‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 3 sur 219 · OU A · texte numérisé non relu

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Jésus-Christ lorsqu'il parle au dedans de nous. 3* Que ceux mêmes qui ne connaissent pas l'Evangile, tels que les juifs, les mahométans, les Indiens, les sauvages, no soni pas pour cela hors de la voie du salut, parce qu'il leur suffit d'écouler le Maître ou le Christ intérieur qui parle à leur âme. i'Quc le royaume de Jésus-Christ s'étend à tous les hommes, puisque tous soûl à portée de recevoir intérieurement ses leçons et de connaître sa volonté; qu'il n'est donc pas besoin d'êlre extérieurement chrétien pour être sauvé, o* Qu'il faut détourner notre attention de tous les objets extérieurs qui peuvent affecter nos sens, afin de nous appliquer uniquement à écouler la parole intérieure ; qu'il faut donc diminuer l'empire que le corps a sur l'âme, afin de nous unir plus étroitement à Dieu. 6° 11 s'ensuit que, quand nos âmes seront une fois délivrées de la prison de nos corps, il n'est pas croyable que Dieu veui!le les y renfermer une seconde lois; qu'ainsi l'on doit entendre dans un sens figuré tout ce que l'Ecriture dit de la résurrection future; que si Dieu nous rend jamais un corps, ce ne sera plus un corps de chair, mais un corps céleste et spirituel. Conséquemmcnt, 7' les quakers ne se croient point absolument obliges à prendre dans un sens réel et historique tout ce qui est dit dans l'Evangile louchant la naissance, les actions, les souffrances, la résurrection du Christ, ou l'incarnation du Fils de Dieu; la plupart, surtout en Amérique, entendent tout cela dans un sens mystique et figuré; suivant eux, c'est seulement une image de ce que le Christ intérieur fait pour nous sauver ; il naît, il vit, il agit, il souffre, il meurt, ressuscite spirituellement en nous, etc. En Europe même, plusieurs, quoique avec plus de réserve, tiennent encore le même langage, qui est celui des anciens gnosliques. 8° Il s'ensuit qu'il n'est besoin d'aucun culte extérieur de religion, qu'il suffit de rendre au Christ intérieur un culte purement spirituel. Les cérémonies qui affectent nos sens, telles que le baptême, l'eucharistie, le chant des psaumes, les fêles, etc., ne servent qu'à détourner notre attention et à nous empêcher d'écouter les leçons intimes de la sagesse divine. Puisqu'elle parle à toutes les âmes, on ne doit empêcher.ni les hommes, ni les femmes de prêcher dans les assemblées publiques, lorsque l' Ds prit de Dieu les inspire. ÏP La morale sévère des quakers découle encore du même principe. Puisqu'il est nécessaire d'affaiblir l'empire du corps sur l'âme, il faut se priver de tout ce qui ne sert qu'à flatter les joûts sensuels, se réduire au pur nécessaire, modérer le goût pour les plaisirs par la raison et par la méditation, ne donner dans aucune espèce de luxe ni d'excès. De là vient parmi ces sectaires la gravité de leur extérieur, la simplicité rustique de leurs habits, le ton affecté de leur voix, la rudesse de leur conversation, la frugalité de leur table. Persuadés que la plupart des usages de la \ie civile sont une espèce de luxe, que les

démonstrations de politesse sont des signes imposteurs, les quakers ne témoignent du respect à personne, ni par les formules de civilité ni par les gestes du corps; ils ne donnent à personne aucun litre d'honneur, ils tutoient tout le monde sans exception. Ils refusent de porter les armes-, de faire serment en justice, de comparaître à aucun tribunal; ils aiment mieux renoncer à la défense d'eux-mêmes, de leur réputation, de leurs biens, que d'accuser ou d'altaqucr personne.

Mais en Angleterre, les quakers enrichis par le commerce, et qui veulent jouir do leur fortune, se réconcilient aisément avec les mœurs de la société et avec les plaisirs mondains. Ils ont modifié, dit-on, el réformé une partie des opinions théologiques de leurs ancêtres, cl ils ont lâché de les rendre plus raisonnables. Mosheim nous avertit enfin que pour juger de celte théologie, il ne faut pas s'en fier à l'exposé qu'en a fait Robert Barclay, dans son Catéchisme el dans Y Apologie du quakérisme qu'il publia en 1676. Cel auteur a passé sous silence une bonne partie des erreurs de la secte, il en a pallié et déguisé d'autres, il a employé toutes les ruses par lesquelles un habile avocat peut défendre une mauvaise cause.

Cette histoire des quakers nous parait donner lieu à des réflexions importantes. 1° La morale austère de laquelle ces sectaires font profession ne doit en imposera personne. Il en a été à peu près de même de toutes les sectes naissantes, encore faibles, qui avaient un vif intérêt à racheter l'absurdité de leurs dogmes par la rigueur de leur morale el par la régularité de leur conduite ; sans celle ressource politique , elles n'auraient pas subsisté longtemps. Leur tolérance a eu la même origine; ils n'y sont venus qu'après avoir mis tout en usage pour détruire toutes les autres sectes; par conséquent ils changeraient une seconde fois de principes et de conduite si leur intérêt venait à changer. 2' La naissance du quakérisme ne fera jamais honneur aux protestants, puisqu'il est venu du fanatisme dont la prétendue réforme avail enivré tous les esprits. Les apologistes de celte secte onl fondé leurs opinions sur une explication arbitraire de l'Ecriture sainte, tout comme les protestants; il n'est pas une seule de leurs erreurs qui ne puisse être élayée sur quelques passages des livres saints : en se lenant à celle seule méthode, les protestants ne peuvent pas mieux venir à boul de réfuter les quakers, que de confondre les sociniens. Où esl la différence entre la parole intérieure des quakers et l'esprit particulier des protestants? Les seconds, aussi bien que les premiers, ont beaucoup mieux réussi à faire des prosélytes par la violence de leurs déclamai ions que par la solidité de leurs explications de l'Ecriture sainte. 3" il esl évident que les incrédules de nos jours n'ont pris la défense de cette secte ridicule, que parce qu'ils ont voulu la donner pour une société de déistes. Leur ambition était de prouver, par cet exemple, que lo

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déisme esl t r è »-co m p .*i l i I > I « ave une exe ! lonlc morale ; ils voulaient d'ailleurs rendre le christianisme méprisable! en faisant voir

»tue ce qu'il y a d'excessif dans la morale des quakers n'esl aulre chose que la lettre mémo de L'Evangile ; mais la leilrc el le sens ne sont pas la même chose, h" Le parallèle que l'auteur des Questions $ur l'Encyclopédie a toulu faire entre les quakers ou prétendus primitifs, et les premiers chrétiens, est absurde et ne porte que sur des faussetés. Il dit que Jésus-Christ ne baptisa personne, et que les associés de Pcnn ne voulurent pas être baptisés. Mais Jésus-Christ a ordonné à ses disciples de baptiser toutes les nations; s'il n'a pas baptisé ses apôtres, il a violé sa propre ordonnance : il a dit que quiconque ne sera pas baptisé par l'eau cl par le Kainl-Espi il n'entrera point dans le royaume •les cieux. Il dit que les premiers fidèles étaient égaux, comme les quakers ont voulu l'être. Cela est faux; les apôtres avaient autorité sur les simples fidèles, ils ont établi des pasteurs auxquels ils ont transmis cette autorité, et ils ont ordonné aux laïques de leur être soumis. Ils ont ordonné aussi d'être soumis el d'obéir aux princes, aux magistrats, aux hommes constitués en dignité; les quakers leur ont refusé loute démonstration de respect, et leur ont souvent insulté sur leur tribunal.

Les premiers disciples, continue l'auteur, reçurent l'Esprit et parlaient dans l'assemblée; ils n'avaient ni lemples, ni autels, ni ornements, ni encens, ni cierges, ni cérémonies : Penn et les siens ont fait de même. Slais l'inspiration des premiers chrétiens était prouvée par les dons miraculeux el sensibles dont elle élail accompagnée : comment les prétendus primitifs ont-ils prouvé la leur? Saint Paul eut soin de régler l'usage de ces dons dans les assemblées chrétiennes; il défendit aux femmes d'y enseigner et d'y parler. 11 esl prouvé par l'Apocalypse que du temps des apôtres les chrétiens avaient des autels, des ornements, de l'encens, des cierges et des cérémonies. Voy. Litl'ugie. Nous prouvons encore, contre les protestants el contre les incrédules, que dès l'origine de l'Eglise chrétienne on a reconnu sept sacrements.

C'est peu de nous dire que les quakers ont toujours eu une bourse commune pour les pauvres, et qu'en cela ils ont imité les disciples du Sauveur; il y a un autre arlicle non moins essentiel que les premiers ont très-mal observé, savoir la soumission à i'ordre public. Jamais les premiers chrétiens n'ont insulté en lace les magistrats; ils ne sont point allés troubler les cérémonies «les païens; ils n'ont point déclamé contre les prêtres ni foule aux pieds les idoles : Eox cl ses sectateurs ont commis lous ces désordres à l'égard de la religion anglicane. Quelle resscmhlaucc y a-l-il donc entre les uns cl les autres? Mais un auteur qui a si peu respecté la vérité en peignant les quakers , était incapable d'y avoir plus d'é-

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gar I en parlant des | rs chré'icus (lj

* QUALIFICATIONS DE PR POSITIONS CON- DAMNEES. Chargée il" dir ger le troupeau de Jé>u«-

(Jliriht dans de lions pâturages, l'Eglise a dû lui f a i i <.* connaître ceux qui sont dangereui ; el, comme c*< principalement dans les écrits que les peuples vont puiser les erreur;, elle a été revente du pouvoir de condamner les livres dangereux, comme il a été <lémontré au motCENsi re i>i.* livres. Le danger d'un livre n'es! pas toujours de môme nature; il esl nécessaire de faire connaître l'espèce de venin qu'il renferme; l'Eglise le fait eo qualifiant les propositions qu'il contient. Il y a des notes en usage pmr cela, qu'un théologien ne peut ignorer. Bergier les a lut connaître en partie dans son an. Censure dtt livres. Son exposé ne nous paraissant pa> u^^-z complet, nous empruntons a M • i -et uneexposili< n qui nous parait satisfaire entièrement.

i Parmi les propositions qui méritent d"étie condamnées, les unes peuvent è re censurées comme hérétiques, voisines «le l'hérésie, sentant l'hérésie, suspectes d'hérésie; h s autres, comme (nom; s, voisines de l'erreur, sentant l'erreur, suspectes d'erreur ; celles-ci, cuuime fausses, blasphématoires impies, dangereuse», pernicieuses, scandaleuses; celles là,co mue captieuse», malsonnantes, offensives des oreilles pieuse-; d'.iuires, comme téméraires, schismatiques, séditieuses. Voilà les principales censures ou qualifications que l'Eglise imprime au\ différentes propositions qu'elle condamne, suivant qu'elles s'éloignent i lus ou moins de 1 'cii?eiguciuenl et du langage catholique.

« On condamne comme hérétique toute proposition qui est directement, immédiat ment contraires la foi ; c'est à-dire a une vérité que l'Eglise enseigne ou propose comme révélée de Dieu. Il est de F«»i, par exemple, qu'il y a trois personnes en Dieu, l<l'ère, le Fils ci le Saint-Esprit. Il est de foi qu'il y a deux natures en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine; et .;ue Jésus-Christ n'a cependant qu'une seule personne, la personne divine. Il c-t de loi que le Sauve r du momie est mort pour d'autres que les (lus. 11 est de foi que l'Eglise est infaillible dans son enseignement et ses décisions dogmatiques. 1! est de loi que le pape est le chef de l'Eglise universelle, qu'il a une primauté non-seulemeiit d'honneur, mais de juridiction dans toute l'Eglise. Ainsi, toutes les propositions contradictoires à ces différents articles et autres points délinis par l'Eglise sont héréii ,ues. Une proposition esl voisine de l'hérésie quand elle est regardée comme hérétique par le plus grand nombre des docteurs catholiques; les autre», qui passent pour ère également orthodoxes, ne pensant pis qne celle proposition, quoique erronée, méiile la qualification d'hérétique. On peut encore dire qu'une proposition est voisine de l'iiérésie, qu'elle touche à l'héré-ie, hœresi ;;;oxima, lorsque les conséquences qui en découlent naturellement conduisent à l'hérésie, lue proposition qui sent ei favorite l'hérésie est celie qui, sans ■eue lorcsellement héré.ique, d mue heu de juger. eu égard aux circonstances, que celui qui en est t'juleui ne reconnaît point tel ou tel ar.icle de foi, et qu'il pense comme les hérétiques. Elle e-t suspecte d'hérésie .-i. sans è re héréii |ue dans les terme» dont elle esl conçue, elle donne lieu, par certaines rélicences, de soupçonner d'Iiéésie celui qui l'a avancée. Ainsi, du temps des ariens, ceux qui, tout en professant la divinité du Fils de Dieu, refusaient de l'appeler cuasuhstantiel an l'ère, étaient suspects d'ariauisuie.

(1) Nous avons en France une socié é de quakers qui habile les environs de Mines, lis >onl moins 1 1goiireux que les Quakers anglais. Celle secte ne présente d'ailleurs rien de particulier.

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