‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 4 sur 219 · QU · texte numérisé non relu

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« Une proposition erronée est celle qui est directement contraire à une conclusion idéologique immédialement déduite par le raisonnement de deux propositions dont l'une au moins esl révélée ; lorsque d'ailleurs l'E»lise s'abstient de nous donner cette conclusion comme un article de foi, encore que celle ci soit fondée sur la pratique générale des fidèles, ou sur renseignement de tous les docteurs orthodoxes. On peut voir dans la huile Auctorem fiilti du pape Pic VI plusieurs propositions du synode <le Pisloie qui oui été condamnées comme erronées. Les propositions qui Louchent à l'erreur, errori prorima?, qui sentent l'erreur, qui favorisent l'erreur, qui sont suspectes d'erreur, sont ainsi appelées, parce qu'elle* ont plus ou moins d'affinité avec l'erreur, nu qu'elles sont telles que, eu égard aux circonstances, on a pus ou moins de raison de juger ou de soupçonner celui qui ouc-l l'auteur imbu de telle ou telle erreur.

i On entend par une proposition fausse celle qui nie un fait qu'on ne peut révoquer en doute ; toile serait, par exemple, la proposition qui nierait que noire saint-père le pape Pie IX fut le successeur de saint Pierre. Elle sentirait d'ailleurs l'hérésie ou serait suspecte d'hérésie, parce qu'elle tendrait à faire croire qu'un pape légitime ne serait point le vicaire de Jésus-Christ. Elle serait de plus sebismatique, ou au moins suspecte de schisme, car elle nous représenterait le saint-père comme n'élant pas légitimement élu. Nous voyons dans la huile d'Innocent X, de l'an IGjô, que l'Eglise a condamné comme fausses la quatrième cl la cinquième proposition de Jansénius : la nuairièmc, en tant qu'elle énonçait que les semi-pélagiens admettaient la nécessité de la grâce intérieure cl prévenante pour chaque acte en particulier, même p'Ur le commencement de la foi ; la cinquième, en ce qu'elle affirmait que c'est être semi-pélagieu de dire que Jésus-Christ esl mort absolument pour tous les hommes. Ainsi Ion conçoit facilement la différence qu'il y a entre une proposition fausse el une proposition erronée. La première esl contraire à un laii ; la secomle, à une vérité dogmatique. Cependant il n'esl pas rare de rencontrer certaines propositions erronées condamnées comme fausses.

« Un dit qu'une proposition est blasphématoire lorsqu'elle renferme quelque parole injurieuse à Dieu. Pour qu'il y ail blasphème, il ii'esi pas nécessaire que cette parole soil directement contre Dieu ; il suflit qu'elle soit contre les saints, ou contre les choses saciées, ou contre les créatures considérées comme oeuvres de Dieu. On qualifie comme impie loute proposition qui tend à diminuer le culte que l'on Joil à Dieu, nu à affaiblir en nous le sentiment Je la piété chrétienne, de la confiance en la bouté de Dieu. Ainsi , le pape Innocent X a condamné comme impies les deux propositions de Jansénius, portant, la première, que quelques commandements de Dieu sont impossibles aux justes, faute de la grâce nécessaire pour les accomplir; la seconde, prise en ce sens que Jésus-Christ n'esl mort que pour le salut des prédestinés. Ces deux propositions, ne pouvant que jeter les lidèles dans le découragement, sont par là même évidemment contraires à la p.é'é.

i Une proposition dangereuse est celle dont les hérétiques peuvent abuser pour soutenir leurs erreurs; mais ce qui est dangereux dans un temps peut ne l'être pas d >ns un autre ; ainsi, par exemple, le mol comubsianiiel lui rejeté par un concile d'Anlioclie, parce que les partisans de Sabeilius en abusaient pour confondre les trois personnes divines, et les ré luire à une seule; mais lorsque ce danger n'exista plus, le concile de Nicéc consacra ce mémo terme pour exprimer la divinité du Yeibe, en le faisant tomber non sur les personne» qui so.il réellement disliiictcs, tuais sur la substance qui est nu-

mériquement une et même substance dans le l'ère, le Fils et le Saint-Esprit.

« Ou qualilie encore de dangereuse ou du pernicieuse lou'e proposition qui tend à diminuer dans les fidèles le sentiment de la foi, l'horreur du péché, le respect pour les choses saintes, la soumission pour l'Eglise. Ainsi, par exemple, on doit regarder comme dangereuse la proposition par laquelle on affirme que l'Eglise a tort de ne pas permettre à tous les fidèles indistinctement de lire l'Ecriture sainte en langue vulgaire, ou de défendre l'usage du gras en certains jours, ou d'obliger les fidèles à se confesser et à communier au moins une fois l'an. Toute proposition dangereuse ou pernicieuse esl nécessairement scandaleuse, puisqu'une proportion scanda leuse esl ainsi apaelée, parce qu'elle est de nature à porter les lidèles au péché, ou à le- détourner de l'accomplissement de leurs devoirs, de la pratique de la piété ou de la vertu,

« Ou note comme captieuse toute proposition où, sous des termes que l'on peut prendre en bonne part, on cache le venin de l'erreur. Les ouvrages des Jansénistes, tant sur le dogme que sur la morale, sont pleins d'expressions équivoques, de propositions captieuses. Aussi la lecture en est-elle dangereuse, même pour les ecclésiastiques qui n'ont pas une connaissance exacte des décrets du saint-siége sur les matières de la grâce, et des écrits de saint Augustin, dont les partisans de Jansénius et de Que<nel ont tant abusé. Une proposition mal sonnante a beaucoup d'affinité avec une proposition captieuse : On l'appelle ainsi, parce qu'elle est conçue en termes à double sens, de manière à ce que le sens hérétique ou erroné frappe plus que le sens orthodoxe dont elle est susceptible. Nous la distinguons de la proposition offensive des oreilles pieuses, qui, sans être impie ou contraire à la piété, renferme dans son énoncé quelque ch >se d'inconvenant, qui blesseles oreilles des âmes penses. Telles seraient, par exemple, les propositions suivantes : Saint Pierre, qui avez renié Jésus Christ, priez pour nous; saint Paul, qui avez persécuté l'Eglise, priez pour nous; saint Augustin, qui avez vécu plusieurs années dans le libertinage, priez pour nous. On censure comms téméraire loute proposition qui, hérétique ou non, est dénuée de fondement. Ainsi on qualifie de téméraire une opinion qui, s'écartant tout à la fois et de la doctrine généralement adoptée par les Pères e les théologiens, et de la croyance ou de la pratique commune de l'Eglise, n'a pour elle aucune autorité grave, ni aucune raison capable de faire impression ou de conire-balancer les autorités et les raisons qui sont en faveur du sentiment contraire. Celle qualification s'encourrait par un écrivain qui attaquerait l'immaculée conception de la sainte Vierge.

« Une proposition sebismatique esl celle qui tend à détourner les fidèles de l'obéissance ou de la sou*mission que l'on doit au pape, à l'évèque et autres supérieurs ecclésiastiques ; mais il ne faudrait pa, mettre au nombre des schismaliques celui qui dira t que l'on doit obéir à l'évoque de préférence au curé, et au pape de préférence à l'évèque ; car si les fidèles doivent être soumis à leur curé, le curé doii être soumis à l'évèque, comme l'évèque doit l'être au pape. Une proposition peut être favorable au schisme, sans être sebismatique; alors on la censure comme favorisant le schisme.

i On donne le nom de séditieuse à une proposition qui porte à la révolte, soil contre l'autorité ecclésiastique, soit contre l'autorité civile.

« Outre ces qualifications, nous en trouvons plusieurs autres dans la bulle Auclurem fulei, par lesquelles certaines propositions ont été condamnées comme injurieuses aux papes, au saint-siége, à l'Eglise el à ses ministres, à la piété des fidèles; dérogeantes aux constitutions apostoliques ; contraires à la pratique, aux lois, à l'autorité, à la puissance do

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