‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 191 sur 219 · VUL 11 IX · texte numérisé non relu

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par l'usage de tant de siècles, de manière que personne n'ait l'audace ou la présomption de la rejeter, sous quelque prétexte que ce soit. »

Rien de plus faux ni de plus malicieux que la manière dont les prolestants ont travesti le sens de ce décret : voici ce qu'en a dit Mosheim, Hist. ecclés., xvr siècle, secl. 3, v part., c. 1, § 25: « Le pontife romain mit autant d'obstacles qu'il nul à la connaissance et à l'exacte interprétation des livres saints, qui lui portaient tant de préjudice. Il fut permis aux disputeurs de faire les réflexions les plus injurieuses à la dignité du texte sacré, d'en mettre l'autorité au-dessous de celle du pape et de la tradition. Ensuite, par un décret du concile de Trente, l'ancienne version latine ou Vulgate, quoique remplie de fautes grossières , écrite dans un style barbare, et d'une obscurité impénétrable en plusieurs endroits, fut déclarée authentique, c'est-à-dire fidèle, parfaite, exacte, irrépréhensible et à l'abri de toute censure. On voit assez combien celte déclaration était propre à dérober au peuple le vrai sens du texte sacré. »

Disons plutôt que l'on voit assez combien ces reproches sont faux et absurdes. 1° Si c'est une réflexion injurieuse à la dignité du texte sacré, de soutenir que souvent il n'est pas assez clair pour être entendu par le commun des fidèles, qu'il leur faut des explications, les protestants partagent ce crime avec nous; depuis deux cents ans ils n'ont pas cessé d'en donner des versions, des commentaires, des interprétations , contraires en plusieurs choses les unes aux autres. Ce sont eux plutôt qui insultent à la parole de Dieu en appelant texte sacré leurs versions erronées, captieuses et contradictoires. Ils soutiennent qu'après soixante ans d'étude saint Jérôme n'a pas bien entendu le text^ sacré, mais que chez eux les ignorants et les femmes l'enlendent à la simple lecture de leur Bible. 2° Jamais un théologien catholique n'a mis l'autorité du texle sacré au-dessous de celle du pape et de la tradition; tous ont toujours fondé ces deux dernières sur l'autorité même du texte sacré; nos adversaires ne peuvent pas l'ignorer. Mais nous les avons souvent déliés et nous les défions encore de prouver solidement l'autorité divine du texle sacré autrement que parla tradition, c'est-à-dire par la croyance constante de l'Eglise juive et de l'Eglise chrétienne : nous leur avons démonlré que hors de là ils donnent dans le fanatisme de l'inspiration particulière. Voy. Eciutuke sainte, Tkap;tion. 3 11 est faux qu'une version authentique soit une version parfaite, exacte et sans faute à tous égards; authentique, selon l'énergie du terme, en grec, en latin et en français, signifie faisant autorité. Le concile même l'explique ainsi, en défendant de la rejeter sous aucun prétexte. On sait que, dans les disputes entre les catholiques cl 1er» protestants, ceux-ci rejetaient avec dédain l'autorité de la VuUjute, ils y opposaient leurs propres raisons, et tordaient à leur

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gré le sens des passages ; c'est celle audace que le concile de Trente a voulu réprimer. Mais ces docteurs si haulains avaient-ils plus de droit de réprouver notre version que nous n'en avions de mépriser les leurs? La Vulgate était consacrée par le respect constant de dix siècles entiers, comme l'observe le concile; les leurs ne faisaient que d'éclore, et il en paraissait tous les jours de nouvelles; à qui élail-ce de décider quelles étaient les meilleures? Le sens que Mosheim a donné au mot authentique est si évidemment faux, que son traducteur anglais l'a réfuté dans une note, t. IV, p. 216. ka 11 aurait fallu montrer en quoi l'authenticité déclarée d'une version est capable de cacher au peuple le vrai sens du texte sacré. Si cela est, la version de Luther a dû opérer cet effet tout comme la Vulgate; car enfin ce réformateur soutenait que sa version allemande était la plus fidèle et la meilleure de toutes : il voulait qu'elle fît autorité dans sa secte; il n'y en aurait pas souffert une autre s'il en avait été le maître. 11 la déclarait donc authentique, tout comme le concile de Trente autorisait la Vulgate; et Calvin fit de même à son tour : aujourd'hui leurs sectateurs trouvent mauvais que le concile de Trente se soit attribué autant d'autorilé qu'eux. 5° Ce concile, disent-ils, a donné par son décret plus d'autorilé à la Vulgate qu'aux originaux sur lesquels elle a été faite, afin de détourner tout le monde de lire les originaux. Nouvelle imposture, contredite par les termes mêmes de ce décret. I! décide qu'elle est, parmi toutes les éditions des livres sacrés qui ont cours, celle que l'on doit regarder comme authentique. Ces éditions, qui avaient cours, élaienl-ellcs les originaux? Aux mots Hébheu et Hébraïsant , nous avons fait voir qu'avant la naissance de la prétendue réforme l'étude des anciennes langues élait très-cultivée en Europe, que les conciles, les papes, les souverains, n'avaient rien négligé pour ranimer ce genre d'érudition; que les protestants se sont vanlés très-mal à propos de l'avoir fait renaître ; que ce ne sont point eux qui nous ont donné ni les premières polyglottes, ni les premières concordances, ni les livres les plus nécessaires en ce genre. La polyglotte de Ximénès, imprimée trenle ans avant l'ouverture du concile de Trente, y a-t-clle été condamnée, ou les catholiques y ont-ils été exhortés à ne la jamais lire? Depuis celte époque, l'étude des originaux de l'Ecriture, loin de se ralentir parmi nous, a repris une nouvelle vigueur, a reçu de nouveaux encouragements de la part des souverains ponlifes; il suffit de savoir ce que Clément XI a fait en ce genre, pour être indigné de la calomnie des protestants. Le cardinal Bellarmin a prouvé dans une dissertation, que, par le décret du concile de Trente, il est absolument décidé que la Vulgate ne renferme aucune erreur touchant la foi ni les mœurs, qu'elle doit être conservée dans l'usage public des églises et des écoles, comme dans les siècles précédents; il ne s'ensuit pas de

là, dit-il, qu'elle ait plus d'autorité que les originaux, ni qu'elle soit exempte de fautes. Bellarmin cite à ce sujet le témoignage des théologiens les plus célèbres, dont plusieurs avaient assisté au concile, cl donne encore d'autres raisons. Il a même rassemblé plusieurs passages qui sont plus clairs dans les textes originaux que dans la Vulgate, et qui ont été corrigés depuis dans cette version ; aucun pape ni aucun théologienne l'en a blâmé. Immédiatement après la clôture du concile, Payva d'Andrada, docteur portugais qui y avait assisté, soutint la même chose contre Chemnitius : à quoi sert de répéter aujourd'hui des plaintes auxquelles on a satisfait il y a deux cenlsans? Voy. Bible d'Avignon, t. I, p. 131. 6° Il est faux que la Vulgate soit aussi défectueuse que Mosheim le prétend; d'aulres prolestants plus judicieux l'ont estimée comme elle le mérite. Bèze en a parlé avec modération ; Louis de Dieu, Grolius, Drusius, Paul Eagius, Mill, Wellon, Louis Cappel, etc., ont fait profession de la respecter; plusieurs onl avoué que c'est la meilleure de toutes les versions. C'est le témoignage qu'en rendit l'université d'Oxford, lorsqu'on 1675 elle donna une nouvelle édition du texte grec du Nouveau Testament. Mais Mosheim avait plus étudié l'histoire ecclésiastique que la critique sacrée ; il aurait dû se souvenir du mépris avec lequel la plupart des réformateurs reçurent la version allemande de l'Ecriture, faite par Lulher; plusieurs lui reprochèrent son ignorance en fait d'hébreu. 7° Mais, disent nos adversaires, puisque la Vulgate avait besoin d'être corrigée, le concile de Trente aurait dû attendre qu'elle le fût, avant de la déclarer authentique. C'est comme si l'on disait qu'avant d'approuver un livre, il faut attendre qu'on en ail fait Verrata. Parmi les fautes que l'on a corrigées dans la Vulgate, sous Sixte V et sous Clément VIII, il n'en est aucune qui ait pu intéresser la foi ni les mœurs ; donc elles n'ont pas dû empêcher le concile de décider que celte version était exempte d'erreur, tant sur la foi que sur les mœurs; conséquemment qu'elle était authentique ou faisant autorité. Avant de mettre à la main des fidèles de nouvelles versions, avant de les leur donner comme parole de Dieu, les novateurs n'ont pas attendu qu'elles fussent exemptes de fautes, puisque l'on n'a pas cessé d'y en corriger depuis qu'elles ont paru. Mais tout élait permis «à ces nouveaux inspirés, rien n'était innocent de la part des pasteurs catholiques. 8° Le concile défendit encore à tout interprète de l'Ecriture de lui donner, en matière de foi et de mœurs, un sens contraire à celui que tient l'Eglise, ni un sens opposé au sentiment unanime des saints Pères. Loi dure, dit Mosheim, procédé inique et tyrannique, ajoute son traducteur. Nous disons au contraire, loi juste, sage, raisonnée, indispensable dans l'Eglise catholique : nous allons le prouver. En premier lieu, le concile commence par déclarer qu'il reçoit avecle même respect et la même piété *l"us les

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livres de l'Ancien cl du Nouveau Testament, et 1rs traditions concernant la Toi el t «• s mœurs, qni sont venues de la bouche (I'' Jésus-Christ ou dos apôtres, cl qui ont été conservées jusqu'à nous dans l'Eglise catholique. Or par quel canal nous sont venues ces traditions, sinon par l'organe des Pères qui ont été de lout temps les pasteurs cl les docteurs de l'Eglise? Donc la règle de la tradition une fois admise, le concile ne pouvait se dispenser de défendre d'interpréter l'Ecriture sainte dans un sens contraire à la tradition ou au sentiment unanime des Pères. Il ne faut pas oublier que celte mémo règle est ce qui dislingue essentiellement le catholicisme d'avec le protestantisme; ainsi la loi établie par le concile n'est autre chose que la loi du catholicisme. Voy. Cathoiiqie, eic. lui second lieu, celle même loi avait été déjà portée plus de mille ans auparavant par le vie concile général; ce n'a donc pas été un nouveau joug imposé aux catholiques. Mais considérons la bizarrerie des protestants : cent fois ils nous ont reproché de secouer le joug de l'Ecriture sainte, pour nous en tenir uniquement à la tradition; ils sont convaincus d'imposture par le décret du concile de Trente, qui nonseulement professe son respect pour les livres sacrés, ruais qui nous ordonne de les interpréter selon la tradition, et non selon notre opinion particulière. Si cette loi paraît dure aux protestants, ça donc été pour se mettre plus à leur aise qu'ils ont pris pour seule règle de foi l'Ecriture sainte, bien convaincus qu'elle ne les incommoderait jamais, tant qu'ils seraient les maîtres de l'entendre comme il leur plaît. En troisième lieu, par représailles, nous avons reproché plus d'une lois à nos adversaires de suivre dans la pratique la même règle que nous, en affectant de la blâmer. Un luthérien, un anglican, un calviniste , un socinien , n'est réputé orthodoxe dans sa secle qu'autant qu'il entend l'Ecriture dans le sens communément reçu dans cette société; s'il fait profession publique de l'interpréter autrement, c'est un faux frère, un faux docteur, un indigne pasteur, ele , on lui dit anathème : témoin le synode de Dordrecht, les conférences entre les luthériens et les Calvinistes, entre ceux-ci et les sociniens, elc.

Ce n'est pas tout : le concile de Trente ajoute que c'est à l'Eglise déjuger du vrai sens et de l'interprétation des Ecritures ; autre conséquence nécessaire du principe qu'il avait établi. Mosheim travestit encore cette décision; il dit que le concile assura à l'Eglise seule, ou à son chef, le pontife romain, le droit de juger du vrai sens de l'Écriture. Ce Irait ne peut pas venir d'ignorance; loul le monde sait que, par l'Eglise, la société entière des catholiques a toujours entendu, non le chef ni les membres seuls, mais les membres unis à leurs chefs, et le pasteur uni au troupeau. N'importe, Mosheim était sûr d'avance que plus une calomnia, contre nous est noire et absurde, mieux clic est accueillie chez les prolestants.

Enfin, pour comble de malignité, il affirme

que l'Eglise romaine continua de soutenir plus ou moins ouvertement que les livres sacrés n'ont pas élé faits pour le peuple, mais pour les docteurs, et qu'elle ordonna d'empêcher, partout où l'on pourrait, In peuple de la lire. Vainement nous exigerions que l'on nous produise une bulle de quelque pape, un décret de concile particulier, un m ndemenl d'évêque, un statul synodal, au moins la décision d'un théologien de marque, où il soit question de celte ordonnance; on ne nous répondra rien, et les protestants continueront d'ajouter foi à l'imposteur Mosheim. Il avoue néanmoins , dans uno noie, qu'en France et dans quelques autres pays les laïques lisent l'Ecriture sainte sans aucune réclamation; mais c'est, dit-il, malgré les partisans du pape. Y a-t-il donc en France ou ailleurs un catholique qui no soit pas partisan du pape? On ne concevrait rien à ce trail de satire, si l'on ne savait d'ailleurs que Mosheim en voulait à la constitution Unigenitus. Quesnel, animé du même esprit que les protestants, pour répandre parmi le peuple les erreurs délayées de ses réflexions morales sur le Nouveau Testament, y enseigna que la lecture de l'Ecriture sainte est non-seulement utile, mais nécessaire en tout temps, en tout lieu, à toute personne; que l'obscurité de ce saint livre n'est point, pour les laïques, une raison de se dispenser de le lire, que c'est une obligation de le faire, surtout les jours de dimanches ; que les pasleurs n'ont aucun pouvoir de leur interdire la lecture du Nouveau Testament, parce que ce serait une espèce d'excommunication , etc. Prop. 79-85. Clément XI condamne ces propositions parce qu'elles sont fausses. Il est faux, en effet, que la lecture des versions de l'Écriture sainte soit nécessaire en tout temps, puisqu'il y a eu des temps de vertige dans lesquels cette lecture était dangereuse et pernicieuse à des esprits avides d'erreur et ivres de fanatisme; aussi a-t-elle élé défendue en Angleterre à la naissance de la réforme, comme elle l'a été en France à certaines personnes à la naissance du jansénisme. Mosheim lui-même a cité plusieurs exemples des mauvais effets que celle lecture a produils dans certains temps. Ilien n'est donc plus injuste que la censure qu'il fait ici de la sage conduite des pasleurs catholiques.

§ V. Des différentes éditions et corrections de la Vulgate. Nous en avons parlé au mot Bibles latines; mais nous nous sommes trompé en disant qu'il ne reste point de livres entiers de l'ancienne Vulgate ou version latine italique, que les Psaumes, le livre de la Sagesse et l'Ecclésiastique, puisqu'il reste encore les deux livres des Machabées : nous ignorions d'ailleurs les faits suivants. Eu 1710, dom Martianay publia do celle même version les livres de Job, de Judith, et l'Evangile de saint Matthieu; en 17V8, le Père blanchini , de l'Oratoire de sainl Philippe de Néry, mil au jour à Home

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(|ualre exemplaires des quatre Evangiles; tue de Bruges, mort en 1619, a témoigné qu'il avait vu dans l'abbaye de Malmédy, au diocèse de Liège, un manuscrit contenant tontes les épîtres de saint Paul; enfin le P. Buriel, jésuite, il y a quelques années, annonça qu'il avait découvert à Tolède deux manuscrits gothiques de l'ancienne Vulgate. Il y a donc lieu d'espérer qu'en rassemblant rt en comparant tous ces monuments, l'on pourra donner dans la suite une Bible la-

tine complète telle qu'elle était en usago pendant les quatre' premiers siècles de l'Eglise. Cet ouvrage est très à soubaiter ; la conformité de tant de manuscrits découverts dans les diverses contrées de l'Europe achèvera de démontrer la fausseté du sentiment des protestants, qui soutiennent que. dans ces temps anciens il n'y avait aucune version généralement adoptée, et que les difierentes églises avaient la liberté de choisir celle qui leur plaisait davantage.

* WALKÉIUSTES. Le rêve de certains esprits tsl de ramener le christianisme primitif. Les walkéristes, secte protestante, se proposent ce but. Ils n'admettent pas de sacerdoce , ils confient l'administration de leur église aux anciens. Ils ne baptisent point, parce que saint Paul dit dans son Ëpitre aux Ephésiens qu'il suffit de bien élever ses entants, et qu'il iissure qu'il n'a point baptisé. Ils se réunissent le premier jour de la semaine en mémoire de la résurrection, font un repas de charité et offrent le pain et le vin. Les sexes sont séparés dans les assemblées leligieusesqui se terminent par le baiser de paix. Dès 181 61eswalkérisies formaient déjà plusieurs associailions à Dublin, à Londres, etc. Walker, l'un des fondateurs de la secte, lui dnmia son nom.

WICLEF1TES, secte d'hérétique , qui prit naissance en Angleterre dans le xir siècle; elle eut pour auteur Jean Wiclef, professeur dans l'université d'Oxford, et curé de Lutterworlh, dans le diocèse de Lincoln.

Durant les divisions qui arrivèrent l'an 13C0 dans celle université, entre les moines mendiants et les prêtres séculiers , Wiclef prit la défense des privilèges de ses confrères ; mais ayant été obligé de céder à l'autorité du pape et des évêques qui protégeaient les moines, il résolut de s'en venger. Dans ce dessein, il avança plusieurs propositions contraires au droit qu'ont les ecclésiastiques de posséder des biens temporels, d'exercer une juridiction sur les laïques, et de porter les censures ; par là il gagna PalTection des chefs du gouvernement , dont l'autorité se trouvait souvent gêuée par celle du clergé, et la faveur des grands qui , ayant usurpé les biens de l'Eglise , méprisaient les censures portées contre eux. Pour punir Wiclef de celle conduite , Simon Langham, archevêque de Cantorbéry, lui ôta, en 1367, la place qu'il avait dans l'université , et la donna à un moine ; le pape Urbain V approuva ce procédé de l'archevêque. Wiclef irrité ne garda plus de mesures, il attaqua plus vivement qu'il n'avait encore fait le souverain pontife, les évêques, le clergé en général et les moines. La vieillesse et la caducité d'Edouard III, jointes à la minorité de Bichard 11, furent des circonstances favorables pour dogmatiser impunément ; Wiclef en profita. Il enseigna ouvertement que l'Eglise romaine n'est point le chef des autres Eglises; que les évêques n'ont aucune supériorité sur les prêtres; que, selon la loi

de Dieu, le clergé ni les moines ne peuvent posséder aucun bien temporel; que, lors* qu'ils vivent mal, ils perdent tous leurs pouvoirs spirituels; que les princes et les seigneurs sont obligés de les dépouiller de ce qu'ils possèdent, qu'on ne doit point souffrir qu'ils agissent par voie de justice et d'autorité contre des chrétiens, parce que ce droit n\ippariienl qu'aux princes et aux magis» trais. Ce novateur, en soutenant de pareilles maximes, était bien sûr de ne pas manquer de protecteurs. En effet, l'an 1377, Grégoire XI, informé de ces faits, écrivit à Simon de Sudbury , archevêque de Cantorbéry , et à ses collègues , de procéder juridiquement contre Wiclef. Ils assemblèrent un concile à Londres, auquel il fut cité; il y comparut accompagné du duc de Lancastre , régent du royaume, et de plusieurs autres seigneurs. Par des subtilités scolastiques, des distinctions , des explications , des restrictions et d'autres palliatifs, il réussit à faire paraître sa doctrine tolérable. Les évêques, intimidés par la présence et par les menaces des seigneurs, n'osèrent pousser plus loin la procédure ni prononcer une sentence : Wiclef en sortit sans essuyer une censure. Cette impunité l'enhardit; il sema bientôt de nouvelles erreurs. Il attaqua les cérémonies du culte reçu dans les églises , les ordres religieux, les vœux monastiques , le culte des saints, la liberté de l'homme , les décisions des conciles, l'autorité des Pères de l'Iiglise, etc. Grégoire XI, ayant condamné dix-neuf propositions de ce novateur, qui lui avaient été déférées, les adressa avec la censure aux évêques d'Angleterre. Ils tinrent à ce sujet un concile à Lambeth, auquel Wiclef se présenta escorté et armé comme la première fois, et en sortit de même ; il osa même envoyer à Urbain VI, successeur de Grégoire XI, les propositions condamnées, et olïrit d'en soutenir l'orthodoxie. Le schisme qui survint entre deux prétendants à la papauté suspendit pendant plusieurs années la poursuite de cette affaire , et donna le temps à Wiclef d'augmenter le nombre de ses partisans,qui était déjà très-considérable. Mais, en 1382 , Guillaume de Courlenay , archevêque de Cantorbéry, assembla un troisième concile à- Londres contre Wiclef : on y condamna vingt-trois, d'autres disent vingt-

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(|ua're de ses propositions ; savoir , dix à la vérité, pouvait faire autrement, s'il eût comme hérétiques , ei quatorze comme cr- voulu, mais il ne pouvait vouloir autrement, rouées, contraires aux décisions et a la pra- Rien n'est possible à Dieu que ce qui arrive tique de l'Eglise. Les premières attaquaient actuellement; Dieu ne peut rien produire en l'eucharistie , la présence réelle de Jésus- lui ni hors de lui, qu'il ne le produise néces- Christ dans ce sacrement , le sacrifice de la sûrement ; sa puissance n'est infinie qu'à messe, la nécessité de la confession ; les se- cause qu'il n'y a pas une plus grande puiscomles, l'excommunication, le droit de prê- sauce que la sienne. Do même qu'il ne peut cher la parole de Dieu, les dîmes , les prié- refuser l'être à tout ce qui peut l'avoir, aussi res pour les morts, la vie religieuse, et ne peut-il rien anéantir. 11 ne laisse pas néand'autres pratiques de l'Eglise. Le roi Richard moins d'être libre, sans cesser d'agir nécessouiint par son autorité les décisions de ce sai rement. La liberté que l'on nomme de concile; il commanda à l'université d'Oxford contradiction est un terme erroné , inventé de retrancher de son corps Jean Wiclef el parles docteurs; cl la pensée que nous tous ses disciples; elle obéit. Quelques au- avons que nous sommes libres est une porteurs ont écrit que ce roi bannit Wiclcf et pétuelle illusion. Dieu a tout déterminé; c'est le fil sortir du royaume : cela n'est pas pro- de là qu'il arrive qu'il y a des prédestinés et hable, puisqu'en 1387, cinq ans seulement des réprouvés ; mais Dieu nécessite les uns aprèssa condamnation, cet hérésiarquemou- elles autres à lout ce qu'ils fo.it, et il ne rut dans sa cure de l.utlcrworlh, après être peut sauver que ceux qui sont actuellement tombé en paralysie deux ans auparavant, sauvés.» Wiclef avouait que les méchants D'autres ont douté s'il se rétracta dans le peuvent prendre occasion de celte doctrine concile de Londres ; s'il ne l'avait pas fait, pour commettre de grands crimes, et que Richard II, déterminé a extirper ses erreurs, s'ils le peuvent, ils le fonl.« Mais, ajoutait-il, n'aurait pas souffert qu'il demeurât en An- si l'on n'a pas de meilleures raisons a gleterre, encore moins qu'il retournai dans nie dire que celles dont on se sert, je demeusa cure après sa condamnation. Nous avoue- rerai confirmé dans mon sentiment sans en tous, si l'on veut, que sa rétractation ne fui dire mot. » L'on voit ici toute l'impiété d'un pas fort sincère, puisqu'on mourant il laissa blasphémateur et toute la scélératesse d'un divers écrits infectés doses erreurs. On cite athée. Wiclef y ajoutait l'hypocrisie des vaude lui une version de toule l'Ecriture sainte dois : il disait comme eux , que l'eflel des en anglais; deux gros volumes intitulés de la sacrements dépendait de la vertu et des méy érilè ; un troisième, sous le nom de Trinlo- rites de ceux qui les administraient, que que ; un quatrième, des dialogues en quatre ceux qui n'imitaient pas Jésus-Christ ne poulivres, qui ont été imprimés à Leipsick et à vaient pas êlre revêtus de sa puissance; que Francfort en 1753; il en est encore d'autres 'es laïques de bonnes mœurs étaient plus qui n'ont point été publiés; mais aucun de dignes d'administrer les sacrements que les ces ouvrages n'a pu mériter à l'auteur la prêtres, elc. Mais en quoi peuvent consister répulalion d'un savant théologien ni d'un la vertu, la sainteté, le mérite, si tout est la bon écrivain ; le docteur Videfort , qui fut conséquence d'une fatalité immuable par chargé de le réfuter l'an 1396, en savait plus laquelle Dieu même csl entraîné ? C'est ainsi que lui et écrivait beaucoup mieux. Dans que de lout temps les partisans delà fatalité celle même année, ou, selon d'aulres, en se sont plongés dans un chaos de conlradiclilO, Thomas d'Arundel , primat d'Angle- lions, et ont cru les pallier en abusant de terre, fil de nouveau condamner les erreurs tous les termes.

de Wiclef dans un concile de Londres , et En condamnant Wiclef, le concile doCoas-

comme la plupart avaient été a ioplées et sou- tance lui attribue d'autres impiétés desquel-

lenues de nouveau par Jean Hus, en 1415, le 'ps les protestants ne veulent pas convenir ;

concile de Constance, sess. 8, proscrivit tou;e mais il ne s'ensuit rien contre la justice de

la doctrine de ces deux sectaires, rassem- celte censure. Ou ces erreurs se trouvaient

blée en quarante-cinq articles, et il ordonna dans d'autres livres de cet hérésiarque, ou

que le corps de Wiclcf fût exhumé et brûlé, c'étaient de nouvelles absurdités que les loi-

Comme il a plu aux protestants de mettre lards et les uïcléfites ajoutaient à celles de

ces deux personnages au nombre des pa- leur maître.

triarches de la réforme, ils ont fait tout ce Voilà néanmoins le personnage duquel qu'ils ont pu pourpallier les torts de Wiclef, Basnage a entrepris de faire l'apologie conpour contredire ce qui en est rapporté par Ire Bossuet, liv. xxiv, c. 11. Sa grande amies écrivains catholiques, et pour révoquer bilion est de prouver que la doctrine de Wien doute les plus grossières des erreursqu'on clef et de ses disciples était parfaitemenlconlui attribue; mais ils ne renverseront jamais forme à celle que les protestants ont emle précis qu'en a donné le célèbre Bossuet, brassée au xvr siècle ; qu'ainsi ce théolollist. des Variât., I. xi, n. 153; il l'a tiré des gien est un des principaux témoins de la ouvrages de Wiclef, surtout de son Trii- vérité, qui a contribué à nouer la chaîne de loque. En voici les principaux chefs. « Tout tradition qui lie le protestantisme aux prinarrive par nécessité; tous les péchés qui se cipales sectes qui ont fait du bruit dans l'Ecommettent dans le monde sonl nécessaires glise : il se fâche de ce que Bossuet a osé et inévitables. Dieu ne pouvait pas empêcher révoquer en doute celle importante vérile. le [léché du premier homme, ni le pardon- Le dogme delà fatalité absolue, dogme uer sans la satisfaction de Jésus-Christ ; Dieu, dclructif de loutc religion , de toute morale

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cl de toule vertu, était un article fâcheux ; Basnage s'en est tiré lestement, en avouant que la manière dont Wiclef a voulu accorder la liberté de l'homme avec la présence et le concours de Dieu , l'a jeté dans de grands embarras, mais que bien d'autres que lui ont été arrêtés par la profondeur et l'obscurité de cette question : trait de mauvaise foi palpable. Wiclef a si peu pensé à concilier la liberté de l'homme avec le concours de Dieu , qu'il n'a pas plus reconnu de liberté en Dieu que dans l'homme. S'il a senti l'obscuritéde celle question, de quoi s'est-il avisé de la décider par une absurdité, en disant que ce qui se fait librement se fail nécessairement; qu'ainsi la nécessité et la liberté c'est la même chose? Basnage prétend que les disciples de Wiclef ont sagement évité cet écueil ; ils ont donc été plus sages que Calvin, qui s'y est brisé de nouveau avec ses décrets absolus de prédestination, dont la plupart de ses sectateurs rougissent aujourd'hui. Ce même critique soutient que ce n'est pas une impiété dans la doctrine de Wiclef d'avoir enseigné que « Dieu n'a pu empêcher le péché du premier homme, ni le pardonner sans la satisfaction de Jésus-Christ, cl qu'il a été impossible que le Fils de Dieu lie s'incarnât pas. » La plus saine théologie, dit-il, enseigne qu'il était nécessaire que Jésus-Chrisl mourût, afin que nos crimes fussent expiés : nouveau traii de mauvaise foi. La saine théologie a toujours enseigné qu'à supposer que Dieu voulût exiger une salisfaction du péché égale à l'offense , il fallait le sang d'un Dieu pour l'expier; mais elle n'a jamais nié que Dieu n'ait pu pardonner le péché par pure miséricorde. Cela est prouvé par l'Ecriture, qui dit que Dieu a tellement aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils unique; s'il l'a donné par amour , ce n'a pas été par nécessité : le prophète Isaïe, parlanl du Messie , dit qu'il s'est offert parce qu'il l'a voulu, etc. Une troisième infidélité de Basnage est de soutenir que Wiclef, loin d'avancer que Dieu ne pouvait empêcher le péché du premier homme, a dit , en termes exprès , que Dieu pouvait conserver Adam dans l'état d'innocence, s'il l'avait voulu; il ne fallait pas supprimer ce qu'ajoute Wiclef, que Dieu n'a pas pu le vouloir. C'est ainsi qu'en accumulant les supercheries Basnage a réfuté Bossuet.

Peu nous importe que Wiclef ait rejeté, comme les protestants, l'autorité de la tradition, la présence réelle, le culte des saints et des imges, la confession, etc.; nous pouvons leur abandonner sans regret la succession des vaudois, des lollards, des wiclé files, des hussites, etc., qu'ils sont si empressés de recueillir. Une successiond'erreurs, de haine coulre l'Eglise, de séditions et de fureurs sanguinaires, n'excitera jamais l'ambition d'une société véritablement chrétienne.

Pour leur assurer encore davantage ces titres d'antiquité et de noblesse, nous consentons à comparer la conduite de Wiclef à celle de Luther : la ressemblance est frappante. 1° Ce dernier fut engagé à dogmati-

ser par une dispute de jalousie entre leg auguslins ses frères et les dominicains, au sujet des indulgences; Wiclef y fut entraîne par ressentiment contre les moines mendiants qui lui avaient fait perdre sa place , contre le pape et contre les évéques qui les soutenaient. Ces motifs étaient aussi apostoliques l'un que l'autre. Mais aujourd'hui l'on peint ces deux prélicants comme des hommes enflammés du plus pur zèle de la gloire de Dieu, et qui, après avoir senti la nécessité absolue d'une réforme dans l'Eglise, ont conçu le généreux dessein d'y employer toutes leurs forces. — 2° Luther n'attaqua d'abord que les abus qui se commet» (aient dans la concession et la distribution des indulgences ; mais de ces abus vrais ou prétendus, il passa bientôt à la substance même de la chose, à la nature de la pénitence, de la justification, etc. ; de même , Wiclef, au commencement, parut n'en vouloir qu'à l'excès des richesses et de l'autorite temporelle du clergé, et à l'abus qu'il en faisait; mais il ne tarda pas d'aller plus loin, de nier le fond même du droit, de l'autorité spirituelle et de la hiérarchie. Les extraits qui furent dressés de sa doctrine en 1377 , 1381, 1387, 1396, en 1415, enchérissent les uns sur les autres, et contiennent enfin des impiétés révoltantes; en fait d'erreurs , la témérité et l'opiniâtrelé vont toujours en augmentant, et les disciples ne manquent jamais de surpasser leur maître. De là nous concluons que ces deux prétendus réformateurs , lorsqu'ils ont commencé à dogmatiser, ne voyaient ni l'un ni l'autre le terme auquel ils prétendaient aboutir, ni les conséquences auxquelles leurs principes allaient bientôt les conduire. Il s'en fallait donc beaucoup que ce fussent des esprits justes ni de profonds théologiens. — - 3° A peine Luther eut-il commencé de prêcher sa doctrine, que le peuple d'Allemagne, soulevé par ses maximes séditieuses, prit les armes, et mit des provinces entières à feu et à sang. La même chose était arrivée en Angleterre, l'an 1381 ; les habitants des villages, excités par Jean Bail ou Vallée, disciple de Wiclef, s'atlroupèrent au nombre de deux cent mille, entrèrent à Londres, massacrèrent Simon de Sudbury , archevêquede Cantorbéry, legrand prieur de Khodes.etun seigneur nommé Bobert Haies; ils forcèrent enfin le roi à capituler avec eux. Us recommencèrent à se révolter sous le règne de Henri V, l'an 141». Basnage a beau dire que la cause de ces tumultes ne fut point la religion ni la croyance, mais le mécontentement du peuple opprimé par les seigneurs ; on en a dit autant de la guerre des luthériens et de celle des anabaptistes. Mais le peuple n'était pas mécontent, il ne se croyait pas opprimé avant que les maximes erronées de Wiclef et de Luther n'eussent échauffé les esprits, et ne leur eussent fail envisager toute autorité spirituelle et temporelle comme une tyrannie. Jésus— Chrisl avait envoyé ses apôtres comme des brebis au milieu des loups, les hommes dont nous parons ont été des loups au milieu

nia XER li» «»

des brebis ; pnr leurs hurlements ils n'ont De quel front Basnage a-t-il donc osé

cessé de les exciter à la révolte contre leurs écrire que l'Eglise rom;iino altérée de sang

pasteurs spirituels et temporels. — '+" Do ne se borna point à des définitions de coo-

méme que Luther fut endoctriné par les li- cilcs contre les wiçléBtes, qu'ils i mi 1ère ni

?res «le Jean Hus, celui-ci l'avait été parles la piété de leur maître, qu'ils confirmèrent

écrits de Wiclef, et ce dernier ne lit d'abord la vérité de leur doctrine par la pureté do

que renouveler les antiennes clameurs d'un leur vie, qu'ils souffrirent «avec constance

reste de vaudois qui subsistaient encore en des supplices redoublés, qu'ils sacrilièrcnt

Angleterre sous le nom de lollards. Si nous leur vie à l'amour de la vérité, etc.? Esl-co

voulions en croire les protestants, Wiclef, donc assez pour être martyr de se révolter

Jean Hus, Luther, étaient trois grands gé- contre l'Eglise? Oui, selon les protestants;

nies qui, à force d'étudier "et d'approfondir ils pensent que ce crime efface tous les au-

l'Lcrilure sainte, y ont découvert que PL- 1res: ils ont placé au nombre des témoins

glise catholique était corrompue dans sa foi, de la vérité tous les malfaiteurs de leur

dans son culte, d ins sa discipline, et qu'il secte mis à mort pour des pillages, des

fallait créer un autre Eglise. La vérité est meurtres, des incendies, des cruautés de

que ces trois illuminés n'ont eu d'autre ins- toute espèce exercées contre les catholiques,

piralion que des passions mal réglées, d'au- Nous avons prouvé en son lieu que les albi-

tre mission que la fougue de leur caractère, geois, les vaudois, les hussiles, les proies*

d'autre règle de foi que de contredire l'Eglise lants, n'ont jamais été suppliciés pour des

romaine. erreurs ou des arguments Idéologiques, mais

Le comble de la malignité, de la part des pour des attentais commis contre l'ordre

protestants, est de vouloir faire retomber de la société; il en a été de même des wiclé-

sur celle Eglise tout l'odieux des scènes san- Oies.

glantes auxquelles l'hérésie a donné lieu. Mosheim, plus judicieux sur ce sujet que Ils déplorent la multitude des wiclèfiles ou Basnage, convient que la doctrine de Wicef des lollards qui furent suppliciés en Angie* n'était point exempte d'erreur, ni sa vie terre pour celle cause ; comme si l'erreur, de reproche. Il pense à la vérité que les disent-ils, était un crime qui mérilâl la se- changements que ce novateur voulait introvérité des lois. Nous avons déjà répondu duire dans la religion, étaient, à plusieurs plus d'une fois que des erreurs sur des dog- égards, sages, utiles et salutaires; Histoire, mes purement spéculatifs peuvent quelque- ecclés., xiv* siècle, u" partie, c. 2, § 19. Il fois n'intéresser en rien la société civile ; se trompe; vouloir dépouiller le clergé du mais que des erreurs en fait de morale et de ses biens, n'était rien moins qu'un projet droit public, qui tendent à dépouiller de sage; il ne pouvait être exécuté sans bruit, leurs biens des possesseurs légitimes, à reu- et peut-être sans effusion de sang. Tous les verser une jurisprudence établie depuis plu- laïques soudoyés par le clergé, et qui liraient sieurs siècles, à exciter au pillage et au de lui leur subsistance, s'y seraient cerlaimeurlre une multitude toujours avide de bu- nement opposés ; toutes les fois que ce corps lin, ne sont plus des erreurs sans consé- a été dépouillé, le peuple n'y a pas gagné une quence, mais de vrais altenlals contre l'or- obole, et il comprend très-bien qu'il y a dre public. Or telle était la doctrine de Wi- plus à gagner pour lui avec les ecclésiasliclcf. Une preuve qu'elle fut principalement ques qu'avec les seigneurs talques. Les auenvisagéesous ce rapport, c'est qu'il n'y avait 1res changements ne pouvaient être ni utiles encore eu aucun lollard, ni aucun wicléfile ni salutaires; nous en sommes convaincus puni de peines affliclives avaul l'expédition par l'effet qu'ils ont produit chez les protessanguinaire à laquelle ils se livrèrent l'an lants. D'ailleurs quand ils léseraient, était- 1381. Quoiqu'il y eût près de vingt ans que ce à de simples particuliers sans caractère et Jean Vallée prêchât le uicléfisme dans les sans autorité légitime de réformer l'Eglise? campagnes, il n'avait essuyé que quelques Les presbytériens, les puritains, les indéinois de prison: mais lorsque l'on vil l'effet pendants el d'autres sectes sont dans les terrible que ses discours séditieux avaient mêmes sentiments que Wiclef sur la hiérarproduit, il fut condamné, comme coupable chie ecclésiastique et sur le pouvoir des soude haule trahison, à être pendu, et il le fut verains; mais les anglicans, non plus que en effet avec quelques-uns de ses complices, les luthériens, ne jugent point que leur ré- Ce ne lut point en \erlu d'une sentence ec- gime soit sage, utile ni charitable. G'esl donc eléstastiqne, mais d'une procédure crimi- uniquement l'intérêt du système et la resnelle faile par ordre du roi. Wiclef qui vi- semblance des principes qui ont engagé vail encore, quoique premier auteur du mal, Basnage à prendre si chaudement la défense ne fut point inquiété depuis sa condamna- des icicléfites. lion prononcée l'an 1382.

XÊNODOQUR. Voy. Hôp.tal. assez souvent pendant les premiers siècles

XKKOPHAGiE , régime de ceux qui vi- de l'Eglise. Ce nom vient du grec Çwôj, sec,

ventd'alimenls secs; c'est la manière de jeu- et -7»y>, je mange. Ceux qui pratiquaient la

ner la plus rigoureuse, mais qui s'observait xéropharjit ne mangeaient que du pain avec

Dirr. de Thi'.ol. dogmatique. IV. 3G

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du sel, cl ne buvaient que de l'eau. C'était la manière de vivre la plus ordinaire des anachorètes ou des solitaires de la Thébaïde. Plusieurs chrétiens fervenls observaient ce jeûne sévère pendant les six jours de la semaine sainte, mais par dévotion, et non par obligation. Saint Epiphane, Exposit. fid., n. 22, nous apprend que c'était un usage assez ordinaire parmi le peuple, et que plusieurs s'abstenaient de toute nourriture pendant d.-ux jours. Tcrtullien, dans son livre de l'Abstinence, observe que l'Eglise recommandait la xérophagie comme une pratique utile dans les temps de persécution ; elle disposait les corps à souffrir les tourments avec constance. Mais aussi l'Eglise condamna les montauislcs qui voulaient faire de la xéro~ pltagie une loi pour tout le monde, qui prétendaient qu'il fallait l'observer pendant plusieurs intervalles du carême, et qui avaient établi parmi eux plusieurs carêmes par an. On leur représenta qu'il y avait plus de jactance et de vanité dans leur conduite que de vraie piété ; qu'il ne leur appartenait pas de faire des lois de discipline à leur gré, que chaque fidèle était le maître d'observer la xérophagie pendant toute l'année s'il le jugeait à propos, mais que personne ne devait être obligé à faire quelque chose de plus que ce qui avait été ordonné et observé par les apôtres.

Philon dit que les esséniens et les thérapeutes pratiquaient aussi des xérophagies en

certains jours, n'ajoutant au pain et à l'eau que du sel et de l'hysope. On prétend que chez les païens mêmes les athlèfrès suivaient le même régime de temps en temps, et qu'ils le regardaient comme le plus propre à leur conserver la santé et les forces. — Les jeûnes et les abstinences des Orientaux, soit anciens, soit modernes, nous paraîtraient incroyables, si nous n'étions pas instruits par des témoins dignes de foi du régime habituel qu'ils sont forcés de garder à cause de la chaleur du climat. En général la viande et tous les aliments succulents y sont dangereux; le peuple y est accoutumé à vivre de pain et de fruits, ou de légumes; avec une poignée de riz, un Indien peut vivre vingt-qnalre heures. Mais il faut avouer aussi que, dans nos climats septentrionaux, à force de sensualité et sous prétexte de besoin, nous avons poussé à l'excès la mollesse et l'impuissance de pratiquer aucune espèce de mortification. Cette impuissanco au reste est purement imaginaire; on peut s'en convaincre par les abstinences forcées auxquelles sont souvent réduits les pauvres, par le défaut absolu de ressources. Non-seulement ils demeurent plusieurs jours sans manger, mais à la fin de celte cruelle abstinence ils n'ont pour toute nourriture qu'un pain grossier et insipide , plus propre à exciter le dégoût que l'appétit. Voy. Jeune. XYLOPHORIE. Voy. Nathinéens.

YEUX. Voy. OEil.

YON (saint). Voy. Ecoles chrétiennes.

YYES DE CHARTRES. Voy. Ives.

YVRESSti, ou IVRESSE. Ce mot dans l'Ecriture sainte ne signifie pas toujours l'état d'un homme qui a bu avec excès, mais d'un homme qui a bu jusqu'à la satiété et la gaieté dans un repas d'amis; Gen., c. xiau , v. 3ï, il est dit que les frères de Joseph s'enivrèrent avec lui la seconde fois qu' ils le virent en Egypte; et cela signifie seulement qu'ils furent régalés splendidement à sa table. Une sentence du livre des Prov. , c. n, v. 25 , est que celui qui enivre sera enivré, c'est-à-dire que l'homme libéral sera littéralement récompensé. Il y en a un autre, Dut , c. xxix,

v. 19, qui dit que l'homme enivré détruira celui qui a soif; cela signifie que le riche accablera le pauvre, Lorsque saint Paul dit aux Corinthiens, Epist. I , c. n, v. 21, dan? vos repas l'un a faim et l'autre est ivre, il entend que l'un a manqué d'aliments , pendant que l'autre a été pleinement rassasié. Dans le style des Hébreux, enivrer quelqu'un, c'est le combler de biens. Ps. xxxv, v. 9, David dit à Dieu, en parlant des justes : Ils seront enivrés de l'abondance de votre maison, et vous les abreuverez d'un torrent de délices. Mais quand saint Paul dit aux Ephésiens, c. v, v. 18 : Ne vous enivrez point par l'excès du vin, l'on comprend qu'il est question là de l'ivresse proprement dite.

ZABIENS. Voy. Sabaïsme.

ZACHAR1E. Parmi plusieurs personnages de ce nom , desquels il est parlé dans l'Ecriture sainte, il en est quatre qu'il faut distinguer. Le premier est un prêtre , fils du pontife Joïada , que le roi J»as fit lapider parle peuple dans le parvisdu temple; crime d'autant plus odieux, que ce roi était redevable de la vie cl du trône à Joïada, // Parai., c xxiv, v. 20 et seq. Le second est l'avant- Ueinier des douze petits 'prophètes ; il dit

lui-même qu'il était fils de Barachie,et petitfils d'Addo , Zach. , ci, v. 1 ; l'histoire ne nous apprend rien de sa mort. Le troisième est le prêtre Zacharie, père de saint Jean- Baptiste, dont il est parlé dans l'Evangile» Luc, c. i, v.5. Enfin Josèphe, dans son Histoire de la guerre des Juifs, 1. iv, c. 19 .fait mention d'un quatrième Zacharie , fils de Baruch, qui pendant le siège de Jérusalem fut tué par la faction des zélés. Il est question de savoir quel est celui de ces quatre

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que Jésus-Christ voulait désigner , lorsqu'il dit aux scribes et aux pharisiens , Matth., c. xxm, v. 3V : Je va/s vous envoyer des prophètes, des sages et des docteurs; vous mettrez les uns à mort et vous les crucifierez, vous flagellerez les autres dans vos synagogues, et vous les poursuivrez de ville en ville, dé façon que vous ferez retomber sur vous tout le sang innocent qui a clé ré;ian<lu eut la terre, depuis le sang du juste Abel, jusqu'à ce'ui de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l'autel.

Les censeurs de l'Evangile , juifs ou incrédules, ont argumenté contre ce passage; ils ont dit : Jésus-Christ ne peut pas avoir designé par là le prêtre Zacharie, mis à mort par l'ordre de Joas, puisqu'il n'était pas fils de Barachie , mais de Joïada. D'ailleurs il est certain par l'histoire que, depuis la mort de ce prêtre, les Juifs ont encore ôtô la vie à plusieurs autres prophètes ; ce n'était donc pas le dernier duquel le sang devait retomber sur eux. Il ne peut pas être question non plus du prophète Zacharie, fils de Barachie, dont nous avons les prédictions, puisqu'il n'est dit nulle part qu'il ait péri par une mort violente. Encore moins s'agit-il du père de saint Jean-Baptiste ; on ne peut assurer en aucune manière qu'il était fils de Barachie, ni qu'il fut mis à mort par les Juifs. 11 faut que saint Matthieu ait voulu désigner le quatrième Zacharie , fils de Baruch, mis à mo l par les zélés pendant le siège de Jérusalem. D'où il s'ensuit que son Evangile n'a été écrit qu'après cette époque, el que saint .Matthieu commet un anachronisme, en supposant que Jésus-Christ a désigné comme passé un événement qui n'est arrivé que trente ans après. Saint Luc a commis la même faute, c. u, v. 51. En second lieu , c'aurait clé une injustice de faire retomber sur les Juifs contemporains de Jésus- Christ le châtiment de tout le sang innocent répanda par leurs pères depuis le commencement du monde. Cette vengeance aurait été contraire à la loi du Deuter., c. xx:v, v. 16. qui porte: Les pères ne seront point mis à mort pour les enfants , ni les enfants pour les pères; chacun mourra pour son propre péché. Aussi , lorsque les Juifs captifs à Bahylone prétendirent que Dieu les punissait desfautesde leurs pères, Jérémie,c. xxxi, v. 29, et Ezéchiel, c. xvm, v. 2, leur soulinrenlqu'ils étaient puuispour leurs propres crimes, cl non pour ceux de leurs aïeux. En troisième lieu, dans ce même chap. xxi i de saint Matthieu* v. 29, el dans le chap. n de saint Luc, v. kl, le Sauveur semble raisonner fort mal ; il dit : Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui bâtissez des tombeaux aux prophètes, qui ornez les monuments des justes, et qui dites ; Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous n'aurions pas conspiré avec eux pour répandre le sang des prophètes Vous rendez témoignage contre vous-mêmes que vous êtes les enfants de ceux qui ont mis à mort les prophètes : ainsi i emplissez la mesure de vos pues. Etait-ce donc un trait d'hypocrisie oy de méchanceté, de

bâtir ou d'orner les tombeaux des prophèics?

Réponse. Pour satisfaire à toutes ces difficultés, il faut entrer dans quelques discussions. 1° N-tus soutenons que le Zacharie dont Jesus-Christ a fait mention est le prophète même de ce nom, fils de Barachie, et dont nous avons les écrits : les caractères par lesquels il est désigné no peuvent convenir à aucun des trois autres. 1° Le nom de leurs pères n'est pas le même. 2° Le fils de Joïada, ni le père de Jean-Baptiste , ui le fis de Buruch , n'étaient pas prophètes, puisque le Sauveur dit, v. 37: «Jérusalem, « qui mets à mort les prophètes , etc. » Saint Etienne, Act., c. vn, v. 52 , demando aux Juifs : Quel est le prophète que vos pères n'aient pas persécuté? Ils ont tué ceux qui leur pré lisaient l' avènement du Juste. Or, Zacharie est un de ceux qui ont annoncé le plus clairement l'avéncment du Messie. 3° Le fils de Joïada fut tué dans le temple; il n'est pas dit en quel lieu les Juifs mirent à mort le fils de Buruch ; pour Zacharie, fils de Barachie , il fut lue entre le temple el l'autel. Pour s'en convaincre, il faut savoir que le temple fut rebâli et achevé la sixième année du règne de Darius, et que. Zacharie prophétisait pendant la quatrième. Or Josèphe, Antiq., liv. xi, c. 4, nous apprend qu'avant de commencer l'édifice du temple, les Juifs dressèrent un aulel pour y offrir des sacrifices : il y avait donc entre cet autel et le temple un esp/ice dans lequel Zacharie fut mis à mort, selon le récit de notre Sauveur ; cette circonstance n'a pu avoir lieu que pour lui. k" Il est trèsprobable que ce qui irrita les Juifs contre lui fut la terrible prophétie qu'il leur fit, cap. xi. Le silence que les historiens ont gardé sur ce sujet ne prouve rien; Jésus- Christ n'aurait pas avancé ce fait, s'il n'avait pas été bien avéré. 2° La prédiction du Sauveur ne renferme aucune injustice. Au lieu de lire dans saint Matthieu, c. xxm, v. 35, de façon que tout le sang juste retombera sur vous, etc., le texte grée peut très-bien signifier, de façon que tout le sang juste viendra, ou ne cessa- i de couler jusqu'à vous. De même, dans saint Luc, cap. xi, vers. 50, où notre version porte, de manière que le sang des prophètes sera demandé et redemandé à cette gén'rution, le grec semble plutôt signifier de manière que le sang des prophètes sera recherché el répandu par cette généra'ion. Il est donc ici question du crime, et non de la vengeance. Cette explication est 1res bien prouvée dans les Réponses critiques aux objections des incrédules, I. IV, p. 213, etc. Mais prenons, si l'on veut, ces deux passages dans le sens que l'on y donne ordinairement ; les paroles de Jésus-Christ signifieront seulement que la génération présente se rendra coupable du même crime que ses ;iïeux, qu'elle méritera le même châtiment, cl qu'elle le subira ; l'un et l'autre a été vérifié par l'événement. 1! ne s'ensuit pas de là que les Juifs aient porté la peine du sang répandu par leurs pères. 3' Ce n'est point

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