‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 182 sur 219 · I0G1 VIN · texte numérisé non relu

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troisième lieu, il est faux que l'erreur des semi-pélagiens se trouve en propres termes dans le Commonitoire de Vincent. Voici ses paroles (c. 37, al. 26J : « Les hérétiques osent promettre el enseigner que dans leur Eglise, c'est-à-dire dans le convcnticule de leur société, il y a une grâce île Dieu abondante, spéeiale cl personnelle, à laquelle, sans travail, sans étude, sans application, sans la demander, sans la chercher, sans frapper, tous leurs adhérents participent de telle manière que, portés par les anges, ils ne peuvent ni broncher ni être scandalisés. » Il faut avoir perdu toute pudeur pour supposer, 1" que Vincent a osé, dans ce passage, traiter d'hérétiques saint Augu»lin et ses disciples, nommer conventicule l'Eglise catholique, les appeler disciples du diable, faux apôtres, faux prophètes, faux maîtres, etc., cap. seq. ; 2* qu'il a été assez insensé pour les accuser d'admettre une grâce spéciale donnée à tous, sans la chercher et sans la demander, pendant que la plupart d'entre eux ont soutenu expressément que la grâce n'est pas donnée à tous. 3" 11 est évident que Vincent ne parle point ici de la grâce actuelle, nécessaire à tous pour faire une bonne œuvre, même pour former de bons désirs; mais d'une grâce spéciale accordée à tous les hérétiques pour ne pas tomber dans l'erreur. Ils promettaient, comme les protestants, à leurs prosélytes, une inspiralion particulière du Saint-Esprit, pour ne se tromper jamais dans l'intelligence de l'Ecriture sainte. Vincent la tourne en riii. u!c avec raison ; nos prélendus illuminés ne peuvent le lui pardonner. 4° Common., cap. 2V, il demande : « Avant le profane Pelage, qui présuma jamais assez des forces du libre arbitre pour penser que, dans toutes les bonnes choses cl dans tous ses actes, la grâce de Dieu n'était pas nécessaire? » Souliendrat-on que les désirs de la foi, de la conversion, de la justification, etc., ne sont pas de bonnes choses? — En quatrième lieu, les semi-pélagiens avaient tort de citer pour eux l'antiquité ; il est prouvé qu'avant saint Augustin les anciens Pères avaient enseigné comme lui que toule grâce est gratuite ; il en a cité plusieurs, De do no persev., cap. 19 et 20, n. 48-51. Vincent de Lérins ne pouvait pas l'ignorer; aussi n'a-l-il jamais eu la témérité de taxer de nouveauté cette doctrine ancienne. Mais de ce que les semi-pélagiens alléguaient faussement L'antiquité en leur faveur, il ne s'ensuit pas que Vincent ait mal prouvé la nécessité d'y recourir en matière de foi. — En cinquième lieu, c'est une nouvelle imposture d'affirmer qu'il a tourné en ridicule la leltre de Céleslin aux évéques des Gaules, et qu'il en a travesti le sens ; il en a parlé au contraire avec le respect convenable , Commonit., c. 32 et 33. Après avoir cité les exemples récents de saint Cyrille d'Alexandrie et du pape Sixte, il dit : « Le saint pape Gelesiin a pensé et a parlé de même. Dans la leltre qu'il a écrite aux évéquc9 des Gaules, pour les reprendre de ce qu'ils laissaient éclore des nouveautés .

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profanes, il conclut que la nouveauté cesse donc d'attaquer l'antiquité. » Or, par ces nouveautés profanes, saint Céleslin entendait évidemment les erreurs des semi-pélagiens. « Quiconque, ajoute Vincent, résiste à ces décrets catholiques et apostoliques, insulte à la mémoire de saint Céleslin el de saint Cyrille. » De quel front peut-on supposer que ce langage était une dérision, que, suivant l'opinion de Vincent, la nouveauté était la doctrine de saint Augustin, qu'il a espéré de la persuader à ses lecteurs, el qu'il méprisait intérieurement ces décrets, en feignant de les respecter? — Enfin nous n'ignorons pas que les partisans outrés de cette doctrine, et qui souvent la défigurent, ont taxé de semi-pélagianisme tous ceux qui ne l'ont pas entendue comme eux. Mais le cardinal Noris, Vossius, Frassen, Lupus, Thomassin, Alexandre, R. Simon, etc., ne sont pas des noms assez imposants pour nous subjuguer, lorsque nous avons sous les yeux des preuves positives de la témérité de leurs soupçons, lis ont suivi l'exemple de Calvin et de ses disciples, de Jausénius et de ses adhérents ; ce n'étaient pas là des modèles à imiter. Pierre Pilhou, Baluzc, Strumélius, Papcbroct, le savant Maffei el d'autres, ont vengé la mémoire de Vincent de Lérins.

Basuage répond que le sentiment de ces derniers ne prouve rien ; qu'ils étaient intéressés à justifier Vincent parce qu'il est honoré comme saint, parce qu'il a soutenu le principe de l'Eglise romaine touchant la nécessité de la tradition, parce qu'ils ont voulu élayer leur propre semi-pélagianisme par le suffrage de cel auteur, au lieu que ses accusateurs ont eu le courage de résister à ces trois motifs d'intérêt.

Conclusion digne de tout ce qui a précédé- Basnage a donc ignoré que Cassien, premier défenseur du semi-pélagianisme, est cependant honoré d'un culte religieux à Saint- Victor de Marseille, en vertu d'un décret du pape Urbain V. L'erreur d'un personnage très-vertueux d'ailleurs ne peut porter aucun préjudice à sa sainteté, à moins que celle erreur n'ait été condamnée par l'Eglise et qu'il n'y ail adhéré malgré la condamnalion : or, celle des semi-pélagiens n'a été proscrite que l'an 523 par le il" concile d'Orange, près de cent ans après la mort de Cassien et de Vincent. Nous convenons néanmoins que si le dessein de ce dernier avait été tel que ses accusateurs le représentent, ce serait un fourbe digne d'analhème; à Dieu ne plaise que nous ayons jamais ce soupçon. 2° Quand Vincent se serait trompé sur lé fait de l'antiquité ou de la nouveauté du semi-pélagianisme, les principes qu'il a posés sur la nécessité de la tradition n'en seraient ni moins vrais ni moins solides. Quoique Tertullicn soit tombé dans de grandes erreurs, nous ne faisons pas moins do cas pour cela de son Traité des Prescriptions contre les hérétiques ; ses principes sont les mêmes pour le fond que ceux de Vinci nt de Lérins. Les protestants eux-mêmes n'ont

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pas cessé de regarder Lulher et Calvin comme de très-grands hommes, quoiqu'ils conviennent que ni l'un ni l'autre n'ont été exempts d'erreurs. 3° Nous ne sommes pas étonnés de ce que Basnage accuse de semipélagianisme tous les apologistes de Vincent de Lérins, puisque les protestants en accusent tous les catholiques sans exception, malgré la condamnation que le concile de Trente a laite de cette hérésie ; Sens. 6, de Justif., c. 5 et 6, et can. 3. Nous sommes seulement fâchés de ce que ce même critique semble accuser aussi les détracteurs de la foi de Vincent, d'avoir trahi les véritables intérêts de l'Egliàe catholique ; mais ce n'est point à nous de les disculper. Dans un autre endroit, Basnage a directement attaqué les principes établis par Vincent dans son commonitoire ; nous avons réfuté ses arguments au mol Tradition, à la fin.

VIOLENCE. Vay. Persécution.

VIRGINITÉ. Voy. Vierge.

VISIBILITÉ DE L'ÉGLISE. Voy. Eglise , §5.

VISION BÉAT1FIQUE. Les théologiens distinguent trois manières de voir ou de connaître Dieu ; la première, qu'ils appellent vision abstractive, est de connaître la nature et les perfections de Dieu par la considération de ses ouvrages ; les attributs invisibles de Dieu, dit saint Paul, sont vus et conçus depuis la création du monde , par ce qu'il a fait (Rom., i, 20). C'est la seule manière dont nous puissions voir et connaître Dieu dans cette vie. Mais nous le connaissons encore mieux par ce qu'il a fait dans l'ordre de la grâce, et qu'il nous a révélé, que par ce qu'il a fait dans l'ordre de la nature. La seconde manière est de voir Dieu immédiatement et en lui-même; on la nomme vision intuitive ou béatifique ; c'est celle dont les bienheureux jouissent dans le ciel. Saint Paul nous en a encore donné l'idée lorsqu'il a dit , / Cor., c. xm, v. 12 : Nous voyons à présent comme dans un miroir et d'une manière obscure; mais alors ( après celte vie ) nous verrons face à face. A présent je ne connais qu'en partie, muis alors je connaîtrai comme je suis connu. Jésus-Christ lui-même dit, Mailh., c. xvm, v. 10: Les anges voient continuellement la face de mon Père qui est dans le ciel. La troisième, que l'on appelle vision compréhensive, ne convient qu'à Dieu infini dans sa nature et dans tous ses attributs ; lui seul peut se voir et se connaître tel qu'il est. Il n'y a même aucune preuve que Dieu ait jamais accordé à aucun homme dans celte vie la vision intuitive-dé lui-même; Moïse, Elie, saint Paul, plusieurs prophètes, ont eu des ravissements et des extases, dans lesquels il est dit qu'ils ont vu Dieu; mais cela signifie seulement qu'ils ont vu de la majeslé divine des figures et des symboles plus auguales, plus éclatants, plus admirables que ceux sous lesquels il s'est montré aux autres hommes. Voy. Sciencb de Jésus-Christ.

C'est une erreur assez commune, et déjà foil ancienne parmi les Arméniens et les

Grecs sthismaliques, de croire que les justes et les saints sortis de ce monde ne jouiront de la vision intuitive de Dieu qu'après la résurrection générale et le jugement dernier, qu'en attendant ils jouissent du repos dans l'attente de leur parfait bonheur. Cette opinion fut condamnée dans le concile de Florence tenu l'an 1^39. Il y fut décidé que les âmes des justes, à qui il ne reste aucun péché à expier , jouissent delà vision bèalifiqui immédiatement après leur mort. Voy. Bonheur éternel. Cette décision a été confirmée par le concile de Trenie. — La même question avait été agitée avec beaucoup d'éclat en France au xive siècle. Le pape Jean XXII, Français de nation, et qui siégeait à Avignon, pencha pour la croyance des Grecs , parce qu'elle lui parut fondée sur plusieurs passages des anciens Pères ; il l'avança même dans quelques sermons , et il témoigna désirer que cela fût regardé du moins comme une opinion problématique; mais il ne décida jamais rien sur cette matière en qualité de souverain pontife, il ne rendit aucun décret à ce sujet, il rétracta même aux approches de la mort ce qu'il avait pu dire ou penser de peu exact sur cette question. Tous ces faits sont solidement prouvés dans ['Histoire de l'Eglise gallicane , lom. XIII, 1. xxxvni , ann. 1333 et 133i , par les mémoires du temps et par les pièces originales de la dispute.

Mais les protestants, toujours obstinés à calomnier les papes, soutiennent encore que Jean XXII, par sa doctrine, encourut la censure de presque toute l'Eglise catholique, que son opinion fut condamnée unanimement par tous les théologiens de Paris, l'an 1333; que si, près de mourir, il se rétracta, ce fut sans renoncer entièrement à son opinion; que s'il se soumit au jugement de l'Eglise, il n'y fut porté que par la crainte de passer pour hérétique après sa mort, Mosheim, Hist. ecclés., xive siècle, n* part., c. 2, § 9. Calvin a même osé l'accuser d'avoir nié l'immortalité de l'âme.

Pour détruire toutes ces imputations , il suffit d'alléguer deux ou trois faits incontestables. 1° Il est constant que, depuis le 23 décembre 1333, jusqu'au 2 janvier 133i, ce pape tint à Avignon un consistoire, dans lequel il prolesta solennellement que « sur la question du délai de la vision béatifique, il n'avait jamais parlé que par forme de conversation, non avec volonté de rien définir, et qu'on lui ferait plaisir de lui faire part des autorités favorables au sentiment contraire; que, du reste, s'il lui élait échappé quelque chose mal à propos , il était prêt à le révoquer. » Le lendemain , 3 janvier, il dicta la même déclaration par-devant des notaires. Il n'avait pas encore reçu pour lors le décret des docteurs de Paris. 2° Dans l'assemblée de ces docteurs, tenue à Vinceunes, devant te roi et plusieurs prélats, sur la fin de décembre 1333, ils décidèrent unanimement la croyance catholique telle que nous la suivons encore aujourd'hui. Cette décision fut confirmée dans une seconde assemblée

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