‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 144 sur 219 · IRA · texte numérisé non relu

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que Jésus-Christ ait veillé sur son Eglise, eu permettant qu'elle lombât entre les mains de pasteurs si capables de l'égarer? Oa conçoit tout l'avantage que ces accusations téméraires onl donné aux déistes; ils n'ont pas manqué de tourner contre les apôtres les mêmes objections que les protestants ont faites contre la personne et contre les écrits des Pères ; bientôt ils ont osé les lancer coutre Jésus-Christ lui-même. Quand on demandait : est-il possible que des hommes tels que Luther, Calvin et les autres, emportés par les passions les plus fougueuses, qui ont donné dans des erreurs dont leurs seciateurs rougissent aujourd'hui , aient été suscités de Dieu pour réformer l'Eglise? Ceux-ci, plutôt que de demeurer muets, ont répondu que les fondateurs mêmes et les propagateurs du christianisme ont été sujets à des erreurs et a des faiblesses.

Lorsque nous soutenons qu'un ûdèle doit user de sa raison pour connaître quelle est la véritable Eglise, et pour peser les preuves de son infaillibilité , mais que dès qu'il la connaît, il doit déférer à celle autorité, ils disent que celle conduite est absurde , que nous attribuons à l'Eglise le droit d'enseigner toutes sortes d'erreurs, sans qu'il nous soit permis d'examiner si nous devons les admettre ou les rejeter; qu'il n'est pas plus difficile à la raison de juger quelle est la véritable doctrine, que de discerner quelle est la véritable Eglise. Nouveau sujet de triomphe pour les déistes : Selon vous, ont-ils dit , nous ne pouvons juger de la mission de Jésus-Christ, de celle des apôtres, de l'inspiration des livres saints , que par la raison ; donc c'est encore à elle de juger si la doctrine qu'ils enseignent est vraie ou fausse : il n'est pas plus difficile de porter ce jugement que de voir si leur mission est divine ou humaine, si tels livres sont inspirés ou non. Conséquemment les déistes ont attaqué l'Ecriture sainte en général par les mêmes arguments que les protestants ont laits contre certains livres qu'ils ont rejetés du canon. Au mol Erreur nous avons fait voir la multitude de celles qui sont nées les unes des autres sur chacune des questions cou Iro versées entre les protestants el nous; toutes sont venues de l'opiniâtreté à rejeter la tradition : dès qu'une fois les protestants ont eu posé pour principe que nous ne devons croire que ce qui est expressément et formellement révélé dans l'Ecriture sainte , ci que c'est à la raison d'en déterminer le vrai sens, les socinieus ont conclu d'abord : Donc nous ne devons croire révélé que ce qui est conforme à la raison ; el les déistes oui dit de leur côté : Doue la raison suffit pour connaître la vérité; nous n'avons pas besoin de révélation. Nos adversaires nous répondront sans doute qu'il n'est aucun principe si incontestable, que l'on ne puisse en abuser et en tirer de fausses conséquences. Soit. Il fallait donc commencer par examiner si le leur était incontestable; mais ils l'ont posé sans prévoir où il les conduirait : or, uous avons prouvé qu'il est non-seulement

très-sujet à contestation, mais absolument faux et destructif du christianisme.

Dans les divers articles relatifs à la question présente, nous avons répondu aux principales objections des protestants; mais la manière dont ils s'y sont pris pour décréditer les témoins de la tradition mérite un examen particulier.

Le Clerc, Hist. ecclés., u* siècle, an 101 , commence par observer qu'à dater de la mort des apôtres, l'on entre dans des temps où l'on ne peut pas approuver tout ce qui a été dit el tout ce qui a été fait ; que cependant Dieu a veillé sur son Eglise, et qu'il a empêché que le fond du christianisme ne fût changé. Les apôtres, dit-il, avaient puisé leurs connaissances dans trois sources : dans les livres originaux de l'Ancien Testament, dans les leçons de Jésus-Christ, dans des révélations immédiates ; le Saint-Esprit leur enseignait toute vérité, et ses dons miraculeux en étaient la preuve, avantages que n'ont point eus ceux qui leur ont succédé. Ceux-ci étaient des Juifs hellénistes ou des Grecs ; comme ils n'entendaient pas l'hébreu , ils se sont souvent trompés, lis ont cru que les Scplaule avaient élé inspirés de Dieu, et ils n'ont pas vu que ces interprètes ont souvent très-mal traduit le texte sacré. Les apôtres n'ont cité celte version que pour se prêter au besoin des Juifs hellénistes qui ne savaient pas l'hébreu. D'où l'on voit que les Pères grecs ont été de mauvais iuterprèles de l'Ecriture, à plus forte raison les Pères latins qui n'avaient qu'une mauvaise version faite sur celle des Septante. Une autre source d'erreurs est venue des traditions reçues de vive voix des apôires, comme l'opinion que Jésus-Christ a vécu plus de quarante ans , son règne futur de mille ans, ie temps de la célébration de. la pâque, etc. At;achés à la philosophie de Platon , ils ont cherché à eu concilier les dogmes avec ceux du christianisme; ainsi ils ont adapté la Trinité chrétienne à celle de Platon, ils ont cru Dieu et les anges corporels. Ignorants dans l'art de la dialectique et dans celui de la critique , ils ont souvent raisonné faux, ils ont admis comme vrais plusieurs écrits supposés. Empressés d'amener les païens à la foi chrétienne, ils se sont fréquemment rapprochés des opinions vulgaires, ils ont pris dans le sens le plus commun des termes qui eu avaient un très-différent dans les écrits des apôires , comme celui de ni y s ter es en parlant des sacrements , et celui d'oblulion pour désigner l'eucharistie. De là sont nés une multitude de dogmes qui ne sont point dans le Nouveau Testament; mais comme celaient des subtilités que le peuple n'entendait pas , il a eu des mœurs plus pures el une religion plus saine que ceux qui étaient chargés de l'enseigner.

Le Clerc couronne cet exposé perfide, moitié sociuien et moitié calviniste, eu disant que la sincérité d'un historien l'obligé à faire ces aveux , mais celte sincérité n'est qu'une hypocrisie malicieuse, il faut la démasquer.

1° Ce portrait des Pères du u* siècle est

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bien différent île celui qu'en a Iracé Beausobre, lorsqu'il a re'evé l'inlelligence , la capacité, la sage critique, avec lesquelles ces Pères ont procédé pour distinguer les lit tes authentiques île l'Ecriture sainted'avec les livres apocryphes; voy. ci-dessus notre cinquième preuve. Le Clerc n'a pas vu qu'en déprima ni les qualités et le caractère personnel de ces témoins, il affaiblissait d'autant la certitude du jugement qu'ils ont porto sur le canon des litres saints. Mais un mécréant n'est presque jamais guidé dans ses écrits que par l'intérêt du moment. — 8* Puisque les miracles opérés par les apôtres prouvaient qu'ils étaient inspirés par le Saint-Esprit, nous demandons pourquoi les miracles laits, pendant le 11e et le 111e siècle, par les fidèles et par les pasteurs, ne prouvaient pas qu'ils étaient aussi remplis du Saint-Esprit, quoiqu'ils ne l'eussent pas reçu avec la même plénitude que les apôtres? Jésus-Christ n'avait pas promis à ces derniers l'Esprit de vérité pour eux seuls ni pour uu temps, tuais pour toujours, Joan., c. xiv, v. lu, 17, 23. 11 leur avait dit, c. xv, v. 1G : a Je vous ai choisis afin que vous alliez faire du fruit; et que ce fruit soit durable, » ut fiuitus tester maneat; mais ce fruit n'a été que passager, suivaul l'opinion de notre (lisserlaleur; il a commencé à se détruire immédiatement après la mort des apôtres. — 3J Si ce qu'il dit est vrai, il ne l'est pas que Dieu ail conservé sain et sauf le fond ou le capital du christianisme. Comme Le Clerc, socinien déguisé, n'admet ni la création, ni la Trinité, ni l'incarnation , ni la rédemption dans le sens propre, ni la transmission du péché originel, ni l'éternité des peines de l'enfer, etc., le fond de son christianisme se léJuil presque à rien : l'unité de Dieu, l'immortalité de l'âme, le bonheur futur des justes, la mission de Jésus-Christ , la suffisance de l'Ecriture interprétée à sa manière, voilà tout son stmbole. Or Dieu, selon lui, n'en a pas conservé purs tous les articles dans le il* siècle, puisque l'on y a commencé à enseigner la trinilé des personnes en Dieu, la nécessité de la tradition , le culte des martyrs, etc. : autant d'erreurs destructives du christianisme socinien. Nous ne contesterons pas au critique que les apôtres n'aient reçu avec le don des langues la faculté d'eulendre et de pai 1er l'ancien hébreu. Celte connaissance Kur était nécessaire pour convaincre les docteurs juifs qui auraient pu leur opposer les oracles ue l'Ecriture suivant le texte original. Mais alors les apôtres eu paraîtront plus coupables aux \cux de Le Clerc cl de ses pareils. Convaincus de la nécessité de savoir l'hébreu, 1rs apôtres n'ont commandé à persoune de l'apprendre; connaissant toute l'imperfection de la version des Septante, ils n'ont chargé personne d'en faire une meilleure; eu se servant de celle-là , ils lui ont concilié un respect que sans cela ou n'aurait pas eu pour elle. S'ils ont bien fait de se prêter ainsi au besoin tles hellénistes, pourquoi leurs disciples ont-ils mal fait au 1/ siècle de suivre

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leur exemple? Nous ne le concevons pas. — k° On nous cite avec emphase ces paroles de saint Paul à Timothée, Il Epist. c. 111, v. 15 : Comme vous connaissez dès l'enfance les saintes Ecritures, elles peuvent vous instruire pour le salut , par la foi en Jésus-Christ. Toute Ecriture divinement inspirée est utile pour enseigner, pour reprendre, pour corriger, pour instruire dans la justice, pour rendre parfait un homme de Dieu, et le rendre propre à toute bonne œuvre. Mais on ne lait pas attention que Timothée, né en Lvcaooie, d'un père gentil, élevé par une mère et par une aïeuie juives, n'avait pu lire l'Ecriture sainte que dans la version des Septante; cependant cela suffisait, selon saint Paul , pour lui donner la science du salut, pour le mettre en étal d'enseigner, pour faire de lui un pasteur parfait ; comment cela ne suffisait-il plus aux Pères du ir siècle? Autre mystère. Disons hardiment que s'il avait paru pour lors une nouvelle version grecque de l'Ancien Testament, elle aurait été rejelée par les juifs hellénistes , prévenus d'estime pour celle des Septante, et accoutumés à la lire; qu'elle aurait été suspecte, même aux gentils convertis, dès qu'ils auraient su qu'il y eu avait une plus ancienne. C'est ce qui arriva au ivc siècle, lorsque saint Jérôme entreprit de donner une nouvelle version latine sur l'hébreu. — 5° Du moins les Pères grecs du 11" siècle et du m' entendaient le texte grec du Nouveau Testament, et il est à présumer qu'ils le lisaient encore plus souvent que l'Ancien. Comment celte lecture ne les a-l-elle pas détrompés des erreurs qu'ils puisaient dans la traduction de celle-ci, laite par les Septante? Plusieurs protestants ont dit que, quand il ne nous resterait que le seul Evangile de saint Matthieu , c'en serait assez pour fonder notre foi ; il est bien étonnant que le Nouveau Testament tout entier n'ait pas pu préserver de toute erreur les disciples des apôtres et leurs successeurs. — G° Suivant le sentiment des prolestants saint Paul a encore très-grièvement péché en recommandant aux fidèles de garder la tradition; il devait au contraire leur défendre d'y avoir égard, puisque c'a été une source intarissable d'erreurs. Mais laquelle des fausses traditions citées par Le Clerc a-t-elle passé en dogme dans l'Eglise, et a-l-elle été généralement adoptée? car c'est ici le point de la question. Jamais on ne s'est avisé d'appeler tradition le sentiment particulier d'uu ou de deux Pères de l'Eglise, mais le sentiment du plus grand nombre, confirmé et perpétué par l'enseignement de l'Eglise. Saint Irénée est le seul qui ail cru que Jésus-Christ avait vécu plus de quarante ans, et il fondait celle opinion sur l'Evangile, Joan. y c. viii, v. 57; les millénaires appuyaient la leur sur l'Apocalypse, et les quarlodécimans pouvaient se prévaloir de ce que Jésus-Christ avait dit, Luc, c. xxn, v. 16 : Je ne mangerai plus cette pâque jusqu'à ce qu'elle s'accomplisse dans U royaume de Dieu; or, il l'avait mangée ie

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quatorzième Je la lune de mars. Lorsqu'un protestant vient nous dire : Fiez vous après cela aux traditions ; un déiste peut ajouter sur le môme ton : Fiez-vous après cela à l'Ecriture sainte , sur laquelle on a étayé toutes les erreurs possibles. — 7° Si les Pères du il' siècle étaient en général ignorants, crédules, mauvais raisonneurs, incapables d'entendre et d'interpréter l'Ecriture sainte, les apôtres ont été bien niai inspirés par le Saint-Esprit, lorsqu'ils ont choisi de tels hommes pour leur succéder; n'y en avait-il donc point de plus capables? Saint Irénée nous en donne une idée fort différente, contra Ilœr.. liv. ni, c. 3, n. 1; il devait les connaître, puisqu'il avait vécu avec eux. Le Clerc convient cependant, n. 22, que le christianisme fit de grands progrès dans ce siècle, par les restes de miracles opérés par les disciples des apôtres, par la réfutation des erreurs des païens, par la constance des martyrs, par la pureté des mœurs des chrétiens Quoi! Dieu a employé ces moyens surnaturels pour propager une doctrine qui se corrompait déjà, et dont les erreurs allaient croître pendant quinze siècles entiers? C'est une supposition non moins absurde qu'impie. Enfin, nous prions Le Clerc de nous dire où les fidèles du second siècle, instruits par les pasteurs de ce temps-là, avaient puisé des mœurs plus pures et une religion plus sainte que celles de ceux qui étaient chargés de les enseigner : est-ce encore dans le texte hébreu de l'Ecriture sainte? On est tenté de croire que Le Clerc était en délire lorsuu'il a écrit toutes ces inepties.

Mosheim n'a été guère plus raisonnable ; il soutient que les chrétiens ont été imbus de plusieurs erreurs, dont les unes venaient des juifs, les autres des païens ; donc il ne faut pas croire, dit-il, qu'une opinion lient à la doctrine chrétienne, parce qu'elle a régné dès le premier siècle et du temps des apôtres. Il met au rang des erreurs judaïques l'opinion de la fin prochain.' du monde, de la venue de l'Antéchrist, des guerres et des forfaits dont il serait l'auteur, du règne de mille ans, du feu qui purifierait les âmes à la fin du monde. Il attribue aux païens ce que l'on pensait des esprits ou génies bons ou mauvais, des spectres et des fantômes, de l'état des morts, de l'cfiicacilé du jeûne pour écarter les mauvais esprits, du nombre des cieux, etc. Il n'y a rien de tout cela, dit-il, dans les écrits des apôtres ; c'est ce qui prouve la nécessité de nous en tenir à l'Ecriture sainte plutôt qu'aux leçons d'aucun docteur, quelque ancien qu'il soit, Inslit. hist. christ, majores, c. 3, § 17. — Ce critique avait-il réfléchi avant d'écrire? 1° S'il entend seulement que, parmi les premiers chrétiens, quelques particuliers ont retenu des opinions juives ou païennes qui n'étaient contraires à aucun dogme du christianisme, nous ne disputerons pas ; nous n'avons aucun intérêt à savoir quels ont été les sentiments de chaque individu converti par les apôtres ou par leurs successeurs. S'il veut

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