RÉDEMPTION DES CAPTIFS. IV
Manci. ,
RÉFORMATEUR, RÉFORMATION , RÉ- FORME. Au commencement du xvr liéeie, il s'éli v.i un nombre de prédisants qoi publièrent que l'Eglise caihoiique avait dégénéré et ne professait plus le christianisme dans sa pureté, que sa doctrine était erronée, son culte superstitieux, sa disciplina abusive; qu'il fallait la réformer. S.ms autre examen, cette prétention était déjà une injure faite à J< sus-Christ : ce divin Sauveur a promis à son Eglise d'être avec elle jusqu'à la consommation des siècles ; de la fonder sur la pierre ferme, de manière qu>: les portes de l'enfer ne poissent pas prévaloir contre elle; de lui donner l'esprit de vérité pour qu'il demeure toujours avec elle, etc.: peut il manquer à sa promesse? Cependant ces nouveaux docteurs trouvèrent des partisans, formèrent des sociétés séparées, et établirent un nouveau plan de religion; le schisme qu'ils ont opéré dure depuis plus de deux siècles. Que doil-on penser de leur prétendue réforme? Si on veut les en croire, c'est une des plus étonnantes cl des plus heureuses révolutions q'ii aient pu arriver dans le monde. Nous i n pensons différemment, nous soutenons (\un leur prétendue réformation a été illégitime dans son principe, criminelle dans ses moyens, funeste dans ses effets. C'a donc l'ouvrage des passions humaines , et itoii celui delà grâce divine : nous allons en donner les preuves.
I. Quels personnages ont été les prétendus réformateurs? Des hommes sans mission et qui ont eu tous les caractères de faux prophètes. Depuis que l'on a démontré que ces prédicanls n'ont eu ni mission ordinaire ni mission extraordinaire, leurs sectateurs oui dil qu'il n'en était pas besoin, qu'en pareil cas tout particulier avait le droit d'élever la voix, de prêcher, de corriger l'Eglise, de former une religion nouvelle, sous prétexte, de rétablir l'ancienne. Mais celte prétention est absolument contraire à la conduite constante de la divine Providence. Eu effet, lorsque la religion que Dieu avait révélée aux patriarches fut oubliée et méconnue chez toutes les nations, il voulut la rétablir chez les Hébreux et la cimenter par des lois positives; il donna cette mission à Moïse, mais i! lui communiqua aussi le don d< s miracles pour la prouver; sans cela les Héereus n'auraient pas pu lui ajouter foi sans imprudence; Exod., c. îv, v. 1. Cependant Moïse n'était pas chargé de révéler aux Hébreux de nouveaux dogmes , mais seulement de Meur imposer de nouvelles lois : Dieu ne laissa pas de lui conserver jusqu'à la mort le don des miracles et de prophétie.
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De même, lorsque le judaïsme se trouva beaucoup altéré par de fausses traditions, et peu convenable ;iu nouvel état de la société civile, Dieu envoya Jésus-Christ pour établir une religion nouvelle, et Jésus-Christ communiqua sa propre mission à ses apôtres : Comme mon l'ère m'a envoyé, dit-il, je vous envoie (Joun. xx, 21). Mais i! leur en donna aussi 1rs mêmes signes surnaturels, le don des miracles, les vertus, les lumières du Saint Esprit, pour leur enseigner toute vérité. Il reconnaît la nécessité de ces signes, en d s nit des juifs incrédules : Sijo n'avais pas (ail parmi eu.r des œuvres qu'aucun autre n'a faites, ils ne seraient pas coupables [Joan. xv, 2V). Ce sont mes œuvres qui rendent témoignage de moi (v, 36). Saint Paul dit aux Corinthiens, / Cor., cap. u, v. i : «Mes discours et ma prédication n'ont point été prouvés par les raisonnements de la sagesse humaine, mais par les démonstrations de l'esprit et de la puissance de Dieu, afin que votre foi fût foudée, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance divine.» Il dit da autres docteurs : « Comment prêcheront-ils, s'ils n'ont point démission? » Rom., c. x, v. 15.
Si donc Dieu a véritablement suscité Luther, Calvin, et leurs adhérent?, pour réformer la religion catholique, il a dû leur donner les mêmes preuves de mission surnaturelle qu'à Moïse, à Jésus-Christ et aux apôtres. Nous soutenons que ces signes ne leur étaient pas moins nécessaires; que sans cela la foi de leurs disciples a été uniquement fondée sur les raisonnements de la sagesse humaine, et uou sur la puissance de Dieu. — 1* 11 s'agissait de changer la religion professée dans toute l'étendue de l'Eglise catholique, d'en corriger la croyance, le eu. le extérieur, la discipline. Il y a pour le. moins autant de différence entre la religion catholique et la religion prétendue réformée, qu'entre le christianisme et le judaïsme, et il y en a beaucoup plus qu'entre le judaïsme et la religion des patriarches; doue une mission extraordinaire n'é ait pas yioins néces>aire aux prétendus réformateurs qu'à Moïse, à Jésus-Chrisl et aux apôtres. Vainement on dira que Luther et les autres avaieul p;>ur lettres de créance l'Ecriture sainte; c'était aussi par l'Ecriture que les apôtres argumentaient contre les Ju.fs (Act. xvn, 2; xviu, 28); et Moïse citait aux klébreux les leçons de leurs pères ; cependant il iallul aux uns et aux autres une mission divine. — 2° A l'arrivée de Luther et de Calvin, il y avait dans l'Eglise un ministère public établi pour enseigner, un corps de pasieurs rcvèius d'une mission ordinaire , qui, par succe«.sion, venait des apôtres et de Jésus-Christ. Les nouveaux venus soutinrent que ce orps avait perdu toute mission et louîe autorité par ses errt urs et par ses vices, qu'ils avaient droit de se mettre à sa place. Mais ce corps enseignait-il des erreurs plu> grossières, avait-il dis vices plus o, lieux que lai pharisiens, les ladduccens, les scribes, les docteurs de !a loi? Jésus-
Christ, néanmoins, renvoie encore le peuple à leurs leçons (Matth. xxm, 2), parce que la mission de ses apôtres n'était pas encore suffisamment établie. Mais à quel titre Luther prit-il la qualité d'ecc'ésias'e de Wittemberg, et Calvin celle de pasteur de Genève, après avoir fait chasser les pasteurs catholiques? Suivant saint Paul, c'est Dieu qui donne des pasteurs et des docteurs, aussi bien que des apôtres et des évangélistes (Ephes. îv, 11); pour les prédicants, ils se sont donnés eux-mêmes ; le seul titre de leur mission a été la crédulité de leurs disciples.
— 3° Entre eux et les théologiens catholiques il s'agissait de questions très-obscures auxquelles le peuple n'entendait rien, du principe de la justification, du mérite des bonnes œuvres, du nombre et de l'effet des sacrements, de la présence de Jésus-Christ dans l'eucharistie, de la prédestination, de la grâce, etc. Chaque parti alléguait l'Ecriture sainte. Qui était en état de décider lequel des deux en prenait mieux le sens? Entre les docteurs juifs et les apôtres il s'agissait aussi de décider quel était le vrai sens des prophéties et de plusieurs préceptes de la loi de Moïse; c'est par des miracles que les apôtres terminer, nt la contestation et persuadèrent le peuple. 11 est fâcheux que les réformateurs n'aient pas fait de même. — 4-° Lorsque les sacramentaires et les anabaptistes s'avisèrent de prêcher une doctrine contraire à celle de Luther, il leur demanda fièrement des preuves surnaturelles de leur mission, comme si la sienne avait été authcntiquemenl prouvée. Lorsque Servet , Gentilis, Blandatra et d'autres voulurent dogmatiser à Genève contre le sentiment de Calvin, il les fit chasser ou punir par l'autorité du bras séculier. Ce n'est point ainsi qu'en ont agi les apôtres lorsqu'ils eurent pour contradicteurs Simon le Magicien, Cérinlhe, Ebyon, Elymas, etc.; ils n'employèrent contre eux que les dons du Saint-Esprit et l'ascendant de leurs vertus. Les réformateurs s'attribuaient le droit de prêcher contre l'univers entier, et ils ne laissaient à personne la liberté de prêcher contre eux.
— 5° A mesure que la réformation fil des progrès, la confusion y augmenta; en peu d'années l'on vit les luthériens, les anabaptistes, les calvinistes, les anglicans, les sociniens, former cin^ sectes principales, sans compter les autres sectes qui n'avaient entre elles rien de commun que leur haine contre l'Eglise romaine. Celle-ci , de son côté , malgré leur fureur, est demeurée en possession de sa croyance. Nous voudrions savoir quel motif a pu déterminer des peupladts d'ignorants à embrasser l'un de ces partis plutôt que l'autre. Il est évident que le hasard seul, les intérêts politiques et les passions en uni décidé. — 6° Le succès à peu près égal de ces docteurs ne prouve donc absolument rien; Mahomet a fait des conquêies plus étendues que les leurs. Jésus- Chi ist et les apôtres ont prédit que dans tous les temps les imposteurs trouveraient des partisans; bientôt nous prouverons que tous