‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 43 sur 219 · IT · texte numérisé non relu

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la raison est une fois dépravée, il faut absolument une lumière surnaturelle pour la redresser. Voy. Raison.

2° Quaire mille ans après la création , après cinq cents ans de leçons données par les philosophes, la raison humaine semblait devoir être parvenue à une maturité parfaite : on sait quel était l'état de la religion et de la morale chez les nations même qui passaient pour les plus éclairées et les plus sages, chez les Grecs et les Romains : point d'autre religion qu'un polythéisme insensé et une idolâtrie grossière. [Voy. Idolâtrie.] Cette religion, loin de donner aucune leçon de morale et de fournir aucun motif de vertu, enseignait tous les vices par l'exemple des dieux : Platon, Senèque et d'autres en sont convenus. Elle ne proposait aucun dogme de croyance ; on pouvait nier impunément l'immortalité de l'âme et la fable des enfers ; quoique l'on sentît l'utilité d'admettre une autre vie, cela n'était commandé par aucune loi. Les philosophes eux-mêmes étaient presque aussi ignorants que le peuple : ils ne connaissaient ni la nature de Dieu ni celle de l'homme ; ils n'avaient aucune idée de la création, ni de la conduite de la Providence, ni de l'origine du mal, ni de la manière dont Dieu toulait être ailoré ; ils voulaient que la religion populaire fût conservée, parce qu'ils ne se sentaient pas la capacité d'en forger une meilleure. Aussi, quelle dépravation dans les mœurs publiques ! Les combats de gladiateurs, les amours impudiques et contre nature, l'exposition et le meurtre des enfants, les avortements, les divorces réitérés, la cruauté envers les esclaves, ne paraissaient point des désordres contraires à la loi naturelle. Juvénal, Perse, Lucien, en ont fait une satire sanglante; mais les philosophes n'osaient censurer ces usages abominables, plu>ieurs même les ont autorisés par leur exemple. Les fausses religions des égyptiens, des Perses, des Indiens, des Chinois, n'étaient ni plus raisonnables ui plus pures que celle des Grecs et des Romains. Celle des Gaulois et des peuples septentrionaux ne leur inspirait que la fureur guerrière et l'habitude du meurtre. Chez la plupart des nations , l'intempérance , l'impudicité , les sacrifices de sang humain, ont été en usage comme des cérémonies religieuses. Ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que quand la vraie religion a été préchée, tous ces aveug'es , loin d'en bénir Dieu et d'écouter sa parole, se sont révoltés, ont traité d'athées, d'impies, de perturbateurs du repos public, ceux qui voulaient leur ouvrir les yeux ; ils les ont tourmentés et mis à mort. Est-ce sur ces faits incontestables que les déistes prétendent élever un trophée à la raison humaine, et disconvenir de la nécessité de la révélation?

3° Les anciens philosophes ont été plus modestes et de meilleure foi que ceux d'aujourd'hui; les plus célèbres ont avoué la nécessité d'une lumière surnaturelle pour connaître la nature de Dieu, la manière dont il veut être honoré, li destinée cl les

devoirs de l'homme. Il est bon de les entendre parler eux-mêmes sur ce sujet.

Platon, dans YEpinomis , donne pour avis à un législateur de ne jamais toucher à la religion, « de peur, dit-il, de lui en substituer une moins certaine; car il doit savoir qu'il n'est pas possible à une nature mortelle d'avoir rien de certain sur celle matière. » Dans le second Alcibiade, il fait dire à Socrate : « 11 faut attendre que quelqu'un vienne nous instruire de la manière .dont nous devons nous comporter envers les

dieux et envers les hommes Jusqu'alors

il vaut mieux différer l'offrande des sacrifices, que de ne pas savoir, en les offrant, si on plaira à Dieu ou si on ne lui plaira pas. » Dans le quatrième livre des Lois , il conclut qu'il faut recourir à quelque Dieu, ou attendre du ciel un guide, un maître qui nous instruise sur ce sujet. Dans le cinquième, il veut que l'on consulte l'oracle touchant le culte des dieux : « Car, dit-il, nous ne savons rien de nous-mêmes sur tout cela. » Dans le P/iédon, Socrate, parlant de l'immortalité de l'âme, dit que « la connaissance claire de ces choses dans celte vie est impossible, ou du moins

très-difficile Le sage doit donc s'en tenir

à ce qui paraît plus probable, à moins qu'il n'ait des lumières plus sûres, ou la parole de Dieu lui-même qui lui serve de guide. »

Cicéron, dans ses Tusculanes, après avoir rapporté ce que les anciens ont dit pour et contre ce même dogme, ajoute : « C'est l'affaire d'un Dieu de voir laquelle de ces opinions est la plus vraie; pour nous, nous ne sommes pas même en élal de déterminer laquelle est la plus probable. »

Plutarque, dans son Traité d'isis et d'Qsi* ris, pense, comme Platon et Aristote, que les dogmes d'un Dieu auteur du monde, d'une Providence, de l'immortalité de l'âme, sont d'anciennes traditions, et non des vérités découvertes par le raisonnement. 11 commence sou Traité en disant « qu'il convient à un homme sage de demander aux dieux touies les bonnes choses, mais surtout l'avantage de les connaître autant que les hommes en sont capables, parce que c'est le plus grand don que Dieu puisse taire à l'homme. » Les stoïciens pensaient de même. Sirupjiçius , dans le Manuel d'Epict'te, 1. 1, p. 211 et 212, est d'avis que c'est de Dieu lui-même qu'il faut apprendre la manière de nous le rendre favorable. Marc-Aurèle Anlonin,dans ses Réflîxions morales, t. 1 , à la fin, attribue à une grâce particulière des dieux l'application qu'il avait mise à. connaître les véritables règles de la morale; et il se flatte d'avoir reçu d'eux, non-seulement des avertissements, mais des ordres et des préceptes.

Mélisse de Samos, disciple de Parménide, disait que nous ne devons rien assurer louchant les dieux, parce que nous ne les connaissons pas, Diug. Laerce, I. ix, § 2V. Celse rap] orte le passage de Platon dans lequel il dit qu'il est difficile de découvrir le créateur ou le père de ce monde, et qu'il est impossible ou dangereux de le faire connaître à tous, dans Orig., 1. vu, n. V2. Ce fut aussi

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