‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 2 sur 219 · DICTIONNAIRE · texte numérisé non relu

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THÉOLOGIE D0C1ATKIGE.

QUAKER , terme anglais qui signifie trembltur : c'est le nom que Ion donne en Angleterre à une secte de visionnaires enthousiastes, à cause du tremblement et des contorsions qu'ils font dans leurs assemblées, lorsqu'ils se croient inspirés parle Saint-Esprit.

Fn 1GV7 , sous le règne de Charles 1er, au milieu des troubles et des guerres civiles qui agitaient ce royaume , Georges Fox , homme sans étude, cordonnier de profession, d'un caractère sombre et mélancolique , se mil à prêcher contre le clergé anglican, contre la guerre , contre les impôts , contre le luxe, contre l'usage de faire des serments, etc. Il trouva aisément des partisans dans un temps auquel les Anglais, n'ayant rien de fixe sur la religion , étaient livrés à une espèce de délire et de fanatisme universel. En primant dans le sens le plus rigoureux Ions les préceptes et les conseils de morale de l'Evangile, Fox posa pour première maxime que tous les hommes sont égaux par leur nature ; il en conclut qu'il faut tutoyer tout le monde, les rois aussi bien que les charbonniers ; qu'il faut supprimer toutes les marques extérieures de respect , comme d'ôter son chapeau, de faire des révérences, etc. 2° Il enseigna que Dieu donne à tous les hommes une lumière intérieure, suffisante pour les conduire au salut éternel; que par conséquent il n'est besoin ni de prêtres , ni de pasteurs , ni de ministres de religion ; que tout particulier , homme ou femme , est en étal et pb droit d'enseigner et de préclier , dès qu'il est inspiré de Dieu. 3J Que pour parvenir au salut éternel il suffit d'éviter le poché et de faire de bonnes œuvres ; qu'il n'est besoin ni de sacrements , ni de cérémonies , ni de culte extérieur, k" Que la principale vertu du chrétien est la tempérance et la modestie ; qu'il faut donc retrancher toute superlluité dans l'extérieur, les boutons sur les habits , les rubans et les dentelles pour les femmes , etc. 5° Qu'il n'est pas permis de faire aucun serment, de plaider en justice , de faire la guerre , de porter les armes , etc.

Uue doctrine qui affranchissait les hommes de tout devoir extérieur de religion, qui autorisait les ignorants et les femmes à

Djct. de Tiiéol. dogmatique. IV.

prendre la place des docteurs, ne pouvait manquer de Irouver des partisans ; Fox , quoique ignorant et visionnaire, eut des prosélytes. Quelques traits de modération , qu'il sut affecter lorsqu'il fut puni de ses extravagances , achevèrent de lui gagner la pupulace.

Un des premiers apôtres du quakérisme fut Guillaume Penn, fils unique du vice-amiral d'Angleterre, jeune homme qui joignait à une figure agréable beaucoup d'esprit et d'éloquence naturelle; il se joignit à Georges Fox , et prêcha comme lui ; ils firent ensemble une mission eu Hollande et en Allemagne ; mais ils ne purent former en Hollande que quelques disciples qui ont été connus sous le nom de prophètes ou prophétants; ils eurent encore moins de succès en Allemagne. Après la mort de son père , Guillaume Penn, héritier de tous ses biens, obtint pour indemnité de ce qui lui était dû par le gouvernement d'Angleterre, la propriété d'une province entière en Amérique, qui de son nom a été nommée Pensylvanie. Il y conduisit une colonie de ses disciples , il y fonda la ville de Philadelphie, et lui donna des lois.

Quelque aversion que les quakers eussent pour la guerre , ils ont été cependant obligés plus d'une fois de prendre les armes contre les sauvages qui dévastaient leurs possessions , et de les poursuivre comme des bêles féroces. On ne les accuse point d'avoir refusé de porter les armes dans la dernière guerre pour la liberté de l'Amérique, preuve que ceux d'aujourd'hui ne portent plus le fanatisme aussi loin que leurs prédécesseurs, et qu'ils ont été forcés de se prêter aux circonstances. On convient en Angleterre qu'en général les quakers font profession d'une exacte probité , cl qu'ils ont les mœurs plus pures que le commun des Anglais. Leur nombre diminue cependant tous les jours ; parce qu'en qualité de non-conformistes il* sont exclus des charges et des dignités, cl parce que le fanatisme s'éteint peu à peu , lorsqu'il n'est pas entretenu par la contradiction. Les quakers , moins ignorants que leurs prédécesseurs , et moins entêtés , comprennent à la fin que la vertu se rend ridi-» culc par le mépris des bienséantes.

L'éloge de celte seele que l'on a placé

«I OLA QL'A it

dans l'ancienne Encyclopédie , a été copié pallier; niais i la ne parviendront pas à en

des Letli es philosophiques sur les Anyluis , effarer le souvenir.

dont l'auteur eit Irès-connu. On sait que Le citoyen de Virginie qui vient de publier

dans ses ouvrages il ne s'est jamais piqué ses Recherches sur (es Etats-Unis de CAmé-

de sincérité , qu'il s'est proposé plutôt d'à- rique, vient à l'appui de Mosheim et de son

muser ses lecteurs que de les instruire, traducteur. Il prouve , par des mémoire*!

L'auteur de l'Histoire des établissements des authentiques , que Guillaume Penn ne l'oe-

Européens dans les Indes n'a fait que répé- cupa jamais que de ses intérêts personnels ;

1er cl amplifier les mômes fables. Mosheim , qu'il s'exempta des taxes, lui et toute sa

mieux informé et |dus en état que ces écri- postérité, qu'il employa toutes les ressources

-vains frivoles de juger du qunkerisme , en a de son esprit à tromper ses frères avant et

fait l'histoire. Histoire ecclés., xvir siècle, après l'émigration; qu'il leur défendit d'a-

secl. 2, il" pari., c. 3. Son traducteur anglais rheter des terres des Indiens , afin d'en faire

y a joint plusieurs notes importantes. Pour le monopole ; que, pendant son séjour en

appuyer ce qu'ils disent , ces deux écrivains Angleterre, il entretint la discorde dans la

cilenl les livres mômes des quakers el ceux Pcnsvlvanie parles instructions qu'il en-

des témoins oculaires ; ils sont certainement voyait à ses lieutenants ; que , rempli d'idées

plus croyables que nos philosophes avenlu- folles et capricieuses qui le incitaient dans

riers. Or, ils font voir : un besoin continuel d'argent, et abîmé de

1° Que, malgré les éloges pompeux de dettes, il allait vendre à Georges I" la pro-

Gcorgcs Fox et de Guillaume Penn , faits p:ir pi iélé de l'établissement , lorsqu'il mourut à

leurs partisans, ces deux hommes n'étaientriea Londres d'une atlaque d'ap iplexie ; qu'enfin

moins que des modèles de sagesse et de vertu, il se rendit coupable toute sa vie d'une mul-

Lc premierétait un fanaliqueséditieux, qui ne tilude d'injustices el d'extorsions. Il fait des

respectait rien, n'était soumis à aucune quakers en général un portrait qui n'csl pas

loi, qui troublait l'ordre et la tranquil- llalleur. Selon lui, leur mérile principal

lilc publique; il était donc punissable, consiste dans l'économie cl dans l'application

Oii a voulu persuader qu'il avait souffert les aux affaires , el , en fait d'hypocrisie , per-

châliinenls avec une patience héroïque; sonne ne les égale. .Mais quant au commerce,

c'est une fausseté : il est constant que souvent la délicatesse et l'équité ne sont pas Icuro

il a chargé d'outrages et d'injures les magis- vertus Favorites. A la vérité, dit-il, on trouve

trais qui voulaient le réprimer. Des témoins quelquefois parmi eux des hommes de la

qui oui connu personnellement Guillaume probité la plus scrupuleuse , qui méprisent

Penn disent qu'il était vain , hâbleur , infa- l'asluce el l'hypocrisie : mais ils soûl plus

tué du pouvoir de son éloquence , très -mal rares que parmi les antres sectes. Il el fa-

instruit en fait de religion. Nous ajoutons cile d'être la dupe de leur extérieur. Plu-

qu'il n'est pas sûr qu'il soil l'unique auteur sieurs fois il et arrivé que leur manière

des lois de la Pensylvanie , puisqu'il avait réservée i!c contracter, fondée sur leur reli-

nvec lui des hommes instruits cl capables de gion , les a dispensés de tenir leur parole,

l'éclairer. 3° Dans cette socle, comme dans toutes les

2° Que ces quakers , que l'on peint comme autres, il y a eu des disputes etd.'s divisions des hommes si doux cl si pacifiques, à qui louchant la docirine. Ceux de la Pensylval'on donne la gloire d'avoir posé pour pre- nie, absolument maîtres chez eux, ont mier principe de religion la tolérance uni-- poussé la licence des opinions plus loin qui versclle, ont été cependant, dès leur origine, ceux d'Angleterre, parce que ceux-ci ont les fanatiques les plus intolérants el les plus toujours été contenus par la religion domimutins qu'il y eut jamais. « Ils parcouraient, naule et par la crainte du gouvernement, dit Mosheim , comme des furieux cl des Or, parmi ces opinion;, il y en a de trèsbacchantes, les villes et les villages, décla- impics, et la religion de plusieurs de ces mattt contre l'épiscopal , conlre le presbyte- sectaires a dégénéré en pur déisme. Mosrianisme , contre toutes les religions établies, heim, qui a soigneusement examiné leur Ils tournaient en dérision le culte public, ils système, l'expose ainsi : La doctrine foidainsultaienl les prêtres dans le temps qu'ils mentale des quakers, dit-il, est qu'il y a officiaient ; ils foulaient aux pieds les lois et dans l'âme de tous les hommes une portion les magistrats , sous prétexte qu'ils étaient de la raison cl de la sagesse divine; qu'il inspirés : ils excilèrent ainsi des troubles suffit de la consulter cl de la suivre pour paraffreux dans l'Eglise et dans l'Etat. On ne venir au salut éternel. Ils nomment cct:e predoit donc pas être surpris que le bras sécu- tendue sagesse céleste, la parole interne, la lierait enfin sévi contre ces fanatiques lur- Christ intérieur, l'opération du Saint-Esprit. bulcnls , et que plusieurs aient été sévère- Delà il résulte, 1" que toule la religion ment punis. Cromwel, qui tolérait toutes les consiste à écouler et ci suivre les leçons de sectes, aurait exterminé celle-ci , s'il avait celle parole intérieure, qui, dans le fond, cru pouvoir en venir à boul. » n'est autre chose que le fanatisme de chaque

Le traducteur anglais confirme ce récit particulier. 2° Que l'Ecriture sainte, qui

par des faits incontestables ; il cile des traits n'est que la parole extérieure, ne nous

d'impudence et de fureur des femmes quaké- indique point ta véritable voie du salut;

» esses qui excitent l'indignation Aujourd'hui qu'elle ne nous est utile qu'autant qu'elle

ces sectaires el leurs panégyristes* passent nous excite à écouler la voix intérieure, à

ces faits sous sileuce, ou cherchent à les prêter l'oreille aux leçons immédiates de

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