‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 145 sur 219 · TP.A · texte numérisé non relu

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que ces opinions indifférentes aient été assez communes pour former une tradition parmi les docteurs chrétiens, nous nous inscrivons en faux contre celte supposition. 2° Si elle était vraie, et que les apôtres ne se fussent pas attachés à réfuter ces erreurs, ils en seraient responsables, et ce serait à eux qu'il faudrait s'en prendre. Aussi les incrédules ont-ils attribué aux apôtres mêmes toutes les erreurs dont Mosheim veut charger les premiers chrétiens, et ils ont prétendu les trouver dans les écrits du Nouveau Testament. Ils ont soutenu que la fin prochaine du monde est enseignée par Jésus-Christ, Matih., c. xxiv, v.3V; par saint Paul, / Thess., c. iv, v. 14 ; par saint Pierre, Ej,ist. Il, c. m, v. 9 et seq. La venue et le règne de l'Antéchrist sont prédits, // Thess., c. if, v. 3; / Joan., c. n, v. 18. Le règne de mille ans est promis, Apoc, c. xx, v. 6 et seq.; // Pelr., c. m, v. 13. Saint Paul a parlé du feu purifiant, / Cor., c. ii. v. 13, et saint Pierre, ibid., v. 7 et 10. La distinction entre les bons auges et les mauvais est enseignée clairement dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament ; on a jugé des inclinations des mauvais anges par ce qui en est dit dans le livre de Tobie, c. iv, v. 8, et c. vi, v. 8, etc. Il est parlé de fantômes, Matth., c. xiv, v. 26, et Luc, c. xxiv, v.37. On a raisonné sur l'état des morts d'après la parabole du mauvais riche, Luc, c. xvi, v. 22, d'après un passage de saint Pierre, Epist. I, c. ni, v. 19, et d'après ce que dit saint Paul de la résurrection future. L'efficacité du jeûne est fondée sur l'exemple de Jésus-Christ, de saint Jean- Jl.ipliste, des apôtres et des prophètes ; il est fait mention du troisième ciel, Il Cor., c. xn, v. 2 et \. Quoique parmi ces opinions il y en ait de vraies, de fausses ou de douteuses, nous défions les protestants de les réfuter par l'Ecriture seule. Une preuve que les anciens Pères, qui ont suivi les unes ou les autres, les ont puisées dans l'Ecriture, et non ailleurs, cVst qu'ils citent l'Ecriture, et point d'autres livres. La fureur de nos adversaires esl d'attribuer toutes les erreurs aux fausses traditions ; n>us soutenons q ;e quand il y en a eu, elles sont venues de fausses interprétations de l'Ecriture, et que c'est la tradition seule qui a décidé, entre les différentes interprétations, quelles étaient les vraies cl quelles étaient les fausses. Ils cherchent à tromper, en disant qu'ils s'en tiennent à l'Ecriture : encore une lois l'Ecriture et l'interprétation de l'Ecriture ne sont pas la môme chose. 3" Mosheim lui-même, en réfutant le système erroné d'un auteur moderne sur le mystère de la sainte Trinité, lui oppose le silence de l'antiquité, Dissert. sur Vais t. ecclés., tom. II, p. Soi. Si le témoi gnage des anciens ne prouve rien, leur silence prouve encore moins. Il y a plus : ce critique, réfutant l'ouvrage de Toland, intitulé Nazarenus, en 1722, blâme en général la mauvaise foi de ceux qui, pour se débarrasser du témoignage des Pères, commencent par leur reprocher des erreurs, des infidéli'iés, de l'ignorauce, etc. ; il dit qu'on

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suivant celle méthode il ne reste plus rien de certain dans l'histoire; et c'est justement celle qu'il a suivie dans tous ses ouvrages, Vindictes antiquai christianorum disciplinai, etc., sect. 1, c. 5, § 3, p. 92. k* Ce critique n'est pas pardonnable d'allaquer, par do simples probabilités, ce que nous lisons dans les anciens louchant l'innocence et la pureté des mœurs des premiers chrétiens; plusieurs auteurs païens en sont convenus, et Le Clerc avoue que c'est une des causes qui ont contribué à étendre les progrès du christianisme pendant le second siècle. Mosheim dit qu'en y ajoutant foi, nous nous exposons à la dérision des incrédules : que nous importe le mépris des insensés? C'est lui-même qui livre noire religion aux. sarcasmes do ses ennemis, en voulant prouver que, dès l'origine, c'a été un chaos d'erreurs empruntées des juifs et des païens.

il a monlré peu de sincérité en parlant de la règle de foi de l'Eglise romaine. Ses docteurs, dit-il, prétendent unanimement que c'est la parole de Dieu écrite et non écrite, ou, en d'autres termes, que c'est l'Ecriture et la tradition; mais ils ne sont point d'accord pour lavoir qui a droil d'interpréter ce» deux oracles. Les uns prétendent que c'est le pape, les autres que c'est le concile général; qu'en attendant, les évêques el les docteurs ont droil de consulter les sources sacrées de l'Ecriture et de la tradition, et d'en tirer des règles de foi et de mœurs pour eux et pour leur troupeau. Comme il n'y aura peut-être jamais ue juge pour concilier ces deux sentiments, nous ne pouvons espérer de connaître jamais au vrai les doctrines de l'Eglise romaine, ni de voir acquérir une forme stable et permanente à celte religion ; Hist. ecclés., xvr siècle, sect. 3, i" part., cl, §22; Thèse sur la validité des Ordin. anglicanes, c. 3, § 3 et suiv.

On voit ici, dans tout son jour, le génie artificieux de l'hérésie. — 1° Aucun catholique n'a jamais nié que la décision d'un concile général touchant le sens de l'Ecriture et de la tradition, en fait de dogmes et de mœurs, ne soil une règle de foi inviolable : ainsi toutes les décisions du concile de Trente sur ces deux chefs sont inconleslablement reçues par tous les catholiques sans exception, el quiconque oserait les attaquer serait condamné comme hérétique. Sur tous ces poinls, les prolestauts sont donc bien assurés de connaître au vrai la doctrine de l'Eglise romaine. Voy. Trente. En y ajoutant le symbole placé à la tète de ce concile, quel dogme y a-l-il sur lequel un protestant puisse ignorer ce que nous croyons? Bossue!, Réponse à un mémoire de Leibnitz louchant te concile de Trente; Esprit de Leibnitz, tom. H, p. 97 et suiv. 2Q Tout théologien catholique reconnaît qu'une décision du souverain pontife en matière de foi el de mœurs, adressée à loule l'Eglise, reçue par tous les évéques ou par le 1res grand nombre, soil par une acceptation formelle, soit par un silence absolu, a autant d'autorité que si elle était portée dans un concile eé-

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néral, parce que le consentement des pasteurs de l'Eglise dispersés dans leurs sièges n'a pas moins de force que s'ils étaient rassemblés, il ne fait pas moins tradition. Toute la différence, c'est que, dans le premier cas, ce consentement est moins solennel el moins promplement connu que dans le second. En verlu de son caractère et du serment qu'il a fait d'enseigner et de défendre la foi catholique, tout évêque est essentiellement obligé de réclamer contre une décision du pape qui lui paraîtrait fausse. Si dans ce siècle il y a eu quelques théologiens qui ont contesté ces principes, c'étaient des demi-proteslanls; ils sont regardés par l'Eglise universelle comme des hérétiques. Les prolestauts l'ont si bien compris, que depuis les dernières décisions des papes sur les matières de la grâce, ils n'ont pas cessé de répéter que l'Eglise romaine professe hautement le pclagianisme; cependant ces décisions n'ont pas élé données dans un concile général. 3° Il n'importe en rien de savoir s'il y a des docteurs catholiques qui portent plus loin l'autorité du pape el qui soutiennent que sa décision a force de loi, indépendamment de toute acceptation ; ces docteurs n'en sont pas moins soumis à une décision acceptée, ni à celle d'un concile général ; ils n'en sont pas moins persuadés de la nécessité de consulter l'Ecriture sainte et la tradition des siècles passés. Y a-l-il aujourd'hui une décision des papes en matière de foi ou de mœurs, de laquelle on puisse douter si elle a élé acceptée ou rejetée? 4° C'est nous qui sommes réduits à ignorer quelle est la croyance de chacune des sectes prolestantes ; tout particulier y jouit du droit d'entendre l'Ecriture sainle comme il lui plaît ; pourvu qu'il ne fasse pus de bruit, aucun n'est obligé de se conformer à la confession do foi de sa secte; loutes en ont changé plus d'une fois, elles peuvent bien en changer encore. C'est donc à nous d'assurer que leur religion n'aura jamais une forme stable et permanente; elles ne subsistait que par la rivalité qui règne entre elles, et par la haine qu'elles oui toutes jurées à l'Eglise romaine. La forme de la nôtre est stable el permanente depuis les apôtres ; les divers conciles tenus dans les différents siècles n'ont rien décidé que ce qui était déjà cru auparavant; ils n'ont point établi de nouveaux dogmes, puisqu'ils onl tous fait profession de s'en tenir à la tradition : celte règle invariable assure la perpétuité el la stabilité de notre religion jusqu'à la fin des siècles.

Basnage, dans son Histoire de l'Eglise, •. ix, c. 5, 6 et 7, a l'ail une espèce de traité très-long et très-confus contre l'autorité de ia tradition : ii prétend que l'ancienne Kglise n'admettait des traditions qu'eu matière de faits, d'usages et de pratiques ; nous avons prouvé le contraire, et nous avons fait voir qu'en matière même de doctrine la tradition se réduit à un lait sensible, éclatant el public, il nous oppose un grand nombre de. Pères de l'Eglise, en particulier saint Iréuée el Tertullieu ; nous avons montré qu'il n'en

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a pas pris le sons. 11 en allègue d'autres qui

disent, comme saint Cyrille de Jérusalem, Catech. 4, en parlant du Saint-Esprit, qu'on ne doit rien expliquer touchant nos divins mystères qu'on ne l'établisse par des témoignages de l'Ecriture. Ce Père ajoute : « Ne croyez pas même ce que je vous dis, si je ne vous le prouve par l'Ecriture, sainte. » Saint Cyrille avait raison, et nous pensons encore comme lui. 11 parlait à des fidèles dociles, il était assuré qu'ils ne lui contesteraient pas le sens qu'il donnait aux paroles de l'Ecriture. Mais si ce Père avait eu pour auditeurs des s dateurs de Macédonius, qui niaient la divinité du Saint-Esprit, qui auraient disputé sur le sens de tous les passages, qui lui en auraient opposé d'autres, etc., comment aurait-il prouvé le vrai sens, sinon par la tradition ! Lui-même recommande aux fidèles de garder soigneusement la doctrine qu'ils ont reçue par tradition; il les avertit que s'ils nourrissent des doutes, ils seront aisément séduits par les hérétiques, Catech. 5, à la fin. — Lactance, Divin. Jnstit., lib. vi, c. 21, argumente contre les païens qui ne faisaient aucun cas de nos Ecritures, parce qu'ils n'y trouvaient pas autant d'art ni d'éloquence que dans leurs poètes et dans leurs orateurs. « Quoi donc, dit-il, Dieu, créateur de l'esprit, de la parole et de la langue, ne peut-il pas parler? Par une providence très-sage il a voulu que ses leçons divines fussent sans fard, afin que tous entendissent ce qu'il disait à tous. » Sur ce passage les protestants triomphent. Mais la simplicité du style de l'Ecriture metelle les vérités qu'elle enseigne à la portée de l'intelligence de tout le monde? Si cela était, pourquoi tant de disputes sur les passages mêmes qui paraissent les plus clairs? Pou; quoi tant de commentaires, de noies, d'explications chez les protestants mêmes? Le seul premier verset de la Genèse a donné lieu à des volumes entiers, et le sens en est encore contesté aujourd'hui par les sonnions. Ces courtes paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, sont entendues par les protestants dans trois sens différents. Lactance n'avait à justifier que la simplicité du style de l'Ecriture; il n'est point entré dans la question de savoir si tout le monde pouvait entendre l'hébreu, s'assurer de la fidélité des versions, saisir le vrai sens de tous les passages essentiels, sans danger de se tromper. Vainement on nous répétera ces paroles : Dieu ne peut-il donc pas parler ? Il le peut sans doute, puisqu'il l'a fait : mais encore une fois, il n'a changé ni la nature du langage humain ni la bizarrerie de l'esprit des hommes ; il a parlé aux uns en hébreu, aux autres en grec ; donc il a voulu qu'il y eût des interprètes pour les peuples qui n'entendent ni l'un ni l'autre. Le seul interprète infaillible est l'Eglise, tout autre est suspect et sujet à l'erreur.

Basuage observe que les Pères se servaient contre les hérétiques de l'argument négatif et leur opposaient !e silence do l'E-

criture dans les disputes, mais que ceux-ci le rétorquaient aussi contre les Pères. H établit neuf ou dix règles pour discerner les cas dans lesquels cet argument est ou solide ou sans force. Comme ces prétendues règles ne servent qu'à embrouiller la question, nous nous bornons à soutenir que cet argument était solide contre les hérétiques qui en appelaient toujours à l'Ecriture, comme font encore les protestants, et qui ne pouvaient citer aucune tradition certaine en leur faveur, mais qu'il ne prouve rien contée les Pères ni contre les calholiquos, parce que chez eux la tradition de l'Eglise a loujours suppléé au silence de l'Ecriture ou à son obscurité. Il entreprend de réfuler la règle que donne Vincent de Lérins, savoir, que ce qui a toujours été cru partout doit éire regardé comme véritable; qu'il faut consulter l'antiquité, l'universalité et le consentement de tous les docteurs : Quod ubique, quod semper, qnod < b omnibus creditum

est sequamur universitatem, antiquilatem,

consens i on em ; Commonit ,c. 2. Basuage y oppose, 1° que si l'on doit mettre au nombre des docteurs les apôtres et leurs disciples, il faut donc en revenir à consulter leurs écrits. Qui en doute ? Mais la question est de savoir si, lorsqu'ils gardent le silence ou ne l'expliquent pas assez clairement, on ne doit pas suivre le sentiment de ceux qui leur ont succédé et qui font profession de n'enseigner que ce qu'ils ont appris de ces premiers fondateurs du christianisme. Nous soutenons, avec Vincent de Lérins qu'on le doit, et nous l'avons prouvé. 2J 11 dit que l'ou ne peut jamais connaître le sentiment de l'universalité des docteurs, puisque ceux qui ont écril ne sont pas la millième partie de ceux qoi auraient pu écrire et dont on ignore les opinions. Nous répondons en premier lieu que quand un concile général a parlé, on ne peut plus douter de l'universalilé de la croyance; en second lieu, que ceux qui n'ont pas écrit pensaient comme ceux qui ont écrit, puisqu'ils n'ont pas réclamé. Toutes les fois qu'un évêque ou un docteur s'esi écarté du sentiment généra! de ses collègues, ii a été accusé et condamné, ou pendant sa vie ou après sa mort ; l'histoire ecclésiastique en fournit cent exemples. 3° Il objecte que, parmi ceux qui oni écrit, il n'y en a souvent que deux ou trois qui aient traité une question, et encore n'en ont-ils parlé « qu'en termes obscurs; que s'ils faisaient autorité, les hérétiques en auraient pu citer de leur côié; qu'enfin ce petit nombre a pu se tromper. Nous répliquons que, quand trois ou quatre docteurs de réputation, placés quelquefois à cent lieues l'un de l'autre, se sont exprimés de même sur un dogme, sans exciter nulle part aucune réclamation, aoiia sommes certains que tous les autres ont été de même sentiment. Tout évêque, tout pasteur, s'est toujours cru essentiellement obligé à veiller sur le dépôt de la foi, à élever la voix contre quiconque y donnait atteinte, à écarter de son troupeau tout danger d'erreur : les apôtres le Lur avaient formelle-

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ment commandé et leur en avaient donné I exemple. Aujourd'hui, I s protestants leur

font un crime de ce zèle toujours attentif et prévoyant; ils disent que 1ns Pères étaient des hommes inquiets, soupçonneux, jaloux, querelleurs, toujours prêts à taxer d'hérésie

quiconque ne pensait pas comme eux. Tant mieux, pouvons-nous leur répondra, c'est ce qui rend la ira lition plus certaine ; aucune erreur n'a pu naître impunément. De là même il s'ensuit que les hérétiques n'ont jamais pu citer des docteurs qui aient pensé comme eus, sans avoir fait du bruit et sans avoir été notés. Que chacun des docteurs catholiques ait été capable de se tromper, cela ne fait rien à la question ; nous sommes sûrs qu'ils ne se sont pas trompés, dès qu'ils n'ont pas été blâmés et censurés. Quel docteur mérita jamais mieux d'être ménagé qu'Origènc? Non-seulement on ne lui a passé aucune erreur, mais on ne lui a pas pardonné ses doutes. Si donc quelques-uns n'avaient parlé qu'en termes obscurs, ou les aurait forcés de s'expliquer.

Basnage en impose, lorsqu'il dit que saint Augustin donnait la même réponse que lui aux semi-pélagiens qui alléguaient en leur laveur le sentiment des anciens Pères. Rien n'est plus faux. Ce saint docteur a toujours fait profession de suivre la doctrine des Pères qui l'avaient précédé, et il le prouve en cilant leurs ouvrages. Lorsque saint Prosper lui objecta leur autorité louchant la prédestination, il répondit d'abord que ces saints personnages n'avaient pas eu besoin de traiter cette question, au lieu qu'il avait été forcé d'y entrer pour réfuter les pélagiens, L. de Prœlest., c. 14, n. 27. Mais, après y avoir m eux pensé, il fit voir que les anciens Pères ont suffisamment soutenu la prédestination gratuite, en enseignant que toute grâce de Dieu est gratuite. Sanct. L. de Dono Pers., c. 19 et 20, n. 48-51. Par là même nous voyons de quelle prédestination il s'agissait. Donc saint Augustin était bien éloigné de vouloir s'écarter de leur sentiment; et quand il serait vrai qu'il s'est exprimé autrement qu'eux, nous serions encore en droit de soutenir qu'il a pensé comme eux. « Ils ont gardé, dit-il, ce qu'ils avaient trouvé établi dans l'Eglise ; ils n'ont enseigné que ce qu'ils avaient appris, et ils ont été attentifs à enseigner à leurs enfants ce qu'ils avaient reçu de leurs pères, Contra Jul., lib. n, n. 34. » Voy. Prédestination, Seui-Pélagianis.yje.

Lorsque certains théologiens déclarent qu'ils s'en tiennent au sentiment de saint Augustin seul, sur les matières de la grâce et de la prédestination, ils méritent qu'où leur demande s'ils sont soudoyés par les protestants, pour annuler la tradition des quatre premiers siècles de l'Eglise, et pour supposer que ce saint docteur en a établi une nouvelle qui a subjugué toute l'Eglise : c'était ce que voulaient Luther et Calvin. Que Basnage et ses pareils taxent de semipéligianisme Vincent de Lérins , cela ne nous surprend pas ; ils ne lui pardonneront

jamais 1.» netteté, la force, la sagacité avec. laquelle il a établi l'autorité de la tradition; mais que des théologiens qui se disent catholiques appuient cette accusation et n'en voient pas les conséquences, cela est Irèsétonnanl. — Si nous avions trouvé des objections plus fortes dans quelque auteur protestant ou ailleurs, nous ne les aurions pas passées sous silence; mais ce que nous avons dit suffit pour démontrer que nos adversaires, en attaquant la tradition, n'ont pas seulement compris le véritable état de la question (1).

TRADUC1ENS, c'est le nom que les pélagiens donnaient aux catholiques par dérision, parce que ceux-ci soutenaient que le péché originel passe et se communique des pères aux enfants, traducitur; et que plusieurs, pour concevoir celte communication, avaient imaginé que l'âme d'un enfant émane de celle de son père, et naît ex traluce. Pendant longtemps saint Augustin pencha vers cette opinion, parce qu'elle lui semblait la plus commo le pour expliquer la transmission ou la transfusion du péché originel, mais il ne l'embrassa jamais positivement ; il semble même l'avoir abandonnée dans son dernier ouvrage contre les pélagiens. Ces hérétiques avaient évidemment tort, quand ils exigeaient qu'on expliquât comment cela se fait : dès qu'un dogme est clairement révélé par l'Ecriture sainte et par la tradition, il est absurde d'examiner si nous pouvons ou si nous ne pouvons pas le comprendre : c'est supposer que Dieu ne peut pas faire plus que uous ne concevons, et que noire intelligence très- bornée est la mesure de la puissance, de la sagesse et de la justice divine. Oa ne doit cependant pas blâmer les Pères de l'Eglise, parce qu'ils on; tenté d'expliquer jusqu'à un certain point nos mystères et de les accorder avec les notions de la philosophie, afin de satisfaire aux reproches et aux objections des hérétiques et des incrédules. Voy. Péché Originel, Pélagiens.

Quoique l'Ecriture sainte n'enseigne pas positivement que Dieu crée les âmes en détail à mesure qu'il se forme de nouveaux corps, c'est cependant le sentiment le plus probable. En effet, il n'y a aucune raison de penser qu'à la naissance du monde Dieu a exercé tout son pouvoir créateur , et qu'il a résolu de ne plus en faire aucun usage. Il n'est donc pas étonnant que le sentiment dont neus parlons soit devenu la croyance géné-

(1) 11 y a quatre sources principales de traditions : 1° la croyance el la pratique géri raie ei universcll • de loule l'Edise {Voy. Croyances générales); 2° la liturgie entendue dans son acception la plus générale, c'est-à-dire les prières, les hymnes, le cube prescrit soit pour la célébration des saints mystères, soit pour l'administration des sacrements (Voy. Liturgie) ; 3' les écrils des Pères, lorsqu'ils sont unanimes pour nous présenter une doctrine comme révétért (Voy. Pères); V les décisions dogmatiques dé l'Eglise : l'Eglise éianl infaillible, lorsqu'elle nous enseigne une vérité comme rév.-lée, nous devons croire qu'elle l'ait certainement. ( Voi/.Oivjtititio.vs

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raie do l'Eglise. Beausobro a fort mal raisonné, lorsqu'il a dit que 1 hypothèse de la préexistence des âmes fait honneur à Dieu, parce qu'elle suppose que sa puissance et sa bonté n'ont jamais été sans agir et sans se communiquer aux créatures , Hist. du Manich., I. vi , c. 1 , § 15. C'est justement pour Cela qu'il y a lieu de croire que Diea agit encore en créant de nouvelles âmes.

TRADUCTION. Voy. Version.

TRAIT de la messe. Suite de plusieurs versets qui se chantent à la messe , et qui succèdent au graduel. Autrefois ces versets étaient chantes, tantôt sans interruption, traetîm, par un seul chantre , et tantôt par plusieurs allcrnativement.Comme un psaume avait quelque chose de plus triste quand il était continué par une seule personne que quand plusieurs chantres se répondaient, l'usage s'est établi, dans les temps consacrés à la pénitence ou à la mémoire de la passion du Sauveur , et dans les messes pour les morts, de f; ire chanter en trait les versets, par un seul ou par deux chantres auxquels le chœur ne répond point. Dans les jours de fêtes consacrés à la joie, au lieu de irait on chante alléluia, et il est répété par le chœur. Lebrun, Explic. des cérémonies de la triasse, tome l, pig. 205.

TRANSFIGURATION de Jésus - Christ.

Nous lisons dans saint Matthieu , c. xvn, dans saint Marc, c. îx , et dans saint Luc, c. îx, que le Sauveur conduisit ses disciples, Pierre, Jacques et Jean , sur une montagne haute et écartée ; que pendant sa prière son visage devint resplendissant comme le soleil, et ses vêlements d'une blancheur éblouissante; que Moïse et Elieapparurent et s'entretinrent avec lui de ce qu'il devait souffrir à Jérusalem; qu'ils furent environnés d'une nuée lumineuse de laquelle sortit une voix qui dit : « Voilà mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances; écoutez-le. Les évanjiclisles ajoutent qu'à la vue de ce spectacle, Pierre s'écria : Seigneur, nous sommes bien ici, faisons-y trois tentes, unepour vous, une pour Moïse, et une pour Elle, ne sachant ce qu'il disait ; que les trois disciples effrayés tombèrent sur leur visage; que Jésus les releva, les rassura et leur défendit de publier ce miracle avant sa résurrection. On conjecture qu'il arriva environ deux ans avant sa mort. Pour le révoquer en doute, quelques incrédules ont dit que ces trois disciples dormaient, saint Luc le remarque expressément ; qu'ainsi ce fut un rêve. Mais li ois hommes ne rêvent pas de même; lorsque ces trois disciples tombèrent par terre, que Jésus les releva et leur parla en descendant de la montagne , ils ne rêvaient pas. Pourquoi leur défendre de publier pour lors ce qu'ils avaient vu, s'il avait voulu les retenir dans l'erreur? Toutes les circonstances démontrent que Jésus-Christ ne recherchait ni sa propre gloire ni à tromper ses disciples ; que par des prodiges de toute espèce il voulait les convaincre pleinement de sa mission , et les prémunir contre le scandale de ses souffrances et de sa mort. Une preuve

que les apÔlres ne pensaient pas non plus à multiplier ses miracles, c'est que saint Jean, qui avait été témoin de celui-ci , n'en pari? point dans ses écrits; saint Pierre en a fait mention très-brièvement , Epist. II , cap. i, v. 17.

La fête de la Transfiguration est ancienne dans l'Eglise, puisqu'au vf siècle, saint Léon a fait un sermon sur ce sujet. Saint lldefonse, évêque d'Espagne en 845, en parle comme de l'une des grandes solennités do l'année ; Baronius en a trouvé la mémoire dans un martyrologe de l'an 850. Ainsi, lorsque l'an 1152, Pothon , prêtre de Prum, la regardait comme une nouvelle fêle établie par des moines , il était mal informé. En 1457, le pape Calixte 111 ordonna qu'elle fût célébrée par un ofGce propre, et avec les mêmes indulgences que la fête du saint sacrement ; cela prouve qu'elle n'était pas alors solennisée partout , mais non qu'il en fût l'instituteur, comme quelques-uns l'ont cru. Vie des Pères et des martyrs , t. VII, p. 172; Thomassin, Traité des fêtes, I. n, c. 19, 8 1'» et 15.

TRANSLATION (1) [Droit canonique] est l'acte par lequel on transfère un ecclésiastique ou un bénéfice d'un lieu à un autre. Ainsi l'on distingue deux sortes de translations , l'une des personnes , et l'autre de* choses ou bénéfices.

§ I". Delà translation des bénéfices. — Celte translation est à temps, ou à perpétuité. La translation à temps est moins une translation qu'une desserte de bénéfice. Elle a lieu, par exemple , lorsqu'une Eglise paroissiale est transférée à une église voisine ou à une succursale de la même paroisse, soit à cause de la ruine de l'édifice , soit à cause du défaut d'habitants, lille se fait par l'autorité de l'évéque, et n'apporte aucun changement, quant au titre , soit de l'église abandonnée, soit de celle où se fait la translation. La première n'est point privée de son titre d'Eglise paroissiale , et l'autre reste toujours telle qu'elle était auparavant. 11 n'en est pas de même des translations à perpétuité ; c'est à leur occasion que s'appliquent ces paroles de saint Denis, pape: Ecclesias singulas singulis presbyteris dedimus , et cœmeteria eis dividimus, et unicuique propriam habere statuimus. Ces translations se font parla suppression du titre de l'église que l'on veut quitter , et par la nouvelle création de ce même titre dans l'église que l'on veut occuper. Leur effet est de changer l'état du bénéfice transféré , et de lui faire perdre ses privilèges, Elles ne peuvent se faire sans de grandes causes : le concile de Trente en a spécifié plusieurs, Sess. xxi, de Réf., cap. 4; savoir, la distance des lieux, le mauvais état des chemins, et les dangers pour arrivera l'église. Les causes pour les translations d'évécliés , sont: i° la petitesse du lieu; 3" le mauvais état des bâtiments, ou leur état de ruine; 3° le petit nombre du clergé séculier et régulier ; 4° le défaut de population en gé-

(I) .\"licle reproduit d'npiès l'édition de Liège,

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