‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 153 sur 219 · TU · texte numérisé non relu

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prend Un guide et se lie ù lui, persuada de l'expérience de cet homme et de sa probité, etc. Avons-nous tort de croire à la parole de Dieu, pendant qu'à tout moment nous sommes forcés de nous en rapporter à celle dos hommes? I! y a lieu d'espérer que si les incrédules parviennent à bannir de l'univers la foi divine, du moins iis ne détruiront pas la foi humaine.

11 est fâcheux que les protestants aient ouvert la porte au socinianisme, dont les principes conduisent a de si affreuses conséquences. On sait que Luther et Calvin ont pirlé de la Trinité d'une manière très-pen respectueuse, et malheureusement leurs sectateurs tiennent souvent à peu près le même langage. Ils disent que le mot trinité n'est point dans l'Ecriture sainte, que Théophile d'Antioche est le premier qui s'en soit servi, que l'Eglise chrétienne lui est très-peu redevable de cette invention; que l'usage de ce terme et de plusieurs autres, inconnus aux écrivains sacrés, et auxquels les hommes n'attachent aucune idée, ou seulement de fausses, a nui à la charité et à la paix, sans les rendre plus savants, et a occasionné des hérésies très-pernicituses. Ce dernier fait est absolument faux : saint Théophile n'a vécu que sur la fin du IIe siècle; dès le premier cl du temps des apôtres, Simon le Magicien, Cérinthe, les gnostiques, avaient dogmatisé contre le mystère de la Trinité , contre l'incarnation, contre la divinité de Jésus-Christ : saint Jean les a réfutés dans ses lettres et dans son Evangile; ces mystères ne s'accordaient point avec les éons des valenliniens , avec leurs généalogies, dont saint Paul a parlé au commencement du second ; les ébioniles, les carpocra'iens, les basilidiens, les ménandriens, les différentes branches de gnostiques, ne croyaient pas plus à la Trinité ni à l'incarnation que leurs prédécesseurs; saint Ignace, mort l'an 107, les attaque dans ses lettres ; leur système, forgé dans l'école d'Alexandrie, était incompatible avec tous nos mystères. Les disputes et les hérésies avaient donc commencé longtemps avant l'invention du terme de trinité ; celles de Praxéas, de Noël, de Saliellius, de Paul de Samosate, d'Arius, etc., qui sont venues à la suite, n'étaient qu'une prorogation des premières. D'ailleurs, qu'a fait saint Théophile, sinon d'exprimer par un seul mot ce qui avait été dit par saint Jean dans le célèbre passage dont nous avons prouvé l'authenticité? Ce n'est donc pas ce mol qui a occasionné les disputes et qui a troublé la paix; c'est le fond et la subsîance même du mystère, que les raisonneurs entêtés n'ont jamais pu se résoudre à croire; il ne sied guère à ceux qui ont allumé le feu de crier contre l'incendie.

D'autres disenl que, pendant les trois premiers siècles, on n'avait rien prescrit à la foi des chrétiens sur ce mystère, du moins sur la manière dont le Père, le Eiis, et le Saint-Esprit sont distingués l'un de l'autre, ni fixé les expressions dont on devait se servir; que les docteurs chrétiens avaient

différents sentiments sur ce sujet, Mosheim, Hisl. ecclés., iv* siècle, tr partie, c. 5, § 9 ; Hist. christ., ssec. m, § 31. Nouveau trait de témérité; dès le temps des apôtres, la foi des chrétiens était prescrite par les paroles de Jésus Christ, qui sont la forme du baptême, comme saint Hilaire l'a remarqué, en nommant le Père, le Fils, et le Suint-Esprit; tout fidèle savait que l'un n'est pas l'autre, que chacun des trois est Dieu, que cependant ce ne sont pas trois dieux : nous n'en savons pas plus aujourd'hui. Aussitôt que des raisonneurs voulurent l'entendre autrement, ils furent regardés comme hérétiques. Tous les docicurs chrétiens étaient donc de même sentiment, lors même que leurs expressions étaient différentes. Mosheim luimême a remarqué que, chez les anciens Pères, les mots substance, nature , forme, chose, personne, ont la même signification, Dissert, sur l'hist. ecclés., I. Il, p. 533, 53'*-. Ce n'est plus de même aujourd'hui, parce que les équivoques el les sophismes des hérétiques ont forcé les Pères à y mettre de la distinction. Il y a donc de l'injustice à juger de leur sentiment par des expre>sions qui ne sont plus conformes au langage actuel de la théologie.

Mosheim a commis une faule encore plus griève, en disant que les chrétiens d Egypte pensaient comme Origène, savoir que le Fils était à l'égard de Dieu ce que la raison est dans l'homme, et que le Saint-Esprit n'était que la force active ou l'énergie divine. 1° Il aurait fallu citer le passage dans lequel Origène s'est ainsi exprimé. Les éditeurs de ces ouvrages onl fait voir qu'il a soutenu que les personnes sont trois êlreâ subsistants, réellement distincts, el non trois actions ou trois dénominations, Origenian., c. 2, q. 1, fié V.2°ll est faux que les chrétiens d'Egypte aient été dans l'opinion que ce critique leur prête; il n'en a donné aucune preuve. En réfutant le sen:iment faux d'un auteur moderne, il admet en Dieu une seule substance absolue, et trois substances relatives; ce n'est point ainsi que parlent ordinairement les orthodoxes ;auraitil trouvé bon que son adversaire le taxât d'hérésie ? L'on a commis une infinité d'autres injustices à l'égard d'O-

rigene.

Beausobre, dans son Hist. du Manich., I. m, c. 8, § 2, dit que les Pères, pour réfuter les ariens, qui accusaient les catholiques d'admettre trois dieux, soutinrent, 1° que la nature divine est une dans les trois personnes, comme la nature humaine est une dans trois hommes , ce qui n'est qu'une unité par abstraction, une unité d'espèce ou de ressemblance, et non une véritable unité; 2° que celte unilé esl cependant parfaile, parce que le Père seul esl sans principe, a.u lieu que les deux autres tirent leur origine du Père, et en reçoivent la communication de (ous les attributs de la nature divine. Il cite en preuve de ce fait Pétau, de Trinil., I. iv, c.9, 10 e! 12, et Cudworth, Syst. intel., c. iv, § 36, p. 390.

Si ces critiques protestants avaient élé de

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bonne fui, ils auraient avoue ce que Pelau a prouvé, ibid., c. IV el scq., savoir, 1° que les mêmes Pères, qu'il a cilés nommément, se sont ensuite expliqués plus correctement; qu'ils ont admis dans la nature divine l'unité numérique, la singularités la parfaite simplicité; 2" qu'ils ont donné de celte unité deux autres raisons essentielles, savoir la singularité d'action el la ciratminccssion, ou l'existence intime des trois personnes l'une dans l'autre, suivant ces paroles de Jésus- Christ : Je fais les cruvres de mon Père....; mon Père est en moi et moi en lui {Joan., i, 37, 38). Comme les purs ariens soutenaient que le Fils de Dieu est une créature, ils n'avouaient point qu'il participe à tous les attributs de la Divinité, surtout à l'éternité du Père. 11 fallait donc établir contre eux que le Fils et le Saint-Esprit participent aussi réellement à tous les attributs de la nature divine, que trois hommes participent à tous les attributs de la nature humaine, c'est par là que les Pères commençaient; mais ce n'est là, pour ainsi dire, que le premier degré île l'unité; le second est l'unité d'origine de la seconde et de la troisième personne; le troisième est l'unité d'action entre toutes ies trois ; le quatrième est l'existence iutime ou la eUreutnincession. 11 ne faut donc pas couper la chaîne du raisonnement des Pères, pour se donner la satisfaction de les accuser d'erreur. Au mot Emanation, nous avons prouvé la fausseté des autres reproches que Beausubre a laits aux Pères sur ce même sujet.

Plusieurs censeurs ont affecté de dire que les Pères, en voulant expliquer ce mystère, ont employé des comparaisons, qui , prises à la lettre, enseignent des erreurs. Mais ces saints docteurs ont eu soin d'avertir qu'aucune comparaison tirée des choses créées ne pouvait repondre à la sublimité de ce mystère, ni en donner une idée claire ; c'est donc aller contre leur in'.enlion de vouloir les prendre à la lettre. Mosheim a cité à ce sujet saint llilaire, saint Augustin, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Jean Damascène, Cosmas Indicopbules, on pourrait en ajouter d autres; Xoles sur Cudworth, p. 920. Eu cela les Pères n'ont fait qu'imiter les apôtres. Saint Jean compare Dieu le Fils à la parole el à la lumière; sainl Paul dit qu'il est la splendeur de la gloire et la figure de la substance uu Père, elc. Ces comparaisons ne peuvent certainement nous donner une idée claire de la nature du Fils de Dieu.

D'autres enfin ont été scandalisés de ce qu'a dit saint Augustin, de Triait., lib. v, c. 9 : « Nous disons une essence, et trois personnes, comme plusieurs auteurs latins trèsrespectables se sont exprimés, ne trouvant point di; manière plus propre à énoncer par des paroles ce qu'ils entendaient sans parler. En effet, puisque le Père n'est pas le Fils, que le Fils n'est pas le Père, et que le Saint- Esprit, qui est aussi appelé un don de Dieu, n'est ni le Père ni le Kils, ils sont trois sans doute. C'est pour cela qu'il est dit au pluriel : Mon Pàe cl moi sommes une même

chose. Mais quand on demande : Que sont ces trois ? le langage humain se trouve bien stérile. On a dit cependant trois personnes, non pour dire quelque chose, mais pour ne pas demeurer muet, a De là les incrédules ont conclu que, suivant saint Augustin, tout cei]tic l'on dit de la Trinité ne signifie rien. — 11 ne signifie rien de clair, nous en convenons; mais il exprime quelque chose d'obscur, comme les mots lumière, couleur, miroir, perspective, etc., dans la bouche d'un aveugle-né; il n'est pas pour cela blâmable de s'en servir. Si, en pariant de la sainte Trinité, l'on veut concevoir la nature et la personne divine, comme l'on conçoit une nature el une personne humaine, on* ne manquera pas de conclure comme les incrédules, qu'une seule nature numérique en Irois personnes distinctes est une contradiction. Mais on raisonnera aussi mal qu'un aveugie-né, qui, en corn aranl la sensation de la vue avec celle du tael, soutiendrait qu'une superficie plate telle qu'un miroir et une perspective ne p«-ut pas produire une sensation de profondeur. Voy. Àîystèiie.

De tous les articles de notre loi, il n'en est aucun qui ait été attaqué aussi promptement, avec autant d'opiniâtreté, et par un aussi grand nombre de sectaires , que la Trinité; nous lavons déjà observé. Les différentes manières dont ils s'y prirent, l'abus qu'ils firent de tous les termes de l'Ecriture Cl du langage ordinaire, hssoph smes qu'ils accumulèrent, ont forcé les théologiens anciens et modernes à donner des explications, à fixer le sens de tous les mots, à déterminer les expressions desquelles on ne doit pas s'écarter. Beausobre lui-même, tout injuste qu'il est à leur égard, convient que les Pères n'ont pas pu se dispenser d'expliquer en quel sens Jésus-Christ est Fils de Dieu. Jlist. du Munich., I. m, c. G, § 1. Cependant les unitaires el leurs partisans ne cessent de demander, pourquoi vouloir expliquer ce qui est inexplicable, forger de nouveau mois qui ne nous donnent aucune idée claire, el qui ne servent qu'à multiplier les disputes ? pourquoi ne pas s'en tenir aux paroles simples et précises de l'Ecriture sainte ? Parce que les hérétiques n'ont pas cessé d'en abuser et qu'ils en abusent encore ; parce qu'à l'ombre des expressions de l'Ecriture, ils trouvent le moyen de croire el d'enseigner tout ce qui leur plaît. Il serait fort singulier qu'ils eussent le privilège d'expliquer l'Ecriture sainte à leur manière, el que l'Eglise catholique n'eût pas le droit de s'opposer à leurs explications, et d'en donner de plus orthodoxes. Voyons donc si celles des théologiens catholiques sont moins solides que les leurs, el si elles ne sont pas mieux fondées sur l'Ecriture sainte.

§ III. Apologies du langage des Pères de l'Eglise et des théologiens. Nous disons : 1" qu'il n'y a en Dieu qu'une seule nature, une seule essence, éternelle, existante de soi-même, infinie, etc., puisque l'Ecriture nous enseigne, comme une vérité capitale, qu'il n'y ■■>. qu'un Dieu. Il a fallu s'exprimer

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«•îinsi contre les païens, contre les marcionites et les manichéens, contre les trilhéisti'S ; contre tous ceux qui ont reproché aux catholiques d'adorer trois dieux. On leur a soutenu que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas trois dieux, parce qu'ils ont une seule et même nature ou essence numérique, et possèdent tous trois, sans aucune division, tous les attributs essentiels de la divinité.

2" Nous Appelons le Père, le Fils et le Saint-Esprit, trois personnes, c'est-à-dire trois êtres individuels , subsistant réellement en eux-mêmes. Cela était nécessaire pour réfuter ceux qui ont prétendu autrefois, et ceux qui prétendent encore, que le Fils et le Saint-Esprit ne sont que des noms, des opérations, des manières de considérer la Divinité : explications fausses des termes de l'Ecriture, auxquelles il a fallu en opposer de plus vraies. Chez les auteurs profanes, personne signifie souvent, aspect, figure, apparence extérieure; mais nousavons fait voir que saint Paul y a donné un sens tout différent, et que les Pères et les théologiens ont été obligés de l'adopter. Voy. Personne.

3° Ils disent que le Fils lire son origine du Père par génération, terme consacré dans l'Ecriture, Ad. , cap. vin, v. 33, et dans tous les passages où le Fils de Dieu est appelé Unigenims, seul engendré. Us ajoutent que celle génération ou naissance n'est point une création, parce que si le Fils était une créature, il ne serait pas Dieu; que ce n'est pas non plus une émanation dans le sens que l'entendaient les phiio ophos : lorsqu'ils disaient que les esprits sont nés du Père de toutes choses, ils supposaient que celle production élail un acte libre de la volonté du Père, au lieu que Dieu le Père a engendré son Fils par un acte nécessairede l'entendement divin : c'est pour cela que le Fils est coéternel au Père. D'ailleurs ies philosophes concevaient l'émanation des esprits comme un détachement ou un partage de la nature divine : or, il est évident que Dieu étant pur esprit, sa nature, son essence est indivisible. Si donc les Pères de l'Eglise, pour exprimer la génération du Fils de Dieu, se sonl servis des termes émanation, probole ou prolation, production, etc., ils n'y ont point attaché le même sens que les philosophes. Voy. Emanation.

Il faut remarquer que plusieurs des Pères auléiieurs au concile de Nicée ont attribué à Jésus-Christ deux générations ou deux naissances, avant celle qu'il a reçue de la vierge Mark; : l'une éternelle, en vertu de laquelle il est appelé Unigeniius, seul engendré, et par laquelle il est demeuré dans le sein du Père; l'autre temporelle el qui a précédé la création. Uni à une âme spirituelle beaucoup plus parfaite que tous les autres esprits, le Verbe est ainsi sorti en quelque manière du sein de son Père , et lui a servi de ministre et comme d'instrument pour créer le monde. C'est sous celte forme que saint Paul l'appelle le premier-né de toute créature...., dans lequel et par lequel toules choses visi-

bles et indivisibles ont été créées ><Coloss. i, 15, 1G). Les ariens n'admettaient que celte seconde naissance du Verbe, et niaient la première ; les sociniens font encore de même, mais les Pères soutenaient l'une et l'autre. Ils appliquaient à la seconde ce que saint Paul a dit, que Dieu a fait les siècles par son Fils (Hebr. i, 2), et que les siècles ont été arrangés par le Verbe de Dieu; au lieu que par la première le Verbe est coéternel et consubslaniiel au Père : mais ils pensaient que saint Jean a parlé de l'une et de l'autre, lorsqu'il a dit que le Verbe était au commencement, qu'il était en Dieu, et qu'il élail Dieu; ensuite que toutes choses ont été faites par lui (Joan. î, 1). C'est faute de celte observation que le P. Pélau el d'autres ont cru trouver dans les Pères antérieurs au concile de Nicée des passages qui ne sont pas orthodoxes. Voyez Bullus, Defens. fidei Nicœnœ, sect. 3, c. 5, th. 2. Au mot Verbe, nous montrerons pourquoi, avant le concile de Nicée, les Pères ont beaucoup parlé de la seconde génération du Verbe, et pourquoi les Pères postérieurs à ce concile ont principalement insisté sur la première.

h" Les Pères el les Ihéologiens enseignent que le Saint-Esprit lire son origine du Père el du Fils, non par génération, mais par procession , autre terme tiré de l'Ecriture sainte, Joan., c. xv, v. 26. Dans les disputes contre les ariens il s'agissait principalement de la divinité du Fils de Dieu; il ne fut pas beaucoup question du Saint-Esprit; mais, environ soixante ans après, Macôdonius, patriarche de Constanlinople, ayant eu la témérité de nier la divinité de cette troisième personne de la sainte Trinité, les Pères furent obligés de discuter tous les passages de l'Ecriture sainte qui concernent ce dogme, et de réfuter les objections des macédoniens. Ainsi ces personnages respectables n'ont élevé aucune question par vaine curiosité, ou par envie de disputer, mais par nécessité et selon le besoin actuel de l'Eglise.

5° Pour contenter les raisonneurs, pour éclaircir les subtilités de leur logique, pour prévenir l'abus et la confusion des termes, il a fallu établir une différence entre la génération du Verbe et la procession du Saint- Esprit; l'on a cru pouvoir le faire jusqu'à un certain point par une comparaison liréc de nous-mêmes. On a dil que le l'ère engendre son Fils par un acte d'entendement ou par voie de connaissance; que le Saint- Esprit procède du Père el du Fils par amour de l'un pour l'autre, ou par un acte de volonté; et l'on s'est encore fondé à cet égard sur l'Ecriture sainle. Dieu, se connaissanî lui-même nécessairement et de toute éternité, produit un terme de celle connaissance, un Etre égal à lui-même, subsistant et infini comme lui, parce qu'un acte nécessaire et coéternel à la Divinité ne peut pas être un acte passager ni un acle borné. Aussi cet objet do la connaissance du Père est appelé dans l'Ecriture sou Verbe, son Fils, sa Sagesse, l'image de sa substance; les livres saints lui attribuent les opérations de la divinité,

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le nomment #/eu, etc. Tout cela caractérise t] ne quand on fui convenu d'entendre le

non -seulement un acte de l'entendement terme dans ce dernier sens; alors on n'hé-

di vin, mats un Elfe subsistant et intelligent, sila plus à reconnaître dans la sainte Tri-

L" Père voit son Fils, et le Fils regarde nité une seule nature cl trois hypostases.

son Père comme soi» principe ; ils s'aiment Voy. ce mot.

donc nécessairement : or, l'amour est un 0° Enfin, pour exprimer par un seul mol acte de la volonté, el il doit avoir un terme ce que Jr sus-Christ a dit, Joan., c. \, v. 38 . aussi réel que lacté de l'entendement; ce Mon Père est en moi, et je sui< en lui, les terme est le Saint-Esprit, qui procède ainsi Pères ont appelé celte union, nspi-^ùfinaiç, de l'a m ur mutuel du Père el du Fils. C'est circumincession , cl Èvvn«to%tç, inexistence, ou pour cela que l'Ecriture attribue principale- l'existence intime des trois personnes l'une ment an Saint-Esprit les effusions de l'amour dans l'autre, malgré leur distinction. Saint divin ,• il est dit que l'amour de Dieu a été Jean a encore exprimé la même chose, L>rsrépandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qu'il a dit, c. i, v. 18 : Le Fls unique, ou gui nous a été donné (Rom. v, 5). Je vous skul ENGENDRÉ, qui est dans le scia du Père, conjure par la charité du Saint-Esprit (Rom. nous l'a fait connaître. Il ne dit point que \v ,30\ M ontr^ns-nous ministres de Dieu dans ce Fils « e^dans le sein du Père, mais qu'il le Saint-Esprit dans une charité non feinte y est, pour nous apprendre que la substance (// Cor. iv, 6), etc. De là sont nés 'es termes de de l'un est inséparable de celle de l'autre; paternité el de filiation, de spiration active et c'est ce que le concile de Nicée a exprimé de spiration passive; notions el relations qui par le mot consubstanliel : les ariens voucarac érisenl les trois personnes et qui les laient y substituer celui de ôpotoùeto;., qui distinguent l'une de l'autre. De là ce prin- signifiait égal ou semblable eu substance; cipe des théologiens, qu'il n'y a point de il e-4 évident que ce terme ne rendait pas distinction dans les personnes, lorsqu'il n'y loule l'énergie des paroles de l'Ecriture ; a point d'opposition de relation; qu'ainsi voilà pourquoi les Pères persistèrent à relout ce qui concerne l'essence, la nature, les tenir celui de ôpoOcto?, consubstanliel, parce perfections divines, leur est cnmmun, et qu'il exprime l'unité numérique de la subqu'clles y parlicipent également toutes les stance du Père et du Fils , ou l'identité do trois. Conséquemmenl , quoique dans l'K- nature. Voy. ConnUIistantïel. Le terme subcriture sainte la puissance soit principale- slitué par les ariens exprimait évidemment ment attribuée au Père, la sagesse au Fils, deux substances ou deux natures ; de là il et la bonté au Saint-Esprit, il ne s'ensuit s'ensuivait ou qu'il y a deux dieux, ou que pi'int que ces attributs n'appartiennent point le Fils n'est pas Dieu : ce n'est donc pas également aux trois personnes, puisque ce sans raison que les Pères le rejetèrent. Ainne sont point des attributs relatifs. De là si, en décidant la divinité du Fils, le concile enfin cet autre principe, que les œuvres du de Nicée établissait d'avance la divinité du la sainte Trinité ad extra sont communes Saint-Esprit, parce que la raison est la méet indivises, que les trois personnes y con- me; les macédoniens ne pouvaient opposer courent également , qu'il n'en est pas de à celle-ci que les mêmes objections qu'ameme des opérations ad intra, parce qu'elles vaient alléguées les ariens contre la presont relatives. Lorsque entre ces personnes mière : aussi les Pères, pour réfuter Macéncus distinguons la première, la seconde et donius, recoururent constamment à la docte troisième, cela ne signifie point que l'une trine que le concile de Nicée avait professée est plus ancienne ou plus parfaite que contre Ârius.

l'autre, ni que l'une est supérieure à l'autre, Le Clerc, socinien déguisé, objecte quclous

mais que c'est ainsi que nous concevons les nouveaux termes, doiil les Pères se sont

leur origine. Les anciens Pères n'ont rien servis pour établir leur croyance touchant

entendu de plus, lorsqu'ils ont admis entre la Trinité, sont équivoques, que dans le sens

elles une subordination, el qu'ils ont dit que littéral et commun ils expriment des erreurs,

le Père est plus grand que le Fils, ou supé- que voulant proscrire des hérésies on en a

rieur au Fils, comme IJullus l'a fait voir, créé d'autres. Selon lui , le mot personne

sect. k, cap. 1 el 2. Ils ont encore emprunté signifie une substance qui a une existence

le langage de saint Paul, qui dit, 1 Cor., propre et individuelle; ainsi admettre trois

c. xv, ?. 28, que Dieu le Fils sera soumis personnes en Dieu , c'est y admettre trois

à son Père: Philipp., c. n, v. 8, qu'il s'est existences individuelles ou trois dieux. Au

rendu obéissant, etc. S'il s'en suit de là que lieu de corriger l'erreur, on la confirme, en

les Pères ont enseigné l'erreur, il faut ac- disant que les trois personnes sont égales

cuser saint Paul dn même crime. entre elles; rien n'est égal à soi-même,

L'expérience n'a que trop prouvé le dan- l'identité de nature exclut toule comparai-

ger des équivoques, el la nécessité de mettre son. Le concile de Nicée n'a pas parlé plus

la plus grande précision dans les termes correctement en décidant que le Fils est

dont on se sert touchant ce mystère. Au iv° Dieu de Dieu et consubstanliel au Père; ces

el au v' siècle, on disputa beaucoup pour termes ne signifient rien , sinon que ce sont

savoir si l'on devait admettre en Dieu trois deux individus de même espèce. La cirewn-

fn postascs ou une seule; la raison de cille incession des trois personnes est une autre

conleslaliou fut que par hyposlase les uns énigme, à moins que l'on n'entende par là

entendaient la substance, la nalure, l'esscn- leur conscience mutuelle. « Pour nous, dit il,

ce; les autres la personne; on ue fût d'accord «nous reconnaissons une seule essence

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divine dans laquelle ii y a trois choses distinguées , sans pouvoir dire en quoi consiste celle distinction. » Hist. ecclé*., proleg., sect. 3 , c. 1 , §11. — Réponse. Le Clerc devait au moins dire ce que c'est que ces trois choses, si ce sont trois êlrcs réels <>u des abstractions méthaphysiques. S'il avait été de bonne foi , il aurait avoué qu'il entendait seulement par là, comme les sociniens, trois dénominations relatives aux opérations de Dieu. C'a été justement pour prévenir celte erreur de Sabellius, qu'il a été décidé que le Père, le Fis et le Saint- Esprit sont trois hypostases, trois êtres réellement subsistants, en un mot, trois personnes. Nous convenons qu'en parlant des créatures intelligentes, personne signifie une substance qui a une existence propre et individuelle, qu'ainsi trois personnes humaines soni trois hommes. Mais ce mol n'a pas le même sens lorsqu'il est question de la sainte Trinité, puisque la foi nous enseigne (pie les trois personnes subsistent en unité ou en identité d? nature; par cette explication l'équivoque du mot générique de personne <^sl absolument dissipée, et telle est encore la notion du mot consubstantiel; il n'y a donc plus aucun lieu à l'erreur.

En voulant corriger le langage de l'Eglise, Le Clerc a-t-il mieux parlé? Il dit que la circumincession des personnes divines ne peut signifier que leur conscience mutuelle. Mais s'il est vrai que C identité de nature exclut toute comparaison , elle n'exclut pas moins tout rapport mutuel, puisque ce mot dit nécessairement au moins deux personnes. La conscince d'ailleurs est un sentiment personnel, incommunicable d'un individu à un autre, la conscience ne peut donc pas être mutuelle entre le Père, le Fils et le Saint- Esprit, si ce ne sont pas trois personnes et et si elles ne subsistent pas on identité de nature. Ce critique en impose grossièrement, en disant que par trois personnes les anciens entendaient trois substances divines égales ou inégales; Bullus a démontré la fausseté do ce fait; le doute dans lequel on fut de savoir s'il fallait admettre dans la Trinité trois hypostases ou une seule, prouve encore le contraire; les anciens n'ont jamais été assez slupides pour ne pas voir que trois substances divines seraient trois dieux; c'est pour cela que l'on a condamné les trithéisles.

Nous convenons encore qu'en disputant contre les hérétiques, toujours sophistes de mauvaise foi, il est impossible de forger des termes desquels ils ne puissent pas pervertir le sens. Mais parce quele langage humain est nécessairement imparfait, faut-il s'abstenir <ie parler de Dieu et d'enseigner ce qu'il a daigné nous révéler? Les sabelliens , les ariens, les sociniens ont rendu équivoques les noms de Pire, de Fils, et de Saint- Esprit, ils ne les emploient que dans un sens abusif; le mot bieu n'a pas été à couvert de leurs attentais, ils soutiennent que Jésus- Cbrisl n'est pas Dieu dans le même sens que le Père ;ensuileils nous disent gravement qu'il faudrait s'en tenir aux termes de l'E-

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criture, parce qu'ils se réservent le privilège de les entendre comme il leur plaît. C'est ce qui démontre la nécessité de l'autorité de l'Eglise pour fixer et consacrer le langage dont ou doit se servir pour exprimer les articles de notre foi, et pour déterminer le vrai sens des termes de l*Ecntt>re.

On nous dit qu'en adoptant le lermo d'ôyoTjo-toj, et en rejetant celui d'ôpojovo-to?, l'Eglise a troublé l'univers pour un mot, et même pour une lettre de plus ou de moins. Ce n'est point le mot qui a causé le bruit, c'est le dogme exprimé par ce mot décisif; ou plutôt c'est l'opiniâtreté ôe^ hérétiques obstinés à pervertir le dogme par des ternies équi« voques, à l'ombre desquels ils étaient sûrs de pouvoir introduire leurs erreurs. Encore une fois, les Pères de l'Eglise ni les théologiens n'ont jamais cherché de gaîlé de cœur à élever de nouvelles questions , à exciter de nouvelles disputes touchant les vérités révélées; mais les hérétiques ont eu celte fureur dès le temps des apô res. A peine ceux-ci furent-ils morts, que des raisonneurs armés de subtilités philosophiques se sont appliqués à pervertir le sens des saintes Ecritures. Les docteurs de l'Eglise, chargés par les apôtres même de conserver sans altération le dépôt sacré de la doc'riue de Jésus-Christ, ont donc été forcés d'opposer des explications vraies à des interprétations fausses, des expressions claires et précises à des termes équivoques et trompeurs, des raisonnements solides à des arguments captieux. Il y a de la démence à leur attribuer les disputes, les erreurs, les schismes, les fureurs des hérétiques, qu'ils n'ont pas cessé de déplorer et de combattre. Si dans les bas siècles les théologiens scolasliques se sont occupés à des questions inutiles et de pure curiosité, ils n'ont point imité en cela les Pères de l'Eglise, et ils ne se sont pas avisés de vouloir ériger leurs opinions en dogmes de foi; on ne fait plus aucun cas de leurs spéculations ni de leurs disputes. Mais comment contenter des censeurs aussi bizarres que ceux auxquels nous avons affaire? Les uns blâment les Pères d'avoir voulu expliquer un mystère essentiellement inexplicable ; les autres reprochent à ceux des trois premiers siècles de s'être bornés à condamner les erreurs des hérétiques, sans décider ce qu'il fallait croire louchant Dieu et Jésus- Christ , sans prescrire les formules ev les expressions par lesquelles il fallait énoncer le dogme des Irois Personnes en Dieu. Par là, disent-ils, les Pères laissaient aux raisonneurs la liberté de l'entendre comme il leur plaisait, de forger et de débiter sans cesse de nouvelles opinions, Moshcim, Hist . christ., sîbc. in, §31. Voilà donc tous les Pères déclarés coupables, les uns pour n'avoir pas prévu cl réfuté d'avance toutes les folles imaginations des hérétiques, les autres pour les avoir proscrites ou corrigées lorsqu'elles sont venues à éclore. Nous présumons en effet que si Dieu avait donné l'esprit prophétique aux docteurs de I Eglise, ils auraient tâché de prévenir le mal avant sa naissance.

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Mais il n'a pas donné non plus col esprit aux réformateurs, puisque leurs oracles ont donné lieu à ring! sectes différentes.

Vers l'an 5-20, il s'éleva une contestation pour savoir si cette proposition : une des personnes de la Trinité a souffert, unus de l'nnitate passas est. était orthodoxe ou non. Les moines de Scylhie, d'autres disent d'Egypte, soutenaient celte proposition contre les nestoriens ; comme ceux-ci niaient que la personne de Jé>us-Chr.st fût unie substantiellement à la Divinité , ils n'avaient garde d'avouer que Jésus-Christ était une des personnes de la Trinité. D'autres prétendaient que les théopascliites ou palripassiens pouvaient abuser de celte proposition pour enseigner que la Divinité a souffert ; conscquemmenl les légats du pape, auxquels les moines deScythie s'étaient adressés, jugèrent que cette manière de parler était une nouveauté dangereuse. Ces moines vinrent à Rome pour consulter le pape Hormisdas luimême ; mais, prévenu par un de ses légiils et par d'autres qui traitaient ces moines de séditieux et de brouillons, peu soumis au concile de Chalcéduine , et fauteurs de l'eulychianisme, ce pape ne leur donna aucune décision, et résolut de renvoyer cette question au patriarche de Conslanlinoule. Cela n'a pas empêché le traducteur de Mosheim d'affirmer que Hormisdas a condamné la proposition des moines de Scylhie, et confirmé l'opinion de leurs adversaires. Comme le pape Jean 11 et le ve concile général approuvèrent la proposition des moines, ce traducteur ajoute que celte contradiction exposa les décisions de l'oracle papal à la risée des sages. Ilist. ecc'és., vr siècle, ir part., c. 3, § 12. Mais il est absolument faux que le pape Hormisdas ait condamné la proposition des moines; il ne voulut pas seulement examiner la question; il leur témoigna du mécontentement, non à cause de leur doctrine, mais à cause de leur conduite, qui était effectivement turbulente et séditieuse. Yoij. Fleury, Ilist. ecctes., liv. xx.vi, § 48 et 49. Ces faits sont prouvés parles lettres d'Hormisdas et par celles de ses légats.

Au commencement de notre siècle, depuis l'an 1712 jusqu'en 1720, les disputes sur la Trinité se sont renouvelées avec beaucoup de chaleur ; Voy. Mosheim , Ilist. ecelés., xvnr siècle, § 27. Guillaume Wiston, professeur de mathématiques, soutint que le Fils de Dieu n'a commencé à exister réellement que quelque temps avant la création du monde; que le Lotjos ou la sagesse divine a pris en lui la place de l'âme raisonnable; que le concile de Nicée n'a point attribué d'autre éternité à Jésus-Christ; enfin que la doctrine d'Arius était celle de ce divin Maître, celle des apôtres et des premiers chrétiens. On conçoit qu'il n'a pas clé difficile de réfuter ce système, et de prouver que l'auteur était un fanatique. Samuel Clarke, plus timide, enseigna que le I ère, le Fils et le Saint-Esprit sont tous les trois strictement incréés et éternels, que chacun des Irois est Dieu , que ce ne sont cependant pas trois

dieux, parce qu'il y a entre eux une subordination de nature et de dérivation. La question est de savoir si celle subordination n'emporte pas une inégalité de nature et de perfections; il y a lieu de croire que le docleur Clarke ne s'est pas suffisamment expliqué là-dessus, puisque le clergé d'Angleterre, assemblé à ce sujet, n'a point jugé sa doctrine orthodoxe ; elle ne lui a paru qu'un palliatif propre à introduire plus aisément le socinianisme.

Cependant le traducteur di- Mosheim blâme beaucoup celle conduite et la témérité de ceux qui ont entrepris de réfuter Clarke ; il prétend qu'il faul se borner, en parlant de la Trinité, à la simplicité du langage de l'Ecriture, au lieu de vouloir exprimer ce mystère dans les termes impropres et ambigus du langage humain. Mais les expressions de l'Ecriture ne sont-elles donc pas un langage humain? 11 n'en est point duquel on ait abusé davantage. Si les hérétiques de tous les siècles avaient voulu s'y tenir, on n'y aurait rien ajouté; les sociniens «;o s'y bornent pas, puisqu'ils per\ ertissent ce langage sacré par des commentaires absurdes. La foi au mystère de la Trinité est tel lement affaiblie en Angleterre, qu'en 1720, une dame de ce pays-la, par son testament, a fondé huit sermons annuels pour la soutenir; Mosheim, ibid. Nous esp.rons qu'une pareille fondation ne sera jamais uécessairs dans l'Eglise catholique.

En 1729, un ministre de l'Eglise wallonne en Hollande enseigna qu'il y a dans le Fils et le Saint-Esprit deux natures, l'une divine et infinie, l'autre finie el dépend, mie, à laquelle le Père a doi;né l'existence avant la création du monde. Le Fiis et le Saint-Esprit, dit-il, considérés selon leur nature divine, sont égaux au Père; mais, envisagés en qualité de deux intelligences finies, ils sont à cet égard inférieurs au Père et dépendants de lui. II se flattait de satisfaire par celle hypothèse à toutes les d.lficullés. On prétend que le docteur Thomas Burnet l'avait déjà proposée en Angleterre eu 1720. Mosheim l'a réfutée, Diss. ad Ilistor. eccles. pertinentes, p.ig. /t!)8. Il y oppose, l°que les paroles de Jésus-Christ, Mullh., c. xxvm, v. 19, au nom du Père, el du Fils, etc., ne peuvent désigner une nature infinie el deux nalures finies ; qu'il en est de même des trois témoins dont parle saint Jean , Lpist. 1, c. 5, v. 7. 2° Que le système en question ne peut pas s'accorder avec le mystère de l'Incarnation. 3° Chose remarquable, il y oppose le silence de l'antiquité, pag. 564. Si ce silence prouve quelque chose, sans doute le témoignage positif de l'antiquité, que nous appelons la tradition, prouve encore davantage. Ainsi les protestants, qui ne cessent de déclamer contre la tradition, sont forcés d'y avoir recours pour soutenir les articles les plus essentiels de l.i foi chré.icnne. Qu'ils viennent encore nous dire que l'Ecriture sainte est claire sur tous les poinls nécessaires au salut, que le vrai sens en esl à la portée des plus ignorants,

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qu'il n'est pas besoin d'une autre règle pour savoir ce que nous devons croire. Rien ne démontre mieux la fausseté de ces maximes fondamentales de la réforme, que ce chaos de disputes et d'erreurs toujours renaissantes depuis dix-sept cents ans, touchant le vrai sens de la forme du baptême prescrite par Jésus-Christ, par conséquent sur le mystère de !a suinte Trinité.

Trinité platonique. Un grand nombre de savants, soit anciens, soit modernes, se sont persuadés que les païens en général, surtout les philosophes, ont eu quelque notion du mystère de la sainte Trinité , et ils ont tâché de le prouver par un grand appareil d'érudition. Si nous les croyons, Zoroastrc et les mages de la Perse, les CiiaUéens, les Egyptiens, qui suivaient Ja doctrine d'Orphée; parmi les philosophes grecs, Pylhagore et Parménide, ont enseigné ce dogme, du moins d'une manière obscure. Pour expliquer co phénomène, on a imaginé que probablement ces philosophes avaient puisé celle connaisfGnce dans les écri's de Moïse , ou qu'ils avaient été instruits par quelques docteurs juifs. Avant de se livrer à celte conjecture, il aurait été à propos de montrer dans les écrits de Moïse quelques passages assez clairs pour donner à de> païens une idée quelconquedu mystère de la Trinité, ou faire voir que c'était un article de la croyance commune des anciens Juifs. Mais, suivant ces mêmes critiques, personne n'a enseigné la Trinité des personnes en Dieu plus formellement et d'une manière plus distincte que P.aton ; s'il avait vécu plus lard , on croirait qu'il avait lu l'Evangile. Les philosophes de l'école d'Alexandrie, (jui ont été ses disciples et ses commentateurs , ont parfaitement expliqué sa doctrine ; elle est très-conforme à celle de l'Ecriture sainte et à celle des Pères des premiers siècles ; Cudworlh , dans son Système intellectuel , c. 4- , §36, s'est appliqué à le prouve;-; il a poussé la témérité jusqu'à dire que ces platoniciens se sont expliqués louchant !a Trinité d'une manière plus orthodoxe que les Pères du concile de Nicée , ibid., p. "J 10.

D'autre part les sociniens et plusieurs protestants accusent les Pères d'avoir été trop attachés à la doctrine de Platon et des platoniciens , de s'en cire servis maladroitement pour ex pli juer ce que l'Evangile nous enseigne louchant les trois personnes divines , d'avoir ainsi défiguré ce mystère, en voulant pénétrer ce que Dieu n'a pas voulu nous apprendre. Leurs vains efforts, disentils , n'ont abouti qu'à faire naître des erreurs et des disputes interminables; la Trinité, telle qu'on la croit aujourd'hui dans l'Eglise chrétienne, est une invention de Platon et de ses disciples, aveuglément adoptée par les Pères, et qui n'a aucun fondement dans l'Ecriture sainte.

Viendrons-nous à bout de débrouiller ce chaos d'opinions, et de découvrir la vérité au milieu de tant de préventions?

i° 11 u'est pas prouvé que les païens en général , ni les anciens personnages dont ou

nous vante les lumières , aient eu aucune connaissance du mystère de la sainte Tri" nité ; quelques légères ressemblances que l'on croit apercevoir entre ce qu'ils ont dit cl ce que la foi nous enseigne sur ce sujet, ne suffisent pas pour établir un fait aussi important. Quand on a lu tout ce qu'ont rassemblé Steuchus Eugubinus , de Perenni Philosophia, le savant Huel, Quœsi. alnet., lib. il, c,:p 3 , et d'autres, l'on n'est rien moins que convaincu. Mosheim, dan ses Notes sur le système intellectuel de Cudworlh, c. 4 , § 1(> et suiv., fait voir en détail que ceux qui ont cru trouver une trinité dans Zoroastre et chez les mages , dans les poésies d'Orphée, dans la doctrine des Egyptiens et dans celle de Pylhagore , se sont évidemment trompés. Ils pouvaient donc s'épargner la peine de deviner par quelle voie celle connaissance avflit pu se répandre chez les païens , puisque c'est un fait imaginaire. Rruckér , llist. crit. philos., t. I, p. I8G, 202, 3i;0 ,702, etc., pense de même. Après avoir bien examiné le système de Platon , il conclut que c'est un verbiage inintelligible et absurde; nous verrons ci-après qu'il n'a pas tort. 2° Pour savoir ce que Platon a voulu dire , ces deux critiques ne veulent point que l'on s'en rapporte aux commentaires des platoniciens d'Alexandrie. Il est constant que ces philosophes, qui ont vécu après la naissance du christianisme, qui en étaient ennemis déclarés, et qui tâchaient de soutenir le paganisme chancelant, ont fait leur possible pour metlre une ressemblance , du moins apparente , entre les dogmes de Platon et ceux de l'Evangile, et qu'ils ont affecté de se servir des mêmes expressions que les docteurs chrétiens. Leur dessein était de persuader que Jésus-Christ et ses apôlres , que l'on prétendait avoir élé envoyés de Dieu pour instruire les hommes , n'avaient rien enseigné de plus que les anciens philosophes; que leurs leçons n'étaient pas nouvelles; qu'ainsi la vérité était connue dans le paganisme aussi bien que dans la religion chrétienne ; qu'il n'était donc pas nécessaire de renoncer à l'un pour embrasser l'autre. Voy. Eclectiques. Mais ils n'étaient pas d'accord entre eux, et leur doctrine n'e^t plus celle de Platon; l'un entend la trinité d'une manière, et l'autre d'une autre. Cudworlh est convenu de ce fait, c. 4, loin. I, p. 888. Aussi, pour faire paraître orthodoxe la trinité platonique , il s'est principalement attaché aux commentaires de Ploliu ; mais Porphyre , Jambiique , Numénius, Amélius, Chalctdius, etc., ne suivaient pas le même sentiment , et celui de l'un de ces philosophes n'avait pas plus d'autorité que l'autre. Mosheim fait voir que ia trinité de Ploliu n'est plus celle de Platon ni de P,lhagore , encore moins celle des chrétiens, Ibid., p. 904, n. (/).

Pour savoir à quoi s'en tenir , il faut d'abord se rappeler 1 extrait que nous avons donné de la doctrine de Platon, au mot Platonisme , § 1 , ensuite examiner si celte doctrine ressemble en quelque chose à ce que

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l'Evangile nous enseigne touchant la sainte trinilé ; par là nous pourrons juger si ies Porcs de l'Eglise en ont emprunté quelque chose. Nous chercherons en troisième lieu ce qu'ils ont dit de Platon et de sa prétendue trinilé , et s'ils ont suivi l'exemple ou la doctrine des nouveaux platoniciens.

§ I". Doctrine de Platon. Outre l'extrait que nous en avons donné au mot Platonisme, § 1 , et que nous avons lire du Tintée , avec toute la fidélité possible, on allègue encore la seconde lettre do Platon à Denis : voici ce que nous y lisons, pag. 707 , H : « Vous dites que je ne vous ai pas assez démontré la première nature (ou le premier Etre) ; il faut donc vous en parler par énigmes, afin que si celle lettre tombe entre les mains de quelqu'un, il n'y comprenne rien : voici le vrai. Toutes choses sont autour du roi de tout , et tout est pour lui , il est la cause de tout ce qui est beau ; les secondes sont autour du second, cl les troisièmes du troisième. L'esprit humain cherche à comprendre la manière dont cela est , en considérant ce qui lui est connu ; mais rien ne peut y suffire ; il n'y a rien de semblable dans le roi et dans ceux dont j'ai parlé.

Platon n'a pas eu tort d'appeler ce verbiage une énigme; mais parmi ses interprètes, les uns ont deviné que par le roi il a entendu Dieu; par le second, le monde; par le troisième, l'âme du inonde; quand cela serait, nous ne serions guère mieux instruits. D'autres prétendent que le second est l'idée ou le modèle archétype du monde; c'est, disent-ils, le Logos, éternelle production de l'entendement divin. Le troisième est le monde, que Platon a nomme le Fils unique de Dieu, uo-.oyz-^ç ; ils sont aussi bien fondés que les preoiiers.

Nous ne nous arrêterons point à relever les absurdités et les inconséquences du système do Platon, nous l'avons fait ailleurs ; nous rechercherons seulement comment on peut y decousrir une trinilé qui ait quelque ressemblance avec celle que nous croyons. Nous y voyons d'abord trois choses éternelles : Dieu esprit (voû.), père du monde; l'idée ou le modèle archelyple suivant lequel Dieu n fait le monde, et que Platon appelle un Etre animé et éternel; la manière informe, qui, selon lui, participe d'une manière inexplicable à la ualu:e divine et intelligente. En. second 1 eu, deux choses qui ne sont point éternelles, niais qui ont commencé d'être, savoir, l'âme du monde, que Dieu avait faite avant le monde, et qui est, dit-il, une substance mélangée d'esprit et de matière; enfin, le monde même. Or, de quelque manière que l'on conçoive ces cinq choses, on ne pourra jamais en tirer une trinilé qui ait de l'analogie avec le mystère que Jésus- Chrisl a révélé. 1° La première personne de < ette trinilé platonique est Dieu sans doute; Platon l'appelle le père du monde, mais il ne l'a jamais nommé père de Logos, ni père des idées éternelles ou du modèle archétype du inonde, le père de la matière. Suivant l'Evan- |l c, au contraire, Dieu e*t le l'ère du Verbe

éternel, et c csl par ce Verbe que loules choses ont été faites. — 2° Prendrons-nous pour seconde personne l'idée archétype du momie? Platon dit que c'est un Etre étemel et animé; mais ici les avis sont partagés. Plusieurs platoniciens et plusieurs i'ères de l'Eglise prétendent que ce philosophe a conçu les idées éternelles des choses, comme des êtres subsistants et distingués de l'entendement divin. Mosheim soutient que c'est une abserdite de laquelle un aussi beau génie que Piaion était incapable; que ces idées sont des êtres purement métaphysiques et intellectuels; que les expressions de Platon son! figurées et métaphoriques, Sgst. intellec de Cudteorih't chap. k, § 30, p 836, n. (o). 11 est vrai que par logos ce philosophe ne semble point avoir entendu l'idée archétype du monde, mais la raison, la faculté de penser, de raisonner, de saisir la différence des choses et d'exprimer ses pensées par la parole: c'est ainsi qu'il l'explique dans le Thœétète , p. 141 , E. Dans son style. >oJ? est la substance même de l'esprit; lôyoç, ce son les facultés et les opérations de celte substance; l'idée en est l'objet, ou ce que l'on voit par l'esprit. Il n'a point dit non plus que les idées soient des hypostases, des substances, des êtres réels distingués de l'entendement divin; c'est un rêve que lui ont prêté les nom eaux platoniciens. Il n'a nommé Fifo de Dieu, ni le Logos, ni l'idée archétype du monde, ni le monde même; quand il appelle celui-ci poc/ôvnf, ce mol ne signifie point Fils unique, mais unique production. Ce n'est poml le Logos, mais le monde qu'il appelle Etre animé, image de Dieu intelligent, second Dieu, Dieu engendré. — Saint Jean parle bien différemment du Logos ou du Verbe divin. Au Commencement il était en Dieu et il était Dieu; c'est par lui que toutis choses ont été faites, il est le principe de la vie et lu lumière qui éclaire tous les hommes ; c'est de lui que Jeun- Baptiste a rendu témoignage. Il est venu parmi les siens, et ils n'ont pas voulu le recevoir. Ce Verbe s'est fait chair, il a demeuré parmi nous, et nous lavons reconnu pour le Fils unique du Pire, pour l'auteur de la grâce et de la vérité. Il faut êlre étrangement prévenu pour trouver dans Platon cette doctrine et ce langage, — 3° Probablement on ne nous donnera pas, pour seconde personne de la trinité platonique, la matière informe que Platon semble confondre avec la nécessité, quoiqu'il personnifie celle-ci, cl qu'il dise que la maiière participe d'une manière inexplicable à la nature divine et intelligente. Sera-ce le monde composé de corps et d'âme? Malgré, les noms pompeux que Plalon lui a donnés, il reconnaît que Dieu l'a fait dans le temps ou avec le temps, qu'ainsi l'éternité ne lui convient en aucun sens. — k" Suivant la plupart des platoniciens, c'est l'âme du monde qui est la troisième personne. Mais Piaion dil formellement que Dieu n'a point fait cette âme après le corps, m lis auparavant; que, soit par sa naissance, soit par sa force, elle a précédé le corps; il n'ajoute point qu'elle a été faite de

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toule éternité ; au contraire il décide que l'éternité n'appartient en aucune manière à un être qui a été fait. Selon lui, elle tient le milieu entre la substance qui est indivisible et immuable et celle qui se divise et change ; elle participe à la nature de l'une et de l'autre. Celte âme n'est donc pas née de Dieu par émanation, à moins que l'on Bf dise qu'elle est sortie tout à la lois de Dieu et de la matière.

Cudworlh en a donc imposé, lorsqu'il a dit que les trois hypostasesou personnes de la trinité platonique sont éternelles, incréées et non laites, et que ces trois sont un seul Dieu ; Mosheim a solidement réfuté ces deux assertions léméniires, c. h, § 36, pag. 88G, n. (N), pag. 889 et 90, n. (C). Si Plolin a composé ainsi sa trinité, ce n'est plus celle •le Platon, mais une imitation fausse et malicieuse de la Trinité chrétienne.

Pour établir une ressemblance apparente entre l'âme du monde et le Saint-Esprit, on nous fait observer que les Pères de l'Eglise ont regardé cet esprit divin comme l'âme du monde, et lui ont attribué les mêmes fonctions que les platoniciens prêtaient à cette âme imaginaire. Mais il faut remarquer qu'aucun des Pères antérieurs au concile de Nicée n'a ainsi parlé; ceux qui sont venus après ce concile, dans lequel la foi chrétienne touchant le mystère de la sainte Trinité avait été fixée, ne risquaient plus d'y donner atteinte en tenant ce langage : ils voulaient corriger celui des platoniciens et non s'y conformer; ils l'ont pris dans l'Ecii- 4ure sainte et non ailleurs; nous le verrons dans un moment, § 2.

Si le chaos d'absurdités que Platon a rassemblées peut être appelé un système, il suffit de le confronter avec la doctrine chrétienne touchant la Trinité, pour se convaincre qu'il n'y a aucune ressemblance entre l'ua et l'autre, que les Pères de l'Eglise, instruits de ce m\ stère par l'Ecriture sainte, n'ont jamais pu être tentés de rien emprunter de ce philosophe ténébreux, qui cherchait la vérité à tâl <us, mais qui manquait du flambeau nécessaire pour la trouver. Son exemple devrait rabaisser l'orgueil des incrédules qui se vantent de connaître la nature divine et L'origine des choses sans avoir besoin de révélation.

Cependant Platon avait profilé des méditalions de Thaïes, d'Anaxagore , de Pythagore, de Parméuide, de Timée de Locres, etc. 11 n'était pas content de leurs hypothèses, il essaya d'en bâtir une autre, mais avec une modestie et une timidité qui lui font honneur. Il commence le Timée en reconnaissant la nécessité d'une assistance divine pour expliquer l'origine des choses, et il l'implore; il avertit ses auditeurs qu'ils ne doivent point attendre de lui des choses certaines, mais seulement des conjectures aussi probables que celles des autres philosophes; ce sage début aurait dû rendre les platonicicus moins présomptueux. Que pouvail-il imaginer de mieux que ce qu'il a dit? Dès qu'il n'admettait pas la création, non plus

que les anciens, il était forcé de supposci ou l'éternité du monde, ou l'éternité de la matière et une intelligence éternelle qui l'avait arrangée. 11 avait trop d'esprit pour se persuader que cet arrangement s'était fait par hasard ou par nécessité; il jugea conséquemmcnl que Dieu en était l'auteur. Mais, ne pouvant concevoir l'opération de Dieu autrement que celle d'un homme, il imagina que Dieu, avant d'agir, avait tracé dans son entendement le plan et le modèle de son ouvrage, et qu'il l'avait suivi dans l'exécution; que ce modèle avait été toujours présent à l'esprit de l'ouvrier, qu'il contenait en idée toutes les parties et tout l'arrangement de l'univers. Ce modèle éternel était donc animé et vivant, puisque le monde est tel suivant Platon ; mais il l'était en idée seulement et selon notre manière de concevoir; jamais sans doute Platon n'a rêvé qu'une idée que l'homme a formée dans son esprit est un être réel ou une substance distinguée de l'esprit.

Ce philosophe, frappé du mouvement compassé, régulier, constant, qui règne entre toutes les parties de l'univers, a compris qu'il ne pourrait se conserver s'il n'était dirigé et soutenu par une ou plusieurs intelligences; conséquemment il a imaginé une grande âme répandue dans toute la masse, que Dieu a divisée ensuite dans toutes ses parties; comme un pur esprit ne se divise point, Platon a dit que cette âme était composée de la substance indivisible ou de l'esprit, et de celle qui peut être divisée ou de la matière. Où Dieu a-t-il pris celte âme? est-elle sortie de lui ou de la matière? Platon a eu la prudence de ne point le décider; il n'a pas dit non plus qu'elle est coétcrnelle à Dieu; il suppose que Dieu a réfléchi, délibéré et réglé son plan avant de rien faire; encore une fois il a imaginé Dieu agissant à ii manière d'un homme; il ne lui attribue qu'une puissance bornée, puisqu'il dit que Dieu a rendu son ouvrage conforme au modèle autant qu'il le pouvait.

§ 11. Doctrine des Pères. Il n'était pas possible à un esprit raisonnable, une lois instruit de la doctrine chrétienne, de concilier avec sa croyance aucune des hypothèses de Platon. L'Ecriture nous enseigne que Dieu est créateur, qu'il opère par le seul vouloir: t7 a dit, et tout a été fait; ce trait de lumière dissipe toutes les ténèbres. Dieu n'a eu besoin ni de méditation, ni de délibération, ni de modèle; la création de la matière et celle des esprits s'est laite par une seule parole. Selon l'Evangile, celle parole toutepuissante, ce Verbe esl un Etre subsistant, une personne coétcrnelle et consubstanl:elle au Père, il était en Dieu et il était Dieu. Le Saint-Esprit esl une autre personne qui non-seulement anime et vivifie toute !a nature, mais à laquelle l'Ecriture attribue toutes les opérations de la grâce. Les cieux, dit le Psalmiste, ont été affermis par le Verbe de Dieu, et la force qui les constrve est I'usviv.t ouïe souffle de sa bouche {Ps. xwv, v. 6). L esp! it du Seigneur, dit le S ge. a rempli

toute la terre, et parce qu'il contient toutes choses, il sait parler aux hommes {Sap. i,7). Au mot Trinité, nous avons cilé les autres passages des livres saints qui établissent la loi île ce mystère. Tel est le langage qu'ont répété les Pères de l'Eglise, et duquel ils ne se sont jamais départis : ce n'est certainement pas celui de Platon.

L'on n'a pas osé dire que les Pères ont oublié ces leçons divines pour s'attacher uniquement à celle du philosophe grec; mais on a dit qu'imbus de platonisme avant leur conversion, ils n'y ont pas renoncé en se faisant chrétiens ; qu'à l'exemple des platoniciens d'Alexandrie, ils ont rapproché tant qu'ils ont pu la doctrine chrétienne louchant la Trinité, de celle de Platon, afin de diminuer la répugnance qu'avaient les païens à croire ce mystère. 11 y a dans celte hypothèse du vrai et du faux; il est important de les démêler. 1° Plolin, principal auteur de la trinité platonique, n'a pu la forger que vers le milieu du iir siècle; ce fut l'an 2i3 qu'il entreprit d'aller dans la Perse et dans les Indes pour achever de s'instruire. Les Pères apostoliques, ensuite saint Justin , Talien, Alhénagore, Hermias , saint Irénée , saint Théophile d'Antiochc , saint Hippolyte de Porto, Clément d'Alexandrie, Origène, Tertullieu et d'autres dont nous n'avons plus les ouvrages, avaient écrit avant cette époque; ils n'out pu avoir aucune ^onnaissauce de la doctrine de Plotin. Quand on suppléerait queAmmonius son maître avait déjà fabriqué une trinité platonique, fait que l'on ne peut pas prouver, Clément d'Alexandrie et Origène seraient encore les deux seuls qui aient pu la connaître, aucun des autres docteurs de l'Eglise n'a fréquenté celte école et n'a pu être imbu dunouveau platonisme. 2° L'on convient que le motif qui engagea les platoniciens d'Alexandrie à travestir la doctrine de Platon, et à la rapprocher de celle des docteurs chrétiens, fut la jalousie et l'attachement au paganisme. Effrayés des progrès rapides de l'Evangile, ils entreprirent de les arrêter, en faisant voir que Jésus-Christ, les apôtres et leur disciples n'avaient rien enseigné de plus que Platon. Or les principaux prédicateurs de l'Evangile, pendant tout le il* siècle, avaient été les Pères mêmes que nous venons de citer. La .foi à la Trinité était donc bien établie avant que les raisonneurs d'Alexandrie eussent tenté d'y ajuster les opinions de Platon. Ces Pères avaient converti des juifs et des païens par des miracles et par des vertus, sans avoir besoin de philosophie ; ils n'en ont fait usage que contre ceux qui en étaient entêtés. 3° Pour réussir dans leur dessein, les nouveaux platoniciens empruntèrent les expressions des écrivains sacrés et des docteuri de l'Egiise ; ils sentaient donc qu'elles étaient plus claires et plus correctes que le verbiage inintelligilde de Platon. Ils n'ont donc pas défiguré la Trinité chrétienne par une tournure platonique, mais ils ont corrige leur prétendue trinité sur le modèle de la première. En effet, ils ont souvent fait dite a Platon ce qu'il

DlCT. 1>E TuÉOL. DOGMATIQUE. IV.

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n'a jamais dit; savoir, que l'idée arenclype du monde est une personne, que c'est le Logos et le Fils de Dieu, qu'il est sorti de Dieu par émanation ou par génération, que l'âme du monde est éternelle, que c'est l'esprit de Dieu, etc. Rien de tout cela n'est dans Platon ; mais il fallait tout cela pour forger une trinité capable d'en imposer aux ignorants. H serait fort singulier que les Pères eussent fait le contraire, qu'ils eussent voulu expliquer la Trinité chrétienne par des notions platoniques, pendant que les platoniciens païens dérobaient le langage des chrétiens pour dissiper les ténèbres du système de Platon. Mai» les censeurs des Pères, prévenus jusqu'à l'aveuglement, leur reprochent un attentat plus odieux que n'est celui des ennemis mêmes du christianisme, sous prétexte que les premiers l'ont commis à bonne intention. Mais à qui croirons-nous, pour savoir ce que les Pères ont pensé de Platon et de sa prétendue trinité? sera-ce à des critiques modernes qui font profession de mépriser ces respectables personnages, ou aux Pères eux-mêmes? Il nous paraît qu'il n'y a pas à hésiter sur ce choix.

§ III. Sentiments des Pères touchant la doctrine de Platon. Déjà nous avons fait voir dans l'article Trinité, que les expressions dont les Pères se sont servis en parlant do ce mystère sont tirées de l'Ecriture sainte, et non d'ailleurs; il ne faut pas l'oublier. Saint Justin, dans son Exhortation aux gentils, n. 3, 4, 5, 6, etc., s'attache à montrer en détail que tout ce que Platon a dit de vrai touchant la nature divine ne venait pas de lui, qu'il l'avait emprunté de la doctrine de Moïse répandue eu Egypte, mais qu'<7 Vuvait mal entendue, ou qu'il n'avait pas osé s'expliquer clairement de peur d'éprouver le même sort que Socrate. Il ajoute que souvent Platon se contredit, et qu'il n'est constant dans aucune de ses opinions; que ce philosophe n'a pas appelé Dieu créateur, mais fàbricateur des Dieux, n. 27. Il fait sentir la différence qu'il y a enlre ces deux choses. Il conclut qu'il faut apprendre la vérité des prophètes et non des philosophes. Dans la première Apologie, n. 59 et 60, il soutient de nouveau que Platon a pris dans Moïse ce qu'il a dit dans le Timée touchant la formation du monde et louchant le Verbe divin, aussi bien que ce qu'il a dit dans sa seconde lettre à Denis, au sujet du troisième ou du Saint-Esprit, ou qu'iï ne l'a pus compris, au lieu que, parmi les chrétiens, les plus ignorants sont capables d'en instruire les autres. Dans son Dialogue avec ïnjphon, n. 8, il atteste qu'après avoir beaucoup étudié Platon, il n'a point trouvé de philosophie qui soit utile et sûre que celle de Jésus- Clnist. Que saint Justin se soit trompé ou non, en supposant que ce philosophe a eu connaissance de la doctrine de Moïse, cela ne fait rien à la question; dès qu'il dit quo Platon n'a pas compris ou a mal entendu ce qu il empruntait, il résulte toujours que saint Justin u'a pas été tenté d'adopter aucune de ses notions. — Talien, dans son

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Discours aux Grecs, n. 5/ expose la génération du Verbe qui a créé toutes choses; mais il fait profession d'avoir appris cette doctrine dans des Ecritures plus anciennes que toutes les sciences des Grecs, et trop divines pour être comparées à leurs erreurs, n. 29. — Athénagore, dans son Apologie des chrétiens, n. 7, dit que les philosophes n'ont rien su que par conjectures, parce que ce n'est pas Dieu qui les a instruits, au lieu que les chrétiens ont reçu leur doctrine des prophètes inspirés de Dieu ; n. 10, il explique d'une manière très-orthodoxe ce que nous croyons touchant la Trinité. Quoiqu'il cite quelques-unes des vérités que Piaton n'a fait qu'entrevoir, en particulier ce qu'il a dit dans sa seconde lettre à Denis, il montre le ridicule de ce philosophe, qui voulait que, touchant les génies ou les dieux, l'on s'en rapportât au témoignage des anciens, n. 23. — Saint Théophile d'Antioche, 1. n, ad Autolyc, n. 4, blâme Platon et les platoniciens de n'avoir pas admis la création de la matière; n. 9, il dit que les prophètes inspirés do Dieu sont les seuls qui aient connu la vérité et qui aient possédé la sagesse; n. 10, que ce sont eux qui nous ont fait connaître Dieu et son Verbe qui a créé le monde ; n. 15, que les trois jours qui ont précédé la création des astres représentaient la Trinité, Dieu, son Verbe et sa sagesse; n. 33, qu'aucun des prétendus sages, des poètes et des historiens, n'a pu rien savoir sur l'origine des choses, parce qu'ils étaient trop modernes. — Hermias, dans la satire qu'il a faite contre les philosophes, n'épargne pas plus Platon que les autres, n. 5; il conclut, n. 10, que toute la philosophie n'est qu'un chaos de disputes, d'erreurs et de contradictions. — Saint Irénée, adv. Hœr., 1. n, c. 14, n. 2 et 3, dit que les gnostiques ont emprunté leurs erreurs de tous ceux qui ne connaissent pas Dieu, et que l'on appelle philosophes, en particulier de Platon, qui admet trois principes des choses : la matière, le modèle et Dieu. Il les réfute non-seulement par des raisonnements philosophiques, mais par l'Ecriture sainte. Builus, dom Le Nourry, dom Marand, dans sa troisième Dissertation sur les ouvrages de ce Père, ont prouvé que sa doctrine touchant la sainte Trinité est très -orthodoxe; elle ne ressemble en rien aux erreurs de Platon. — Si on pouvait reprocher le platonisme à quelques-uns des anciens Pères, ce serait sans doute à Clément d'Alexandrie et à Origène; ils avaient écouté les leçons d'Ammonius, chef des éclectiques, qui préférait la doctrine de Platon à celle de tous les autres philosophes. Sans vouloir contester ce fait, nous disons qu'il est assez étonnant que Clément ne nomme jamais Ammonius dans ses ouvrages et ne témoigne aucune estime pour un maître si célèbre. Il ne paraît pas non plus qu'il ait adopté la haute idée que les clectiques avaient du mérite de Platon. A la vérité dans son Pédagogue, l.n,c. l,il dilque Platon, cherchant la vérité, a fait briller une étincelle de la philosophie hébraïque, et Strom., I. i, c. 1, il

l'appelle philosophe instruit par tes Hébreux* Mais 1. v, c. 13, p. G98, il dit qu'il faut que tousapprennent la vérité de Jésus-Christ pour être sauvés, quand même ils posséderaient toute la philosophie des Grecs. Chap. 14, p. G99, il se propose de montrer les vérités que les Grecs ont dérobées dans la philosophie des barbares, c'est-à-dire des Hébreux. Conséquemment il cite les divers passages de l'Ecriture sainte auxquels il croit que les philosophes et les poêles Grecs ont fait allusion, sans les entendre. Page 710, il dit que Platon dans une de ses lettres a parlé clairement du Père et du Fils, et qu'il a tiré, on ne sait comment, ces notions des Ecritures hébraïques. Après avoir cité ce qu'a dit Piaton dans sa Lettre à Denis, du premier principe, du second et du troisième, Clément ajoute : « Pour moi j'entends cela de la sainte Trinité, je crois que le second est le Fils qui a fait toutes choses par la volonté du Père , et que le troisième est le Saint-Esprit. » Il finit par dire, p. 730, que les Grecs ne connaissent ni comment Dieu est Sei° gneur, ni comment il est Père et créateur, ni l'économie des vérités, à moins qu'ils ne les aient apprises de la vérité même.

Il est à remarquer 1° que Clément d'Alexandrie n'attribue pas à Platon seul des connaissances puisées chez les Hébreux, mais à Pythagore, à Heraclite, à Zenon, etc., et même aux poètes. 2° 11 ne prétend point que tons ces Grecs ont lu les livres des Hébreux, mais qu'ils ont reçu de ceux-ci par tradition plusieurs vérités sans les entendre. 3° Il soutient que, pour en avoir une exacte connaissance , il faut les apprendre de Jésus- Christ ou de ceux qu'il a instruits. 4°I1 ne fait aucune mention des platoniciens d'Alexandrie; il les avait vus naître, il lui convenait mieux d'être leur maître que leur disciple. On voit qu'il avait de Platon la même opinion que saint Justin, mais que ni l'un ni l'autre n'ont pu être tentés de le prendre pour guide dans l'explication des passages de l'Ecriture sainte qu'il avait ouï citer sans tes entendre. Cela n'a pas empêché Mosheiru d'affirmer que ces docteurs chrétiens « expliquaient ce que disent nos livres saints du Père, du Fils et du Saint-Esprit, de manière que cela s'accordât avec lc9 trois natures en Dieu, ou avec les trois hyposlasesde Platon, deParrnénule et d'autres,» Ilist. christ., sœc. n , § 34. Expression perfide, elle donne à entendre que, pour gagner les philosophes, les Pères travestissaient la doctrine des livres saints, afin de la faire cadrer avec celle des philosophes : c'est une calomnie. 1° Comment pouvaient-ils en être tentés en avouant que ces derniers avaient fait allusion à des paroles de l'Ecriture, sans les entendre et sans connaître l'économie de ces vérités ? 2° 11 est faux que Platon ni Parmenide aient admis en Dieu trois natures, trois hypostases ou trois personnes subsistantes; nous l'avons fait voir. 3° Encore une fois, il n'était pas nécessaire, pour étonner les païens, de leur montrer dans Platon la même doctrine, le même sens, le même mys-

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tore que dans l'Ecriture; il suffisait de leur mettre sous los yeux des expressions à peu près semblables. Ainsi Mosheim suppose que les Pères se sont rendus coupables d'une infidélité, sans besoin, sans justesse, et contre la réclamation de leur conscience. C'est pousser trop loin la licence de noircir ces saints personnages.

Origène témoigne encore moins de penchant pour la doctrine de Platon, de Princip., lib. i, c. 3. « Tous ceux, dit-il, qui admettent en quelque manière une providence, avouent que Dieu est sans principe, qu'il a créé et arrangé toutes choses, qu'il en est l'auleur et le l'ère. Mais nous ne sommes pas les seuls qui lui attribuent un Fils : quoique cela paraisse étonnant et incroyable à ceux qui font profession de philosophie chez les Grecs et chez les barbares, cependant quelques-uns semblent en avoir eu uue notion, lorsqu'ils disent que tout a été créé par le Verbe ou par la parole de Dieu. Pour nous qui croyons à sa doctrine, et qui la tenons pour certainement révélée , nous sommes persuadés qu'il est impossible d'expliquer et de faire connaître aux hommes la nature sublime et divine du Fils de Dieu, sans avoir la connaissance de l'Ecriture sainte, inspirée parle Saint-Esprit, c'est-àdire de l'Evangile, de la loi et des prophètes, comme Jésu— Christ lui-même nous en assure. Quant à l'existenceduSaint-Esprit, personne n'a pu en avoir seulement un soupçon, si ce n'est ceux qui ont lu la loiel les prophètes, ou qui font profession de croire en Jésus- Christ. » On est étonné de ces dernières paroles, quand on se rappelle que Clément d'Alexandrie et les platoniciens croyaient voir une Trinité dans la lettre de Platon à Denis; cola prouve que Origène n'était pas de même sentiment, et qu'il n'accordait pas à Platon des connaissances plus sublimes qu'aux autres philosophes païens. Il en résulte encore que ce Père n'avait pas contracté dans l'école d'Ammonius l'entêtement dos nouveaux platoniciens. On ne voit pas sur quoi fondé le savant Huet a pu dire que le platonisme s'enracina tellement dans l'esprit d'Origène, qu'il y étouffa les fruits de la doctrine chrétienne, Orig. , 1. 1, c. 1, § 5. Ce Père atteste lui-même qu'avant de prendre aucune leçon de philosophie, il s'était livré tout entier à l'étude des livres saints- Op., t. i, p. 4.

Terlullien, qui vivait dans ce même temps, n'avait aucune connaissance de ce qu'enseignait l'école d'Alexandrie. Il soulieut que toutes les hérésies sont l'ouvrage des philosophes, et il le prouve en détail ; il ne veut point d'un christianisme stoïcien, platonicien ni dialecticieu, de Pra'sc. Uœr., c. 7 ; adv. Marcion., 1. i, c 12; I. v, c. 19, etc. Saint Cypri en, qui regardait Terlullien comme son maître, ne pensait sûrement pas autrement que lui.

Voilà ce qu'ont dit 1<>s Pères des trois premier., siècles, et antérteof a eileée »Nicee; loin d'y trouve;' des i. .ir ,ucs du plalouiswc décide qu'on leur reproche, nous n'y

voyons que des preuves du contraire. Dans ce concile même, et dans les temps postérieurs, Arias fut accusé d'avoir puisé son hérésie dans Platon, quelques-uns dirent quo Platon avait été moins impie que lui, Syst. intell, de Cudworth, c. h, § 36, pag. 875, note (h). Que ceite accusation ait été vraie on fausse, peu nous importe ; il s'ensuit toujours que les Pères de Nicéc et ceux qui les ont suivis étaient bien éloignés de chercher dans Platon les notions de la sainte Trinité. Cudworth les a donc calomniés lorsqu'il a dit que leur doctrine, et en particulier celle de saint Athanase, était plus platonicienne que celle d'Arias, ibid., p. 887; nous avons démontré la fausseté de ce fait par le texte même de Platon.

Plus nous lisons les anciens, plus nous sommes étonnés de la témérité des sociniens et de leurs fauteurs qui osent accuser les Pères d'avoir forgé le mystère de la sainte Trinité sur des notions platoniques. L'ont ils jamais prouvé autrement que par l'Ecriture sainte? Pour faire voir que les païens et surtout les philosophes, avaient tort de rejeter ce dogme comme impossible et absurde, il ont montré que Platon avait dit quelque chose d'à peu près semblable; s'ensuit-il delà qu'ilsont pris pourmodèle et pour règle les notions vagues, obscures et inintelligibles de ce philosophe? L'ont-ils établi interprète des passages de l'Ecriture sainte, pendant qu'ils lui reprochent de ne les avoir pas entendus, lors même qu'il semble y faire allusion? C'est leur supposer un degré de démence dont ils n'étaient certainement pas capables,

Beausobre. prétend qu'il y avait déjà des traces de la Trinité dans la théologie orientale, et que Platon en avait emprunté les idées que l'on en trouve dans sa philosophie. Pour toute preuve, il cite ce vers des oracles de Zoroastre . Dans tout le inonde brille la trinité dont l'unité est le principe. Mais il n'a pas pu ignorer que les prétendus oracles de Zoroastre sont un ouvrage forgé par les nouveaux platoniciens, et qui ne mérite aucune attention. D'ailleurs il est évident que, dans ce passage, rpiàs signifie le nombre de trois, et non une trinité telle que l'on s'obstine à la trouver dans Platon.

Il est fâcheux qu'en réfutant les sociniens, les protestants aient contribué à nourrir leur prévention en avouant très-mal à propos que les Pères ont emprunté plusieurs choses de Platon et des platoniciens, sans pouvoir dire quelles sont ces choses. Mosheim qui a donné dans ce travers, dans ses Notes sur Cudworth et ailleurs, le condamne lui-même, lorsqu'il est question des hérésies ctdes hérétiques. «Je ne puis approuver, dit-il, la conduite de ceux qui recherchent avec trop de subtilité l'origine des erreurs. Dès qu'ils trouvent la moindre ressemblance entre doux opinions, ils ne manquent pas de dire : Celle-ci vient do Platon, celle-là d'Aristote, celte autre de Hobbes ou de Descaries. N'y a-ls-il donc pas assez lie c irruption et de démence dans l'es piil humain pour forger des erreurs, en rai

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sonnant de travers, sans avoir besoin de maître ni de modèle? » Notes sur Cudworth, Jbid., p. 876, d. (h). Si cette censure est juste, combien ne sont pas plus condamnables ctux qui, sur la plus légère ressemblance d'expression, accusent les Pères d'avoir pris telle ebose dans Platon ou chez les platoniciens, pendant qu'ils l'ont évidemment puisée dans l'Ecriture sainte et dans la tradition de l'Eglise? Voy. Emanation, Philosophie, Platonisme, § 3 et k, etc.

Trinité, fête qui se célèbre dans l'Eglise romaine le premier dimanche après la Pentecôte, en l'honneur du mystère de la sainte Trinité.

A proprement parler, tout le culte des chrétiens consiste dans l'adoration d'un seul Dieu en trois personnes, Père, Fils, et Saint- Esprit ; non-seulement toutes les fêles des mystères se rapportent à cet objet, puisque toutes les œuvres de la création, de la rédemption et de la sanctification des hommes sont communes aux. trois Personnes divines ; mais les fêtes mêmes des anges et des saints ne sont instituées que pour honorer en eux les dons cl les opérations de la grâce divine, et pour rendre gloire à Dieu de leur sainteté et de leur bonheur. Celui qui sanctifie, dit saint Paul, et ceux qui sont sanctifiés, viennent tous d'un même principe (Heb., h, 11). 11 a été néanmoins très-convenable d'établir une fête et un office particulier dans lequel on a rassemblé lous les passages de l'Ecriture sainte et les extraits des Pères les plus propres à confirmer la foi de l'Eglise louchant ce mystère et à mettre les ministres de la religion en état d'instruire solidement les fidèles sur cet article essentiel du christianisme. A la vérité, cette institution est moderne , mais elle n'en est pas moins respectable. Vers l'an 920, Etienne, évêque de Liège, fit dresser un office de la Trinité qui s'établit peu à peu dans plusieurs églises ; on en disait la messe dans les jours de fériés pour lesquels il n'y avait point d'office propre; en quelques endroit l'on en fil une fête. Alexandre II, mort l'an 1073, ne voulut pas l'approuver; Alexandre 111, sur la fin du xîT siècle, déclara encore que l'Eglise romaine ne la reconnaissait point. Polhon, moine de Prum, en combattit l'usage; d'autres le désapprouvèrent encore au xni" siècle. 11 craignait que cette fêle ne fît oublier l'observation que nous venons de faire, savoir, que louies les solennités de l'année sont consacrées à l'honneur et au culte de la sainte Trinité. Cependant le concile d'Arles, tenu l'an 1260, établit celle-ci pour sa province. On croit que ce fui Jean XXII qui la fit adopter dans l'Eglise de Home au xiv siècle, et qui la fixa ;>u premier dimanche après la Pentecôte ; mais cet usage ne fut pas suivi partout, puisque l'an lki5 le cardinal Pierre d'Ailly sollicita encore Benoît XIII reconnu pour lors en France, de le faire observer, et Gerson dit que de son temps cette institution était encore toute nouvelle.

11 faut remarquer que, pendant le Xe siè-

cle et les suivants, l'Europe fut infestée par plusieurs sectes d'hérétiques qui enseignaient des erreurs touchant le mystère de la sainte Trinité. Les manichéens déguisés sous différents noms ne le reconnaissaient pas, ou l'entendaient très-mal; Roscelin était trithéiste; Abailard et Gilbert de la Porrée ne furent pas plus orthodoxes; la plupart des secles fanatiques qui s'élevèrent pendant le xive siècle n'avaient rien de fixe dans leurs opinions. 11 n'est donc pas étonnant que, dans ces temps malheureux, des évêques et d'autres saints personnages aient compris la nécessité de confirmer les peuples dans la foi à la sainte Trinité; et comme ce besoin ne se fit pas également sentir partout, d'autres crurent qu'il y aurait du danger à en établir la fête; mais elle n'a jamais été plus nécessaire que depuis la naissancedusocinianisme.Nousavons vuailleurs que des raisons semblables ont donné lieu à l'institution de la Fêle-Dieu. Voy Baille!, Hist. des fêtes mobiles; Thomassin, Traité des fêtes, 1, n, c. 18. Les Grecs font l'office de la sainte Trinité le lundi, lendemain de la fête de la Pentecôte ; on ignore depuis quel temps ils sont dans cet usage.

Trinité, nom d'une confrérie ou sociélé pieuse, établie à Rome par saint Philippe de Néri, l'an 15^8, pour avoir soin des pèlerins qui viennent de toutes les parties du monde visiter les tombeaux de saint Pierre et de saint Paul. Il y a pour ce sujet un hospice ou maison dans laquelle on reçoit et on entretient pendant trois jours, non-seulement les pèlerins, mais encore les pauvres convalescents qui, étant sortis trop tôt de l'hôpital, pourraient être sujets à des rechutes. Cet établissement se fit d'abord dans l'église de Saint-Sauveur in campo ; il ne consistait que dans quinze personnes, qui tous les premiers dimanches du mois se rassemblaient dans celle église pour pratiquer les exercices de piété prescrits par saint Philippe de Néri, et y entendre ses exhortations. En 1558, Paul IV donna à celle pieuse association l'église de Saint-Benoît, elles confrères lui donnèrent le nom de la Sainte-Trinité. Depuis ce temps-là on a bâli à côté de cetle église un hôpital très-vaste pour y loger les pèlerins et les convalescents. L'utilité de cet établissement l'a rendu très-considérable ; la plupart des nobles de Home de l'un et de l'autre sexe se font honneur d'y être associés. Comme il fallait un nombre d'ecclésiastiques pour desservir cet hospice, pour instruire ceux qui y séjournent, et pour leur administrer les sacrements, l'on y a établi une congrégation de douze prêtres qui y logent et qui y vivent en communauté, comme dans un monastère.

Trinivé chéée. L'on a ainsi nommé la sainte Famille, composée de saint Joseph, de la sainte Vierge et de l'Enfant Jésus. En 1659, dans la ville de la Rochelle, un certain nombre de filles vertueuses se rassemblèrent dans une maison pour travailler à l'éducation des filles orphelines. Bientôt après, elles eurent envie d'embrasser la vie

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régalien et de faire des vœux. On dressa pour elles des règles et des constitutions qui furent imprimées à Paris en lfiOi, sous le litre de Règle* de.< filles de la Trinité créée, dites religieuses de la congrégation de Saint- Joseph. On ue connaît point d'autre maison de cet ordre ; mais dans plusieurs villes du royaume il y a des congrégations de filles, établies sous un autre titre, pour vaquer à celle bonne œuvre. Voi/. Orphelin.

TR1SACRAMENTAIRES. Parmi les protestants il s'est trouvé quelques sectaires à qui l'on a donné ce nom, parce qu'ils admettaient trois sacrements, le baptême, la cène ou l'eucharistie, et l'absolution, au lieu que les autres ne reconnaissent que les deux premiers. Quelques auteurs ont cru que les anglicans regardaient encore l'ordination comme un sacrement ; d'autres ont pensé que c'était la confirmation ; mais ces deux faits sont contredits par la confession de foi anglicane, art. 25. Voy. Anglican.

TRISAGION, mot grec, composé de tpiç, trois fois, et de xyiô», sainl; c'est une formule de louange adressée à Dieu, Isaï., c. vi, v. 3 : Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu des armées ; toute la terre est remplie de sa gloire. Elle est répétée dans VApoc, c. iv, v. 8, où dous voyons la liturgie chrétienne représentée sous l'image de la gloire éternelle. Aussi l'Eglise l'a conservée dans le saint sacrifice de la messe, et l'a placée après la préface, immédiatement avant le canon ; l'on ne peut pas douter qu'elle ne vienne des apôtres. Les paroles qui suivent : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, salut et gloire lui viennent du ciel, sont tirées de l'Evangile, Matlh., c. xxi, v. 9. Dans les Constitutions apostoliques elles sont remplacées par celles-ci : Qu'il soit béni dans tous les siècles. Amen. Saint Jean Chrysostome les a répétées plus d'une fois de celte manière. Saint Cyrille de Jérusalem, après avoir cité les paroles d'Isaïe, ajoute, Catech. myslag., 5 : « Nous répétons cette théologie sacrée que les séraphins chantent, et qui nous est venue par tradition, afin que par cette psalmodie céleste nous communiquions avec la sublime milice du ciel. » Saint Ambroise dit qu'on chante le trisagion en Orient et en Occident pour honorer l'unité et la Irinité de Dieu, I. m, de Spir. sancto, c. 12. Dans la suite on se servit d'une autre formule conçue en ces termes : Saint Dieu, saint puissant, saint immortel, ai/ez pitié de nous. L'Eglise latine ne la chante qu'une fois l'année, le vendredi saint, avant l'adoration de la croix, et on la répète Irois fois en grec et en latin ; mais elle est d'un usngo journalier dont l'Eglise grecque. Saint Jean Damascène, Cedrenus, Balsamon, le pape Félix III, Nicéphore et d'autres disent qu'elle fut introduite par saint Proclus, patriarche de Constantinople, l'an 4V<J, sous le règne de Théodose le Jeune, à l'occasion d'un horrible tremblement de terre qi,i arriva pour lors. Ils ajoutent que le peuple enssta ce nouveau Trisagiea avec d'autant plus d'ardeur, qu'il attribuait celle

calamité aux blasphèmes que les hérétiques de cette ville vomissaient contre le Fils do Jïieu, et qu'incontinent après ce fléau cessa. Le concile de Chalcédoinc, tenu l'an 451, l'adopta. Saint Jean Damascène dit que les orthodoxes s'en servaient pour exprimer leur foi touchant la sainte Trinité ; que Dieu saint désignait le Père, Dieu fort le Fils, Dieu immortel, le Saint-Esprit.

Yrers l'an 481, Pierre Gnaphée ou le Foulon, moine usurpateur du siège d'Antioche, ennemi déclaré du concile de Chalcédoine, et protégé par l'empereur Zenon, ordonna d'ajouter au trisagion ces paroles : Qui avez été crucifié pour nous, afin d'insinuer que toute la Trinité avait souffert en Jésus- Christ, et d'établir ainsi l'hérésie des théopaschites ou patripassiens. Voy. ce mot. C'était une conséquence de celle d'Eutychès, qui soutenait qu'il n'y avait en Jésus- Christ qu'une seule nature, et qu'en lui l'humanilé était absorbée par la divinité : erreur à laquelle Pierre le Foulon était opiniâtrement attaché. Conséquemment le pape Félix III et les orthodoxes rejetèrent cette addition, et pour en corriger le sens, les uns opinèrent à dire : « Dieu saint, Dieu fort, Dieu immortel, Jésus-Christ notre Hoi qui avez souffert pour nous, ayez pitié de nous ; » les autres, à retenir l'ancienne formule, en ajoutant seulement : sainte Trinité, ayez pitié de nous. Tous ces changemenls causèrent des troubles dont les protestants n'ont pas manqué de rejeter tout l'odieux sur les catholiques, comme si ces derniers avaient été obligés d'abjurer leur croyance pour empêcher des hérétiques fougueux d'exciter des séditions. Voy. Mosheira, Hist. eccl., V siècle, ne part., c. 5, § 10.

Enfin, malgré tous les efforts de Pierre le Foulon et de ses adhérents, le trisagion de saint Proclus est demeuré sans addition, et il est encore tel dans les liturgies latin?, grecque, éthiopienne, cophte, syriaque, mozarabique, etc. Voy. Bingham, Orig. ecclés., t. VI, |. xiv, c. 2, § 3 ; Note* du P. Ménard, sur le Sacrum, de S. Gréa., p. 10. De là il résulte que l'Eglise a toujours voulu que ses prières publiques fussent l'expression de sa foi.

TRITHÉISME est l'hérésie de ceux qui ont enseigné qu'il y a non-seulement trois personnes en Dieu, mais aussi trois essences, trois substances divines, par conséquent trois dieux. Dès que des raisonneurs ont voulu expliquer le mystère de la sainte Trinité, sans consulter la tradition et l'enseignement de l'Eglise, ils ont presque toujours donné dans l'un ou l'autre des deux excès : les uns, pour ne pas paraître suppo* ser trois dieux, sont tombés dans le sabellianisme; ils ont soutenu qu'il n'y a en Dieu qu'une personne, savoir, le Père ; que les deux autres ne sont que deux dénominations, on deux différents aspects de la Divinité. Les autres, pour éviter celle erreur, ont parlé des troi9 personnes, comme si c'étaient trois essences, Irois substances ou trois natures distinctes, et sont ainsi devenus

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tritneistes. Ce qu'il y a de singulier, c'est que cette hérésie a pris naissance parmi les eutychiens ou monophysites qui n'admettaient qu'une seule nature en Jésus- Christ. On prétend que son premier auteur fut Jean Acusnage, philosophe syrien ; il eut pour principaux sectateurs Conon , évéque de Tarse, et Jean Philoponus , grammairien d'Alexandrie. Comme ces deux derniers se divisèrent sur d'autres points de doctrine, on distingua les irithéistes cononites d'avec les trithéistes philoponistes. D'autre part, Damien , évêque d'Alexandrie , distingua l'essence divine des trois personnes ; il nia que chacune d'elles, considérée en particulier et abslraclivement dos deux autres, fût Dieu. Il avouait néanmoins qu'il y avait entre elles une nature divine ou une divinité commune, par la participation de laquelle chaque Personne était Dieu. On ne conçoit rien à ce verbiage, sinon que Damien concevait la Divinité comme un tout, dont chaque personne n'était qu'une partie. Il eut néanmoins des sectateurs que l'on nomma damianistes.

Les ariens qui niaient la divinité du Verbe, et les macédoniens qui ne reconnaissaient point celle du Saint-Esprit, n'ont pas manqué d'accuser de trilhcisme les catholiques qui soutenaient l'une et l'autre. Aujourd'hui les unitaires ou sociniens nous font encore le même reproche très-mal à propos, puisque nous soutenons l'identité numérique de nature ou d'essence dans les trois personnes divines.

Dans une dispute qu'il y a eu en Angleterre sur ce sujet entre le docteur Sherlock et le docteur Souih, on prétend que celuici est tombé dans le sabellianisme en soutenant trop rigoureusement l'unité de la nature divine, et que le premier a donné dans le trithéisme en expliquant la trinité des personnes d'une manière trop absolue. Le seul moyen de garder un juste milieu et d'éviter toute erreur, en parlant de ce mystère incompréhensible , est de s'en tenir scrupuleusement au langage et aux expressions approuvées par l'Eglise. Fo#. Trinité. TROIS CHAPITRES. Voy. Nestorunisme.

TROMPETTES (fêtes des), solennité des Hébreux qui se célébrait le premier jour de la lune du mois tisri ou de septembre, jour auquel ils commençaient leur année civile, au lieu que leur année religieuse commençait à la nouvelle lune de nisan ou de mars. Il est à remarquer que c'était dans l'intervalle qui s'écoulait depuis l'équinoxe du printemps jusqu'à celui de l'automne, que les Hébreux célébraient presque toutes leurs fêles : preuve assez sensible qu'elles avaient rapport aux travaux del'agriculture, aussi bien qu'aux événements particuliers qui y avaient donné lieu. Voy. Fêtes juives Celle des trompettes leur était ordonnée, Levit., c. xxni, v. 24, et Num., c. xxix, v. 1. Le premier jour du septihnc mois, leur dit Moïse, sera pour vous un jiir saint et vénérable; vous vous abstiendrez de toute œuvre servile, et il sera marqué par le son des trom-

pettes. Outre les sacrifices que l'on offrait à chaque néoménie ou nouvelle lune, il y en avait d'autres prescrits spécialement pour ce jour-là. Le dixième de ce même mois était destiné à la fête des Expiations, et le quinzième à la fête des Tabernacles, ibid. Alors on avait fini la récolte de tous les fruits de la terre ; c'était donc le moment auquel commençaient les six mois de repos pendant lesquels on pouvait s'occuper plus librement des affaires civiles. Faute d'avoir fait celte remarque, les critiques ont cherché vainement les raisons de celte solennité, et les événements de l'histoire juive, auxquels elle pouvait faire allusion ; ils n'en ont point trouvé dans l'Ecriture sainte, et leurs conjectures n'aboutissent à rien. Dans tous les mois de l'année, la néoménie était annoncée par le son des trompettes ; mais à celle de septembre ce signal était plus solennel, par la raison que nous avons dite.

Voy. NÉOMÉNIE.

Il serait inutile de disserter sur les différentes espèces de trompettes dont les Hébreux se servaient dans les différentes occasions ; les critiques qui se sont livrés à celle recherche ne nous ont pas beaucoup satisfaits. Peut-être auraient-ils mieux réussi, s'ils avaient connu les différentes espèces de cors dont se servent les bergers, dans les divers pays du monde, pour appeler et rassembler leurs troupeaux. C'est dans la vie pastorale qu'il faut chercher l'origine des usages des anciens Orientaux. Nous ne nous arrêterons pas non plus à détailler les rites que les juifs modernes ont ajoutés ou substitués à ceux de leurs aïeux, ni les imaginations qu'ils ont mêlées aux récits des livres saints. Ces nouveaux usages, uniquement fondés sur les prétendues traditions du Talmud et des rabbins, ne peuvent contribuer en rien à l'intelligence de l'Ecriture sainte.

Il nous paraît plus nécessaire d'examiner le sentiment de Spencer, qui prétend que le son des trompettes aux néoménies, particulièrement à celle de septembre, pour annoncer le commencement de l'année civile, est un rit emprunté des païens, et qu'il était en usage chez toutes les nations idolâtres dont les Hébreux étaient environnés ; que toute la différence qu'il y a consiste en ce que les premiers célébraient ces fêtes à l'honneur des fausses divinités, au lieu que Moïse les consacra au cuite du vrai Dieu. Déjà nous avons réfuté ce système à l'article Loi oérémonielle, § 2 ; mais il est bon d'y insister encore. 1° Rien n'est plus faux qne ce raisonnement : tel rit a été en usage chez les païens plus anciens que les Israélites, donc ceux-ci l'ont emprunté d'eux et l'ont pratiqué par imitation. Nous avons fait voir que la plupart des usages, soit civils soit religieux, pervertis par les païens, ont été pratiqués par les patriarches longtemps avant la naissance du paganisme -, donc il est plus naturel que Moïse et les Hébreux les aient reçus des patriarches leurs aïeux, que des étrangers qu'ils regardaient plutôt comme des ennemis que comme des frères. Daiî-

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