‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 158 sur 219 · TYP · texte numérisé non relu

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se borner à consulter l'Ecriture sainte, puisque c'est sur le sens même de l'Ecriture que les ariens, aussi bien que 1rs sociniens, dis— j utaient et disputent encore contre les catholiques ; il s'agissait donc de savoir lequel des deux partis en donnait la véritable interprétation. À la vérité les protestants qui soutiennent que l'Ecriture sainte est la seule règle de notre fui, qu'elle s'exprime clairement sur tous les articles fondamentaux du christianisme , doivent avoir de la répugnance à convenir que Dieu a fait des miracles pour conflrmer les explications des catholiques et confondre celle des ariens ; mais l'obstination des protestants à soutenir un système faux ne prouve rien contre des faits solidement établis. 5° On répétera peut-être l'objection triviale des incrédules contre tons les miracles ; on dira que si celui de Typase avait été inconleslable , il aurait sans doute converti tous les ariens, et qu'il n'en serait pas resté un seul en Afrique. Rien de plus faux que ce préjugé. Des héréiiques aussi brutaux et aussi farouches que les vandales ne sont touchés d'aucune preuve , d'aucune raison, d'aucun miracle. Aucun excès d'incrédulité ne peut plus nous surprendre, depuis que nous avons vu les philosophes de nos jours déclarer formellement que,- quand ils verraient un miracle, ils ne seraient pas convaincus, et qu'ils s'en lieraient plutôt à leur jugement qu'à leurs yeux.

TYPE, signe, symbole, figure, représentation d'une chose : c'est le sens ordinaire du grec rôno;. Dans l'Ecriture sainte il signifie quelquefois une image, une idole; d'autres fois la figure d'un événement futur; il exprime aussi, ou un modèle qu'il faut suivre, ou un exemple qui doit nous instruire, mais qu'il ne faut pas imiter; saint Paul l'a pris dans ce dernier sens, I Cor., c. x, v. 6 et 11. Au mot Antitype, nous avons donné les différentes significations de ce dernier.

Quelques auteurs prétendent que tout l'Ancien Testament a été un type ou une figure du Nouveau, que les événements, les lois, les cérémonies, aussi bien que les prophéties, avaient pour bu! de représenter d'avance les mystères de Jésus-Christ et de son Eglise. Au mot Figure, nous avons fait voir le peu de solidité et les inconvénients de ce système. Ceux qui le soutiennent ont voulu se prévaloir de l'exemple des apôtres et des évangélistes qui ont souvent appliqué aux faits du Nouveau Testament des prophéties qui semblaient avoir pour objet des événements et des personnages de l'Ancien. Sur ce sujet le savant Maldonat a fait des observations très-sages. Quand les apôtres, dit-il, remarquent qu'une prophétie de l'Ancien Testament s'est trouvée accomplie par un événement qu'ils rapportent, ils ne l'entendent pas toujours de la même manière; cette expression peutêlre prise dans quatre sens différents. 1° Cela signifie souvent qu'une chose s'accomplit exactement et à la lettre, selon qu'elle.a été prédite; ainsi quand saint Matthieu observe, c. i, v. 22 et 2J,que celte prophétie d'isaïe, c. vu, V. 14, Une

Vierge concevra et enfantera un Fils, etc., ;\ été accomplie dans la vierge Marie, cela doit s'entendre d'un accomplissement littéral, parce que cette prédiction ne peut être appliquée à aucune autre personne. Voy. Emmanuel. 2° Cela signifie quelquefois qu'une prédiction, déjà accomplie dans une personne, se vérifie encore plus exactement à l'égard d'une autre dont la première était le type ou la figure. Ainsi ces paroles, I Reg., c.-vir, Je lui tiendrai lieu de père, et je le traiterai comme mon fils, regardai"nt directement Salomon ; mais saint Paul les applique à Jésus-Christ, Ilebr., c. î, v. 6, parce qu'elles se vérifient plus parfaitement en lui qu'à l'égard de Salomon qui était !e type ou la figure du Messie. De même saint Jean observe, c. xix, qu'on ne rompit point les os à Jésus-Christ sur la croix, pour accomplir ce qui était dit de l'agneau pascal, Exod., c. xii : Vous n'en briserez point les os. Le troisièmesens a lieu, lorsqu'on appîiqucune prophétie à ce qui n'en est ni l'objet immédiat ni le type, mais à un objet à qui elle cadre aussi bien que si elle avait été faite pour lui. Isaïe, par exemple, c. xxix, semble borner le reproche que Dieu fait aux Juifs, de l'ho« norer du bout des lèvres, à ceux de son temps; mais Jésus-Christ l'adresse à ceux auxquels il parlait, parce qu'ils étaient aussi hypocrites que leurs pères, Matth.,c. xv,v.7 et 8. La quatrième manière dont une prédiction s'accomplit, c'est lorsqu'un événement prédit, étant déjà arrivé en partie, s'achève entièrement, de manière qu'il n'y a plus rien à désirer pour son parfait accomplissement. Dans ce sens Jésus-Christ, après avoir lu dans la synagogue de Nazareth ces paroles d'isaïe, c. lxi, v. 1 : L'esprit de Dieu est sur moi, parce qu'il m'a donné l'onction du prophète, il m'a envoyé annoncer aux affligés une heureuse nouvelle, etc., dit à ceux qui l'écoataient : Cette Ecriture s'accomplit aujourd'hui sous vos yeux (Luc. iv, 17 seq.); parce que le prophète n'avait rempli qu'imparfaitement l'objet de sa mission, au lieu que Jésus-Christ était venu le remplir dans toute la perfection. Voy. Maldonat, in Malth., c. 2, v. 15. — De ces quatre sens divers, le premier est le seul qui fasse preuve en rigueur contre les Juifs, contre les païens et contre les incrédules, parce qu'ils ne reconnaissent l'autorité, ni de Jésus-Christ ni des apôtres; mais les trois autres servent à confirmer la foi des chrétiens, qui sont convaincus d'ailleurs que ce divin Sauveur et ses disciples étaient envoyés et inspirés de Dieu, aussi bien que les prophètes. C'était aussi un argument personnel contre les Juifs qui étaient accoutumés à ces sortes d'applications de l'Ecriture sainte; ceux d'aujourd'hui ont encore tort de le rejeter, puisque c'a été la méthode de leurs anciens docteurs auxquels ils ajoutent foi, quoique ces derniers en aient souvent abusé. Il n'est presque pas une seule explication des prophéties donnée dans l'Evangile, qui ne soit confirmée parle suffrage des anciens r.abbins, Voy. Galatiu, de Ârcanis cathol veritalis.

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C'est donc contre toute vérité que quelques incrédules ont prétendu que le christianisme n'est fondé sur aucune antre preuve que sur des explications arbitraires ou sur des sens typiques, figurés, allégoriques des prophéties de l'Ancien Testament. Au mot PnoraÉTiS, nous avons l'ail voir qu'il y a un très-grand nombre de ces prédictions qui regardent directement, littéralement et uniquement Jésus-Christ, cl qu'on ne peut les adapter à d'autres personnages, sans faire violence à tous les termes. Les protestants ne sont pas moins blâmables de reprocher sans cesse aux Pères de l'Eglise d'avoir abusé de l'exemple de Jésus-Christ, des apôtres et des évangélistes; d'avoir porté au dernier excès le goût des allégories et des explications figurées de l'Ecriture sainte: nous avons justifié ces saints docteurs au mot Allégorie. Mais les figuristes modernes qui prétendent que c'est la meilleure manière d'expliquer ces divins livres, ne peuvent tirer aucun avantage de cet exemple, puisque la plupart des motifs qui ont

déterminé les Pères, ne subsistent plus. Outre les inconvénients de leur système, il est devenu très-suspect depuis que Jansénius a eu la témérité de dire, totn. III, de Gratta Christi salvat., 1. m, c. 6, p. 116: « 11 est évident que l'Ancien Testament n'a été qu'une grande comédie qui se jouait moins pour elle-même que pour le Nouveau Testament. »> Il semble que l'on s'attache au lîgurisme, afin de prouver que ce novateur avait raison.

Type, édil de l'empereur Constant II au sujet des monothéliles. Voy. Monothélismiî.

* TYRANNICIDE. Au milieu des désordres du moyen âge, dans le malaise général souvent fomenté par les grands, on posa cette question : Est-Il permis de mettre à mort sans forme de procès les tyrans du peuiile? L'affirmative trouva des défenseurs. Le docteur Jean Petit soutint celte doctrine dans les chaires de Paris, en 1 407. Ce principe, formulé ainsi, est évidemment anarchique. Il fut condamné au concile de Constance, en lilti. Nous avons exposé dans notre Dictionnaire de Théologie morale la conduite que doivent tenir les peuples à l'égard des tyrans.

UBIQUISTES ou UBIQUITAIRES. On nomma ainsi ceux d'entre les luthériens qui soutenaient que le corps de Jésus-Christ est présent dans l'eucharistie en vertu de sa divinité présente partout, ubique. Us avaient embrassé ce sentiment, afin de ne pas être obligés d'admettre la transsubstantiation. L'on prétend qus Lulher le soutint ainsi pendant deux ans. D'autres ont écrit que le premier auteur de ce sentiment fut Jean de Wi stphalie, nommé vulgairement Westphalc, ministre de Hambourg en 1552, qui se rendit célèbre par ses écrits contre Lulher et contre Calvin ; d'autres disent que ce fut Rrenlius, disciple de Luther, mais qui ne pensait pas toujours comme son maître, et qui forgea cette opinion l'an 15(50. Il eut pour sectateurs Fla<cius Illyricus, Osiander et d'autres. Six de ces docteurs s'assemblèrent au monastère de Berg, l'an 1577, et y décidèrent le dogme de {'ubiquité du corps de Jésus-Christ comme un article de foi.

D'autre coté, Mélanchthon sVleva contre cette doctrine dès qu'elle commença de paraître; il soutint que c'était introduire, à l'exemple des eutychiens, une espèce de confusion entre les deux natures de Jésus- Christ, en attribuant à. l'une les propriétés de l'autre, et il persista jusqu'à la mort dans celle manière de penser. Les universités de Wirtemberg et de Leipsick embrassèrent vainement le parti de Mélanchthon, le nombre des ubiquistes augmenta, et leur systè.ie a prévalu pendant longtemps parmi les luthériens. Ceux de Suède, en le soutenant, se divisèrent encore ; les uns prétendirent que, pendant la vie mortelle du Sauveur, son corps était partout, les antres, qu'il n'a eu ce privilège que depuis son ascension. Il parait qu'aujourd'hui cette -opinion n'a plus d<i

partisans parmi les luthériens ; ils se sont rapprochés des calvinistes, et ils pensent communément que le corps de Jésus-Christ n'est présent avec le pain que dans la communion et au moment qu'on le reçoit. Nous ne savons pas s'ils enseignent que ce corps est présent en vertu de l'action même de communier, ou en vertu des paroles de Jésus-Christ, Ceci est mon corps, prononcées auparavant. Voy. Eucharistie, § 1. — Il est assez étonnant que les théologiens, qui s'efforçaient de persuader que l'Ecriture sainte est claire, intelligible, à la porlée de tout le monde sur les dogmes de foi, n'aient jamais pu parvenir à s'accorder sur un article aussi essentiel qu'est celui de l'eucharistie ; qu'après bien des disputes, des systèmes, des volumes écrits de part et d'autre, la différence de croyance ait toujours subsisté et Subsiste encore entre les deux principales sectes protestantes. La première chose qu'il aurait fallu prouver par l'Ecriture était le droit qu'ils s'attribuaient de faire des décisions de foi pendant qu'ils le refusaient à l'Eglise universelle.

Basnage, Histoire de l'Eglise, 1. xxvi, c. 6, § 2, soutient que l'opinion des ubiquitaires est une suite naturelle du dogme de la présence réelle; qu'ainsi l'Eglise romaine ne peut pas combattre cette opinion avec avantage. En effet, dit-il, si je conçois qu'un corps qui ne peut être naturellement que dans un lieu, se trouve cependant eu cent mille endroits où l'on communie et où l'on garde l'eucharistie, je puis croire également qu'il est partout, parce qu'il n'y a p'us de règle lorsque la nature des choses est détruite, et qu'il n'y a plus rien de fixe qu'ind on a recours à des miracles qui détruisent la raison.

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Si ce critique avait été moins entêté de ses préjugés, il aurait compris que la règle et la mesure de notre foi est la révélation, que ce n'est point à nous de pousser les miracles et les mystères plus loin que Dieu ne nous les a révélés. Or, l'Ecriture sainte el la tradition qui sont les organes de la révélation nous enseignent que le corps de Jésus-Christ est d;ins l'eucharistie, sans nous dire qu'il est aussi ailleurs ; donc nous devons borner là noire foi. C'en est assez pour réfuter les ubiquilaires, qui ne peuvent fonder loursentiment, ni sur l'Ecriture sainte, ni sur la tradition. Il n'est pas question de savoir où le corps de Jésus-Christ peut ou ne peut pas être, mais de savoir où il est. Au resle, rien de plus faux que le principe sur lequel Basnage s'est fondé. Suivant la narration de l'Evangile, Jésus-Christ, en ressuscitant, sortit du tombeau sans déranger la pierre qui en fermait l'entrée, ce fut un ange qui la renversa, Matth,, c. xxvm, v. 2. Ses disciples ne le virent point auprès de son tombeau, et cependant il s'y montra à Marie - Magdeleine, Joan., c. xx, v. H. 11 disparut aux yeux des deux disciples d'Emmaùs avec lesquels il venait de manger, Luc, c. xxiv, v. 31. Le même soir il se trouva au milieu de ses disciples, quoique les portes fussent fermées ; ils crurent voir un esprit ; pour les rassurer, il leur fit toucher son corps, ibid., v. 36 ; il répéta ce même prodige en faveur de saint Thomas, Joan., c. xx, v. 26. Refuserons-nous d'y croire, sous prétexte qu'un corps ne peut pas naturellement pénétrer les autres corps, se trouver dans un lieu sans y être venu, ni disparaître subitement «à tous les yeux ; que dans tous ces cas la nature des choses serait détruite? Ce principe de Basnagene tend pas à moins qu'à renverser tous les miracles ; et telle est la conséquence de tous les arguments que les protestants ont faits contre le mystère de l'eucharistie. On dirait qu'ils ont eu dessein d'armer les incrédules contre tous les articles de notre foi.

UNIGEN1TUS, huile ou constitution du pape Clément XI, donnée au mois de septembre 1713, qui commence par ces mots, Unigenitus Dei Filius, et qui condamne cent une propositions tirées du livro de Pasquier Quesnel, prêtre de l'Oratoire, intitulé: Le Nouveau Testament traduit en français avec des réflexions morales (1). Ces propositions

(t) Voici un extrait de cette bulle. Le pape pnrle d'abord «Je l'avertissement donné par le Fils de Dieu à son Eglise, « de nous tenir en garde contre les faux prophètes, qui viennent à nous revêius de la peau

des brebis; (par où) il désigne principalement

ces maîtres «te mensonges , ces séducteurs pleins d'artifices, qui ne foui éclaler dans leurs discours les apparences de la plus solide piété, que pour insinuer imperceptiblement leurs dogmes dangereux, el que pour iniroduire, sous les dehors de la sainteté, des sectes qui conduisent les hommes à leur perle; séduisant avec d'autant plus de facilité ceux qui ne se défient pas de leurs pernicieuses entreprises, que comme des loups, qui dépouillent leur peau pour se couvrir de la peau des brebis, ils s'enveloppent, pour ainsi parler, des maximes de la loi divine, des pré-

se réduisent à cinq ou six chefs de doctrine, gui sont autant d'erreurs, et qui avaient été déjà condamnées dans les écrits de Baïus et

cepies des saintes Ecritures, dont ils interprètent malicieusement les expressions, et de celles même du Nouveau Testament, qu'ils ont l'adresse de corrompre en diverses manières pour perdre les attires et pour se perdre eux-mêmes : vrais fils de l'ancien père du mensonge, ils ont appris, par son exemp'e et par ses enseignements, qu'il n'est point de voie plus sûre ni plus prompte pour tromper les âmes, et pour insinuer le venin des erreurs les plus criminelles, que de couvrir ces erreurs de l'autorité de la parole de Dieu. »

Le saint Père continue ensuite de celte manière : « Pénétré de ces divines instructions, aussitôt que nous eûmes appris, dans la profonde amertume de notre cœur, qu'un certain livre, imprimé autrefois en langue française, et divisé en plusieurs tomes, sons ce titre : Le Nouveau Testament en français, avec des réflexions morales sur chaque verset, etc. A Paris, 1699 ; autrement encore : Abrégé de la morale de l'Evangile, des Actes des apôtres, des Epitres de- saint Paul, des Epîtres canoniques et de l'Apocalypse, ou Pensées chrétiennes sur le texte de ces livres sacrés, etc. .4 Paris, 1093 et 1(194, que ce livre, quoique nous l'eussions déjà condamné, parce qu'en effet les vérités catholiques y sont confondues avec plusieurs dogmes faux et dangereux, passait dans l'opinion de beaucoup de personnes pour un livre exempt de toutes sortes d'erreurs; qu'on le mettait partout entre les mains des lidéles, et qu'il se répandait de tous côtés, par les soins affeciés de certains esprits remuants, qui font de continuelles tentatives en laveur des nouveautés ; qu'on l'avait même traduit eu latin, afin que la c«niagion de ses maximes pernicieuses passât, s'il était possible, de nation en nation et de royaume en royaume ; nous fûmes saisis d'une très-vive douleur en voyant le troupeau du Seigneur, qui est commis à nos soins, entraîné dans la vote de perdition par des insinuations si séduisantes et si trompeuses : ainsi donc, également excités par notre sollicitude pastorale, par les plaintes réitérées des personnes qui ont un vrai zèle pour la foi orthodoxe, surtout par les lettres et les prières d'un grand nombre de nos vénérables frères tes évêques de France, nous avons pris la résolution d'arrêter, par quelques remèdes plus efficaces, le cours d'un mal qui croissait toujours, et qui pourrait avec le temps produire les plus funestes effets. Après avoir donné toute notre application à découvrir la cause d'un mal t>i pressant, et après avoir fait sur ce sujet de mûres et de sérieuses réflexions, nous avons enfin reconnu trèsdislinctement que le progrès dangereux qu'il a fait, et qui s'augmente tous les jours, vient principalement de ce que le venin de ce livre est très-caché, semblable à un abcès dont la pourriture ne peut sortir qu'après qu'on y a fait des incisions. En effet, à la première ouverture du livre, le lecteur se sent agréablement attiré par de certaines apparences de piété. Le style de cet ouvrage est plus doux et plus coulant que l'huile; tuais les expressions en sont comme des traits prêts à partir d'un arc qui n'est tendu que pour blesser imperceptiblement ceux qui ont le cœur droit. Tant de motifs nous ont donné lieu de croire que nous ne pouvions rien faire de plus à propos ni de plus salutaire, après avoir jusqu'à présent marqué en général la doctrine artificieuse de ce livre, que d'en découvrir les erreurs en détail, et que de les mettre plus clairement el plus distinctement devant les yeux de tous les fidèles, par un extrait, de plusieurs propositions contenues dans l'ouvrage, où nous leur ferons voir l'ivraie dangereuse séparée du bon grain qui la couvrait. Par ce moyeu nous dévoilerons el nous mettrons au grand jour, non-seulement quelques-unes de ces erreurs, mais

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de Jansénius. De même que ce dernier n'avait fait son livre intitulé Augustinus, que pour justifier les sentiments de Baïus.Quesnel fit le sien pour répandre la doctrine de Jansénius sons le masque de la piété. En effet, l'évêque d'Vpres avait enseigné que l'on ne résiste jamais à la grâce intérieure; il avait même taxé de scmi-pélagianisuie et d'hérésie le sentiment contraire. Quesnel, de son côté, enseigne que la grâce de Dieu est l'opération de sa toute-puissance, à laquelle rien ne peut résister ; il compare l'action de la grâce à celle par laquelle Dieu a créé le monde, a opéré le mystère de l'incarnation , et a ressuscité Jésus -Christ (Prop. 10 et suiv.). il en conclut que quand Dieu veut sauver uneâme, elle est infailliblement sauvée (Prop. 12 et suiv.). De là il s'ensuit, 1° que quand elle n'est pas sauvée, c'est que Dieu ne le veut pas ; conséquence directement contraire au mot de saint Paul, Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. 2° 11 s'ensuit que si un homme pèche, c'est qu'il manque de grâce ; autre erreu- proscrite dans l'Ecriture sainte et dans saint Augustin. Voy. Grâce, § h. 3° 11 s'ensuit que,

nous en exposerons un grand nombre des plus pernicieuses, soit qu'elles aient été déjà condamnées, soit qu'elles aient été inventées depuis peu. >

A la suite du préambule , Clément XI rapporte 101 propositions extraites du livre de Quesnel, et il les condamne i comme étant respectivement fausses, captieuses, mal sonnantes, capables de blesser les oreilles pieuses ; scandaleuses, pernicieuses, téméraires injurieuses à l'Eglise et à ses usages; outrageantes, non-seulement pour elle, mais pour les puissances séculières; séditieuses, impies, blasphématoires, suspectes d'hérésie, sentant l'hérésie, favorables aux hérétiques, aux hérésies et au schisme; erronées, approchantes de l'hérésie, et souvent condamnées ; enlin, comme hérétiques, et comme renouvelant diverses hérésies, principalement celles qui sont contenues dans les fameuses propositions de Jansénius, prises dans le sens auquel elles ont été condamnées. > Le saint Père défend en conséquence, à tous les fidèles, de penser, d'enseigner ou de parler sur lesdites propositions, autrement qu'il n'est porté dans sa constitution, et il veut que < quiconque enseignerait, soutiendrait ou mettrait au jour ces propositions, ou quelques-unes d'entre elles, soit conjointement, soit séparément, ou qui en traiterait même par manière de dispute, en public ou en particulier, si ce n'est peut-être pour les combattre, encoure ipso facto, et sans qu'il soit besoin d'autre déclaration, les censures ecclésiastiques et les autres peines portées par le droit contre ceux qui l'ont de semblables choses. >

Il déclare en sus qu'il ne prétend < nullement approuver ce qui est contenu dans le reste du même livre, d'autant plus, ajoute-t-il, que, dans le cours de l'examen que nous avons fait, nous y avons remarqué plusieurs autres propositions qui ont beaucoup de ressemblance et d'afflnilé avec celles que nous venons de condamner, et qui sont toutes remplies des mêmes erreurs : de plus, nous y en avons trouvé beaucoup d'autres qui sont propres à entretenir la désobéissante et la rébellion qu'elles veulent insinuer insensiblement sous le taux nom de patience chrétienne, par l'id< e chimérique qu'elles donnent aux lecteurs, d'une persécution qui règne aujourd'hui ; mais nous avons cru qu'il serait inutile île rendre celte constitution plus longue, par im détail -*>«*rliculier de ces propositions. »

pour pécher ou pour faire une bonne œuvre, pour mériter ou démériter, il n'est pa9 nécessaire que l'homme soit libre et exempt de nécessité, mais qu'il lui suffit d'être exempt de contrainte ou de violence, puisque, lorsqu'il a la grâce, il lui obéit nécessairement, et que quand il ne l'a pas, il est dans l'impossibilité d'agir. C'est la doctrine condamnée dans la troisième proposition de Jansénius.

La raison sur laquelle se fonde Quesnel, savoir, que la grâce est l'opération toutepuissante de Dieu, n'est dans le fond qu'une ineptie. Car enfin la grâce que Adam reçut de Dieu pour pouvoir persévérer dans l'innocence, n'était pas moins l'opération toutepuissante de Dieu que celle par laquelle saint Paul fut converti. l)ira-t-on qu'il a fallu que Dieu fît un plus grand effort de puissance pour changer Saul de persécuteur en apôtre, qu'il ne l'aurait fallu pour faire persévérer Adam? Donc toutes les comparaisons desquelles se sert Quesnel pour exaller l'efficacité de la grâce sont absurdes.

Jansénius avait dit qu'il y a des justes auxquels certains commandements de Dieu .sont impossibles, et qu'ils manquent de la grâce qui les leur rendrait possibles, il n'en soutenait pas moins que dans ce cas-là ces justes pèchent et sont punissables; c'est la première proposition de ce docteur. Quesnel va plus loin : il prétend que toute grâce est refusée aux infidèles, que la foi est la première grâce, que quiconque n'a pas la foi ne reçoit point de grâce. (Prop. 26 et suiv.). il soutientque la grâce était refusée aux Juifs, et que Dieu leur imposait des préceptes en les laissant dans l'impuissance de les accomplir [Prop. 6 et 7). Il dit encore que la grâce est refusée aux pécheurs, que quiconque n'est pas en état de grâce est dans l'impuissance de faire aucune bonne œuvre, même de prier Dieu, et ne peut faire que du mal (Prop. 1 , 38 et suiv.). Bien entendu qu'il sera damné pour ce mal même qu'il lui était impossible d'éviter sans le secours de la grâce.

Au mot Grâce, § 3, nous avons réfuté celte doctrine impie; nous avons prouvé par les passages les plus formels de l'Ecriture sainte et de saint Augustin, que Dieu donne à tous les hommes sans exception les grâces actuelles dont ils ont besoin pour éviter le mal et faire le bien, qu'aucuu homme n'en a jamais manqué absolument, Quoique Dieu en donne beaucoup plus aux uns qu'aux autres. Ceux qui s'obstinent à méconnaître cette vérité consolante, se fondent sur ce que la nature humaine infectée par le péché d'Adam est une masse de perdition et de damnation ; objet éternel de la colère de Dieu, indigue de toute grâce, incapable de faire autre chose que du mal. Mais des chrétiens peuvent-ils oublier que Jésus- Christ, p;tr le bienfait de la rédemption, a racheté, délivré, sauvé, réparé la nature humaine, qu'il a réconcilié Dieu avec le monde, et changé, pour ainsi dire, la colère divino en miséricorde ; que la grâce nous est don-

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née en considération des mérites de Jésus- Christ et non des nôtres • qu'elle est par conséquent très-gratuite, mais cependant distribuée à tous, non par justice, mais par bonté pure? Quicouque ne croit pas toutes ces vérités, ne croit pas en Jésus-Christ rédempteur du monde.

11 est vrai que Jansénius a taxé de semipélagianisme ceux qui disent que Jésus- Christ est mort pour tous les hommes sans exception, et qu'il a répandu son sang pour tous : c'est ainsi qu'est couchée sa 5e proposition condamnée. Aussi Quesnel, fidèle à cette doctrine, se borne à dire que Jésus- Christ est mort pour les élus ; il ne veut pas que tout homme puisse dire comme saint Paul, Jéiis-Chrisl m'a aimé et s'est livré pour moi (Prop. 32 et 33).

Nous avons démontré l'impiété de ces erreurs, aux articles Rédempteur, Salut, Sauveur, etc. Quesnel lui-même a été forcé au moins une fois de la reconnaître, de se contredire et de se condamner, comme tous les hérétiques. Sur ces paroles de saint Paul, / Tim., c. il, v. i : Dieu, notre Sauveur, veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ; il dit : Gardons-nous de vouloir borner la grâce et la miséricorde de Dieu... La Vérité s'est incarnée pour tous. Comment donc ne s'estelle pas livrée à la mort pour tous? Mais Quesnel était bien résolu d'esquiver cette conséquence. Sur le ch. iv, v. 10 : Nous espérons au Dieu vivant qui est le Sauveur de tous les hommes, principalement des fidèles. Il n'a eu garde de faire sentir l'énergie de ce passage de saint Paul, qui écrase son système. Il Cor., c. v, v. 14, l'Apôtre dit : L'amour de Jésus-Christ nous presse, considérant que si un seul est mort pour tous, donc tous sont morts. On sait avec quelle force saint Augustin a employé ces paroles pour prouver contre les pélagiens l'universalité du péché originel dans tous les hommes , par l'universalité de la mort de Jésus-Christ pour tous les hommes. Mais notre commentateur perfide se contente de dire que Jésus- Christ nous a racheté la vie à tous; il a bien compris que nous tous pouvait s'entendre des chrétiens seuls; c'est ce qu'il voulait. Saint Jean, Epist. i, c. n, v. 2, dit que Jésus-Christ est la victime de propiliaiion pour nos péchés, et non-seulement pour les nôtres, r:ais pour ceux de tout le monde. Quesnel se borne à dire que Jésus-Chrisl a pleinement satisfait pour nous, qu'il plaide notre cause dans le ciel, qu'il a porté nos péchés sur la croix. Pourquoi non ceux du monde entier, comme le dit saint Jean?— Ce docteur sou tient que l'on ne peut faire aucune bonne œuvre sans la charité (Prop. kk et suiv.), et par la charité il entend l'amour de Dieu. Cependant il est certain que, quand saint Paul a parlé à peu près de même, il s'agissait de l'amour du prochain ; que quand saint Augustin l'a répété, il a souvent entendu par charité toute affection du cœur bonne et louable. Voy. Charité. Mais avec des équivoques on Uouipe aisément les simples. Il enseigne

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que celui qui ne s'abstient du péché que p r crainte, a déjà commis le péché dans sou cœur (Prop. 60 et suiv.); doctrine condamnée par le concile de Trente dans les écrits de Luther et de Calvin. On. voit d'ailleurs que de tous les systèmes, le plus propre à étouffer la charité dans tous les cœurs, et à les glacer de crainte, est celui de Quesnel et de ses adhérents. Voy. Crainte. Il ne reconnaît pour membres de l'Eglise que les justes. (Prop. 72 et suiv.). Saint Augustin a formellement réfuté celte erreur soutenue par les donalistes, et nous avons répété les arguments de ce saint docteur au mot Eglise, § 3. 11 prétend que la lecture de l'Ecriture sainte est nécessaire à tous les fidèles, et qu'elle ne doit être interdite à personne ; il renouvelle à ce sujet les clameurs des protestants (Prop. 80 et suiv.). C'était un expédient pour faire rechercher son livre; ainsi en ont agi tous les hérétiques ; Tertullien s'en plaignait déjà au m* siècle. Mai9 de tout temps l'on a vu les fruits que peut produire cette lecture sur des esprits avides de nouvelles opinions, surtout lorsqu'elle est préparée par des traducteurs et des commentateurs aussi infidèles que Quesnel et ses pareils; elle inspire l'indocilité et le fanatisme aux femmes et aux ignorants; les prolestants mêmes ont été forcés plus d'une fois d'en convenir. Voy. Ecriture sainte, § 5, n. 5. Enfin, Quesnel déclame contre les censures, les excommunicalious, les poursuites auxquelles élaieut exposés les partisans de sa doctrine, contre les abjurations, les signatures de formulaires, les serments que l'on exigeait d'eux; il décide qu'une excommunication injuste ne doit point nous empêcher de faire notre devoir. (Prop. 91 et suiv.) Mais qui a droit de juger de la justice ou de l'injustice d'une censure quelconque? Sont-ce ceux contre lesquels elle est portée, ou ceux qui ont l'autorité de la prononcer? On voit bien que Quesnel entend que ce sont les premiers, et que, selon lui, c'est aux coupables condamnés qu'il appartient de juger leurs propres juges. Conséquemment les quesnellistes méprisèrent les excommunications et les interdits portés contre eux par le pape et par leurs évêques, ils continuèrent de dogmatiser, de prêcher, de dire la messe, d'administrer les sacrements, sous prétexte que c'était leur devoir. Ainsi en avaient agi les prêtres et les moines apostats qui se firent huguenots.

La condamnation de Quesnel, non plus que celle de Jansénius, n'éprouva aucune contradiction dans la plus grande partie de l'Eglise catholique. Tous les théologiens non prévenus sentirent d'abord la fausseté et l'impiété de !a doctrine censurée par la bulle Unigenitus, et la ressemblance parfaite de celte doctrine avec celle quelnnocent X avait proscrite en 1653. Mais en France , où les | esprits étaient en fermentation et où l'erreur avait fait de grands progrès, cette bulle excita beaucoup de troubles. On vit des évêques, des corps ecclésiastiques , des écoles de Ihéologkî, appeler de la décision du pape

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au futur concile , duquel on était bien sûr que la convocation ne se ferait point. On ne négligea aucun moyen pour justifier la doctrine condamnée, on employa jusqu'à de faux miracles pour la canouiser. Ce fanatisme épldémique a duré jusqu'à nos jours ; heureusement les accès en sont uu peu calmés : mais il resle encore des esprits opiniâtres qui en ont été imbus dès l'enfance, et qui s'obstinent encore à retenir, ou en tout ou en partie', la doctrine de Quesnel, et à regarder son livre comme un chef-d'œuvre de saine théologie et de pieté.

Combien de reproches n'a-l-on pas faits contre la bulle Unigenitus, pour la rendre méprisable et odieuse? 11 faudrait un volume entier pour les rapporter. 1° L'on a dit et répété cent fois que les propositions condamnées dans Jansénius et dans Quesncl sont la pure doctrine de saint Augustin. Au Ve siècle, les prédestinations ; au ix% Gotescalc et ses défenseurs; au xvi* Luther et Calvin , ont affirmé la même chose ; les protestants d'aujourd'hui le soutiennent encore ; plusieurs incrédules modernes ont clé leurs échos , sans y rien entendre. Malgré tant de clameurs, ce fait est absolument faux. D'habiles théologiens de toutes les nations de l'Europe ont démontré le contraire, en écrivant contre les uns ou contre les autres ; et nous croyons l'avoir suffisamment prouvé nous-mêmes dans divers articles de ce Dictionnaire. Nous ne disconvenons pas que l'on ne puisse trouver dans saint Augustin et dans d'autres Pères des propositions qui, au premier aspect et en les détachant du texte, semblent être les mêmes que celles de Luther, de Calvin, de Baïus , de Jansénius et de Qucsnel. Mais quand on examine dans les Pères ce qui précède et ce qui suit, ce qu'ils disent ailleurs, les circonstances dans lesquelles ils parlaient, la doctrine des adversaires qu'ils attaquaient, les questions qu'il fallait décider, on voit évidemment que ces saints docteurs ne pensaient pas du tout ce que leurs prétendus interprètes leur font dire. Souvent ceux-ci tronquent les passages, abusent des termes équivoques, changent l'état des questions, etc. En suivant cette méthode, les hérétiques trouvent , même dans les livres saints, toutes les erreurs qu'il leur a plu de forger; il n'est pas fort étonnant que l'on réussisse à les trouver aussi dans des recueils d'ouvrages de dix ou douze volumes in-folio. — 2° L'on a objecté que la bulle Unigenitus n'ayant condamné les cent une propositions de Qucsnel qu'en bloc, in gtobo, elle n'apprend aux fidèles aucune vérité, et ne peut pas scrv ir à régler leur f>>i. Mais les quesuellisles n'avaient pas eu plus de respect pour la bulle d'Innocent X, qui a cependant censuré et qualifié chacune des propositions de Jansénius en particulier. Bn 1565, l'ie Y condamna in gtobo soixanteseize propositions de lîaïus : ceiui-ci ni ses défenseurs ne s'avisèrent pib pour lors de soutenir l'insuffisance de la censure; ils savaient que c tte forme est en usage depuis

longtemps dans l'Eglise. Or, il est constant qu'un grand nombre des propositions de Qucsnel sont mot pour mot les mêmes que celles de Baïus. La bulle Utrigenitus apprend donc aux fidèles celle vérité générale, qu'il n'est aucune des cent une propositions, qui ne mérite quelqu'une des qualifications énoncées dans cette bulle, qui ne soit, par conséquent, ou impie, ou blasphématoire, ou hérétique, ou fausse, etc.; qu'il n'est donc permis à personne de les regarder ni de les soutenir comme vraies, catholiques, enseignées par saint Augustin, etc. ; que quiconque le fait encourt l'excommunication prononcée par le souverain pontife. C'est aux théologiens instruits sur cette matière, d'appliquer à chaque proposition particulière la qualification qu'elle mérite. Aucun fidèle n'a besoin de le savoir en détail, puisqu'il ne lui est pas plus permis de soutenir une proposition scandaleuse ou téméraire, connue pour telle, qu'une proposition hérétique. Le crime serait moindre, si l'on veut, mais ce serait toujours un crime. — 3° L'on répète encore tous les jours que toute l'affaire de la condamnation de Baïus, de Jansénius et de Quesnel n'a été qu'une intrigue nouée par les jésuites, ennemis déclarés des augusliniens, et qui ont eu assez de crédit à Borne pour faire enfin proscrire la doctrino de leurs adversaires. Mais nous n'avons aucun intérêt à examiner si les sentiments des jésuites étaient vrais ou faux, conformes ou contraires à ceux do saint Augustin, si ces religieux ont eu peu ou beaucoup de part à une censure prononcée , renouvelée et confirmée par quatre ou cinq papes consécutifs, Du moins ce ne sont pas les jésuites qui ont poursuivi les prédeslinaliens au v" siècle , ni Cotescalc au ixc. Comme leur société n'a pris naissance que l'an loiO , elle n'a pas pu influer beaucoup sur la condamnation de Luther et de Calvin , faite par le concile de Trente, l'an 1547 : elle était trop faible dans son berceau. Or, peu de temps après la censure portée contre le livre de Jansénius , le père Deschamps , jésuite , démontra une conformité parfaite entre la doctrine de cet évêque et celle de Calvin , et l'opposition formelle de celle même doctrine avec celle de saint Augustin. Nous venons de faire voir d'ailleurs que la doctrine de Quesnel n'est aulrc que celle do Jansénius ; il n'a donc élé besoin ni de brigue, ni de manège, ni de haine de parti pour la faire condamner. La roulo que devait suivre Clément XI lui avait élé tracée par ses prédécesseurs. Mais loutes les fois que des sectaires se sont vus frappés d'analhème, ils n'ont jamais manqué de s'en prendre à de prétendus ennemis personnels ; c'est ainsi que Luther et Calvin ont déchargé leur colère sur les théologiens scolasliques.

Si les quesuellisles condamnes s'étaient bornés à des arguments théologiques, on |i : trratt excuser la letfr jusqu'à un certain point, mais ils eurent recours a des moyens plus aisés et plus puissants sur l'esprit du peuple. La satire, le ridicule outré, les sar-

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casmes amers, les noms injurieux, furent mis en usage pour décrier le pape, les évêques, les docteurs et tous les défenseurs de la bulle, les femmes surtout furent les plus ardentes à déclamer ; tout Paris semblait saisi d'un accès de frénésie, et cette maladie se répandit bientôt dans les provinces ; jamais on n'a mieux vu de quoi l'hérésie est capable. Les incrédules ont su en profiter pour rendre odieuse la théologie et le zèle de religion ; heureusement la nécessité de sa défendre contre eux a tourné toute l'attention des théologiens vers cet objet; la doctrine deBaïus, deJansénius et deQuesnel na plus aujourd'hui de défenseurs déclarés que les protestants ; c'est le tombeau que Dieu lui avait destiné.

Au mot Jansénisme, nous avons vu de quelle manière Mosheim a fait l'histoire de cette dispute théologique; Hist. ecclés., xvne siècle, secl. 2, i" partie, § 40 et suiv. Il la continue de même en parlant du livre de Quesnel et de la bulle Unigenitus ; il suppose toujours que la doctrine de Baïus, de Jansénius et de Quesnel est certainement celle de saintÀugustin, et que la bulle a étél'ouvrage des jésuites; ensuite il peint leurs adversaires sous les traits les plus bizarres. Après avoir exalté leurs talents et leurs travaux littéraires, il dit, § 46, que quand on examine en détail leurs principes généraux , les conséqucncesqu'ils en tirent, et l'applicationqu'ils en font dans la pratique, on trouve que leur piété a une forte teinte de superstition et de fanatisme, qu'elle favorise l'enthousiasme des mystiques, et qu'on leur donne avec raison le nom de rigoristes. 11 tourne en ridicule les pénitences des solitaires de Port-Royal ; il juge qu'autant ils paraissent grands dans leurs ouvrages, autant ils semblent méprisables dans leur conduite, et il conclut que la plupart n'avaient pas la tête fort saine. Au sujet des prétendus miracles dont ils ont pris la défense, il y a tout lieu de croire, dit-il, qu'il regardaient les fraudes pieuses comme ^permises, pour établir une doctrine de la vérité de laquelle ils étaient persuadés. Pour nous, nous aimons mieux croire que leur entêtement pour la doctrine leur a fait regarder comme vrais et certains des faits faux, controuvés ou exagérés, et comme miraculeuses des guérisons opérées par des moyens très-naturels. Ce faible de l'humanité est de tous les temps et de tous les lieux , il est commun aux croyants cl aux incrédules ; ceux-ci ajoutent foi, sans examen, à tous les faits qui les favorisent. Les quesnellistes étaient donc dans l'erreur sur les faits aussi bien que sur la doctrine ; mais l'erreur, même opiniâtre, la prévention, le fanatisme, ne sont pas des fraudes pieuses ; autrement Mosheim serait lui-même coupable de ce crime. Si les solitaires du Port-Boyal n'avaient donné dans aucun autre excès que celui delà piété et de l'austérité des mœurs, nous les excuserions volontiers, mais leur révolte obstinée contre l'Eglise, leurs emporttmciiis contre les pasteurs, leurs mali-

gnité à l'égard de tous ceux qui ne pensaient pas comme eux, leurs infidélités dans les citations, etc., sont des vices incompatibles avec la vraie piété. Voy. Jansénisme , Appel au fotur concile, etc.

UNION CRÉTIENNE, communauté de filles établies à Paris pour travailler à l'instruction et à la conversion des personnes de leur sexe qui ORt^lé élevées dans l'hérésie, pour recevoir des ieaames pauvres et qui sont sans ressource, pour élever de jeunes filles dans la piété et dàaa l'amour du travail. Le projet de celte institution avait été formé par madame de Polaillon, fondatrice des filles de la Providence, il fut exécuté par M. Le Vachet, prêtre de Romans en Dauphiné, en 1.661. Ce vertueux prêtre fut aidé par une sœur Renée de Tordes, qui avait établi à Metz les filles de la Propagation de la foi ; et par une sœur Anne de Crosne, qui donna une maison qu'elle avait à Charonne pour loger celle communauté naissante. Les filles de l'union chrétienne , aussi appelées filles de Saint-CItaumont, reçurent en 1662 leurs constitutions qui furent approuvées en 1668; en 1685 elles ont été transférées à Paris. Elles ne pratiquent point d'autres austérités que le jeûne du vendredi ; elles tiennent de petites écoles. Après deux ans d'épreuve, elles s'engagent, seulement pour un temps, par les trois vœux ordinaires, et par un vœu particulier d'union ; elles ont un habillement qui leur est propre.

Union (la petite), ou le petit Saint-Chaumont, est un autre établissement fait par le même M. Le Vachet, par Mil" de Lamoignon et par Mil' Mallet, en 1679. 11 est destiné à retirer les filles qui arrivent de province pour servir à Paris , et pour les instruire de manière que les dames puissent trouver parmi elles dt>i femmes de chambre et des servantes de bonnes mœurs. Nous avons connu un vertueux curé de Paris qui aurait souhaité qu'on pût y loger aussi celles qui se trouvent sans condition, en attendant qu'elles pussent se placer, afin de les soustraire ainsi au danger de tomber dans le libertinage. Nous entrons dans tout ce détail, afin de montrer combien la charité chrétienne est attentive et industrieuse ; la philosophie, avec toute l'humanité prétendue de laquelle elle fait profession, a-l-elie jamais rien exécuté, ou même rien tenté de semblable? Il est évident que ces sortes d'établissements ne sont sujets à aucun des inconvénients que nos philosophes se sont plus à révéler dans la plupart des institutions chrétiennes. Mais dans notre siècle calculateur, censeur, réformateur et destructeur, loin de trouver des moyens et des ressources pour faire le bien, l'on ne rencontre que des obstacles. Il y a lieu de penser que, dans les siècles suivants, nos neveux demanderont quel avantage, quel établissement utile a procuré à l'humanité le siècle de la philosophie.

* UNION HYPOSTATIQUE. Voy. Incarnation.

UNITAIRES. Voy. sociniens.

ni u.m

UNITÉ DE DIEU. Voyez. Dieu et POLY- THÉISME.

Un\rà db l'Eglise. Voy. Eglise, § 2.

UNIVERS. Voi/. Mono;-:.

UN1VERSALISTES. L'on nomme ainsi parmi les prolestants ceux qui soutiennent que Dieu donne îles grâces à tous les hommes pour parvenir au salul ; c'est, dit-on, le sentiment actuel de tous les arminiens, et ils donnent le nom de pardcularittes à leurs adversaires. Pour concevoir la différence qu'il y a entre les opinions des uns et des autres, il faut se rappeler qu'en 1618 et 1619, le synode tenu par les calvinistes à Dordrecht <>» Dort en Hollande, adopta solennellement le sentiment de Calvin, qui enseigne (jue Dieu, par un décret éternel et irrévocable, a prédestiné certains hommes au salut, et dévoué les autres à la damnation, sans avoir aucun égard à leurs mérites ou à leurs démérites futurs; qu'en conséquence il donne aux prédestinés des grâces irrésistibles par lesquelles ils parviennent nécessairement au bonheur éternel, au lieu qu'il refuse ces grâces aux réprouvés qui, faute de ce secours, sont nécessairement damnés. Ainsi, selon Calvin, Jésus-Christ n'est mort et n'a offert à Dieu son sang que pour les prédestinés. Ce même synode condamna les arminiens qui rejetaient cette prédestination et cette réprobation absolue , qui soutenaient que Jésus-Christ a répandu son sang pour tous les hommes et pour chacun d'eux en particulier, qu'en vertu de ce rachat, Dieu donne à tous, sans exception, des grâces capables de les conduire au salut, s'ils sont fidèies à y correspondre. Au mot Arminiens, nous avons observé que les décrets de Dordrecht furent reçus sans opposition par les calvinistes de France, dans un synode national tenu àCharcnton en 1633.

Comme celte doctrine était horrible et révoltante, que d'ailleurs des décisions en matière de foi sont une contradiction formelle avec le principe fondamental de la réforme, qui exclut toute autre règle de foi que l'Ecriture sainte, il se trouva bientôt, même en France, des théologiens calvinistes qui secouèrent le joug de ces décrets impies. Jean Ca mérou, professeur de théologie dans l'académie de Saumur, et Moïse Amyraul, son successeur, embrassèrent sur la grâce et la prédestination le sentiment des arminiens. Suivant le récit de Mosheim, Ilist. ecclés., xvn* siècle, sect. 2, seconde part., chap. 2, § 14-, Amyraut, eu 163V, enseigna, « 1° que Dieu veut le salul de tous les hommes sans exception; qu'aucuu mortel n'est exclu des bienfaits de Jésus-Christ par un décret divin; 2° que personne ne peut participer au salut et aux bienfaits de Jésus-Christ, u moins qu'il ne croie en lui; 3" que Dieu par sa bonté note à aucun homme le pouvoir et la faculté de croire, mais qu'il n'accorde pas à lous les secours nécessaires pour user sagement de ce pouvoir; de là vient qu'un si grand nombre périssent par leur faute, et non par celle de Dieu. »

Ou le système d'Amyraut n'est pas fidèle-

D;CT. DE TuÉOL. DOGMATIQUE. IV.

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ment exposé, ou ce calviniste s'expliqu.iii fort mal. 1° Il devait dire si entre les bienfait» de Jésus Christ il comprenait les grâces actuelles intérieures et prévenantes, nécessaires, soit pour croire en Jésus-Christ, soit pour faire une bonne œuvre quelconque.

S'il admettait cette nécessité, sa première proposition n'a rien de répréhcnsible ; s'il ne l'admettait pas, il était pélagien, et Mosheim n'a pas tort de dire que la doctrine d'Amyraut n'était qu'un pélagianisme déguisé. En parlant de cette hérésie, nous avons fait voir que Pelage n'a jamais admis la notion d'une grâce intérieure et prévenante, qui consiste dans une illumination surnaturelle de l'esprit et dans une motion ou impulsion de la volonté; qu'il soutenait que celte motion détruirait le libre arbitre. C'est ce que soutiennent encore les arminiens d'aujourd'hui. 2° La seconde proposition d'Amyraut confirme encore le reproche de Mosheim ; elle affirme que personne ne peut participer au salut et aux bienfaits de Jésus-Christ, sans croire en lui. C'est encore la doctrino de Pelage; il disait que le libre arbitre est dans lous les hommes, mais que dans Les chrétiens seuls il est aidé par la grâce. S. Aug., De gratia Christi, cap. 31, n. 33. Cela est incontestable, s'il n'y a poinl d'autre grâce que la loi et la connaissante de la doctrine de Jésus-Christ, comme le soutenait Pelage; mais saint Augustin a prouvé contre lui que Dieu a donné des grâces intérieures à des inûdèles qui n'ouï jamais cru en Jésus-Chrisl, et que le désir même de la grâce et de la foi est déjà l'effet d'une grâce prévenante. Et comme la concession ou le refus de cette grâce ne se fait certainement qu'en vertu d'un décret par lequel Dieu a résolu ou de la donner ou de la refuser, il est faux que personne soi! exclu des bienfaits de Jésus-Christ, en vertu d'un décret divin, comme Amyraut l'affirme dans sa première proposition. 3° La dernière y est encore plus opposée. En effet, qu'entend ce théologien par le pouvoir et la faculté de croire? S'il entend un pouvoir naturel, c'est encore le pur pélagianisme. Suivant saint Augustin et selon la vérité, ce pouvoir est nul, s'il n'est prévenu par la prédication de la doctrine de Jésus-Chris!, et par une grâce qui incline la volonté a croire. Plusieurs milliers d'infidèles n'ont jamais entendu parler de Jésus-Christ, d'autres auxquels il a été prêché n'y ont pas cru. Ils n'ont donc pas reçu de Dieu la grâco intérieure et efiicace de la foi, ou le secours nécessaire pour user sagement de leur pouvoir. Or, encore une fois, il est impossible que Dieu accorde ou refuse une grâce, soi' extérieure, soit intérieure, sans l'avoir voulu et résolu par un décret ; donc il est faux que les infidèles n'aient pas été exclus d'un très-grand bienfait de Jésus-Christ en vertu d'un décret diviu. Mais il ne s'ensuit pas de là qu'ils n'en aient reçu aucun bien~ fait. Ainsi le système d'Amyraut n'est qu'un tissu d'équivoques et de contradictions.

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Le traducteur de Mosheim l'a remarqué dans une note. Il convient d'ailleurs que la doctrine de Calvin, touchant la prédestination absolue, est dure, terrible, fondée sur les notions les plus indignes de l'Etre suprême. « Que fera donc, dit-il. le vrai chrétien, pour trouver la consolation qu'aucun système ne peut lui donner? H détournera ses yeux des décrets cachés de Dieu, qui ne sont destinés ni à régler nos actions ni à nous consoler ici-bas; il les Osera sur la miséricorde de Dieu manifestée par Jésus- Christ, sur les promesses de l'Evangile, sur l'équité du gouvernement actuel de Dieu ei de son jugement futur. » Ce langage n'est ni plus juste ni plus solide que celui d'Amyraut. 1° 11 s'ensuit que les réformateurs n'ont été rien moins que de vrais chrétiens, puisqu'au lieu de détourner les yeux des fidèles des décrets cachés de Dieu, ils les ont exposés sous un aspect horrible, capable de glacer d'effroi les plus hardis. 2° 11 est absurde de supposer que les décrets cachés de Dieu peuvent être contraires aux desseins de miséricorde qu'il nous a manifestés par Jésus-Christ; or, ceux-ci sont évidemment destinés à nous consoler et à nous encourager ici-bas. 3° Il ne dépend pas de nous de fixer nos yeux sur les promesses de l'Evangile, sans faire attention à ses menaces et à ce que saint Paul a dit touchant la prédestination et la réprobation. '*" Il y a de l'ignorance ou de la mauvaise foi à supposer qu'il n'est aucun milieu entre le système pélagien des arminiens d'Amyraut, etc., et la doctrine horrible de Calvin. Nous soutenons qu'il y en a un, c'est le sentiment des théologiens catholiques les plus modérés. Fondés sur l'Ecriture sainte et sur la tradition universelle de l'Eglise , ils enseignent que Dieu veut sincèrement le salut de tous les hommes sans exception, que par ce motif il a établi Jésus-Christ victime de propitialion , par la foi en son sany, afin de démontrer sa justice, et afin de pardonner les péchés passés (Rom. m, 25) ; conséquemment, que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes et pour chacun d'eux en particulier, et que Dieu donne à tous des grâces intérieures de salut, non dans la même mesure ou avec la même abondance, maissuffisammeul pour que tous ceux qui y correspondent parviennent à la foi et au salut. Dieu les distribue à tous, non en considération de leurs bonnes dispositions naturelles, des bons désirs qu'ils ont formés, ou des bonnes actions qu'ils ont faites par les forces naturelles de leur libre arbitre, mais en vertu des mérites de Jésus- Christ rédempteur de tous, et victime de propitialion pour tous, / 77m., c. u, v. 4, 5, 6. C'est une erreur grossière de Pelage , d'Àrminius, d'Amyraut, des protestants, des jansénistes, etc., de croire qu'aucune grâce de Jésus-Christ n'est accordée qu'à ceux qui le connaissent et qui croient en lui ; au mot Grâce, § 2, et au mot Infidèle, nous avons prouvé le contraire. A la vérité, nous ne sommes pas en état de vérifier en détail la manière dont Dieu met !a foi ci !e salut à lu

portée des Lapons et des Nègres, des Chinois et des Sauvages, de connaître la quantilé el la nature des grâces qu'il leur donne; mais nous n'avons pas plus besoin de le savoir que de découvrir les ressorts par lesquels Dieu fait mouvoir cet univers, ou de savoir les motifs de l'inégalité prodigieuse qu'il met entre les dons naturels qu il accorde à ses créatures. Saint Paul, dans son Epître aux Romains, ne fait pas consister la prédestination en ce que Dieu donne beaucoup de grâces de salut aux uns, pendant qu'il n'en donne point du tout aux autres, mais en ce qu'il accorde aux uns la grâce actuelle de la foi, sans l'accorder de même aux autres. Nous ne voyons pas en quoi ce décret de prédestination peut troubler notre repos el notre confiance en Dieu ; convaincus par notre propre expérience, et de la miséricorde et de la bonté infinie de Dieu à notre égard, nous tourmenterons-nous par la folle curiosité de savoir comment il en agit envers tous les autres hommes ?

En troisième lieu, il y a une remarque importante à faire sur les progrès de la présente dispute chez les protestanls. En parlant des décrets de Dordrecht, Mosheim a observé que quatre provinces de Hollande refusèrent d'y souscrire, qu'en Angleterre ils furent rejetés avec mépris, et que, dans les églises de Brandebourg, de Brème , de Genève même, l'arminianisme a prévalu; il ajoute que les cinq articles de doctrine condamnés par ce synode sont le sentiment commun des luthériens et des théologiens anglicans. Voy. Arminiens. De même , en parlant d'Amyraut, il dit que ses sentiments furent reçus non-seulement par toutes les universités huguenotes de France, mais qu'ils se répandirent à Genève et dans toutes les églises réformées de l'Europe , par le moyen des réfugiés français. Comme il a jugé que ces sentiments sont le pur pélagianisme, il demeure constant que celte hérésie est actuellement la croyance de tous les calvinistes, et que du prédeslinatianisme outré de leur premier maître, ils sont tombés dans l'excès opposé. D'autre part, puisqu'il avoue que les luthériens et les anglicans suivent les opinions d'Arminius, et qu'après la condamnation de celui-ci ses partisans ont poussé son système beaucoup plus loin que lui, nous avons droit de conclure que les protestants en général sont devenus pela— giens. Mosheim confirme ce soupçon par la manière dont il a parlé de Pelage et de sa doctrine. Histoire ecclés., ve siècle, u0 part., c. 5, § 23 el suiv. H ne l'a blâmée en aucune façon. Pour comble de ridicule, les protestants n'ont jamais cessé d'accuser l'Eglise romaine de pélagianisme. Ce phénomène Ihéologique est assez curieux; le verronsnous arriver parmi ceux de nos théologiens auxquels on peut justement reprocher le sentiment des prédeslinatiens ?

UNIVERSITE, école ou collège dans lequel on enseigne toutes les sciences. La première observation que nous avons à faire sur ce terme est que la fondation des universités

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