‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 163 sur 219 · YAK · texte numérisé non relu

YAK

exemplaires Imprimés ou manuscrits , soit du lextd de l'Ecriture sainte, soit des versions. Lorsqu'un livre esi très-anciea et qu'il a é!é copié une infinité de fois, il est impossible qu'il ne se trouve îles variétés entre les différentes copies ; l'attention des copistes ne peut jamais être asseï exacte pour éviter jusqu'aux moindres fautes ; ainsi plus les copies sont en grand nombre, plus il doit s'y trouver de variantes. Cela est arrivé à l'égard des auteurs profanes, aussi bien qu'à l'égard des écrits dis auteurs sacrés. Il j a même de (es espèces de fautes qui ont été faites à dessein, mais innocemment, nomme lorsqu'un copiste a changé un nom de lieu ancien en un nom moderne plus connu, lorsqu'il a mis dans le texte une note ou une explication qui était à la marge, lorsqu'il a cru qu'il y avait une faute d'écriture dans l'exemplaire qu'il copiait, et qu'il a voulu la corriger, etc. Quoiqu'il se soit trouvé une grande multitude de variantes entre les manuscrits de plusieurs auteurs urecs ou latins , cela ne nous empêche pas de nous fier aux éditions dans lesquelles ou a pris beaucoup de peine pour les corriger ; au contraire , plus l'on a confronté de manuscrits , plus l'on a corrigé de fautes, plus nous sommes certains d'avoir enfin le texte de l'auteur pur et entier. Nous ne voyons pas pourquoi certains critiques soupçonneux ont raisonné différemment à l'égard des livres de l'Ecriture sainte.

Lorsque le docteur Mill , théologien anglais, après avoir comparé un grand nombre d'exemplaires grecs du Nouveau Testament, eut recueilli toutes les variantes, et les eut annoncées au nombre de plus de trente mille , on crut d'abord que l'authenticité du texte en recevrait quelque atteinte , et quelques incrédules triomphèrent d'avance. Mais lorsqu'elles ont été imprimées à côté du texte, l'on a vu que le très-grand nombre sont minutieuses, indifférentes, ne changent rien au sens des passages ; que si quelquesunes varient la signification, c'est sur des objets très-peu importants, et non sur aucun des dogmes de foi. On a remarqué que dans ces cas-là même la leçon commune peut être encore la plus sûre, et que loin de jeter du doute sur l'authenticité ou sur l'intégrité du texte, ces variétés la prouvent invinciblement. Il en a élé de même des variantes du texte hébreu, que le docteur Kenuicota pris soin de recueillir avec touie l'exactitude possible : il en avait annoncé d'abord de trèsimportantes ; depuis qu'elles sont imprimées, a peine en trouve-t-on quelques-unes qui (hangcnl notablement le sens, et qui méritent l'attention des théologiens. Dans le prospectus de ce travail immense, l'auteur a fait une observation qui n'est pas à négliger, c'est que plus les manuscrits hébreux sont anciens, mieux ils s'accordent avec les anciennes versions et avec le Nouveau Testament. Il y a d<mc tout lieu de présumer que nous possédons enfin le texte hébreu dans toute sa pureté, et que la hardiesse avec laquelle certains critiques ont suppose

des fautes, n'est pas un exemple à suivre. Il y a encore plus de raison de blâmer la témérité de quelques protestants qui ne manquent jamais de soupçonner des variantes , des additions ou des interpolations dans le texte des auteurs, lorsqu'il ne s'accorde pas avec huis opinions. Si cette méthode était légitime, nous ne pourrions plus nous fier à aucun ancien monument ; si elle était admise dans les tribunaux , les titres de nos possessions ne serviraient plus à rien. Quelque usage que l'on en fasse, elle ne peut aboutir qu'à établir le pyrrhonisme historique. Voij. Chitique.

VARIATION , changement dans la doctrine. Tout le monde connaît l'histoire qu'a faite le savant Bossuet des variations qui sont ai rivées dans la doctrine des protestants. Cet ouvrage a élé reçu avec applaudissement par tous les catholiques; il jouit et jouira toujours parmi nous de la même estime, parce qu'il est solide, et que rien n'y est avancé sans preuve. On ne peut le lire sans être frappé de l'inconstance que les protestants ont montrée dans leur croyance ; dès leur origine, on voit que les prétendus réformateurs ont commencé par rompre avec l'Eglise catholique, sans savoir avec certitude si sa doctrine était vraie ou fausse , à quel sentimeul ils devaient s'attacher, co qu'il fallait croire ou ne pas croire. Le seul principe invariable chez eux a été qu'il fallait, à quelque prix que ce fût, contredire l'Eglise romaine.

Les protestants ont senti toute la force de cette objection, et la nécessité d'y répondre. Ils ont cru le faire en s'efforçant de prouver que la doctrine des Pères de l'Eglise n'a pas toujours élé la même ; qu'ils ont changé de sentiment sur plusieurs questions, que souvent ils n'ont pas été de même avis sur certains points de croyance ou de pratique. Pour le faire voir, Basnage a composé sou Histoire de l'Eglise, en deux volumes in-folio; Beausobre et d'autres ont soutenu la même chose, et se sont flattés d'avoir poussé ce fait jusqu'à la démonstration. Mais cette apologie n'a pu faire illusion qu'à des esprits superficiels et qui ont commencé par perdre de vue le point de la question. Pour prouver que les protestants ont varié dans leur foi, Bossuet n'a point cité le sentiment de quelques docteurs de leurs différentes sectes , mais leurs confessions de foi, les décisions de leurs synodes. Il ne s'est point attaché à des questions qui pouvaient paraître indifférentes à la foi, mais à des articles que les protestants regardaient comme très-essentieis, qui étaient, à leur avis, autant de motifs suffisants de se séparer de l'iiglisc romaine, et qui dans la suite ont été parmi eux une cause de schisme, de division, de rupture de toute fraternité. Pour nous 'borner à un seul exemple, lorsque les luthériens présentèrent leur confession de foi à la diète d'Augsbourg, ou ils croyaient que la doctrine qui y était contenue était la vraie doctrine de Jésus-Chiist, ou ils ne le croyaient pas : s'ils ne le croyaient pas , ils commet-

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