‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 35 sur 219 · IV, V · texte numérisé non relu

IV, V

rrp;i«, et à lout ce quia besoin iJe l'ail des cuisiniers. Us prenaient à la lettre celte rè^le de saint Paul : // est bon de ne point manger (te chair el (h ne point boire de vin. Ils m ingt-aienl plutôt du poisson el do la volaille que de la grosse viande, qui leur paraissait trop succulente; mais toujours ils s'abstenaient de sang et do viandes suffoquées, suivant la décision du concile des apôtres, qui a été observée pendant plusieurs siècles. Plusieurs ne vivaient que de laitage, de fruits et de légumes : quelques-uns se réduisaient aux simples hérites avec du pain et de l'eau. Comme l'abstinence des pythagoricien! et de quelques autres philosophes était fort e*limée, les chrétiens se croyaient obligés de vivre au moins comme les plus sage* d'entre les païens. Leur repas, quelque simple et léger qu'il fût, était précédé et suivi de longues prières, dont il nous reste encore une formule; et le poè'lc Prudence a fait deux hymnes sur ce SB jet, où l'esprit de ces premiers siècles est très-bien co serve. Il élail aussi accompagné de la lecture de l'Ecriture sainte, de cantiques spirituels et d'actions de grâces, au lieu de chansons profanes dont les païens accompagnaient leurs festins.

Mœurs des chrét., § 10. Quel serait t'étonuemeiil de ces premiers fidèles, s'ils étaient témoins du luxe et de la profusion qui régnent dans les repas des chrétiens d'aujourd hui ?

REPAS DE CHARITÉ-. Voy. Agapb.

Repas nu mort, cérémonie funéraire en usage chez les anciens Hébreux et chez d'autres peuples; c'était la coutume de faire un repas sur le tombeau de celui que l'on venait d'inhumer, ou dans sa maison après ses funérailles. Le prophète Hanicii dit des païens, c. vi, v. 31 : « Ils hurlent en présence de leurs dieux corn ne dans le repas d'un mort. » L'usage de mettre de la nourriture pour les pauvres sur la sépulture des morts était aussi commun chez les Hébreux. Tobio exhorte son fils à mettre son pain sur la sépulture du juste, et à n'en point mander avec les pécheurs. Saint Augustin, Epist. 22, observe que de son temps, en Afrique, on portail à manger sur les tombeaux des martyrs et dans les cimetières. Cela se faisait fort innocemment dans les commencements, mais dans la suite il s'y glissa des abus que les évèques les p'us saints et les plus zélés, tels que saint Ambroise et saint Augustin, eurent assez de peine a déraciner, lise faisait chez les Juifs deux sortes de repas du mort ; le premier se faisait immédiatement après les funérailles ; ceux qui y assistaient étaient censés souillés et obligés de se purifier comme s'ils avaient louché un cadavre. Le second se donnait à la fin du deuil ; Josèphe, Guerre des Juifs, I. Il, c. 1. La mémo coutume règne encore aujourd'hui parmi les gens de la campagne, dans quelques provinces où les anciennes mœurs se sont conservées. Toutes les personnes de la famille d'un mort, qui ont assisté à ses obsèques, prennent ensemble un repas frugal dans la maison du défunt, el l » même chose se renouv ■ Ht* ai: bout de l'an après son anniversaire.

RÉPONS. Voy. Un m> ..o uiulbs.

RÉPROfl \ I li IN, logeaient par lequel Dieu exclut du bonheur éternel un péchcor et le eonJamne au feu de l'enfer; c'est le contraire de la pré leslioalion. On il slingae or dinairemeiil deux espèces de réprobation, l'une négative et l'autre positive : la première e--l !a non-élection d'une créature à la gloire éternelle, !a seconde est la destination ou condamnation formelle d • cette même créature aux supplices de l'enfer. Il est évident que celle différence e>>l purement métaphysique, poisque la réprobation positive e^t une suite infaillible et nécessaire de la réprobation négative ; c'est dans le fond le même décret de Dieu envisagé sous deux aspeds différents.

Sur cette matière, comme sur celle de la pré lestinalion, il est important de distinguer ce qui est de foi d'avec les spéculations el les opinions des théologiens. Or, il est décidé dans l'Eglise catholique, 1* qu'il y a une réprobation, c'est-à-dire u:i décret de Dieu par lequel il veut non-seulement exclure du bonheur éternel un certain nombre d'hommes, mais encoie les condamner au feu de l'enfer. Cela est prouvé par le tableau que Jé-us-Christ a l'ai » du jugement dernier (Malth. xxv, 3i el 41). De même que Dieu dil aux prédestinés : Venez posséder le royaume qui vous eut préparé depui.i la créalion du monde... Il dit aussi aux réprouvés : Allez, maudits, au feu éternel qui est prépare au démon et à ses anges 2" Le nombre des réprouvés, aussi bien que celui des prédestinés, est fixe et immuable; il ne peol augmenter ni diminuer. Celle vérité est une conséquence delà certitude de la prescience de Dieu. Saint Augustin, L. de Corrept. et Grat., cap. xm. 3° Le décret de la réprobation n'impose à ceux qui en sont l'objet aucune nécessité de p cher, puisqu'il n'en.péche pas que Dieu ne donne à tous des grâces qui suffiraient pour les conduire au salut, s'ils n'y résistaient pas ; personne n'est donc réprouvé que par sa faute libre el volontaire ; deuxième concile d Orange, can. 25. 4* Il est donc faux que le décret de Dieu exclue les réprouvés de lou'.e grâce actuelle intérieure, même du don de la foi et de la justification, puisqu'il y a parmi les chrétiens des reprouvés qui ont reçu lous ces dons; Concil. Trid., sess> (5, can. 17. 5° La réprobation posiiive, ou le décret de condamner une âme au feu de l'enfer, suppose nécessairement la prescience par laquelle Dieu voit que celte âme péchera, persévérera dans son péché et y mourra ; parce que Dieu ne peut damner une âme sans qu'elle l'ail mérite ; saint Augustin, Op. imperf., 1. 111, c. 18 ; I. iv, c. 25. 6° Conséquemment la réprobation positive des mauvais anges a eu pour fondement ou pour «notifia science que Dieu a eue des péchés qu'ils commelîraieut, et desquels ils ne se repentiraient jamais. Ce le des païens suppose ta prévision du péché orig nel non effacé en eux, et cel.e des péchés actuels qu'ils coin mettront , el dans l'impcuitcncc des'îu-is

li£P

l'JS

ils mourront. Celle dos fidèles baptisés ne suppose que la prévision de leuis péchés actuels et de le r impénitence finale.

Mais on dispute dans les écoles pour savoir si la réprobation négative est un acte réel, positif cl absolu de Dieu, ou si c'est seulement une négation de tout acte, une espèce d'oubli de sa part à l'égard des réprouvés. Question qui n'est pas fort importante en elle-même , cl sur laquelle il csl difficile d'avoir une opinion qui n'entraîne aucune fâcheuse conséquence. Calvin a soutenu que l.i réprobation, tant négative que positive, lie end uni<iuen)enl du bon plaisir de DL'UJ qu'antécédcmmenl à toute prévision de démérite, il a destiné un certain nombre de ses créatures aux supplices éternels. Doctrine cruelle et impie, qui lut néanmoins solennelleinci.t confirmée dans le synode de Dordrecth en !(>19, mais de laquelle les calvinistes ont tellement rougi depuis ce temps-là, qu'il n'esl presque plus aucun théologien parmi eux qui ose la soutenir. LUc était à peu pi es la même dans la confession de foi anglicane, mais elle a été généralement abandonnée comme injurieuse à Dieu. Voy. Ahminianisme.

Ceux qui se nommenl a.igusliniens disent que dans l'état d'innocence, Dieu n'a exclu personne de la gloire éternelle, si ce n'est conséquemment à la prévision de ses péchés ac uels; mais que depuis la chute d'Adam, le péché originel est une cause éloignée, mais suffisante, de réprobation négative, même à l'égard des fidèles dans lesque s il a été effacé par le b iplême. Doctrine qui parait formellement contraire à celle du concile de Trente, sess. 5, can. 6, qui décide, après saint Paul , qu'il ne reste aucun sujet de condamnation dans ceux qui sont i égéuérés en Jésus-Christ parle baptême, et que Dieu n'y voii plus aucun sujet de haine.

Les Thomistes enseignent que, quoique la réprobation positive suppose nécessairement la prévision des péchés actuels non effacés , cependant cette prévision n'esl pas nécessaire pour la réprobation négative, soit à l'égard des anges, soil à l'égard des hommes , parce que, anlécédemmenl a toute prévision , le bonheur éternel n'esl dû ni aux uns ni aux autres; qu'ainsi cette réprobation négative n'a point d'autre motif que le bon plaisir de Dieu.

Pour nous, il nous paraît que, dès que Ton suppose en Dieu un décret positif de la rédemption générale de tout le genre humain, une volonté de Dieu sincère de sauver tous les hommes, el de leur donner à lous des grâces en vertu de cette rédemption, il n'est pas possible d'admettre une réprobatiin , soit positive, soil négative, antécédente à la prévision du démélile d'un pécheur; car enfin, cette réprobation , même purement négative, serait une exception ou une restriction mise à un décret que l'un supposa général et absolu, par conséquent une contradiction dans les termes. Comment concevoir un décret général ou une volonié sincère de sauver tous les hommes par

Jésus-Christ, si co n'est pas un décret de leur donner à tous la gloire éternelle, à moins qu'ils ne s'en excluent eux-mêmes par leurs démérites? Il n'est donc pas possible d'y supposer aucune exception ni aucun oubli de la part de Dieu, sans se contredire, el sans affirmer que celle volonté ou ce décret n'est pas général. Or, saint Paul nous assure qu'il l'est. Voy. Salut.

Encore une fois, à quoi servent les spéculations métaphysiques et les abstractions arbitraires sur ce sujet? Elles ne peuvent ni changer l'ordre des décrets de Dieu touchant le salut des hommes, ni influer en rien sur noire sort éternel. Il nous semble que la meilleure manière de concevoir et d'arranger les décrets divins dans notre esprit , est celle qui csl la plus propre à nous inspirer une reconnaissance infinie envers Jésus-Christ pour le bienfait de la rédemption , une ferme confiance en la bonté île Dieu , et un courage constant à faire n.>sre salut. Voy. Bédehption.

* RÉPROUVÉS. Voij. Damnation, RrirRo&Afiw, Éi.us, Enfer.

RÉPUDIATION. Voy. Divorce.

RÉSIDENCE. Un des premiers décrets du concile de Trente sur la discipline est celui qui ordonne la résidence à lous les ecclésiastiques pourvus d'un bénéfice ayant charge d'âmes, de quelque qualité et condition qu ils soient. « Qu'ils sachent , dit le saint concile , qu'ils sont obligés de travailler et de remplir leur ministère par eux-mêmes; qu'ils ne satisfont point à leur devoir, si, comme des mercenaires, ils abandonnent le troupeau qui leur est confié, et ne gardent point leurs ouailles, du sang desquelles le souverain Juge leur demandera compte, » sess. 6, de Iïeform., c. 1. Déjà il les avait avertis qu'ils sont obligés de prêcher l'Evangile par eux-mêmes, à moins qu'ils ne soient légitimement empêchés, sess. 5, eau. 2. Le coucile déplore la licence avec laquelle les anciens canons sont violés sur ce point; il les renouvelle et statue des peines contre tous ceux qui s'absenteront sans cause légitime. Il répète encore ce même décret en termes plus forts, sess. 23, can. 1; il réfuie les interprétations fausses el tes limitations que certains ecclésiastiques y apportaient. 11 déclare que l'obligation de la résidence les regarde tous, sans exception, même les cardinaux.

L'an 3V7, le concile de Sirdique, can. \k, avait déjà défendu aux évèques de s'absenter de leur diocèse pendant plus de trois semaines , à moins qu'ils n'y fussent obligés par une nécessité grave. Plusieurs conciles célébrés dans les divers royaumes de l'Europe, avant ou après celui de Trente, ont renouvelé la même loi , el elle a été confirmée par les édils et les ordonnances de nos rois. Ce sérail s'aveugler volontairement de prétendre que Celte loi e6t de pure discipline ecclésiastique, qu'elle peut changer , être limitée ou abrégée par l'usage, être interprétée ai gré de ceux qu'elle incomaiode. Il est évident

m; iiks m m

i(iti! !.) résidence des pasteurs est de droit di- livr< de nos maux en ce monde, il nous en

vin, puisque cette obligation est Assez clai- dédommagera dam une autic Oe. Qum i

rement runtenae dans le tableau que Jésus- la religion chrétienne n'aurait produit au<uu

Christ a fait du bon pasfenr el du mercenai- antre bien dans le monde que de ronsoler

re, dans la leçon que saint Pierre fait aux l'homme dans ses souffrances, elle serait en-

pastenrs en général (/ Pclr. v, 1), c! dans core le plus grand bienfait que Dieu lit pu

celles que saint Paul adresse à Tile et a Timo- accordera l'humanité. Vop. Patibsicu.

ihée. Elle est même de droit naturel, puis- RESTITUTION, réparation du dommage

qu'il est de la justice que celui qui reçoit un que l'on a porté au prochain dans ses biens.

salaire pour remplir une fonction person- Le même principe d'équité naturelle qui fait

itelle y satisfasse exactement, sentir qu'il n'est pas permis de dépouiller un

Une antre erreur serait de penser que homme de ce qu'il possède, fait aus*i coniquand un pasteur a des affaires qui peuvent prendre que quiconque est coupable de ce être faites par un autre, il lui est permis de crime, est étroitement ol lige île le réparer; s'absenter de son bénéfice pour aller les de rendre à cet homme ce qu'il lui a enlevé, suivre, el de faire remplir ses fonc'ions pas- ou l'équivalent, el que l'injustice dure tant (orales par des vicaires ou des délégués. Il que la restitution n'esl pas fa te. Le principe, n'est point d'affaires plus importantes que Non remiltitur delictum , niti restiluatur le soin des âmes cl les fonctions d'un mi- ablatum, csls;!C é parmi les théologiens mont stère sacré; c'esl le devoir personnel du ralistes ; l'impossibilité seule de restituer bénéficier; il doit y satisfaire par lui-même, peut en dispenser celui qui a fait une injutel confier à d'autres les affaires ou les né- tice.

gocialions dans Ic-quelles un autre peut Les incrédules ont calomnié les prêtres en téussir aussi bien que lui. On ne dispense leur reprochant d'absoudre les pécheurs coupoint un militaire ni un magistrat de rem- pablesde vol, de rapine, de concussion, surplir les devoirs de sa charge , ni de s'absen- tout au lit de la mort , sans exiger d'eux la ter sans une nécessité grave : les fonctions restitution <l«-s injustices qu'ils ont commises, du pasteur sont pour le moins aussi impor- pourvu qu'ils fassent quelques aumônes ou tantes que les leurs. Ici l'exemple, la cou- quelques legs pieux. Il n'est point de casuis'e tume, les prétextes ne peuvent prescrire assez ignorant pour méconnaître un devoir contre la loi : elle réclame toujours contre aussi évident que celui de la restitution , el les prévaricateurs. il n'en estpoinl u'assez pervers pour vouloir

Quoique cet article doive être traité dans se damner en coopérant à l'injustice d'anlrui

le Dictionnaire de Jurisprudence, il tient sans en retirer aucun avantage personnel,

aussi de très-près à la théologie, puisqu'il Qu'importent à un confesseur des legs pieux

concerne un devoir de morale le plus im- ou des aumônes qui ne sont pas pour lui ?

portant, auquel la religion et le bien de l'E- Mais puisque l'on voit lant d'injustices ,

glise sont essentiellemenl intéressés. pourquoi ne voit-on point de restitwion?

DÉSIGNATION à la volonté de Dieu. Parce que ceux quiont eu la conscience assez C'est la disposition d'un chrétien qui envi- pervertie pour se permettre des injustices , sage tous les événements de la vie comme ne l'ont pas assez droite pour se les reprodirigés par une providence paternelle et cher, pour s'en accuser el 'vouloir les répabienfaisaule, qui reçoit d'elle les biens avec rcr. Jamais l'art de pallier et de justifier les action de grâces , et se croit d'autant plus gains illicites n'a été poussé aussi loin qu'auobiigé à la servir par reconnaissance; qui jourd'hui; l'exemple et la coutume semblent accepte les afflictions sans murmure, comme les autoriser ; l'on n'a plus besoin des prêiin moyen de satisfaire à la justice divine, 1res pour se tranquilliser à la mort. Plusieurs d'expier le péché el de mériter un bonheur incrédules ont poussé l'audace jusqu'à ineternel. C'est la leçon que sainl Paul donne culper Jésus-Christ lui-même, parce qu'aaux fidèles, Uebr., cap. xii.ll établit l'obi i- près avoir reproché aux pharisiens leurs galion de la patience sur l'exemple de Je- extorsions el leurs rapines, il leur dit : Cesiis-Cht isl, el sur celui des anciens justes, pendant fuites l'aumône de ce qui vous reste , Cette vertu est plus commune parmi le peu- et tout est pur pour vous (Luc. xi, 41). Jésuspie, exposé à souffrir beaucoup et souvent, Christ dispensait donc les pharisiens de resque parmi les heureux du siècle ; après quel- tiluer, pourvu qu'ils fissent l'aumône, ques plaintes que la sensibilité arrache d'à- Remarquons, 1° qu'il ne s'agissait pas, bord aux hommes du commun, ils se conso- dans cet endroit , de prouver à ces hommes lent en disant : Dieu l'a voulu. H v a dans injustes la nécessité de la restitution, mais le fond plus de philosophie dans ces courtes de leur montrer que la pureté de l'âme est paroles que dans les réflexions su pli mes de Se- plus nécessaire que les purifications et les nèque et d'iipiclèle. Touies celles-ci se re- ablutions , qui ne peuvent procurer que la (luisent à dire: C'est une nécessité de sauf- pureté du corps; 2U que les injustices des frir ; il n'y a point de remède contre les arrêts pharisiens étaient des extorsions à l'égard du sort ; il est inutile de vouloir y résister ou du peuple, légères , chacune en particulier, de s'en pi oindre. U n chrétien se console avec mais multipliées à l'infini; comme il est implus de raison : il sait qu'il n'esl aucun possible de reslituer d<> semblables bagatelles malheur auquel Dieu ne puisse remédier; à mille personnes différentes, la seule resque. quand il nous afflige, il nous donne aussi titulion possible est de donner aux pauvresij force de souffrir, et que s'il ne nous dé- Pour faire l'énuméralion de tous les cas

Page 1