‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 179 sur 219 · VIE VIE I01G · texte numérisé non relu

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talcurs modernes, surlout les protestants, Péruviens pour les vierges du soleil. M.ii>

traduisent propter instantem nécessitaient , les premiers chrétiens n'avaient pas puisé

par à cause des affliction* présentes, c'esl-à- leur croyance dans une source aussi im-

dire à causes des persécutions auxquelles pure; ils la fondaient sur l'Ecriture sainte

les chrétiens allaient être exposés. Fausse et sur la tradition laissée à l'Eglise par les

interprétation. Saint Paul s'exprime lui-même apôtres.

en disant, le temps est court; il est donc ici V'algré les preuves que nous en avons li- <|uestior. de la brièveté "le la vie et de la ne'- rées, et qui ont été alléguées par les Pères cessité prochaine de mourir. C'est pour cela du ir et du m* siècle, nos adversaires n'ont que l'Apôtre, Uphes., c. v, v. '26, exhorte les pas rougi d'appeler le zèle et l'estime que fidèles à racheter le temps. D'autres ont ima- l'on a toujours eus pour la continence et la giné que saint Paul parlait de la fin pro- virginité, une fausse prévention, le plus perchante du monde ; nous avons réfuté ce rêve nicicux de tous les fanatismes, une erreur ailleurs. Voy. Monoe. 4-° Ils disent qu'il était ciuséc par d'autres erreurs. Elle est venue, mieux à une vierge de demeurer dans cet disent-ils, d'une admiration stupide pour étal, et à un père de garder sa fille vierge, tout ce qui exige de nous un effort, de Panique de la marier, parce qu'il était difficile bition de se distinguer et de recevoir des pour lors de lui trouver un époux chrélion, honneurs, de la rivalité des sectes qui divivu le petit nombre des chrétiens , du temps saient alors le christianisme, surtout de de saint Paul. Mais l'Apôtre no parle point celles qui admettaient deux principes, l'un de cet inconvénient : il est ridicule de vou- bon, l'autre mauvais ; de la mélancolie, du loir deviner ce qu'il n'a pas dit, lorsque ce climat; de l'envie de réfuter les fausses acqu'il a dit est clair et formel. Il aurait très- cusatious des païens; du système de la mal pourvu à l'instruction des ûdèles, si les préexistence des âmes; mais principalement avis qu'il leurdonnait n'avaient été justes et de l'opinion des nouveaux platoniciens qui, utiles que pour quelque temps, et n'avaient d'après les philosophes orientaux, soutepas dû servir pour tous les siècles. Les Pères niient la nécessité delà continence et des des trois premiers ont entendu comme nous mortifications pour s'unir à Dieu, ces paroles, et les ont apportées en preuve Mais il est fort singulier que les premiers avant nous. — La cinquième preuve que chrétiens aient préféré d'écouler 1rs leçons nous donnons du mérite de la continence de tous les rêveurs de l'univers, plutôt'que et de la virginité, sont ces paroles de VApo- celles de l'Evangile qui sont si claires et si calypse, ch. xiv, v. 4 : Voici ceux qui ne persuasives; il ne reste plus à nos adverse sont point souillés avec les femmes, car ils saires qu'à dire que Jésus-Christ et saint sont vierges. Ils suivent l'agneau partout où Paul ont tiré leur doctrine de toutes les eril va ; ils ont été achetés d'entre les hommes, reurs dont on vient de nous parler ; cepencomme prémices consacrées à Dieu et à l'a- danlil faut avoir la patience de les examiner gneau. H nous paraît que c'était une amhi- en particulier. 1° Il y a bien de l'indécence tion très-louable de la part des premiers à nommer admiration stupide le sentiment fidèles, de vouloir être du nombre de ces que toute vertu nous inspire. Puisqu'enfin prémices consacrées à Dieu et à Jésus-Christ, la vertu en général est la force de l'âme, il et de ces bienheureux si élevés dans la faut un effort pour la pratiquer et pour régloire du ciel au-dessus des autres. — Une primer toute passion qui s'y oppose. 11 ne sixième preuve de l'excellence de celle vertu, fallait pas peu de courage pour être chrétien est le grand nombre de vierges chrétiennes pendant les trois premiers siècles, et pour qui ont souffert le martyre, il est constant être vertueux, lorsque le monde entier était que la manière dont vivaient ces saintes un cloaque de vices. Dieu, dit saint Paul, II tilles, la retraite, l'é'oigncment du inonde, Tim., c. i, v. 7, ne nous a pas donné un la fuite de tous les plaisirs du paganisme, le esprit de timidité, mais de force, de charité jeûne, les mortifications, le travail, la prière, et d'empire sur nous-mêmes. Saint Pierre , étaient les meilleures dispositions pour ob- Epist. 1, c. v, v. 8, exhorte les fidèles à rétenir de Dieu le courage de mourir pour sisler aux tentations du démon par la force Jésus-Christ ; c'était, selon l'expression de de leur foi ; v. 10, il leur promet que Dieu Teriullien, un apprentissage continuel du les fortifiera et les affermira, etc. A-t-on pu martyre. On sait que les païens ne connais- écrire sans rougir, qu'une religion aussi saient point de moyen plus efficace pour en- douce et aussi compatissante que le chrisliagager ces vierges courageuses à l'apostasie, nisme n'a pas pu nous défendre de suivre un que de leur ôler leur pudicité , et qu'ils ne des plus forts penchants de la nature? Aucroj aient pouvoir leur faire une menace tant valait-il dire qu'elle n'a pas pu nous plus terrible que celle de leur arracher cette défendre la luxure, parce que c'est un penfieur précieuse. Mais les protestants n'ont chant violent dans la plupart des hommes, jamais témoigné beaucoup plus d'estime Telle est la morale scandaleuse de nos adpour le martyre que pour la virginité. — versaires. Ils nous accusent de stupidité, Nous n'insisterons point sur la manière dont parce que nous admirons le courage des les païens eux-mêmes en ont pensé. On saints : mais il faut être bien plus stupide voulait chez les Grecs que la prêtresse d'A- pour n'en pas être touché. — 2° Nous ne potion fût vierge, et l'on croyait que les si- voyons pas où pouvait être l'ambition de se In Iles l'avaient été; les Romains avaient distinguer ou d'être honoré, dans un temps autant de respect pour les vestale?, que l-s auquel tous les chrétiens étaient obligés de

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se cacher, se voyaient exposés au mépris et à la haine publique. La vie ascétique et retirée des vierges fut celle de presque tous les premiers chrétiens ; il ne put y avoir de distinction parmi eux que quand les églises t'ureiil pris de la consistance, et que les assemblées des fidèles eurent acquis de l'éclat. Une des leçons que les pasteurs répétèrent le plus souvent aux vierges, fut de leur recommander une humilité profonde , et de les avertir que , sans ce contre-poison de l'orgueil, leur vertu ne se soutiendrait pas. Mais les incrédules ont fait au courage des martyrs le même reproche qu'à celui des vierges; il- ont d il que les premiers furent principalement animés par l'ambition d'obtenir les mêmes honneurs qu'ils voyaient rendre à la mémoire de ceux qui étaient morts pour Jésus-Christ. Voy. Martyr. — 3# Lorsqu'ils parlent de la rivalité des sectesqui divisaient le christianisme au second siècle , ils ne montrent que de l'ignorance. Il est certain que ces premières sectes furent celles des gnostiqoes, et qu'elles furent bientôt suivies de celles des marcionites et des manichéens. Or, leur principe commun était que la chair était impure par elle-même, que ce n'était point l'ouvrage du Dieu bon et souverain, mais la production d'un mauvais génie; qu'il fallait par conséquent en réprimer et en combattre tous les penchants : est-il croyable que les premiers chrétiens aient voulu favoriser cette erreur par la profession de la virginité, de la continence, des exercices de la vie ascétique? Loin de donner dans cet abus, le k° canon des apôtres [al. 52], excommunie tout ecclésiastique et tout laïque qui s'abstiendrait du mariage, du vin et de la viande par horreur, en haine de la création , et non par mortification. Ainsi l'Eglise garda le sage milieu entre les deux excès; elle censura également ceux qui condamnaient le mariage, et ceux qui blâmaient la profession de la virginité', de la continence et des mortifications. — 4° Sans cesse on nous parle de la mélancolie qu'inspire le climat de l'Egypte, de la Palestine et d'autres contrées de l'Asie; selon nos adversaires, c'est cetle maladie quia fait naître tous les usages qui leur déplaisent. Mais le climat des montagnes de Syrie, où l'hiver dure six mois , ne doit guère ressembler à celui de l'Egypte, où les chaleurs sont insupportables. On sait d'ailleurs que le goût pour la continence et pour la vie ascélique s'est répandu dans la Perse, dans l'Asie Mineure , dans l'Italie, dans les Gaules, en Angleterre et dans tout le Nord, à mesure que le christianisme s'y est établi; ce goût a donc été plus fort que tous les climats. N'importe, dès qu'une fois nos adversaires ont imaginé une conjecture, quelque fausse qu'elle soit, ils y persistent et l'opposent comme un bouclier à tous les faits et à tous les monuments. — 5° Nous convenons que 'es chrétiens ont été très-empressés de réfuter les calomnies des païens qui les accusaient de commettre des impudicités dans ieurs assemblées ; mais ces reproches inju-

rieux n'ont été hasardés que dans le cours du u* et du m* siècle; il n'en est pas encore question dans les écrits de Celse, qui n'a cependant omis aucune des plaintes qu'il a cru pouvoir former contre les chrétiens, et alors il s'était écoulé un siècle enlier depuis que Jésus -Christ et les apôtres avaient loué la continence et la virginité. Supposons, si l'on veut, que le motif dont nous parlons ait influé sur la conduite des fidèles du ne et du m" siècle; par la même raison il faut y attribuer encore la douceur, la charité, la patience, la soumission aux puissances, la fidélité, la tempérance, la justice, le respect pour l'ordre public, et toutes les autres vertus dont les chrétiens ont fait profession ; en quoi peut-on blâmer ce motif qui leur a été proposé et prescrit par les apôtres mêmes ? 1 Petr., c. n, v. 12 et 15, etc. Plût au ciel que le même esprit eût régné dans toutes les sectes hérétiques ! il y aurait eu moins de crimes commis et plus de vertus pratiquées. Que diraient nos adversaires, si nous affirmions que ce qu'il y a eu d'hommes vertueux parmi les protestants ne l'ont été que pour faire honneur à leur secte, et pour réfuter les reproches des catholiques ? — 6° Si ces disserlateurs, qui devinent les motifs et les intentions les plus cachées des hommes, avaient un peu raisonné, ils auraient dit que les chrétiens ont compris l'utilité de la virginité, de la continence, des mortifications, parce qu'ils croyaient, comme nous croyons encore, que la nature humaine a été corrompue par le péché de notre premier père, et que nous portons en nous un foyer continuel de péché; cela serait conforme à la doctrine de saint Paul. Mais il leur a paru plus beau de recourir au système absurde de la préexistence des âmes, de supposer que les chrétiens pensaient, comme quelques hérétiques, que les âmes avaient péché dans une vie piécédente, avant d'être unies à des corjs. Ainsi, au jugement de nos adversaires, les chrétiens ont tiré des conséquences d'une erreur, qui, dans la suite, a été condamnée par l'Eglise, et qui contredit l'Ecriture sainte; et ils n'ont pas su en tirer une très-naturelle d'un dogme qui leur était enseigné par leur religion. — 7° Ont-ils mieux réussi en disant que le goût, le préjugé, le fanatisme des premiers chrétiens, sont venus du système des nouveaux platoniciens, qui mêlaient la doctrine de Platon à celle des philosophes orientaux ? IJrucker, après Mosheim, s'est entêté de celte opinion, et n'a rien négligé pour la faire valoir; il soutient que c'est la clef de toutes les anciennes erreurs qui ont régné, soit chez les hérétiques, soit dans l'Eglise, Hist. oit. de la philos., t. III, p. 363, etc.

Déjà, aux mots Emanation, Platonisme, Verbe D.vin, etc., nous avons prouvé la témérité et la fausseté de celte savante conjecture ; nous avons délié ses défenseurs de produire aucune preuve positive de la naissance de cetle philosophie mélangée en

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d'un siècle que saint Justin, Athénagorc et d'autres s'étaient vantés de la multitude de vierges, de célibataires religieux et d'ascètes que le christianisme avait produite dans tous les états de la société. Quand on supposerait que tous les Pères grecs avaient étudié la philosophie dans l'école d'Alexandrie, ce qui n'est pas probable, prouverait-on encore que Hermas, que l'on croit avoir été frère du pape Sixte l*r, et qui a écrit à Home ; que Tertullien et saint Cyprien, qui ont vécu en Afrique, avaient sucé les principes du nouveau platonisme? Tous les trois cependant ont fait le plus grand cas de la continence et de la virginité ; saint Jérôme et saint Epiphane attestent que saint Clément le Romain pensait de même; il est un peu difficile de se persuader que tous ces Pères étaient autant d'élèves de l'école d'Alexandrie; ils n'ont fondé leur doctrine que sur l'Ecriture sainte. Nous concluons hardiment que l'hypothèse dont Mosheim et Brucker se sont infatués n'est qu'une pure vision.

Encore une fois, il est absurde d'imaginer que les premiers chrétiens ont puisé dans des sources infectées d'erreurs un sentiment évidemment fondé sur l'Ecriture sainte; et, quand on soutiendrait qu'ils en ont mal pris le sens, ce qui n'est point, il ne s'ensuivrait pas encore qu'ils sont allés le chercher ailleurs. 11 serait inutile de répéter ce que nous avons déjà représenté plus d'une fois aux protestants, qu'il y a de l'impiété à prétendre que dès la naissance de l'Eglise, Dieu

I permis qu'il s'y répandît une erreur qui a produit les plus grands maux dans tous les siècles. Vainement Jésus-Christ ava l voulu se former une Eglise glorieuse, sans tache, sans ride, sans défaut, Ephes., c. v, v. 27 ; il avait si mal pris ses mesures, que son dessein a échoué très-peu de temps après.

II avait promis à ses disciples que le Saint- Esprit demeurerait avec eux pour toujours ; mais à peine le dernier des apôtres fut-il mort, que ce divin Esprit a quitté la terre; il n'est redescendu du ciel que quinze cents ans après, pour éclairer Luther et Calvin. Voilà le blasphème sur lequel a élé fondé tout l'édifice de la réforme; il a été défendu par tous les apostats qui, de l'état ecclésiastique ou religieux, ont passé au protestantisme, et il est encore soutenu par les plus bahiles écrivains de cette religion.

Pour savoir si la profession de la virginité, de la continence, de la vie ascétique, était un bien ou un mal dans l'Eglise, il faut être instruit de la manière dont vivaient ceux qui s'y étaient voués; Fleury, Mœurs des chrét.t D. 2G, < i! a fait le tableau d'après les monuments de l'histoire ecclésiastique. « On comptait pour rien, dit-il, la virginité, si elle n'était soutenue par la mortification, le silence, la retraite, la pauvreté, le travail, les jeûnes, les veilles, les oraisons continuelles. On ne tenait pas pour de véritables vierges celles qui voulaient encore prendre part aux divertissements du siècle, même, les plus innocents, faire de longues conversalions, parler agréablement, affréter le bel

esprit; encore moins celles qui voulaient paraître belles, se parer, se parfumer, traîner de longs babils, marcher d'un air affecté. Saint Cyprien recommande continuellement aux vierges chrétiennes de renoncer aux vains ornements, et à tout ce qui entretient la beauté. Il connaissait combien les filles sont attachées à ces bagatelles, et il en savait les pernicieuses conséquences. Dans les premiers temps, les vierges consacrées à Dieu demeuraient la plupart chez leurs parents, ou vivaient en leur particulier, deux ou trois ensemble, ne sortant que pour aller à l'Eglise, où elles avaient leur place séparée du reste des femmes. Si quelqu'une violait sa sainte résolution pour se marier, on la mettait en pénitence. Les veuves, qui renonçaient à de secondes noces, viraient à peu près comme les vierges. » Voy. Veuve.

Mosheim, Hist. ecclés. du il* siècle, n* partie, chap. 3, § 11 et suiv., n'est pas disconvenu de ces faits; il a seulement un peu chargé le tableau, afin de faire paraître excessive la ferveur des premiers chrétiens; mais nous demandons toujours quel mal, quel désordre, cet excès prétendu a pu produire dans le christianisme. « Telle a été, dit-il, l'origine des vœux, des mortifications monastiques, du célibat des prêtres, des pénitences infructueuses et des autres superstitions qui ont terni la beauté et la simplicité du christianisme. » Mais si les vierges et les ascètes n'ont fait que suivre à la lettre les leçons, les conseils, les exemples de Jésus-Christ et des apôtres, comme nous l'avons fait voir ci-devant au mot Ascète, il s'ensuit déjà que le christianisme si beau et si simple, forgé par les proleslanls, n'est plus que le cadavre ou le squelette quu Jésus-Christ et les apôtres ont établi ; et alors ce ne sont pas les premiers chrétiens qui ont eu tort, ce sont les protestants. Le préjugé du moius e>t en faveur des premiers, ils étaient plus près de la source que les dissertaleurs du xvr et du xvirr siècle. Comme nous traitons en particulier des vœux, des mortifications, du célibat, des pénitences, etc., nous renvoyons le lecteur à ces divers articles. — D'autres ont dit que ceux qui se livrent à la vie ascétique font consister toute la piété dans les exercices extérieurs, au lieu qu'elle consiste dans les sentiments du cœur : reproche faux et calomnieux. Il est impossible qu'une personne persévère longtemps dans les exercices de la piété, sans en avoir bientôt les sentiments dans le cœur; ceux qui ne les auraient pas seraient prompletnent dégoûtés des pratiques extérieures; l'hypocrisie se démasque toujours par quelque endroit. D'autre part il est impossible de conserver longtemps une vraie piété dans le cœur, sans en faire aucun exercice extérieur; cette vertu se prouve par 1rs actions, aussi bien que la charité ou l'amour du prochain ; ceux qui prétendent en avoir les sentiments, sans les développer jamais ;iu dehors, sont des fourbes. Voy. Culte. DÉvorioïc.

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