TRÊVE DE DIEU OU DU SEIGNEUR
Pendant le. cours du xr siècle , lorsque les seigneurs ne cessaient de se faire la guerre entre eux , et ne connaissaient d'autre voie que les armes pour venger leurs injures réelles ou imaginaires , les évoques cherchèrent un moyen d'arrêter ce brigandage, qui rendait les peuples malheureux. 11 fut ordonné dans plusieurs conciles, sous peine d'excommunication, à tous les seigneurs et chevaliers, de cesser tontes hostilités depuis le mercredi au soir de chaque semaine jusqu'au lundi suivant, et pétulant l'avent et le <:arêtne. L'on obtint ainsi pour les peuples quelque lemps de repos et de sûreté. L'époque la plus ancienne à laquelle on puisse rapporter celle institution, est l'an 10J2 ou 103^. Peu à peu elle fut adoptée en France cl en Angleterre, mais non sans résistance , gurlout de la pa-t des Normands. Elle fut confirmée par le p ipe Urbain lî, au concile tenu à Ciermont l'an 10'îo. Ainsi les motifs de religion produisirent sur des âmes féroces l'effet qu'auraient dû îaiie la raison cl Ses principes de juslice. C'est aux historiens de rapporter les époques de cel établissement dans les différentes contrées , les variétés que l'on y introduisit, les infractions qu'il essuya, etc. Autant les seigneurs cherchaient à le restreindre, autant le clergé travaillait à l'étendre et à l'augmenter. Le grand nombre des conciles assemblés à ce sujet dans l'Aquitaine , dans les Gaules, en Allemagne, cm Espagne et en Angleterre, pour confirma- celle institution salutaire, montre assez
la grandeur des maux qui affligeaient les peuples, et les obstacle? qu'il y avait à surmonter pour établir en Europe une espèce de police. Les plus zélés prédicateurs de la trêve de Dieu furent saint Odilon , abbé de Cluni, et le bienheureux Richard , abbé de Vannes , auxquels se joignirent les plus sainis personnages qui vivaient pour lors, soit dans le clergé, soit parmi les laïques; et l'application avec laquelle plusieurs souverains vertueux travaillèrent à cette bonne œuvre, n'a pas peu contribué à leur faire décerner un culte après leur mort. Les croisades entreprises sur la fin de ce môme siècle contribuèrent encore plus efficacement à éteindre le feu des guerres particulières. Voy. Du Cange, au mot Treva Dei.
TRIBU, famille. Les Israélites formèrent entre eux douze tribus, selon le nombre des enfants de Jacob ; mais ce patriarche ayant adopté en mourant les deux fils de Joseph , Ephraïm et Manassé, il se trouva ainsi treize chefs de tribus, savoir, Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issachar, Zabulon, Dan, Nephtali, Gad, Aser, Benjamin, Ephraïm et Manassé. Cependant la Palestine ou terre promise ne fut partagée qu'entre douze tribus; celle de Lévi n'eut point de part au partage , parce qu'elle était consacrée au service religieux. Mais Moïse avait pourvu à sa subsistance, en assignant aux différentes familles de lévites leur demeure dansles villes des douze autres tribus, avec une pe tite étendue de territoire, et en leur attribuant la dime des fruits, les prémices et les oblalions du peuple. Jacob au lit de la morl avait prédit à celte tribu qu'elle serait dispersée dan9 Israël, Gen., c, xlix, v. 7. Son sort n'était donc pas capable d'exciter la jalousie des autres. Voy. Lévite.
Après la morl de Saiil leur premier roi, dix tribus demeurèrent attachées à Isboseth son fils. David son successeur ne régna d'abord que sur les deux tribus de Juda cl de Benjamin ; mais après la mort d'Isboselh , toutes se réunirent sous l'obéissance de David. Autant que l'on en peut juger par conjecture, l'origine de celle première séparalion fut la jalousie des autres tribus contre celle de Juda qui était la plus nombreuse, et à laquelle le sceptre de la royauté avait été promis par le testament de Jacob, t'Ait?. Elles relardèrent tant qu'elles purent l'exécution de celte promes-e. Ce fut aussi le germe du schisme qui se fit entre elles sous le règne de Roboam, fils de S tlomon : dix tribus se révoltèrent , se donnèrent un roi particulier, et furent nommées le royaume d'Israël, dont la capitale était Samaric; les deux seules tribus de Juda et de Benjamin demeurèrent (idèles à Roboam et à ses successeurs ; elles furent appelées le royaume de Juda, dont le chef-lieu état Jérusalem. Il y eut des dissensions et des guerres presque continuelles entre les souverains de ces deux royaumes ; presque tous les rois d'Israël tombèrent dans l'idolâtrie et y entraînèrent leurs sujets; ceux de Juda retinrent ordinairement les leurs dans l'obsrrv,.-
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lion de la loi du Seigneur. Celle division continua jusqu'à la captivité de Babylonc.
11 nous parait qu'à n'envisager que l'intérêl politique, la distribution de la Dation entière en différentes tribus , dont les possessions étaient séparées , et qui ne formaient entre elles aucune alliance, devait produire de très-bons effets. Elle attachait chaque tribu au sol qui lui était tombé en partage , elle mettait chaque chef de famille dans la nécessité de faire valoir sa portion, et de conserver ainsi l'héritage de ses pères. Elle prévenait l'agrandissement des familles ambitieuses, par conséquent les usurpations qu'elles auraient pu faire , et entretenait l'égalité entre tous les membres de l'Etat. Il ne pouvait en résulter le même inconvénient que cause parmi les Indiens la distinction des castes ou des tribus : la séparation de celles-ci, fondée sur des idées fausses et sur une croyance absurde, produit la haine, le mépris, l'aversion des castes supérieures à l'égard des autres ; la distinction des Juifs en différentes familles toutes égales les faisait souvenir qu'ils étaient tous nés du sang de Jacob, et obligés de se regarder comme frères. Voy. Juifs.
TKIMTAIRES, terme qui a reçu différentes significations arbitraires. Souvent l'on s'en est servi pour désigner toutes les sectes hérétiques qui ont enseigné des erreurs louchant le mystère de la sainte Trinité, en particulier les sociniens ; mais il est beaucoup mieux de les appeler unitaires, comme on le fait aujourd'hui. Ce sont eux qui ont coutume de donner le nom de trinitaires et dialltanaciens aux catholiques et aux protestants, qui reconnaissent un seul Dieu en trois personnes, et qui professent le symbole de saint Athanase. Voy. Sociniens.
Trixitaires, ordre religieux , institué à l'honneur de la sainte Trinité, pour la rédemption des chrétiens réduits à l'esclavage «liez les infidèles. On les appelle en France mnthurins , par* e que la première église qu'ils ont eue à Paris, et qui leur fut donnée par le chapitre de la cathédrale , était sous l'invocation de saint Mathurin. Ils sont habillés de blanc et portent sur la poitrine une croix mi-p;irlie de rouge et de bleu. En faisant profession ils s'engagent à travailler au rachat des chrétiens détenus en esclavage d;ins les répnbii pies d'Alger, de Tripoli, de Tunis, et dans les royaumes de Fez et de Maroc; ils emploient à celte bonne œuvre le liers du revenu de leurs maisons et les aumônes qu'ils peuvent recueillir dans les dif- Cérentes provinces. Us sont sous une règle particulière, quoique plusieurs auteurs aient cru qu'ils suivaient celle de saint Augustin. Cet ordre prit naissance en France, l'an 111)8, sous le pontifical d'Innocent 111; ses fondateurs lurent saint Jean de Matha et saint Fclix. de Valois. Le premier était né à Faucon en Provence; le second était probablement originaire de la petite province de Va ois dans la Brie, el non de la famille royale de Valois, qui ne commença que plus d'un siècle après. Gauthier de Cliâtillon leur
donna dans ses terres un lieu nommé Ctrfroid, dans la Brie « au diocèse de Meiu\, pour y bâtir un couvent qui est devenu le chef-lieu de tout l'ordre. Ce nom paraît être une corruption des mots celtiques, sartu fréta , terrain défriché. Voy. le Dict. de Ducange. Honoré III confirma leur règle qui était très-austère dans l'origine : les religieux ne devaient manger ni viande ni poisson, excepté les jours de grandes fêtes; ils vivaient d'œufs, de laitage, de légumes assaisonnés d'huile, il leur était défendu de voyager à cheval. Mais en 1267, Clément IV comprit qu'il était moralement impossible à des religieux obligés de voyager souvent et de séjourner parmi les infidèles, d'observer constamment un régime aussi austère : il leur accorda un adoucissement en leur permettant de se servir d'un cheval, de manger du poisson et de la viande.
Les trinilaires possèdent environ deux cent cinquante maisons distribuées en treize provinces, dont six sont en France, trois en Espagne, trois en Italie, et une en Portugal. Ils ont eu autrefois quarante-trois maisons en Angleterre, neuf en Ecosse, el cinquantedeux en Irlande. La prétendue réformation, en détruisant ces établissements inspirés par la charité, a fait cesser dans ces royaumes la bonne œuvre à laquelle ils étaient consacrés.
En 1573 et en 1576, dans les deux chapitres généraux tenus pour lors, il se trouva un nombre de religieux assez fervents pour souhaiter de reprendre l'observation de la règle dans toute la rigueur primitive, comme l'avaient déjà fait plusieurs en Portugal, l'an lk5i. On leur en laissa la liberté, cl on leur assigna des maisons où ils pourraient exécuter leur dessein ; Grégoire XIII et Paul V approuvèrent cette réforme. Le frère Jérôme Hallies, religieux français, l'établit dans le couvent de Home, et trois ans après dans celui d'Aix en Provence. II ajouta aux anciennes austérités la nudiié des pieds; do là l'origino des trinilaires déchaussés. Ce nouvel institut fut introduit en Espagne, l'an 1594, par le P. Jean- Baptiste de la Conception, mort en odeur de sainteté Fan 1613; l'on désigna dans chaque province deux ou trais maisons pour ceux qui voudraient s'y astreindre, en leur laissant néanmoins la liberté de retourner dans leur ancien couvent quand bon leur semblerait.
Peu à peu celte réforme fit des progrès en Lalie, en Allemagne el en Pologne. En 1670, les réformés eurent assez de maisons en France pour en former une province, et dans celte même année ils tinrent leur premier chapitre général.
En 1G35, Urbain VIII commit par un bref le cardinal de la Rochefoucauld pour établir plus de régularité dans les maisons de trinilaires dans lesq :elles il y avait du relâchement. Coriiéquemment ce cardinal rendit un décret par leijuel il fut ordonné aux religieux d'observer la règle primitive, lello qu'elle avait été mitigée par Clément IV. Cela fut éxécu'é dans la plupait de> cou-