‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 135 sur 219 · TS · texte numérisé non relu

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la liberté de conscience, c'est-à-dire l'exer- «ice public d'une nouvelle religion , el que îe gouvernement s'est trouvé forcé de céder ;i la nécessité des circonstances, s'il survient dans la suite un nouveau souverain plus puissant que ses prédécesseurs, qui regarde ces sectaires comme des sujets dangereux, toujours prêts à se révolter el à renouveler les anciens troubles, est— il tellement lié par les concessions qui leur ont été faites, qu'il ne puisse légitimement les révoquer ? Ne lui est-il pas permis de remettre les choses dans leur ancien état ? Non, répondent tout d'une voix nos adversaires; si la parole d s rois n'est pas sacrée, si les lois et les édits ne sont pas inviolables , aucun citoyen ne peut jamais être assuré de son étal.

Voici une jurisprudence bien étrange; parviendrons-nous à en découvrir les fondements? Depuis la naissance de notre monarchie, ou à peu près, il y avait des lois qui déclaraient la religion catholique seule religion de l'état, el qui proscrivaient toutes les autres : lois portées, acceptées et jurées dans les assemblées générales de la nation, confirmées par un usage de huit à neuf siècles au moins; elles existent encore dans les capilulaires de nos rois. Henri IV a pu néanmoins y déroger légitimement, par un édit qui accordait l'exercice public d'une nouvelle religion, parce que le bien général du royaume semblait l'exiger: et cent ans après, Louis XIV n'a pas pu légitimement révoquer cet édit, cl remettre les choses dans l'ancien état, quoique le bien général du royaume lui parût l'exiger, parce que la parole des rois doit être sacrée et leurs édits inviolables? Nous cherchons vainement la raison pour laquelle la loi d'Henri IV a dû être plus sacrée que celles de Charh'magne ou de Louis le Débonnaire. Peut-êlre la trouverons-nous dans les arguments de nos adversaires : il faut les examiner.

1° La liberté de penser, disent-ils, est de droit nature!»; en fait de religion, comme en loute autre chose, aucune puissance humaine ne peut me faire croire ce que je ne crois pas, ni vouloir ce que je ne veux pas : elle n'a aucun droit sur ma conscience; puisque c'est à Dieu seul de nous prescrire une religion, c'est à lui seul que nous devons en rendre compte. — Réponse. Si la liberté de penser et la liberté de parler, d'enseigner , d'écrire et d'agir, étaient la même chose, nous n'aurions rien à répliquer à cette doctrine; mais peut-on confondre de bonne foi deux choses aussi différentes ? Qu'un citoyen pense bien ou mal touchant les lois, qu'il les approuve ou les blâme intérieurement, cela ne peulaffecler personne; mais s'il déclame, s'il écrit, s'il agit contre les lois, il est certainement punissable; il en est de même de la religion, puisque c'est une loi, et la plus nécessaire de toutes. La religion que Dieu nous prescrit ne consiste pas seulement en pensées, mais en actions : or, la puissance humaine a un droit incontestable sur nos actions ; nos adversaires uiêmes sont forcés d'en convenir, puisqu'ils

disent que tous ceux qui troublent la tranquillité publique doivent être punis, qu'elle qu'oit élé leur conscience ; nous le verrons ci-après.

2e Tout homme est jaloux de sa liberté et de ses opinions, surtout en matière de religion ; c'est une injustice atroce de punir les erreurs comme des crimes; l'intolérance est encore plus absurde en fait de religion qu'en fait de science. — Réponse. Nous convenons qu'un très-grand nombre d'hommes poussent la jalousie de leur liberté jusqu'à vouloir être déistes, athées, matérialistes, incrédules, impunément; que, peu contents de penser pour eux-mêmes, ils veulent professer, enseigner, propager leurs opinions et les inspirer aux autres. Dieu leur a-t-il accordé cette liberté, et les chefs de la société sont-ils obligés de la souffrir? C'est pour réprimer cette funeste liberté, ou plutôt ce libertinage d'esprit, de cœur et de conduite, que Dieu a prescrit une religion, et qu'il a mis le glaive à la main de la puissance séculier'. Autre chose est de punir l'erreur, et autre chose de punir la profession et l'enseignement de l'erreur ; tant qu'un homme renferme ses erreurs en luimême, elles ne peuvent affecter personne; dès qu'il les produit au dehors, elles intéressent la société, il est coupable et digne de châtiment à proportion des mauvais effets que peut produire sa témérité. Si la profession de l'erreur en fait de science pouvait avoir des suites aussi funestes que la profession de l'erreur en matière de religion, l'on serait en droit de la punir de même. On nous répliquera sans doute qu'il y a bien de la différence à mettre entre la profession publique de l'athéisme ou de l'incrédulité, et la profession d'une religion chrétienne différente de la religion catholique. Nous soutenons qu'il n'y en aurait aucune, si les maximes générales de nos adversaires étaient vraies; savoir, que la liberté de penser est de droil naturel, qu'aucune puissance humaine n'a drot de gêner les opinions, elc. Ce n'est pas notre faute, si, pour prouver la nécessité de tolérer une secte chrétienne, ils se fondent sur les mêmes axiomes dont se servent les athées pour prouver la nécessité de tolérer l'incrédulité et l'irréligion. Aussi allons-nous voir nos disserlateurs forcés de se rétracter cl de se contredire.

3' Les hommes, dit Ba; beyrac, ne sont point réunis en société pour professer une certaine religion, mais pour se procurer le bien-être temporel; tel est le seul objet de la puissance civile: la religion n'est donc point de son ressort, elle n'a point le droit de la gêner, elle doit laisser à chacun la liberté de croire et de professer ce qui lui paraît vrai en matière de religion. — liéponse. Nous avons prouvé que les hommes ne peuvent être réunis en société, sans avoir une certaine religion , une religion fixe, déterminée , assujettie à un formulaire de doctrine et de culle ; donc celle religion est absolument nécessaire au bien tempor.el de la société, donc la puissance civile chargée

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de procurer ce bien temporel est esscnliellemenl obligée à proléger la religion, à la défendre, à réprimer les attentats de ceux qui l'attaquent. Barbeyrac l'a senti malgré lui; en exigeant que la puissance civile laisse à chacun la liberté, il ajoute, à moins que cela ut nuise à la tranquillité publique. Traité de la morale des Pères, c. 12, § 27. Itdil qu'il fie faut point tolérer dans une société les erreur» fondamentales, § 22; que ceux qui insultent les sectateurs «l'une autre religion sont punissables, § 52. A-l-il vu les conséquences de ces restrictions?— Ba\ le à son tour convient que les princes peuvent faire des lois conclues p«r politiqueen l'ail de religion, Comment, philos., i" part., c. C, p. 383 ; qu'il faut réprimer les factieux, ne part., c. 6, p. kiC) ; qu'il faut punir tous ceux qui iroubleut le repos public, quelle qu'ait été leur conscience, C. 9, p- F«3l. Ainsi voilà tous les grands principes îles partisans <îe la tolérance renversés par eux-mêmes. — Pour en venir à l'objet qu'ils se sont proposé, oseront-ils soutenir que leurs prédicants n'ont pas élé des factieux, qu'ils n'ont point insulté les sectateurs de l'ancienne religion, qu'ils n'ont pas troublé la tranquillité publique ? Le contraire est prouvé par leurs propres historiens. D'autre côté, s'il est vrai que la puissance civile n'a rien à voir à la religion , la prétendue réforme s'est faite contre tout droit et toute justice, puisque partout elle s'est établie par l'autorité de la puissance civile ou par les armes; c'est encore un fait incontestable. Mais aucun principe n'a jamais incommodé les protestants; quand il leur a fallu s'établir, ils ont attribué aux souverains et aux magistrats un pouvoir despotique en fait de religion ; lorsqu'ils se sont sentis assez forts pour résister, ils leur ont soutenu en face que la religion n'est pas de leur ressort.

4" La persécution en matière de religion n'éclaire point les esprits, elle ne s; rt qu'à les révolter: les sectaires en deviennent plus opiniâtres, ils s'attachent à leur religion à proportion de ce qu'ils souffrent pour elle : là violence excite la pitié pour les persécutés et la haine contre les persécuteurs, elle n'aboutit qu'à produire de fausses contenions, à multiplier les menteurs et les hypocrites. — Réponse. Supposons pour un moment la vérité de tout cela. Lorsqu'une troupe de séditieux et de malfaiteurs s'opiniâtrenl dans leur révolte, deviennent plus furieux par les châtiments et par les supplices, laul-il les laisser faire et cesser de le> punir? L'opiniâtrelé, en quelque genre que ce soit, est un vice, et un vice de plus ne donne pas droit à l'impunité. Si l'on a pilié de ceux que l'on voit souffrir en pareil cas, c'est un mouvement machinal qui ne prouve rien ; le plus grand scélérat soutirant peut prouuire cette sensation sur les speclatriiis. Quand ou emploie la contrainte, ce n'est pas pour persuader les esprits, mais pour réprimer leur audace, pour les empêcher de semer leur doctrine, de s'échauffer • es uns les autres, et de communiquer leur

fanatisme. Si le supplice ne sert de rien à celui qui le subit, il intimide ceux qui seraient tentés de suivre son exemple; mais il est faux en général que la contrainte ne produise aucune conversion sincère, l'histoire fournit mille preuves du contraire, et saus sortir dja royaume, l'on en a vu un trèsgrand nombre; dès que l'on est venu à bout de forcer les sectaires à se laisser instruire, les conversions se sont ensuivies.

5° N'importe, répliquent nos advorsaircs, ce moyen est odieux, il peut autant contribuer à établir l'erreur qu'à faire triompher la vérité. Comme chacun se croit orthodoxe, chacun s'attribue le droit de persécuter; un souverain sera donc autorisé à faire embrasser par fovee une religion fausse aussi bien qu'une religion vraie. Ainsi se trouvera justifiée la conduite des empereurs païens envers le christianisme, et le supplice des martyrs ne sera plus un crime. Ici la vraie religion n'a aucun privilège sur les religions fausses, les droits de la conscience erronée sont les mêmes que ceux de la conscience droite. — Réponse. Suivant celte belle doctrine, il ne faut pas employer les raisons, les instructions, les exhortations pour enseigner la vérité aux hommes, puisque l'on s'en sert également pour les conduire à l'erreur. Il faut supprimer les lois, puisqu'il y a souvent eu des lois qui, loin de procurer le bien de la société, lui ont porté beaucoup de préjudice. Il faut abolir les supplices, parce qu'ils servent à faire périr des innocents aussi bien que des coupables. 11 faut enfin détruire toutes les institutions de la société desquelles on peut abuser; de là les incrédules ont victorieusement conclu qu'il faut anéantir toute religion , parce que l'on a souvent commis dos crimes par motif de religion.

Si le christianisme avait été capable par lui-même de troubler la paix de la société ou de nuire à ses intérêts temporels, si ceux qui le prêchaientavaient employé les mêmes moyens que les prédicants de la prétendue réforme, nous conviendrions que les empereurs piïens ont élé en droit de sévir contre eux. Mais nos apologistes ne sont pas allés dire à ces princes : Vous n'avez rien à voir à la religion de vos sujets, la liberté de conscience nous appartient de droit naturel. Us leur ont dit : « Vous avez tort de tourmenter pour cause de religion des sujets qui puisent dans leur religion même les principes de la paix, de la soumission, de l'obéissance à vos lors , d'une fidélité inviolable; votre intérêt seul devrait vous engager à nous protéger ; si nous péchons contre l'ordre public , punisseznous; mais nous sommes les plus paisibles et les plus innocents de vos sujets, pourquoi nous persécuter? » Tel a été le langage de saint Justin, de Clément d'Alexandrie, de Terlullieu, de Minutius Félix, etc. A la vérité quelques incrédules ont eu l'audace de comparer les apôtres et leurs successeurs aux prédicants du protestantisme, de les mettre sur la même ligne, de soutenir que le»

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christianisme est plus nuisible à la société que le paganisme, etc. Mais nous présumons que Bayle et Barbeyrac, qui professaient la religion chrétienne, n'oiil pas poussé la frénésie jusque-là. Quoi qu'il en sois, personne n'a été plus iniéressé à cette question, ni plus en état d'en juger que Constantin ; il n'était ni prévenu, ni aveugle, ni superstitieux ; il comprit que le christianisme était plus avantageux au souverain et à ses sujets que le paganisme, il l'embrassa et le protégea. Les incrédules mêmes, qui lui savent mauvais gré de sa conversion, soutiennent qu'il se conduisit par politique plutôt que par religion.

!1 est donc absolument faux qu'ici la religion vraie n'ait pas plus de privilège que les fausses ; jamais une religion fausse ne sera aussi avantageuse au bien lemporel de la société que la vraie religion. S'il fallait soutenir le parallèle entre la religion catholique et le protestantisme, nous n'y serions pas f >rt embarrassés. François Ier, qui n'était rien moins que superstitieux, comprit d'abord que les sectaires étaient ennemis déclarés de touie auîorilé temporelle aussi bien que de toute puissance spirituelle. Il s'en expliqua hautement, et la suite n'a que trop prouvé qu'il en jugeait bien. Bayle en particulier leur a fait voir qu'ils ne se s-ont établis nulle part que par des révoltes et des guerres civiles, qu'en moins de deux siècles ils ont dé'rôné plus de rois que jamais les papes n'en ont excommunié, etc. Réponse d'un nouveau converti, et avis aux réfugiés, OEuv., t. II, p. 552 et 589.

Vainement on nous objectera que les États protestants, par le changrment de religion, sont parvenus à un plus haut degré de prospérité qu'auparavant; sans entrer dans l'examen des causes de cette révolution, il est certain que les royaumes qui ont persévéré dans le catholicisme sont aussi montés à un degré de puissance fort supérieur à celui dans lequel ils étaient au xvie siècle.

Enfin, il est faux que les droits de la conscience erronée soient les mêmes que ceux de la conscience droite : celte maxime que Bayle s'est obstiné à soutenir, et que Barbeyrac n'a pas manqué d'adopter, § 55, ne tend pas à moins qu'à justifier tous les fanatiques qui ont commis des crimes, sous prétexte que la conscience les y obligeait; nous l'avons réfutée ailleurs. Voij. Conscience et Liberté de conscience,

(i° Ce n'est point, dit Barbeyrac, la diversité des religions qui produit des troubles, c'est l'intolérance ; la liberté de conscience, loin de multiplier les sectes, prévient h s nouvelles divisions; dans les pajs où la tolérance est établie, il n'y a pas un plus grand nombre de sectes qu'ailleurs. — Réponse, Le contraire est démontre par l'exemple de l'Angleterre et de la Hollande; il n'est aucun pays du monde où l'on trouve un aussi grand nombre de sectes; non-seulement la plupart des mécréants de l'Europe entière s'y s>on! seiirés, mais le fanatisme a pris toutes sortes de formes parmi les naturels du pays.

Cria n'est pas arrivé en Ecosse, où le calvinisme dominant exerce une intolérance plus despotique qu'aucuneautre secte chrétienne. On sait au reste à quel prix la tolérance s'est établie dans les deux pays dont on nous vante le bonheur : c'a été par des torrents de sang ; les divers partis, las de s'enlr'égorger, se sont enfin reposés; ils ont consenti à se supporter, parce qu'ils n'avaient pas pu venir à bout de s'exterminer.

7° Du moins toutes les sectes chrétiennes devraient se tolérer, puisque toutes font profession de croireàl'Ecrituresainte comme à la parole de Dieu. Comme elles disputent entre elles sur plusieurs points de doctrine, il y a lieu de présumer qu'ils ne sont révélés que d'une manière obscure, et que les deux partis peuvent être également dans l'erreur. Dieu, sans doute, n'a pas voulu l'uniformité de sentiments sur ces questions, puisqu'il ne s'est pas expliqué plus clairement. Saint Paul dit qu'il faut qu'il y ait des hérésies; c'est donc un mal inévitable, pourquoi ne pas le supporter ? D'ailleurs les préjugés et les passions se glissent partout, on doit donc toujours craindre de persécuter la vérité et d'agir par un faux zèle. Dieu n'a point établi de tribunal ni de juge visible revêtu d'auiorilé absolue cl d'infaillibilité pour prononcer définitivement sur toutes les constations, et mettre les disputants d'accord. — Réponse. C'est un malheur que Bayle , Barbeyrac et leurs copistes ne se soient pas trouvés à propos pour faire cette leçon aux prétendus réformateurs. Ils leur auraient représenté que ce qu'ils croyaient voir dans l'Ecriture n'y est pas fort clairement, puisque pendant quinze cents ans personne ne l'y avait vu avant eux ; qu'en accusant d'bérésie et d'idolâtrie l'Eglise romaine, ils étaient peut-être eux-mêmes dans l'erreur; que Dieu ne les avait revêtus ni d'autorité ni d'infaillibilité pour prononcer despotiquement sur tant de questions, etc. Peut-être leur auraient-ils inspiré la tolérance : ils les auraient rendus plus timides ; il ne serait pas arrivé tant de bruit, de séditions et de malheurs dans l'Europe entière. Mais nous sommes étonnés de ce que nos deux sages prédicateurs n'ont pas mieux profilé de leur propre morale : ils persistent à condamner l'Eglise romaine avec autant de hauteur que Luther et Calvin; il faut donc que Dieu leur ail donné l'auloriié cl l'infaillibilité que n'avaient pas ces deux fondateurs de la réforme.

Saint Paul dit qu'il faut qu'il y ail des hérésies, mais il ajouie aussi qu'un hérétique est condamné par son propre jugement ; nous en avons la preuve sous les yeux, puisque nos adversaires prononcent leur propre condamnation. Jésus Christ avait dit de même qu'il faut qu'il y ait des scandales, mais il avait ajouté aussi, malheur à celui par qui le scandale arrive! Il faut donc qu'il y ait des hérésies, comme il faut qu'il y ait des crimes, parce qu'une infinité d'hommes sont insensés et méchants; il ne s'ensuit cependant pas qu'il faut pardonnera tous. Dieu

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sait lin r le bien oe ces doux espèces «le maux, mais il n'en punira pas moins les auteurs. De là même nous concluons que Dieu à établi un tribunal et un juge en matière de foi, qu'il l'a revêtu d'autorité et d'infaillibilité pour condamner les hérésies, comme il a établi une puissance civile avec autorité souveraine pour punir les crimes. Ce juge, ce tribunal est l'Eglise; Dieu s'en es! expliqué clairement, nous l'avons fait voir à l'article Eglise, § 5. Inutilement il y aurait des lois, si chaque citoyen avait le droit de les interpréter et de les appliquer suivant ses intérêts; inutilement aussi Dieu aurait donné une révélation écrile, ou non écrite, si chaque particulier était le maître de l'entendre et de l'expliquer comme il lui plaît.

Il est faux que Dieu n'ait pas voulu l'uniformité des sentiments entre les fidèles ; saint Paul i!il au contraire que Dieu a donné des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs el des docteurs, afin que nous arrivions tous à l'unité de la foi, el que nous ne soyons pas emportés à loul vent de doctrine, E plies., cap. îv, v. 11; donc s'il y a des choses obscures dans les écrils des prophètes, des apôtres el des évangélistes, Dieu a voulu que celle obscurité fùl dissipée par l'enseignement toujours subsistant des pasleurs et des docteurs. Mais, dans celte question comme dans toutes les autres les prolestants discnl et se contredisent suivant l'intérêt du moment. Quand ils veulent prouver que l'enseignement de l'Eglise n'est pas nécessaire, ils afOrment que l'Ecriture e-l claire, sans nuage et sans difficulté sur tous les dogmes de foi : s'agit-il de soutenir que l'on a tort de les condamner, ils représentent que plusieurs choses ne sont révélées que d'une manière obscure. S'ils disputent contre nous, l'Ecriture est toujours claire pour eux : s'il y a entre eux des contestations, c'est que l'Écriture n'est pas assez claire ; avec cet expédient ils ne sont jamais embarrassés.

8° Voici encore un trait de la sagesse profonde de nos adversaires. Ils nous prêchent la tolémnce% et en même temps ils nous font entendre qu'elle, est impossible, qu'elle n'aura jamais lieu entre les différentes sectes chrétiennes. Ils avouent que les protestants ne sont pas plus tolérants que les catholiques, cl Hayle a prouvé qti'ils le sont moins. Ils conviennent que leurs différentes sectes ne s'accordent pas mieux entre elles qu'avec nous, que l'antipathie et la haine sont à peu près égales de loules parts. Mais ils soutiennent que les proteslants sont plus excusables que nous, parce que leur intolérance est contraire à tous les principes, au lieu que chez nous c'est une conséquence nécessaire du catholicisme. Aussi, suivant eux, on ne doit nous tolérer nulle part, parce que l'on ne peul jamais espérer de nous la même condescendance. — Réponse. Si du moins ces graves docteurs nous disaient : ï'olérez-nous, et nous vous rendrons la pareille, cela serait supportable; mais non, ils

disent impérieusement : « Suuffrez- nous , vous le devez en conscience, mais n'espérez pas que nous vous souffrions jamais. Notre intolérance est excusable, parce qu'en l'exerçant nous contredisons tous nos principes; la vôtre n'est pas pardonnable, parce qu'elle découle nécessairement de votre système, et qu'en cela vous raisonnez conséquemment. » Il n'est guère possible de pousser plus loin l'esprit de vertige. Comment nous accorderions-nous avec des sectaires qui ne peuvent s'accorder, ni enlre eux, ni avec eux-mêmes? Aussi un déiste célèbre, né parmi eux, leur a reproché durement celle contradiction toujours subsistante entre leur conduite intolérante et la maxime fondamentale de la réforme, savoir, qu'il n'y a sur la terre aucune autorité visible à laquelle on doive se soumettre en matière de religion, que la seule règle de foi est l'Ecriture sainte entendue selon le degré de lumière et de capacité de chaque particulier. 11 leur demande de quel droit ils osent condamner un homme qui jure et proteste qu'il prend l'Ecriture sainte dans le sens qui lui paraît le plus vrai, et ils n'ont eu rien à lui répliquer.

9° Mais Barbeyrac n'a pas voulu reculer; il soutient qu'aucune société n'est moins en droit de persécuter les autres sectes que les catholiques, puisqu'ils ne les condamnent que parée qu'elles ne veulent pas renoncer à l'Ecriture sainte, pour s'en tenir à de prétendues traditions, § 19. — Réponse. Ici l'absurdité va de pair avec la calomnie. Nous n'avons jamais dit aux sectes hétérodoxes : Pienoncez à l'Ecriture sainle ; mais renoncez aux explications fausses, abusivest arbitraires que vous donnez à ce livre divin Nous prenons aussi bien qu'elles l'Ecriture pour règle de notre foi, nous la leur opposons de même qu'elles nous l'opposent ; mais quand elles en tordent le sens, nous leur soutenons que ce n'est ni leur jugement ni le nôlre qui doit décider, que c'est celui de l'Eglise ou des pasteurs auxquels Dieu a donné mission pour enseigner. Lorsque l'Ecriture garde le silence sur une question, ou ne paraît pas s'expliquer assez clairement, nous disons qu'il est absurde de nous opposer ce silence comme une règle ou comme une loi, que Dieu ne nous a défendu nulle part de croire quelque chose de plus que ce qui est écrit, qu'au contraire il nous a ordonné d'écouler l'Église à laquelle il a promis le Saint-Esprit pour lui enseigner toute vérité, etc. Yoy. Ecriture sainte, § 5; Eglise, § 5; Tradition, etc. Nous faisons plus : nous alléguons les passages de l'Ecrilure sainle, qui nous ordonnent do regarder celui qui n'écoute pas l'Eglise comme un païen et un publicain, Matth., c. xvm, v. 17; de secouer la poussière de nos pieds contre ceux qui n'écoutent pas les envoyés de Jésus-Christ, Luc, ex, v. 16; dédire anathème à celui qui nous annonce un autre Evangile, Galat., c. i, v. 10; d'éviter les faux docteurs, 1 Tim., c. m; de fuir un hérétique, après lavoir repris une ou deux fois, Til., c. m, v. 10; de nous garder des faux pro-

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phètes et dis séducteurs, //. Petr. , c. il, v. 3 el 17; de ne point recevoir, de ne point saluer même celui qui ne persévère point dans la doctrine de Jésus-Christ, // Joan., v. 9 et 10. Mais à quoi sert de ciler l'Ecriture sainte aux proicstants? A force de subtilités, de gloses, d'interprétations arbitraires, ils viennent à bout d'en tourner le s( ns en leur faveur; et ils confirment ainsi la nécessité absolue de recourir à l'enseignement de l'Eglise et à la tradition pour expliquer l'Ecriture sainte.

10° Autre chose est, disent-ils, d'exclure d'une société ceux qui tiennent telle opinion, *'l autre chose de les persécuter pour la leur faire quiller ou pour les empêcher de la professer. Si l'on ne doit pas tolérer dans une société les erreurs fondamentales , il faut encore avoir pitié de ceux qui les soutiennent, et ne pas traiter leur erreur comme un crime. Barbeyrac, § 21 el 22. — Réponse. \\ faut en avoir pitié, sans doute, lorsqu'ils sont doux el paisibles, qu'ils respectent les puissances établies de Dieu, el qu'ils ne troublent le repos de personne. Mais est-ce là le ton sur lequel se sont annoncés les prétendus réformateurs? Us ont peint la religion catholique comme une détestable idolâtrie, l'Eglise comme la prostituée de Babylone, ses pasteurs comme des loups dévorants ; ils ont exhorté les peuples à les poursuhreà feu et à sang, à se révolter «outre les puissances qui entreprendraient de les soutenir, etc. Ces fureurs sont encore consignées dans leurs écrits, ils les ont communiquées à leurs prosélytes; ceux-ci en ont suivi l'impulsion partout où ils ont pu. Voy. Luthéranisme, Calvinisme, etc. Les tolérer, c'était se mettre dans la nécessité «l'aposlasier ; plusieurs de leurs écrivains en sont convenus. Leurs descendants mériteraient plus d'indulgence , s'ils n'étaient plus animés du même esprit; mais ils nous déclarent sans détour qu'ils ne nous souffriront jamais ; autant vaudrait nous dire qu'ils nous extermineraient s'ils le pouvaient. Bayle leur reprochait cette frénésie en 1688 et 1690; elle n'est pas guérie. Plusieurs de leurs catéchismes sont remplis de calomnies contre nous, afin de faire passer «lès le berceau dans l'âme de leurs enfants la haine qu'ils ont jurée à l'Eglise romaine ; tel «*sl en particulier le catéchisme de lieicie!berg, qui a été traduit dans toutes les langues de l'Europe et qui est entre les mains «le la plupart des calvinistes. Les livres de leurs écrivains les plus récents ne sont pas plus modérés; nous y retrouvons les mêmes accusations que l'on a réfutées il y a deux cents ans : comment l'esprit des protestants n'en serait-il pas rempli? El voilà, selon leur prétention, ce que nous devons leur permettre de professer chez nous. Poussonsnous jusqu'à ce point l'antipathie, la haine, l'intolérance contre eux ?

11° Les Pères de l'Eglise ont blâmé toute persécution pour cause de religion ; ils ont •lit que la foi doit être libre et volontaire, que «'est une impiété de vouloir l'inspirer

par la violence, etc. Mais ces Pères ont été infidèles à leur propre doctrine, ils ont imploré le bras séculier contre les hérétiqaes, ils ont applaudi aux lois des empereurs qui les punissaient, ils ont trouvé bon que l'on employât la contrainte pour faire rentrer le* errants dans le sein de l'Eglise. — Réponse. Nouvelle calomnie. Les Pères ont constamment enseigné ce que nous enseignons encore, qu'il ne faut ni persécuter, ni aigrir, ni inquiéter les hérétiques, lorsqu'ils sont paisibles et qu'ils ne troublent point la tranquillité pubique; qu'il faut les instruire avec douceur et charité, et lâcher de les ramener uniquement par la persuasion. Par celle raison même les Pères se sont plaints de la persécution que les païens exerçaient contre les chrétiens, persécution d'autant plus injuste, que ceux-ci étaient les sujets les plus soumis de tout l'empire, el les plus attentifs à respecter l'ordre public. Mais les Pères ont ajouté, et nous le disons après eux, que quand les hérétiques sont turbulents, violents, séditieux, ils doivent être réprimés par le bras séculier, qu'autrement la société serait en combustion ; conséquemmcnt,ilsont applaudi aux empereurs qui onl porté des lois pénales contre les ariens et contre les donalisles, parce que ces sectaires usaient de violence pour faire adopter leurs erreurs. Nous défions nos adversaires de citer un seul Père de l'Eglise qui ait approuvé, conseillé ou demandé la contrainte contre les hérétiques qui ne donnaient aucun sujet d'inquiétude au gouvernement, ni aucune loi des empereurs sollicitée par le clergé contre les mécréants de cette espèce. Dès le second siècle de l'Eglise, saint Irénée a prescrit celle règle contre les hérétiques : « Détournez, dit-il, et donnez de la confusion à ceux qui sont doux el humains, afin qu'ils ne blasphèment plus contre leur Créateur ; mais écartez loin de vous ceux qui sont féroces, redoutables , privés de raison, afin de ne plus entendre leurs clameurs, » Adv. Hœr.t I. n, c. 31, n. 1. Le Clerc, dans ses remarques sur les ouvrages de saint Augustin, a voulu prouver que l'on punissait les donatistes en Afrique pour leurs erreurs seules, el non pour leurs crimes; nous l'avons réfuté au mot Donatistes, et nous avons fait voir le contraire, tant par les lois des empereurs que par les écrits de. saint Augustin et des témoins oculaires. Au mol Hérétique, on trouvera ce même fait vérifié par un détail de toutes les hérésies proscrites par des lois.

12° Enfin, Ton ose nous dire que les anciens peuples étaient tolérants, qu'ils n'employaient ni lois pénales, ni persécution, ni guerres, ni supplices, pour faire adopter ou pour maintenir leur religion; qu'en cela ils onl été plus raisonnables et plus humains que les chrétiens. — Réponse. Ceux qui ont avancé ce fait ont supposé sans doute quo leurs lecteurs n'auraient aucune connaissance de l'histoire; c'est à nous de démontrer l'excès do leur témérité. Commençons parle témoignage des auteurs sacrés. Execft., c. xxx, v. 10 et 13, Dieu prédit que Nabu-

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