‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 166 sur 219 · VEN · texte numérisé non relu

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fond la vengeance et commande le pardon ; non-seulement ecl » est beau, mais c'est un devoir rigoureux. Le mépris pour un ennemi peut consoler notre orgueil, mais ce n'est ni une compensation ni un dédommagement. L'auteur a raison de comparer les vindicatifs aux sorciers, qui, en rendant malheureux les autres , se rendent malheureux eux-mêmes; mais nous demandons en quel sens cette méchanceté peut être naturelle ou permise, comme il l'a dit d'abord.

Plusieurs païens ont donné de meilleures leçons. Il n'y a, dit Juvénal, que les esprits faibles, petits, méprisables, qui trouvent du plaisir dans la vengeance :

Minuit

Seniper el infirmi esl animi exiguique volup'as Ultio

Sat. 1", v. 189.

Au jugement de Cicéron, il n'y a rien de plus louable et de plus digne d'une âme honnête, que d'être incapable de ressentiment, et de conserver la douciur à l'égard de tout le monde, De Offic., I. i, c. 25. Il condamne un homme qui venge les crimes par des crimes, et les injures par des injures, in Ycrr., a et. 3. C'était la morale de Socraie, de Platon, de Phitarque, etc.

Mais il y a une règle plus sûre pour un chrétien, c'est la loi de Dieu : avant d'être écrite, elle était déjà gravée dans le cœur des justes. Jacob condamna sévèrement la vengeance cruelle que ses fils tirèrent de la violence faite à leur sœur par les Sichimiles, Gen., c. xxxiv, v. 30 ; il la leur reprocha encore au lit de la mort, c. xlix, v. 5. Les patriarches remettaient à Dieu la vengeance des injures qu'ils avaient reçues. Non-seulement la loi de Moïse défendait à fout Israélite de se venger et de conserver de la haine contre son ennemi, Levit.,c. xix, v. 17 et 18 ; mais elle ordonnait de lui faire du bien, de lui rendre service, de l'assister dans ses besoins, Exod., c. xxm, v. i et 5 ; Prov., c. xxv, v. 21, (te. Le Fils de Dieu n'a donc pas imposé une loi nouvelle lorsqu'il a dit : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vais haïssent, priez Dieu pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient [Mat th. v, M-). Mais il a réfuté les fausses interprétations que les docteurs Juifs donnaient à la loi ancienne, à la loi naturelle imposée à tous les hommes depuis la création. Ceux qui ont regardé le précepte de l'Evangile comme une loi de subrogation,-ou comme un conseil de perfection , se sont étrangement trompés ; ceux qui ont osé soutenir que c'est une loi contraire au droit naturel, ont péché encore plus grièvement contre la vérité et contre les notions de la justice. Voy. Ennemi.

Il est permis sans doute par le droit naturel de faire punir un ennemi qui nous a offensés injustement, prree que l'ordre public y est intéressé ; mais vouloir nous faire justice à nous-mêmes, c'est usurper l'autorité des lois, ou plutôt l'autorité de Dieu même.

Nous convenons que dans l'Ecrituresainte, aussi bien que dans le discours ordinaire , les termes de vengeance et de punition soûl souvent confondus ; saint Paul, Rom., c. xm, v. h, dit que le prince est le ministre de Dieu pour exécuter sa vengeance contre celui qui fait le mal. On dit d'un magistrat qu'il est chargé de la vengeance publique, c'est-à-dire de punir les malfaiteurs, mais il ne leur inflige pas des peines par colère ni par ressentiment, il le fait par justice et souvenlconlreson inclination. Au contraire, un homme qui veut se venger de son ennemi, dit qu'il le punira: de quel droit et par quelle autorité? Ce n'est pas sur une équivoque ou sur un abus des termes qu'il faut établir des maximes de morale. De même Dieu, dans l'Ecriture sainte, est appelé le Dieu des vengeances. Ps. \ci, v. l,il dit : C'est àmoi que la venge ince appartient, je l'exercerai dans le temps, Deut., c. xxxn, v. 35 ; Eccli., c. xn, v. k -, Rom., c. xn, v. 19, etc. 11 est évident que, dans tous ces passages, venger ne signifie rien autre chose que punir; c'est le droit inaliénable et la fonction essentielle de la justice divine. Dieu, qui ne peut être blessé par aucune injure ni éprouver aucune passion, dont le bonheur suprême ne peut croître ni diminuer, ne peut certainement se plaire à rendre le mal pour le mal; il punit, non pour se contenter soi-même, mais pour le bien général de l'univers. Si l'homme jouissait d'une paix et d'un bienêtre inaltérable , il n'aurait jamais aucun désir de se venger : le désir est une preuve de faiblesse. Celui qui veut se venger, dit l'auteur de l'Ecclésiastique, éprouvera luimême la vengeance du Seigneur, et ses péchés seront mis en réserve. Pardonnez à votre prochain l'injure qu'il vous a faite, alors votre prière obtiendra la rémission de vos fautes. Un homme garde sa colère contre un autre homme, et il demande grâce pour luimême ; il n'a point dejpitié pour son semblable, et il ose espérer miséricorde ; un faible amas de chair conserve du ressentiment, et il prie Dieu de lui être propice 1 Qui voudra prier avec lui ? Souvenez vous de la mort ; vous n'aurez plus d'inimitié contre personne (Eccli. xxvui, 1). Celle morale vaut bien celle des philosophes ; Jésus-Christ l'a réduite à deux mots : Pardonnez-nous nos offenses, comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

On a beau étaler les pompeuses maximes des stoïciens, qu'il esl d'une âme généreuse, d'une grande âme de pardonner ; qu'en oubliant une injure, elle se rend supéiieure à celui qui l'a faite ; que le plaisir de faire grâce est plus flatteur que celui de se venger, etc. Donnez donc à tous les hommes ties âmes nobles, généreuses, sensibles au plaisir délicat de faire grâce, ils sentiront alors la vérité de vos leçons ; mais s'il en est trèspeu de celle trempe, de quoi servira voire morale aux autres? Il en faut une cependant pour tout le monde. Dieu seul a su lo mettre à portée de tous, en les prenant par leur propre înlérét, cl en leur imposant la

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