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du mystère de l'Incarnation, de la rédemption du monde, etc.
La théologie morale ou pratique est celle qui s'occupe à déterminer les devoirs que Dieu nous impose, cl à montrer le vrai sens des préceptes de l'Evangile, qui traite des vertus el des vices, qui fait voir ce qui est juste ou injuste, permis ou défendu, qui enseigne aux fidèles leurs obligations dans les différents étals, charges ou conditions dans lesquels ils peuvent se trouver. Les théologiens moraux se nomment aussi casuistes.
Vog. ce mot.
Quelques ennemis do la religion n'ont-pas rougi d'affirmer que la théologie a dénaturé les sciences el en a retardé les progrès ; nous avons fait voir le contraire aux mots Lettres
el SCIENCES HUMAINES.
Quant à la manière de la traiter, on dislingue la théologie positive, la théologie scolactique el la théologie mystique ; il est bon de parler de chacune en particulier.
Théologie positive. C'est la méthode de prouver les vérilés de la religion par l'Ecriture sainte el par la tradition ; elle suppose conséquemment la connaissance de la manière dont les dogmes révélés ont été attaqués par les hérétiques et défendus par les Pères de l'Eglise ; on ne peul la posséder parfaitement sans savoir l'histoire ecclésiastique, sans avoir une notion des différentes hérésies qui se sont élevées successivement, sans être familiarisé avec les ouvrages des Pères. Puisque la doctrine chrétienne est une doctrine révélée de Dieu, la théologie n'est point une science d'invention, mais de tradition ; par conséquent la théologie posiive est la seule vraie théologie. C'est ainsi que les Pères, qui, après les écrivains sacrés, sont nos maîtres, l'ont traitée. Ils ne se sont pas bornés à prouver par l'Ecriture sainte les dogmes contestés, mais ils ont fondé le vrai sens de l'Ecriture sur la manière dont elle avait été entendue dans l'Kglise depuis les apôlres jusqu'à eux, et dont elle avait été expliquée par les apôires qui les avaient précédés. Comme la plupart de ces saints personnagesétaienl recommandâmes par leur éloquence aussi bien que par leur érud lion, ils n'onl pas négligé d'en faire usage, ils se sont servis des lettres humaines et des sciences profanes pour la défense de nos saintes vérités.
Aujourd'hui les ennemis de l'Eglise catholique ne sont pas moins habiles à travestir la doctrine des Pères qu'à (ordre le sens de l'Ecriture sainte; les théologiens sont doncobligésde chercberégalementdans cesdeux sources la véritable intelligence des dogmes révélés. Après dix-sept siècles de combats contre des adversaires de toute espèce, on doit comprendre de quelle immense étendue est la carrière que doivent parcourir ceux qui bc consacrent à l'élude de la théologie.
Les monuments de la révélation sont écrits dans deux langues, dont l'une a cessé d'être vivante depuis deux mille cinq cents ans, l'autre ne fui jamais commune dans us climats. Dans toutes les disputes, les héiéro-
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duxes, souvent incommodés par les versions, en appellent aux originaux, et nous sommes obligés de les consulter; nous ne nous en plaindrions pas, s'ils se bornaient à exiger relie précaulion. Mais lorsque, pour détourner le sons d'un passage et pour en esquiver les conséquences, ils ont recours à des subst il ités de grammaire et de critique, à des changements de ponctualion, aux variantes des manuscrits, à l'ambiguïté d'un terme grec ou hébreu, à la différence des anciennes versions, etc., ils prouvent assez qu'ils sont bien résolus de n'être jamais convaincu s; mai s il serait honteux pour un théologien de ne pas être aussi exercé à défendre la vérité qu'ils le sont à soutenir l'erreur-
Un nouveau genre de travail nous est survenu depuis environ un siècle. Pour attaquer la vérité de l'hrstoire sainte, les incrédules ont fouillé dans les annales de tous les peuples et dans les écrits de tous les auteurs profanes; il a doncfallu vérifier tous ces témoignages, en peser la valeur, les comparer à celui des au leurs sacrés; et ceux qui en ont pris la peine y ont souvent trouvé des avantages auxquels ils ne s'attendaient pas. Pour renverser la chronologie de l'Ecriture sainte on a eu recours aux calculs astronomiques; mais cette nouvelle tentative n'a pas mieux réussi aux incrédules que la précédente. On a entrepris de justifier toutes les fausses religions aux dé* pensdela nôtre; parun parallèleinjurieux on nous a opposé les livres des Chinois , le Zend- Avesla de Zoroastre,lesSchastersdes Indiens, l'Alcoran de Mahomet : les défenseurs du christianisme ont donc été obligés d'entrer dans toutes ces discussions, et jusqu'à présent il ne paraît pas qu'ils y aient eu le dessous. A présent c'est la physique, l'histoire naturelle, la cosmographie, dont on implore le secours ; après avoir interrogé les cieux, l'on descend dans les entrailles de la terre, dans le sein des mers, dans les débris des volcans, pour y trouver des preuves de l'antiquité du mondeet delà fausseléde la cosmographie des livres saints. On a forgé sur ce sujet des systèmes et des conjectures de toule espèce; heureusement des physiciens plus sensés et plus habiles que les incrédules ont renversé tous ces édifices frivoles et ont fait voir que jusqu'à présent la narration des auleurs sacrés n'a reçu aucune atteinte. Ainsi, grâces à l'opiniâtreté des incrédules, aucune science ne peut être désormais étrangère aux théologiens ; et, sans être obligés à aucune reconnaissance, ils oui reçu de leurs adversaires même des armes pour les vaincre.
Depuis que la théologie a l'ail de si grands progrès, il peut être permis de proposer, sans prétention , un plan peut-être plus convenable el plus régulier que celui que l'on a suivi jusqu'ici , pour former une théologie complète. Puisque c'est Dieu , ses a tributs , ses desseins, ses opérations dans l'ordre de la nature el de la grâce, qui sont l'unique objet de cette science, il serait à souhaiter que le nom de Dieu fût à la lête de tous les traités théologiques. Ainsi l'on parlerait, 1* de Dieu en lui-même, de ses
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attributs, soit absolus, soit relatifs; 2* de. Dieu créateur et conservateur, par conséquent de ses divers ouvrages; 3° de Dieu législateur, rémunérateur et vengeur de ses differertîes lois, soit naturelles soil positives; 4-° de Dieu Rédempteur el Sauveur; titre qui comprendrait la mission de Jésus-Chrisl, ses divins caractères, et l'économie générale du christianisme; 5° de Dieu sanctificateur, et des moyens que sa bonté emploie pour opérer ce grand ouvrage; 6° de Dieu dernière fin de toute choses. Il nous paraît que l'on pourrait aisément placer sous ces titres divers lous les objets dont les théologiens ont coutume de s'occuper. Mais ce n'esl point à nous de prescrire de nouvelles méthodes ; nous sommes faits pour recevoir la loi do nos maîtres et non pour la leur donner.
Dans un recueil de dissertations théologiques, publié par Mosheim en 1733, il y en a trois de Theologo non contentioso, et un discours de Jesu Christo unice theologo imitando. On y trouve de bonnes réflexions et dcsleçons très-sages; mais l'auteur lui-même ne les a pas exactement suivies. 11 y montre lous les préjugés de sa secte ; il y renouvelle des reproches contre les théologiens catholiques dont on a cent fois démontré l'injustice; il y fait paraître une prévention incurable contre les Pères de l'Eglise; il tourne en ridicule le respect que nous avons pour eux. Le résultat de ses dissertations est qu'il faudrait qu'un théologien fûl un ange exempt de lous les défauts de l humanité. S'il y en eut jamais de le Is parmi les luthériens, chosd de laquelle il nous est très-permis de douter, ils ne ressemblaient guère aux fondateurs de la réforme. Plus d'une fois Mosheim a été forcé de convenir des excès dans lesquels ils sont tombés, et parmi les défauts qu'il a relevés, il n'en esl aucun que l'on ne puisse leur reprocher avec justice. 11 semble n'avoir fail son discours sur l'obligation d'imiter Jésus-Chrisl , seul parfait théologien , que pour prouver qu'il ne faul pas imiter les Pères. Certainement Jésus-Christ ne lui a donné ni celte leçon ni cet exemple; ainsi la prière par laquelle il lui demande la grâce de limiter ne paraît pas avoir été exaucée.
N'y a-t-il pas de l'indécence et du ridicule à prêcher aux théologiens la douceur, la modération, la patience , le sang- froid dans les disputes, pendant que l'on s'étudie à émouvoir leur bile par des im; obtures, par des calomnies, par des sarcasmes sanglants? C'est ce que font lous les jours les protes- I ci u I s fidèlement copiés par les incrédules. Par ces exhortations pathétiques , ils semblent nous dire : Soyez modérés , paisibles , doux et patients, afin que nous puissions vous insulter et vous tourmenter impunément.
L'on peut dire, malgré tous les reproches contraires, que si la théologie n'est pas encore portée au dernier degré de perfection , elle est du moins exempte , surtout dans l'université de Paris , de la plupart des défauts que l'on a reprochés aux théologiens scolasliques, desquels nous allons parler.
"ïiîv.ouiGin scolastique, méthode d'ensei-
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puer la l!i>uL"jie ou de traiter les matières théologie de Paris étaient des plus célèbres ,
de roi gion , qui s'introduisit dans l'Eglise les Sentences de Pierre Loinbard devinrent
pendant le si' et le xir siècle. Klle consistai!, un livre classique et firent oublier l'ouvrage
1" à réduire toute la théologie en un seul d'Hildebert. Pendant longtemps les théolo-
corps, à distribuer les questions par ordre, gions ne firent autre chose que des cominen-
de m. mière que l'une pût contribuer à éclair- taires sur le Maître dis Sentantes ; c'est ce
cir l'autre, à faire ainsi du tout un système qui l'a fait regarder comme le père delà
lié, suivi et complot ; "2° à observer dans les théologie scolaslique. Il n'est que trop vrai
raisonnements les règles de la logique, à se que, dans la suite, ses disciples enchérirent
servir des notions de la métaphysique , à beaucoupsur ses défauts. Non-seulement ils
Concilier ainsi, autant qu'il est possible, la traitèrent une infinité de questions inutiles,
foi avec la religion , et la religion avec la frivoles et souvent ridicules, mais ils pou>-
philosopbie. Jusque-là celte manière de pro- surent à l'excès les subtilités de la logique et
coder n'a rien de réprebensible , et l'on ne de la métaphysique; ilspréférèrentdoprouVer
peut pas dire que, dans le w siècle, ces les dogmes de la foi par des maximes d'A-
detix méthodes fussent absolument non- rislole plutôt que par l'Ecriture sainte et par
voiles. En effet, au vne siècle, suivant ce que la tradition ; ils forgèrent des termes barbares
dit Mosheim, T.iyo de Saragosse avait tenté et inintelligibles pour exprimer leurs idées;
de réduire la théologie en un seul corps; plusieurs s'attachèrent à rendre toutes les
saint Jean Damascène y réussit mieux au questions problématiques, à soutenir le pour
rm*, dans ses quatre livres de la Foi ortho- et le conire, afin de faire briller la subtilité
doxe, et il se servit, pour éclaircir nos dog- de leur génie, etc.
mes, de la philosophie d'Anatole* Longtemps Dès le xn" siècle, plusieurs théologiens avant lui nos anciens apologistes s'étaient très-sensés, comme saint Bernard, Pierre le attachés à faire voir que plusieurs vérités Chantre, Gauthier de Saint-Victor cl quelrévélées avaient été, du moins confusément, ques autres, s'opposèrent de toutes leurs aperçues par les meilleurs philosophes. Mais forces aux progrès de la nouvelle méthode , comme cet exemple n'avait pas été suivi par et déclarèrent la guerre aux théologiens pluies théologiens latins, on regarde-saint An- losophes; ils ne purent arrêter le torrent, selme, archevêque de Cantorbéry, mort l'an Dans le siècle suivant , les sectateurs de 1109, comme le premier qui ait donné un Pierre Loinbard avaient prévalu ; ceux qui système complot de théologie. ^nn franc son s'attachaient à l'Ecriture sainte et à la Iramaître, dans sesdisputes conire Bérenger au dition furent appelés doctores biblici, les sujet de l'eucharistie, avait montré la mé- autres se nommèrent doctores sentenliarii ; ihode de concilier nos mystères avec les ceux-ci avaient toute la vogue et attiraient principes de la philosophie. On prétend que à eux la foule, pendant que les premiers vil'ouvrage de saint Anselme fut surpassé par rent souvent leurs écoles désertes. Le désorcelui d'Hildebert, archevêque de Tours, mort dre s'accrutau point que les souverains ponl'an 1132, qui, sur la fin du xi" siècle, donna tifes en furent alarmés; Grégoire IX eu un corps complet et universel de théologie, écrivit de sanglants reproches aux docteurs Mosheim convient que ces premiers au- de l'université de Paris, et leur ordonna leurs ne tombèrent dans aucun des défauts rigoureusement d'en revenir à la méthode que l'on ajustement reprochés à ceux qui des anciens. Du Boulay, llist. Acad. Paris., sont venus après eux. Ils prouvèrent les vé- t. 111, p. 129. Nous ne devons donc pas être rites de la foi par des passages tirés de l'E- étonnés des déclamations qui ont été laites triture sainte et des Pères de l'Eglise, et ils conire les théologiens scolasliqws, uon-seuiepon:lirent aux objections que l'on pouvait lement par les protestants, qui ont évidemfaire contre ces mêmes vérités par des a:- menl exagéré le mal , mais par plusieurs guments fondés sur la raison et la pbiloso- écrivains catholiques. Plusieurs ont conpbie. Hi$t. ecclés.y xi" siècle, iie pari., c. 3, fondu mal à propos les vices, les défauts, les § o et G. Malheureusement cet exemple ne travers personnels de quelques théologiens lui pas suivi. Pierre Lombard , docteur de avec la méthode môme, qui était susceptible Paris, el ensuite évéque de celte ville, mort de correction , puisqu'elle a été corrigée eu l'an 116i, composa aussi un corps de théolo- effet. Mais nous n'avouerons pas aux progie , dans lequel il distribua les questions lestants que ce sont eux qui ont opéré celle avec méthode; il rassembla sur chacune, des révolution : elle était commencée longtemps Sentences ou des passages de l'Ecriture sainte avant la naissance de leur prétendue réforel des Pères; c'est ce qui lui fil donner le mation. Au xivc siècle, Nicolas de Lyra, le nom de Maître des Sentences. S'il est vrai cardinal Pierre Dailly, Grégoire de Uimini, qu'il ail copié l'ouvrage d'Hildebert, il ne etc.; au xv, Gerson , Tostal , le cardinal lut pas aussi sage. Ou lui reproche d'avoir Bessarion et d'autres, ne ressemblaient plus traité beaucoup de questions inutiles et d'en aux scolastiques du xnr, où s'étaient formés avoir omis d'essentielles, d'avoir appuyé ses Wiclef el Luther, que l'on nous vante comme raisonnements sur des sens figurés ou allé- des hommes d'un mérite supérieur et comme goriquesde l'Ecriture sainte qui ne prouvent des savants du premier ordre, sinon dans les rien , el d'y avoir mêlé sans nécessité une écoles de théologie telles qu'elles étaient de Irès-mauvaise philosophie. Son recueil est leur temps? Le dernier, dès qu'il parul , (■ivisé en quatre livres , el chaque livre en trouva des antagonistes qui en savaient pour plusieurs paragraphes. Gomme les écoles de le moins Etalant que lui, et qui pouvaient le
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!ui disputer dans lous les genres d'érudition. Aussi plusieurs écrivains très-capables d'en juger ont-ils Fait l'apologie de la théologie scolastique. « Ce qu'il y a , dit Bossuel , à considérer dans les scolastiques et dans saint Thomas < est ou le fond ou la méthode. Le f»nd, qui sont les décrets, les dogmes, les maximes constantes de l'école, ne sont autre chose que le pur esprit de la tradition des Pères ; la méthode, qui consiste dans celte manière conlentieuse et dialectique de traiter les questions, aura son utilité, pourvu qu'on la donne non comme le but de la science, mais comme un moyen pour y avancer ceux qui commencent, ce qui est aussi le dessein de saint Thomas , dès le commencement de sa Somme, et ce qui doit être celui de ceux qui suivent sa méthode. On voit aussi par expérience queceux qui n'oni pas commencé par là, et qui ont mis tout leur fort dans la critique , sont sujets à s'égarer beaucoup lorsqu'ils se jettent sur les matières de la théologie. Les Pères grecs et latins, loin d'avoir méprisé la dialectique , se sont servis souvent et utilement de ses définitions , de ses divisions, de ses syllogismes, et, pour tout dire en un mot, de sa méthode, qui n'est dans le fond que la scolastique. » Défense de la tradition et des saints Pères, I. m, c. 20. Si ce fait avait besoin de preuve, on pourrait le confirmer par l'exemple de saint Jean Damascène, qui fil un traité de logique afin d'apprendre aux théologiens a démêler les sophismes des hérétiques , et par l'opinion de Barbeyrac, qui prétend que saint Augustin est te père de la scolnslique; Traité de la morale des Pères de l'Église, préf., p. 38 et 39. Leibnilz, protestant plus modéré que les autres, n'a pas imité leur prévention conlre les scolastiques; voici comme il s'en explique: « J'ose dire que les plus anciens scolastiques sont fort au-dessus de quelques modernes, en pénétration, en solidité, en modestie , et agitent beaucoup moins de questions inutiles. >» Il cite pour exemple la secte des nominaux. « Les scolastiques ont lâché d'employer utilement pour le christianisme ce qu'il y avait de passable dans la philosophie des païens. J'ai dit souvent qu'il y a de l'or caché dans la bouc de la barbarie scolastique, et je souhaiterais que quelque habile homme versé dans celle philosophie eûl l'inclination cl la capacité d'en lirer ce qu'il y a de bon ; je suis sûr qu'il trouverait sa peine payée par de belles et importantes vérités. » Esprit de Leibnilz, t. II, p. kk et 48.
Quand on est capable d'en juger sans prévention, Ion ne peut pas nier que la scolas' tique ne nous ail rendu un très grand service : nous lui sommes redevables de l'ordre cl de la méthode qui régnent dans nos compositions modernes, et que nous ne trouvons pas dans les anciens. Définir et expliquer les termes , poser des principes desquels loul le monde convient, en lirer les conséquences, prouver une proposition, résoudre les objections , c'est la marche des géomètres : elle est lente, mais elle est sûre ; «.Ile amortit le feu de l'imagination , mais
elle prévient les écarts ; elle déplaît à un génie bouillant , mais elle satisfait un esprit juste ; les hérétiques et les incrédules la dé ■ lestent, parce qu'ils veulent déraisonner en liberté, séduire et non persuader. — Si du moins ils étaient d'accord avec eux-mêmes, on pourrait excuser leur prévention ; mais d'un côté ils blâment les anciens auteurs ecclésiastiques, parce qu'ils manquent d'ordre, de méthode, de précision, et ils censurent les scolastiques , parce que ceux-ci en ont trop à leur gré, ils leur reprochent d'avoir négligé l'Ecriture sainte et la tradition, et, quand nous leur opposons l'une et l'autre, ils tordent la première et rejettent la seconde. Que faudrait-il pour les contenter? Un peu de la logique de l'école ne serait pas ici de trop. Cependant, si l'on veut juger du mérite d'un discours ou d'un traité écrit avec art, dans un style brillant et séduisant, il faul nécessairement en faire l'analyse, et celte analyse n'est autre chose que la firme scolastique. Si, avanl de le composer, l'auteur n'a pas commencé par en dresser le canevas, l'on peut déjà présumer qu'il a fait des phrases et rien de plus. Si l'ouvrage est considérable, nous voulons ou une analyse exacte des livres et des chapitres , ou une table raisonnéedes matières, qui nous mette en étal de voir au premier coup d'œil ce qu'il contient ; c'est encore le réduire à la forme scolastique. Que l'on dise si l'on veut, que ce n'est là que le squelette de l'ouvrage, qu'ainsi la scolastique n'était que le squelette de la théologie; nous pourrons en convenir, mais sans cellecharpente, l'ensemble ne peut avoir ni corps ni solidité.
Fra-Paolo , prolestant sous l'habit de moine, et son commentateur, autre apostat, ont trouvé mauvais qu'au lieu de condamner les hérétiques, le concile de Trente n'ait pas commence par condamner les scolastiques , qui avaient l'ait de la philosophie d'Aristole le fondement de la religion chrétienne, qui avaient négligé l'Ecriture, qui avaient tourné tout en problème, jusqu'à révoquer eu doute s'il y a uu Dieu , ei-à disputer également pour et conlre : Hist. du conc. de Trente, I. n, § 71, noie 98. Il est évident que ce trait de satire est une pure calomnie. Il suffit d'ouvrir la Somme de saint Thomas, pour voir que, quand il s'agit d'un dogme , cesainl docteur ne manque jamais d'apporter en preuves des passages de l'Ecrilure et des Pères, avant d'y ajouter des raisonnements philosophiques. Or, on sait quel degré d'autorité ce grand théologien a toujours eu parmi les scolastiques; le très-grand nombre l'ont suivi comme leur mailre et leur modèle. Lorsqu'ilsont mis en question s'il y a un Dieu, ce n'est pas qu'ils en aient douté, ni pour tourner celle question en problème : c'était au contraire pour la prouver et pour résoudre les objections des alhées , et parce qu'ils ont rapporté ces objections, il ne s'ensuit pas qu'ils ont disputé pour et conlre. On suit encore aujourd'hui cette méthode dans les écoles; il y a autant de démence que de malignité à la blâmer. Si parmi la foule des
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scolastiques il y en oui qiw i>iius-uns qui poussèrent trop loin 1'enlétemenl pour Arislote et pour sa dialectique, comme Abadard et ses disciples, ils furent condamnés. Nous avons \u qu'au Hll" siècle Grégoire IX. censura col excès; mais il ne régnait plus du temps du concile de Trente ; il n'y avail donc aucune raison de le proscrire de nouveau. Ce saint concile a fondé ses décisions sur l'Ecriture et sur la tradition, et non sur l'autorité d'Arislole.
Pendanl plusieurs siècies, le nom de scolastique a signifié un docteur, un homme chargé d'enseigner; écoldtrc en csl la traduction. Dans la plupart des chapitres, celle fonction a passé au théologal.
Théologie mystique. Ceux qui en ont traité disent que ce n'est point une habitude ou une science acquise, telle que la théologie spéculative, mais une connaissance experimeuiale, un goût pour Dieu, qui ne s'acquiert point et qu'on ne peul obtenir par soi-même, mais que Dieu communique à une âme dans la prière et dans la contemplation. C'est, disent-ils, uu état surnaturel de prière passive, dans lequel une âme qui a étouffé en elle toutes les affections terrestres, qui s'est dégagée des choses visibles, et qui s'est accoutumée à converser dans le ciel, esl tellement élevée par le Seigneur, que ses puissances sont fixées sur lui sans raisonnement et sans images corporelles représentées par l'imagination. Dans cet étui, par uue prière tranquille, mais très-ferveule, el par une vue intérieure de l'esprit, elle regarde Dieu comme une lumière immense, étemelle, el, ravie en extase, elle contemple sa bonté infinie, son amour saus bornes et ses autres perfections adorables. Par celle opération, toutes ses affections el loules ses puissances semblent transformées en Dieu par le pur amour ; ou celte âuie resle tranquillement dans la prière de la foi, ou elle emploie ses affections à produire les acles enflammés de louange, d'adoration, etc. Par cette description même on nous fail entendre que col étal n'est pas aisé à concevoir, el qu'il faut l'avoir éprouvé pour s'en formor une juste idée. L'on ajoute qu'il ne faut ni le rechercher, ni le désirer, ni s'y complaire , parce qu'une pareille disposition conduirait à l'orgueil et jetterail dans l'illusion.
Nous ne douions pas que Dieu, pour récompenser les vertus el la ferveur de certaines âmes, leur fidélité à son service et leur constance à s'occuper uniquement de lui, ne puisse les élever à ce haut degré de contemplation, et qu'il n'ait accordé en effet celle grâce a plusieurs saints. .Mais il faul avouer aussi que les dispositions du tempérament, la chaleur de l'imagination, un mouvement secret d'orgueil, certaines malaJies même, oui pu persuader faussement à plusieurs personnes qu'elles étaient parvenues à cel étal sublime, el que les directeurs les plus habiles peuvent être quelquefois sojels à s'y tromper. Voy. Contmif&a-
riUff, l.\ ri i-, Ouaison MENTALE, BlC.
l)i T. DE Tl)l'.;I DOGMATIQI E. IV
Laissons donc de côté les opérations merveilleuses de la grâce, puisqu'elles sont audessus de uos faibles conceptions ; bornonsnous à justifier la vie contemplative en ellemême, la conduite de ceux qui s'y livrent, leurs principes, leurs maximes, leur langage qui esl la théologie mystique: on peul le faire sans donner lieu à aucune erreur ni à aucun abus.
11 est aisé de comprendre que cette théologie ne peul pas plaire aux protestants. Comme ils ont intérêt de persuader que la doctrine de Jésus-Christ, ou le vrai christianisme, a commencé à dégénérer dès le second siècle, el que le mal est allé toujours eu empirant jusqu'à la naissance de la réformalion qu'ils y ont faite, ils ont cru trouver une des causes de cette corruption dans les imaginations de la théologie mystique, el ils se soûl donné carrière pour la couvrir de ridicule. Mosheim en particulier, dans son Histoire chrétienne el dans son Histoire ecclésiastique, n'a rien négligé pour y réussir. 11 n'esl presque pas un seul siècle suus lequel il n'ail lancé des invectives contre la vie des contemplatifs ; il l'appelle mélancolie, démence, fanatisme, extravagance, délire de l'imagination, etc. On esl presque lente de douter s'il n'a pas été lui-même atteint de la maladie dont il a voulu guérir les autres.
Avant d'examiner l'histoire satirique qu'il en a faite, voyons si les principes et les motifs qui ont dirigé la conduite des contemplatifs sont aussi chimériques et aussi mal fondés qu'il le prétend. Nous croyons les trouver dans l'Écriture sainte ; el puisque les protestants ne veulent point d'autre preuve, nous avons de quoi les satisfaire. 1° Jésus-Christ dit dans l'Lvangile qu'il faut toujours prier, et jamais se lasser, Luc, c. xviii, v. 1. 11 a confirmé cette leçon parson exemple; nous lisons qu'il passait les uuils entières â prier, c. vi, v. 12. Lorsqu'il demeura pendant quarante jours et peudant quarante nuits dans le déserl, nous présumons qu'il employa principalement ce temps à la prière et à la contemplation. Peudanl la nuit qui précéda sa passion, il se relira, suivant sa coutume, dans le jardin et sur la montagne des Oliviers ; il y recommença sa prière jusqu'à trois lois, il reprit ses apôtres de ce qu'ils ne pouvaient veiller et prier pendant une heure avec lui, Malth. c. xxvi, v. W ; Luc, c. xxh, v. 31). Saint l'aul répèle aux fidèles les leçons de notre divin maître ; il les exhorte à prier en tout temps, à multiplier leurs oraisons et leurs demandes, à veiller el à prier surtout en esprit, Ephes., c. vi, v. 18 ; à prier sans relâche , / Thess., c. v. v. 17 ; Rom., c. xu, v. 11 ; à joindre les veilles elles actions de grâces à leurs prières, Coloss., c. iv, v. 2 ; à prii r jour el nuit, 1 Tan., c v, v. 5. 11 faisait lui-.mème ce qu'il prescrivait aux autres, / Thess., c. m, v. 10. Saint Pierre lient le m.ême langage, Episl. I, c. iv, v. 7. — 2" Quant à la manière de prier, Jésus-Christ nous enseigne à rechercher la solitude : pour le faire, il se re-
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lirait dans les lieux déserts, Luc, c. v, v. 16; il allait sur les montagnes, c. v, v. 12 ; c. ix, v. 28 ; il priait dans ie silence île la nuit. Lorsque vous voulez prier, dit-il, entrez dans votre chambre, fermez la porte, et priez votre Père en secret [Matth. vi, 6).
— 3° Il nous fait entendre que la prière intérieure, lï prière mentale est la meilleure, puisqu'il dit : Lorsque vous priez, ne parlez pas beaucoup (Malth. v?, 7). Saint Paul, de son côté, nous donne la même instruction : Priez en tout temps et en esprit (Ephes. vi, 18). Je prierai et je louerai le Seigneur intérieurement et en esprit (I Cor. xiv, 15).
— 4° L'Ecriture nous apprend encore que la prière doit être accompagnée du jeûne ; c'est l'avis du saint homme Tobie, c. xn, v. 8. L'Evangile fait l'éloge d'Anne la prophétesse, qui ne sortait pas du temple, qui s'exerçait à la prière et au jeûne le jour et la nuit., Luc, c. u, v. 37. Nous ne répéterons pas la foule des passages que nous avons cités à l'art. Mortification, dans lesquels Jésus-Christ et les apôîres font l'éloge de la vie retirée, austère, pénitente et mortifiée. — 5° S'il était hesoiu de consulter encore l'Ancien Testament, nous y verrions que les psaumes de David sont remplis d'exhortalioiis à la prière, non-seulement à la prière vocale, mais à la prière mentale, à la prière de l'esprit et du cœur, à la méditation et à la contemplation; que ces leçons divines sont confirmées par les exemples de David lui-même, de Tobie, de Judith, de Daniel et des autres prophètes, aussi bien que par ceux de saint Jean-Baptiste, d'Anne la prophétesse, des apôtres dans le Cénacle, du centurion Corneille, etc.
Nous ne demandons pas si les protestants trouveront des explications et des subterfuges, pour tordre le sens de tous ces passages et pour en esquiver les conséquences, ils n'en manquent jamais ; mais nous demandons si les chrétiens du îi" et du mc siècle, qui n'étaient pas aussi habiles, ont eu tort de prendre l'Ecriture, à la lettre, et d'en conclure, 1° qu'une vie consacrée en grande partie à la prière est agréable à Dieu ; 2° que la meilleure prière est l'oraison mentale, la méditation ou la contemplation ; 3" que comme il est à peu près impossible d'y être assidu dans le monde, il vaut mieux se retirer dans la solitude pour y vaquer avec plus de liberté; k° qu'il faut joindre à la prière une vie austère et mortifiée. S'ils se sont trompés, c'est Jésus-Christ, ce sont les apôtres et les autres écrivains sacrés qui les ont induits en erreur, comme le sou • tiennent les incrédules. S'ils ont eu raison, il y a do l'impiété à déclamer sans aucune retenue contre les ascètes, les anachorètes, les moines, et contre tous les contemplatifs.
Leibniiz, plus sensé que le commun des protestants , ne blâme point la théologie mystique « Celte théologie, dit-il, est à la théologie ordinaire, à peu près ce qu'est la poésie à l'éloquence, c'est-à-dire elle émeut davantage ; mais il faut des bornes et de la modération eu tout. » Esprit de Leibniiz,
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tom. U, p. 51. Pour les antres qui ont eu peur sans doute d'être trop émus par le langage de la piété et de l'amour de Dieu, ils n'ont pas poussé les réflexions si loin ; ils ont trouvé plus aisé d'avoir recours au ridicule, aux railleries, aux sarcasmes, et d'objecter de prétendus inconvénients. Si tout le monde embrassait la vie solitaire et contemplative, que deviendrait la société? Nous avons déjà répondu plus d'une fois que la Providence y a pourvu ; Dieu a tellement diversifié les talents, les goûts, les inclinalions, les vocations des hommes, qu'il n'est jamais à craindre qu'un trop grand nombre embrassent un genre de vie extraordinaire. Mais la question est toujours de savoir si Dieu n'a pas pu donner à un certain nombre de personnes du goûl et de l'allrait pour la vie contemplative, et s'il n'a jamais pu récompenser par des grâces particulières celles qui ont été fidèles à suivre celle vocation de Dieu, qui se sont occupées constamment à méditer ses perfections, à exciter en elles le feu de son amour, à étouffer louîes les affections qui auraient pu affaiblir ce sentiment sublime, tant exalté par saint Paul. Nous défions nos adversaires de le prouver jamais. Après ces préliminaires, nous pouvons examiner en sûreté les imaginations de Mosheim. Il rapporte l'origine de la théologie mystique au ne siècle et aux principes de la philosophie d'Ammonius, qui sont les mêmes que ceux de Pylhagore et de Platon. Comme ceux-ci ont vécu longtemps avant Jésus-Christ, il en résulte déjà que celle théologie est plus ancienne que le christianisme. Aussi Mosheim suppose que les esséniens et les thérapeutes en étaient déjà imbus, et que Philon le juif a contribué beaucoup à la répandre. Elle était d'ailleurs, diiiî, analogue au climat de l'Egypte, où la chaleur et la sécheresse de l'air inspirent naturellement la mélancolie, le goût pour la solitude, pour l'inaction, le repos et la contemplation. 11 déplore les conséquences pernicieuses que cette disposition des esprits a produites dans la religion chrétienne, flist. christ., sdcc. n, § 35; Ilist. ecclés., sjoc. n, pari, il, c 1, § 12. Nous avons réfuté toutes ces visions aux mois ascètes, Anachorètes, Moine, Mortification, Platon:sme, eic. il est bien ridicule de supposer que le commun des chrétiens du 11e et du nr siècle étaient des savants et des philosophes imbus des principes de Platon, d'Ammonius et de Philon, et qu'ils les ont suivis plutôt que l'Ecriture sainte; il ne restait plus à Mosheim qu'à dire, comme quelques incrédules, que Jésus-Chrisi lui-même et son précurseur étaient prévenus des mêmes erreurs, qu'ils n'ont fait qu'imiter les osséniens et les thérapeutes. — A l'époque du me siècle, il prétend qu'Origèue adopta le sentiment de ces philosophes, qu'il le regarda comme la clef de loules les vérités révélées, qu'il y chercha les raisons de chaque doctrine ; il imagiua, comme Platon, que les âmes avaient élé produites cl avaient péché avant d'être unies à des corps, que cette union était un châti-
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ment pour elles; que pour les faire retourner et les unir à D eu, il fallait les détacher >e la chair et de se9 inclinations, les purifier par des austérités, par le silence, p.'ir la contemplation. Sur cette fausse hypothèse, Moshcim prête à Origène un plan de théologie qu'il a forgé lui-même, et dont l'absurdité est révoltante, Uist. christ. , sœc. in, § 29 ; Hist. ecclésiast., m sa?c, i: part., c. 5, § 1. Si Origène en était véritablement l'auteur, il faudrait le regarder non-seuJeraent comme un visionnaire insensé, mais comme un apostat du christianisme. Heureusement il n'en est rien. 1° Il est faux que ce Père ait regardé le système de Platon comme la clef de toutes les vérités révélées. Après avoir proposé l'opinion de ce philosophe touchant la préexistence des âme:, de Princip.,\.u, c. 8, il dit, n. i : « Ce que nous venons de dire, qu'un esprit est devenu une âme, cl tout ce qui peut tenir à celte opinion doit être soigneusement examiné et discuté par le lecteur : que l'on n'imagine pas que nous l'avançons comme un dogme, mais comme une question à traiter et comme une recherche à faire. » il le répète, n. 5. 2° Origène a formellement admis le péché originel, Homil. 8 in Levit., n. '* ; Homil. 12, n. 4 ; Contra Cels., I. iv, n. kO ; Homil. IV in Lucam; Comment, in Epis t. ad lîom., I. v, pag. 5i6 et 5i7. Il a pensé que ce péché avec sa peine a passé dans tous les hommes, parce que loutes les âmes étaient renfermées dans Celle d'Adam, opinion incompatible avec celle de Platon. 3° Il fonde la nécessité de mortifier la chair, non sur la raison qu'en donnaient les platoniciens, mais sur celle qu'en apporte saint Paul, savoir, que les inclinalions de la chair nous portent au péché, et il cite à ce sujet plusieurs passages de cet apôtre, Comment, in Episl. ad Rom., 1. vi, n. 1. i° Origène a eu, pendant sa vie et après sa mort, des partisans et des ennemis, des accusateurs ci des apologistes; ni les uns ni les autres ne l'ont regardé comme l'auteur ou le propagateur de la théologie mystique ; Mosheim le saii-il mieux qu'eux ? 5° D'autres critiques ont attribué cette invention à Clément d'Alexandrie, sans lui prêter pour cela toutes les rêveries que .Mosheim veut mettre sur le compte d'Origène. Son prétendu plan de la théologie de ce Père est d me faux à tous égards. Voy. Origine. G° Enfin il se réfute lui-même, en disant que les esséniens et les thérapeutes avaient puisé leurs principes dans la philosophie orientale, que les solitaires et les moines n'ont f.iil que les imiter, Uist. christ., l'roleg., c 2, § 13.
Au iv* siècle, suivant son opinion, les philosophes éclectiques ou les nouveaux platoniciens de lécole d'Alexandrie cultivèrent la théologie mystique sous le 110:11 de science secrète. Un fanatique imposteur, qui prit le nom de saint Denis fAréopagilc, la réduisit en système et en prescrivit les règles. Notre critique déplore de nouveau les erreurs, les superstitions, les abus que cette prétendue sc.cncc introduisit dans le christianisme;
Uist. le l'Eglise, îv' siècle, u* part., c. .'*, § 12. — Nous répondons qu'il n'y avait rien de commun entre la science scerolo des éclectiques, fondée sur un paganisme grossier, et la théologie mystique des docteurs chrétiens, si ce n'est quelques termes ou quelques expressions que les premiers empruntèrent du christianisme pour tromper les ignorants. A cette époque la religion chrétienne était établie non -seulement chez les Arabes, chez les Syriens, les Arméniens et les Perses, mais en Italie, en Espagne, sur les côtes d'Afrique, dans les Gaules et en Angleterre. Nous fera-t-on croire que les platoniciens d'Alexandrie ont en voy'* des émissaires dans ces différentes régions, dont les langues leur étaient étrangères, pour y répandre leurs principes et leur science secrète, pour y introduire les superstitions et les abus dont Mosheim prétend qu'elle a été la cause? Nous persuadera-t-on que Lactance, Julius Firmicus Maternas, Husèbe et Arnobe, qui dans ce siècle ont écrit contre les philosophes païens, qui en ont combattu les principes et les conséquences, qui ont démontré les absurdités, les superstitions, les abus auxquels la doctrine de ces rêveurs avait donné lieu, et qui n'ont pas mieux traité Platon que les autres, ont cependant vu de sang-froid introduire dans le christianisme ces mêmes abus sans en témoigner aucun regret ni aucun étonnement? Voila le phénomène absurde que les protestant* ont entrepris de prouver. Aux mots Eclectisme et Platonisme, nous en avons déjà fait voir la fausseté, et nous avons réfuté la savante dissertation de Moshcim sur les troubles prétendus que les nouveaux platoniciens ont causés dans l'Eglise.
Il est fort incertain si les ouvrages du faux Denis l'Aréopagite ont éié faits au ivc siècle, puisqu'ils n'ont été connus que deux cents ans après. Cet écrivain ne peut être traité d'imposteur, à moins qu'il n'ait pris lui-même le surnom d'Aréopagite, et qu'il ne se soit donné pour disciple immédiat de saint Paul. On prétend qu'il l'a fait dans une lettre qui se trouve à la suite dises traités sur la théologie mystique; mais celte lettre peut être supposée ou interpolée. Il n'est pas de l'intérêt des protestants de regarder cet auleur comme fort ancien, puisque, dans ses livres de la Hiérarchie ecclésiastique, il représente la discipline et les usages de l'Eglise tels à peu près qu'ils sont aujourd'hui.
Mosheim renouvelle au vl siècle, n° part., c. 3. § 11, ses plaintes et ses invectives contre la multitude de moines contemplatifs qui fuyaient la société des hommes et qui s'exténuaient le corps par des macérations excessives; cette peste, dit-il, se répandit de toutes pa:t^. Ce n'était donc plus la chaleur de l'atmosphère de l'Egypte qui produisait cette contagion. Elle avait déjà pénétré chez: les Latins, puisque Julien Pomère. abbé et professeur de rhétorique à Arles, écrivit uil traité de Vita conlemplativa ; et bientôt elle gagna les pays du Nord: Voy. Mortwica-
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tion, Stylitks, etc. — Notre sévère censeur avait oublié ces faits, lorsqu'il a dit qu'au ixe siècle les Latins n'avaient pas encore élé séduits par les charmes illusoires de la dévoiion mystique, mais qu'ils le furent, Iorsqu'en 824 l'empereur grec Michel le Bègue envoya à Louis le Débonnaire une copie des outrages de Denis l'Aréopagite, ix' siècle, ii" pari., c. 3, § 12. Il est cependant certain qu'au vic et au vne les moines des Gaules et de l'Angleterre élaient pour le moins aussi appliqués à la vie contemplative que ceux du ixc et du xe. Un des abus que ce critique l'ail remarquer dans les théologiens du xu" est leur affectation de rechercher dans l'Ecriture sainle des sens mystiques, et d'altérer ainsi la simplicité de la parole de Dieu, ne part., c. 3, § 5. Mais les lettres de saint Barnabe et de saint Clément, disciples des apôtres, sont toutes remplies d'explications mystiques et allégoriques de l'Ecriture sainle ; Mosheim lui-même le leur a reproché comme un défaut. Us exhortent les fidèles à la méditation et à la mortification : étaient-ils platoniciens? Il reconnaît, § 12, que les mystiques de ce même siècle enseignaient mieux la morale que les scolasliques; que leur discours était tendre, persuasif et touchant; que leurs sentiments sont souvent beaux et sublimes, mais qu'ils écrivaient sans méthode, et qu'ils mêlaient souvent la lie du platonisme avec les vérités célestes. Fausse accusation. S'il y eut au xiie siècle un excellent maître de théologie mystique, c'est incontestablement saint Bernard ; mais il puisait ses leçons dans l'Ecriture sainle, et non dans Platon ; ce philosophe élait profondément oublié pour lors, les scolastiques mêmes ne connaissaient qu'Arislote. Au xme, ne part., c. 3, § 9, notre historien s'adoucit un peu à l'égard des mystiques; comme il avait dit beaucoup de mal des scolastiques, il a su bon gré aux premiers de leur avoir déclaré la guerre, d'avoir travaillé à inspirer au peuple une dévotion tendre et sensible, de s'être fait goûter au point d'engager les scolastiques à se réconcilier avec eux. Mais saint Thomas d'Aquin ne fut jamais dans ce cas; pendant toute sa vie il sut allier à une étude assidue la piété la plus pure et la plus tendre, et il eut au plus haut degré le talent de l'inspirer aux autres. Mosheim parle a peu près de même des mystiques au xiv; il semble leur accorder la victoire au xv" et au commencement du xvr, parce qu'alors la barbarie et le philosophisme des scolastiques avaient beaucoup diminué, comme nous l'avons remarqué en parlant d'eux; mais ce censeur malicieux n'oublie jamais de lancer contre les premiers quelque trait de haine el de mépris.
Enfin l'on vit écloie à celle époque la brillante lumière de la réformation, et l'on sait les effets qu'elle produisit; elle étouffa la piété jusque dans sa racine, en décrédilant toules les pratiques qui peuvent la nourrir, en occupant lous les esprits de cou- Iroverses thedo^iques, en allumant dans
tous les cœurs le feu de la haine et de la dispute. Tout le monde voulut lire l'Ecriture sainte, non pour y recevoir des leçons de morale et de vertu, mais pour y trouver des armes offensives contre l'Eglise catholique, et le moyen de soutenir toutes sortes d'erreurs. Vainement, après tous ces orages, quelques protestants, honteux de l'anéantissement de la piété parmi eux, ont voulu la ranimer; ils ont été forcés de faire bande à pari ; comme ils agissaient sans règle et qu'ils marchaient sans boussole, tous ont donné dans le fanatisme; tels ont été les quakers, les piétisles, les méthodistes, les hernhutes, etc., et lous sont regardés par les autres protestants comme des insensés.
Us affectent de supposer, contre toute vérité, que les solitaires, les moines, les religieuses, se sont uniquement voués à la contemplation, qu'ils ont mené une vie absolument oisive et inutile. Il est constant que les anciens solitaires, à la réserve d'un très-pjlit nombre, ont joint à la prière el à la méditation le travail des mains; ils ont cultivé des déserts, et ils sont sortis de leur retraite toutes les fois que les besoins et le salut du prochain l'ont exigé. Us ont converti des nations barbares, et c'est ainsi qu'ils ont humanisé et policé les peuples du Nord. Dans les siècles d'ignorance ils ont cultivé les lettres et les sciences, et ce sont eux qui les ont conservées en Europe. Tous les instituts, qui se sont formés depuis cinq cents ans, ont eu pour principal objet l'utilité du prochain ; mais les fondateurs ont compris qu'il était impossible de conserver la constance, le courage, les vertus nécessaires pour remplir constamment les devoirs pénibles et souvent rebutants , à moins que l'on no s'occupât beaucoup de Dieu, et que l'on en obtînt des grâces dans la prière, dans la méditation, dans de fréquentes réflexions sur soi-même, etc. Us se son.t donc proposé de réunir la vie contemplative à une vie trèsaclive et très-laborieuse. Encore une fois, il y a de la frénésie à les blâmer, à les calot.nier, à les tourner en ridicule. Voy. Moine, etc.
* THÉOLOGIENS (de l'autorité des). Les théologiens peuvent avoir autorité ou par leur science personnelle ou par leur accord pour enseigner une doctrine. On comprend que nous ne pouvons ici parler de l'autorité d'un théologien pris isolément. L'opinion d'un docteur, quelle que soit sa science , ne peut avoir grande autorité, à moins qu'il ne rallie les autres autour de lui. Lorsque les théologiens sont unanimes pour enseigner une doctrine, et que ce. te unanimité s'est soutenue dans tous les temps, c'est une preuve que celle doctrine est certaine et pful même appartenir à la tradition. Cet enseignement des théologiens n'est alors que la croyance rie l'Eglise, conformément à ce qui a été établi au mot Pères.
THÉOPASCH1TES. Voy Patripassiens.
THÉOPHANIES, nom que l'on a donné autrefois à Y Epiphanie ou à la fêle des rois ; on l'a nommée aussi Théopsie, et ces deux noms signifient également apparition ou manifestation de Dieu. Voy. Ep»phaniiî. Les païens élaient persuadés que leurs dieux se
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montraient quelquefois à eux, soit en songe, soit dans les mystères ; et ils appelaient celte laveur ihéopsi", xw des dieux. Quelques savants ont aussi pensé que les Grecs et les Egyptiens ont admis des (héophanie* dans un autre sens ; ils ont cru qu'un de leurs grands dieux, Jupiter, par exemple, s'était en quelque manière incarné dans un roi de Crète qui s'attribua ce nom. voulut en avoir tous 1rs honneurs, et les obtint de la crédulité des peuples. l'ar celte supposition l'on parvient assez heureusement à concilier les actions de Jupiter, roi de Crète, avec celles de Jupiter, dieu. 11 y a là-dessus deux savants mémoires dans le recueil de VAcad. des Inscript., loin. LW1, in-12, pag. 02. Ce n'est point à nous de juger si ce sentiment est bien ou mal fondé ; celle question ne tient à rien à la théologie. Nous craignons cependant que, contre l'intention de l'auteur, les incrédules n'en prennent occasion de dire nue la croyance de l'incarnation du Fils de Dieu n'est qu'unp ancienne imagination des païens. D'autre pari, si les païens ont véritablement ctu aux théophanies, c'a été peutêtre une des raisons pour lesquelles Dieu n'a point révélé f -irmellement et clairement aux anciens Juifs le mystère de l'incarnalion future.
* TIIÉOPHILANTHROPIE. C'était une espèce de religion inventée pendant la révolution pour réunir en un seul faisceau toutes les religions connues. Pour symbole d^ celle union, on vil dans une cérénn'iiie publique briller la bannière du catholicisme, celle du judaïsme, celle du protesianiisme, celle de la religion en général, enfin celle de la morale, sous laquelle devaient se grouper tous les hommes sans religion. Le Dictionnaire des Religions a irailé spécialement de celle forme religieuse; nous y renvoyons.
THÉOPHILE (saint), évèque d'AtUioche, Lit placé sur ce siège l'an 108, et mourut vers l'an 190; c'est l'un des plus savants Pères de l'Eglise du nc sièc'e. Il ne nous reste de lui que trois livres à Autolique, qui s ni une apologie de la religion chrétienne et une réfutation du paganisme. L'auteur y l'ail grand usnge des poêles et des philosophes païens ; il démontre l'absurdité de leur doctrine, la vérité, la sagesse, la sainteté de celle de l'Evangile. Cet ouvrage se trouve à la suite de ceux de saint Justin, de l'édition des Bénédictins. Paint Théophile en avait fait plusieurs autres, dont ii ne reste que quelques fragments, et dont il y a lieu de regretter la perle; il est le premier qui se soit servi du mol de Trinité pour désigner les trois personnes divines. Ce Père a été accusé mal à propos d'avoir employé des expressions favorables â l'arianisme; Bullus, dom Le Nourry, dom Prudent Maraud, éditeur de saint Justin, et d'autres, ont l'ail voir que sa doctrine est Irès-orlhodoxe. Voij. Tiilemonl, t. III, p. 83; D. Ceillier, t. Il, p. 103; Vies des Pères et des martyrs, t. XI, p. GOo.elc. H ne faul pas confondre ce saint évéque d'Anlioche avec Théophile, patriarche d'AlexansIrie, oncle et prédécesseur de saint Cyrille; cciui-ci n'a vécu au'au iv siè-
cle, et il se rendii célèbre par son aversion contre la doctrine d'Origène.
THERAPEUTES, nom formé du grec (->£f«;rsy&>, qui signifie également guérir et servir; par conséquent l'on a nommé thérapeutes des hommes qui travaillaient à se guérir des maladie.-; de l'âme, et dont l'exemple pouvait servir à en guérir les autres. Philon, dans son premier livre de ta Vie contemplative, dit qu'il y avait en Egypte, surtout aux environs d'Alexandrie, un grand nombre d'hommes et de femim s qui menaient un genre de vie particulier. Ils renonçaient à leurs biens, à leur famille, à toutes les affaires temporelles; ils viraient dans la solitude; ils avaient chacun une habitation séparée, à quelque distance les uns des autres, ils la nommaient sonnée ou monastère, c'est-à dire lieu de solitude. Là, continue Philon, ils se livraient entièrement aux exercices de la prière, de la contemplation de la présence de Dieu; ils faisaient leurs prières ensemble le soir et le malin ; ils ne mangeaient qu'après le coucher du soleil ; quelques-uns demeuraient plusieurs jours sans manger; ils ne vivaient que de pain et de sel, assaisonnés quelquefois d'un peu d'hysope. Ils lisaient, dans leurs semnées, les livres de Moïse, des prophètes, des psaumes, dans lesquels ils cherchaient des sens mystiques et allégoriques, persuadés que l'Ecriture sainte, sous Pécorce de la lettre, renfermait des sens profonds et cachés. Ils avaient aussi quelques livres de leurs anciens ; ils composaient des hymnes et des cantiques pour s'exciter à louer Dieu ; les hommes et les femmes, gardaient la continence; ils se rassemblaient tous les jours de sabbal pour conférer ensemble et vaquer aux exercices de religion, etc.
Le récit de Philon a fourni une ample matière aux conjectures et aux disputes des savants ; on demande si les thérapeutes étaient chrétiens ou juifs : S'ils étaient chrétiens. étaient-ifs moines ou laïques? S'ils étaient juifs, était-ce une branche des esséniens ou une secte différente?
1° Eusèbe, Histoire ecclés., L n, c. 17. saint Jérôme, Sozomène, Cassien, Nicéphore, parmi les anciens ; Baronius, Peiau, Godeau, le P. de Monlfaucon, le P. Alexandre, le P. Hélyol, etc., parmi les modernes, mémo quelques auteurs anglicans, ont cru que les thérapeutes étaient des juifs convertis au christianisme par saint Marc ou par d'autres prédicateurs de l'Evangile. Pholius, au contraire, de Valois, dans ses N'ofes sur Eusèbe, le président Rouhicr, le P. Orsi, dominicain, dom Calmet et la foule des critiques protestants, soutiennent que les thérapeutes étaient juifs et non chrétiens. Voici les principales raisons qu'ils opposent à celles qu'Eusèbe a données pour prouver son sentiment. En premier lieu, si les thérapeutes avaient élé les premiers chiéliens de l'Eglise d'Alexandrie, il serait étonnant qu'aucun auleur ce clésiaslique n'en eût parlé avant le rV siècle, cl qu'Eusèbe oc les eût connus que par
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la narration de Piiilon. Origène et Clément d'Alexandrie, qui avaient passé une partie de leur vie dans les écoles de celte ville, auraient dû les connaît! e, et le second les eût mis sans doute au nombre de ceux qu'il appelle les vrais gnos tiques. Plusieurs peuièîre embrassèrent le christianisme sur la fin du ï" sièc'o. mais il n'y en a aucune preuve positive. » n second lieu, Philon fait entendre que celle si de était déjà ancienne, et qu'elle avait des livres de ses fondateurs; qu'elle élail répandue de toutes parts, quoique le plus grand nombre des thérapeutes tussent en Egypte : or, cela ne peut pas s'entendre d'une secte chrétienne. L'an 40 de Jésus-Christ, lorsque Philon fut envoyé en ambassade à Rome, l'Eglise de cette ville n'était pas encore fondée, il n'y avait encore aucun des livres du Nouveau Testament publié que l'Evangile de saint Matthieu ; le plus tôt que l'on puisse placer la fondation de l'Eglise d'Alexandrie est à l'an 50; et peutêtre ne s'est-elle faite que beaucoup plus tard. Quand Philon aurait encore vécu quarante ans après son ambassade, il n'a pas pu dire que des thérapeutes chrétiens étaient une secte ancienne, ni qu'elle avait des livres de ses anciens. Il est d'ailleurs constant que le christianisme, qui avait commencé à Jérusalem, se répandit d'abord dans la Judée et dans la Syrie, à Antioche et dans les environs ; c'est là, et non en Egypte, que se trouvaient le plus grand nombre des chrétiens. Ils se mullipl èrent dans l'Asie Mineure, dans la Grèce, dans la Macédoine et en Italie, parles travaux de saint Pierre et «le saint Paul : dans le Nouveau Testament il n'est parlé nulle part des chrétiens de l'Egypte. L'amour de la solitude, la vie austère, le détachement de toutes choses, la contemplation, la continence même des thérapeulesi ne sont pas des preuves infaillibles de leur christianisme ; les esséniens de la Judée pratiquaient à peu près le même genre de vie, personne cependant ne croit plus que les csséniens aient été chrétiens. Il y a bien de l'apparence que l'établissement de notre religion contribua beaucoup à l'extinction de ces deux secies de juifs. D'autre part, les thérapeutes avaient des observances judaïques desquelles les chrétiens ont dû s'abstenir; ils gardaient le sabbat, ils ne faisaient usage ni du vin ni de la viande, ils célébraient les fêtes juives, particulièrement la Pentecôte; ils pratiquaient de fréquentes ablutions, etc. Les chrétiens, au contraire, dès leur origine, ont observé le dimanche; saint Paul leur prescrivait de manger de tout indifféremment : il reprit sévèrement les Galales, parce qu'ils voulaient juduïser ; les apôtres avaient condamné celte conduite dans le concile de Jérusalem ; il n'est pas probable que saint Marc eût voulu la tolérer dans l'Eglise d'Alexandrie. Enfin, le repas religieux des thérapeutes n'était point la célébration de l'eucharistie, comme Eusèbe se le persuadait; ce repas consistait à manger du pain, du sel et de l'hysopc, et il était suivi d'une dause où les hommes et les fem-
mes étaient réunis ; rien de tout cela ne se faisait dans les assemblées des premiers chrétiens. Le parallèle qu'Eusèbe a voulu faire entre ceux-ci et les thérapeutes ù'esl donc ni juste ni exact.
2° Beaucoup moins peut-on soutenir que ces derniers étaient des moines. La vie solitaire et monastique n'a commencé en Egypte que l'an 250, sous la persécution de Dèce, lorsque saint Paul, premier ermite, se retira dans le désert de la Thébaïde ; saint Pacôme n'iniroduisil la vie cénobilique que plus de cinquante ans après ; depuis longtemps i) n'élait plus question d'esséniens ni do thérapeutes. Ceux-ci avaient des femmes parmi eux, les moines n'en eurent jamais ; les premiers n'observaient pas tous la continence, les moines la gardèrent toujours ; le mot de monastère, dont se sert Philon, ne prouve rien, puisqu'il signifie simplement une demeure solitaire. Rien n'est donc plus mal fondé que l'imagination des protestants, qui prétendent que ce sont principalement des moines qui ont accrédité l'opinion du christianisme et du monachisme des thérapeutes, et qu'ils l'ont fait par intérêt, afin de persuader la haute antiquité de leur état ; Eusèbe, saint Jérôme, Baronius, les anglicans, n'étaient pas des moines; en soutenant que les thérapeutes étaient chrétiens , ils n'ont pas dit que leur vie était monastique. Personne n'a plus fortement attaqué cette opinion que le Père Orsi, dominicain, et dom Calmet, béuédiclin. Des savants, tels que dom Montfauconct le P. Alexandre, étaient trop instruits pour mettre aucun inté. et à l'antiquité de leur état; ils n'ont'pas eu besoin de suppositions fausses ou douteuses pour en prouver la sainteté et le venger des calomnies des protesianls. Ceux-ci n'ont pas mieux réussi, en disant que les cénobites Oiit imi:é la vie que menaient les esséniens dans lu Palestine, et que les anachorètes onl suivi l'exemple des théi apeutes. Encore une fuis, il y avait longtemps que ces deux secies juives étaient oubliées, lorsque saint Paul et saint Pacôme ont paru; il y a cent à parier contre un que ni l'un ni l'autre n'en avaient jamais entendu parler, qu'ils n'avaient jamais lu les ouvrages de Josôphe ni de Philon. Nous avons fait voir ailleur.<: que la seule lecture de l'Evangile leur a suffi pour coiteevoir une haute estime de la vie qu'ils ont embrassée. Voy. Théologie mystique.
3° Les opinions des critiques n'ont pas moins varié sur la question de savoir si les thérapeutes éiaient une branche des esséniens, ou si c'était une secte différente, parce que l'on en est réduit sur ce point à de simples conjectures. Piideaux, qui a rapporté et comparé ce que Josèphe a dit des esséniens de la Palestine, avec ce que Philon en a écrit, et avec ce qu'il raconte des thérapeutes de l'Egypte, fait voir que ces deux auteurs sont d'accord louchant les opinions, les mœurs, la manière de viwe des esséniens, ss:it de la -'udée, soit de l'Egypte, où il s'en trouvait aussi ; quu les thérapeutes
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n'en élaioni différents qu'en ce qu'ils renonçaient à lout pour se livrer à la contemplalion. C est pourquoi il nomme les premiers esséniens pratiques, et les seconds esséniens contemplatif*, Hist. des Juifs, I. xill, an. 107 avant Jésus-Christ, t. II, p. 106. C'en esl assez pour réfuter quelques auteurs en petit nombre, qui ont imaginé que les thérapeutes éïaient des païens judaïsanls; et Jablenski, qui a soutenu que celaient des prêtres égyptiens appliqués à la médecine, aussi bien que leurs femmes. Conséquemment, l'opinion commune des critiques est que les thérapeutes sont une branche de la secle des esséniens.
4° En quel temps celte secte a-t-elle commencé ? où avait-elle puisé sa doctrine et les motifs de sa manière de vivre? Nouvelle matière à conjectures. Brucker, Hist. ait. de la philos., t. Il, p. 703 et sf q., pense qu'environ trois cents ans avant Jésus-Christ, plusieurs Juifs, pour se dérober aux troubles et aux désastres de leur patrie, se retirèrent les uns dans les lieux écartés de la Judée, les autres en Egypte, et embrassèrent chacun de leur côté un genre de vie particulier; qu'ils y adoplèrenlles sentiments des philosophes pythagoriciens qui y enseignaient pour lors ; qu'ils puisèrent dans celte philosophie l'amour de la solitude, du détachement de toutes choses, des austérités, de la contemplation et des explications allégoriques de l'Ecriture sainte. Il ajoute, t. VI, p. 437 et 438, que ces Juifs étaient dans les sentiments des cabalistes et des philosophes orientaux, analogues à ceux de Pylhagore. Mosheim, Hist. crit., proleg , c. 2, § 13 et suiv., pense de même. Néanmoins, dans sou Hist. ecclés., premier siècle, première part., c. 2, § 10, il dit qu'il ne voit rien dans la narration de Philon ni dans les mœurs des thérapeutes, qui puisse engager à les regarder comme une branche des esséuiens, que ce pouvait être une secle particulière des Juifs mélancoliques et enthousiastes. Probablement il n'a pis comparé ce que dit Philon dans son premier livre de Vita conlemplativa, avec ce qu'il a écrit dans son ouvrage intitulé Omnis probus liber; il y aurait vu que ce' auteur dislingue nettement les esséniens en deux branches, l'une d'esséniens pratiques, l'autre d'esséuiens contemplatifs, nommés thérapeutes.
Plus d'une fois nous avons eu occasion de faire remarquer l'affectation de Mosheim et de Brucker de tout rapporter à leur système favori, louchant le mélauge qui s'est fail dans l'école d'Alexandrie, de la philosophie de Pylhagore et de Platon avec celle des orientaux et avec la cabale des Juifs, système par lequel ils se sont (lattes de tout expliquer, el de donner la clef de toules les erreurs. Mais nous avons fait voir que co système est non-seulement u:;e pure conjecture dénuée de toute preuve, mais qu'il est absolument faux., qu'il confond toutes les époques, cl qu'au lieu de rien éclaircir, il ne serl qu'à tout brouiller. Voit. CtHU.E
Emanation, Philosophie orientale, etc. En particulier, sur la question que nous Irai- Ions, il choque toute vraisemblance. 11 esl fort incertain si, à l'époque de la retraite des esséniens en Egypte, il y avait des pythagoriciens, s'ils y enseignaient, s'ils y répandaient leur doctrine. Nous persuaderat-on que sous les indignes successeurs de Pioléniée Philadelphe, prince do.it 'os débauches, la rapacité, la cruauté, la tyrannie, sont connues, les sciences étaient fort cultivées en Egypte, et que l'on avait la commodité de s'y livrera la philosophie? Oi> n'a recommencé à s'en occuper que sous le gouvernement des Romains. L'école d'Alexandrie n'a vu renaître sa réputation qu'au temps d'Ammonius, et au plus tôt sur la fin du itc siècle, cent ans au moins après Philon; parce que celui-ci était philosophe, il ne s'ensuit pa* qu'il y avait pour lors des écoles publiques de philosophie ; Philon n'a jamais connu que la philosophie des Grecs. Nous persuadera-t-on encore que, pendant les trois cents ans qui ont précédé la naissance de Jésus-Christ, les Juifs de la Palestine, successivement pillés et tourmentés par les armées des rois d'Egypte ou de Syrie, ensuite par les Romains et par les Herode, ont eu la liberté d'étudier la philosophie, soit des Orientaux, soit des Grecs? On sait l'aversion qu'ils avaient conçue pour les païens pendant tout ce période, et combien ils étaient éloignés d'en recevoir des leçons. En second lieu, Brucker convient que les Juifs qui se retirèrent, soit dans les déserts de la Judée, soit en Egypte, étaient des familles du commun ; cela est prouvé par la culture de la terre, par les arts mécaniques, par les métiers qu'exerçaient les esséniens de la Judée, selon le témoignage de Philon el do Josèphe; Philon ajoute que les esséniens en général dédaignaient la philosophie, la logique, la physique et la métaphysique ; qu'ils ne s'occupaient que de Dieu et de l'origine de toutes choses ; or, ils la trouvaient dans Moïse mieux que partout ailleurs. Il dit enfin que la seule éiude des esséniens était la morale, d'où il s'ensuit que les sens mystiques el allégoriques, qu'ils recherchaient dans l'Ecriture sainte, étaient des leçons de morale. Enfin nous avons fait voir que, pour concevoir de l'estime et du goût pour la vie solitaire, pauvre, austère, contemplative, il suffit de connaître les leçons et les exemples des prophètes et des justes de l'Ancien Testament; que leurs livres ne s'expliquent pas moins clairement sur ce sujet que ceux du Nouveau, et que saint Paul les a proposés pour modèle aux chrétiens. 11 n'a donc pas été nécessaire que les thérapeutes consultassent des philosophes païens pour embrasser le genre de vie qu'ils ont suivi. C'est plus qu'il n'en faut pour conclure que l'opinion de Mosheim, de Brucker cl des autres protestants, n'est qu'un rêve systématique, qui n'a ni preuve ni solidité. Voy. Es- SÉNIENS.
THEKAPHIM, mot hélreu qui, dans les versions de l'Ecriture, esl traduit par i lole?,
tue
tue;
statues, sculptures, mais dont il est difficile de connaître la vraie signification grammaticale. Ce qu'en a dit Spencer, de Legib. flebr. ritual., 1. m, dissert. 7, c. 3, nous apprend peu de chose. Les rabbins, qui prétendent que c'étaient des statues qui parlaient et qui prédisaient l'avenir, et qui ont enseigné la manière dont on les faisait, ne méritent aucune croyance; toutes 1rs idoles que les païens consultaient pour connaître l'avenir ne parlaient pas pour cela; en hébreu, comme m français, parler signifie souvent indiquer, faire connaître par un signe quelconque. Ceux qui ont assuré que les théraphim étaient une invention des Egyptiens, que c'étaient des figures du dieu Sérapis, adoré en Egypte, ne peuvent en donner aucune preuve; Laban, qui vivait dans la Chaldée, n'était certainement pas allé chercher ses théraphimen Egypte, D'autres, qui ont pensé que ce mot est le même que séraphim, des serpents ailés, que c'étaient des talismans, tels que le serpent d'airain fait par l'ordre de Moïse, ne sont pas mieux fondés. Enfin Jurieu, qui a décidé que les théraphim de Laban étaient ses dieux pénates et les images de ses ancêtres, a voulu deviner au hasard. Du temps de Laban, l'ido'ât rie ne faisait que commencer chez les Chaldéens, elle n'était pas encore portée au point de diviniser des hommes morts- Il vaut donc mieux avouer notre ignorance que de nous livrer à des conjectures frivoles: le nom général d'idoles suffit pour entendre tous les passages dans lesquels le mot Théraphim est l'inploy'ék
THESSALONICIENS. Suivant l'opinion commune, à laquelle on ne peut rien opposer de solide, les deux lettres de saint Paul aux Thessaloniciens sont les deux premières qu'il ait écrites aux fidèles qu'il avait convertis. On les rapporte aux années 52 et 53 de l'ère vulgaire, pendant lesquelles il paraît que l'apôtre demeura constamment à Corinthe. Le but de ces deux lettres est de confirmer ces nouveaux chrétiens dans la foi, dans la pratique des bonnes œuvres, dans la patience au milieu des persécutions auxquelles ils étaient exposés. La seconde contient plusieurs choses touchant le second avènement de Jésus-Christ ; saint Paul, c. n, y parle d'un homme pécheur, d'un fils de perdition, d'un adversaire qui s'élève audessus de loulcc que l'on appelle Dieu, et que l'on adore, qui se place dans le temple de Dieu, comme s'il était Dieu lui-même... Ce mystère d'iniquité , dit il, s'opère déjà... et l on connaîtra dans le temps ce coupable que Jésus-Christ tuera du souffle de sa bouche, et détruira par l'éclat de son avènement, etc. Ce chapitre a beaucoup exercé les commentateurs; chacun l'a entendu selon ses préjugés. Plusieurs ont cru y reconnaître i'Antn hrist qui doit venir à la fin du monde.
Ceux <;ui ne cher< h ni point de mystères sans nécessité, ont observé que, dans tout ce chapitre ni même dans toute la lettre., il ni est point question de la fin du monde, mais Je la fin de la religion et de la république
des Juifs; que par homme de péché, fils de perdition, etc., l'Apôtre entend les Juifs incrédules, ennemis jurés du christianisme, obstinés à persécuter les fidèles, et de la part desquels les Thessaloniciens avaient éprouvé plusieurs avanies. Cette explication simple acquiert la plus grande probabilité, lorsque l'on compare le mystère d'iniquité qui s'opérait déjà pour lors, suivant saint Paul, avec ce qui se passait en ce temps-là dans la Judée, où divers imposteurs se donnaient pour mes fies, séduisaient le peuple par des prestiges, et finissaient par être exterminés avec leurs adhérents; où les Juifs par leur esprit séditieux et turbulent préparaient l'orage qui fondit sur eux quelques années après.
Les protestants, aveuglés par leur haine contre l'Eglise romaine, ont cru voir , dans cette prédiction de saint Paul, la chute de l'empire romain , la domination des papes établie sur ses ruines, l'anlichrislisnisme ou l'idolâtrie catholique fondée sur des prestiges ou de faux miracles opérés par l'intercession elles reliques des saints, etc. Celle imagination, sortie de quelques cerveaux fanatiques, a trouvé des approbateurs, même parmi les savants; Beausobre n'a pas rougi de l'appuyer par son suffrage, mais sans se mettre trop à découvert, dans ses Remarques sur la seconde Epître aux Thessaloniciens, c. ti, v. 8. — Pour en voir l'absurdité, il suffit de remarquer, 1° que la ruine de l'empire romain n'est arrivée dans l'Occident que quatre cents ans après l'année 53 de Jésus-Christ; 2° que, suivant saint Paul, v. 3, elle devait être précédée d'une rébellion, «7ro(7Ta(7t«, discessio; Beausobre lui-même l'entend ainsi : or, la chute de l'empire romain n'est point arrivée par une rébellion, mais par l'inondation des barbares. 3' La grande autorité des papes et leur pouvoir temporel n'ont commencé que plusieurs siècles après cette révolution. k° Saint Paul dit aux Thessaloniciens, v. 6 : Vous savez ce qui relient ou ce qui retarde sa manifestation dans son temps; je vous Vai dit lorsque j'étais avec vous. Etrange charité de la part de l'Apôtre, d'avertir les Thessaloniciens d'un événement duquel ils ne pouvaient pas être témoins, et de ne donner aucun signe qui pût prémunir ceux qui devaient y être présents et de s'y laisser tromper? 5° Saint Paul ajoute que Dieu leur enverra une opération d'erreur, afin qu'ils croient au mensonge, parce qu'ils ont refusé de croire à la vérité , v. 10 ; les fidèles du ve siècle étaient-ils des opiniâtres qui avaient refusé de croire en Jésus-Christ ? 6" Le mystère d'iniquité s'opérait déjà, v. 7; il faut donc que l'idolâtrie de l'Eglise romaine, le culte des saints, des images, des reliques, aient commencé du temps de saint Paul; ce n'est pas là ce que veulent les protestants. 7° Pour compléter le tableau, Beausobre devait nous apprendre en quel temps Jésus-Cbrisl doit arriver pour tuer le méchant par le souffle de sa bouche et par l'éclat de son avènement, v. 8 ; nous aurions mis sa prophétie à côté de celle de Joseph'-Mède, de Sanchius, de Jurieu et des
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fanatiques dos Cévennes. Voy. Antéchrist. — On comprend que ces paroles de sain! Paul, Dieu lew enverra une opération d'erreur, oto., ne lignifient p;»i tit que Dion trompera les incrédules, qu'il le- aveugler i, qu'il les endarcira positivement dans Terreur; tuais qu'il les laissera se tromper cl s'aveugler eux-mêmes : cette prédiction ne s'est que trop bien accomplie à l'égard des Juifs, puisque la destruction de leur trille et de leur temple, les massacres et la dispersion de leur nation ne furent pas capables de leur ouvrir les yeux. On est tenté de croire qu'une partie de cet esprit a passé aux protestants, lorsqu'ils abusent aussi indignement de PRn i turc sainte. Voy. Aveuglement, ENDUR- CISSEMENT.
Il va. dans Vllisl.deVAcad.des Inscript., I. XVII I, in-12, p. 208, une histoire abrégée, mais curieuse, de Thessalonique; il y est parlé de la fondation de l'Eglise de cette ville par saint Paul, des révolutions qu'elle a subies, des grands hommes qui l'ont gouvernée ou qui y ont reçu la naissance. Aujourd'bui, sous la domination des Turcs, l'Eglise grecque sebismatique, qui y subsiste encore, déchoit sensiblement, et semble toucher de près à sa ruine entière.
THÉUHGIE, art de parvenir à des connaissances surnaturelles, et d'opérer des miracles par le secours des esprits ou génies que les païens nommaient des dieux, et que les Pérès de l'Eglise ont appelés des démons. Cet art imaginaire a toujours été recherché et pratiqué par un bon nombre de philosophes ; mais ceux des m* et ive siècles de l'Eglise, qui prirent le nom d'éclectiques, ou de nouveaux platoniciens, tels que Porphyre, Julien, Jambliquc, Maxime, etc., en furent principalement entêtés. Ils se persuadaient que par des formules d'invocation , par certaines pratiques, on pourrait avoir un commerce familier avec les esprits, leur commander, connaître et opérer par leurs secours des choses supérieures aux forces de la nature.
Ce n'était dans le fond rien autre chose que la magie ; mais ces philosophes en distinguaient deux espèces, savoir, la magie noire et malfaisante, qu'ils nommaient goétie, el dont ils attribuaient les effets aux mauvais démons, et la magie bienfaisante, qu'ils appelaient theurgie, c'est-à-dire opéraliou divine, par laquelle on invoquait les bons génies. Il n'est pas possible de démontrer l'illusion el l'impiété de cet art détestable, el nous l'avons déjà dil à l'article Magie. 1' L'existence des prétendus génies, moteurs de la nature, qui en animaient toutes les parties, était une erreur ; elle n'était prouvée par aucun raisonnement solide ni par aucun fait certain : c'était une pure imagination fondée sur l'ignorance des causes physiques 1 1 du mécanisme de la nature ; voila néanmoins to'U le fondement du polythéisme et de l'idolâtrie. Voy. Paganisme. Le peuple aveugle attribuait faussement à des intelligences particulières, à des esprits rép indus partout, les phénomènes que Dieu, seul au-
teur « ( gouverneur de l'univers, opère ou par lui-même ou par 1rs lois générales du mouvement qu'il a établies el qu'il -onscrv ; el malheureusement les philosophes, au lieu de combattre ce préjugé, l'adoptèrent el le rendirent plus incurable. Mais comment savaient- ils que ce n'est point le Créateur du monde qui le gouverne , qu'il s'est déchargé de ce soin sur des esprits inférieurs? Cette opinion déroge évidemment à la puissance, à la sagesse, à la bonté de Dieu. Les plus sensés convenaient que Dieu a fait le momie par inclination à faire du bien; et ils se contredisaient en supposant qu'il en a confié le gouvernement à des esprits qu'il savait être très-capables de faire du mal, ou par impuissance, ou par mauvaise volonté. Telle a été la cause pour laquelle on a rendu à c< s esprits le culte suprême, le culte d'adoration el de confiance que l'on n'aurait dû rendre qu'à Dieu seul; et les philosophes confirmèrent encore cet abus, en décidant qu'il ne fallait rendre aucun culte au Dieu suprême, mais seulement aux esprits; Porphyre, de Abstin., I, ri, n. 3k. Celse reproche continuellement aux chrétiens leur impiété, parce qu'ils ne voulaient point adorer des génies distributeurs des bienfaits de la nature. Dans Origène, 1. vin, n. 2, etc. — 2° Comment savait-on que telles paroles ou telles pratiques avaient la vertu de subjuguer ces prétendus esprits cl de les rendra obéissants? Les théurgistes supposaient que les mêmes esprits avaient révélé ce secret aux hommes; mais quelle preuve avait-on de celte révélation? Quelques imposteurs, qui s'avisèrent de le croire, osèrent aussi l'affirmer, pour se donner du relief cl se faire respecter; ils éblouirent les ignorants par des tours de souplesse, ou par quelques secrets naturels qui parurent merveilleux; on les crut sur leur parole, et l'erreur se perpétua par tradition. L'on put savoir que certains hommes avaient opéré des miracles ; mais ils les avaient faits par l'invocation et par le secours de Dieu , el non par l'entremise des génies. Lorsque Jésus-Christ eut paru dans le monde, on fut convaincu qu'il avait opéré des miracles, el que ses disciples en faisaient encore ; mais les juifs aveuglés par la haine, les païens fascinés par leur croyance, se persuadèrent que ces prodiges étaient faits par l'intervention des esprits. Celse accuse les chrétiens d'en opérer par l'invocation des démon-;, 1. 1, n. 0. Par nue contradiction grossière, il jugea que ces esprits bons ou mauvais obéissaient à des hommes qui refusaient de leur rendre aucun culte, et qui faisaient lous les efforts pour en détourner les païens. C'est ce qu'Origène lui reproche continuellement : nous ne devons donc pas nous étonner de ce que la théurgie devint si commune après l'établissement du christianisme; les philosophes païens voulaient détruire par là l'impression qu'avaient faile sur tous les esprits les miracles de Jésus-Christ , des apôtres et des premiers chrétiens. — 3" Plusieurs pratiques des Ihéurijis'.cf étaient des crimc>, tels que
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les sacrifices de sang humain, et l'on ne peut pas douter que los visionnaires n'en aient offert; l'histoire en dépose, et les incrédules mêmes de nos jours n'ont pas osé le nier. Plusieurs eurent la témérité de consulter leurs dieux fantastiques sur la vie et la destinée des empereurs; celle curiosité fut regardée avec raison comme un crime d'étal, capable d'émouvoir les peuples et d'ébranler leur fidélité : aussi quelques-uns furent punis de mort pour cet allenl.it. En général la théurgie était criminelle, puisque c'était un acte de polythéisme et d'idolâtrie; ceux qui s'y livraient étaient donc tout à la fois insensés, imposteurs et méchants.
Dans l'impuissancedeles justifier, quelques incrédules modernes ont dil que la plupart des cérémonies du christianisme ne sont pas différentes, dans le fond, de la théurgie; que, par les sacrements, les bénédictions, les exorcismes, etc., un prêtre prétend commander à la Divinité, comme les théurgisles se flattaient de commander aux esprits. Malheureusement les protestants sont les premiers auteurs de cette calomnie : Mosheim et Brucker soutiennent qu'un grand nombre des cérémonies de l'Eglise catholique sont venues des idées de platonisme suivies par les éclectiques; Bcausobre nous reproche d'attribuer à des cérémonies et à certaines compositions, telles que le chrême, une espèce de vertu divine; La Crozo prétend que le myron des Grecs et le chrême des Latins no sont qu'une imitation du kyphi dont les Chaldéens et les Egyptiens se servaient dans les initiations.
Si la malignité n'avait pas été à ces critiques protesiantslouteréflexiun, ils auraient compris qu'ils donnaient lieu à un incrédule de leur reprocher que le baptême et la cène qu'ils admettent comme deux sacrements, que le signe de la croix et les formules de prières qu'ils ont conservées, sont des cérémonies théurgi jiies; mais pourvu que les protestants satisfassent leur haine contre l'Eglise romaine, ils s'embarrassent fort peu des conséquences ; c'est donc à nous de répondre aux incrédules. 1° Par les cérémonies chrétiennes un prêtre ne s'adresse ni aux esprits ni à d'autres êtres imaginaires; il invoque Dieu seul, et croit que c'est Dieu seul qui opère : or, Dieu est sans doute le maître d'ailacher ses grâces cl ses dons spirituels à tels riles et à telles formules qu'il lui plaît. Comme l'homme a besoin de signes extérieurs pour exciter son attention, pour exprimer les sentiments de son âme, et pour les inspirer aux autres, il était de la sagesse et de la bonté divine de prescrire les cérémonies qui pouvaient lui plaire, afin de préserver L'homme des abus, des absurdités, des profanations dans lesquels sont tombés tous ceux qui n'ont pas été guidés parles leçons de la révélation. Aussi Dieu a daigné prescrire, dès le commencement du monde, le culte extérieur qu'il daignait agréer. Voy. Cérémonie. 2° C'esl Dieu lui-même qui a prescrit les cérémonies chrétiennes par Jésus Christ, par les apôtres, par l'Eglise, à
laquelle Jésus-Christ a promis son esprit, son secours et son assistance ; et, loin d'avoir eu aucune intention d'imiter les païens, l'Eglise a eu dessein au contraire de détourner et de préserver ses enfants des abus el des superstitions du paganisme. Un prêtre dans ses fonctions ne prétend donc point commander à Dieu, mais lui obéir; il n'y met rien du sien, il se conforme exactement à ce qui lui est prescrit de la part de Dieu, < l il est convaincu que Dieu l'a ainsi ordonné, par toutes les preuves qui démontrent la divinité du christianisme. 3" Aucune cérémonie chrétienne n'est un crime, une profanation ni une indécence; toutes respirent la piété, le respect, la confiance csv Dieu; lorsque l'on en prend l'esprit et que l'on en conçoit la signification, toutes sont des leçons de morale et de vertu. Il n'y a pas plus de ressemblance entre les rites et la théurgie qu'entre l'idolâtrie et le culte du vrai Dieu. Nous concevons qu'avec un esprit faux, avec de la malignité et de l'impiété, on peut les tourner en ridicule; ma s on ne réussit pas moins à l'égard des usages, des formules et des cérémonies les plus respectables de la vie civile : des railleries et des traits de satire ne sont pas des raisons, ils amusent les sots et fonl pitié aux sages. Voy. Cérémonie.
THOMAS (saint) , apôtre. Nous savons par l'Evangile que cet apôtre était tendrement attaché à son divin Maître. Lorsque les autres disciples , dans la crainte que Jésus-Christ ne fût mis à mort par les Juifs, voulurent le détourner d'aller à Béthanie ressusciter Lazare, Thomas leur dit; Allons aussi, nous autres, afin de mourir avec lui (Joan. xi, 16). Pendant la dernière cène, le Sauveur ayant dit qu'il allait retourner à son Père, cet apôtre lui demanda : Seigneur, nous ne savons ou vous allez ; comment pouvons-nous connaître la voie? Jésus lui répondit : Je suis la voie, la vérité et la vie; personne ne va à mon Père (jue par-moi {Joan. xiv, 5, 6). Thomas ne s'éiant point trouvé avec les autres apôtres, lorsque Jésus- Christ leur apparut pour la première fois après sa résurrection, refusa de croire à leur témoignage, et ajouta qu'il ne croirait pas, à moins qu'il ne vît et ne louchât les plaies de son Maître. Le Sauveur eut la condescendance de le satisfaire; alors Thomas convaincu s'écria : Mon Seigneur et mon Dieu {Joan. xx, 28). Profession de foi remarquable; saint Pierre s'était borné de dire dans une autre circonstance : Vous éles le Christ, Fils du Dieu vivant {Malth. xvi, 10); mais Jésus-Christ voulut que sa di>inité fût exprimée clairement et sans équivoque par saint Thomas. C'est ce qui a fait dire à saint Grégoire le Grand, Ilomil. 2G in Evang.: « Nous sommes plus affermis dans notre foi par le doute de saint Thomas que par la foi prompte des autres apôtres. »
Quant aux travaux apostoliques de celuici, ce que nous avons de plus certain est le témoignage d'Origène , qui a écrit dans le iitc livre de son Commentaire sur la Genèse, que suinl Thomas alla prêcher l'Evangile
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tliez les Parlhcs; témoignage conservé par 1er : on prétend que saint Thomas l'a com- Euscbe, Mit. eccle's., 1. m, c. 1, et confirmé posée clans l'espace de trois ans; G° des expar la tradition du m' cl du iv siècle, sui- plications ou commentaires sur plusieurs vaut laquelle le corps de cet apôtre reposait livres de l'Ancien et du Nouveau Testament; dans la viile d'Edesso en Mésopotamie. On 7" un volume d'opuscules et d'œuvres mêlées sait que, du temps d'Origène, les Parthes sur différents sujets, au nombre de soixanteétaient en possession de la Perso el des pajs treize, mais dont quelques-uns peuvent voisins qui continent aux Indes; d'où l'on a n'être pas de lui.au jugement des critiques, conclu que saint Thomas avait établi l'Evan- L'écrivain le mieux instruit de la vie de gile dans toutes ces contrées. Cela est d'au- saint Thomas, et qui avait vécu avec lui, tant plus probable, qu'il y a eu de bonne dit avec raison que l'on ne conçoit pas coinheure des chrétiens dans ces parties de l'A- ment, dans un intervalle de vingt ans, à dasie, et qu'ils ne connaissaient point d'autre ter du moment auquel ce saint docteur comorigine de leur christianisme que la prédi- mença d'enseigner, jusqu'à sa mort, il a pu cation de saint Thomas ou de ses disciples, l'aire un aussi grand nombre d'ouvrages et A la vérité il s'est établi une tradition plus sur autant de matières différentes. L'étonrécenle, qui porte que cet apôtre étendit sa uemenl redouble, quand on se rappelle que la mission jusque dans la presqu'île des Indes, prière et la méditation , la prédication de la en deçà du Gange, qu'il souffrit le martyre parole de Dieu, les affaires dont ce grand dans la ville de Calamine , nommée ensuite homme fut chargé, les voyages qu'il a faits, Suin-Thomé, et aujourd'hui M ê lia pour, et ont dû occuper près de la moitié de son que l'on y avait son tombeau. Mais cette temps. Aussi disait-il qu'il avait plus appris croyance ne paraît pa^ assez bien fondée au pied du crucifix que dans les livres. — pour lui donner la préférence sur l'opinion Depuis que l'on a n/'gligé l'étude de la scodes premiers siècles. Les peuplades de chré- lasiique pour s'at'acher principalement à la tiens que les Portugais ont trouvées sur la théologie positive, les ouvrages de saint Thocôie de Malabar eu arrivant dans les Indes, mas sont beaucoup moins lus qu'autrefois, vers l'an 1500, < l qui se nommaient chré- mais un théologien qui veut s instruire soliliens de Saint-Thomas, y avaient été établies dément ne regrettera jamais le temps qu'il par les nestoriens, et ils en avaient embrassé aura mis à consulter la Somme théologique; les erreurs. Yoy. Nestoriamsme, § k; Tille- il y trouvera sur chaque question les preuves mont , Mém., I. I, p. 230; Vies des Pères et et les réponses à toutes les objections que des martyrs, t. Xll , p. 230. l'on peut tirer du raisonnement.
Thomas d'Aqoih (saint), célèbre docteur Les protestants, qui méprisent beaucoup de l'Eglise et religieux dominicain, naquit les scolasliques, et qui en ont dit loul le mal l'an 1226, et mourut l'an 1274. C'est un mal- possible, n'ont pas plus respecté saint Thoheur qu'il n'ait vécu que quarante-huit ans, masque les autres: ils lui accordent à la puisque toute sa vie fut consacrée à l'élu. le vérité plus d'esprit et de pénétration, mais et au service de l'Eglise, et que ses vertus ils disent qu'au lieu de travailler à corriger ne furent pas moins éclatantes que ses la- la mauvaise méthode et h' respect supeislilents. 11 est appelé le docteur angélique, ou lieux pour Aristole , qui régnaient île son l'ange de l'école, parce qu'aucun autre n'a temps dans les écoles, il a rendu cet abus irailé la théologie scolaslique avec autant plus incurable par l'admiration qu'il a inspide clarté, d'ordre et de solidité que lui ; aussi rée à son siècle; qu'il y a beaucoup à rab.itaucun autre n'a eu autant de réputation, tre des éloges que l'on a donnés à ses talents, soit pendant sa vie, soit après sa morl ; dans Quelques-uns prétendent que ses définitions quelque siècle qu'il eût paru, il aurait été sont souvent vagues et ob-cures ; que se3 un grand homme. Ceux même qui ont cher- plans et ses divisions, quoique pleins d'art, ché à diminuer son mérite et sa gloire, ont manquent souvent de clarté et de justesse; éié forcés de convenir que, s'il avait pu réu- que sa méthode ne sert fréquemment q ;'à nir à l'étendue et à la pénétration de. son brouiller les questions au lieu de les éclairgénie les secours que nous avons à présent cir. D'autres ont affecté de renouveler les pour acquérir de l'érudition , il n'y aurait accusations qui furent formées contre ce aucune espèce d'éloge dont il ne tût digne, saint docteur par des ennemis jaloux, pen- Sa Somme théologique, qui est l'abrégé de ses danl les troubles de l'univers tjé de Paris. ouvrages de ce genre, est encore regardée Ils n'ajoutent aucune loi à ce que ses histoavec raison comme un chef-d'œuvre de mô- riens racontent de ses vertus el de ses mithode et de dialectique. Mais il eu a fait beau- rades.
coup d'autres ; tous oui été recueillis et pu- Jamais la prévention des protestants n'a bliés; la meilleure édition est celle de Kome, éclaté davantage qu'à celle occasion. Peut-on f.iile l'an 1570, en dix-sept volumes in- fol. blâmer saint Thomas de n'avoir pas entre- Elle soutient, 1" ses ou\ rages philosophi- pris de changer absolument la méthode qui «lues, qui sont des commentaires sur loule léguait de son temps dans loules les écoles la philosophie d'Arislote ; 2a des commen- de la chrétienté? Nos adversaires convien- '.air.s sur les quatre lit r. s du Maîlre des nenl que ceux qui s'attachaient principalesenlenccs ; 3° un volume des questions dispu- ment à l'Ecriture sainte et à la tradition , et lèes en théologie ; h* la Somme contre ie$ yen- que l'on appelait les docteurs bibliques, r.e dis, divisée en quatre livres ; 5' la Somme jouissaient d'aucune estime ni d'aucune conthévlogique, de la<iu< Ile nous venons de pan* sdéralion, el voyaient leurs écoles désertes -
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un docteur sage clail donc fo;cé de se conformer nu goût général et dominant. Mais saint Thomas n'a pas négligé l'étude de l'Ecriture sainte, puisqu'il en a expliqué et commenté plusieurs livres, et qu'il a fait plus d'usage de la tradition que les autres. Quand on n'est pis au fait du langage scolustique usité pour lors, il n'est pas étonnant que l'on trouve obscures la plupart des définitions de ce grand théologim; mais il suffit île jeter seulement un coup d'œil sur la table des livres et des chapitres de sa Somme pour être convaincu qu'il y règne un ordre infini dans la distribution des matières : il s'en faut beaucoup qu'il y en ail autant chez îa plupart des théologiens prolestants. Ceuxci ont très-bien compris que la précision avec laquelle ce savant scolnslique a traité les questions qui les divisent d'avec nous a fait leur condamnation d'avance. Leur incrédulité louchant les vertus héroïques et les miracles de saint Thomas ne prévaudront jamais sur l'attestation des témoins oculaires de sa vie ni sur les informations juridiques qui en ont été faites. On n'a pas pu en imposer sur les actions et sur la conduite d'un personnage aussi célèbre, qui a été vu et connu dans toute la France et dans toute l'Italie. Voy. Scolastique.
Thomas Becquet (saint), archevêque de Canlorbéry , naquit l'an 1117 et fut mis à mort l'an 1170, sous le règne de Henri II, roi d'Angleterre. Quoique ce saint ne soit pas au nombre des écrivains ecclésiastiques, il nous parait important de réfuter les calomnies que l'on élève aujourd'hui contre sa mémoire, calomnies qui retombent sur l'Eglise catholique, par le jugement de laquelle ii a été mis au rang des saints.
Elevé d'abord à la dignité de chancelier d'Angleterre, il rendit au roi el à la nation les plus importants services. Placé ensuite sur le siège de Canlorbéry, l'an UGO, il encourut la disgrâce de son souverain et des grands du royaume par sa fermeté à défendre les droits de l'Eglise contre les entreprises el les usurpations de l'un et des autres. Oblige de se retirer en France, il y fut accueilli par le roi Louis VII el par le pape Alexandre III, qui y était pour lors Après plusieurs tentatives et de longues négocialions, l'un et l'autre parvinrent à le réconcilier avec son roi et à le faire rétablir sur son siège. Mais comme il continuait de s'opposer aux abus qui régnaient, el à demander la restitution des biens enlevés à son Eglise, il excita de nouveau la colère du roi : quatre courtisans crurent se rendre agréables à ce prince en assassinant ce vertueux prélat au pied des autels. Il fut mis au rang des saints trois ans après sa mort.
Avant le schisme de l'Angleterre et l'introduction du protestantisme dans ce royaume, tous les Anglais rendaient un culte religieux à saint Thomas Becquet, el le regardaient comme un des grands hommes de leur nation; mais ils ont change d'idées en changeant de religion. Plusieurs de leurs écrivains se sont emportés en invectives contre
ce personnage; jugeant de sa conduite comme si au su' siècle leur roi s'était déj;\ déclaré chef souverain de l'Eglise anglicane, ils ne voient plus dans le saint archevêque qu'un fanatique ambitieux, un brouillon, un séditieux, un opiniâtre frénétique, révolté contre son roi et son bienfaiteur. C'est ainsi qu'il est traité par le traducteur anglais de V Histoire ecclésiastique de Mosheim, xue siècle, ir part., c. 2, § 12, note. Mosheim en avait parlé avec décence cl avec modération; quelques incrédules français ont encore enchéri sur les termes injurieux du traducteur.
Pour juger si l'archevêque de Canlorbéry a clé innocent ou coupable, digne de louange ou de blâme, il faut savoir plusieurs faits historiques rapportés par les contemporains, cl que l'on ne peut pas révoquer en doute. 1° Henri II était un souverain non-seulement très-absolu, mais très-violent, sujet à des transports fréquents de colère, pendant lesquels il ne se possédait plus ; il oubliait ses engagements les plus solennels, et ne voulait plus d'autre loi que sa volonté. Accoutumé à disposer de tous les bénéfices, contre le droit commun établi partout, il s'appropriait les revenus pendant la vacance, et négligeait pendant longtemps de nommer un successeur, afin de prolonger sa jouissance. A son exemple, les seigneurs envahissaient les biens ecclésiastiques, et se réunissaient pour dépouiller le clergé. Le même désordre avait régné en France pendant plusieurs siècles. 2° Lorsque ce prince voulut placer Thomas Becquet sur le siège de Canlorbéry, celui-ci lui déclara que s'il était une fois revêtu de celle dignité, il ne pourrait plus tolérer ce brigandage, que son devoir le forcerait de s'y opposer, qu'il encourrait infailliblement la disgrâce du roi, qu'il le suppliait de le dispenser d'accepter cette charge. Henri II insista : il eut donc lort de s'étonner de la résistance de l'archevêque; il devait s'y attendre. 3° Les abus auxquels Thomas s'opposait n'étaient pas des lois, le roi lui-même les appelait des coutumes. Il les fil rédiger en lois dans une assemblée tenue à Clarendon, l'an 116* : il crut acquérir ainsi le droit de dépouiller le clergé, non-seulement de ses biens, mais encore de sa juridiction. La plupart des évêques se soumirent. L'archevêque (le Canlorbéry, pour ne pas se rendre odieux, consentit à signer avec les autres; mais, après réflexion faite, il s'en repentit ; il en demanda pardon au pape, et se fit absoudre : de là le nouveau mécontentement du roi et l'origine de la rupture. k° Ces constitutions de Clarendon furent examinées en France par le pape, dans une assemblée lenue à Sens ou ailleurs. De seize articles qu'elles contenaient, on jugea qu'il y en avait seule* ment sept que l'on pouvait tolérer, que tous les autres élaienl contraires au droit généralement reçu dans l'Eglise el aux décrets des conciles. On blâma lafaiblessc qu'avaient eue d'abord l'archevêque de Canlorbéry et les autres évêques anglais de les signer. Les anglicans répondent que le pape ni l'Eglise n'avaient rien à voir aux lois civiles d'An-
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gleterre; que c'était au roi seul Je les faire à sou gré. Sans examiner le fond Je ce droit, nous nous bornons à observer qu'il est absurde de juger une question du xn siècle sur les principes du xv ou du xvnr, et non sur ceux qui étaient universellement reçus et suivis pour lors; de vouloir que Thomas Iîecque se soit cru plus obligé de se souuietlrc aux volontés arbitraires de Henri 11 qu'au jugement du souverain pontife et de toute 1 Eglise. Une preuve que le droit du xn' siècle n'était pis aussi absurde qu'on le prétend, c'csl que, malgré la prétendue réformation, l'archevêque de Cnntorbéry jouit encore de la plupart des privilèges que saint Thomas réclamait, el que L'immunité des clercs subsiste encore eu Angleterre, sous le nom de bénéfice de clergic, Londres, loin. III, p. 7i et 75. 5° Dans toutes les ambassades cl négociations qui eurent lieu à ce sujet en France el à Home, Henri 11 se conduisit avec une inconstance, une duplicité, une mauvaise foi, qui ne lui firent pas honneur. Lorsqu'il était de sang-froid, il promettait et accordait tout ce qu'on voulait; dans le premier mouvement de colère, il se rétractait el ne voulait plus rien entendre. Peu s'en fallut, plus d'une fois, qu'il ne formât contre l'Eglise le même schisme qu'a exécuté Henri VIII en 153V. G" Ses apologistes prétendent que le roi de France, Louis VII, ne favorisa Thomas Becquel que par haine contre Henri II, son ennemi, qui possédait pour lors nos provinces occidentales. La fausseté de ce soupçon est prouvée par un fait incontestable : c'est que Louis VII n'accorda une protection déclarée et constante à l'archevêque de Canlorbéry qu'après avoir eu une longue conférence avec Henri II, près de Monimirail, dans le Perche, l'an 1169, et après avoir entendu les reproches de ce prince el les réponses du prélat, que Louis VII avait conduit avec lui pour le faire rentrer en grâce. C'est après son retour que noire roi fit à un envoyé de Henri II la réponse qui est devenue célèbre : Dites à votre maître que je ne veux point renoncer ti l'ancien droit de ma couronne : la France a été de tout temps en possession de protéger les innocents opprimés, et de donner retraite à ceux qui sont exilés pour la justice. Avant de laisser retourner Thomas Becquel en Angleterre, Henri II ne lui fil point promettre qu'il renoncerait à la défense des droits de sa dignité el de sou Eglise. 7° Nous n'accusons point ce roi d'avoir consenti au meurtre de l'archevêque. Frappé de terreur et de regret à la première nouvelle qu'il reçut de ce crime, il jura et protesta qu'il n'y avait point de part ; qu'eu se plaignant imprudemment de ce que personne ne voulait le délivrer de cet homme, il n'avait eu aucune intention d'inspirer à des assassins le dessein d'attenter à sa vie. 11 fit de sa faute une pénitence exemplaire, sans attendre que le pape la lui enjoignît, comme quelques-uns le supposent. Peu d'années après, il alla se prosterner au tombeau du saint, y répandit des larmes, implora sa protection, e' >l crut être redevable à son inter-
cession d'une victoire qu'il remporta sur l.e roi d'Ecosse dans ce temps-là. Le traducteur de Uosheim n'a pas trouvé bon de rapporter celle circonstance. Les meurtriers, de leur côté, chargés de l'exécration publique, rentrèrent en eux-mêmes et moururent pénitents.
Les richesses accumulées au tombeau de saint Thomas Becqtiet, pendant quatre «nls ans, furent pillées par les émissaires do Henri VIII, et ses os furent brûles. Uist. éê V Eglise gnllic, t. IX, liv. xxvu, an. 1163 et suiv.; Vies des Pères el des martyrs, t. XII, p. 371. On y trouve les citations des auteurs originaux.
Thomas de Villeneuve (saint). Les hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve ont été instituées en Bretagne par le P. Ange Le Proust, augustin réformé, en 1661. Cet établissement a été confirmé par des lettres patentes eu 1660. Elles ne font que des vœux simples; elles sont occupées non-seule. i eut au soin des malades, mais encore à l'instruction de la jeunesse, el suivent la règle de saint Augustin ; elles ont trois maisons à Paris. Lorsqu'elles font profession, une pauvre femme les embrasse el leur met une bague au doigt, en 1< ur disant : Souvenezvous, ma chère sœur, que vous devenez la servante des pauvres. On sait que saint Thomas de Villeneuve, archevêque de Valence en Espagne, mort l'an 1555, se rendit principalement recommandable par sa charité envers les malheureux.
THOMISME, THOMISTES. On appelle thomisme la doctrine de sainl Thomas d'Aquin touchant la grâce et la prédestination , et thomistes ceux qui font profession de la suivre, particulièrement 'les dominicains. Voici comme ils ont coutume de l'exposer.
D^eu, disent-ils, est la cause première ou le premier moteur à l'égard de toutes ses créatures : comme cause première, il doit influer sur toutes les actions, parce qu'il n'est pas de sa dignité d'attendre la détermination de la cause seconde ou de la créature; comme premier moteur, il doit imprimer le mouvement à toutes les facultés ou à toutes les puissances qui en sont susceptibles. Voilà la base de tout le système. De là les thomistes concluent : 1° Que dans quelque état que l'on suppose l'homme, soit avant, soit après sa chute originelle, cl pour quelque aclion que ce soit, li prémotion de Dieu est nécessaire. Ils appellent celle prémotion prédétermination physique, à l'égard des actions naturelles, et grâce efficace par elle-même, quand il s'agit des œuvres surnaturelles et utiles au salut. Ainsi, coninucnlils, la grâce efficace par elle-même a été nécessaire aux anges et à nos premiers parents, pour faire des œuvres surnaturelles et pour persévérer dans l'état d'innocence. Il n'y a donc aucune différence entre la grâce efficace de l'état d'innocence el celle de la nature tombée ou corrompue. En cela, le sentiment des thomistes est opposé à celui des augUhtiuiens. Voy. ce mot. 2° La grâce efficace fut refusée à Adam et aux aunes qui
sont déchus de leur état, mais ils en furent privés par leur faute. 3° Dans l'état même d'innocence, il faut admettre en Dieu des décrets absolus, efficaces et antécédents à toute détermination libre des volontés créées, puisque la prescience de Dieu n'est fondée que sur ces décrets. Ainsi, dans cet état, la prédestination à la gloire éternelle a été antécédente à la prévision des mérites. Par conséquent, il en a été de même de la réprobation négative ou de la non-élection à la gloire; elle est uniquement venue de la volonté de Dieu. Quelques thomistes, cependant, pensent que le péché originel est la cause de la réprobation négative. Quant à la réprobation positive, ou à la destination aux peines éternelles, elle a été conséquente à la prévision du démérite futur des réprouvés. k" Notre premier père ayant péché, tous ses descendants ont péché en lui ; ainsi, tout le genre humain e t devenu une masse de perdition. Dieu, sans injustice, aurait pu l'abandonner tout eniier, comme il a délaissé les anges prévaricateurs ; mais par pure miséricorde, par un décret antécédent et gratuit, il a voulu le racheter. En conséquence, Jésus- Christ est mort pour tous les hommes; et, en vertu de sa mort, Dieu a préparé des grâces suffisantes pour le salut de tous, et en donne à tous plus ou moins. 5° Par un nouveau trait de miséricorde antécédente et gratuite, Dieu a élu et prédestiné efficacement à la gloire éternelle un certain nombre d'âmes, préférabicment à tout le reste. Ce choix est appelé, par les thomistes, décret d'intention, en conséquence duquel Dieu accorde aux élus des grâces efficaces, le don de la persévérance et la gloire dans le temps, au lieu qu'il ne donne à tous les autres que des grâces suffisantes pour opérer le bien et y persévérer. G° Dans l'état de nature tombée, la grâce efficace est nécessaire à toute créature raisonnable, pour deux raisons : 1* à titre de dépendance, parce qu'elle est créature; 2° à cause de sa faiblesse. Quoique la grâce suffisante guérisse la volonté et la rende saine, cependant l'homme éprouve toujours une grande difficulté à faire le bien surnaturel ; quoiqu'il ait avec celle gi âce un pouvoir véritable, prochain et complet de faire le bien, néanmoins il ne le fera jamais sans une grâce efficace. 7* 1! s'ensuit, de tout ce qui précède, que la prescience des bonnes œuvres de l'homme e*l fondée sur un décret efficace, absolu et antécédent, de lui accorder la grâce efficace, et que la prescience du péché est également fondée sur un décret de permission, par lequel Dieu a résolu de ne point lui accorder celte même grâce nécessaire pour éviter le péché. 8° Dieu voit, dans ses décrets, qui sont ceux qui persévéreront dans le bien, qui sont ceux au contraire qui finiront dans le mal : en conséquence, il accorde aux premiers la gloire éternelle po.ir récompense, cl il condamne les autres au supplice de l'enfer. C'est ce que les thomistes nomment décret d'exécution.
Quand ou leur objecte que ce système s'accorde mal avec la liberté humaine, ils
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soutiennent le contraire; ils disent, l°quc, par la prémotion, Dieu ne donne atteinte à aucune des faculiés de l'homme, parce qu'il veut que l'homme agisse librement; que la promotion, loin d'être un obstacle au choix ou à l'action, est au contraire un complément nécessaire pour agir; 2" qu'aucun oî? jet créé n'offrant à l'homme un attrait invincible, la raison lui fait toujours apercevoii divers objets entre lesquels il peut choisir, et que cela suffit pour la liberté. — On doit convenir d'abord queco système ne renfermo aucune erreur; il n'a jamais essuyé aucune censure : il est donc (rès-pormis de le soutenir, et il est assez commun dans les écoles de théologie. Ceux qui onl voulu le confondre avec celui de Jansénius se sont grossièrement trompés, ou ils ont voulu en imposer. Les thomistes soutiennent que Jésus- Christ est mort pour ie salut de tous les hommes ; qu'en conséquence Dieu donne des grâces intérieures à tous; que l'homme résiste souvent à ces grâces, quoiqu'elles lui donnent un vrai pouvoir de faire le bien; que, quand il fail le mal, ce n'est pas parce qu'il manque de la grâce, mais parce qu'il y résiste; que la grâce efficace ne lui impose aucune nécessité d'agir, parce que celte nécessité serait incompatible avec la liberté. Autant de vérités diamétralement opposées aux erreurs condamnées dans Jansénius. Il n'y a pas moins d'injustice à leur attribuer celles-ci qu'à taxer les congruistes de semipélagianisme.
Lorsque l'on dit aux thomistes que leur grâce prétendue suffisante n'est suffisante que de nom, puisiju'avec elle l'homme na fait jamais le bien, ils répondent que c'est sa faute, et non celle de la grâce, puisqu'elle lui donne tout le pouvoir nécessaire pour agir; que dans la grâce suffisante Dieu lui offre une grâce efficace, et que si Dieu ne lui accorde pas celle-ci, c'est qu'il y met obstacle par sa résistance. Ainsi l'enseigne saint Thomas, in 2, disl. 28, quœst. 1, art. 4, liv. m, contra Gcnt., c. 159. Ils ne soutiennent pas pour cela que leur système est sans aucune difficulté : ceux qui ne le goûtent point leur en opposent un grand nombre. 1e Suivant leur opinion, il serait difficile de trouver dans saint Thomas toutes les pièces dont les thom'st s composent leur hypothèse; il en est plusieurs que l'on ne peut tirer des expressions du saint docteur que par des conséquences éloignées et peut-être forcées. 2' Que, dans le principe sur lequel ils sa fondent, les mots cause première, premier moteur, attendre la détermination des causes secondes, imprimer le mouvement, sont équivoques, cl que les thomislis les prennent d.ms un sens tout différent des autres théologiens ; que Dieu ne doit point imprimer le mouvement à des êtres essentiellement actifs ni à des facultés actives, cornait si c'étaient des choses purement passives. 3'1 Il leur paraît peu convenable de dire que- , dans l'élat d'innocence, une partie des anges et le premier homme ont élu privés de la grâce efficace par leur faute. Outre Pinçon-
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vénient d'admettre une faute dans l'état d'innocence, on celte f iule était griève, ou elle était légère: dans le premier cas, ollo a t'ait perdre l'innocence avant la chule; dans le second, elle ne méritait pas une peine aussi terrible que la privation de la <:iâce efficace nécessaire pour persévérer. t° L'on ne conçoit pas comment un décret antécédent et absolu de réprobation négative peut s'accorder avec le décret antécédent et absoh je sauver tous les hommes et de les racheter par Jésus-Christ. Ces deux décrets paraissent contradictoires. Il en est de même île la prédestination absolue d'un petit nombre d'âmes, après la chule d'Adam, et malpré la rédemption générale, pendant que Dieu laisse do côté le plus grand nombre. o° L'on conçoit encore moins comment la i.rràcc suffisante guérit la volonté et la rend saine, pendant qu'elle lui laisse une grande difficulté à faire le bien ; cette difficulté parait une grande maladie. Supposer qu'avec celle grâce l'homme a un vrai pouvoir, un pouvoir prochain et complet de faire le bien, cl que cependant il ne le fera jamais sans une grâce efficace, c'est admettre un pouvoir sans preuve et par pure nécessité de système. G Ui\ décret de permission, par lequel Dieu a résolu de ne point accorder la grâce efficace, est un mol inintelligible. Permettre signifie simplement ne point empêcher, ce n'est donc point un décret positif; si on l'entend autrement, l'on suppose que Dieu veut positivement le péché.
Ce n'est point à nous de terminer celle dispute qui dure déjà depuis plusieurs siècles, cl qui probablement durera encore plus long-temps ; nous n'y prenons aucun intérêt. Nous voudrions seulement que, quand il est question de systèmes arbitraires sur un inys'.ère incompréhensible, tel que la prédestination, l'on y mît moins de chaleur, que l'on s'abstînt de lermes durs et d'accusations téméraires ; il est mieux pour un théologien de réserver son temps, ses talents et ses peines pour défendre les vérités de notre foi contre ceux qui les attaquent.
THHONE ou TRONE, siège éleva au-dessus des autres. Les prophètes, dans leurs extases, ont souvent vu le Seigneur assis sur un trône éclatant de lumière, environné des anges prêts à recevoir ses ordres et à les exécuter; Dieu daignait leur donner par ces visions une faible idée de sa grandeur et do sa majesté. Jésus-Chris1, Matth., c. v, v. 32, défend de jurer par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu. Lire placé sur un siège élevé dans une assemblée est un signe de dignité et d'autorité ; de là le trône et devenu le symbole de la royauté, et souvent il la signifie dins l'Ecriture sainte; Prov., c. xx, v. '28 : Affermissez par la clémence votre tbôNE, c'està-dire votre règneet votre autorité. Il y a dans le Iroisième livre des Rois, chap. x, v. 20, une description magnifique du trône de Salomon. Cu qui e>l dit dans les prophètes des anges qui environnent le trône de Dieu, leur a (ail donner ce nom. Saint-Paul, Coloss., cap. i, v. 10 dit que toutes choses visiMcs ou
invisibles, ont été créées de Dieu, soit les trônes ou les dominations, les principautés ou les puissances; les Pères de l'Eglise ont pensé que l'apôtre désignait par là quatre divers ordres des anges, et que les trônes sont les anges du premier ordre. Voy.
Ange.
Tiiône ÉPiscnr.\L. Jésus -Christ dit dans l'Evangile, Matth., cap. xix, v. 28: .lu renouvellement de toutes choses, lorsque le Fils de C Homme sera placé sur le siège ou sur le trône de sa majesté, vous serez aussi assis sur ilouze sièges et vous jugerez les douze tribus d'Israël. DawsT Apocalypse, ch.iv el suiv.,où saint Jean a représenté les assemblées chrétiennes sous l'emblème de la gloire éternelle, le président estassissur un trône, el vingt-quatre vieillards ou prêtres occupent ausssi des trônes au'our de lui. De là s'est introduite la coutume générale d'élever dans les églises un siège audessus des autres, pour y placer l'évêque. Bingham, Orig. ecclés., t. 111, I. vin, c. G, § 1, observe que le mot grec Gn^x signifiait tantôt l'autel, tantôt l'ambon ou le pupitre, quelquefois le trône cpiscopal, souvent le chœur entier dans lequel toutes ces parties éiaient rassemblées ; en effet c'est un terme générique qui signifie simplement un lieu où l'on monte. Eusèbe, Hist. ecclés., liv. vu, c. 30, rapporte que l'un des reproches que l'on fil à Paul deSamosate, au concile d'Anlioche, l'an 270, fut qu'il s'était fait construire un trône ou tribunal fort élevé, et qu'il l'appelait oxôpvzov comme les magistrats séculiers ; mais il n'est pas moins certain que, dès la naissance de l'Eglise, les évêques ont cu dans le choeur un sié:;e distingué, plus élevé que celui des simples prêtres, et qui marquait leur dignité. On lil dans un ancien auleur que Pierre, successeur de Théonas sur le siège d'Alexandrie, prenant possession, refu.'sa par modestie de. s'asseoir sur le trône de saint Marc, que l'on gardait précieusement dans cette égiise. — On appela, dans les premiers siècles, prototrône lévêque d'une province dont le siège élait le plus ancien. Voy. Ciiare.
THURIFÉRAIRE est un clerc qui porto l'encensoir cl qui est chargé d'encenser dans le chœur.
THURIF1ÉS, TIWMFICATI. V. Lapses.
TIARE, ornement de tète des prêtres juifs ; c'était une espèce d.% couronne de toile do byssus ou de fin lin, Exod.,c. xxvm, v. k0; c. xxxix, v. 26. Le grand prêtre en portait une différente, qui était d hyacinthe, environnée d'une triple couronne d'or cl garnie sur le devant d'une lame d'or sur laquelle élait gravé le nom de Dieu. La tiare est aussi l'ornement de tète que porte le souverain pontife de l'Eglise chrétienne, pour marque de sa dignité. C'est un bonnet assez élevé, envirouné de trois couronnes d'or, et surmoulé d'un globe avec une croix, avec deux pendants qui tombent par derrière, comme ceux de la mitre des evéques. Celle tiar?, n'avait d'abord qu'une seule couronne; Bonifaco VIII y en ajouta une seconde, et