Y EU
D'JG
tout le culte religieux, rendu à un autre être qu'à Dieu, est une profanation et une i lolàtrie. Nous voudrions savoir ce que Limborch aurait pu répliquer.
Le seul moyen solide de réfuter les Juifs est de leur souîenir que Jésus-Christ n\ st p as un autre Dieu que le Père, que dans le< Paraphrases chalduïques le nom Jéhovah est souvcnl exprimé par le Verbe de Dieu, et représenté comme une personne; que Dieu s'est montré plus d'une fois aux patriarches sous la forme d'un ange, et s'est donné sous celle forme le nom de Jéhovah ; que Dieu a pu se montrer sous la nature d'un homme aussi bien que sous celle d'un ange, et qu'il doit être adoré sous toutes les formes dont il daigne se revêtir ; enfin , que les anciens docteurs juifs oui reconnu que le Messie devait être Dieu lui-même. Voy. Galatin , de Arcanis, etc., I. m.
§ III. Les plus anciens Pères de C Eglise ont enseigné clairement et constamment la divinité du Verbe. Après avoir vu les passages de l'Ecriture sainte dans lesquels ce dogme est si évidemment établi , il y aurait lieu d'être fort étonné si les disciples immédiats des apôtres et leurs successeurs n'avaient pas élé fidèles à le conserver dans l'Eglise. Cependant les protestants , u lis aux sociniens par leur intérêt commun de décréditer la tradition, soutiennent que le langage des Pères qui ont précédé le concile de N cée, tenu l'an 325 , n'a été ni uniforme ni toujours orthodoxe ; que, pendant les trois premiers siècles, la doctrine de l'Eglise touchant les trois personnes de la sainte Trinité n'était pas fi%.ée, qu'ainsi il était libre à chacun d'enlendre à sa manière les passages de l'Ecriture qui regardent ce mystère. Nous devons néanmoins excepter de ce nombre les théologiens anglicans : comme ils admettent communément la tradition des premiers siècles, loin d'adopter le sentiment des autres protestants, iis onl travaillé avec autant de zèle que les catholiques à disculper les anciens Pères.
Inutilement nous représentons aux autres qu'il y a de l'impiété à supposer que Jésus- Christ, qui avait promis son assistance à son Eglise jusqu'à la consommation des siècles, qui avait promis à ses apôtres l'esprit de vérilé pour toujours, uS marient vobiscum in œternum [Joan. xiv, 10), a cependant manqué à sa parole ; qu'immédi itemeut après la mort des apôtres il a laissé son Eglise dans l'incertitude de savoir s'il est véritablement Dieu ou non : ils n'en sont pas touchés. Nous leur disons : Ou la divinilé du Verbe est clairement et nettement révélée dans le Nouveau Testament, ou elle ne l'est pas. Si cette révélation est claire, formelle, expresse, comment les pasteurs de l'Eglise qui touchaient de plus près aux apôtres, ont-ils pu en méconnaître le sens? U s'agissait d'un dogme que tout chrétien doit croire et savoir. Si cette révélation est obscure, équivoque, ambiguë, est-il croyable que Dieu l'ait donnée pour seul guide aux fidèles, comme vous le soutenez?
VER
VER
ors
Vvant d'examiner si les premiers Pères ont été orthodoxes ou non, il y a. quelques
observations à faire. 1° Quand il s'agit d'un dogme incompréhensible, tel que la génération du Verbe, le langage humain ne peut fournir des expressions assez claires ni assea exactes pour en donner la même notion à tous les esprits, et pour prévenir toutes les fausses interprétations j les écrivains même inspirés n'en ont pas employé de cette espèce, parce qu'il n'y en a point. Quand il a fallu traduire leurs écrits, l'on n'a pas toujours trouvé des termes exactement équivalents et parfaitement synonymes dans les différentes langues ; le traducteur du livre de l'Ecclésiastique s'en est plaint dans son prologue. Si donc il était arrivé aux anciens Pères, qui n'ont pas tous vécu dans le même pays ni dans le même temps, de ne pas s'exprimer de la même manière, il ne faudrait pas en conclure qu'ils n'ont pas entendu de même le dogme révélé dans l'Ecriture sainte : autre chose est d'avoir une idée nette dans l'esprit, et autre chose de la rendre nettement dans la langue dont on est obligé de se servir. Une preuve que tous les Pères ont cru la divinité du Verbe, par conséquent son éternité, c'est que tous se sont élevés contre les hérétiques qui ont voulu l'attaquer. 'On dit qu'il aurait fallu s'en tenir aux termes de l'Ecriture, et n'y rien ajouter; les Pères l'auraient fait sans doute, si les hérétiques avaient été assez sages pour s'en contenter. — 2" Pour juger équilablement de la conduite et du langage des Pères, il faut suivre le fil des disputes et des questions qui se sont élevées de leur temps. Dès lar fin du rr siècle, les cérinthiens, les valentiniens et la plupart des gnosliques prétendirent que le monde n'avait pas été créé par le Dieu suprême, mais par un éon ou un esprit inférieur à Dieu et ennemi de Dieu. Potir les réfuter, les Pères s'attachèrent à prouver par l'Ecriture que la création est l'ouvrage du Verbe de Dieu, sorti en quelque manière du sein de son Père, pour lui servir de ministre et d'instrument dans la production de toutes choses. Us appliquèrent à celle espèce de naissance temporelle du Verbe quelques passages qui, pris dans toute leur énergie, expriment sa génération éternelle. On en conclut très-mal à propos que les Pères n'admettaient donc pas celle-ci ; il n'en était pas question pour lors, et il n'était pas nécessaire de la prouver pour réfuter les hérétiques qui dogmatisaient dans ce temps-là. — Il n'en fut plus de même à la naissance de l'arianisme, au ive siècle. Arius soutint que le Verbe divin n'a commencé à exister qu'immédiatement avant la création du monde ; que c'est une créature plus parfaite, à la vérité, que les autres, mais nui n'est ni égale ni coéternelle à Dieu le Père ; il se prévalut de la manière dont les docteurs de l'Eglise des trois premiers siècles avaient parlé de la naissance du Verbe destiné à créer le monde. Il fallut donc alors examiner de plus près tous les passages de l'Ecriture dans lesquels il est parlé du Verbe divin, faire voir qu'ils
prouvent non-seulement une génération temporelle antérieure à la création du monde , mais une génération éternelle en vertu de laquelle le Verbe est coélernel et oon substantiel au Père. Celte observation n'a pas échappé au savant Leibnitz , plus judicieux et plus modéré que les autres protestants. « 11 semble, dit-il , que quelques Pères , surtout les plalonisants, ont conçu deux filiations du Messie, avant qu'il soit né de la vierge Marie: celle qui le fait Fils unique, et tant qu'il est éternel dans la Divinité, et celle qui le rend l'aîné des créatures, par laquelle il a été revêtu d'une nature créée la plus noble de toutes, qui le rendait l'instrument de la Divinité dans la production et la direction des autres natures. Les ariens n'ont gardé que cette seconde filiation, ils ont oublié la première, et quelques-uns des Pères ont paru les favoriser en opposant le Fils à l'Eternel , en tant qu'ils considéraient le Fils par rapport à cette primogéniture d'entre les créatures, de laquelle saint Paul a parlé, Coloss., c. i, t. 15. Mais ils ne lui refusaient pas pour cela ce qu'il avait déjà en tant que Fils uni' queei consubstantiel au Père. «Delà Leibnitz conclut avec raison que le concile de Nice» n'a fait qu'établir par ses décisions une doctrine qui était déjà régnante dans l'Eglise; Esprit de Leibnitz, t. Il, p. 4').
Si le P. Pelau, le savant Huet , Dupin et d'autres avaient fait cette réflexion, ils auraient parlé avec plus de circonspection des Pères des trois premiers siècles ; ils ne leur auraient pas attribué des erreurs auxquelles ils n'ont jamais pensé ; ils n'auraient pas fourni aux protestants des armes pour attaquer la tradition, et des motifs de se confirmer dans leurs préventions contre les Pères de l'Eglise les plus respectables. Petau, Dogm. theol. , t. II, 1. i, de Trinit., c. 3, k, 5, a rassemblé des passages de saint Justin, d'Athénagore, de Ta tien, de saint ïéophile d'Antioche, de saint Clément le Romain, de Clément et de Denis d'Alexandrie, d'Origône, de saint Grégoire Thaumaturge, de Tertullien, do Lactauce, dans lesquels ces Pères semblent ne point connaître la génération éternelle du Verbe, mais seulement sa naissance avant la création de toutes choses ; conséquetnment ils en parlent comme d'une personne très-inférieure au Père, comme d'une créature qui lui a servi de ministre pour exécuter tous ses desseins. Cependant Pelau a été forcé de convenir que ces mêmes docteurs de l'Eglise, dans d'autres endroits de leurs ouvrages, ont clairement professé la coc'ernilé, la coégalilé et la consubstantiaiitc du Fils avec le Père ; îîullus, Defensio fidei Nicœnœ, Uossuet, Gc Avertissement aux protest.; dom Le Nourry, Apparat, ad Riblioth. Patrum, l'ont prouvé encore plus solidement.
Ces saints docteurs se sont-ils donc contredits , ou ont-ils été dans le doute sur le dogme révélé, cl sur le sens des passages de l'Ecriture qui l'expriment, comme le prétendent les prolestants ? Non, mais ils ont parlé relativement aux questions qu'ils avaient à traiter, aux personnes auxquelles ils avaient
VFR
VER
affaire, aux circonstances dans lesquelles ils se trouvaient. Il est absurde de penser qu'ils ont nié un dogme, qu'ils en oni douté, ou qu'ils ne le connaissaient pas, parce qu'ils n'en ont pas parlé, lorsque cela n'étaii pas nécessaire. On voudrait que tous les anciens Pères eussent donné une profession de foi complète de tous les articles de la doctrine chrétienne, ou plutôt un catéchisme de doctrine et de morale, dans lequel tout fût enseigné et expliqué dans le plus grand détail ; cela nous serait fort commode, sans doute, cl si les apôtres eux-mêmes l'avaient fait , cela serait encore mieux ; mais puisqu'ils ne l'ont pas l'ail, nous en concluons qu'ils n'ont pas dû le faire.
Rien de plus simple que la doctrine des Pères apostoliques louchant le dogme dont nous parlons. Saint Barnabe, dans sa lettre, il. 12, dit que la gloire de Jésus consiste en ce que toutes choses sont en lui et par lui (ou pour lui). Il fait évidemment allusion aux paroles de saint Paul, Coloss., c. i, v. 16, et Jlebr., c. i, v. 3, que nous avons citées cidevant, el qui prouvent la divinité de Jésus- Christ; saint Clément de Rome, Ep:st. 1, n. 36, l'appelle comme saint Pau!, la splendeur de la majesté divine; il lui applique, avec l'Apôtre, les paroles du Ps. n, v. 7 : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui, Epist. 2, n. 1 : « Nous devons, dit-il, penser de Jésus-Christ comme étant Dieu et juge des vivants el des morts, el ne pas avoir une idée basse de notre salut. » Saint Ignace, Epist. ad Magnes., n. 7 el 8, dit que Jésus-Christ vient du Père seul, qu'il existe en lui seul, el retourne à lui seul, qu'il est son Verbe éternel gui n'est pas émané du silence. Dans les adresses de toutes ses lettres, il fait marcher de pair Jésus-Christ et Dieu le Père ; il leur rend les mômes hommages, il leur attribue les mêmes bienfaits. Sainl Polycarpe, sou condisciple et son ami, a gardé le même st)Ie en écrivant aux Philippiens ; el dans les actes de son martyre, l'Eglise de Smyrne s'y est conformée. Saint Ignace est donc le seul qui ait professé l'éternité du Verbe; c'est un Irait lancé de sa part contre les corinthiens, comme Rullus l'a fait voir. Soupçonnerons-nous les autres Pères de n'avoir pas pensé de même, parce qu'ils n'en ont rien dit dans les lettres de morale et d'édification adressées aux simples fidèles?
Dès le commencement du W siècle, saint Justin et les Pères postérieurs eurent un objet différent. 11 fallait faire l'apologie du christianisme contre les attaques des païens, et en défendre les dogmes contre les attentats des gnostiques. Nous soutenons que, dans l'un ni l'autre de ces cas, il n'était ni nécessaire ni convenable de traiter la question de la génération éternelle du Verbe. i°Ce mystère était trop au-dessus de la conception des païens; ils l'auraient pris de travers; ils n'était pas aisé de le montrer en termes exprès el formels dans nos livres saints; aujourd'hui encore les sociniens soutiennent qu'il n'y est pas : il aurait fallu,
pour prouver le contraire, une discussion dans laquelle il ne convenait pas d'entrer avec les païens. Il était donc beaucoup mieux de se bornera leur prouver par nos Ecritures que le Verbe était avant toutes choses qu'il est le créateur du monde, par conséquent qu'il esl Dieu ; que ce dogme n'a rien d'absurde, puisque Platon, en parlant de la naissance du monde, a supposé un Logos, un Verb*, une idée ou un modèle archétype de ce que Dieu voulait faire, et qu'il a suivi dans l'exécution; en ajoutant néanmoins que Platon l'a mal conçu, puisqu'il n'a pas admis la création et qu'il a supposé la matière éternelle. Voilà précisément ce que les Pères ont fait, et il n'était pas nécessaire non plus, en disputant contre les Juifs, de pousser plus loin les discussions. 2° A l'égard des hérétiques, nous avons remarqué qu'ils prétendaient que le formileur du mon de n'étaii pas Dieu lui-même, mais un esprit d'un ordre inférieur, et révolté contre lui ; la question se réduisait donc à leur prouver par l'Ecriture que le Créateur était le Verbe de Dieu, émané du sein de la Divinilé avant ioules choses, qui avait été comme le ministre de Dieu et l'exécuteur de ses desseins. Conséquemment les Pères opposaient aux hérétiques les passages que nous avons cités : Dieu m'a possédé au commencement de ses voies. Au commencement était le Verbe, tout a été fait par lui. Le Fils de Dieu est le premier-né de toute créature, etc., etc. Si les Pères oui eu tort de ne pas établir dans celle dispute la génération éternelle du Verbe, il faudra faire tomber la même faute sur saint Jean, qui, écrivant son Evangile pour réfuter Cérinthe, s'est borné à dire : Au commencement était le Verbe, au lieu de dire: de toute éternité était le Verbe. Les Pères sont-ils blâmables de s'être arrêtés au même terme que ce saint apôtre? 11 faudra condamner encore le concile de Nicée, qui , voulant établir contre ies ariens la consubstanlialilé du Verbe, par conséquent sa coélernilé avec le Père, s'est contenté de dire qu'il est né du Père avant tous les siècles, pendant qu'il aurait pu dire qu'il esl né de toute éternité. Nous concluons que si ces termes, au commencement , avant tous les siècles, avant que le monde fût, eic, ne signifient point, expressément l'éternité, du moins ils la supposent, puisque encore une fois rien n'a précédé tous les temps ou tous les siècles que l'élernité. Ainsi l'a conçu saint Ignace, Iojsqu'il a dit que le Fils de Dieu est le Verbe éternel, qui n'est point émané du silence. Ce Père était disciple immédiat de sainl Jean; la doctrine de cet apôtre a-t-ellc pu avoir un meilleur interprète? Or, il n'est pas le seul qui ait ainsi parlé; Bullus, Def. fidei Nicœnœ, sect. 3, c. 2 et 3, a fait voir que la coéternile du Verbe avec le Père a été la doctrine constante des docteurs ue l'Eglise des trois premiers siècles.
Cela ne satisfait pas encore nos adversaires: ils disent que si ces Pères ont admis l'existence éternelle du Verbe dans le sein du Père, du moins ils ont cru qu'il n'y était
tooi
vi:ii
VER
K»:ra
p.is une personne, une hyposlase.un êlresnbsistant, mais seulement une idée, une pensée, un acte de l'entendement divin; qu'il n'a commencé d'avoir une existence propre que quand il est sorti du sein de son Père pour créer le monde. Rien de plus faux que celle nouvelle imagination. 1* Nous délions ces critiques téméraires de citer un seul des Pères qui ait dit formellement et en termes exprès que le Verbe dans le sein de son Père n'était pas une personne, une hyposiase, un être subsistant, et qu'il n'y avait pas une existence propre. On ne peut leur attribuer celle erreur que par voie de conséquence, en ajoutant à ce qu'ils ont dit, et en prenant les termes dans un sens faux: méthode perfide, de laquelle nos adversaires ne veulent pas que l'on se serve, même à l'égard des hérétiques. 2° Ces Pères avaient lu saint Jean, ils faisaient profession de suivre sa doctrine, et nous devons leur supposer assez d'intelligence pour avoir compris la force des termes. Or, saint Jean dit qu'au commencement et avant l'existence du monde, le Verbe était en Dieu, ou plutôt avec Dieu, b/mc ©tôv, et qu'il était Dieu : cela peutil se dire d'une pensée ou d'une idée telle que celle que nous avons ? Quand tous ces Pères auraient été entichés de platonisme, jamais Platon n'a dit d'une idée qu'elle était Dieu. Saint Jean, c. xxvn, v. 5, rapporte ces paroles de Jésus-Christ : Glorifiez-moi, mon l'ère, de la gloire que j'ai eue avec vous, ou auprès de vous, mpi voî, avant que le monde fût. Si le Verbe n'était pas un être subsistant dans le sein de son Père, ce langage est inintelligible. 3° Les Pères des trois premiers siècles l'ont répété; ils ont dit que le Verbe était non-seulement en Dieu, mais avec Dieu; que le Père n'a jamais été sans lui, qu'il était comme le conseil du Père. Ils lui ont appliqué les passages du livre de la Sagesse que nous avons cités: pour rapporter leurs paroles, il faudrait copier deux ou trois chapitres de Builus. i Allons plus loin. Quand quelques-uns des Pères auraient dit que le Verbe dans le sein du Père n'était pas une personne, il ne s'ensuivrait rien ; dans toutes les langues, personne signifie aspect, figure, apparence extérieure, ce qui paraît aux yeux: or, il est clair qu'avant la création d'aucun être doué de connaissance, le Verbe n'était pas une personne dans ce sens ; mais y a-l-il aucun des Pères qui ait dit qu'avant ce moment le Verbe n'était pas un être subsistant ? 5° Puisque les Pères ont envisagé la création comme une espèce d'émanation, ou plutôt d'apparition du Verbe hors du sein de son Père, ces saints docteurs ont pu dire sans erreur qu'avant cet instant le Père n'était pas Père, et qoe le Fila n'était pas Fils d'une manière sensible, comme ils l'ont été depuis. On a pu dire que, dans ce nouvel état, le Verbe était inférieur, subordonné, soumis à son Père, qu'il était son ministre, etc. Mais cela ne pouvait pas être, eu égird à sa génération éternelle, puisqu'en vertu de celle-ci il est consubstautiel au Père. Il serait absurde que les Pères eus-
Dict. de Thbol. dogmatique. IV
senl dit tout à la fois que le Verbe n'était pas un être subsistant, que cependant il était le ministre de son Père, etc. Ces deux accusations se détruisent l'une l'autre 6° ïerlullien est le seul qui ail dit que Dieu n'était pas Père avant d'avoir produit soi Fils pour créer le monde; mais il l'a dit seulement dans le sens que nous venons d'indiquer, puisqu'il ajoute de même que Dieu n'était pas le Seigneur avant qu'il y eût des créatures sur lesquelles il exerçât son domaine, et qu'il n'était pas juge avant qu'il y eût des crimes. 11 ne l'était pas d'une manière sensible, mais il était tout cela par essence et de toute éternité. Builus a fait voir, par d'autres passages clairs et formels de ïerlullien, qu'il a enseigné que le Verbe est éternel comme le Père, que de toute éternité il a été dans le sein du Père, non-seulement comme un attribut métaphysique, mais comme un être subsistant et une personne; que le Père n'a jamais été sans lui, qu'il est Dieu <ie Dieu, la sagesse, la raison, le conseil du Père, qu'ainsi le Père n'était pas seul, etc., et il le prouve par le livre des Proverbes que nous avons cité, et par ces mots de saint Jean : // était avec Dieu, et il était Dieu. Defens. fidei Nicœnœ, sect. 3, c. 10, § 5 et seq. Il est constant d'ailleurs que Tcrtullien s'est fait un style et une méthode qui ne sont qu'à lui, qu'ii prend trèssouvent les termes dans un sens fort différent de leur signification commune, que par celte raison même il est très-obscur. .Mais dès qu'un auteur s'est expliqué plusieurs fois d'une manière orthodoxe et fondée sur l'Ecriture sainte, il y a de l'injustice à prendre dans un mauvais sens des expressions inexactes qui lui sont échappées dans une dispute sur un sujet très-obscur. Par celte méthode on prouverait que ïerlullien se contredit dans toutes les pages de ses livres, qu'il est non-seulement le plus impie de tous les hérétiques, mais le plus insensé de ton-» les raisonneurs. Il n'en est rien, quoi qu'eu disent ses accusateurs, protestants ou autres. Voy. Tertullien. Mais ces critiques intrépides ne veulent écouler ni Builus, ni Bossuet, ni dom Le Nourry:ces théologiens, disent-ils, n'ont pas pris le vrai sens des Pères, parce qu'ils ne connaissent pas le système philosophique duquel les Pères étaient imbus. C'est un dernier reproche qui nous reste à examiner.
§ IV. Les Pères n'ont pris ni dans Platon, ni dans les nouveaux platoniciens, ni dans aucune autre école de philosophie, mais dans l'Ecriture sainte, ce qu'ils ont dit du Verbe divin. On n'a pas été fort étonné de voir les sociniens soutenir que les Pères de l'Eglise des trois premiers siècles avaient puisé dans Platon leur doctrine louchant le Logos ou lo Verbe divin; la licence de ces hérétiques ne connut jamais de bornes. Mais on n'a pu voir sans scandale h s protestants appuyer eu même paradoxe , reprocher constammeni aux Pères de l'Eglise un attachement excessif à la philosophie de Platon; de là sont partis quelques incrédules pour affirmer que
vrn
VER
le commencement de l'Evangile de saint Jean a été écrit par un philosophe platonicien. Si celle ineptie méritait une réfutation sérieuse, nous dirions que, suivant cet Evangile même, Jésus-Christ choisit pour ses apôtres de simples pêcheurs de Galilée; que, selon les Actes des apôtres, c. iv, v. 13, les Juifs reconnurent que Pierre et Jean étaient sans étude et sans lettres; que les apôtres, remplis des lumières du Saint-Esprit, n'avaient pas plus besoin des leçons de Platon que de celles des philosophes chinois.
Sandius et Le Clerc ont cru mieux rencontrer, en disant que saint Jean a pu prendre l'idée du Verbe divin dans le juif Philon, grand partisan de la philosophie platonicienne. Mais c'est principalement en Egypte que les ouvrages de Philon étaient répandus, cl il n'y a aucune preuve que saint Jean ait mis les pieds en Egypte ; il a écrit son Evangile à Ephèse, à cent cinquante lieues au moins des confins de l'Egypte. 11 aurait été plus simple d'imaginer que saint Jean a puisé la notion du Logos chez les Corinthiens, qu'il s'est proposé de réfuter. Des critiques aussi habiles auraient dû se souvenir que l'hébreu deber Jehovah, la parole du Seigneur, est rendu par Aôyoj toù Kvjoîoj dans plus de cent endroits de la version des Septante; que dans \ ingl de ces passages celte parole est représentée comme un être subsistant et agissant, comme une personne, un ange, un envoyé qui exécute les volontés de Dieu ; il n'a donc pas été besoin que Philon ni saint Jean allassent chercher celle idée dans les écrits de Platon.
Dans les articles Platonisme et Trinité platonique, nous avons réfuté la chimère du prétendu platonisme des Pères; mais il faut démontrer encore que l'idée qu'ils ont eue du Verbe divin ne ressemble pas plus au Logns de Platon que le jour à la nuit.
1° Qu'est-ce que le Logos de Platon ? Déjà nous nous trouvons arrêtés à ce premier pas. Suivant plusieurs platoniciens, c'est la raison, l'intelligence, la faculté de penser, de raisonner, de saisir la différence des choses, et d'exprimer ses pensées par la parole; c'est ainsi que Platon l'a expliqué lui-même dans le Thatète, pag. 1V1, E. Selon d'autres, c'est l'idée, le plan, le dessein, le inpdèle archétype que Dieu avait dans l'esprit lorsqu'il a voulu créer le monde, et qu'il a suivi dans l'exécution; et telle est, dit-on, la notion que Philon le juif en a conçue. Les Pères disent au contraire que c'est la connaissance que Dieu a de soi-même et de tous ses divins attributs, par conséquent de sa puissance infinie, de tout ce qu'il peut faire et de tout ce qu'il fera pendant toute la durée des siècles, ou plutôt que c'est le terme de cette connaissance. Une idée aussi sublime n'a certainement pas pu venir à l'esprit d'aucun philosophe privé des lumières de la révélation. Si l'on veut comparer ce que Platon dit du Logos avec ce qui est dit de la sagesse divine dans les Proverbes, on verra combien les notions du philosophe grec sont faibles, basses, obscures, en com-
paraison de celles de l'écrivain sacré. 2° Platon a-l-il envisagé le Logos comme un être subsistant et distingué de l'entendement divin? Nouvelle dispute entre ses interprèles. Les uns le prétendent ainsi, parce qu'il a dit que le modèle archétipe du monde est un litre éternel et animé. Les autres soutiennent que c'est une absurdité, de laquelle un aussi beau génie que Platon était incapable, qu'il a conçu les idées de Dieu semblables à celles d'un homme, que ce sont des êtres purement métaphysiques et intellectuels. Ils ajoutent que quand le Logos serait l'idée archétype du monde, il ne serait animé que métaphoriquement, en tanl que ce serait le modèle d'un être animé. Quoi qu'il en soit, Platon n'attribue à cet être prétendu aucune action; les Pères, au contraire, disent avec saint Jean que le Verbe divin était avec Dieu, qu'il était Dieu, qu'il a fait le monde, qu'il s'est incarné, etc. 3° Platon n'a jamais dit que le Logos est le Fils de Dieu ni le Fils unique; c'est le monde qu'il appelle [lw/zw'.ç, unique production, seul ouvrage de Dieu. 11 n'a pas dit que Dieu est le père du Logos, mais qu'il est le père du monde; c'est le monde, cl non le Logos, qu'il nomme l'image des dieux éternels. 11 n'a point enseigné que le Logos est sorti du sein du Père, ni qu'il a été l'ouvrier de ce monde, ni que cet ouvrier est la sagesse divine. Voilà cependant les expressions que les Pères ont copiées dans les auteurs sacrés. 11 n'y a donc rien de commun entre leur doctrine et celle de Platon que le mot Logos; mais un mot ne prouve rien, il s'agitdu sens. 4° Dieu dit: Que la lumière soit, et la lumière fut. Voilà le Verbe créateur que les écrivains sacrés ont révélé, que les Pères ont adoré, et que Platon n'a pas connu, puisqu'il n'a pas admis ia création et qu'il a supposé la matière éternelle. Remarque décisive qui efface toute ressemblance entre la philosophie des Pères et celle de Platon, et de laquelle nous ferons usage dans un moment.
Beausobre, Mosheim, Brucker et d'autres, plus avisés que leurs prédécesseurs, ont imaginé une nouvelle hypothèse; ils ont avoué qu'à la vérité les Pères n'ont pas copié servilement les écrits ni les idées de Platon, mais qu'ils ont embrassé le système des nouveaux platoniciens. Pendant les trois premiers siècles, disent-ils, la plupart des Pères étudièrent la philosophie dans l'école d'Alexandrie : or, le nouveau platonisme enseigné dans celte école étail un mélange de la doctrine de Platon avec celle des philosophes orientaux : les Pères, imbus de celte nouvelle philosophie, y sont demeurés constamment attachés , ils se sont servis du langage des nouveaux platoniciens pour expliquer les dogmes du christianisme ; ils ont ainsi altéré la pureté de la doctrine chrétienne , et ont causé des maux infinis dans l'Eglise. Ceux qui ont voulu justifier les Pères y ont mal réussi, parce qu'ils n'ont pas connu ce nouveau système ni les opinions des Orientaux. Pour étayer celte nouvelle hypothèse, les critiques protestants ont
vt.i;
vi:n
prodigué l'érudition , les recherches , les conjectures; i!s so sont flattés d'avoir enfin trouvé la clef de toutes les anciennes disputes.
Dans les articles Emanation, Plato-nisvr, § 2 et 3, Trimik PlatonqOB , § 2 et 3, nous avons déjà refuté ce savant rêve; nous avons fait voir qu'il n'est fondé sur aucune preuve positive , et qu'il est contredit par des faits certains; mais il est bon de rassembler en peu de mots ce que nous avons dit. 1" De tous les Pères accusés de platonisme ancien ou nouveau, les deux seuls qui aient certainement étudié la philosophie dans l'école d'Alexandrie sont saint Clément et Origène ; il est très-probable qu'aucun des autres n'y a mis les pieds, et ne s'est informé de ce que l'on y enseignait. Ces Pères citent Platon lui-même, jamais ils n'ont parlé des Alexandrins ni de leurs opinions; s'ils y avaient été attachés, ce silence serait surprenant. Les écoles de philosophie d'Athènes ont été fréquentées par les chrétiens jusqu'au x' siècle; saint Dasile, saint Grégoire de Nazianze , l'empereur Juli-n , etc., y avaient fait leurs études. A entendre nos critiques, il semble qu'Alexandrie ait été pendant trois cents ans la seule ville où l'on ait pu apprendre la philosophie; c'est une erreur. 2° Nous sommes fondés à révoquer en doute le prétendu mélange de la philosophie orientale avec celle de Platon dans cette école, avant l'an 250; puisque c'est en 2+3 que Plolin , après y avoir passé dix ans, alla exprès en Orient, pour savoir quelle était la doctrine des Orientaux. Or, à celte époque , Clément ni Origène n'étaient plus en Egypte; le premier était mort avant l'an 217, et le second, qui mourut l'an 258 , avait quitte Alexandrie avant Plot ta. 3' De l'aveu de nos savants critiques, la base du nouveau platonisme et de la philosophie orientale était le système «les émanations , et les philosophes ne l'avaient embrassé que parce qu'ils nevoulaient pas admettre la création. Or, de tous les Pères que l'on accuse, il n'en est pas un seul qui n'ait professé hautement le dogme de la création, et qui n'ait blâmé les philosophes qui refusaient de le recevoir. Au mol Emanation , nous avons cité les témoignages exprès de saint Justin, d'Alhénagore , de Théophile d'Anliochc , de saint lrénée et d'Origène ; on trouvera celui de Talien à l'article de ce Père. Comme nous y avons oublié celui de Clément d'Alexandrie, voici ce qu'il en dit, Exhort. ad Gent. n. k, édit. <!e Potier, p. 55 : « Combien est grande la puissance de Dieu, dont la volonté seule est la création du monde I II a tout fait seul, comme étant seul vrai Dieu. Par sa simple volonté il opère, et l'existence suit son simple vouloir. » Slrom., c. 1*, p. 099 : « Les stoïciens veulent que Dieu pénètre loute la nature; pour nous, nous disons qu'il en est le créateur, et qu'il a lou! fait par sa parole. » l'âge TOI, il voudrait persuader que Platon a enseigné que Dieu a fait le monde de rien, ou de ce qui n'était pas. Pag. 707, « Pythagore, dit-il, Socrale et Platon , en méditant
sur la fabrique de ce monde, que la main de Dieu a Tait et conserve toujours ont entendu sans doute cette sentence de Moïse : H a dit, et tout a été fait, par laquelle il nous apprend que l'ouvrage de Dieu est sa seule parole. » IbicL, I. iv, c. 13, p. GO'i, il attaque ceux qui disent qu'il y a un Dieu plus grand et plus puissant que le Créateur, c'étaient les gnosliques. « Que celui-ci, dit-il, soit le Pèro du Fils , le Créateur et le Seigneur toutpuissant, c'est une vérité que nous traiterons ailleurs. »
De quel front les critiques protestants osent-ils accuser les Pères des trois premiers siècles d'avoir élé constamment attachés à la philosophie des nouveaux platoniciens, pendant que tous ont solennellement professé le dogme opposé au principe fondamental do celte nouvelle secte de philosophes? Voilà ce que nous ne concevons pas.
h° Il n'est pas fort certain que les émanalions aient été le système commun des Orientaux. Brucker convient que le premier et le principal fondateur de la philosophie des Chaldéens et des Perses a été Zuroaslre : or, celui-ci n'enseigne pas formellement les émanations. M. Anquetil, qui nous a donné les ouvrages de ce législateur célèbre, s'est attaché à faire voir que Zoroastre admet la création. Quand d'autres philosophes orientaux auraient soutenu les émanations , il faudrait encore prouver que les Pères de l'Eglise les ont suivis, plutôt que de s'attacher au dogme de la création, formellement enseigné dans l'Ecriture sainte. Or, i's ont fait précisément le contraire ; non-seulement ils ont professé ce dogme, mais ils ont prouvé que c'est le seul vrai , et ils ont blâmé tous les philosophes qui ne voulaient pas l'admettre.
Cela n'a pas empêché Mosheim ni Brucker de nous peindre Origène et Clément d'Alexandrie comme deux sectateurs enthousiastes du nouveau platonisme, de leur prêter le système des émanations avec toutes ses conséquences absurdes, et de bâtir sur cette basa chiméiique le prétendu systèmo philosophique de ces deux Pères. Brucker a poussé l'entêtement jusqu'à dire que le paraphrastc chaliéen a reçu des Orientaux l'idée du Logos, Ilisl. crit. philos., t. VI, p. 535. Il ne lui restait plus qu'à dire que saint Jean a emprunté cette idée du paraphrusle chaldéen; qu'ainsi, en dernière analyse, les Chaldéens en sont créateurs. La vérité est que, dans tout ce qui nous rcsle de la philosophie chaldéenne, il n'est pas plus question du Logos que du mystère de I Incarnation ; qu'il n'est pas même possible d'en avoir uno idée telle que les livres saints nous la donnent, sans admettre la création. Ainsi, toute cette généalogie d'opinions philosophiques, forgée par Mosheim et par Brucker, n'a pas l'ombre de la vraisemblance.
Nous soutenons que les Pères de l'Eglise d< s trois premiers siècles n'ont jamais admis qu'une seule émanation, ou probole , c'est celle du Verbe divin , sorti de quelque m.v uière du sein de son Père pour créer le
VER
monde; mais, encore une fois, cetle émanalion n'a rien de commun avec la généraiion éternelle du Verbe, de laquelle les Pères n'ont pis parlé aussi fréquemment, parce que l'on n'en disputait .pas pour lors. Quelques-uns même des Pères , en parlicu'ier Terlullicn , ont rejeté le terme de probole, parce qu'ils craignaient qu'on ne l'entendît dans le môme sens que les valenliniens entendaient l'émanation de leurs éons : ceux-ci sortaient de Dieu et en demeuraient séparés, on ne pouvait les envisager que comme une portion détachée de la substance divine; au lieu que le Verbe, en se manifestant au dehors par la création, est demeuré intimement uni à son Père, suivant ces paroles : Je suis dans mon Père, et mon Père est en moi. Le Fils unique qui est dans le sein du Père, etc. Les docteurs de l'Eglise ont-ils encore pris le sens de ces paroles dans le nouveau platonisme ou dans la philosophie orientale?
Nous ne devons donc pas être émus de quelque ressemblance qui se trouve entre les expressions de ces Pères et celles des nouveaux platoniciens : elle était affectée de la part de ces derniers. De l'aveu de nos adversaires, ceux-ci étaient des fourbes qui défiguraient la doctrine de Platon , qui lui prêtaient des opinions qu'il n'eut jamais, aOn de persuader que celte doctrine était la môme que celle du christianisme, et que Platon avait aussi bien connu la vérité que Jésus-Christ. Quelques-uns poussèrent l'imposture jusqu'à prétendre que Platon avait admis la création , malgré l'évidence du contraire. Ce ne sont donc pas les Pères qui ont emprunté le langage des nouveaux platoniciens; ce sont ceux-ci qui ont copié malicieusement celui des Pères. Saint Clément «le Home, saint Ignace, saint Polvcarpe, saint Justin, Tatien, Athénagore, saint lrénée, saint Théophile d'Antioche , etc., étaient plus anciens qu'Ammouius que l'on nous donne pour auteur du nouveau platonisme. La supercherie descsdisciplesest postérieure au lempsauquel Clémentd'AIexandrieet Origène enseignèrent dans celte éco'e; si elle «ivait déjà subsisté de leur temps, tous deux l'auraient déjà démasquée et confondue. De mémo qu'Origène a réfuté Celse toutes les fois que ce philosophe a voulu comparer la doctrine de Platon avec celle des auteurs sacres, il aurait aussi réfuté Ammonius s'il avait commis la même infidélité de laqui Ile ses disciples se rendirent coupables dans la suite. — C'en est une Irès-évidente, de la part des critiques protestants , de confondre les époques, de supposer sans preuve que la philosophie des Alexandrins était la même, sous Clémenl et sous Oiigène , qu'elle a été depuis enire les mains de Plot in, de Porphyre-, de Jamblique, etc., tous païens entêtés et fourbes, dont le témoignage ne mérite aucune croyance. Voy. î*xlëct;ques.
VERGtë. Dans l'Ecriture sainic ce mot a différentes significations : il désigne une branche d'arbre, Gen. c. xxx, v. kl ; un bâton de voyageur, Luc. , »x ; la houlette d'un pasleur, Ps. xxn, v. k ; les instruments
dont Dieu se sert pour châtier les hommes, Ps. lxxxviii, v. 32. II signifie un sceptre, qui est le symbole de l'autorité , Eslh., c. v, v. 2; un rejeton, le dernier enfant d'une famille, Jsaï., c. xi, v. 2; les restes ou les derniers descendants d'une nation, Ps. lxxiii, v. 2. Par les circonstances dans lesquelles ce mot est employé, on en voit aisément le vrai sens.
VÉRITÉ. Lorsque l'Ecriture sainte se sert de ce terme à l'égard de Dieu, il signifie non seulement sa véracité, perfection en vertu de laquelle Dieu ne peut ni se tromper luimême ni induire les hommes en erreur, mais la fidélité et l'exactitude infaillible avec laquelle Dieu accomplit ses promesses. C'est dans ce sens qu'elle répète si souvent que la miséricorde et la vérité de Dieu sont éternelles, que nous devons y compter pour ce monde et pour l'autre; ordinairement les deux attributs sont joints ensemble. Vérité signifie aussi la justice ; lorsque le Psalmiste dit à Dieu : Voire loi est la vérité; tous vos préceptes, toutes vos voies, tous vos jugements sont la vérité, cela veut dire que tous les commandements de Dieu sont justes et avantageux à l'homme, que nous trouvons notre bonheur à les accomplir. Quand il est dit, Joan., c. i, que le Verbe divin est rempli de grâce et de vérité, que la grâce et la véritéoni été apportées par Jésus-Chris-l, cela ne signifie pas seulement qu'il est venu enseigner aux hommes les vérités qu'ils ignoraient, mais qu'il est venu accomplir toutes les promesses que Dieu avait faites, et répandre les grâces que les prophètes avaient annoncées. De même, quand il dit : Je suis la voie, la vérité, et la vie, cela signifie, c'est moi qui montre aux hommes le chemin du salut, qui leur enseigne les vérités qu'ils ont besoin de connaître, qui leur donne la vie de l'âme et les conduis à la vie éternelle. En parlant des hommes, la vérité désigne quelquefois la fidélité à observer la loi de Dieu, les actes d'une vertu sincère, surtout de justice, de charité, de miséricorde, de piété, etc. Joan., c. m, v. 21 : Celui qui suit la vérité vient à la lumière, etc.
Lorsqu'il s'agit d'un des livres saints, il fautdislinguer la vérité des faitsqu'il contient d'avec l'authenticité du livre ou de l'histoire. L'Evangile de saint Matthieu, par exemple, pourrait être vrai dans tout ce qu'il rapporte, sans être authentique, sans avoir été écrit par cet apôtre ; il suflirait qu'il eût été écrit par un autre témoin bien instruit des actions et de la doctrine de Jésus-Christ; mais il ne peut pas être authentique sans être vrai, parce qu'un témoin tel que cet apôtre n'a pas pu se tromper sur les faits qu'il rapporte ; il n'a pu avoir d'ailleurs aucun intérêt d'en imposer; et s'il avait voulu le faire, il ne pouvait manquer d'être contredit par d'autres témoins aussi bien informés que lui. Voy.
AUTUENTICITÉ.
VÉRONIQUE, terme formé de vera icon, vraie image. C'est la représentation de la face de Noire-Seigneur, empreinte sur un linge ou un mouchoir que l'on garde à Saint-
VKR
VER
tour
Pierre de Home. Quelques-uns croient que ce linge est le suaire qui fut mis sur le visage de Jésus-Christ dans le sépulcre , et dont il est fait mention Joan., c. xx, v. 7. D'autres se sont prrsuadé, mais sans aucune preuve, que c'est le mouchoir avec lequel une sainte femme de Jérusalem essuya le vi»age du Sauveur, lorsqu'il allait au Calcaire chargé de sa croix. Cette opinion populaire a pu venir de ce que les peintres ont souvent représenté la véronique, ou la vraie image, soutenue par les mains d'un ange, et d'autres par les mains d'une femme. Quoi qu'il en soit, le premier monument dans lequel il est parlé de cette image est un cérémonial dressé l'an 1143 par Benoît, chanoine de Saint-Pierre de Home, et dédié au pape Celestin H, que le père Manillon a publiédansson MusœumItalicum,L II, p. 122; mais il en est fait mention dans les lettres ou dans les bulles de plusieurs papes postérieurs. On ne sait pas en quel temps l'on a commencé à l'honorer.
11 n'est pas nécessaire d'avertir qu'en rendant un culte à celte image, nous avons intention d'honorer le Sauveur lui-même, dont elle nous rappelle le souvenir. Il en est de u.ême de celui que l'on rend à la sainte face qui se garde dans la cathédrale de Lucques, aux saints suaires de Turin, de Besançon et de Cologne, et à d'autres représentations semblables. Les messes, les offices, les prières qui ont été composées à ce sujet, ont pour objet Jésus-Chrisl, et nous retracent la mémoire de ses souffrances; elles n'ont aucun rapport à la prétendue sainte femme de Jérusalem, nommée Véronique, que l'iîglise n'a jamais reconnue, liais il y a eu une sainte religieusede ce nom à Milan, dans le xvc siècle. Voy. Fies des Pères et des Martijrs, t. I, p. 221.
VERSCHORISTES.Lo*/. Hattém stbs.
VERSET DE L'ECRITURE SAINTE. Voy.
Concoudvnck.
VERSION DE L'ÉCRITURE SAINTE. C'est la traduction du texte dans une autre langue. De tout temps il a été très-difficile de donner du texte hébreu de l'Ancien Testament une version parfaite, qui ne s'écartât jamais du sens de l'original, qui rendît exactement la valeur de tous les termes. Le traducteur grec du livre de YL'cclésiasiif/ue l'a remarqué dans son prologue; l'imperfection de la version des Septante, faite par les Juifs les plus instruits qu'il y eût pour lors, confirme celte observation, et l'on peut en donnerplusieurs raisons. 1* L'hébreu, langue la plus ancienne dans laquelle il y ait des monuments, est une langue pauvre eu comparaison de celles qui onl clé parlées par des peuples civilisés , instruits, exercés dans les sciences et lesarls; nous l'avons remarqué en son lieu. Les métaphores y sont donc très fréquentes; il n'est pas toujours aisé de voir si une expression est simple ou emphatique, s'il faul l'entendre dans le sens littéral ou dans un sens figuré. 2° Lor->que l'on a commencé de traduire les livres hébreux, celle langue n'était plus vivante depuis plusieurs sièc'es, ni parlée par les Juifs dans son ancienne pu-
reté; il s'y était glissé des terrées rhaldéens el syriaques, plusieurs mots pouvaient avoir changé de signification ; c'est ce qui est arrivé a toutes les langues, par le mélange des peuples et par le changement de prononciation. Il aurait fallu que le traducteur eût une connaissance parfaite, non-seulement des deux langues , dont l'une devait être l'interprète de l'autre, mais encore de la littérature orientale : un tel homme était difficile à trouver, soit chez les Juifs, soit chez les autres nations. 3 Les livres de Moïse traitent d'une infinité de matières différentes de théologie , de géographie , de physique, d'hisloire naturelle el civile; il y a des détails de mœurs, d'arts, de lois, de cérémonies, des remarques sur les nations voisines de la Palestine, des allusions à leurs usages, des descriptions de lieux qui avaient changé de face.de peuples qui n'existaient plus, ou qui étaient devenus méconnaissables. Moïse avait vu ce qu'il racontait, ou il le tenait de témoins bien instruits ; il aurait fallu avoir des connaissances aussi étendues que les siennes pour rendre parfaitement ses idées dans une langue différente. 4° Dans les siècles dont nous parlons, les sciences n'étaient pas aus^i cultivées qu'elles le sont, ni les sources d'érudition au^si abondantes; on n'avait pas réduit l'élude des langues en méthode ; on n'avait ni dictionnaire, ni grammaire, ni concordance; on n'avail pas comparé les langues ; il était rare de troufer un homme qui en eût appris plusieurs. Les peuples se connaissaient moins ; on faisait moins d'attention aux idées, aux mœurs, aux opinions des différentes nations. Les Juifs avaient éprouvé des révolutions terribles, ils étaient devenus très-différents de ce qu'ils avaient été sous Moïse, sous les juges et sous les rois. Saint Jérôme avait senti la nécessité d'élre sur les lieux, de connaître la Palestine et les environs pour traduire exactement les livres saints ; il y donna lous ses soins , il a dû réussir mieux qu'un autre. Mais il eut besoin des Juifs pour apprendre l'hébreu ; ses maîtres de langue n'avaient ni autant de génie ni autant de connaissances que lui : il ne s'est pas flatté d'avoir atteint le dernier degré de la perfection, mais il a fait tout ce qu'il était possible de faire dans son siècle. Les crilitiques protestants, qui ont affeelé de le censurer et de déprimer ses travaux, n'en savaient pas assez pour les apprécier ; ils ont voulu cacher par des traits d'ingralilude les obligations qu'ils lui avaient ; sa version esl incontestablement la meilleure de toute* celles qui ont paru. Voy. Vulgate. Le lexlo grec du Nouveau Testament n'est pas non plus sans difficultés ; c'est un mélange d'héllénismes el d hébraïsmes, mais ils n'y sont pas eu aussi grand nombre que des litiérateurs demi-savants l'ont prétendu. Voy.
Hellénistique. Le grec et l'hébreu, ou 1« syriaque , tels qu'on les parlait dam la Judée du temps des apôtres, n'étaient purs ni l'un ni l'autre ; dans leurs écrits, plusieurs termes grecs n'ont pas exactement la même
VER
signification que chez les auteurs profanes. Il fallait exprimer des idées qui n'étaient jamais venues dans l'esprit des hommes avant Jésus-Christ, leur apprendre une doctrine et des vérités inconnues jusqu'alors ; les apôlres ne pouvaient se servir que des mots communément usités dans le discours ordinaire. Quoique je sois, dit saint Paul , ignorant dans les (inesses du langage , je ne le suis point dans la science que j'enseigne, et je me suis fait entendre de vous en toutes choses {Il Cor. xi , 6).
Conclurons-nous de ces réflexions que le texte de l'Ecriture est donc inintelligible, qu'il est impossible d'en avoir une bonne version? Cela serait vrai, si nous n'avions point d'autres secours que ce texte. Mais, en fait de dogmes, les Juifs avaient conservé le sens de leurs livres par tradition; l'Eglise chrétienne est dans un cas encore plus favorable. Les apôtres ont insîruit les fidèles de vive voix, aussi bien que par écrit; ils ont formé non-seulement des disciples et une école, mais des sociétés nombreuses, qui n'ont jamais cessé de lire leurs écrits, et qui, en matière de croyance et de morale, ont toujours été d'accord sur le sens qu'il fallait y donner : ce sens une fois fixé par la croyance uniforme de ces églises souvent très-éloignées l'une de l'autre, par l'enseignement public qui y régnait, par le témoignage des Pères qui en étaient les pasteurs, quelquefois par les décisions des conciles, par les pratiques du culîe qui y étaient relatives, est d'une tout autre certitude que lorsqu'il est seulement fondé sur l'opinion des grammairiens et des critiques, à laquelle les protestants trouvent bon de s'en rapporter. C'est denc à l'Eglise de nous garantir la fidélité d'une version qu'elle nous met entre les mains, et d'interdire à ses enfants la lecture de celles qui sont capables de corrompre leur foi. C'est encore à elle de juger des circonstances d :ns lesquelles elle doit permettre ou défendre aux simples fidèles l'usage des versions en langue vulgaire. Jamais elle n'a interdit à ceux qui entendent le latin la lecture de la Vulgate ou de la version latine usitée dans tout l'Occident; mais elle a réprouvé les versions faites dans celle môme langue par des écrivains sans aveu, ou justement suspects d'hétérodoxie. Elle n'a jamais trouvé mauvais que des fidèles dociles à ses leçons, prêts à recevoir d'elle l'intelligence de l'Ecriture, la lussent en langue vulgaire; mais lorsque de faux docteurs, révoilés contre l'Eglise, ont voulu infecter ses enfants par des versions dans lesquelles ils avaient glissé le venin de leurs erreurs, elle a employé avec raison son autorité pour empêcher cet abus et écarter tout danger de séduction.
Quelques protcslanis , quoique très-prévenus d'ailleurs contre elle, ont é'é forcés d'approuver sa conduite. Ils sont convenus que la lecture du Cantique de Salomon, de plusieurs chapitres du prophète Ezéi hieî, de plusieurs traits d'histoire trop naïfs selon nos mœurs, des Enîlres de saint Paul où il
traite de la prédestination et de la grâce, pouvait être dangereuse à un très-grand nombre de personnes, et il suffit d'ouvrir les versions françaises publiées d'abord par les protestants, pour s'en convaincre. Après la naissance de la prétendue réforme en Angleterre, on fut obligé pendant un temps d'ôler au peuple les traductions de l'Ecriture en langue vulgaire, à cause des disputes et du fanatisme auquel cette lecture avait donné lieu; D. Hume, Hist. de In Maison de Tudor, Tom. Il, pag. 426. Ce n'est pas le seul pays de l'Europe où le mémo phénomène soit arrivé. Mo heim a fait une dissertation pour montrer 1ns excès dans lesquels sont tombés une infinité de traducteurs et de commentateurs protestants, sous prétexte d'expliquer l'Ecriture sainte, Syntagma Dissert, fia sanctiores disciplinas pertinentium, pag. 160. D'autres ont tourné en ridicule les bibliomanes qui, avec une Bible à la main, prétendaient prouver tous les rêves qui leur étaient venus à l'esprit : quelques-uns enfin sont convenus que la licence accordée aux ignorants de lire le texte sacré dans leur langue, avait été un des principaux pièges dont les réformateurs s'étaient servis pour réduire le peuple et l'entraîner dans leur parti : Epîlre de R. Steele au pape Clément XI, pag. 20 et 21. Tertullien avait déjà remarqué le même artifice chez les hérétiques du ine sièc'e, De Prœscript. hœret., c. 15.
Malgré ces faits, toutes les sectes proiestantes s'obstinent toujours à soutenir que l'Ecriture est la seule règle de notre foi; que tout fidèle doit la lire pour être solidement instruit de la doctrine chrétienne ; que l'Eglise catholique se rend coupable d'injustice et de cruauté, en ne permettant pas à tous indistinctement de lire la Cible traduite en langue vulgaire. Y a-l-il du bon sens dans celte prétention? 1° Conformément à leur principe, c'est à eux de nous prouver, par des passages clairs et formels de l'Ecriture, cette obligation prétendue imposée à tous les fidèles, et la loi qui ordonne aux pasteurs de leur fournir les moyens d'y satisfaire. Souvent on les a défiés d'en citer aucun, ils ne sont pas venus à bout d'en trouver, parce qu'il n'y en a point. Nous verrons que ceux qu'ils allèguent ne disent point ce qu'ils prétendent, que plusieurs prouvent le contraire. — 2° Aux mots Ecriture sainte et Tradition, nous avons fait voir que la lecture des livres saints n'est point le moyen dont les apôlres et leurs successeurs se sont servis pour établir le christianisme. U y a eu des Eglises fondées et subsistantes longtemps avant qu'elles pussent avoir aucune partie de l'Ecriture traduite dans leur langue, avant même que tous les écrits du Nouveau Testament fussent publiés, cl il y a eu plusieurs nations chrétiennes desquelles on ne peut pas prouver qu'elles aient aucune version de ces livres en langue vulgaire. Sur la tin du u' siècle , saint Iréaée attestait qu'il y avait chez les barbares plusieurs églises
YLR
Mil
ICI i
qui n'avaient encore point reçu d'Ecriture, niais qui conservaient fidèlement la doctrine chrétienne, et gardaient exactement la tradition qu'elles avaient reçue des apôtres; eu ni", Tertullien ne voulait pas seulement que l'on admit les hérétiques à prouver leur doctrine par l'Ecriture. Avant le v siècle, nous ne voyons aucun vestige de versions de la Bible, même du Nouveau Testament on langue punique ou africaine, en espagnol, en celte, en illvrien, on scythe ou en lariare, etc. Cependant nous sommes certains par des témoignages positifs qu'au iv* siècle il y avait des églises établies chez ces différentes nations. Dans ces temps-là peu de personnes avaient l'usage des lettres, les livres étaient rares et chers; les peuples n'avaient point d'autre moyen d'instruction que les leçons de leurs pasteurs ; ils n'eu étaient pas pour cela moins attachés à leur croyance, ni moins réglés dans leurs mœurs. Jésus-Christ avait ordonné de prêcher l'Evangile à toutes les nations, saint Paul se croyait également redevable aux Grecs et aux barbares ; il leur devait donc procurer à tous des versions de la Bib'e dans leur langue, si cela était nécessaire. Avant de travailler à la conversion des Chinois, des Indiens, des nègres, des Lapons, des sauvages de l'Amérique, faut-il commencer par leur apprendre à lire, et par leur donner une version de la Bible? — 3° Tour qu'un chrétien puisse fonder sa croyance <ur l'Ecriture seule, il faut qu'il soit assuré qu'un livre, qu'on lui donne pour sacré et inspiré, est authentique et non supposé ou interpolé ; (jue la version qu'il en a est fidèle, et qu'il eu prend le vrai sens : or, il est impossible qu'un prolestant du commun soit certain d'aucune de ces tro's choses. 11 n'est pas en clat de décider les contestations qui régnent entre l.s différentes sociétés chrétiennes louchant le nombre des livres saints: il ne sait pas si dans quelqu'un de ceux qui sont rejetés dans sa secte, il n'y a pas des passages contraires à ceux sur lesquels il se fonde. 11 ne peut être assuré de la fidélité de sa version, pendant que plusieurs autres sectes soutiennent qu'elle est fausse en plu- Heurs endroits, et il ne saurait la vérifier sur le texte, qu'il n'entend pas. il peut encore moins se convaincre qu'il en prend le vrai sens, ma'gré la réclamation des autres sociétés protestantes qui t'expliquent autrement. On peut voir dans les frères Wallembourg vingt ou trente exemples de passages, au différemment écrits dans le texte, ou différemment traduits, ou évidemment altérés dans la multitude des versions faites en langups vulgaires par les protestants. Un chrétien du commun ne préfère l'une à l'autre que parce qu'on le veut ainsi dans la secte dont il est membre. Est-ce là un fondement de foi fort solide ? — On nous répond gravement que toutes ces sociétés s'accordent sur les articles fondamentaux. En premier lieu, cela est faux : les sociniens en nient plusieurs, de l'aveu des protestants; leurs principes cependant et leurs méthodes
sont les mêmes. En second lieu, un simple particulier est incapable de distinguer et de savoir si un article est fondamental ou non. En troisième lieu, nous soutenons que toute vérité révélée de Dieu est fondamentale dans ce sens, qu'il n'est pas permis d'en douter ou de la nier dès que la révélation est suffisamment connue. Nous dira-t-on qu'elle ne, l'est pas, puisque l'on en dispute? Dans ce cas, c'est l'opiniâtreté des hérétiques qui décide si une vérité est fondamentale ou non. — 4.° Il est constant que dans le fa t et dans la pratique aucun prolestant ne fonde sa croyance sur la seule autorité de l'Ecriture sainte. Avant de la lire, il a été prévenu par les instructions de ses parents, par les catéchismes, par les sermons des pasteurs, par le langage uniforme de la société dont il est membre, et il ne voit que la version qui y est en usage. Ainsi un calviniste, un luthérien, un anglican, un anabaptiste, un socinien, sanl disposés d'avance à voir dans l'Ecriture le sens dont ils ont été imbus dès l'enfance; leurs préjugés leur tiennent lieu de l'inspiration du Saint-Esprit. Chaquo version porte l'empreinte de la secte pour laquelle elle a été faite. Si un homme s'écartait de cette tradition , il serait regardé comme hérétique. Ceux qui ont suivi leur esprit particulier, et qui ont eu assez de talent pour faire des prosélytes, ont enfanté cette multitude de sectes fanatiques qui ont déchiré le sein du protestantisme, et qui font la honte de la prétendue réforme. Cependant ils n'ont fait qu'en suivre le principe fondamental, savoir: que l'Ecriture seule est la règle de la foi d'un chrétien, et qu'il doit croire tout ce qui lui p irait y être clairement révélé. — Nous avons donné ailleurs plusieurs autres preuves de la fausseté et des pernicieuses conséquences de cette méthode.
A la fin du recueil de leurs confessions de foi, les protestants ont rassemblé au moins soixante passages de l'Ecriture pour relayer; mais leur choix n'a pas été heureux; il n'y en a pas un seul qui ordonne de s'en tenir à l'Ecriture seule, c'est cependant ce qu'il était question de prouver; et il y en a plusieurs qui enseignent le contraire. Rom., c. x, v. 17, saint Paul dit : la foi vient de l'ouïe, et l'ouie vient par la parole de Jésus ■ Christ ; mais je dis : Ne Va-t-on pas entendue? assurément la voix des prédicateurs s'est portée par toute la terre, et leur parole est allée aux extrémités du monde. S'il était question là de la parole écrite, l'Apôtre aurait dit : la foi vient de la lecture; mais non, i! est bien certain que dans ce temps-là l'Ecriture n'avait pas été portée aux extrémités du monde; il y avait au moins la moitié du Nouveau Testament qui n'était pas encore écrite. Mais les protestants n'y ont pas regardé de si près. — I Cor., c. iv. v. G, saint Paul reprend les Corinthiens do ce qu'ils s'attachaient par [référence à l'un ou à l'autre de leurs docteurs, et il ajoute : J'ai transporté à cause de vous toutes ces choses à ma personne et à celle fT A polio, afin
VER
YKR
IflM
^ue vous appreniez par notre exemple à ne point vous élever l'un au-dessus de l'autre pour autrui et plus qu'il n'est écrit. De ces dernières paroles, les protestants concluent qu'il ne faut pas vouloir en savoir plus que ce qui est enseigné dans l'Ecriture sainte. Mais il suffit de lire les chapitres précédents, pour se convaincre que par ces mots saint Paul veul désigner sept à huit passages de l'Ancien Testament qu'il a cités, et qui tendent tous à rabaisser l'orgueil humain. Il n'est point question là de curiosité téméraire en fait de doctrine, mais de la vanité que Ton veut tirer du mérite des maîtres par lesquels on a été instruit. Si les prolestants faisaient un peu de réflexion, ils verraient qu'ils ont péché par le même vice que les Corinthiens, et que la réprimande de saint Paul tombe directement sur eux. L'un s'est attaché à Luther, l'autre à Carlosladt ou à Mélanchthon, celui-ci à Calvin, celui-là à Muncer ou à Socin. Ils se sont enorgueillis de la capacité supérieure de leurs docteurs; ils ont prétendu que ces hommes nouveaux en savaient plus que tous les Pères et les pasteurs de l'Eglise. — Saint Pierre, Epist . I, c in, v. 15, dit aux fidèles : Soyez toujours prêts à satisfaire quiconque vous demande raison de votre espérance, mais avec modestie, avec respect et en bonne conscience. Autre leçon très-mal suivie par les protestants. Saint Pierre ne dit point qu'il faut rendre raison de noire espérance par l'Ecriture seule; mais les protestants font cette addition de leur chef. De quoi auraient servi des preuves tirées de l'Ecrilure, contre des gentils qui n'y croyaient pas? Les premiers chrétiens en avaient de plus convenables, savoir, les carac'ères surnaturels de la mission divine de Jésus-Christ et des apôtres. Mais les prolestants ne veulent point de mission; sans modestie, sans respect pour ceux qui en étaient revêtus, ils se sont crus plus habiles qu'eux, ils ont eu si peu de bonne conscience, qu'ils ont travesti et défiguré toute la doctrine catholique , pour avoir un moyen plus aisé de la réfuter.
Cependant ils triomphent sur deux ou trois passages, et ils ne cessent de les répéter, Joan.,c. v, v.39, Jésus-Christ dit aux Juifs: ArpROFONDissEz les Ecritures, puisque vous croyez y trouver la vie éternelle; ce sont elles qui rendent témoignage de moi. Act. xvn. 11, il est dit que les principaux Juifs de Bérée, après avoir écouté saint Paul, approfondissaient tous les jours les Ecritures, pourvoir si ce qu'il leur avait dit était vrai. Donc, pour savoir si une doctrine est vraie ou fausse, il faut consulter l'Ecriture, et rien de plu*. Celle conséquence est-elle juste ? 1° Ces deux passages regardent les docteurs juifs, les principaux Juifs, et non le peuple; le lexle y est formel. Chez les Juifs, non plus que chez les protestants, le peuple n'était pas capable A' approfondir les Ecritures. Jésus -Christ parlait différemment au peuple, Matlh.f c. xxin, v. 2 : Les scribes et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse, observez donc et faites tout ce qu' 'ils vous diront ;
mais ne suivez pas leur exemple, car ils ne font pas ce qu'ils disent. 2° Dans l'endroit cité de saint Jean, le Sauveur en appelle aussi au témoignage de ses œuvres ou de ses miracles ; il est évident qu'en les comparant avec les prédictions des prophètes, on devait se convaincre qu'il était véritablement le Messie ou le Fils de Dieu, c'est la seule chose dont il s'agissait pour lors : de la divinité de ses œuvres et de sa mission, s'ensuivait la vérité de sa doctrine. 3° L'examen des Ecritures ne produisit pas on heureux effet sur les Juifs, il n'aboutit qu'à leur faire méconnaître Jésus-Christ. A leur tour, ils disaient à Nieodème : Approfondis les Ecritures, et vois qu'un prophète ne vient point de Galilée (Joan., c. vu, v. 52). 4° Les protestants ont fait comme les Juifs, et nous leur répétons hardiment la leçon du Sauveur : Approfondissez les Ecritures ; ne vous conteniez pas d'en citer des passages au hasard ; examinez ce qui précède, ee qui suit, les circonstances et le sujet dont il est question, vous verrez que vous les entendez mal.
Jésus-Christ, disent-ils, a souvent reproché aux Juifs qu'ils négligeaient, qu'ils violaient, qu'ils annulaient la loi de Dieu par leurs traditions ; cela est vrai, il ne reste plus qu'à prouver que l'Eglise catholique a fait de même,queson enseignementeonstant, public et uniforme, est une tradition aussi mal fondée que celle des Juifs. De notre côté nous prouvons que, pour pervertir le sens de l'Ecriture et de la loi de Dieu, les prolestants ne sont fondés que sur la tradition particulière de leur secte, et qu'ils la suivent plus aveuglément que nous ne suivons la tradition constante et universelle de l'Eglise. Dieu, continuent-ils, avait défendu de rien ajouter à sa loi, ni d'en rien retrancher; nous en convenons encore. S'ensuit-il de là que Jésus- Christ, les apôtres, les pasteurs revêtus d'une autorité légitime, n'ont rien pu, ajouter au judaïsme? C'est ce que prétendent les Juifs, et c'est une des principales raisons qu'ils allèguent pour ne pas croire en Jésus-Christ. Nous avons fait voir ailleurs que les protestants ont fait de nouvelles lois de discipline dont ils exigent rigoureusement l'observation , qu'ils pratiquent des usages qui ne sont point commandés dans le Nouveau Testament, et qu'ils en omettent d'aulres qui semblent y être ordonnés.
Ils ne raisonnent pas mieux en cilanl les passages dans lesquels saint Paul recommande à 'file et à Timolhée l'élude des saintes Ecritures. Tout le monde convient que c'est un devoir essentiel pour les évêques, pour les prêtres, pour tous ceux qui sont chargés d'enseigner ; mais il est ridicule d'imposer la même obligation aux simples fidèles. Vu la quantité de livres d'instruction, de morale, de piété, dans lesquels le texte de l'Ecriture est explique et mis à la portée de tout le monde, aucun chrétien ne peut avoir absolument besoin de lire ce lexle même. Quand il s'y obsline, on peul lui demander, comme saint Philippe à l'eunuque
VER
VKR
do la reine Candacc, ,4c/., c. vin, v. 30 : Croyez-vous entendre ce qie vous lisez ? S'il est sincère, il répondra comme ce bon prosélyte : Comment le puis-je, si personne ne me iexpli /ne? Les protestants font aussi bien que nous des livres de morale et de piété, des sermons, des commentaires sur l'Ecriture ; nous pouvons donc leur demander à quel litre ils prétendent mieux expliquer la parole de Dieu que les auteurs inspirés; comment osent-ils mettre leur propre parole à la place de celle de Dieu? Puisqu'ils font ce reproche aux pasteurs catholiques, c'est à eux d'y satisfaire les premiers. Enfin il ne sert à rien de répélerles passages dans lesquels Dieu ordonne aux Juifs de méditer continuellement sa loi, de l'avoir toujours présente à l'esprit et sous les yeux. Les Juifs ne pouvaient l'apprendre que dans les livres de Moïse, ils n'en avaient point d'autre pour lors. Mais leur a-l-il été ordonné quelque part de lire tous les livres de l'Ancien Testament écris dans la suite? Il est étonnant que les protestants, qui ont réduit les vérités de la foi presqu'à rien, exigent des ( hrétiens tant de lecture pour les apprendre.
Aux mots Bible, Grecs, Paraphrase, Samaritain, Septante, Vulgate, nous avons parlé des traductions de l'L'cnlure faites dans des langues anciennes ; il nous reste à donner une courte notice des versions vulgaires, ou écrites dans nos langues modernes. Luther est le premier qui ait donné une version de la Bible en allemand, faite sur l'hébreu ; mais plusieurs de ses amis lui reprochèrent son ignorance en fait de langue hébraïque, et jugèrent sa version trèsfautive. Munster, Léon de Juda, Caslalion, Luc et André Osiander, Junius, Trémellius, etc., prétendirent mieux entendre l'hébreu que Luther. Cependant il n'est aucune de leurs versions, soit en latin, soit dans une autre langue, dans laquelle on n'ait trouvé de grandes fautes qu'il a fallu corriger dans la suite ; il en est de même des versions latines du Nouveau Testament composées par Erasme et par Bèze. D'ailleurs, si l'on se persuadait que tous ces prétendus hébraïsants n'ont tiré aucun secours des travaux d'Origène et de saint Jérôme, ni des notes et des commentaires des do< leurs catholiques, on se tromperait beaucoup. Ils s'en sont peut-être vantés, ils ont déprimé tant qu'ils ont pu les ouvrages dont ils profilaient ; celte charlatanerie des écrivains est connue de lout lemps, les hommes instruits n'en sont plus les dupes. Gaspard Ulemherg mit au jour une nouvelle version allemande pour les catholiques, à Cologne, en 1630. — Le» Anglais avaient une version de l'Ecriture en anglo-saxon dès le commencement du vui* siècle. Il n'y a guère d'apparence qu'elle ail été faite sur le grec ni sur l'hébreu; il est beaucoup plus probable qu'elle fut f.iiic sur la Vulgate. Wiclef en fil une seconde, ensuite Tnidal et Cowerdal en 1520 et 1530. Depuis ce lemps-ià les Anglais n'ont pas Cessé de faire des corrections à la Bi'le an-
glaise.— La plus ancienne traduction de l'Krriture en français est celle de (îuiars-.des- Moulins, chanoine en 1394; elle fut imprimée en 1 V98. Raoul de Preslea et plusieurs anonymes en donnèrent d'autres. Le langage sans doute en était grossier et barbare, mais nous ne voyons pas qu'elles aient essuyé aucune censure. Celles qui ont été failes à la naissance de la réforme n'étaient guère plus élégantes ; la lecture n'en est plus supportable aujourd'hui. Tel est l'inconvénient attaché à toutes les versions en langue vulgaire, il faut y loucher continuellement à mesure que le langage reçoit des changements ; au lieu que la Vulgnte latine est la même depuis plus de douze cents ans : on n'y a louché que pour corriger les fautes des copistes. — Nous ne voyons pas en quoi la version des Psaumes faite par Marol, et devenue barbare, peut contribuer chez les calvinistes à l'intelligence des psaumes, ni eu quoi il est utile à la piété «le tutoyer Dieu en français. — Abraham Usque, juif portugais, fit sur le texte hébreu une version espagnole, qui fut imprimée à Ferrare en 1553. Elle est à peu près inintelligible, parce qu'elle répond à l'hébreu mot pour mot, el qu'elle est écrite en vieux espagnol que l'on ne parlait que dans les synagogues ; on l'accuse d'ailleurs d'être infidèle.— La première version italienne est de Nicolas Malhermi, faite sur la Vulgate, et mise au jour eu 1471. Dans les siècles précédents, le latin était la langue vulgaire de l'Italie, il ne s'y est altéré que par le mélange des étrangers. — Les Danois curent une traduction de l'Ecrilure dans leur langue en 1524 ; ce fut l'ouvrage d'un luthérien nommé Jean Michelsen, bourgmestre de Malmœ, et l'un des moyens dont se senit Christiern II pour introduire le luthéranisme dans ses états. Celle des Suédois fut faite par Laurent Pélri, archevêque d'TJpsal, et parut à Holm en 1646. Au mot Bible, nous avons parlé de la Bible des Busses ou Moscovites.
Ceux qui veulent connaître à fond tout ce qui concerne les versions de l'Ecriture peuvent consulter le B. Elias Lévita ; saint Epiphane, de Ponderib. et Mensuris ; les Commentaires de saint Jérôme; Antoine Caraffa, dans sa Préface de la Bible grecque de Home ; Korlhol, de variis Bib'ior. edit.; Lambert Bos, dans les Prolég. de son édition des Septante. Parmi les Français, le père Morin, Exerc. Biblicœ; Dupin, Biblioth. des au tcurs ecclés.; Richard Simon, Ilist. crit. du Vieux et du Nouveau Testament; la Bibliothèque sacrée au P. Lelong ; Calmet, Dict. de la Bible, etc. Chez les Anglais, Ussérius, Pocok, Pearson, Prideaux, Crabe, Wower, de Crcec. et Latin. Biblior. interpret. ; Mill. in I\' or. Test.; les Prolégomènes de Wallon, Hodius, de texlib. Biblior., etc.— A la téie du XVIIIe vol. de V Histoire de l'Eglise gallicane, il y a un discours sur l'usage des saintes Ecritures, dans lequel on fait voir les pernicieux effets que produisirent au xvi' siècle les version» eu langage vulgaire, coin-
YEK
VER
lr-20
posées par dos hérétiques ou par dos écrivains suspects d'hétérodoxie, et la sagesse des mesures que l'on prit pour lors afin d'arrêter les progrès du fanatisme que la lecture de ces versions allumait dons tous les esprits. Les protestants n'affectaient de les répandre, que parce qu'ils voyaient que c'était un ries moyens les plus efficaces pour séduire les ignorants.
VERTU. Ce mot, dans sa signification littérale, signifie la force; c'est pour cela que l'Ecriture, en parlant de Dieu, appelle vertus les actes de la puissance, les miracles. Saint Paul, Rom., c. 1, v. 16, dit que l'Evangile est la vertu de Dieu pourlesalui de tout croyant, parce que Dieu n'a jamais fait éclater davantage sa puissance que dans rétablissement de l'Evangile. Dans l'homme la vertu est la force de l'âme ; il faut de la force pour faire le bien, à cause dos passions qui nous maîtrisent cl nous portent continuellement au mal; toute action louable qui exige un effort de notre part est un acte de vertu.
Nous avons fait voir ailleurs que s'il n'y avait pas une loi naturelle qui nous est imposée par le Créateur, le mot vertu serait vide de sens. Il n'y aurait plus aucun molif constant et solide qui pût nous engager à faire le bien malgré l'impulsion de nos mauvais penchants. Il n'est pas besoin de force pour faire une action utile à nos semblables par le motif de no're intérêt présent, ou d'un avantage temporel certainement prévu; c'est une affaire de calcul et rien de plus. Les philosophes qui ne veulent point reconnaître un Dieu législateur, rémunérateur et vengeur, et parient sans cesse de vertu, sont ou de mauvais raisonneurs qui ne s'entendent pas eux-mêmes, ou dos hypocrites qui veulent en imposer au\ ignorants. N'assigner d'autre motif d'être homme de bien que les avantages qui sont attachés à la vertu dans celte vie, c'est la dégrader et la confondre avec l'amour-propre. Il n'en est pas de même, quand on lui propose les récompenses éternelles de l'autre vie, il faut de la force d'âme pour les préférer aux avantages de ce monde, passagers et incertains, mais qui tentent la cupidité ; il faut croire fermement à la parole et aux promesses de Dieu, dont l'accomplissement nous paraît toujours fort éloigné ; souvent il faut braver la censure et le mépris de nos semblables, quelquefois les tourments et la mort. L'homme n'est point dégradé, mais plutôt ennobli, en aspirant au bonheur pour lequel Dieu l'a formé : il s'éiôve ainsi audessus des motifs, des craintes, des faiblesses qui dominent les autres hommes.
Ceux (jui ont décidé que la vertu doit être aimée et embrassée pour elle-même, sans aucun motif de crainte ni d'espérance pour une autre vie, étaient des charlatans qui voulaient nous séduire par des mots vides de sens ; ils supposaient que l'homme peut agir sans molif et sain raison. Jésus Christ seul a fondé la vertu sur sa vr.iie base, en lui pioposai t pour motif le désir de plaire à un Dieu juste, rémunérateur de la vertu et
vengeur du
crime. — La seule notion de la vertu suffit pneore pour démontrer l'erreur des philosophes qui ont prétendu qu'il n'y a point d'actions vertueuses que celles qui tendent directement au bien général de la sociélé et à l'avantage de nos semblables. Nous avons certainement besoin de fotee pour rendre constamment à Dieu le culte qui lui est dû, surtout lorsque la religion est méprisée et attaquée par une généralion d'hommes pervers ; nous en avons besoin pour résister à l'attrait des voluptés sensuelles, qui tourneraient enfin à noire destruction.
Dans l'ancienne Encyclopédie, au mot Société, l'on a démontré que les vices opposés, tels que l'ivrognerie, l'incontinence, l'amour excessif de tous les plaisirs, tendent directement ou indirectement à troubler la société. Il y a donc des vertus qui regardent directement Dieu, d'autres qui nous concernent immédiatement nous-mêmes, indépendamment de celles dont le motif principal est l'utilité du prochain. Parmi les premières, il en est qui ont Dieu pour objet direct et immédiat, et pour motif l'une des* perfections divines ; c'est pour cela qu'on les appelle vertus théologales : (elles sont la foi, l'espérance et la charité; toutes les autres sont appelées vertus morales. En effet, par la foi nous croyons eu Dieu, parce qu'il est la venté même; par l'espérance nou* nous confions en lui, parce qu'il est fidèle à ses promesses; par la charité nous l'aimons, parce qu'il est infiniment bon. L'objet immédiat de ces trois vertus est donc Dieu lui-même, et leur molif est l'une des perfections divines.
11 semble d'abord que la religion et l'obéissance soient aussi des vertus théologales ; mais quand on y regarde de près, on voit que les théologiens sont bien fondés à les ranger parmi les vertus morales. En effet, la religion nous porte à tous les actes, soil intérieurs, soit extérieurs, qui tendent à honorer Dieu, c'est là son objet immédiat ; son molif est l'honnêteté ou la justice qu'il y à de lui rendre nos adorations, nos respects, nos hommages. Elle ne nous engage pas seulement à honorer Dieu , mais encore à honorer pour l'amour de lui tous ceux qu'il a daigné enrichir d* ses grâces. De même l'obéissance a pour objet immédiat toute action intérieure ou extérieure que Dieu nous commande, et pour molif la juslice qu'il y a d'èlre s uimis au souverain maître duquel nous avons tout reçu, et duquel nous attendons tout; par là même nous sentons qu'il est jnsle d'obéir nonseulemcnt à D.eu, mais à tous ceux qu'il a revêtus de son autorité.
On dit que la charité ou l'amour de Dieu est la reine des vertus, parce qu'elle les commande toutes, qu'il n'est aucun acte do vertu qui ne puisse être fait par le molif de l'amour de Dieu, et parce que c'est ce motif qui donne à toutes nos actions leur mérite et leur perfection. Aussi l'obéissance à tous tes commandements de Dieu est fégar-