‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 141 sur 219 · TP.A · texte numérisé non relu

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rt'Eusèbc, liv.iv, c. 22, fit un voyage à Rome ; il consulta un grand nombre d'évêques, il trouva la même doctrine dans toutes les églises des villes par lesquelles il passa. Mais à quoi bon ces perquisitions, s'il suffisait de consulter l'Ecriture pour connaître la vraie foi ? Dans le même siècle on lisait dans les assemblées chrétiennes les lettres des saints évêqués, aussi bien que celles des aj êtres, Und., c. 23: chose fort inutile, suivant l'opinion de nos adversaires. — Saint Justin, dans sa Lettre à Diogncte, n. 11, dit que le Fils de Dieu accorde des lumières à ceux qui les demandent, qui ne franchissent ni les bornes de la foi, ni colles qui ont été posées parles Pères...; qu'ainsi l'Evangile s'établit, la tradition des apôtres est gardée, et l'Eglise comblée de grâces. — Saint Théophile, évêque d'Anlioche, ad Autolic. ,\ib. n, n. 14, compare les saintes Eglises dans lesquelles se conserve la doctrine des apôtres, à des ports dans lesquels 1rs navigateurs sont en sûreté, eî les hérétiques à des pirates, leurs erreurs à des écueils contre lesquels les vaisseaux font naufrage. Selon l'avis des protestants, les fidèles ne sont en sûreté que quand ils consultent l'Ecriture sainte.

Saint ïrénée ne pensait pas comme eux, Contra Ilar., lib. m, c. h, n. 1. « 11 ne faut point, dit-il. chercher ce qui est vrai ailleurs que dans l'Eglise, dans laquelle les apôtres ont rassemblé toutes vérités comme dans un riche dépôt, afin que quiconque veut étancher sa suif puisse y trouver ce breuvage salutaire. C'est laque l'on reçoit la vie, tous les autres docteurs sont des larrons et des voleuis. Il faut donc les éviter, et consulter soigneusement les Eglises, pour y trouver la vraie tradition. Car enfin, s il y avait une dispute sur la moindre question, ne faudraitil pas recourir aux églises les plus anciennes dans lesquelles les apôtres ont enseigné, et savoir d'elles ce qu'il y a de vrai et de certain sur ce sujet? et quand même les apôtres ne nous auraient point laissé d'Ecritures, ne faudrait-il pas encore suivre l'ordre «le la tradition qu'ils ont donnée à ceux auxquels ils confiaient les Eglises? » 11 montre celle nécessité par l'exemple desEglises fondées chez les barbares, qui n'avaient encore «aucune Ecriture sainte, mais qui suivaient fidèlement la tradition. Dans le chapitre précédent il réfute les hérétiques par la tradition de l'Eglise romaine; et liv. 1, c. 10, il atteste que, malgré la distance des lieux et la diversité des langues, la tradition est uniforme partout. Dans une lettre rapportée par Eusèbc, I. v, c. 20, il rend témoignage de l'attention avec laquelle il écoutait les leçons de saint Polycarpe, disciple immédiat de l'apôtre saint Jean. Cependant un prolestant • élèbre prétend que ce Père ne faisail aucun cas de la tradition. Carpocrate, dit-il, Valenlin, les gnosliques, les marcionites, fondaient leurs erreurs sur de prétendues traditions; ils disaient que Jésus-Christ n'avait pas prêché publiquement toute sa doctrine, mais qu'il avait confié plusieurs vérités à

quelques-uns de ses disciples, sous condition qu'ils ne les révéleraient qu'à ceux qui seraient capables de les entendre et de les conserver. Saint ïrénée rejette ces traditions avec raison ; il dit que si les apôtres avaient appris de Jésus-Christ des vérités cachées, ils les auraient transmises à ceux auxquels ils confiaient le soin des Eglises. Il dit aux marcionites : Lisez exactement les prophètes, lisez les évangélistes, vous trouverez dans ces écrits toule la doctrine de Jésus- Christ. Ce n'est donc qu'au défaut des Ecritures que ce Père dit qu'il faudrait recourir à la tradition, Basnage, Hist. de V Eglise I. ix, c. 5, et suiv. — Mais quelle ressemblance y a-t-il entre les prétendues traditions cachées des hérétiques, desquelles il n'y avait point de témoins, et l'enseignement public, constant, uniforme des pasteurs auxquels les apôtres avaient confié les Eglises, enseignement que saint ïrénée appelle tradition ? C'est à celte règle qu'il veut que l'on s'en rapporte en cas de dispute sur la moindre question : or, lorsque l'Ecriture garde le silence, n'est-ce pas la même chose que si l'on n'avait point d'Ecriture pour savoir ce qu'il y a de vrai et de certain? Il soutient avec raison que s'il y avait eu des vérités cachées, les apôtres les auraient enseignées aux pasteurs par préférence, puisque de tous les fidèles c'étaient les plus capables de comprendre ces vérités et de les conserver. Mais ce n'est point là l'idée que les protestants nous donnent de ces hommes apostoliques ; ils les peignent comme des hommes simples, ignorants, crédules, qui n'avaient ni discernement, ni capacité. — Quant aux marcionites, le cas était tout différent; ils soutenaient que l'Ancien Testament et le Nouveau n'étaient pas l'ouvrage du même Dieu : pour prouver le contraire, saint Ïrénée leur dit : « Lisez exactement l'Evangile que les apôtres nous ont donné, lisez ensuite les prophètes,vous trouverez que toutes les actions, toute la doctrine, toutes les souffrances de Noire-Seigneur y sont prédites, I. iv, c. Zk-, n. 1. S'ensuit-il de là que, dans toule question de doctrine, il suffit, comme dans cellelà, de confronter les évangélistes avec les prophètes? Saint ïrénée veut que l'on s'en tienne à la tradition.

Au nie siècle l'on n'avait pas changé de principes. Terlullien, de Prcescript., c. 15 et seq., ne voulait pas que l'on admît les hérétiques à disputer par l'Ecriture sainte, il soutient que c'est une complaisance inutile et déplacée, parce que l'Ecriture sainte n'a pas été donnée aux hérétiques, mais à l'Eglise, et pour elle seule, parce qu'ils en rejetaient ce qui leur déplaisait, parce qu'ils en mutilaient ou altéraient les passages, et parce qu'ils en détournaient le sens, ibid., c. 19. « L'ordre exige, dit-il, que l'on s'informe de qui, par qui, quand et à qui a été donnée la doctrine qui nous rend chrétiensoù sera la vraie, là se trouvera aussi la vérité des Ecritures, des explications cl de toutes les traditions chrétiennes. » Ainsi ce Père veut que l'on établisse parla tradition,

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