‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 47 sur 219 · RIC · texte numérisé non relu

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lement à ce qu'il possède, sans en abuser pour satisfaire des passions criminelles, sans faire injustice à personne, toujours prêt à perdre ses biens lorsque Dieu voudra l'en priver, et à les partager avec les pauvres. Jésus-Christ aurait-il condamné un riche tel que Job, duquel Dieu lui-même a daigné faire l'éloge? Non, sans doute. Aussi, lorsque saint Paul prescrit à Timothée les leçons qu'il doit donner aux riches, il ne dit pas qu'il faut leur ordonner de renoncera leurs richesses, mais de ne pas s'en enorgueillir, de ne pas metlre leur confiance dans des biens périssables, mais en Dieu, qui pourvoit abondamment aux besoins de ituis (/ Tim. vi, 17). Jésus-Christ lui-même disait au\ pharisiens, auxquels il reprochait des injustices et des rapines: Faites l'aumône, et tout tera pur pour vous (Luc.

xi, 41).

Nous lisons encore, Matth., c. X!X, v. 21, que Jésus-Christ, après avoir dit à un jeune homme que pour être sauvé il fallait garder les commandements, ajouta : Si vous voulez être parfait, allez vendre ce que vous avez, donnez-le aux pauvres, vous aurez un trésor dans le ciel; venez alors et suivez-moi. Les Pèrr s de l'Eglise et les commentateurs catholiques disent, à ce sujet, que Jésus-Christ ne faisait point un commandement rigoureux à ce jeune homme, mais qu'il lui donnait un conseil de perfection. Barbeyrac, qui n'admet point de conseils dans l'Evangile, soutient le contraire; il prétend que Jésus-Christ était en droit d'imposer à ce jeune homme une obligation rigoureuse de tout quitter pour se mettre à sa suite comme les autres apôtres, et qu'il le lui commandait, parce qu'il voyait que son attachement excessif à son bien serait pour lui un sujet de damnation; aussi est-il dit, v. 22, qu'il se retira fort triste, parce qu'il était très-riche. Traité de la morale des Pères, c. xn, § G'*.

De notre part, nous soutenons que c'est Barbeyrac et non les Pères qui ont tort. 11 ne s'agit pas de savoir si Jésus-Christ était en droit de faire, un commandement rigoureux à ce jeune homme, mais s'il le lui faisait en effet; or, rien ne prouve que quand le Sauveur appelait un homme pour en faire un apôtre, il lui donnait un ordre rigoureux, et lui commandait sous peine de damnation. Il lui faisait une invitation; il lui promettait une récompense spéciale ; nous le voyons dans cet endroit même de l'Evangile, v. 28. Une conduite plus sévère et plus absolue ne se serait pas accordée avec la bonté, la condescendance, la mi>éricordede notre divin Maître. En second lieu, ces paroles: Si vous voulez être parfait, peuvent-elles signifier si vous ne voulez pas être damné? Barbeyrac n'aurait pas osé le dire, et cependant il le suppose, puisqu'il argumente *ur l'attachement excessif de ce jeune homme à ses richesses. Il nous paraît qu'il pouvait avoir quelque répugnance à se dépouiller tout à coup d'une fortune considérable, sans être pour cela taxé d'un attachement damnablc. Barbeyrac, qui déclame si sou-

vent contre le rigorisme de la morale des Pères, le pousse ici beaucoup pius loin qu'eux. Par la même raison, il ne veut pas que les premiers chrétiens de Jérusalem aient agi par le motif d'une plus grande perfection en vendant leurs biens, et en en niellant le prix aux pieds des apôtres, pour qu'i! fût distribué aux pauvres [Act. m, 4i). H dit que c'était un effet de leur charité mutuelle, vertu absolument nécessaire dans le commencement de l'Evangile. Mais ce critique peut-il prouver qu'il y avait une obligation rigoureuse pour chaque fidèle riche de pousser la charité jusque-là, et que, sans ce dépouillement volontaire, l'Evangile n'aurait pas pu s'établir? Le contraire est évidemment prouvé, puisque celle communauté de biens n'existait que dans l'Eglise de Jérusalem; Barbeyrac lui-même est forcé de convenir que les apôtres ne l'exigeaient pas, et saint Pierre le dit form llemenl (Ibid. v, !*■); s'ils ne l'exigeaient pas, il n'y avait donc point d'obligation de la faire; c'était une œuvre de surérogation qui se faisait par le motif d'une plus grande perfection. Voy. Conseils évangéliqi!es.

RIGORISME , affectation d'embrasser les opinions les plus rigoureuses, soit en fait de dogme, soit en fait de morale. Il est à remarquer que lerigorisme est ordinairement le travers des hommes sans expérience, des théologiens qui ont passé leur vie dans leur cabinet; il se trouve rarement parmi les ouvriers évangéliques, chez les pasteurs et chez les missionnaires blanchis dans les Iravaux du saint ministère. Le zèle de ceux-ci , réglé sur l'expérience, est doux, charitable, indulgent; ils sentent la nécessité d'exciter, d'encourager, de soutenir les faibles, ils craignent toujours de jeter les pécheurs dans l'abattement et le désespoir.

Jésus -Christ, modèle des docteurs, n'affecta jamais le rigorisme; au contraire, il le reprocha souvent aux pharisiens : ils l'accusèrent de relâchement, ils le peignirent comme l'ami des publicains et des pécheurs. Il répondit avec sa douceur ordinaire: Ce ne sont point les personnes saines, mais les malades, qui ont besoin de médecin; je ne suis point venu appeler à la pénitence les justes, mais les pécheurs. De même les anciens Pères, qui étaient non-seulement théologiens et docteurs de l'Eglise, mais pasteurs et directeurs des âmes, évitèrent les opinions et les règles de morale trop rigides.

C'est par un rigorisme hypocrite que les hérétiques ont toujours commencé: les gnostiques, les montanistes, les manichéens, les albigeois, les vaudois, Wiclef, Jean Hus, Luther et Calvin, ont tendu le même piège aux simples et aux ignorants. Le rigorisme insensé des novaliens fut l'avant-coureur du l'arianisme, celui des Africains semble avoir présagé l'extinction du christianisme dans cette contrée; le prédestinatianisme dans les Gaules fut immédiatement suivi de la barbarie; les clameurs des vaudois contre le relâchement de l'Eglise romaine ont appelé de loin le protestantisme Tant il c>l vrai

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