‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 176 sur 219 · C37 MO · texte numérisé non relu

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ciel. Ils n'ont pas vu que c'est ;iu conlraire la mort de Jésus-Christ pour tous les hommes, qui a détruit pour toujours la funeste erreur que le paganisme avait répandue chez tous les peuples. En faisant cesser toute espèce d'effusion de sang sur les autels du Seigneur, Jésus-Christ a banni pour jamais d'une grande partie de l'univers la coutume barbare d'immoler des hommes, et. dans ce sens, il a encore été le Sauveur d'un trèsgrand nombre de ces malheureuses victimes.

Saint Paul, dans sa Lettre aux Hébreux, c. ix, nous a donné de ce mystère des idées plus vraies et plus dignes de Dieu. Il observe que l'usage a élé de conliimer les alliances par un sacrifice; on attestait ainsi la présence de la Divinité, puisque l'on n'a jamais offert de sacrifice qu'à un être que l'on prenait pour un Dieu ; aussi l'Apôtre fait remarquer que l'alliance de Dieu avec les Israélites fut cimentée par l'effusion du sang des victimes, et que sous l'ancienne loi, celle effusion élait le signe et le gage de la rémission des péchés. De là il conclut qu'il était convenable que la nouvelle alliance, bien supérieure à la première, fût aussi confirmée par le sang d'une victime plus précieuse, par la mort du Fils de Dieu même. Loin de nous donner par là aucune idée de cruauté de la part de Dieu, il nous fait concevoir l'excès de sa bonté et de sa clémence. C'est Dieu qui a fait, pour ainsi dire, tous les frais du sacrifice; il n donné aux hommes son Fils unique pour victime et pour prix de leur rédemption. Mais il n'a pas voulu que cette divine hostie pérît pour toujours, il a ressuscité son Fils trois jours après sa mort, et l'a mis ainsi en possession de tous les honneurs et de tous les apanages de la Divinité; il a fait cesser toute raison de répandre du sang sur les autels.

D'autre part, les socinicns,en prenant les termes d'hostie, de victime, de sacrifice , de rédemption, dans un sens métaphorique, ont renversé toute la théologie de saint Paul. Si Jésus-Christ s'est immolé pour les hommes, dans ce sens seulement qu'il est mort pour confirmer la vérité de sa doctrine, pour leur donner l'exemple d'une parfaite soumission à Dieu, pour inspirer du courage aux martyrs, etc., quelle ressemblanco y a-t-il entre l'objet et les motifs de celle mort, et ceux de l'immolation des victimes? Des leçons, des exemples, ne sont ni un prix, ni un rachat, ni un échange, ni une expiation. Dans celle hypothèse, saint Paul a parlé un lang ige inintelligible; les juifs auxquels il l'adressait n'y ont pu rien comprendre.

Nous savons que les païens, dans les calamités publiques qu'ils regardaient comme un effet de la colèie du ciel , vouaient aux dieux une victime d'expiation. L'on cherchait dans toule la ville ou dans loule la contrée l'homme le plus laid , et on le destinait à être immolé ; on le donnait en spectacle à tout le peuple, et ou le conduisait ainsi au lieu où il devait être mis a mort. On lui mettait à la main un fromage, un morceau

de pâte et des figues; on le battait sept fois avec un faisceau de verges fait do certains arbrisseaux, on le brûlait enfin dans un feu fait de bois d'arbres sauvages , en prononçant celle formule : Que cette victime expiatrice soit propiliation pour nous; on lui donnait le nom de x«6«oy«, purification, ou expiation , et de nepip-aya, ordure , balayure, raclure du monde. Nous ne nous arrêterons point à relever l'absurdité et la démence do ce sacrifice; mais nous demandons à tous les incrédules, si l'on peut faire quelque comparaison entre cette malheureuse victime et Jésus-Christ, qui n'a été mis à mort que par la jalousie qu'avaient donnée aux Juifs ses leçons, ses vertus, ses miracles, ses bienfaits.

Un commentateur prolestant a jugé que saint Paul faisait allusion à cet usage des païens , / Cor., c. iv, v. 9 et 13, lorsqu'il a dit : Je pense que Dieu nous a fait paraître les derniers des apôtres comme des hommes dévoués à (a mort, puisque nous sommes donnés en spectacle au monde, aux anges et aux

hommes jusqu'à présent nous sommes

comme les balayures du monde, ntpt -aGi/j^ecra, comme l'ordure rejetée de tous, mpcfapyi. Si cette conjecture est juste, un protestant n'avait pas intérêt de l'adopter. Saint Ignace, près de souffrir le martyre, écrit aux Ephésientj n. 8: « Je serai votre victime d'expiation, rrtptyopx, et une purification, «yvto-p*, pour l'Église d'Ephèse. » Il nous paraît quo ces deux passages rapprochés prouvent quo les souffrances des saints peuvent nous servir d'expiation, du moins par voix d'intercession. Voy. Saints, § G; Sacrifices, etc.

VICTORINS, chanoines réguliers de Saint- Victor, dont le chef-lieu est l'abbaye de co nom, fondée à Paris par Louis VI, ou le Gros, l'an 1113. Tout ce que nous savons de certain de son origine, dit l'auteur des Recherches sur Paris, c'est qu'au commencement du xiT siècle, il y avait dans le même lieu une chapelle de Saint-Victor, où l'on conservait des reliques de ce martyr. Guillaume deChampeaux, archidiacre de Paris, maître du fameux Abailard , s'y relira avec quelques-uns de ses disciples et de ses amis, y prit l'habit avec eux, embrassa la vie de chanoino régulier. Bientôt leurs vertus et les talents du chef de celte colonie rendirent leur maison célèbre ; plusieurs furent appelés pour former ailleurs de3 congrégations sur le modèle de celle de Saint-Victor. Llle a donné à l'Eglise plusieurs hommes d'un grand mérite, et recommandantes par leurs vertus. Hugues et Richard de Saint- Victor , Pierre Lombard, le poëte Santcuil, etc., étaient de celle maison ; l'an 1 148, on en tira douze chanoines pour réformer ceux de Sainle-Geneviève. II y a dans la bibliothèque, qui devrait être publique, une histoire des grands hommes de eu monastère, en sept vol. in-fol., composée par le P. Gourdan, l'un des chanoines. Voy. Vie des Pères et des Mari., t. VI, p. 429.

VIE. Dans l'Ecriture sainie, ce mot signifie non-seulement lavie temporelle ducorps,

vie

VIE

mais encore la vie spirituelle de l'âme ; la vie passagère que nous menons sur la terre, cl la vie éternelle que nous espéro ■-, s dans le ciel. Quelquefois il désigne les vivres, les moyens de subsistance; ôter au pauvre sa lie, c'est le priver d'un secours nécessaire pour la conserver. Plus souvent il exprime la santé, la prospérité, la joie et le bonheur, au lieu que la mort désigne le deuil, l'affliction, la maladie, la douleur; cette métaphore se trouve dans la plupart des langues. Pour saluer quelqu'un, les Latins disaient ave, anciennement haie, vivez ; et salve ou raie, portez-vous bien ; les Grecs vaipe, soyez dans la joie, les Hébreux schalom leca, la paix soit avec vous : les chrétiens , convaincus que Dieu est le seul auteur de la vie , de la santé et du bonheur, disent adieu, soyez bien avec Dieu : toutes ces formules reviennent au même. Quand on crie, vive le roi, on lui souhaite la santé et la prospérité. Conséquemment dans les livres saints, vivifier se dit fréquemment pour consoler, guérir, rendre le repos el la joie, même pour rétablir une chose inanimée dans son premier état. Le prophète Habacuc, dans sa prière à Dieu pour le rétablissement des Juifs, lui dit, v. n ; Seigneur, c'est votre ouvrage, viviFiEZ-/e au milieu des temps, faites revivre leur ancien bonheur. Mais dans Ezéchiel, c. xm, v. 19, où il est dit que les faux prophètes tuaient les âmes qui n'étaient pas mortes, et qu'ils vivifiaient celles qui n'étaient pas vivantes, par les mensonges qu'ils persuadaient au peuple, cela signifie qu'ils menaçaient de la mort ceux qui l'auraient évitée, en rejetant leurs mensonges, et qu'ils promettaient la vie à ceux qui ne pouvaient manquer de périr en les écoulant. Dieu est appelé le Dieu vivant, pour le distinguer des faux dieux qui n'existaient pas, et de leurs idoles qui ne vivaient pas. Une formule de serment, chez les Juifs, était, le Seigneur est vivant, c'est-à-dire il est vivant et présent pour me punir, si je mens. La terre des vivants signifie quelquefois la (erre où nous vivons, d'autres fois le ciel où la mort ne peut plus avoir lieu, li n'y a point de véritable vie, dit saint Augustin, que celle où l'on est heureux, où l'on ne craint ni de déchoir ni de souffrir. Les eaux vives sont des eaux pures cl courantes ; mais dans l'Evangile, Jésus-Christ appelle fontaine d'eau vive sa doctrine, qui donne à noire âme la vie spirituelle , et nous conduit à la vie éternelle. Dans le même sens il a dit : Je suis la voie, la vérité et la vie [Joan., xn, 14).

En traitant la question de savoir quel est le principe de la vie dans les corps animés, les philosophes modernes ne nous ont débile que des inepties, et des mots qu'ils n'entendaient pas. Tous imbus de matérialisme, ils ont fuit mille tentatives pour prouver qu'il y a un principe de mouvement el de vie dans la matière. Mais, en dépit de toutes les rêveries philosophiques, tous les hommes sont convaincus par le sentiment intérieur, par laconscience, qu'il y a évidemment dans ia nature deux substances ; l'une

morte, inerla, passive, que nous nommons la matière, l'autre active, principe de vie, de mouvement, de sentiment, de pensée, que nous appelons l'esprit; le voir dans la matière, c'est concevoir que la vie peut venir de la mort ; le mouvement du repos el de l'i nertie; la pensée, de ce qui ne pense pas. Depuis doux mille ans qu'une secte d'insensés y travaille, elle n'a gagné que du mépris ; y en employât-elle encore autant, elle n'étouffera pas le sens commuai.

Meilleur philosophe que loiïs ces visionnaires, Moïse a écrit dans un style intelligible à tous les hommes, Gen., c. i, v. 1\ et 26; c. n, v. 7, Dieu dit : Que la terre produise des êtres vivants, chacun dans son genre, les quadrupèdes, les reptiles et toits les animaux terrestres selon leur espèce. 11 avait déjà dit la même chose des plantes , des poissons et des oiseaux. Dieu dit ensuite: Faisons l'homme à notre image et à noire ressemblance, et qu'il préside à toute créature vivante... Dieu forma donc l'homme du limon de la terre, il souffla suc son visage un esprit de v;e, l'homme fut un être animé et vivant. Selon ce même texte, la reproduction de toutes ces créatures est l'effet d'une bénédiction que Dieu leur a donnée, leur fécondité ne peut passer les bornes, ni transgresser les lois qu'il a prescrites, aucune ne peut se perpétuer que selon son genre et son espèce. Le même ordre est établi pour les végétaux : Dieu y a mis le germe immortel qui doit en conserver l'epèce; sans ce germe, aucune reproduction n'est possible; jamais on ne fera sortir la vie d'une molécule de matière à laquelle Dieu ne l'a pas donnée. Toutes ces vérités deviennent encore plus sensibles, lorsqu'il s'agit de la vie de l'homme. Celte vie est non-seulement la chaîne des mouvements qu'il reçoit du dehors et desquels il a le sentiment ou la conscience , non-seulement la suite des mouvements spontanés qu'il produit lui-même, mais encore la suite de ses pensées et de ses vouloirs, desquels il a également la conscience et le sentiment. Les philosophes qui ont cherché dans ia matière le principe de la vie sensilive ou animale, ont prétendu y trouver aussi celui de la pensée et du vouloir; on conçoit qu'ils ont encore moins réussi à l'un qu'à l'autro Voy. Ame.

Vie future. Voy. Immortalité de l'ame.

Vie éternelle. Voy. Bonheur.

Vie des saints. Voy. Saints et LÉ-

GENOE.

ViKiL HOMMS. Voy. Homme.

VIERGE, VIRGINITÉ. Les Hébreux désignaient une vierge par le mot halma, personne cachée ou voilée et renfermée, parce que l'usage des Oricnlaux Put toujours de retenir les jeunes filles dans un appartement séparé, de ne point les laisser sortir sans être voilées, ni paraître à visage découvert (juc devant leurs proches parents. 11 esl dil de llébecca, qu'elle n'élait connue d'aucun homme, Gen., c. xxiv, v. 16 ; lorsqu'elle aperçut de loin Isaac, son futur époux, elle

Itui

VIE

Cet usage

se couvrit d'un toile , v. 65 était contraire a celui de l'Occident où les filles paraissaient en public à visage découvert, pendant que les femmes se voilaient; riiez les Romains, nubere, se voiler, signifiait se marier. Le sévère Terlullien blâmait avec raison cette coutume ; il soutenait que les vierges devaient être voilées plutôt que les femmes. L. de velondis Yirginib. — Nous ne voyons cbez !es Juifs aucun exemple do la profession d'une virginité perpétuelle, mais seulement de la continence des veuves après la mort de leur mari, et on leur en fait un mérie. Judith est louée de la retraite, du jeûne, des mortifications qu'elle pratiquait dans son veuvage, c. vin, v. 5; le prêtre Ozias et les anciens du peuple la nomment une femme sainte et craignant Dieu, v. 29. Le grand prêtre lui dit : Parce que vous avez aime' la chasteté, et que vous nacez pas pris un second mari, la main du Seigneur vous a fortifiée ; vous en serez bénie éternellement, c. xv, v. 11. L'Evangile donne à peu près les mêmes éloges à la prophélesse Anne, veuve très-âgée, Luc, c. u, v. 36. Dans les Actes, c. xxi, v. 9, il est dit que Philippe, l'un des sept diacres, avait quatre filles vierges, qui prophétisaient, mais il n'est pas certain qu'elles avaient voué à Dieu leur virginité. Dès le nc siècle, l'Eglise chrétienne se glorifiait d'avoir plusieurs personnes de l'un et de l'autre sexe qui professaient la continence, et les apologistes du christianisme le faisaient remarquer aux païens. « Parmi nous, dit saint Justin, Apol. 1, n. 15, un grand nombre de personnes des deux sexes, âgées de 60 et 70 ans, qui dès leur enfance ont été instruites de la doctrine de Jésus- Christ , persévèrent dans la chasteté, et je m'oblige à en montrer de telles dans toutes les conditions de la société. » Or, des fidèles de soixante ans, au temps de saint Justin, et qui avaient été élevés dans le christianisme dès l'enfance, ne pouvaient avoir été instruits que par les apôtres ou par leurs disciples immédiats ; et ce Père prétend que les fidèles ont été déterminés à garder la continence par ces paroles de Jésus-Christ : Il y a des hommes qui se sont faits eunuques pour le royaume des deux, paroles que nous examinerons ci-après, n. 29 : « Ou nous nous marions seulement pour avoir des enfants, ou si nous fuyons le mari.ige, nous vivons dans une continence perpétuelle. >< — Athénagore, qui a écrit dans le même temps, s'exprime de même, Légat, pro Christian. , n. 3 : « 11 y a parmi nous un grand nombre d'hommes et de femmes qui vivent dans le célibat, par l'espérance d'être plus étroitement unis à Dieu, etc.... Notre usage est, ou de demeurer tels que nous sommes nés, ou de nous contenter d'un seul mariage. » — Herraas, plus ancien, dit dans le Pasteur, I. n, mund. kt n. h : « Celui qui se remarie ne pèche point; mais s'il demeure seul, il acquiert beaucoup d'honneur auprès du Seigneur. Gardez la chasteté et la pudeur, et vous vivrez pour Dieu. » Saint Epipbane et saint Jérôme nous attestent que

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