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Pour la commodité de leur svslème, ils supposent el ils assurent que, dès le temps des apôlres , l'Ecriture sainte fui traduite dans les langues de tous les peuples qui avaient embrassé le christianisme ; nous pouvons le nier hardiment. A la réserve de la traduction grecque des Septante, nous ne connaissons la date précise d'aucune des anciennes versions. Les protestants ne cessent de répéter que celle des Septante est l> ès-faulive, qu'elle a été la cause de la plupart des erreurs qu'ils reprochent aux Pères de l'Eglise ; c'est néanmoins sur celle version que la plupart des autres ont été laites. Ils disent que le grec était entendu partout ; cela est faux. Dans la plupart des provinces romaines, le peuple n'avait pas plus l'intelligence du grec qu'il n'a celle du latin parmi nous, el hors des limites de l'empire cette langue n'était d'aucun usage. 11 y a eu des nations chrétiennes dans le langage desquelles l'Ecriture sainte n'a jamais été traduite. On sait d'ailleurs combien l'usage des lettres était rare chez la plupart des nations dans les temps dont nous parlons. A la vérité, Théodore!, Thérapeute liv. v, dit que de son temps les livres des Hébreux étaient traduits dans les langues des Romains, des Egyptiens, desPcrses, des Indiens, des Arméniens, des Scythes el des Sarmales, en un mot, dans toutes les langues dont les différentes nations se servaient pour lors. Si ce passage incommodait les protestants, ils demanderaient comment Théodore! a pu le savoir ; ils diraient que c'est un fait hasardé et certainement exagéré , que l'Ecriture sainte n'a été traduite ni en langue punique usitée à Malle et sur les côtes de l'Afrique, ni en ancien espagnol, ni en celle, ni en ancien breton , quoique ces peuples fussent déjà chrétiens. Nous ne doutons pas qu'au cinquième siècle il n'y ail eu quelques livres hébreux traduits dans les différentes langues dont parle Tbéodorel ; mais on ne prouvera jamais qu'ils l'étaient tous, et ce Père ne parle point du Nouveau Testament. D'ailleurs il y avait pour lors près de quatre cents ans que le christianisme était prêché ; le iv siècle qui avait précédé, avait été un temps de lumières, de travaux apostoliques, d'écrits de toute espèce faits par les Pères de l'Eglise , au lieu que les trois premiers avaient été un temps de souffrance et de persécution.
Malgré ces faits , nos adversaires soutiennent gravement que Jésus-Christ el les apôtres n'auraient pas agi sagement , s'ils avaient confié les dogmes de la loi à la faible el trompeuse mémoire lies hommes, à l'incertitude des événements , à la vicissitude continuelle des siècles, el s'ils n'avaient pas mis par l'Ecriture ces vérités divines sous les veux des hommes; Mo-meim, llist.
ehrùt., il* part., sec. 3, c. 3, § 3. Ces critiques téméraires ne voient pas qu'ils accusent réel ement Jésus-Christ et les apôlres d'avoir manqué de sagesse. Car enfin voici des faits positifs qui ne se détruisent point par dos présomptions, savoir, queJé<us-
D;ct. Dl THEOL DOGMATIQUE. IV.
Chrisl n'a rien écrit, qu'il n'a point ordonné à ses apôlres d'écrire, que sept d'entre eux n'ont rien laissé par écrit , que les autres n'ont fait traduire aucun livre de l'Ecriture, que la plupart des versions n'ont été faites que longtemps après eux, à mesure que les églises sont devenues nombreuses dans les divers pays du monde. Il est singulier que des dispuleurs qui exigent que nous leur prouvions tout par écrit, forgent si aisément les laits qui peuvent étayer leur système. Ils en imposent grossièrement, lorsqu'ils prétendent que les dogmes de foi prêches publiquement cl tous les jours, enseignés au commun des fidèles dès l'enfance , exposés aux yeux de tous par les pratiques du culte, répétés et inculqués par les prières de la liturgie , sont confiés à la mémoire trompeuse des hommes. Nos mœurs, nos usages, nos droits, nos devoirs les plus essentiels, sont confiés au même dépôt, el il n'en est point de plus incorruptible. Dieu a-t-il donc manqué de sagesse en négligeant de faire écrire avant Moïse les dogmes qu'il avait enseignés aux premiers hommes deux mille quatre cents ans auparavant? Faut-il absolument savoir lire pour être capable de faire des actes de foi et d'obtenir le salut.
L'on a vu des personnes ignorantes, des femmes, des esclaves, faire des conversions. C'est par des vertus , par des miracles , et non par les livres seuls, que Dieu a converti le monde. D'ailleurs les apôtres savaient que leurs disciples écriraient; ils ont donc pu se reposer sur eux de ce soin , aussi bien que de celui d'enseigner les fidèles : or, ce que ces disciples ont écrit n'est plus confié à la seule mémoire des hommes, quoiqu'il ne soit pas dans l'Ecriture sainte.
Quatrième preuve. Si Jésus-Chrisl el les apôtres avaient voulu que la doctrine chrétienne fût répandue et conservée par l'Ecriture seule, il n'aurail pas été besoin d'établir une succession de pasteurs et de docteurs, pour en perpétuer l'enseignement; les apôlres se seraient contentés de mettre l'Ecriture à la main des fidèles, cl de leur en recommander la lecture assidue. Ils ont fait loul le contraire. Saint Paul dit que c'est Jésus-Christ qui a donné des pasteurs et des docteurs , aussi bien que des apôlres et des prophètes, afin qu'ils travaillent à la perfection des saints, aux fonctions de leur ministère, à l'édification du corps mystique de J<sus Christ, jusqu'à ce que nous parvenions tous à l'unité de la foi el de la connaissance du Fils de Dieu (Eplies., iv, 11). Il décide que personne ne doit prêcher sans -mission , liom., c. x, v. 15. Est-ce le peuple qui la donne? Non, c'est le Saint-Esprit qui a établi les évoques pour gouverner l'Eglise de Dieu, Act., c. xx, v. 28. Cette mission se donne par l'imposition des mains, / Tint.. c. iv, v, li ; cl quand un pasteur l'a reçue, il peut la donner à d'autres, c. v, v. 22. L'A poire recommande la lecture de l'Ecriture sainte, uon aux simples fidèles , mais à uu pasteur, parce qu'elle est utile pour enseigner, pour reprendre, pour corriger, pour
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instruire dans la justice, pour rendre parfait un homme de Dieu, ou un ministre de Dieu, // 7't'm., c. iv, v. 16.11 n'ajoute point qu'elle est utile à tous les fidèles pour apprendre leur religion. Saint Pierre les avertit au contraire qu'il n'appartient pas à tous de l'interpréier, que les ignorants et les esprits légers la pervertissent pour leur propre perte, Il Petr., c. i, v. 20; c. m, v. 16. Mais les protestants, plus éclairés sans doute que les apôtres, prétendent que tout fidèle doit lire l'Ecriture sainte pour y apprendre ce qu'il doit croire , et que tous sont capables de l'entendre.
Loin de convenir que les pasteurs et les docteurs ont travaillé à la perfection des saints et à l'unité de la foi, ils soutiennent que ce sont eux qui l'ont corrompue, et qu'ils s'y sont appliqués depuis la mort des apôtres jusqu'au xvig siècle. Cependant Jésus-Christ avait promis d'être avec ses apôtres jusqu'à la fin des siècles, Matth., c. xxviii, v.20; de leur envoyer l'Esprit de vérité pour toujours, Joan., c. xiv, v. 16; mais, selon l'opinion des protestants, il n'a pas tenu parole. Il avait aussi promis d'accorder aux fidèles le don des miracles, Marc, c. xvi, v. 17, et nos adversaires conviennent qu'il a exécuté celte promesse, du moins pendant les trois premiers siècles de l'Eglise; quant à la première, qui n'était pas moins nécessaire , elle est demeurée sans exécution; la seule grâce que Jésus-Christ ail faite à son Eglise a été d'y conserver les saintes Ecritures sans altération, entre les mains de dépositaires fort suspects. Mais sans l'assistance du Saint-Esprit , à quoi celle dernière grâce a-t-elle pu servir ? C'est sur le sens des Ecritures que la plupart des disputes, des schismes , des hérésies, sont arrivés dans l'Eglise. Si Jésus Christ lui a conservé l'esprit de vérité pour déterminer et fixer ce sens, toute dispute est finie, il s'ensuit que l'Eglise a conservé pure la doctrine de son divin Maître et qu'elle a eu droit de condamner les hérétiques. Si cela n'est point, l'Ecriture est la pomme de discorde qui a divisé tous les esprits ; faute de la consulter ou de la bien entendre, les pasleurs de l'Eglise ont altéré la doctrine chrétienne, les hérétiques ont bien fait de mépriser ses analhèmes, il y a aulaut de présomption en faveur de leur doctrine qu'en faveur de la sienne. Cependant Jésus-Christ a détruit le très-grand nombre des hérésies et a conservé l'Eglise ; où est l'équité, où est la sagesse de ce divin législateur ? C'est aux protestants de nous expliquer ce phénomène.
Cinquième preuve. Tout le monde convient que la certitude morale, fondée sur le témoignage des hommes, est la base de la société civile, elle ne l'est pas moins à l'égard d'une religion révélée, puisque celle-ci porte sur le fait de la révélation; et ce fait général en renferme une infinité d'autres. Tous sont prouvés par des témoignages, et l'on démontre aux déistes que la certitude qui en résulte doit exclure toute espèce de
doute raisonnable, et prévaloir sur lout argument spéculatif. En effet , lorsqu'un fait sensible est attesté par une multitude de témoins qui n'ont pu agir par collusion, qui étaient de différents âges et de divers caractères, dont les intérêts, les pissions, les préjugés nepouvaientêlre les mêmes, quiétaient de différents pays, et qui ne se parlaient pas la môme langue, il est impossible que tant de témoignages réunis sur un fait soient sujets à l'erreur. Il ne seTt à rien de dire que chaque témoin en particulier a pu se tromper ou vouloir tromper, qu'aucun n'est infaillible ; il n'est pas moins évident que l'uniformité de leur attestation nous donne une certitude entière du fait dont ils déposent. Ils méritent encore plus de croyance , lorsque ce sont des hommes revêtus de caractère pour rendre témoignage du fait dont il s'agit, bien persuadés qu'il ne leur est pas permis de le déguiser ni d'en imposer, qu'ils ne pourraient le faire sans s'exposer à être contredits, couverts d'opprobre, dégradés et dépossédés de leur état. Or les pasteurs de l'Eglise sont autant de témoins revêtus de toutes ces conditions pour rendre témoignage de ce qu'ont enseigné les apôtres, d e ce qui a été cru , professé et prêché publiquement dans toutes les Eglises qu'ils ont fondées.
S'il y a dans le christianisme une question essentielle , c'est de savoir quels sont les livres que nous devons regarder comme Ecriture sainte cl parole de Dieu ; les protestants sont forcés d'avouer que nous ne pouvons en être informés que par le témoignage des anciens Pères, pasteurs des églises, dépositaires et organes de la tradition. Mais si ces Pères ont été ignorants , crédules , souvent trompés par des livres apocryphes, tels qu'ils sont peints par les protestants, quelle certitude peut nous donner leur témoignage?
Pour fonder notre foi, il faut être assuré que ces livres ont été conservés dans leur entier, et non altérés et falsifiés ; qui nous le certifiera, si les Pères ont été capables d'user de fraudes pieuses? On dira qu'il ne leur était pas possible d'altérer les livres saints, parce que ces livres étaient lus publiquement et journellement dans les assemblées des fidèles, et parce que la confrontation des exemplaires aurait découvert la fraude. Nous en convenons. Mais les autres points de la doctrine chrétienne n'y étaient pas prêches moins publiquement ni moins assidûment ; s'il y était survenu de l'altération quelque part , la comparaison de cette doctrine avec celle des autres églises aurait fait le même effet que la confrontation des différentes copies des livres saints.
Un prolestant célèbre et très-prévenu contre la tradition l'a compris. Bcausobre, dans son Discours sur les livres apocrxjphcs, Hist. du Munich., tom. I, p. kkl , dit que pour discerner si un livre était apocryphe ou authentique, les Pères en ont comparé la doctrine avec celle que les apôtres avaient prèchée dans toutes les églises, ei qui était uniforme. Doue il reconnaît que la tradition de
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ces églises é ail un témoignage irrécusable , et que ies Pères ont été capables de le rendre sans aucun danger d'erreur. « La tradition, dit-il, ou le témoignage de l'Eglise , lorsqu'il est bien vérilié, est une preuve soliJe de la certitude des faits et de la certitude de la doctrine. » Cet aveu est remarquable. Il ajoute , en second lieu, que les Pères ont pu savoir certainement quels étaient les livres donnés aux Eglises par les apôtres et par les hommes apostoliques, dès le commencement , parce qu'il y a eu dans l'Eglise une succession continue d'évêques, de prêtres , d'écrivains ecclésiastiques qui , depuis les apôtres, ont instruit les Eglises , et dont on ne pouvait pas récuser le témoignage. 11 dit enfin que les Pères ont comparé les livres qui venaient certainement des apôtres avec les autres , pour savoir si ceux-ci ressemblaient aux premiers, que c'est la règle et la maxime de tous les critiques.
Voilà donc lesanciensPères reconnus capables de confronter la doctrine des Eglises avec celle des livres saints, capables de porter un témoignage irrécusable sur la conformité de l'uue avec l'autre, capables d'user delà critique pour comparer le ton, le style, la manière des écrits incontestablement apostoliques, avec la mauière de ceux desquels l'authenticité n'était pas encore universellement reconnue. Si Beausobre et les autres protestants avaient toujours rendu la même justice aux Pères de l'Eglise , nous leur en saurions gré. Or, puisque ces Pères soat dignes de foi lorsqu'ils disent : Voilà Us litres que les apôtres nous ont laissés comme divins, ils ue le sont pas moins lorsqu'ils disent : Telle est la doctrine que les apôtres ont enseignée à nos Eglises, et tel est le sens qu'ils ont donné à tel ou tel pissage.Ainsi,lorsqu'en 325, au concile de Nicée, plus de trois cents évéques , rassemblés non-seulement des différentes parties de l'empire romain , mais encore d'autres contrées, rendireut uniformément témoignage que le domine de la divinité du Verbe avait été enseigné par les apôtres, toujours cru et professé dans les églises dont ces évéques étaient pasteurs ; que par ces paroles de l'Evangile : Mon Père et moi sommes une même chose, on avait toujours entendu que le Fils était consubstanliel au Père: que manquait-il à celle attestation pour donner de ces faits une certitude morale, entière et complète ? Quaud ce même témoignage aurait été rendu par les évéques dispersés dans leurs sièges, et consigné dans leurs écrits, il u'aurait été ni moins fort ni moins incontestable. Jusqu'à présent nous u'avous vu dans les ouvrages de uos adversaires aucune réponse à cette preuve. Ils diront pt'ut-être qu'en faillie dogme et de doctrine la preuve par témoins n'est pas admissible. Pure équivoque. Lorsqu'il s'agit de juger par nous-mêmes si un dogme esl vrai ou faux, conforme ou coulraire à la raison, uiile ou pernicieux, ce n'est plus le cas de consulter des témoins ; mais quand il esl seulement question de savoir si tel dogme a été enseigne aux fidèles par les apôtres, s'il a
été prêché et professé constamment dans les églises , c'est un fait sensible, public, éclatant, qui ne peut être constaté que par des témoignages. Or, dès qu'il est certain que les apôtres l'ont enseigné, toute autre question esl superflue.
Dans les tribunaux de magistrature on interroge également les témoins sur ce qu'ils ont vu et sur ce qu'ils ont entendu ; leur déposition fait foi sur l'un et sur l'autre de ces deux faits. Les apôtres eux-mêmes nous ont donné l'exemple de celte méthode : Nous ne pouvons nous dispenser, disent saint Pierre et sainl Jean, de publier ce que nous avons vu et entendu (Act. iv, 20.) Nous vous annonçons et nous vous attestons ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu, ce que nous avons touché de nos mains, au sujet du Verbe vivant (/ Joan., i). Immédiatement après la mort des apôtres, Gérinlhe, Ebion, Saturnin, Basilide et d'autres nièrent la création , la divinité de Jésus-Christ, la réalité de sa chair, de sa mort, de sa résurrection , et le dogme de la résurrection future. Que leur opposèrent saint îiarnabé, saint Clément, sainl Polycarpe, saint Ignace? la prédication des apôtres qui avaient été leurs maîtres. Pour préserver les fidèles de l'erreur, ils leur recommandent de se tenir attachés à la tradition des apôtres et à la doctrine qui leur est enseignée par leurs pasteurs; uous citerons ci-après leurs paroles. Donc au ne et au m* siècle, lorsqu'il est survenu d'autres hérétiques, les Pères ont dû leur répondre de même : Votre doctrine n'est pas celle qui nous a été enseignée par les successeursimmédiats des apôtres. Saint Irénée, dans Eusèbe, Hist. eccle's., 1. v, c. 20. — Si l'ou prétend que celto preuve de fait a perdu sa force par la succession des temps, il faudra soutenir aussi qu'elle est devenue caduque à l'égard des autres faits sur lesquels le christianisme est fondé, et en particulier à l'égard de la question de savoir quels sont les livres qui nous onl été donnés par les apôtres comme Ecriture saiute.
Sixième preuve. Des réflexions que nous venons de faire , il s'ensuit déjà que l'Ecriture seule u'aurait pas été un moyen suffisant pour répandre et pour conserver 1 ; doctrine de Jésus-Christ, s'il n'y avait pa* un ministère, une mission, un enseignement public pour attester aux fidèles l'authenticité, l'intégrité, la divinité des livres saints, pour les leur expliquer et leur en donner 1.3 véritable sens. Mais celte vérité est encore coufirmée par d'autres raisons. i°Dans les premiers siècles, peu de personnes avaient l'usage des lettres, et l'ignorance devint encore plus générale après l'inondation des peuples barbares. Avant l'invention de l'imprimerie, une Bible était un livre Irès-cher, et les exemplaires n'en étaient pas communs. 11 est évident que pendanl quatorze ceuls ans les trois quarts et demi des chrétiens étaient réduits aux seules instructions des pasteurs ; nous ne croyons pas pour cela que le sali;' leur ait été beaucoup plus difficile qu'à nous. Dieu ne l'a jamais attaché à des moyens ra-
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res , dispendieux , presque impraticables; Moïse le fait remarquer aux Juifs, Dent., c. xxx, v. 11 ; il n'y a pas lieu de penser que Dieu en agit avec moins de bonté envers les chrétiens : nous avons fait voir ailleurs que dans l'Eglise catholique la foi des simples et des ignorants , fondée sut la mission des pasteurs qui les instruisent, et sur la tradition, est Irès-sage cl très solide. Nous examinerons ci-après si celle du commun des protestants est plus certaine et mieux appuyée. 2° Le très-grand nombre des vérités de foi , comme la sainte Trinité, l'incarnation, la rédemption du monde, la résurrection future, la nature du bonheur éternel , les supplices de l'enfer , la communication du péché originel, l'effet des sacrements, celui de l'eucharistie en particulier , la prédestination , l'efficacité de la grâce, etc., sont des mystères incompréhensible-. De quoique manière qu'ils soient couchés par écrit, il nous restera toujours des doutes sur le sens des termes, parce que le langage humain ne peut nous en fournir d'assez clairs. L'oubli des langues originales, la variété des versions, l'inexactitude (les copies, l'équivoque des mots, le changement des mœurs et des usages, la bizarrerie des esprits, les subtilités de grammaire, les sophismes des hérétiques, laisseront toujours des inquiétudes au commun des lecteurs. Quand il y aurait beaucoup d'hommes capables de surmonter tous ces obstacles, s'ils n'ont ni caractère, ni mission, ni autorité divine, à quel litre pourrons-nous leur ajouter foi ? 3° Les protestants ont beau répéter que l'Ecriture sainte est claire sur tous les articles essentiels du christianisme, il n'en est pas un seul que les hérétiques n'aient attaqué par l'Ecriture même. Jamais deux sectes opposées n'ont manqué d'y trouver chacune des passages favorables ; point d'absurdité que l'on n'ait étayée parla : cet abusa commencé avec le christianisme, et il dure encore. Dieu nous a-t-il donné, pour seul moyen d'apprendre notre croyance, la pierre d'achoppement contre laquelle se sont heurtés tous les mécréants.
Mais ces réflexions, quelque évidentes qu'elles soient, paraissent aux protestants autant de blasphèmes : ils nous accusent de déprimer l'Ecriture ou la parole de Dieu, de la faire envisager comme un livre inutile dont la lecture est dangereuse; de mettre la tradition, qui n'est que la parole des hommes, au-dessus de celle de Dieu , comme si Dieu ne savait pas mieux parler que les hommes , etc. Pures calomnies cent lois réfutées. Ce n'est point déprimer PEcrilure sainte, que de la représenter telle que D eu nous l'a donnée; en la faisant écrire par des hommes inspirés , il n'a pas changé la nature du langage humain ni l'essence des choses. Les prolestants eux-mêmes conviennent que , pour l'entendre, il faut l'assistance du Saint- Esprit, cl ils disent que Dieu ne la refuse point à un fidèle duciie, qui cherche sincèrement la vérité. De noire côté, nous soutenons que Dieu n'a point promis celle assis-
tance à chaque fidèle , niais à son Eglise , aux apôtres et à leurs successeurs, aux pasteurs chargés d'enseigner; que quiconque refuse de les écouler n'est plus ni fidèle, ni docile, ni sincère, puisqu'il résiste à l'ordre de Dieu, et que , par un orgueil téméraire, il se croit mieux inspiré que l'Eglise entière ; qu'il y a du fanatisme à nommer parole de Dieu le sens qu'il plaît à chaque particulier de donner à l'Ecriture sainte, sous prétexte que c'est Dieu qui le lui fait connaître. Loin de rejeter l'Ecriture sainte, nous la mettons toujours à la tête de toutes nos preuves théologiques ; et lorsque les hétérodoxes en détournent le sens, lorsqu'ils disent que les passages que nous citons sont obscurs, et que nous en tirons de fausses conséquences, nous leur répliquons que ce n'est ni à eux ni à nous de juger définitivement cette contestation , que c'est à l'Eglise , au corps des pasteurs auxquels Dieu a donné mission et autorité pour enseigner , par conséquent, pour expliquer le vrai sens de l'Ecriture. Nous ajoutons que si l'Ecriture garde un silence absolu sur un point de doctrine, et s'il est enseigné néanmoins par l'Eglise ou par le corps des pasteurs, nous devons y croire, parce qu'ils ont toujours fait profession de n'enseigner que ce qu'ils avaient reçu , par tradition , des apôtres, et que la parole des apôtres, qui est la parole de Dieu, n'est pas moins respectable non écrite que quand elle est écrite. Nous avons donc pour celte divine parole un respect plus sincère que les protestants.
i* Pour nous rendre odieux, ils nous reprochent de favoriser le déisme et le pyrrhonisme. En effet, les déistes ont fait ce raisonnement : D'un côté les catholiques prouvent que l'Ecriture seule ne peut donner aux chrétiens une entière certitude de leur croyance, de l'autre les prolestants soutiennent que la tradition peut encore moins produire cet effet; donc les chrétiens n'ont aucune preuve de leur foi. Il nous paraît d'abord fort aisé de retourner l'argument et de dire: D'un côté les catholiques prouvent que la tradition leur donne une certitude entière de la vraie doctrine de Jé^us-Chrisi, de l'autre les prolestants soutiennent que l'Ecriture seule suffit pour opérer cet effet; donc l'Ecriture et la tradition réunies donnent une certitude encore plus complète.
Que peuvent répondre les déistes?
Au lieu de les réfuter ainsi, les protestants ont jugé qu'il était mieux de faire retomber ce sophisme sur nous seuls. Ils disent : Nous prouvons évidemment que la tradition est souvent fausse et trompeuse ; donc , si vous venez à bout de démontrer que l'Ecriture est insuffisante , vous ôlcz tout fondement aux vérités de la foi, vous donnez gain de cause aux incrédules. — Outre le ridicule qu'il y a de leur part à s'attribuer la victoire, lorsque le combat dure encore, nous leur demandons si la ceriitude de notre foi est fondée sur deux preuves, savoir, l'Ecriture cl la tradition , lequel des deux partis lui porte le plus de préjudice, celui qui veut
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qu'on los réunisse el que l'on soutienne l'une par l'autre, ou celui qui rejclle absolument l'une des doux? L'entêtement de nos adversaires est de supposer toujours que nous rejetons l'Ecriture comme ils rejettent la tradition; fausseté notoire. Encore une fois, nous disons que l'Ecriture sainte expliquée et suppléée par la tradition est une règle sûre, divine, infaillible, à laquelle tout chrétim doit se soumettre sans hésiter; mais que l'Ecriture sainte sans la tradition, et livrée à l'interprétation arbitraire de chaque particulier, est une source infaillible d'erreur ; nous ne rejetons doue que la méthode protestante d'user de l'Ecriture, et non l'Ecriture elle-même.
Ils insistent cependant encore, et ils disent: Ma'gré l'efficacité que vous attribuez à votre double règle, elle n'a pas empêché parmi ious les erreurs de naître et les disputes de continuer; donc vous n'êtes pas plus avancés avec deux règles que nous ne le sommes avec une seule. Nous répondons qu'il ne peut naître parmi nous aucune erreur, tant que tout théologien demeurera également soumis à l'Ecriture sainte cl à la tradition: s'il y en a qui s'écartent de l'une ou de l'autre, ils tomberont dans l'erreur sans doute; mais alors ce sera leur faute, el non celle de la règle. Quant aux disputes des théologiens catholiques, elles n'intéressent en rien la foi ni les mœurs; tous reçoivent la même profession de croyance, il n'y a point de schisme entre eux. Parmi les hérétiques, au contraire, malgré leur déférence apparente à l'Ecritnre, il s'en est trouvé plusieurs qui ont nié des articles essentiels au christianisme, et dès qu'ils ont eu un certain nombre de partisan*, ils ont fait bande à part. Jamais ils n'ont pu dresser une confession de foi qui ait réconcilié deux sectes, quoiqu'ils l'aient souvent tenté.
On nous demandera peut-être si la nécessité de la tradition, que nous regardons comme un article fondamental, est couchée dans le symbole. Nous soutenons qu'elle y est dans ces paroles: Je crois lu sainte Eylise catholique; aux mots Catholique et Catholicisme, nous avons fait voir que cet article signifie : Je crois que la sainte cl véritable Eglise est celle qui prend pour règle de foi la catholicité, c'est-à-dire la tradition, la croyance, renseignement constant et uniforme de toutes les églises dont elle est composée. Au besoin, nous trouverions encore le même sens dans ces mots : Je crois la communion des saints; il n'y a plus de communion entre des sectes qui n'ont pas la même croyance.
o Ces mots, dit le savant Bossue'., Je crois l' Eylise catholique, ne signifient pas seulement, je crois qu'elle est, mais encore, je crois ce qu'elle croit; autrement ce n'est plus croire qu'elle est, puisque le fond el, pour ainsi dire, la substance de son être, c'est sa foi qu'elle déclare à tout l'univers. » Vor. Esprit de Leibnilz, t. H, p. 10.
Septième preuve. Personne n'a pu mieux savoir de quelle manière il faut acquérir et
conserver la foi, que ceux qui ont été chargés par les apôtres de l'enseigner : or, ils recommandent l'attachement à la tradition, et non l'élude de l'Ecriture sainte. Saint Barnabe, Epis t., il. 5, dit aux fidèles : « Vous ne devez point vous séparer les uns des autres, en vous croyant justes : mais tous rassemblés, cherchez ce qui est utile et convenable à des amis de Dieu ; car l'Ecriture dit : Malheur à ceux qui se croient seuls intelligents, cl se flattent intérieurement d'être savants. » Le Clerc, dans une note sur ce passage, croit que l'auteur fait allusion à l'orgueil des pharisiens , mais il condamne encore plus évidemment l'orgueil des hérétiques, qui se croient plus intelligents el plus savants que l'Eglise universelle de laquelle ils se sont séparés. — Saint Clément, pape, dans sa première lettre aux Corinthiens, les réprimande de leurs divisions et du peu de respecl qu'ils avaient pour leur clergé. Il leur représente, n. 42, que ce sont les apôtres qui, animés de l'esprit de Dieu, ont établi les évêques el les ministres inférieurs et qui ont réglé leurs fonctions: or, une de leurs fonctions est certainement d'enseigner. Il les exhorte, n. 57, à être soumis aux prêtres, à n'avoir ni orgueil ni arrogance. Ce saint pontife ne pensait pas qu'un laïque, une Bible à la main, fût en droit de faire la leçon à ses pasteurs. — Saint Ignace, suivant la remarque d'Eusèbe, Uist. ecclés., I. m, c. 36, exhortait les fidèles, dans toutes les villes où il passait, à se précaulionner contre les cireurs des hérétiques, et à se tenir fortement attachés aux traditions des apôtres ; c'est en effet la morale que ce saint martyr enseigne dans toutes ses lettres. Ad Magnes., n. G, il exhorte les fidèles à la con corde, à être soumis à l'évêque qui préside à la place de Dieu, aux prêlres qui représentent le sénat apostolique , aux diacres chargés du ministère de Jésus-Christ, à tenir unanimement avec eux une doctrine inviolable. H le répèle, ad Troll. , n.3, et il ajoule que sans eux il n'y a point d'Eglise. Il dit aux Philadelphiens, n.2et3:« l'ayez toute division et toute mauvaise doctrine, suivez votre pasteur comme des brebis dociles ; il y a des loups qui paraissent dignes de foi, mais qui tiennent les fidèles captifs, après les avoir séduits par de belles apparences.... Tous ceux qui sont à Dieu el à Jésus-Christ demeurent attachés à leur évêque... Si quelqu'un suit un schismatique, il n'héritera pas du royaume de Dieu ; si quelqu'un a des senliminls particuliers, il renonce à la passion du Sauveur. » — Saint Polycarpe, dans sa Lettre aux Philippiens, n. 10, les exhorte à demeurer fermes el constants dans la foi, dans l'amour fraternel, dans la paix eldans la profession des mêmes vérités. » Or, cela ne se peut pas faire lorsque chaque particulier veut former lui-même sa propre foi cl entendre l'Ecriture sainte comme il lui plaît ; l'exemple des sectes hétérodoxes le démontre. Ainsi ont pensé les disciples immédiats des apôtres.
Au n* siècle, Hégésippc, selon le rapport
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