a toujours pris à la lettre que la plupart de leurs dieux étaient des le langage de ses livres ; jamais il n'a été personnages plus vicieux et plus méprisa- capable de se former de la Divinité une nobles que les hommes, que Platon méritait lion spirituelle, métaphysique, différente de; mieux d'avoir des autels que Jupiter. celle qu'il a «le sa propre nature; l'erreur
Pour décrédiler toute espèce de religion et est donc la même partout. — Il n'en est rien, de notion de la Divinité, les incrédules nous 1° Nous défions les incrédules de citer un reprochent d'imiler le ridicule des païens. seul philosophe qui ait désigné Dieu sous la Ils disent que supposer en Dieu i'intelli- notion d'Etre nécessaire, existant de sci gence, des connaissances, des volontés, des même, et qui en ait tiré les conséquences desseins; lui attribuer la sagesse, la bonté, qui s'ensuivent évidemment; ils ne le poula justice, etc., c'est le revêtir de qualités et valent pas, dès qu'ils supposaient la matière de facultés humaines, c'esl faiie uc Dieu un éternelle comme Dieu ; couséquemment auhomme un peu plus parfait que nous. D'aii- cun n'a reconnu en Dieu le pouvoir créateur; leurs nos livres saints lui prêtent les pas- ils ont cru Dieu soumis aux lois du destin sions de l'humanité, l'amour, la haine, la et gêné dans ses opérations par les déf iu'.s colère, la vengeance, la jalousie, l'oubli, le irreformables de la matière. Us n'ont doue repentir; en quoi ces notions sont-elles dit- attribué a Dieu qu'une puissance très-bori'érentes de celles des païens! Nous soute- née; ils ne l'ont supposé ni libre ni indénons que la différence est entière et palpable, pendant; celte erreur en a entraîné une in- Eu effet, nous commençons par démontrer linilé d'autres. Vvy. Création. 2° Aucun que Dieu est l'Etre nécessaire, existant de philosophe n'a reconnu expressément pu soi-même, qui n'a point de cause ni de prin- Dieu la prescience ou la connaissance des cipe, puisqu'il est lui-même la cause el le futurs contingent! ; ils n'uni pas même
DlCT. DE TlItOL. DOGMATIQUE. IV. *iJ
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compris qu'elle pût s'accorder avec la liberté d s créatures. Par la môme raison, ils lui ont refusé la providence; loin de penser que Dieu s'occupe à gouverner le monde, ils ont jugé qu'il n'a pas seulement pris la peine de Je faire tel qu'il est. Suivant leur opinion, eu double soin aurait troublé son repos et son bonheur. 11 s'en est déchargé sur des esprits subalternes qui étaient sortis de lui ; ainsi les déi'auls de l'univers sont venus, soit des imperfections de la matière, soil de l'impuissance ou de Fine spacilé de ces ouvriers malhabiles. Voilà la théanthropie. Or, comme l'a très-bien observé Cicéron, un Dieu sans providence est nul , il n'existe pas pour nous. De là les païens n'ont reconnu pour dieux que ces génies secondaires, fabricafeurs et gouverneurs du monde. Comment aurait-on pu leur attribuer d'autres qualités ou d'autres facultés que celles de l'homme? 3" Quand les philosophes auraient eu des idées plus saines de la Divinité, elles n'auraient éîé d'aucune utilité pour le pcup'e ; ces prétendus sages étaient d'avis que la tériîé n'est pas faite pour le peuple, qu'il « si incapable de la comprendre et de s'y attacher, qu'il lui faut des fables pour le subjuguer et le retenir dans le devoir. C'est pour cela qu'ils ont décidé qu'il ne fallait pas loucher à la religion populaire, dès qu'elle était établie par les lois. Ainsi, en rejetant les fables pour eux-mêmes, ils leur ont donné pour le peuple une sanction inviolable; telle était l'opinion de 1 académicien Colla, rapportée par Cicérou, de Nat. denr., lib. ni, ri. 4.
Ce n'est point ainsi qu'ont enseigné les dépositaires de la révélation; la première vérité que Moïse professe au commencement do ses livres, est que Dieu a créé le ciel et la terre, qu'il opère par le seul pouvoir, qu'il a tout fait par une parole, avec sagesse, avec intelligence et avec une souveraine liberté. Non-seulement il nou3 apprend que Dieu est le seul auteur de l'ordre physique de la nature et qu'il le conserve tel qu'il est, (nais qu'il y déroge quand il lui plaît, comme >l l'a fait par le déluge universel. Il nous fait remarquer la providence divine dans l'ordre moral, en rapportant la manière dont Dion a puni la faute d'Adam, le crime de Caïn, les désordres des premiers hommes, et dont il a récompensé Enos, Noé, Abraham ; toute l'histoire des patriarches est une attestation de cette grande vérité. Cette doctrine n'est ni un secret ni un mystère renfermé dans l'enceinte d'une école et réservé à des disciples affrdés; Mnïse parle pour le peuple aussi bien que pour les prêtres et pour les savants, il adresse ses leçons à sa nation tout entière, Ecoule, Israël. Dieu lui-même, du sommet de Sinaï, publie ses lois à tous les Hébreux rassemblés, avec l'appareil le plus capable de leur inspirer le respect et la soumission. De même que les patriarches ont été fidèles à transmettre à leur famille les vérités essentielles de la révélation primitive, ainsi Dieu ordonne aux Israélites d'euseigner soigneusement à leurs
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enfants co qu'ils ont appris eux-mêmes.
Chez les païens il n'y eut jamais d'autres catéchismes que les fables; chez les adorateurs du vrai Dieu, l'histoire sainte, soit écrite, soit transmise de vive voix, fut la leçon élémentaire de toutes les générations qui voulurent y prêter l'oreille. Il leur a donc été impossible de donner dans la théanthropie des païens, à moins qu'elles n'aieut voulu s'aveugler de propos délibéré.
Lorsque nos adversaires disent que chez les juifs et chez les chrétiens le peuple est encore aussi grossier et aussi stupide que chez les païens, ils ne font voir que de la malignité. Le chrétien le plus ignorant a reçu pour première instruction dans l'enfance que Dieu est un pur esprit, qu'il est partout, qu'il connaît tout, cl que de rien il a fait toutes choses.
THÉATINS, ordre religieux, ou congrégation de prêtres réguliers, institué à Home l'an 152i. Leur principal fondateur fut Jean- Pierre Caraffa, archevêque de Thcito, aujourd'hui Chieli dans le royaume de Naples, qui fui dans la suite élevé au souverain pontificat, sous le nom de Paul JV. 11 fut secondé dans celle entreprise par Gaétan de Thiennc. gentilhomme, né à Viceuce en Lombardie, que ses vertus ont fait mettre au rang des saints, par Paul Consigliari et Boniface Colle, nobles Milanais. Leurs premières constitutions furent dressées par le même Pierre Caraffa, premier supérieur général de celte congrégation; elles oui été augmentées dans la suite par les chapitres généraux, et approuvées par Clément V1S1 en 1608. Plusieurs auteurs ont écrit que les the'atins faisaient vœu de ne posséder ni terres ni revenus, même en commun, de ne point mendier, mais de subsister uniquemenl des libéralités des personnes pieuses : la vérité est qu'ils ne possédèrent rien pendant le premier siècle de leur institut; mais leurs constitutions disent que ce fut volontairement et sans avoir contracté aucun engagement à ce sujet, et il est prouvé par les faits que ces religieux ont toujours montré beaucoup de désintéressement dans tous les lieux où ils se sont établis. Leur habit est une soutane et un manteau noir, avec des bas blancs; c'était l'habit ordinaire des ecclésiastiques dans le temps que leur ordre a commencé
L'objet qu'ils se sont proposé a été d'instruire le peuple, d'assister les malades, de combattre les erreurs dans la foi, d'exciter les laïques à la piété, de faire revivre dans le clergé, par leur exemple, l'esprit de dé siiiléressemenl et de ferveur, l'étude de la religion et le respect pour les choses saintes; c'est à quoi ils ont travaillé constamment et avec courage. Aussi cet ordre a donné à l'Eglise un grand nombre d'évêijues, plusieurs cardinaux et plusieurs personnages recommanda blés par leur sainteté aussi bien que par leurs talents. Dès le H* siècle de leur institut, ils ont eu des missionnaires dans l'Arménie, la Mingrélie, la Géorgie, la Perse et l'Arabie, dans les îles de H >r«éo
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et de Suni lira, et ailleurs. Plusieurs prêtres réfier les mœurs publiques, pour maintenir
indiens ont été depuis peu reçus à la proies- Tordre et la paix de la société, en oui im-
sion chez les the'atins de Goa, et Formetri posé grosaièrement. Au mot Athéisme, nous
une congrégation de missionnaires. aroos fait voir l'insuffisance ou plutôt la
Le cardinal Mazarin (il venir ces religieux nullité de ces motifs, à l'égard de la plupart
en France en 16H, et leur acheta la maison des hommes. Un très-grand nombre sont nés
qu'ils possèdent vis-à-vis les galeries du avec des passions fougueuses, qui souvent
Louvre. Il leur légua par son testament une étouffent en eux les lumières de la raison;
somme de cent mille écus pour bâtir leur d'autres ne fout aucun cas de l'est i me de
église, qui a été achevée par les soins de leurs semblables, et celle estime ne peut
M. [loyer, un de leurs confrères, lequel de- quelquefois s'acquérir qu'aux dépens de la
\inl évèque de Mirepoix, ensuite précepteur vertu; les lois civiles ne peuvent punir que
île M. le dauphin, et administrateur de la les crimes publics, et souvent il se trouve
feuille des bénéfices. Les tftéatins n'ont en des scélérats assez habiles pour couvrir
France que la seule maison de Paris, mais leurs forfaits d'un voile impénétrable. L'ex-
ils se sont étendus ailleurs. Us ont actuelle- périence confirme ici la théorie; on n'a ja-
inent quatre provinces en Italie, une en Al- mais vu une société formée par des athées,
lemague, une en Espagne, deux maisons en et on n'en verra jamais. Dans tout l'univers
Pologne, une en Portugal et une à Goa. et dans tous les siècles, l'ordre social a lou-
tiélyot, IFist. des Ordres monast., t. IV, p. jours été fondé sur la croyance d'une Divi-
7; Vies des Pères el des Martyrs, t. VII, p. nité ; aucun législateur n'a cru pouvoir
19(>, etc. réussir autrement : que prouvent les spécu-
THEATINES, ordres de religieuses qui lations el les conjectures contre un fait aus-i sont sous la direction des théalins. Elles ancien et aussi étendu que le genre humain ? forment deux congrégations qui ont eu pour Quand on pourrait citer l'exemple de quelfondatrice la vénérable Ursule Bénincaza, ques athées reconnus pour bons citoyens, ii morte en odeur de sainteté en 1618. Les re- ne prouverait rien; ces hommes singuliers ligieuses de la première ne font que des vivaient au milieu d'une société cimentée vœux simples ; elles furent instituées à Na- par la religion, ils étaient forcés d'en suivre pies en 1583; elles sont appelées ihéatines les mœurs et les lois, el de contredire coudc la congrégration. Les autres, nommées linuelleuient leurs principes par leur cunthéatines de l'ermitage, font des vœux solen- duite.
nels, se consacrent à une vie ausière el à Quand il serait vrai que la crainte d'un
une solitude continuelle, à la prière et aux Dieu vengeur et le frein de la religion ne
autres exercices de la vie religieuse. Leur sont pas absolument nécessaires pour en-
lemporel est administré par celles de la pie- chaîner les hommes à la règle des mœurs,
mière congrégation; aussi leurs maisons se on ne peut pas nier du moins que ce lien ne
touchent, et la communication est établie soit utile et qu'il ne soit le plus puissant de
entre elles par une salle intermédiaire. Leurs tous sur le très-grand nombre des individus ;
constitutions furent dressées par la fonda- il y aurait donc encore de la démence a
trice el confirmées parGiégoire XV. Héiyot, vouloir le rompre. Au lieu de retrancher
ibid aucun des motifs capables de porter l'homme
THÉISME, système de ceux qui admettent à la vertu, il faudrait en imaginer de nou-
l'existence de Dieu : c'esl l'opposé de l'a- veaux, s'il était possible.
théisme. Comme nous appelons déistes ceux 2° Les princes, les chefs de la société, ont
qui fout profession d'admettre un Dieu et plus d'intérêt que personne à maintenir
une prétendue religion naturelle, et qui re- parmi leurs sujets la croyance d'une Divi-
jetteul toute révélation, et qu'il est démontré nité suprême qui impose des lois, qui veui.
que leur système conduit directement à l'a- l'ordre social, qui récompense la vertu et
théisme, ils ont préféré de se nommer ihéis- punit le crime; les athées même en sont si
tes, espérant sans doute qu'un nom dérivé convaincus, qu'ils disent que celte croyance
<lu grec serait [dus honorable et les rendrait est l'ouvrage des politiques, el qu'ils ont
moins odieux qu'un nom tiré du latin : au voulu par la rendre sacrée l'obéissance due
mot Déisme, nous avons démasqué leur hy- aux souverains ; que les rois se sont ligués
pocrisie. avec les prêtres, parce qu'il était de leur
I! n'est pas fort difficile de prouver que le intérêt mutuel de mellre les peuples sous I.* llu:isme est préférable à tous égards à l'alhéis- joug de la religion, afin de les rendre plu» me; qu'il est beaucoup pi os avantageux pour souples el plus dociles, etc. Mais il est édiles sociétés, pour les princes, pour les par- dent qu'il n'importe pas moins aux peuples liculiers, de croire un Dieu que de n'en ad- d'avoir pour chefs cl pour souverains de» mettre aucun; il faut pousser l'entêtement hommes religieux et craignant Dieu ; sans de I impiélé jusqu'au dernier période pour c- frein salutaire, les souve.'4.ins ne vouconlesler une vérilé aussi palpable. draient dominer que par Ja force, cl pour
1' Les raisonneurs de celle espèce, qui ont être plus absolus , ils travailleraient sans
rép -lé cent lois que le dictamen de la raison, cesse à rendre les peuples esclaves; ils les
»«• désir de la gloire et d'une bonne répula- regarderaient comrct un troupeau île brutes,
lion, la crainte des peines inlligées par les qui ne peut être Conduit que par la crainte,
lois civiles, sont trois motifs suffisants pour 3' Il n'est pat moins évident qu.« l'homme,
reprimer les passions des hommes, po-.:r exposé à tant de maux et de souffrances en
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ce monde, a besoin de consolation, et que pour la plupart il n'eu est point d'autre que là croyance d'un Dieu juste, rémunérateur de la patience et de la vertu. Sans l'espérance d'une vie future et d'un meilleur avenir, où en seraient réduits le pauvre souffrant et privé de secours, l'homme vertueux calomnié et persécuté par les mérhanls, le lion citoyen puni pour n'avoir pas voulu trahir son devoir, etc. ? il n'y aurait point de ressource pour eux qu'un sombre désespoir. La mort, ce moment si terrible, que la nature n'envisage qu'avec effroi, est pour l'homme juste et religieux le commencement du bonheur aussi bien que la fin de ses peines. Qu'espère alors un aihée? un anéantissement absolu; mais il n'en est pas certain, et le simple doute pour lors est la plus cruelle de toutes les inquiétudes. S'il s'est (rompe, qu'a-l-il gagné? Rien, puisque le passé n'est plus; et il ne lui reste pour l'avenir qu'un souverain malheur. Quand le juste serait trompé dans son espérance, il n'a rien perdu, puisqu'il n'a pas tenu à lui d'être heureux. Cela nous fait comprendre que si l'athéisme peut être le partage de quelques heureux insensés, le théisme ou la religion doit être celui du très-grand nombre des hommes, puisque ce très-grand nombre ne peut jouir du bonheur en celle vie. Voy. Heligion , § k. Mais y a-l-il du bon sens à vouloir s'en tenir au simple théisme? Aulre question. Si nous consultons les athées, cela est impossible, et ils le prouvent. 1° La Divinité, disent-ils, n'existant que dans l'imagination d'un théiste, cette idée prendra nécessairement la teinte de son earaclère ; Dieu lui paraîtra bon ou méchant, juste ou injuste, sage ou bizarre, selon qu'il sera luimême gai ou triste, heureux on malheureux, raisonnable ou fanatique; sa prétendue religion doit donc bientôt dégénérer en fanatisme et en superstition. 2° Le théisme ne peut manquer de se corrompre; de là sont nées les sectes insensées dont le genre humain s'est infecté. La religion d'Abraham était le pur théisme; il fut corrompu par Moïse; Sociale fut théiste, Platon sou disciple mêla aux idées de son maître celles des Egyptiens et des Chaldéens, et les nouveaux platoniciens furent de vrais fanatiques. Bien des gens ont regardé Jésus comme un simple théiste, mais les docteurs chrétiens ont ajouté à sa doctrine les superstitions judaïques et le platonisme. Mahomet, en combattant le polythéisme des Arabes, voulut les ramener au théisme d'Abraham et d'ismaël, et le mahométisme s'est divisé en soixantedouze sectes. 3° Les théistes n'ont jamais été d'accord entre eux; les uns n'ont admis un Dieu que pour fabriquer le monde, ils l'ont déchargé du soin de le gouverner; les autres l'ont supposé gouverneur, législateur, rémunérateur et vengeur. Entre ceux-ci, les uns ont admis une vie future, les autres l'ont niée. Plusieurs ont voulu qu'on rendit à Dieu tel culte particulier, d'autres ont laissé ce cntie à la discrétion de chaque individu. A force de raisonner sur la nature de Dieu, il
TuV.
a fallu peu à peu souscrire à toutes les rêveries des théologiens. Il a donc été impossible de fixer jamais la ligne de démarcation entre le théisme et la superstition. 4° Il est évident que le théisme doit être sujet à autant de schismes et d'hérésies que toute aulre religion, qu'il peut inspirer les mêmes passions et la même intolérance. A l'exemple des protestants qui, en rejetant la religion romaine, n'ont trouvé aucun point fixe pour s'arrêter, n'ont formé qu'un tissu d'inconséquences, ont vu multiplier les sectes et sont devenus intolérants, les déistes, avec leur prétendue religion naturelle, ne savent ce qu'ils doivent croire ou ne pas croire. Ainsi, en fait de religion, tout ou rien, si l'on veut raisonner couséquemment. Système de la Nature, t. II, chap. 7, p. 210 et suiv.
Ce devrait être aux déistes de répondre à ces objections, mais ils savent mieux attaquer que se défendre ; aucun n'a pris la peine de réfuter les athées, parce qu'en général ils sont beaucoup moins ennemis de l'athéisme que de la religion. Pour nous, les arguments des athées ne nous embarrassent pas beaucoup. 1° Ils prouvent ce que nous soutenons; savoir, qu'il n'y eut jamais et qu'il ne peut point y avoir sur la terre de religion véritable que la religion révélée; que, sans la révélalion, aucun homme n'aurait eu de Dieu une idée juste et vraie; que si l'on ferme une l'ois les yeux à celle lumière, chaque peuple, chaque particulier se fera infailliblement de la Divinité une notion conforme à son propre caractère, à ses mœurs, à ses passions. L'expérience n'a que trop confirmé celte vérité; à la réserve des patriarches et des Juifs leurs descendants, toutes les nations de la terre ont été polythéistes et idolâtres, et ont attribué à leurs dieux les vices de l'humanité. Pour prévenir cet égarement, Dieu s'élait révélé à nos premiers parents ; il leur avait fait connaître ce qu'il esl, ce qu'il a fait, ce qu'il exigeait d'eux, le culte qu'ils devaient lui rendre. Si ces notions se sont effacées chez la plupart des anciennes peuplades, ce n'est pas la faute de Dieu, mais celle des hommes, ce sont leurs passions qui les ont égarées. V. Paganisme, § 2; Révélation, etc. — 2° Il n'esl donc pas vrai que la religion d'Abraham ait été le pur théisme; les notions qu'il a eues de Dieu et de son culte ne lui sont point venues naturellement, mais par une révélation expresse; il a cru à Dieu, dit saint Paul, et sa foi l'a rendu juste. Il ne l'est pas non plus qi:e Moïse ait corrompu le théisme d'Abraham; il n'a point fait connaître aux Hébreux d'autre Dieu que celui de leurs pères. Mais Dieu l'instruisit de vive voix, il lui dicta les lois qu'il fallait prescrire à celle nation ; la religion qu'il lui donna était pure et sage, conforme au caraclèra de ce peuple, au temps, au lieu, aux circonstances dans lesquelles il se trouvait; nous lavons fait voir au mol Judai^miî. H esl constant que Socrate fut polythéiste aussi bien que Platon; ils adorèrent l'un et l'autre les dieux d'Athènes, et ils décidèrent qu'il fallait s'en tenir à la religion établie par les
rut;
lois. C'est abuser des tonnes que île confondre le théisme avec le polythéisme. Un plus grand abus encore esi d'appeler théisme la religion de Jésus Christ ; ce divin Maître s'est dit envoyé du ciel pour enseigner le culte de Dieu en esprit et en vérité; il nous a fait connaître dans la Divinité le Père, le Fils et le Saint-Esprit, le mystère de l'Incarnation et de la rédemption du genre humain, etc. Les athées se vanteront-ils de mieux savoir (lue les apôtres la vraie doctrine de Jésus- Christ? Enfin, il s'en faut beaucoup que Mahomet ait été un vrai théiste; il n'a eu de Dieu que des idées très-grossières cl Ircslaussos, encore les avait-il empruntées des Juifs et de quelques hérétiques. Voy. Mahométi-me. — 3° Quant à la diversité de sentiments qui a toujours régné et qui règne encore parmi les déistes, aux schismes, aux hérésies, aux disputes, à l'intolérance que l'on peut leur reprocher, c'est Ipur affaire de se justifier, nous n'y prenons aucun intérêt. Nous avouons cependant qu'ils peuvent user de récrimination contre les alliées. En effet, l'on ne voit pas parmi ces derniers un concert beaucoup plus parfait que chez les déistes : les uns croient le monde éternel, les autres disent qu'il s'est lait par hasard; quelques-uns pensent que la matière est homogène, les autres qu'elle est hétérogène ; en fait de lois, de coutume, de mœurs, les uns blâment ce que les attires approuvent. Le fiel, la malignité, l'emportement, la haine qu'ils montrent dans leurs écrits, prouvent assez qu'ils ne sont pas fort tolérants; lorsqu'ils poussent la démence jusqu'à dire qu'il faut, à quel prix que ce soit, bannir de l'univers la funeste notion de Dieu, ils nous font comprendre ce que nous aurions à craindre d'eux, s'ils étaient en assez grand nombre pour nous faire la loi. — 4° A notre tour nous disons aux prolestanls et aux autres hérétiques : En fait de religion révélée, tout ou rien; tout ce que Dieu a enseigné, soit par écrit, soit aulrement, ou incrédulité absolue; point de milieu, si l'on ne veut pas déraisonner. Cet axiome est prouvé non-seulement par la multitude de sectes insensées nées du protestantisme, mais par le nombre de ceux qui, en parlant de ces principes, sont tombés dans le déisme et dans l'irréligion. Voy. Ekuia r, Protestantisme, etc.
THEOCATAG.NOSTES. C'est le nom que saint Jean Damascène a donné à des hérétiques, ou plutôt à des blasphémateurs qui blâmaient des parolesou des actions de Dieu, et plusieurs choses rapportées dans l'Ecriture sainte ; ce pouvaient être quelques restes de manichéens; leur nom est formé du grec Geo,-, Dieu, et xareefobna»,jejitgetj* condamne. (Quelques auteurs ont place ces mécréants dans le vu" siècle: mais saint Jean Damascène, le seul qui en ait parlé, ne dit rien du temps auquel ils parurent. D'ailleurs, dans sou Traité des Hérésies, il appelle souvent hérétiques des hommes impies et pervers, tels que l'on en a vu dans tous les temps cl qui n'ont forme aucuuo secte. Ja-
TlIIC 7.2
mais ils n'ont été en pins grand nombre que parmi les incrédules de notre siècle; s'ils étaient moins ignorants, ils rougiraient peutêtr.' de répéter les objections de Celse, de Julien, de Porphyre, des marcioniles, des manichéens et de quelques autres hérétiques.
THEOCRATIE, gouvernement dans lequel Dieu est censé seul souverain et seul législateur. Il y a des écrivains qui ont prétendu que, dans l'origine, toutes les nations qui ont commencé à se policer ont été sous le gouvernement théocralù/ue ; que les Egyptiens, les Syriens, les Chaldéens, les Perses, les Indiens, les Japonais, les Crées et les Romains ont commencé par ce gouvernement, parce que chez ces différents peuples les prêtres ont eu grande part à l'autorité; mais il nous paraît que ces auteurs n'ont pas vu la vraie raison de ce phénomène politique, et qu'ils ont confondu des choses qu'il aurait fallu distinguer.
On ne peut pas douter que le gouvernement paternel ne soit le plus ancien de tous : quelle autre autorité pouvait-il y avoir lorsque les familles étaient encore isolées et nomades? Comme le p;xre était en même temps le ministre de la religion, le sacerdoce et le pouvoir civil se trouvèrent naturellement réunis. Lorsque plusieurs familles s» rassemblèrent dans une ville ou dans un même canton, et s'associèrent pour se rendre plus fortes, il leur fallut un chef, et son pouvoir fut réglé sur le modèle de celui qu'avaient exercé auparavant les pères de famille; ainsi la puissance civile et l'autorité religieuse continuèrent d'être entre les mains du même chef. C'est ainsi que l'Ecriture sainte nous représente Melchisédech et Jéthro, que Virgile nous peint Anius, et Diodore de Sicile les premiers rois. Lorsqu'une nation devint plus nombreuse, les fonctions de la royauté et celles du sacerdoce se multiplièrent; on sentit la nécessité de les séparer. La principale affaire du roi lut de rendre la justice civile et de marcher à la tête des armées; celle du prêtre fut de présider au culte divin. Mais, comme on choisit ordinairement pour le sacerdoce les anciens, les hommes les mieux instruits et les plus sages de la nation, ils devinrent les conseillers des rois, et ils eurent toujours une grande part au gouvernement. Pour concevoir les raisons de ces divers étals de choses, il est absurde de les attribuer à l'ambition, à l'imposture dis prêtres, à leur affectation défaire intervenir l'autorité divine partout; de même que les rois n'exercèrent pas d'abord les fondions du culte religieux en vertu de leur autorité civile, ainsi les prêtres ne furent point admis à partager les fonctions civiles en qualité de ministres de la religion, mais par considération de leur capacité personnelle. Dans la suite des siècles, les rois, trouvant leur attention trop partagée entre les soins de la politique cl ceux de rendre par eux-mêmes la justice aux peuples, se sont déchargés de celle dernière fonction sur des compagnies de magis'rals. Soupçon-
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nerons-nous ces derniers d'cire parvenus à partager ainsi l'autorité souveraine nar ambition, par artifice, par imposture, en séduisant el en trompant les peuples et le* rois? non sans doute. En consultant le bon sens « t non la passion, l'on voit que la nécessité, l'utilité, la commodité, l'intérêt public bien ou mal conçu, ont été les motifs de presque toutes les institutions sociales. Mais de môme que l'on abuserait des termes en nommant m istocralique un gouvernement dans lequel un corps de magistrature exerce une partie de l'autoiitédu souverain, on n'en abuse pas moins en supposant théocralique tout gouvernement dans lequel les prêtres ont beaucoup de crédit et d'influence dans les affaires. Posons donc pour principe que la vraie théocratie est le gouvernement dans lequel Dieu lui même est immédiatement l'auteur «!es lois civiles et politiques, aussi bien que des lois religieuses, et daigne encore diriger une nation dans les cas auxquels les lois n'ont pas pourvu. Suivant cette notion, l'on ne peut pas disconvenir que le gouvernement des Israélites n'ait été théocratique.
Spencer, De Legib. Hebrœor. ritual., 1. i, p. 174, a fait une dissertation pour le prouvtr; mais il semble avoir oublié la raison principale, qui est que la législation mosaïque venait immédiatement de Dieu ; il nous paraît avoir poussé trop loin la comparaison entre la conduite que Dieu a tenue à l'égard di's Israélites et celle qu'un roi a coutume de tenir à l'égard de ses sujets. 1° Il observe très-bien que Dieu gouvernait les Juifs, non-seulement par ses lois, mais encore par les oracles qu'il rendait au grand prêtre, et par les juges qu'il établissait luimême; il fallait ajouter encore, par les prophètes qu'il suscitait de temps en temps, comme il l'avait promis; Deut., c. xvm, v. 18. Dieu est appelé le Roi d'Israël, mais il en est aussi nommé le père, le pasteur, le rédempteur, le sauveur; et tous ces titres convenaient également à Dieu ; il était donc inutile de remarquer que sa royauté à l'égard des Israélites avait été formée et cimentée par un traité solennel conclu dans !outes les formes, par lequel ils s'étaient engagés à être obéissants et fidèles à Dieu : quand il n'y aurait point eu de traité, ce peuple n'en aurait pas été moins tenu à l'obéissance et à la soumission; ce traité n'était pas encore conclu, lorsque Dieu leur intima ses lois. Nous ne pensons pas non plus qu'en cela Dieu ait eu aucun égard à la coutume des autres peuples qui regardaient leurs dieux comme rois, et qui adoraient leurs rois morts comme des dieux ; aucun de ces dieux prétendus n'avait été législateur de la nation qui l'adorait, et n'avait fait pour elle ce que Dieu faisait pour les Israélites; les folles imaginations des idolâtres n'étaient pas un modèle à suivre.
2" Nous applaudissons à Spencer lorsqu'il dit que ce gouvernement paternel de Dieu était doux, pacifique, avantageux aux Israélites à tous égards, et que dans les différentes circonstances où ils se trouvèrent , sur-