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i qui aurait élé très-vertueux s'il avait vécu sous l'empire d'une loi qui eût écarté de lui les tentations du vice. Enfin, si la liberté est un don si précieux, il faut laisser à chacun la liberté de choisir tel état, et d'embrasser tel genre de vie qu'il lui plaît.
Puisque la religion a le pouvoir de nous faire aimer les lois qui nous sont imposées parles hommes, pourquoi ne réussirait-elle pas à nous faire chérir celles que nous nous sommes prescrites par un choix libre et réfléchi ? Jésus-Christ dit : Chargez-vous de mon joug, il est doux, et mon fardeau est léger; tous y trouverez le repos de vos âmes (Matth. xi, 29). Ceux qui se sentent appelés par une inclination constante à se charger du joug des conseils évangéliques, peuventils se défier de cette parole du Sauveur? Quand il serait vrai qu'un grand nombre s'en repentent dans la suite, il s'ensuivrait seulement qu'ils sont naturellement inconstants et qu'ils n'auraient pas élé plus heureux dans un autre état. La plupart de ceux qui se sont engagés dans le mariage s'en repentent de même ; de là nos philosophes ont conclu que le divorce devrait être permis ; ils ont aussi mal raisonné sur un de ces sujets que sur l'autre. Il n'est certainement pas de l'intérêt de la société de favoriser l'inconstance humaine, il n'y aurait plus rien de solide ni de stable dans la vie civile. On voit tous les jours des hommes aussi ennuyés de leur liberté que les autres le sont de leur engagement, mais ce ne sont pas ceux qui rendent le plus de services au public. Au reste, nous avons déjà observé plus d'une fois que cette prétendue multitude de personnes dégoûtées de leur état, repentantes et malheureuses dans les cloîtres, sont une fausse imagination des incrédules.
On ne doit pas être surpris de voir des écrivains sans religion condamner tout ce qui se fait par religion; mais il y a lieu de s'étonner, lorsque l'on en trouve qui se donnent pour chrétiens, et qui déclament contre les vœux d'une manière plus scandaleuse que les incrédules mêmes. C'est ce qu'a fait l'auteur de l'ouvrage intitulé : Les Inconvénients du célibat des prêtres, c. 16. 11 a compilé toutes les objections des protestants, il n'y a rien ajouté que des absurdités et des contradictions. Il dit d'abord qu'il est juste et louable de vouer à Dieu une parlie de ce qui nous appartient, mais que cela est superflu, parce que Dieu n'en a pas besoin, et que cela ne tourne qu'au profit de ses minisires. I! ne nous est pas donné de concevoir en quel sens des offrandes superflues peuvent être justes et louables. Quoique Dieu n'ait besoin de rien, il avait cependant ordonné des offrandes dans l'Ancien Testament, et Jésus-Christ les a louées dans l'Evangile, Matlh., c. v, v. 24; Luc, c. xxi, v. 3 et 4, etc. J'ai dit au Seigneur : Vous êtes mon Dieu, vous navez pas besoin de mes biens. C'était le langage de David, psaume xv, v. 2. Personne néanmoins ne fit jamais au Seigneur de plus riches offrandes que ce roi ; Salumon son fils s'exprimait de même, et
n'en suivit pas moins son exemple. Du moins les holocaustes ne tournaient point au profit des prêtres, puisque toute la victime était consumée par le feu ; nous ne voyons pas non plus en quoi ils ont profité des dons de David et de Salomon. V oy. Offrande.
— Notre critique prétend que le nazaréat n'obligeait à rien de gênant ; il se trompe. Dans les climats chauds une longue chevelure est incommode; les Orientaux se sont toujours rasé la tête, ils le font encore aujourd'hui. L'abstinence des liqueurs fortes leur est plus difficile qu'à nous; les mahomélans, à qui leur loi en interdit l'usage, y suppléent par le moyen de l'opium. Il est probable d'ailleurs que les nazaréens étaient encore assujettis à d'autres observances dont l'Ecriture n'a point parlé. Voy. Nazaréat.
— Il y a, continue le même censeur, des vœux illégitimes, il y en a de téméraires ; notre volonté est trop inconstante pour supporter des chaînes éternelles. Nous répondons qu'il y a aussi des mariages illégitimes, et un très-grand nombre sont téméraires : ils sont cependant indissolubles, dès qu'ils ne sont pas nuls. Encore une fois, l'on ne peut pas faire une seule objection contre les vœux perpétuels, qui ne puisse se tourner contre l'indissolubilité du mariage. Un vœu téméraire peut être commué, quelquefois on peut en être dispensé; on permet souvent à un religieux mécontent de son ordre, de passer dans un autre, etc. Les personnes mariées n'ont pas les mêmes ressources, parce que l'intérêt de la société s'y oppose. — Pour fixer, dit-il, notre inconstance, c'est un mauvais moyen d'asservir le corps, en laissant les désirs libres, et de mettre nos penchants en contradiction avec nos devoirs : s'il avait réfléchi avant d'écrire, il aurait compris que le vœu de chastelé, par exemple, ne laisse pas plus libres les désirs de l'incontinence, que le mariage ne laisse libres les désirs de l'adultère, et que tout désir réfléchi d'une chose illégitime est criminel par lui même ; il aurait senti que toute la loi qui nous gêne met en contradiction nos devoirs avec nos penchants, et que pour laisser un libre cours à notre inconstance, il faudrait supprimer tous les engagements et toutes les lois. Nous convenons que tout homme né avec un penchant violent à l'impudicilé agirail témérairement en faisant \e vœu de chasteté, mais il ne s'ensuit rien : tous les hommes ne sont pas dans ce cas ; il en e>t un plus grand nombre pour qui la continence n'a rien de pénible. — Selon lui, tous les vœux possibles ne peuvent pas faire éclore une nouvelle vertu ; les règles monastiques ne commandent que des puérilités, ne tendent qu'à exercer le despotisme des chefs, et à fatiguer inutilement la patience de ceux qui obéissent. On croit entendre parler un déiste qui soutient que toutes les lois positives ne peuvent pas nous prescrire une seule vertu qui ne soit déjà commandée par la loi naturelle, que tout le reste ne contribue en rien à la perfection de L'homme ni du citoyen. Il n'est pas besoin de créer des vertus nouvelles.
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mais de pratiquer les anciennes; or, lachastélé, la pauvreté volontaire, l'obéissance, la piété , la charité fraternelle , l.i mortification, etc., sont des vertus , nous l'avons prouvé en son lieu. C'est une absurdité .l'imaginer qu'un supérieur de religieux ne commande à ses inférieurs que pour le plaisir d'exercer son despotisme et de fatiguer leur patience ; on le ferait bientôt repentir de cet abus de son autorité. Par décence ou par boule, l'auteur aurait dû s'abstenir de répéter les invectives des incrédules, d'écrire que le vœu d'obéissance est une renonciation à l'usage de la raison, qui fait d'un être raisonnable une brute et un automate. Ceux qui ont fait ce vœu pourront répondre qu'ils ont plus de raison et de bon sens que ceux qui leur insultent, puisque ceux-ci ne font que déraisonner. Que signifie en effet cette phrase : « Le vœu de pauvreté e>t illusoire, puisqu'il conduit à ne manquer de rien : l'indigence et la mendicité sont une tentation plus dangereuse que les richesses ? » Nous i e concevons pas comment ceux qui ne manquent de rien sont néanmoins dans l'indigence. L'auteur n'a
Îas vu qu'il lançait un sarcasme contre ésus-Christ même. Ce divin Maître envoyant ses disciples prêcher l'Evangile, leur défend de porter avec eux de l'argent ni des provisions, Matth., c. x, v. 9 ; il leur demande ensuite : Lorsque je vous ai envoyés, aveztous manqué de rien ? Ils lui répondent : Non, Seigneur. Luc, c. xxii, v. 35. S'ensuit-il de là que le commandement de Jésus-Christ était illusoire! Aux mots Pauvreté et Mendiant, nous avons justifié ceux qui imitent la conduite des apôtres.
Oserons-nous relever ce qu'a dit ce critique licencieux contre le vœu de chasteté? « Il n'est pas permis, dit-il, de vouer ce qui n'est pas en notre puissance; or, L'Ecriture nous assure que la continence est un don de Dieu : il y a de la témérité à juger qu'il nous l'a donnée ou qu'il nous la donnera, et à vouloir l'y forcer. » Morale scandaleuse. Toute autre vertu est aussi un don de Dieu, conclurons-nous qu'aucune n'est en notre puissance ? Les disciples du Sauveur lui firent celle < bjection louchant la pauvreté ; il leur répondit : Cela est impossible selon les hommes, muis cela est possible à Dieu (Matth. xix, v. -16). Il nous assure que nous obtiendrons de son Père tout ce que nous lui demanderons avec confiance, c. xvm, v.l'J ; c. xxi, v. 20 : il n'en a pas excepté la chasteté. Ce n'est d>nc pas une lémérité que de Compter sur cette promesse, et il est absurde de supposer que prier avec confiance et persévérance, c'est vouloir forcer Dieu. Jésus-Christ nous exhorte à celle espèce d'imporlunilé qui semble vouloir faire violence à Dieu, Luc, c. xi, v, 8, etc. Lorsque saint Paul commandait la chasteté à tous les fidèles, il supposait sans doute qu'elle était en li-ur pouvoir, qu'ils pouvaient du moins l'obleuir de Dieu par leurs prières. —«Peut-on, continue notre dissert atcur, promettre de. n'avoir jamais de désirs ? Si on les a, il vaut
mieux, dit saint Paul, se marier, que de biûler. » Nous soutenons que l'on peut et que l'on doit promettre de n'avoir jamais de désirs volontaires, réfléchis et délibérés, parce qu'ils sont criminels; que les désirs indélibérés, involontaires, et auxquels on résiste, no sont pas des péchés, mais des épreuves pour la vertu. Saint Paul ne commande ni ne conseille le mariage à ceux qui ont des désirs, mais à ceux qui ne sont pas continents, quod si non se continent, nubnnt [I Cor. vu, 9). Ainsi par brûler saint Paul n'entend pas avoir des désirs involontaires, mais y consentir et y succomber. Cette falsification du texte de l'Apôtre est un vol que l'auteur a fait aux protestants. Il ne sert à rien de rappeler les crimes de quelques vierges infidèles à leur vœu, dont saint Jérôme a fait mention dans sa dix-huitième lettre à Eustochium ; il n'a pas rapporté de même toutes les turpitudes des filles non mariées el des femmes adultères, la liste en aurait été trop longue. Les vierges peu chastes ne sont pas tombées dans l'incontinence parce qu'elles avaient fait des vœux, elles y seraienl tombées encore plus aisément, si elles n'en avaient point fait. Il est absurde d'allrihuer un crime aux précautions mêmes que l'on avait prises pour s'en préserver. Si l'on veut y réfléchir, on verra qu'une personne qui a fait vœu de chasteté n'est obligée à rien de plus que celle qui est réduite à vivre dans le monde sans pouvoir se marier.
L'âge auquel les lois ecclésiastiques et civiles permettent les vœux, est assez mûr pour que les jeunes gens puissent savoir à quoi ils s'engagent et de quoi ils sont capables ; le temps des épreuves et du noviciat est assez long pour connaître par expérience les obligations, les peines, les inconvénients de l'état religieux. En considérant les communautés dans lesquelles on ne fait que des vœux simples, nous ne voyons pas qu'il en sorte un plus grand nombre de sujets qu'il n'en sort du noviciat des monastères où l'on fait des vœux perpétuels, il n'est donc pas vrai que ces derniers soient des cachots dans lesquels gémissent le repentir, le regret, le désespoir. En général, plus les communautés observent une clôture sévère et inviolable, plus elles sont régulières, paisibles et heureuses; quand il y arrive du désordre, il a toujours pour première cause la fréquentation des séculiers.
On ne cesse de répéter que les vœux monastiques enlèvent à la société une infinité de sujets qui pourraient lui être utiles. Nous soutenons au contraire que I >in de les lui enlever, ces vœux lui assurent des services qui ne pourraient pas lui être rendus autrement d'une manière aussi elficace. Trouverait-on beaucoup de personnes qui voulussent se consacrerai! service des hôpitaux, au soulagement des malade! pauvres ou incurables, au soin des orphelins et des culants abandonnés, à l'instruction des ignorants, et à d'autres œuvres de charité