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taient une imposture, en présentant cette doctrine comme un juste sujet de se séparer d'avec l'Eglise romaine ; s'ils le croyaient , lous les changements qui ont été faits dans celte confession de foi ont été autant de variations dans la foi. On doit dire !a même chose de tous les autres formulaires de doctrine dressés, soit par les luthériens, soit par les calviniste.
Donc, pour convaincre l'Eglise romaine d'avoir varié dans sa foi, il fallait alléguer des décisions contradictoires sur le même dogme de foi, faites par des conciles généraux ou par des conciles pariiculiers généralement respectés par les catholiques. 11 fallait montrer que les Pères, qui ont eu des sentiments différents de ceux que l'on suit aujourd'hui, les ont proposés comme des dogmes de foi, desquels il n'était pas permis de s'écarler. Il fallait faire voir que quand les Pères n'ont pas été de même avis, ils n'ont pas laissé de regarder comme hérétiques ceux qui ne pensaient pas comme eux, qu'ils ont fait schisme avec eux, de peur de mettre leur salut en danger. Il fallait prouver que des points de doctrine, crus aujourd'hui dans l'Eglise catholique comme articles de loi, sont contraires au sentiment unanime ou presque unanime des Pères. Aucun des prolestants n'en est venu à hout, aucun n'a seulement osé l'entreprendre. Cent lois on leur a dit que le sentiment particulier de deux ou trois Pères de l'Eglise n'esl ni une décision, ni une tradition, ni un dogme de foi, surtout lorsqu'il est contraire à celui de plusieurs autres docteurs également respeciables ; que jamais l'Eglise catholique ne s'est fait une loi de le suivre ; que, comme l'a remarqué Vincent de Lérins au cinquième siècle, une tradition ou un article de foi est ce qui a clé enseigné par le plus grand nombre des Pères, dans tous les lieux et dans tous les temps : Quod ab omnibus, quod ubique , quod semper : N'importe, comme il est de l'intérêt des protestants de supposer le contraire, pour tromper les simples, ils n'en démordront jamais. Voy. Tradition.
Si des confessions de loi dressées par eux avec loul l'appareil possible, si des décisions de synodes auxquelles lous leurs docteurs sont obligés de souscrire, si des formulaires de doctrine, passés en loi et commandés sous des peines afllictives, ne suffisent pas pour nous apprendre ce qu'ils croient ou ne croient pas , comment pouvons-nous savoir s'ils ont une loi ou s'ils n'en ont point ?
VASE. Ce terme, dans l'Ecriture sainte, est très-général; il désigne des choses fort différentes. 1° En parlant du tabernacle et du temple, il signifie tout ce qui y était renfermé, soit pour l'ornement ,soilpourservirau culie divin ; dans le même sens, Matth. ,c.xu, v.29, il désigne les meubles d'une maison. 2° Vasa psalmi, vasa canlici , sont des instruments de musiquede toule espèce. 3°SaintPaul appelle notre corps un vase : Nous portons la grâce de Dieu dans des vases fragiles (Il Cor., iv,7; / Thess. , iv, h). 4-° Jacob, voulant dire que ses deux ûls,Siméonel Lévi, étaient des guerriers
féroces et injustes, les appelle vasa iniquitalis bellantia [Gen. xlix, 5). 5* Dans le ps. vu, v. IV, des flèches meurtrières sont appelées des instruments de mort, vasa mortis. 6* Ce même terme désigne une personne de laquelle Dieu veut se servir comme d'un instrument pour exécuter ses desseins. Act. , c. ix, 15, Dieu dit que saint Paul est un vase de choix, ou plutôt un instrument qu'il a choisi pour porter son nom chez les nations, etc. Ce même apôtre appellevasps de miséricorde, vases de gloire, ceux que Dieu a daigné appeler à la foi, et vases de colère, vases d'ignominie,ceux qu'il laisse dans l'infidélité, Rom. c. ix, v. 21 et seq. Si Dieu, dit-il , voulant montrer sa colère et faire voir sa puissance , a souffert avec beaucoup de patience les vases de colère préparés pour la perdit ion, etc.,» cela ne signifie point que Dieu les a créés par colère, et qu'il les a préparés exprès pour les perdre , mais qu'ils se sont déterminés eux-mêmes à périr. Autrement il ne serait pas vrai de dire que Dieu les a souffertsavec beaucoup de patience , afin de montrer sa puissance. Ce n'est point en damnant les méchants que Dieu fait paraître sa puissance, mais en les convertissant et en les sauvant. Ainsi l'expliquent saint Jean Chrysostome, Homil. 16, in Kpist. ad Rom., n. 8, Opp. t. IX, p. 016; Origène, in Epist. ad Rom.t I. vu, n. 16, t. IV, p. 615; S. Basile, Op. torn. Il, p. 77; S. Augustin, ad Simplic, 1. n, n. 18 , t. VI, col. 99.
VASES SACRÉS. On appelle ainsi les rases qui servent à consacrer et à renfermer l'eucharistie, comme les patènes, les calices, les ciboires, les pyxnies, etc. On ne les emploie à cet usage qu'après que l'évêque les a bénits et consacrés par des prières et par des onctions. Cetie pratique est ancienne, puisqu'elle e4 prescrite par le sacramentaire de saint Grégoire , édit. de Ménard, p. 15't et 155. Mais ce pontife n'en est pas l'auteur, puisqu'il n'a fait que rédiger et copier le sacramentaire du pape (iélase, écrit au v siècle ; et ce dernier ne s'est pas donné pour inventeur des prières et des cérémonies qu'il rassemblait. Saint Céleslin , au commencement de ce même siècle, écrivait aux évêques des Gaules que les prières sacerdotales étaient de tradition apostolique , et qu'elles étaient uniformes dans toule l'Eglise catholique. — Des vases consacrés à servir à nos saints mystères ne doivent plus être employés à des usages profanes ; on ne permet pius aux laïques de les loucher, ni même aux simples clercs , sinon du consentement de l'evéque; mais il en accorde la permission aux sacristains , et même aux sacristines chez les religieuses. Ainsi l'Eglise témoigne son respect pour le corps et le sang de Jésus - Christ , qu'elle croil réellement présent sous les symboles eucharistiques- Les protestants, qui n'ont plus cette foi, mettent au même rang les vases qui servent à leur cène que les meubles les plus vils ; ils trailent de superstitions les bénédictions et les consécrations usitées dans l'Eglise romaine. C'est , disent-ils, une absurdité de
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penser que des cérémonies peuvent communiquer une espèce de sainteté à un vase, à un meuble, à un corps quelconque. Au mol Consécration, nous avons prouvé le contraire par des passages formels de l'Ancien et du Nouveau Testament , et nous avons fait voir que les protestants, qui ne cessent de nous renvoyer à l'Ecriture sainte, ne la consultent point et n'y ont aucun égard.
VAUDOIS , secte d'hérétiques qui a fait beaucoup de bruit en France dans le xne et le xinc siècle. Il n'en est peut-être aucune dont l'origine ail été plus contestée , qui ait donné lien à îles recils plus opposés et à un plus grand nombre de calomnies contre l'Eglise romaine. Mais puisque l'on a tant fait d'efforts pour répandre des nuages sur cette question, nous ne devons rien négliger pour savoir à quoi nous en tenir.
Le savant Bossur-l, dans son Histoire des Variations des protestants, I. n, § 71 et suiv., nous fait connaître les vauduis, non-seulement par ce qu'en ont dit les auteurs contemporains , mais par le témoignage de ceux qui les ont interrogés, qui ont travaillé à les instruire, et qui sont quelquefois venus à bout de les convertir. Il nous apprend que ces sectaires, nommés aussi pauvres de Lyon, léouistes, ensabatés ou insabatés, parce qu'ils portaient des savates ou des sandales , ont commencé l'an 1 1G0, par un nommé Pierre Vutdo, marchand de Lyon. Il se persuada que la pauvreté évangélique était absolument nécessaireau salul, il eu donna l'exemple en distribuant tous ses biens aux pauvres, et il vint à bout de persuader son opinion à d'autres ignorants. Us conclurent de là et publièrent que, puisque les prêtres et les minisires de l'Église ne pratiquaient pas la pauvreté apostolique, ce n'étaient plus de vrais ministres de Jésus-Christ; qu'ils n'avaient plus le pouvoir de remettre les péchés, de consacrer le corps de Jésus-Chrijt, ni d'administrer de vrais sacrements; que loul laïque qui pratiquait la pauvreté volontaire avait un pouvoir plus réel et plus légitime de faire ces fondions et de prêcher l'Evangile que les prêlres. Us soutenaient encore que, selon l'E\angile, il n'est pas permis de jurer en justice, ni de poursuivre la réparation d'un tort, ni de faire la guerre, ni de punir de mort les malfaiteurs. Telles sont les erreurs pour lesquelles les vaudois furent d'abord condamnés par le pape Lucius 111, vers l'an 1185 ; les auteurs du temps ne leur en attribuent point d'autres. L'on convient généralement delà douceur, de l'innocence, de la pureté des mœurs de ces premiers vaudois; c'est ce qui leur attira d'abord un grand nombrede prosélytes parmi le peuple, et qui lit faire a leur secte de rapides pro»rè».
Biinérius Sacho, ou Itcinier, qui avait été ministre des albigeois, abjura leurs erreurs, et entra chez les dominicains l'an 1 250. Dans le traité qu'il écrivit contre les vaudois, outre les opinions dont nous venons de parler, il les accuse encore de rejeter le purgatoire ci lu prière pour les morts, les indulgences,
les fêles et l'invocation des saints, le cullo de la croix, des images et des reliques, les cérémonies de l'Eglise, le baptême des enfants, la confirmation, l'exlréme-onction et le mariage. Us disaient que, dans l'eucharistie , la transsubstantiation ne se faisait pas dans les mains de celui qui consacrait indignement, mais dans la bouche de celui qui la recevait dignement. Ils admettaient donc la présence réelle et la transsubstantiation, lorsque l'eucharistie était consacrée dignement. Pierre Pylicdorf, qui écrivit aussi contre les vaudois vers l'an 1250, parle comme Hei nier de leur origine et de leur croyance. 11 ajoute qu'ils rejetaient la messe comme une institution humaine, et lès cérémonies de l'Eglise, à la réserve des sacrements seuls ; qu'après un long temps ils se mêlèrent, quoique laïques, d'entendre les confessions et de donner l'absolution ; qu'un d'entre eux crut faire le corps de Noire-Seigneur, et se communia lui-même. Ainsi le fanatisme des vaudois, comme celui de toutes les autres sectes s'accrut avec le temps, et les conduisit d'erreurs en erreurs. Nous verrons ci-après les causes de ce progrès.
Basnage, qui a écrit son Histoire de /'/?glise pour réfuter Bossuel, soutient, I. xxiv, c. 10, § 2, que le véritable père de ces héré« liques est Claude de Turin, qui se sépara de l'Eglise romaine au ixe siècle, et dont les sectateurs se perpétuèrent dans les vallées du Piémont jusqu'au xn« ; que c'est probablement ce qui les fil nommer vaudois. Au mot Claude de Turin, nous avons fait voir que cet hérétique, disciple de Félix d'Urgel, était comme lui dans l'erreur des adoptiens, et que son sentiment touchant l'Incarnation tenait un milieu entre l'arianisme et le nestorianisme , erreur qui fut condamnée au vine siècle dans trois conciles consécutifs. S'il avait laissé des sectateurs dans les vallées du Piémont, il serait impossible que, depuis l'an 823 , temps auquel écrivait Claude de Turin, jusqu'en 1185 , aucun écrivain n'en eût parlé ; que pendant 360 ans les évêques de Turin n'eussent rien fait pour purger leur diocèse des erreurs enseignées par ce personnage: que le pape Lucius , en condamnant les vaudois, ne leur eût reproché aucune de ces fausses opinions. Ainsi, la généalogie de ces sectaires forgée par Basnage et par d'autres protestants n'a aucune vraisemblance*
Une des principales questions est de savoir si les vaudois niaient, comme les calvinistes , la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, et la transsubstantiation. Bossuel soutient qu'ils ne rejetaient ni l'une ni l'autre ; il le prouve par le témoignage des auteurs qui ont parlé de la croyance de ces sectaires, et nous avons vu que ni Beinier ni Pylicdorf ne les en accusent point , qu'ils supposent plutôt le contraire. Basnage néanmoins prétend que les vaudois attaquaient ces deux dogmes ; mais il n'a détruit aucune des preuves positives sur lesquelles Bossuel sest fondé. Il dit en premier lieu, S 5, que suivant le décret du pape Luciu3, les vaudois avaient des sentiments op-
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posés à ceux de l'Eglise romaine sur le sacrement du corps el du sang de Jésus-Christ, sur la rémission des péchés , sur le mariage el sur les autres sacrements. Cela se conçoit aisément : c'était attaquer en effet la foi de l'Eglise romaine que d'enseigner qu'un prêtre riche et vicieux ne consacrait pas le corps et le sang de Jésus-Christ, ne remettait pas les péchés par l'absolution, n'administrait pas validement le mariage et les autres sacre-* menls. Telle était la prétention des vaudois ; mais ils ne niaient pas pour cela que Jésus- Christ ne fût présent dans l'eucharistie, lorsqu'elle était consacrée par un prêtre pauvre et vertueux, ni qu'un tel ministre ne lût capable d'opérer validement les autres sacrements. Suivant le témoignage de Reinier, ils pensaient que , dans le premier cas , la transsubstantiation se faisait dans la bouche de celui qui communiait dignement.
Basnage objecte en second lieu que, suivant le récit de Pylicdorf et d'autres , ces hérétiques rejetaient la messe comme une institution humaine ; doue ils n'y croyaient pas. Mais cet historien s'expliqueassezclairement en disant qu'ils la rejetaient avec les cérémonies de l'Eglise , à la réserve des sacrements seuls. Ils admettaient donc au moins la substance des sacrements, en particulier de celui de l'eucharistie, qui consiste dans la consécration. Luther, à son tour, retrancha la plupart des cérémonies de la messe, sans nier cependant le dogme de la présence réelle. — Ce critique oppose à son adversaire, en troisième lieu, § 18, le récit d'un inquisiteur , dont on ne sait pas la date, et deux autres pièces dont l'authenticité est assez douteuse; mais il n'a pu en tirer que des cor.séqueuces forcées et qui ne prouvent rien. Enfin il confond les vaudois avec les albigeois , qui n'admettaient en effet ni la présence réelle ni la transsubstantiation ; mais Bossuet a démontré la différence énorme qu'il y avait entre les sentiments de ces deux sectes dans leur origine; on ne peut donc lireraucuneconséquence de l'uneà l'autre. Yoy. Albigeois.
Une autre question est de savoir de quelle manière les vaudois furent traités dès leur naissance. Bossuet prétend que l'on n'exerça aucune persécution contre eux. Basnage soutient le contraire ; il assure que, suivant la teneur du décret de Lucius 111, ceux qui ne voudraient pas abjurer leur erreur devaient être remis entre les mains des juges séculiers , pour porter la peins due à leur crime ; mais il avoue que celle sentence ne fut pas exécutée, parce que les papes avaient d'autres affaires sur les bras. Quellesqu'aicnt été les raisons de l'oubli dans lequel on laissa ces sectaires, le fait n'en est pas moins certain. Basnage affirme néanmoins, §11, 15, 18, que l'an 1254- il y avait une persécution déclarée contre eux, qu'ils avaient essuyé des guerres el des massacres, qu'il en fut de même en 1395, en \M3 et en 14-86. Nous avons cherché vainement des preuves positives de tous ces faits. L'an 12ok, il n'y eut en Frauce aucune poursuite contre les hérétiques que
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les décrets du concile d'Albi : or, c'était une répétition de ceux du concile de Toulouse, tenu en 1229; ces décrets regardaient les albigeois et non les vaudois. L an 1395 on ne fut occupé dans le royaume qu'à trouver le moyen de terminer'le grand schisme d'Occident concernant la papauté. En 1473, nous ne voyons aucun vestige de persécution. En 1V87, sous Charles Vlll, le pape envoya Albert de Catanée , archidiacre de Crémone , avec des missionnaires, pour travailler à la conversion des vaudois; mais comme ces tentatives les mettaient toujours en fureur, iis traitèrent brutalement les missionnaires , surtout dans les vallées de Fénestrelles el de l'Argentier. Le marquis de Salines y fit marcher des soldats, et il est vrai qu'il y eut à cette occasion des combats sanglants entre ces troupes et les vaudois, qui se défendaient en désespérés. Mais enfin les vaudois furent obligés de se rendre, de mettre bas les armes, et d'implorer la clémence du roi. Dès ce moment on cessa de sévir contre eux, Hist. del'Egl. gallic, t. XVII, I. l, an. 1487. Mais les hérétiques ont toujours appelé persécutions les tentatives les plus modérées que l'on a faites pour les instruire.
Comment Basnage a-t-il pu s'obstiner a confondre les vaudois avec les albigeois ? Ceux-ci étaient de vrais manichéens; Bossuet l'a démontré. Suivant Basnage, les vaudois étaient des sectateurs de Claude de Turin; or, cet hérétique n'a jamais professé i^ manichéisme. Ce critique a cité, § 26, le témoignage de Guillaume de Puylaurens , qui distinguait trois sectes différentes auprès d'Albi : les manichéens, les ariens elles vaudois; il y a donc de l'entêtement à vouloir appliquer à l'une ce qui ne peut convenir qu'aux autres , et c'est mal à propos que Basnage s'est flatté d'avoir terrassé son adversaire. Aussi Mosheim, qui a examiné celle question avec de meilleurs yeux que Basnage, et qui a comparé tous les auteurs qui en ont parlé, n'est pas de son avis. Il a exposé comme Bossuel l'origine et la croyance des vaudois, Hist. ecclés., xue siècle, H« part., c. 5, § 11 et 12. « Leur objet, dit-il, ne fut point d'introduire de nouvelles doclrinesdans l'Eglise , ni de proposer de nouveaux articles de foi aux chrétiens, mais seulement de réformer le gouvernement ecclésiastique , de ramener le clergé et le peuple à la simplicité et à la pureté primitive des siècles apostoliques. » Il expose ensuite leurs sentiments de la même manière que Reinieret Pylicdorf. Il dit, § 13, que les vaudois confiaient le gouvernement de leur église aux évéques, aux prêtres et aux diacres, et qu'ils regardaient ces trois ordres comme établis par Jésus-Christ ; mais ils voulaient que ceux qui en étaient revêtus ressemblassent aux apôtres, qu'ils fussent comme eux non lettrés, pauvres, sans aucune possession temporelle , el gagnant leur vie par le travail de leurs mains. Les laïques étaient partagés en deux ordres : l'un de chrétiens parfaits, qui se dépouillaient de loul, étaient mal vêtus et vivaient durement ; l'autre d'imparfaits
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qui matant comme le reste des hommes , ma s qui évitaient toute espèce do luxe et de superfluilé, comme ont fait depuis les anahapti les. Au reste, Mosheim n'a pas été assez impudent pour les accuser d'avoir nié la présence réelle et la transsubstantiation. Mais il fa il une remarque essentielle, c'est que I s taudois d'Italie ne pensaient pas de même que ceux de France et des autres contrées de l'Europe. Les premiers regardaient l'Eglise romaine comme la véritable l'élise de Jésus-Christ , quoique corrompue et défigurée; ils admettaient les sept sacrements, ils regardaient la possession des biens temporels comme légitime , ils promettaient de ne j imais se séparer de celle Eglise , pourvu qu'on ne les gènàt point dans leur croyance. Les seconds, plus fanatiques, ne voulaient rien posséder du tout ; ils soutenaient que l'Eglise romaine avait apostasie et renoncé à Jésus-Christ, que le Saint-Esprit ne la gouvernail plus, que c'était la prostituée de Babylone dont il est parlé dans l'Apocalypse. Celte distinction que fait Mosheim, qui est confirmée par le témoignage de plusieurs anciens auteurs, et qui a échappé à la plupart des historiens, nous paraît très-importante, el propre à concilier les contradictions qui se trouvent dans les différentes narrations que l'on a f.iites touchant les vaudois.
Un de nos historiens philosophes, ou plutôt romanciers, a fait de celle secte un tableau d'imagination qu'il a tiré de son propre fonds el des écrits des calvinistes; et l'on a eu grand soin de le copier dans l'ancienne Encyclopédie, au mot vaudois. Il en attribue la naissance à l'horreur qu'inspirèrent les crimes commis dans les croisades, les dissensions des papes et des empereurs , les richesses des monastères, l'abus que faisaient les évêques de leur puissance temporelle. Cependant ces sectaires n'onl jamais allégué aucun de ces motifs pour justifier leurs déclamations contre le clergé. 11 y a lieu de présumer que les tisserands, les cordonniers, les manouvriers , les ignorants, desquels était principalement composée la secle des vaudois, n'avaient pas une trèsgrande connaissance des crimes commis dans les croisades, el n'élaient pas fort touchés des dissensions des papes et des empereurs. Ce n'étaient pas eux non plus qui avaient beaucoup d'intérêt aux abus que pouvaient commettre les évoques dans l'usage de leur puissance temporelle. Us voulaient que les pasteurs de l'Eglise fussent pauvres et non letlrés , comme étaient les apôtres , qu'ils travaillassent comme eux de leurs mains, et qu'ils portassenlcomme eux des sandales. Tous ces articles leur paraissaient de la dernière importance, parce qu'ils les trouvaient prescrits par l'Evangile, Marc, c. iv, v. 9, etc. — Une autre méprise grossière de la pari de ce philosophe a été de confondre les vaudois avec les albigeois ou bonshommes. Ceux-ciélaient manichéens, comme Jlossuet l'a fail voir; les vrais vaudois ue le furent jamais. Les albigeois étaient connus en France depuis l'an 1021, uous le règne
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du roi Hubert; l'an 1147 , vingt ans avant que parût Pierre Yaldo, saint Bernard était allé dans nos provinces méridionales pour tâcher de les instruire et de les convertir ; la simplicité de l'extérieur de ce saint abbé n'était pas propre à donner une haute idée de la richesse des monastères , et il est prouvé d'ailleurs que les autres missionnaires de son ordre furent très-exacts à l'imiter , Hisl. de l'E/l. galiic, tom. X , I. xxix, édil. in-12, p. 258.
On convient en général de la simplicité, de la douceur, de l'innocence des mœurs des vaudois, et ce phénomène n'a rien d'étonnant; il se rencontre ordinairement chez les peuples qui vivent dans les gorges des montagnes. Eloignés des villes el de la corruption qui y règne, occupés à paître les troupeaux et à cultiver quelques coins de terre, réduits à la seule société domestique pendant la saison des neiges, ils ne connaissent point d'autres assemblées que celles de religion ; il ue croît point de vin chez eux, ils vivent de laitage : quelle vapeur maligne pourrait infecter leurs mœurs ? Aujourd'hui encore les habitants des Alpes, soit catholiques soit calvinistes, ressemblent au portrait que l'on nous fait des vaudois. Mais ce n'était point là le caractère des hérétiques qui désolaient le Languedoc et les provinces voisines, au xue siècle, sous le nom d'albigeois. L'an 114-7, vingt ans avant la naissance des vaudois, Pierre le Vénérable, abbé de Cluni, écrivait aux évoques d'Embrun, de Die et de Gap : « On a vu par un crime inouï chez les chrétiens, rebaptiser les peuples, profaner les églises, renverser les autels, brûler les croix, fouetter les prêtres, emprisonner les moines, les contraindre à prendre des femmes par les menaces et les tourments, etc. » Flcury, Hisl. ecclés., I. Lxtx, n. 24. Comment notre philosophe a-l-il pu confondre avec ces furieux les vaudois dont il nous vante la douceur et l'innocence? C'est contre les albigeois turbulents, séditieux, sanguinaires, et non contre les vaudois, que le pape Innocent 111 envoya des inquisiteurs l'an 1198, et publia une croisade l'an 1208. Elle n'eut lieu qu'en Languedoc ; les scènes les plus meurtrières se passèrent à Déziers, à Carcassonne, à Lavaur, à Albi, à Toulouse; il n'y en eut aucune dans les vallées des Alpes, soit de la Provence, soit du Dauphiué, où l'on prétend que les vaudois s'étaient retirés. Quandnotre historien romancier dit que, sur la fin du xn' siècle, le Languedoc se trouva rempli de vaudois, cl qu'on les poursuivit par le fer el le feu, il ne peut en imposer qu'aux ignorants crédules. Est-il vrai que ceux qui restèrent ignorés dans les vallées incultes qui sont entre la Provence et le Dauphiué, défrichèrent ces terres stériles ; que, par des travaux incroyables, ils les rendirent propres au grain et au pâturage, qu'ils enrichirent leurs seigneurs, etc.? Pure fable. Les vallées des Alpes, soit du côté de la France, soit du côte du Piémont, n'ont jamais été sans habitants; il y en
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avail lorsque Annibal les traversa : les Alpes Cottiennes, aujourd'hui le Mont-Cenis, entre le Dauphiné et le Piémont, étaient appelées par les Romains, Cotlii regnum; elles n'étaient donc pas désertes, non plus qu'à présent. Le terrain de ces vallées a été de tout temps propre au pâturage lorsque les neiges sont fondues, et les langues de terre qui s'y trouvent sont très-fertiles. La population s'y accroît naturellement, parce que les habitants ne s'expatrient point, qu ils sont à couvert des ravages de la guerre, que la pureté de l'air en écarte la contagion, et que ces peuples ont des mœurs. Nous ne pensons pas que les vaudois aient eu le talent de faire fondre les neiges des Alpes, ni de leur dérober le terrain qu'elles couvrent tous les ans. Les imaginations de ce philosophe sont autant de traits d'ignorance.
De toutes ces observations, il résulte que, pour avoir une juste notion des vaudois, il faut distinguer les différentes époques de leur hérésie, et les différentes contrées dans lesquelles il s'en est trouvé. Que Pierre Valdo, ou ses émissaires, aient aisément séduit les habitants des Alpes, pauvres, ignorants, éloignés des églises, des^pasteurs et des secours de religion, cela est naturel. Que ses erreurs aient passé les monts, aient été portées jusque dans les vallées du Piémont, cela se conçoit encore. Elles ont dû demeurer les mêmes, tant que ces vaudois n'ont point eu de commerce avec d'autres hérétiques. Aussi, l'an 1517, Claude de Seysseî, archevêque de Turin, attribuait encore aux vaudois de son diocèse la même doctrine pour laquelle ils avaient été condamnés l'an 1185, et qui a c'é fidèlement exposée par Bossuet et par Mosheim.
Mais il esta peu près impossible que ceux de deçà Ses monts n'y aient pas ajouté bientôt de nouvelles erreurs; on le comprendra, si l'on veut faire attention à la multilude des sectes dont la France était infestée au xne siècle. 11 y avait : 1° des albigeois appelés aussi cathares et bons-hommes; c'était la secte principale: on l'avait vue éclore au commencement' du siècle précédent; 2° des beggards, qui étaient à peu près de même date; 3° des pélrobrusiens , disciples de Pierre et de Henri de Bruys;4° des sectateurs de Tanquelin ou de Tanquehne, et d'Arnaud de Bresse; 5' des capuciaii ou encapuchonnés; nous avons parlé de ces différents sectaires sous leur nom particulier ; 6° enfin de ces vaudois dont nous parlons. On conçoit que ces divers fanatiques, tous ignorants et de la lie du peuple, n'étaient pas fort scrupuleux en fait de dogmes, et fraternisaient aisément les uns avec les autres pour soutenir leur intérêt commun. De même que , chez les protestants, l'on est assez chrétien dès que l'on se déclare ennemi du pape et de l'Eglise romaine ; ainsi, parmi les sectaires du xn' siècle, on paraissait suffisamment orthodoxe, dès que l'on déclamait contre le gouvernement ecclésiastique. Nous ne douions pas qu'un bon nombre de vaudois ne se soient mêlés
parmi tous ces déclamateurs , n'aient fait cause commune avec eux , n'aient adopté une partie de leurs sentiments. Aussi, l'an 1373, le pape Grégoire X, écrivant aux évoques du Dauphiué pour exciter leur zèle contre les hérétiques, joint ensemble les patarins, les pauvres de Lyon, les arnaldisles et les fratricelles, Histoire de l'Eglise gall., lom. XIV, liv. xli, an. 1375. Nous ne devons donc pas être surpris de ce que Reinier et Pylicdorf, qui connaissaient mieux les vaudois de France que ceux d'Italie, et qui n'ont écrit qu'un siècle après leur naissance, leur ont attribué des erreurs qu'ils n'avaient pas encore dans leur origine. En second lieu, il ne faut pas s'étonner de ce que les auteurs du temps n'ont pas toujours su distinguer ce que chacune de ces sectes avait de particulier, et si plusieurs les ont confondues sous le nom général d'albigeois, ou sous celui de vaudois. 3° Il a pu se faire que des vaudois, devenus aussi furieux que les autres hérétiques parmi lesquels ils s'étaient mêlés, aient été compris dans la proscription prononcée contre eux tous, et qu'on les ait poursuivis tous sans distinction comme coupables des mêmes excès. Il est constant que ceux que l'on appelait colereaux, routiers, triai verdins, courriers, momades, étaient des scélérats semblables aux circoncellions des donatisles, aux brigands nommés ribauds dans le xnr siècle, et aux anabaptistes appelés pustoricides en Angleterre, ils n'avaient horreur d'aucun crime, ils vendaient leurs bras à quiconque voulait les payer, et ils étaient sûrs de l'impunité, sous le prétexte de religion. C'est pour arrêter leurs ravages que Innocent 111 pubiia une croisade en 1208. Il y a donc beaucoup de mauvaise loi de la part des protestants et des incrédules, à vouloir persuader que l'on a poursuivi les vaudois à feu et à sang, malgré l'innocence et la douceur de leurs mœurs. Est-on allé leur faire la guerre dans les vallées du Piémont, lorsqu'ils ont été paisibles ?
Quand ils auraient été tels en général que les calvinistes ont affecté de les peindre, nous ne voyons pas quel avantage il y a pour eux à les mettre au nombre de leurs ancêtres, ni quel relief une pareille secte peut donner à la leur. Les vaudois étaient des ignorants, et ils auraient voulu que les prêtres ne fussent pas plui savants qu'eux. C'étaient des fanatiques, puisque leur doctrine touchant la pauvreté volontaire, les serments faits en justice et la punition des malfaiteurs, était destructive de toute société. C'étaient des opiniâtres, que trois cents ans de missions et d'instruction n'ont pu faire revenir de leurs préjugés. Leur croyance ressemblait beaucoup plus à celle des anabaptistes qu'à celle des calvinistes : puisque ceux-ci n'ont jamais reconnu les anabaptistes pour leurs frères, il est bien ridicule de nous donner les vaudois pour leurs pères. Mais la conduite de ces sectaires nous montre les effets qu'a coutume de produire la lecture de l'Ecriture sainte
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sur des ignorants indociles; elle les rend fanatiques el incorrigibles : on a vu reparaître le même phénomène à la naissance de la prétendue réforme en Allemagne, en France et en Angleterre. Yoij. Ecbitubs BAOTTB. Basna^e a voulu persuader que l'ierre Valdo était un homme lettré, qu'il avait traduit les évangiles el d'autres livres de l'Ecriture sainte : c'est une fausseté; il les fit traduire par un prêtre nomme h' tienne d'Evisn, et les fruits de ce travail ne furent pas heureux.
A la naissance de la prétendue réforme, les vaudois apprirent confusément qu'il y avait en Suisse et en Allemagne des hommes qui déclamaient aussi bien qu'eux contre les pasteurs catholiques, lui 1330, ils y envoyèrent des députés qui eurent des conférences avec Durer et avec GEcolampade : ou voit par le récit même des historiens protestants, combien la croyance des vaudois était pour lors différente de celle des calvinistes; IJossuet, ibid., 1. xi, § 117 et sui v. Basnsge n'a pas osé contester sur ce point. Mais eu 153G, Favel, ministre de Genève, vint à bout de leur faire embrasser le calviuisme. La confession de foi qu'ils présentèrent au roi vers l'an 1540, était l'ouvrage des ministres huguenots qu'ils avaient reçus chez eux. Ils y rejetaient la présence réelle el la transsubstantiation, le culte de la croix et des saints, la prière pour les morts, l'absolution sacramentelle ; ils ne reconnaissaient que deux sacrements, la baptême el la cène, etc. Ce n'étaient plus là les sentiments de leurs pères. — Malheureusement, avec cette nouvelle doctrine, ils adoptèrent l'esprit séditieux et violent des calvinistes. Déjà l'an 1530, après leurs conférences avec les protestants, ils prirent les armes et se défendirent contre les poursuites des évoques et du parlement ù'Aix, parce qu'on leur avait fait espérer d'être bientôt soutenus. En 1535, François Ir leur accorda une amnistie, sous condition qu'ils abjureraient leurs erreurs. En 1542 ou 1543, iis s'attroupèrent, prirent les armes, renversèrent des autels, pillèrent des églises, et commirent d autres excès. Voy .Y Histoire de l'Acud. drs Inscript., tom. IX, in-V2, p. 645 el G52. C'est pour ces faits, dont leurs apologistes n'ont eu garde de convenir, que le parlement d'Aix rendit un arrêt contre eux. Cependant le cardinal Sadolet, évéque de Carpeulras , intercéda pour eux auprès de François 1 r, et l'exécution de l'arrêt fut suspendue. Mais le premier président d'Oppède, et l'avocat général (îuérin, aigrirent l'esprit du roi, ils lui persuadèrent que seize ■aille vaudois voulaient se saisir de Marseille. Mole d'Ameiot de la Houssaye, sur l'Histoire du concile de Trente de Fra-Paolo, liv. h, pag. 110. Conséqueinmenl l'ordre fut donné de les exterminer-, les villages de Mérindol cl de Cabrières furent réduits en cendres, et près de quatre mille personnes furent massacrées.
Tous nos écrivains modernes onl déclamé à l'envi contre la cruauté de celle exécu-
tion ; ils en onl exagéré les circonstances, ils ne cessent de la citer comme un exemple des effets que peut produire un zèle de religion mal réglé. Mais c'est en imposer aux lecteurs mal instruits, que d'attribuer cette expédition sanglante au zèh de religion, plutôt qu'au ressentiment excité par la conduite séditieuse des vaudois. Deux magistrats ont eu tort sans doute d'exagérer leur faute, pendant qu'un évoque demandait grâce pour les coupables; mais il s'en faut beaucoup que ces deux hommes aient agi par zèle de religion. L'avocat général Guériu fut accusé d'avarice, et d'avoir voulu s'approprier une partie des biens confisqués, et le président d'Oppède d'avoir agi par vengeance ccutre plusieurs particuliers. Ce qu'il y a de certain, c'est que le village d'Oppède, dont il portait le nom, fut détruit comme les autres; et que dix ou douze familles catholiques de Mérindol furent enveloppées dans le massacre général. On les aurait sauvées, sans doute, si la religion était entrée pour quelque chose dans cette boucherie.
L'historien prétendu philosophe, dont nous avons déjà révélé plusieurs infidélités, en a encore corn mis de nouvelles à cet te occasion. Il a voulu persuaderquela causede l'arrêtrenclu contre les vaudois par le parlement de Provence, fut leur confession de foi de l'an 1540, et le dessein de punir des hérétiques obstinés. 11 ne fallait pas oublier leur révolte de l'an 1535, et l'amnistie que le roi leur avait accordée : une amnistie suppose des voies de fait et non des erreurs. Comme cette grâce portait pour condition que les vaudois abjureraient leur doctrine, il dit que l'on n'abjure guère une religion que l'on a sucée avec le lait, el à laquelle on sacrifie tous les biens de ce monde. Mais ces hérétiques n'avaient pas sucé avec le lait la religion calviniste qu'ils venaient d'embrasser, et nous ne voyons pas quels biens i!s avaient sacrifié* jusqu'alors. Il dit que ces malheureux n'étaient point disposés à la révolte, puisqu'ils ne se défendirent pas et qu'ils s'enfuirent de tous côtés en demandant miséricorde. En effet, comment se seraient-ils défendus en 1545, conlre une armée envoyée pour les exterminer? Mais en 1543, les habitants de Cabrières, village situé dans le Comtat, aidés par leurs frères de Provence, avaient repoussé deux fois les troupes du pape jusqu'aux portes d'Avignon et deCavaillon; le pape avait imploré l'assistance du roi pour réduire ces rebelles, et François 1er, par les lettres du 11 décembre de cette année, avait ordonné au gouverneur de Provence de prêter main forte au légat ; il y avait donc eu déjà deux révoltes des vaudois, l'an 1545, lorsqu'ils furent poursuivis à feu et à sang, et la destruction do Mérindol avait élé ordonnée en particulier, parce que ces sectaires s'y fortifiaient. En 15*1, ils avaient imploré la protection des princes luthériens d'Allemagne, assemblés à Hatisbonne, et ils en avaient obtenu une, recommandation très-pressante auprès do François 1er; ce prince ne pouvait pas voir
VAU
VF. A
celle démarche de bon œil, Hist. de l'Uglise gallicane, 1. lui, an. 1541. Enfin, noire philosophe prétend que l'exécution cruelle l'aile contre les vaadois fit faire de nouveaux, progrès au calvinisme, et que le tiers de la France en embrassa les sentiments. C'est une fausseté. Les progrès rapides du calvinisme ne commencèrent en France que l'an 1558, sous le règne de Henri II, dix ans après la mort de François 1er ; d'autres causes plus puissantes y contribuèrent, et il s'en fallut beaucoup qu'il ne fût embrassé d'abord par le tiers du royaume ; mais aucune imposture ne coûte à cet écrivain romancier. Dans un autre ouvrage, il a forgé des calomnies encore plus atroces, au sujet de la rigueur exercée contre les vaudois.
Pour peu que l'on réfléchisse sur la conduite de ces sectaires, on voit qu'il n'y eut rien de constant chez eux qu'une ignorance grossière et une haine aveugle contre le clergé catholique ; c'est tout le fruit que produisit parmi eux la lecture de l'Ecriture sainte qu'ils étaient incapables d'entendre. Très-peu scrupuleux en fait de dogmes, ils en changèrent toutes les fois que leur intérêt parut l'exiger, ils se joignirent indiffé^ remmenl à toutes les sectes du xir et duxm* siècle , sans s'embarrasser de ce qu'elles croyaient ou ne croyaient pas. Souples , timides , hypocrites , lorsqu'ils se sentaient faibles , ils ne cherchaient qu'à se cacher sous un extérieur catholique ; en soutenant qu'il n'est pas permis de jurer en justice, ils n'hésitaient pas de se parjurer pour dissimuler leur croyance : en condamnant la guerre en général , ils prirent les armes contre leurs souverains : dès qu'on voulut gêner l'exercice de leur religion , ils eurent part aux tumultes qu'excitèrent les autres hérétiques, et ils trempèrent leurs mains plus d'une fois dans le sang des inquisiteurs et des missionnaires qui voulurent les instruire. Telles ont été de tout temps et telles seront toujours toutes les sectes hérétiques.
Au reste, c'est L'affectation d'une pauvreté fastueuse et cynique des hérétiques du xne et du xme siècle, qui a donné lieu à l'institution des religieux mendiants. Le dessein des fondateurs fut de prouver aux sectaires que l'on pouvait pratiquer une pauvreté humble, laborieuse, austère et véritablement évangélique, sans déclamer contre leclergé, et sans se révolter contre l'Eglise. Cela était déjà démontré par l'exemple d'une congrégation de vaudois convertis qui s'associèrent l'an 1207; ils prirent le nom de pauvres catholiques, ils continuèrent de vivre comme auparavant, et ils travaillèrent inutilement à la conversion des autres vaudois; en 1256 ils se réunirent aux ermites de saint Augustin; Hélyot, Histoire des ordres monastiques, (édil. de Migne). Saint François , de son côté, jeta les premiers fondements de son ordre, l'an 1209. Mais les protestants, toujours bizarres et inconséquents , après avoir approuvé la pauvreté orgueilleuse et fanatique des vaudois, n'ont cessé de déclamer contre la pauvreté humble et charitable
des religieux catholiques. Voy. Pauvreté
VOLONTAIRE, MENDIANTS, PtC
VEAU. Ce terme dans l'Ecriture sainte est employé en différents sens : 1° il signifie des ennemis en fureur. Ps. xxi, v. 13: Circumdederunt me vituli multi. 2° Au contraire, dans Isaîe, ch. il, v. 7, il désigne des hommes doux et paisibles ; il y est dit que l'ours et le veau paîtront ensemble, c'est-à-direque les faibles et les simples ne craindront plus ceux qui leurs paraissaient redoutables.
3° Le prophète Malachie,c\\. iv, v. 2, compare un peuple qui est dans la joie à des veaux qui bondissent dans une prairie. '*°Ps. l, v. 21 , ce mot exprime les différentes espèces de victimes , imponent super allure tuum vitulos. Mais dans Osée, ch. xiv, v. 3, vitulos labiorum , les victimes des lèvres ou de la bouche signifient des louanges, des vœux, des actions de grâces; c'est ce que saint Pierre appelle spirituales hostias, I. Pelr., c. ii, v. 5.
Veau d'or. Idole que les Israélites se firent faire au pied du mont Sinaï , à laquelle ils rendirent un culte à l'imitation de celui du bœuf Apis , qu'ils avaient vu pratiquer en Egypte ; l'histoire en est rapportée, Exod., c. xxxn : elle démontre la grossièreté de ce peuple, et son penchant décidé à l'idolâtrie. Quarante jours auparavant , les mêmes Israélites avaient été saisis de frayeur à la vue de l'appareil terrible avec lequel Dieu leur avait intimé ses lois, r. xix ; il leur avait sévèrement défendu d'adorer d'autres dieux que lui, c. xx, v. 3. Ils avaient solennellement promis de lui être soumis et fidèles ; ils lui avaient immolé des victimes, c.xxiv, v. 3 et 5 ; parce que Moïse tardait trop longtemps à leur gré de descendre de la montagne où Dieu lui donnait ses ordres, ils voulurent avoir un Dieu visible , une idole à laquelle ils pussent offrir leurs sacrifices. Dans la fête insensée qu'ils célébrèrent en son honneur, ils poussèrent l'impiété jusqu'à dire : Voilà tes dieux , Israël , qui Conl tiré du, pays de l'Egypte, c. xxxn , v. 4. Il n'est donc pas étonnant que Moïse, indigné de celle prévarication, ait brisé les tables de la loi, ait fait fondre et réduire celte idole en poudre, l'ait fait jeter dans le torrent dont ce peuple buvait les eaux , ait armé les léviles , et leur ait ordonné de mettre à mort les plus coupables. Cet exemple de sévérité était nécessaire pour intimider les autres et pour prévenir les rechutes. Environ cinq cents ans après, leurs descendants ne furent pas moins insensés qu'eux , puisqu'ils adorèrent les veaux d'or que Jéroboam fit faire, pour détourner ses sujets d'aller rendre leur culte au vrai Dieu dans le temple de Jérusalem, 111 Reg., c. xn, v. 28.
Le plus célèbre des incrédules de notre siècle a voulu prouver que l'histoire de l'adoration du veau d'or n'est ni vraisemblable ni possible, mais à son ordinaire il en a falsifié plusieurs circonstances : aussi lui a-t-on fait voir que, dans ses réflexions, il y a presque autant de faussetés et de bévues que de mots. Réfutation de la Bible expli-.
VEA