‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 129 sur 219 · TI1E · texte numérisé non relu

TI1E

tout vi.sss Je désert, il aurait été impossible à un homme de les gouverner, puisqu'ils n'y pouvaient subsister que par miracle. Aussi ne lurent-ils heureux qu'autant qu'ils furent soumis à ce gouvernement divin ; toutes les fois qu'ils manquèrent de fidélité à Dieu, ils eau furent punis par des fléaux, et lorsqu'ils s'avisèrent de vouloir avoir a leur tête «in roi comme les autres nations, ils eurent bientôt sujet de s'en repentir, et, tomnu: Spencer le remarque, ce changement fatal (ut la cause des malheurs que les Israélites attirèrent sur eux, et enfin de leur ruine entière. Mais nous ne voyons pas pourquoi il juge qu'à l'élection d'un roi le gouvernement théocralique cessa chez cette nation, puisque le code de lois que Dieu avait donné continua toujours d'être suivi. Quelque vicieux, quelque impies qu'aient été plusieurs de leurs rois, aucun d'eux n'est accusé d'avoir voulu l'abroger. Souvent ils ont violé les lois religieuses, en se livrant à l'idolâtrie el en y entraînant les peuples, mais les lois civiles el politiques conservèrent toute leur force ; les unes et les autres furent établies après la captivité de Babylone. — Lorsque Spencer envisage le tabernacle comme le palais du roi d'Israël, les prêtres comme ses officiers, les sacrifices comme sa table, l'arche comme son trône, etc., ces comparaisons sont ingénieuses, mais peu justes. Dieu ne cessa pas de gouverner les Israélites lorsque le temple fut détruit par Nabuchodonosor, et que les sacrifices furent interrompus. Il dit que, sous ce gouvernement théocrati~ que, l'idolâtrie devait être punie de mort, parce que c'était un crime de lèse-majesté; mais, indépendamment de la loi positive, l'idolâtrie était un attentat contre la loi naturelle ; on sait de combien d'autres crimes elle était la source ; elle méritait donc par elle-même le plus rigoureux châtiment. Là violation publique du sabbat était aussi punie de mort, sans être cependant un crime de lèse-majesté. Ainsi, quoique la dissertation de Spencer sur la théocratie des Juifs soit savante et ingénieuse, elle u'est ce; tainement pas juste à tous égards.

Un de nos philosophes modernes qui a raisonné de tout au hasard et sans réflexion, a voulu faire voir que la théocratie est un mauvais gouvernement, puisque sous ce régime il s'est commis une infinité de crimes chez les Juifs , et qu'ils ont éprouvé une suite presque continuelle de malheurs. Mais c'est une étrange manière de prouver que des lois sont mauvaises , parce qu'elles ont été mal observées et que les infracleurs ont toujours été punis. Dieu n'avait pas laissé ignorer aux Juifs les malheurs qui ne manqueraient pas de leur arriver lorsqu'ils seraient infidèles à ses lois; Moïse les leur avait prédits dans le plus grand détail, Deut., c. xxvin, v. 15 et seq., el ses prédictions n'ont été que trop bien accomplies. Pour démontrer que le gouvernement théocralique était vicieux en lui-même, il aurait fallu faire voir que les Juifs furent malheureux dans le temps même auquel ils furent le plus

725 THE

soumis à leurs lois, cVst ce que noire di«sertaleur n'a eu garde d'entreprendre. Et comme il est ordinaire à un philosophe irréligieux de déraisonner, celui-ci finît sa diatribe en disant que la théocratie devrait être partout, puisque tout homme, ou prince, ou batelier, doit obéir aux lois naturelles et éternelles que Dieu lui a données : or, ces lois naturelles el éternelles sont les premières que Dieu avait intimées aux Juifs; elles sont dans le code de Moïse à la lête de toutes les autres, et toutes 1rs autres tendaient à faire ohserver exactement celle-là ; ce code ne pouvait donc pas être mauvais. Voy. Juifs, § 3.

THÉODORE DE MOPSUESTE , écrivain célèhre qui a vécu sur la fin du iv* el au commencement du >' siècle de l'Eglise. Dans sa jeunesse il avait été le condisciple et l'ami de saint Jean Chrysostome, et il avait embrassé comme lui la vie monastique. Il s'en dégoûta quelque temps après, reprit le soin des affaires séculières et forma le dessein de se marier. Saint Jean Chrysoslome, affligé de ccl'e inconstance, lui écrivit deux lettres très-touchantes pour le ramener à son premier genre de vie. Elles sont intitulées ad Theodorum lapsum, et se trouvent au commencement du premier tome des ouvrages du saint docteur; ce ne fut pas en vain : Théodore céda aux vives et tendres exhortations de son ami, et renonça de nouveau à la vie séculière ; il fut dans la suite promu au sacerdoce à Antioche,et devint évêque de la ?Hle de Mupsuesle en Cilicie. On ne peut pas lui refuser beaucoup d'esprit, une grande érudition, et un zèle très-aclif contre les hérétiques; il écrivit contre les ariens, contre les apollinarisles et contre les eunomiens ; l'on prétend même que souvent il poussa ce zèle trop loin, el qu'il usa plus d'une fois de violence contre les hétérodoxes. Mais il ne sut pas se préserver luimême du vice qu'il voulait réprimer. Imbu de la doctrine de Diodore de Tarse, son maître, il la fil goûter à Neslorius, et il répandu les premières semences du pélagianisme. On l'accuse en effet d'avoir enseigné qu'il y avait deux personnes en Jésus-Christ, qu'entre la personne divine et la personne humaine il n'y avait qu'une union morale; d'avoir soutenu que le Saint-Esprit procède ilu Père el non du Fils; d'avoir nié, comme Pelage, la communicaiion cl les suites du péché originel dans lous les hommes. Le savant Itligius, Dissert. 7, § 13, a fait voir que le pélagianisme de Théodore de Mopsueste est sensible, surtout dans l'ouvrage qu'il fit contre un certain Aram ou Aramust el que sous ce nom , qui signifie Syrien, il voulait désigner saint Jérôme, parce que ce l'ère avait passé la plus grande partie de sa vie dans la Palestine , et qu'il avail écrit trois dialogues contre Pelage. De plus Assémani, liiblioth. orient., t. IV, c. 7, § 2, reproche à Théodore d'avoir nié l'éternité des peines de l'enfer, et d'avoir retranché du canon plusieurs livres sacrés. Il fit on nou-

TIIF. "23

veau swnhole et une liturgie dont les Historiens se servent encore.

Il exerça aussi sa plume contre Origèno et conlre lous ceux qui expliquaient t'Eirilure sainte comme ce Père dans un sens allégorique. Ebedjésu, dans sou Catalogue <!< te écrivains vestoriens, lui attribue un ouvrage en cinq livres, contra Allegoricos. Dans ses Commentaires sur l'Ecriture suinte, qu'il expliqua, dit-on, loul entière, il s'attacha constamment au seul sens littéral. 11 en a été beaucoup loué par Mosheim, Ffi<t. eccltis., v* siècle, il" part., c. 3, § 3 et o, el celui--: i blâme d'aulanl les Pères de l'Eglise qui en ont agi autrement. Voy. Allkgoi» k. Mai* s'il faul juger de la bonlé d'une méthode par le succès, celle do Théodore et de ses imitateurs n'a pas toujours été heureuse, puisqu'elle ne l'a pas piéservé de tomber dans des erreurs. Il donna du Cmtique des cun'iquesuno. explication toute profane qui scandalisa beaucoup ses contemporains : en interprétant ies prophètes, il détourna le sens de plusieurs passages que l'on avait jusqu'alors appliqués à Jésus-Christ, et il favorisa l'incrédulité des juifs. On a fait parmi les modernes le même reproche à Grotius, cl les sociniens en général ne l'ont que trop mérité. Le docteur Lardner, qui a donné une liste assez longue des ouvrages de Théodore de Moiisuesle, Credibility ofthe Gospel //f>tory. t. XI, p. 399, en rapporte un passage lire de son Commentaire sur l'Evangile de saint Jean, qui n'csl pas favorable à la divinité de Jésus-Christ ; aussi les nesloriena n'admettaient-ils ce dogme que dans un yens très-impropre. Voy. Nestohianissie. C'est donc une affectation très-imprudenle de la part des critiques protestants de douter si Théodore a véritablement enseigne l'erreur de Neslorius, s'il n'a pas clé calomnié par les allégorisles contre lesquels il avail écri'. Il n'est pas besoin d'une autre preuve de, son hérésie, que du respect que les nestoriens ont pour sa mémoire ; ils le regardent comme un de leurs principaux docteurs , ils l'honorent comme un saint , iis font le plus grand cas de ses écrits, ils célèbrent sa liturgie. Il est vrai que cet évêque mourut dans la communion de l'Eglise, sans avoir été flétri par aucune censure; mais l'an 533, le iie concile de Constanlinople condamna ses écrits comme infectés du uestorianisme. Le [dus grand nombre est perdu, il n'en reste que des fragments dans Phoiius et ailleurs; mais on est persuadé qu'une bonno partie de ses commentaires sur l'Ecriture sont encore entre les mains des nestoriens. On ajoute que son Commentaire sur les douze pt'tils prophètes esl conservé dans la bibliothèque de l'empereur, el M. le duc d'Orléans, mort à Sainte-Geneviève en 17.J2, a prouvé, dans une savante dissertation, que. le commentaire sur les psaumes qui porto le nom de Théodore d'Antiocbe dans la C haine du Père Cordier est de Théodore de Mopsueste.

THEODOUET, évoque de C.yr, dans la ppjviuce euphratesienne, né a Anliochc, se-

rii

TUE

THE

ion les uns on 386, selon d'autres en 393, et mort l'an 458, a été l'un des plus savants et des plus célèbres Pères de l'Eglise. A la connaissance des langues grecque hébraïque el syriaque, il joignit une grande érudition sacrée et profane, el beaucoup d'éloquence. Prévenu d'estime et d'amitié pour Nesiorius, il eut pendant longtemps de la répugnance à le croire coupable d'hérésie; il crut qu'il pensait mieux qu'il ne parlait, et il l'exhorta plus d'une l'ois à s'expliquer, mais il ne put rien obtenir de cet opiniâtre. Indisposé d'ailleurs contre saint Cyrille d'Alexandrie, antagoniste de Nesiorius, il crut apercevoir dans ses ouvrages les erreurs d'Apollinaire , et il écrivit contre lui avec beaucoup d'aigreur; mais, détrompé dans la suite, il se réconcilia avec saint Cyrille, el reconnut la catholicité de sa doctrine. Attaqué personnellement à son tour par les eutychiens, comme partisan de Nesiorius, et appelé au concile général de Chalcédoine, il présenta dans la se'plième session , tenue le 2G octobre 451, une requête pour demander que l'on examinât ses écrits et sa foi ; on lui répondit qu'il suffisait qu'il dit analhème à Nesiorius ; il le fit, el on le déclara catholique ; il n'y a aucun lieu de douter que cet a na thème n'ait été sincère , la conduite de Nestorius ''avait détrompé sur le compte de cet hérésiarque.

Mais les écriis de Tltéodoret contre saint Cyrille subsisiaient , et en les composant clins les premières chaleurs de la dispute, il ne s'élait pas toujours exprimé avec assez d'exactitude. Aussi l'an 553, quoiqu'il fût mort dans la paix de l'Eglise cl absous par le concile de Chalcédoine , ses mêmes écriis furent examinés avec rigueur dans le deuxième concile de Conslanlinople , et condamnés avec ceux d'Ibas et de Théodore de Mopsuestc ; c'est ce que l'on a nommé les trois Chapitres. Voy. Constantinople.

Outre 1 Histoire ecclésiastique de Théodorel} qui est la continuation de celle d'Eusèbe, on a de lui des Commentaires sur CE* crilure sainte, Y Histoire des Hérésies, les Vies de trente solitaires , la Thérapeutique en douze discours destinés à guérir les préjugés des païens contre le christianisme, dix sermons ou discours sur la Providence, des dialogues contre les eulyebiens, des lettres , etc. Ces ouvrages furent publiés par le P. Sirmond, à Paris , en 1642, eu quatre volumes in- fol. Le P. Carnier y en ajouta un cinquième en 16%. Ce nouvel éditeur, dans ses dissertations , a traité Théodoret avec trop de rigueur; il lui a imputé des erreurs desquelles il est facile de le disculper. Il pousse l'injustice de ses soupçons jusqu'à croire que Théodoret n'a fait son Histoire des Hérésies que pour avoir occasion de rendre suspecte la foi de sainl Cyrille cl des orthodoxes, en faisant l'apologie de sa propre croyance et de celle de Nestorius. Comme dans le quatrième livre, c. 11, il condamne absolument le iseslorianisme, 'e P. Garnier soupçonne encore que ce chantre a été ajouté par une autre main. C'est

pousser trop loin la prévention. Aussi le P. Sirmond, le P. Alexandre, Tillemonl, lit i— gius, Graveson et d'autres critiques, ont été plus équitables ; ils ont justifié Théodoret. On peut voir une bonne notice de sa vie el de ses ouvr.iges, Vies des Pères et des Martyrs, t. 1, p. 464, et d ins Lardncr, Credibility, etc., t. XIII, c. 131.

Il y a dans la Bibliothèque germanique, t. XLVT1I, une dissertation de M. Baratier. savant précoce , mort avant l'âge de vingt ans, dans laquelle il a entrepris di^ prouver que les Dialogues contre les eutychiens el les Vies des solitaires ne sont pas de Théodoret ; Lardner juge qu'en effet ces Dialogues sur l'Incarnation sont supposés; quant aux Vies des solitaires , intitulées Philotée, il pense qu'elles ont pu être interpolées, qu'il y a des méprises indignes d'un savanl tel que Théodoret, et des faits qui ne s'accordent pas avec ce qu'il a rapporté dans son Histoire ecclésiastique. Mais ces critiques auraient dû faire attention qu'un savant très-laborieux, et qui a beaucoup écrit, a pu oublier dans ses derniers ouvrages ce qu'il avait dit dans les premiers, pi corriger des fautes qu'il avait commises, sans se donner la peine de les effacer dans ses écrits précédents. Pour en juger avec certitude, il faudrait savoir exactement les dates des différents ouvrages de Théodoret, et peutêtre avoir ceux qui nous manquent ; sans cela les conjeclures peuvent toujours être fautives.

Dans ses Discours sur la Providence, ce Père fait paraître une connaissance de la physique el de l'histoire naturelle plus étendue que son siècle ne semblait le comporter. Après avoir montré la sagesse et les attentions de la Providence dans l'ordre de la nature et dans l'ordre de la société, il montre dans le dixième celle même sagesse dans l'ordre de la grâce , et il y donne la plus haute idée du bienfait de la rédemption. La Thérapeutique esl une excellente apologie du christianisme, et une démonstration complète des erreurs, des absurdités et des désordres qui régnaient dans le paganisme ; on y voit que Théodoret était parfaitement instruit de tous les systèmes de la philosophie païenne; il semble y avoir eu le dessein de réfuier les calomnies et les sophismes de l'empereur Julien.

En rendant compte de cet ouvrage, Lardner, après avoir donné de grands éloges aux talents el à l'éloquence de l'auteur, lui sait gré île l'apologie qu'il a faite, dans le vin" livre, du culte rendu aux martyrs; il lui reproche d'avoir dit aux païens que Dieu a mis les martyrs à la place de leurs divinités. L'Ecriture, dit-il, ne nous a point enseigné ce culte , les martyrs des premiers temps de l'Eglise n'ont jamais ambitionné cet honneur; ils délestaient toute espèce d'idolâtrie, ils ont donné leur vie plutôt que de rendre leur adoration à d'autres qu'à Dieu seul et à son Christ. — C'est au moins pour la centième fois que les protestants répètent contre nous celte accusation d idolâtrie , et nous en

THE

Page 1