‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 170 sur 219 · YEN · texte numérisé non relu

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Exod., c. xv ; ol dans /«aï., c. xi.u, v. 8; c. xlviii, v. 11 : Je suis le Seigneur, c'est mon nom. Je ne donnerai point ma gloire à un autre. Le Sage soutient que le nom de Dieu esl incommunicable. Sap. , c. xiv, v. 21. Nous osons défier les sociniens de concilier ensemble lous ces passages dans leur système. — En quatrième lieu , suivant leur opinion, il faut conclure que Jésus-Christ a tendu aux Juifs un piège inévitable d'erreur; et qu'il a fait tout ;ce qôMI fallait pour les empêcher de croire en lui. On sait l'horreur qu'ils avaient du polythéisme depuis leur retour de la captivité de Babylone, et depuis les persécutions qu'ils avaient essuyées de la part des rois de Syrie, qui voulaient les forcer à embrasser le paganisme. S'attribuer le nom de Dieu parmi eux dans un sens abusif, sans faire voir que celte dénomination ne dé'ruisait poiul l'unité de Dieu, c'était vouloir passer pour un faux prophète cl pour un blasphémateur. Aussi les Juifs voulurent au moins trois fois lapider Jésus, parce qu'il s'égalait à Dieu et se faisait Dieu. Ce fut la cause pour laquelle il fut condamné à mort par le conseil des Juifs, Matth., c. xxvi, v. G3-G6. C'est encore le principal grief qu'ils allèguent aujourd'hui pour refuser de croire en Jésus-Christ. Voyez la Conférence d't juif Qrobio avec Limborcli , le Chizzouk Emmonac du juif Isaac, etc. — En cinquième lieu, suivant le même système, Jésus-Christ et les apôtres se sont exposés à confirmer les païens dans leur erreur. Un des articles de la croyance païenne était que souvent certains dieux s'étaient revêtus d'une forme humaine, et étaient venus habiter parmi les hommes; ils appelaient théophanies ces visites ou apparitions des dieux. Nous en voyons un exemple dans les Actes des apôtres, c. xiv, v. 10 : les habitants de Lystre en Lycaonie, ravis d'admiration par un miracle que saint Paul venait d'opérer, s'écrièrent : Deux dieux sous la forme de deux hommes sont descendus parmi nous; ils prirent saint Barnabe pour Jupiter, et saint Paul pour Mercure, parce qu'il portait la parole, et ils roulaient, leur offrir un sacrifice. Si jésus-Chrisl n'était pas Dieu dans toute l'énergie du terme, les païens à qui on l'annonçait comme Dieu ou Fils de Dieu, ont dû le prendre pour un de ces dieux bienfaisants qui prenaient une forme humaine pour venir converser avec les hommes, pour les instruire et pour les soulager dans leurs peines. Rien n'aurait été plus absurde que de leur prêcher l'unité de Dieu, et de donner en même temps à Jesus-Chrisl la qualité de Dieu dans un sens impropre; les païens n'étaient certainement pas en élal de comprendre ce sens. Quand il serait vrai que chez les Juifs le mot Fils de Dieu signifiait seulement .Messie ou envoyé de Dieu , il ne pouvait pas être entendu ainsi parmi les païens. — G" Enfin, toujours dans la même supposition, Jésus- Christ et les apôtres envoyés pour enseigner aux hommes la vérité, les ont plongés dans un chaos d'erreurs. Ils n'ont fait que donner une nouvelle forme au polythéisme, qu'ap-

prendre à leurs prosélytes à adorer trois dieux, au lieu de la multitude de divinités païennes. Vainement on dira que ce n'est pas leur faute, si on a mal pris le sens de leurs paroles; celui que les sociniens y donnent n'est certainement pas celui qui vient d'abord à l'esprit. De concert avec les protestants, ils disent que les disciples immédiats des apôtres étaient des hommes simples, d'un esprit médiocre, qui n'entendaient rien aux finesses de la grammaire, aux subtilités des philosophes , aux discussions do la critique. C'est à eux néanmoins que les apôtres ont donné le soin d'enseigner aux fidèles la doctrine de Jésus-Christ; il fallait donc expliquer clairement lous les articles de croyance, éviter tous les termes obscurs ou ambigus et toutes les expressions équivoques, afin de retrancher tout danger d'erreur. Cela était d'autant plus nécessaire que, suivant la doctrine de nos adversaires, les apôtres ne laissent aux fidèles point d'autre règle de foi que leurs écrits. Cependant, si les interprétations des sociniens sont vraies, le Nouveau Testament est le plus obscur et le plus captieux de lous les livres. Qui empêchait saint Jean d'exprimer sa doctrine aussi clairement que Socin?il n'aurail donné lieu à aucun doute ni à aucune méprise.

A Dieu ne plaise que nous admettions jamais un système duquel s'ensuivent des conséquences aussi impies ; nous ne concevons pas comment des hommes aussi pénétrants que les docieur.s sociniens peuvent les méconnaître.

Ont-iis donc Irouvé dans l'Ecriture sainte des passages assez clairs et assez décisifs pour avoir droit de tordre le sens de tous ceux que nous leur opposons ? Ils en ont deux ou trois sur lesquels ils triomphent. Joan., c. xiv, v. 28, Jésus-Christ dit à ses apôtres : Mon Père est plus grand que moi. Comment concilier, disent-ils, ces paroles avec le dogme de la divinité du Fils et de sa coégalité avec le Père? — Fort aisément, lorsque l'on n'est pas prévenu : il suffit de lire le passage entier. Jésus dit à ses apôtres affligés de ce qu'il allait bientôt les quitter : Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais à n.on Père, parce que mon Père est plus grand que moi. Cela signifie évidemment, parce que mon Père est dans un état de gloire, de majesté, de splendeur bien supérieur à celui dans lequel je suis sur la terre. Ainsi l'ont entendu les Pères de l'Eglise, lorsque les ariens ne cessaient de répéter ce passage. Voy. saint Hilaire, lib. ix, deTrinit.t u. 51, etc. Ce sens est confirmé par la prière que faisait Jésus-Christ quelques jours avant sa passion. Joan. , c. xvu, v. 5 : Revêtez moi, mon Père, de la gloire que j'ai eue auprès de vous avant que le monde fût. Le Sauveur devait désirer sans doute de retourner en prendre possession. Les sociniens ne sont pas peu embarrassés de dire en quoi consistait celte gloire dont Jésus-Christ avait joui auprès de son Père avant la création du monde. Joan. , c. x>:, v. 17, Jésus ressuscité

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dit aux saintes femmes : Je monte vers mon Père , qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. Gomment, disent les sociniens, le Père peut- il être le Dieu de son Fils, s'ils sont égaux en nature ? lis oublient toujours que Jésus - Christ était Dieu et homme, et qu'en celle dernière qualité il devait penser et parier comme tous les hommes, sans que cela pût déroger à sa divinité. Pour la même raison saint Paul a dit , / Cor., c. xv, v. 28 : Lorsque toutes choses auront été soumises au Fils, il sera lui-même soumis à celui qui lui a soumis toutes choses , afin que Dieu soit tout en tous. Puisque le Fils de Dieu conserve son humanité dans le ciel, el ne cessera jamais d'être homme , jamais à cet égard ii ne cessera d'être soumis à son Père. Marc, c. xir, v. 32, le Sauveur dit que le jour et l'heure du jugement dernier ne sont point connus du Fils, mais du Père seul. Nous avons satisfait à cette difflcullé au mot Agnoètes, et à quelques autres au mot Fils de Dieu.

Dans la conférence de Limborch avec le juif Orobio, celui-ci soutient que les Juifs n'ont pas dû reconnaître Jésus pour le Messie, parce qu'il s'est fait passer pour Dieu, et qu'il s'est fait rendre les honneurs de la Divinité, attentat que Dieu avait sévèrement défendu par sa loi. Gomma Limborch était socinien, il répond que Jésus-Christ ne s'est jamais d mné pour le Dieu souverain , mais pour son envoyé ; que dans le Nouveau Testament il ne nous est ordonné nulle part de croire que Jésus est Dieu lui-môme, mais qu'il est le Fils de Dieu, c'est-à-dire le Christ ou le Messie ; que l'honneur et la gloire qu'on lui rend ne se terminent pas à lui, mais retournent à son Père. Quant à ce qui regarde, dit-il, l'union de deux natures en Jésus- Christ, c'est une question étrangère à la foi que nous prescrivent les livres saints, seule règle de notre croyance ; Arnica collalio, etc., p. 389, 549, etc. Celle réponse est évidemment fausse; le juif n'aurait pas eu de peine à la réfuter; il aurait dit : Personne n'a pu mieux savoir en quel sens Jésus s'est donné pour Dieu que ses disciples : or, ils disent qu'il est au-dessus de lout, le Dieu béni dans tous les siècles, qu'il est le vrai Dieu et la vie éternelle, qu'il élail Dieu avant que le inonde lût créé, que c'est lui qui a fait le monde, etc. N'est-ce pas là le Dieu souverain? Or, la loi nous défend de reconnaître un autre Dieu que le Créateur ; il a dit cent fois : Je suis le seul Dieu , il n'y en a point d'autre que moi. il nous est donc défendu d'admettre un Dieu souverain el un Dieu inférieur. Il est faux que dans vos livres , Fil* de Dieu, Fils du Très-Haut , signifie seulemenl Christ ou Messie, puisqu'ils y sont joints avec tous les attributs de la Divinité et qu'ils appliquent à Jésus des passages qui dans nos Ecritures désignent Jéhovah ou le Dieu souverain. Vous détruisez vos principes, en disant que le culte rendu à Jésus se rapporte à son Père, vous qai soutenez aux catholiques que le culte rendu aux anges et aux sainls ne peut pas se rapporter à Dieu , que

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