‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 136 sur 219 · TOL TOL · texte numérisé non relu

TOL TOL

rhodouosor subjuguera l'Egypte, qu'il y dé- gers; quiconque .-mrait (enté d'inlroduirc

I ru ira les idoles et les simulacres, et cela une nouvelle croyance, était menacé de la

fut exécuté. Dnn.y c. m, v. 20, ce même roi môme peine. La guerre sacrée, entreprise

lit jeter dans une fournaise ardente trois pour venger une profanation, dura dix ans

jeunes Israélites, parce qu'ils ne voulaient entiers , et causa tous les désordres des

pas adorer la statue d'or qu'il avait fait guerres civiles.

élever. Cap. vi, v. 16, sous Darius le Mèd'e, Trouverons-nous plus de tolérance chez

Daniel fut jeté dans la fosse aux lions, parce les Romains? Une loi des douze tables dé-

qu'il avait prié Dieu selon sa coutume. Ju- fendait d'introduire des dieux et des rites

(titli, c. m, v. 13, Nabuchodonosor ordonne étrangers sans l'aveu des magistrats. Cicé-

à son général d'exterminer tous les dieux ron fait la même défense dans un projet de

des nations, afin de se faire adorer lui-même loi; il regarde comme un crime capital le

comme seul dieu par tous ses sujets. refus d'obéir aux décrets des pontifes et des

Zomastre, pour établir sa religion, par- augures, et il fait remonter celte discipline

courut la Perse et l'Inde a la tête d'une ar- jusqu'à Numa. Dans sa harangue pour

mée, et arrosa par des torrents de sang ce Sextus, il met la religion, les cérémonies,

qu'il appelait Varbre de la loi. Cambyse et les auspices, les anciennes coutumes, au

Darius Ochus, qui ravagèrent l'Kgypte, dé- rang des choses que les chefs delà répu-

molirenl les temples cl détruisirent lous les blique doivent maintenir cl faire observer»

monuments, agissaient par zèle pour la re- même sous des peines capitales. Dans Dion-

ligion de Zor oastre. Pius d'une fois les Perses Cassius, Mécène conseille à Auguste de ré-

parcoururent l'Asie Mineure et la Grèce, primer touie innovation en fail de religion,

brûlèrent les temples, mirent en pièces les non-seulement par respect pour les dieux,

statues des «lieux, par le même motif; les mais parce que cette témérité peut causer

Grecs laissèrent subsister ces ruines, afin des troubles et des séditions dans une mo-

d'exciter chez leurs descendants le ressen- narebie. La pratique était conforme à ces

liment conlre les Perses ; Alexandre ne l'a- principes. Plusieurs consuls furent punis,

va il pas oublié, quand il persécuta les ma- d'autres mis à mort pour avoir méprisé les

ges. Les Anliochus voulurent détruire la auspices et les augures ; une victoire ne les

religion. juive, afin d'assujettir plus efficace- mettait point à couvert du supplice. L'an 526

ment les Juifs ; on sait combien il y eut de de Rome, les édiles furent chargés de veiller

sang répandu à celte occasion. à ce que l'on n'adorât point d'autres dieux

Chez les Grecs, le zèle de religion ne fut que les anciens, et que l'or» n'introduisît

pas moins vif. Chrirondas, dans ses lois, met aucun nouveau rite. L'an 368, le consul Post-

au rang des plus grands crimes le mépris humius fit renouveler cet ancien décret,

des dieux, et veut que l'on défère aux ma- L'an 603, on abattit les lemples d'Isis et de

gistrats ceux qui en sont coupables. Za- Sérapis, dieux égyptiens, un consul leur

Icucus, dans le prologue des siennes, exige donna le premier coup : .on chassa de Home

que chaque citoyen honore les dieux se- ceux qui voulaient y introduire le culte de

Ion les rites de sa patrie, et regarde ces Jupiter Sabazius. Même sévérité l'an 701.

rites comme les meilleurs. Platon, dans Sous Tibère, les Juifs furent bannis de l'ita-

son dixième livre des Lois, dit que c'esl un lie, condamnés à quitter leur religion ou à

des devoirs de la législation et de la magis- être réduits en servitude, et les rites égyp-

trature , de punir ceux qui refusent de tiens furent défendus. Les édits portés contre

croire à la divinité, selon les lois ; que dans les chrétiens sous Néron et ses successeurs

une ville policée, on ne doit pas souffrir que étaient une suite des anciennes lois et de

quelqu'un blasphème-contre les dieux. Avant l'usage constamment observé à Home; on

d'être admis au rang de citoyen, les jeunes sait combien de sang les empereurs ont fait

Athéniens étaient obligés de promettre par couler pendant près de trois cents ans pour

serment qu'ils suivraient la religion de leur exterminer le christianisme. La même poli—

pallie, et qu'ils la défendraient au péril de tique leur fit détruire dans les Gaules la rc-

h'ur vie. La condamnation de Socrale accusé ligion des druides.

d'impiété, le danger que coururent Anaxa- L'ancienne intolérance des Perses n'avait

gore et Slipon, pour avoir dit que le Soleil et pas diminué depuis mille ans : sous le règne

.Minerve n'étaient pas des divinités, le décret de l'Empereur Héraclius , Chosroès 11, leur

de mort porté contre Alcibiade pour avoir roi, jura qu'il poursuivrait les Romains jus-

Iil isphémé dans l'ivresse conlre les myslères qu'à ce qu'il les eût forcés de renoncer à Jé-

de Cérès, le supplice de plusieurs jeunes sus-Chrislet d'adorer le soleil ; dans l'irrup-

gens qui avaient mutilé les statues de .Ver- lion qu'il fit en Palestine, il exerça sa fureur

cure, la tète de Diagoras mise à prix pour contre lous les monuments de notre reli-

cause d'athéisme, Théodore condamné à gion. Sous le règne de ses prédécesseurs, il y

mort par l'aréopage pour le même fail, Pro- avait eu des milliers de chrétiens martyrisés

tagoras obligé de fuir pour éviter le même dans la Perse. Niera-t-on que, quand les

sort, prouvent assez que les .Athéniens n'e- mahométans ont parcouru les trois parties

laienl pas fort tolérants m fail de religion. du monde connu, l'èpée dans une main et

Aspasie, accusée d'impiété, ne fut sauvée l'AIcoran dans l'autre, il n'aient été possé-

que par l'éloquence, les prières et les larmes dés du fanatisme de religion ?

de Périclès. On fit mourir une prêtresse ac- On peut voir les preuves des faits que

tusée de rendre un culte à des dieux étr,:n- nous avançons dans plusieurs ouvrages mu-

m TOL

«lerne. . Bisi. de l'Acad. des Inscript., t. XVI , in-12, p;ig. 202 ; Lettres de quelques Juifs portugais, etc., 1. 1, tel. 3, p. 270 ; Traité hist. et doq. de la vraie religion, t. IV, p. 1 ; l. X, p. 490, etc.

Quel jugement pouvons-nous doncporlor de l'entêtement de nos adversaires? il n'y a dans leurs écrits ni bonne foi ni bon sen< lis disent que l'intolérance est une passion féroce qui porte à haïr et à persécuter ceux que l'on cr oit être dans l'erreur; ils prétendent que celle passion est plus violente chez les chrétiens que chez les païens, chez les catholiques que chez ceux que l'on nomme hérétiques , chez les ministres de la religion que chez les laïques. Nous prouvons au contraire que celle passion ainsi conçue a exislé chez toutes les nations païennes sans exception, qu'elles sesonl persécutées les unes les autres sans antre motif que la différence de religion ; que la nôtre au contraire nous ordonne de conserver la paix avec tous les hommes, Malt., c.v, v.9; Rom., c. xn, v. 18 ; JJebr., c, xn, v. 18; de faire du bien à ceux qui nous haïssent, Malt., c. v, v. 44, etc. , et Ton ne prouvera jamais qu'une nation chrétienne en ail attaqué une autre uniquement pour cause de religion, lin second lieu, nous sommes en étal de faire voir que les catholiques n'ont usé de représailles ni envers les ariens, ni envers les douantes, ni envers les hussites, ni à l'égard des calvinistes mêmes, lorsque ceux-ci ont consenti à demeurer en paix , que jamais nous n'avons poussé contre eux la haine et la cruauté aussi loin qu'ils l'ont poussée contre nous; qu'actuellement encore nous serions très-fâchés d'avoir à leur égard les mêmes sentiments d'animosilé et d'aversion qu'ils montrent contre nous dans loules les occasions. Bayle a prouvé sans réplique que les lois portées contre les catholiques dans la plupart des pays protestants, sont plus dureset plus rigoureusesqu'aucune de celles que les princes catholiques ont publiées contre les protestants. Avis aux réfugiés, etc. En troisième lieu, il est constant que les ministres de la religion catholique n'ont jamais cru qu'il leur fût permis de haïr ni de persécuter ceux qui sont dans l'erreur ; c'est un Irait de malignité d'appeler Indue et persécution les mesures qu'ils ont prises pour se mettre à couvert des attentais des hérétiques. Mais puisqu'on la pousse jusqu'à empoisonner les motifs de leur charité et de leur, zèle à convertir les infidèles et les barbares, on peut bien encore noircir leurs intentions lorsqu'ils font les mêmes efforts à l'égard des mécréants rebelles à l'Eglise. Il est arrivé plus d'une fois à des ecclésiastiques d'être insultés par des protestants, à cause de leur habit ; nous ne voudrions pas faire la même avanie à leurs ministres.

Il ne convienlguère à des hommes toujours dominés parla passion, de prêcher la tolérance : le meilleur moyen de l'inspirer aux autres serait de commencer par l'exercer ; mais jusqu'à présent il ne paraîl pas que

TOL

nos adversaires aient compris celle vérité; à la manière dont ils s'y prennent, on dirait qu'ils ont plus envie de nous aigrir que de nous persuader. Voy. PEnsÉ^iiTEiR.

Ils posent pour maxime que tout moyen qui excite la haine, l'indignation et le mépris, est impie; si cela est vrai, ils soni eux-mêmes coupables d'impiété, puisqu'ils font tout ce qu'ils peuvent pour nous inspirer ces passions contre eux; mais c'est unr fausseté. Souvent le zèle le plus pur, la charité la plus douce, a excité la haine et l'indignation d'un hérétique violent et furieux ; la plupart s'offensent du bien qu'on voudrait leur faire. Ils disent que tout moyen qui relâche les liens d'affection naturelle, qui éloigne les pères des enfants, qui sépare les frères d'avec les frères, qui divise les familles, est impie ; cela est encore faux : Jésus-Christ a pi édit que son Evangile produirait ce funeste effet, non par lui-même, mais par l'opiniâtreté des incrédules, et cela est arruéen effet, il ne s'ensuit pas pour cela que la prédication de l'Evangile est une impiété. 1 s ajoutent que punir l'erreur comme un crime est encore une impiété ; nous leur répondons pour la dixième fois que cela n'est jamais arrivé, el qu'il icur est impossible d'en ciler un seul exemple parmi les catholiques. Ils disent que quiconque veut décider du salut ou de la damnation de quelqu'un, est un impie : nous lépliquons qu'il n'y a point d'impiété à répéter ce que Jésus-Christ a dit : or, il a dit que quiconque ne croira pas à l'Evangile sera condamné, Marc, c. xvi, v. 10. Nous ne finirions jamais s'il nous fallait réfuter eu détail toutes leurs fausses maximes; nous avons fait voir qu'elles n'aboutissent qu'à autoriser la profession publique de l'athéisme et de l'irréligion, el d'autres l'ont fait voir avant nous. L'on a démontré que les prédicateurs de la tolérance n'ont aucun principe certain ni aucune règle pour fixer le point où elle dot s'arrêter; que la tolérance est une inconséquence, si elle n'e^t pas générale et absolue ; qu'elle est due à tous les mécréants sans exception, ou qu'elle n'est due à personne. Si on la doit a tous cevix qui prennent l'Ecriture sainte pour règle de foi, c'est une injustice de ne pas tolérer les sociuiens qui font profesion de s'y tenir. Si on dit qu'il ne faut pas lolcrer ceux qui nient des aribles fondamentaux, les sociuiens soutiennent qu'aucun des articles qu'ils rejettent n'est fondamental, el qu'on ne pcul pas leur prouver le contraire par l'Ecriture sainte. Aussi un très-grand nombre de protestants ont trouvé ces raisonssi solides qu'ils sont devenus sociuiens eux-mêmes.

Dès que nous aurons accordé la tolérance aux sociuiens, de quel droit en excluionsnous les déistes? La plupart disent qu'ils admettront volontiers l'Ecriture , pourvu qu'il leur soit permis de l\ nlendre conformément au dictamen de la raison, comme font les sociuiens, et qu'on ne les force pas à y voir des mystères qui révoltent la raison ; ils ajoutent que, contents de croire ce

Page 1