‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 65 sur 219 · GS · texte numérisé non relu

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réflexions sur l'horrible aspect do no* boucheries, fur l'odeur infecte de nos rumines , tur le service de nos lablcs, qui semblerait très-dégoûtant à un homme habitué à vivre de fruits. 11 est inutile de demander comment un fait a pu arriver, lorsque nous voyons sous nos yeux un phénomène à peu près semblable. Pour en rendre raison, il n'est pas nécessaire de recourir aux idées absurdes que les peuples polythéistes se sont formées de leurs dieux, auxquels ils ont attribué les besoins, les goûts, les passions de l'humanité. Ces notions fausses sont postérieures de longtemps à la naissance de la véritable religion et des sacrifice* offerts au vrai Dieu. Nous en découvrirons l'origine et les conséquences dans le § V, ci-après. On se trompe encore plus évidemment, lorsque l'on attribue aux prêtres l'invention des sacrifices et de tous les abus que l'on en a faits. Dans les premiers âges du monde et avant la formation de la société civile, tout père de famille était le sacrificateur de sa maison, et l'on a trouvé des sacrifices sanglants chez des sauvages qui n'avaient aucune notion de sacerdoce (1).

(1) Pour compléter celle idée générale du sacrifice, nons empruntons à Sclimidl la notion qu'il nous donne des sacrifices.

« On justifie ordinairement l'origine des sacrifices, en avançant que les hommes se croyaient obligés et rigoureusement astreints à offrir à la Divinité leurs hommages ou quelques présents. Les dieux nous comblent de bienfaits; il est donc naturel de leur consacrer les premiers des biens que nous tenons de leurs bontés : de là les libations de l'antiquité cl l'offrande des prémices, qui avaient lieu au commencement des repas. Celte sorte de sacrifices, usitée chez ions les peuples anciens, consistait dans l'hommage qu'on faisait aux dieux des fruits et des produits de la terre. E le était le îésullal d'un mouvement spontané, d'une volonté libre; elle manifestait la piété, secondait la reconnaissance.

« Quelque satisfaisante que paraisse cette explication des sacrifices, quelque plausible que soit l'o; inion qui les fait dériver du devoir imposé à l'homme d'offrir à la Divinité des présents, des dons, des prémices ; selon moi, cependant, cet hommage, d'ailleurs si naturel, n'est point le motif de l'institution universellement répandue des sacrifices. Je crois, au contraire, comme l'atteste clairement l'histoire, que les hommes furent dans tous les temps pénétrés de celle vérité: qu'Us vivaient sous l'empire d'une puissance irritée, et que les sacrifices seuls pouvaient fléchir &a colère. Les dieux sont bienfaisants, c'est d'eux que nous avons reçu tous les biens dont nous jouissons : dès lors, noire devoir est de les exaller par nos louanges, de leur témoigner notre reconnaissance... Mais les dieux sonl justes, nous sommes coupables : dès lors, il devient nécessaire de les adoucir, d'expier nos crimes, et le moyen le plus efficace pour y parvenir, c'est le sacrifice. — Telle fut la croyance de l'antiquité, telle est encore, sous des formes diverses, la cioyancc du monde enlier. Les premiers hommes, dont les idées servirent de type à celle du genre humain, se croyaient coupables. Sur celte doctrine fondamentale s'élevèrent les institutions religieuses, en sorte que les hommes de ions les temps i'C cessèrent jamais d'avouer une déchéance originelle et générale, de répéter comme nous, quoique dans un sens moins rigoureux : Nos mères nous ont connus dans le crime. — L'idée d'un crime et de la

§ II. Sacrifices des pilriarcltci. Nous voyons, d;ins l'histoire de la création, les enfants d'Adam offrir à Dieu des sacrifices;

punition qu'il mérite csl généralement la source des sacrilircs.

« Sacrifices sanglants. Les anciens avaient coutume d'offrir non-seulement des prése ils, des dons, d»-s prémices, mai-; encore la chair des animant. S'ils n'avaient voulu par là que rendre hommage à la Divinité et leronnatirc sa suprématie sur louics loi créatures, ils se seraient bornés à lui offrir cette chair et a la placer sur st-s autels. Toutefois les j>< oples ne se contentèrent p int d'une offrande si simple ; ils immolaient les animaux, ils répandaient leur sang en l'honneur des dieux et pour sceller la réconciliation. Le culle exigeait donc une victime (ho sic et l'effusion du sang. Ou croyait que c'était moins l'offrande de la chair que celte effusion qui possédait la vertu expiatoire , indispensable aux hommes.

t Les anciens regardaient le sang comme un vivant fluide, où résidait l'àmc ; la vie et le sang se trouvaient, pour ainsi dire, les deux termes identiques d'une équation. Delà vient aussi qu'ils pensaient que le ciel, irrité contre la chair et le sang, ne pouvait être apaisé que par son effusion, et aucun peuple n'a douté qu'elle n'eût la propriété d'expier le crime. Or ni la raison ni la folie ne donnèrent naissance à cette idée, et bien moins encore ne la tirent adopter si généralement. L'histoire ne nous montre pas iasM l'univers une seule contrée qui lui soit restée inaccessible. C'était une opinion uniforme, dont le règne embrassait tous les pays, qu'on ne pouvait obtenir que par le sang la rémission du crime et le retour des faveurs célestes. Ce point une fnis admis, la nature des saciifices païens se dévoile à noire vue, autant, du moins, que la faiblesse de nos sens non permet de l'apprécier.

i Universalité de la doctrine de la rédemption par l'effusion du sang. Rien ne frappe plus, dans les lois de Moïse, que ses conslan.s efforts pour garantir les Juifs des pratiques du paganisme, pour séparer le peuple Israélite du reste des peuples, en lui imposant des rites particuliers ; mais, relativement aux sacrifices, il abandonne son système général : il se règle d'après les rites fondamentaux des autres nations, et même, ne se contentant pas de s'y conformer, il ajoute à leur rigueur, exposant ainsi le caractère national à acquérir une dureté dont, à coup sûr, il n'avait pas besoin. De toutes les cérémonies prescrites par ce célèbre législateur, il n'en est pas une, il n'est surtout aucune purification, même physique, pour laquelle le sang ne soit nécessaire. Je signale principalement les purifications et les sacrifices expiatoires, fixés par les loi*, et dont le bat était de sanctifier et de réconcilier. Remarquons surtout la fêle de l'expiation solennelle, à laq-iell \ tout le peuple se purifiait et rentrait en grâce avec le Seigneur. La purification s'opérait par l'immolation de certaines victimes, du sang desquelles on arrosait la terre et l'on faisait des aspersions; \oici quelques circonstances de la fêle solennelle : purifié déjà par le sacrifice d'une victime, le grand prêtre apporte le sang du bouc, tué pour le pécbéda peuple, au dedans du voile; il en arrose la terre devant l'oracle et purifie le sanctuaire des impuretés des enfants d'Israël, de leurs prévarications, de tous leurs péchés... Offrant alors le bouc vivant, il met ses deux mains sur sa léte, confesse toutes les iniquités des enfants d'Israël, eu charge avec imprécation la lêle du bouc, et l'envoie au désert par un homme destiné à ceile mission (Lév. xvi, 15, 1G, 21). A la suite se trouve le commandement fait aux enfants d'israél : « Au dixième jour du septième mois, vous affligerez vos âmes; c'est en ce jour que se fera votre expiation et la purification de tous vos pèches ; vous ferez pu-

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il est dit (Gm. iv, 3) que Caïn, laboureur, offrait à Dieu les fruits de la terre, qu'Abel, pasteur de troupeaux , eu offrait les prémices

rifiés devant le Seigneur. Car c'est le sabbat et le grand jour du repos. > (Le», m, 19, SI.) Celle expiation ordonnée par Moïse , inséparable de l effusion du sang des victimes, était l'image de l'expiation générale des crimes du genre humain parlesacrifice de la croix et par le sang de Jésus-Christ.

i Oe même que chez les Juifs d'après les lois mosaïques, l'immolation des victimes et l'effusion de leur sang, dans le but d'apaiser les dieux-, étaient universellement en usage cbez les païens. Une maladie contagieuse exerçait ses ravages dans le camp des Grecs; Achille veut connaître « la cause de ce grand courroux d'Apollon, s'il punit la transgression d'un vœu ou le relus de quelque hécatombe, et si daignant agréer un sacrifice de victimes choisies, il veut écarter loin des Grecs la contagion et la mon. » D'après la réponse de l'oracle, < Agamemnon ordonne aussitôt aux peuples de se purifier : ils se purifient, et jettent l'eau lustrale dans la mer. Ils immolent au dieu du jour des hécatombes choisies de taureaux et de chèvres, près la rive de l'indomptable Océan : la graisse des victimes s'élève jusqu'au ciel, en tourbillons de fumée. >

i Et lorsque Gbrysès eut reçu sa fille chérie, < ils rangent aussitôt l'hécatombe autour du superbe autel ; ils versent sur leurs mains une eau pure et prennent l'orge sacrée, i (Iliade d'Homère, chant i, traduction de P. 3. Bitaubc.)

« Horace nous dit :

Et Umre et Gdibus juvat Placare, et vituli sanguine debito Custodes Numidœ deos.

(Lib. I.)

< Que mon encens, que les sons de ma lyre, qve le sang de la victime promise acquittent ma reconnaissance envers les dieux qui ont veillé sur les jours de Numide! » Quiconque a étudié l'antiquité connaît les lauroboles et les criobolet, auxquels donna lieu eu Orient le culte de Milhra. L'effet de ces sacrilices consistait dans une parfaite purification, dans la disparition de tous les crimes, dans une régénération morale et complète. Afin de renaître ainsi pour léternité (résultat qu'attribuaient les prêtres à ce genre de sacrifices, quoiqu'ils recommandassent de les renouveler après un laps de vingt ans), on descendait nu dans une fosse profonde, recouverte avec une plincbc percée d'une foule d'ouvertures. Sur cite planche on égorgeait un taureau ou un bélier, de manière à ce que leur sang, encore lié. le, jaillit sur toutes les panies du corps du pénitent. Quand on immolait un taureau, le sacrifice s'appelait laurobole ; il se nommait, au contraire, criobole, lorsqu'on employait un bélier. Au témoignage de Grégoire de Nazunze, Julien l'Apostat se soumit luimême à celte bizarre superstition. Ce fut donc la croyance constante de tous les hommes et de tom les temps, que l'effusion du sang avait la vertu de sanctifier et de racheter. Dans sa forme extérieure, cette croyance se modifia suivant le caractère et le mite des différents peuples; mais partout le principe »îst visib'e. Comment, dès lors, prétendre avec quelque droit que le paganisme s'est lait illusion sur cette idée fondamentale et universelle, c'est-à-dire l.i rédemption au moyen du Sang? b'appuierait-on sur l'impossibilité où était le genre humain de deviner la vertu de ce sang , nécessaire à sa régénération? >ur ce que l'homme abandonné à lui-mcue, ne pouvait connaître, ni la grandeur de sa chute, ni l'imineiiMié de l'amour dont il redevenait l'objet ? Nonobstant ees objections, toujours est- il que chaque peuple , quelques notions qu'il possédât sur la déciiénice originelle, connaissait et le besoin et la nature du inoNcii de mi tut. Assurément les laciuci

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et la graisse ; que Dieu agr6a les offrandes d'Abcl et non celles de Gain. Oà no peut pas douter que cette conduite n'ait élé lo fruit des leçons que Dieu avait données à leur père. « C'est parla foi, dit saint Paul (FJcbr., xi, k), qu'Abel offrit à Dieu de meilleures victimes que Caïn. » Quelques savants ont cru que la faute de Caïn consistait en ce qu'il ne voulait offrir à Dieu que les fruits de la terre , qui étaient l'offrande propre à l'état d'innocence, au lieu que Dieu avait ordonné qu'on lui immolât des animaux, qui étaient la victime convenable pour expier le péché dans l'étal de nature tombée. Cette conjecture est ingénieuse, mais on ne peut pas la prouver. Il n'est pas absolument certain qu'Abel ail immolé des animaux. Plusieurs interprètes ont observé que le mot hébreu qui signifie prémices ou premiers-nés, exprime aussi ce qu'il y a de meilleur, et que la graisse des troupeaux peut signifier le beurre ou la crème du laitage. Ils traduisent ainsi les paroles de la Genèse : Abel offrait à Dieu le meilleur quil tirait de ses troupeaux, le lait et la crème , parce qu'alors Dieu n'avait pas encore accordé à l'homme pour nourriture la chair des animaux. Il est dit simplement que Caïn offrit des fruits de la terre: mais il n'est pas di!, comme d'Abcl, qu'il offrit le meilleur : c'est peut-être en cela seulement que consisia la différence entre les sacrifices des deux frères.

Après le déluge, Noé, au sortir de l'arche, choisit des animaux purs et les offrit à Dieu en holocauste; F Ecriture ajoute que l'odeur de ce sacrifice fut agréable à Dieu. Ce fut à celte occasion que Dieu permit à Noé et à ses enfants de manger la chair des animaux , mais il leur en interdit le sang, afin de leur inspirer l'horreur du meurtre [Gen. vin, 20; îx, S). L'expression de l'auteur sacré a donnJ' lieu à quelques incrédules de conclure que Noé pensait comme les païens, que Dieu se repaissait de la fumée des victimes. Les Juifs , disent-ils , furent dans la même erreur, puisque Moïse répète souvent les mêmes paroles en parlant des sacrifices.

Au mot Odkur, nous avons fait voir qti'î ce terme se prend souvent chez les auteurs sacrés dans un sens métaphorique, et cette métaphore a lieu dans toutes 1rs langues : la bonne odeur est ce qui nous plaît; la mauvaise odeur, ce qui nous déplaît; nous en avons cilé plusieurs exemples, et l'on peut en ajouter d'autres. / tleg. xxvi, 19, David dit à Saiil : «Si c'est le Seigneur qui vous excite contre moi, qu'il accepte ma mort, adoretur

d'une croyance si extraor liuairc, si générale, doivent è:rc profondes. Si elle n'avait pas eu un fondement réel et mystérieux, pourquoi Dieu même l'anrail-il consignée dans les lois mosaïques? Oi les anciens auraient-ils puisé l'idée d'une régénération morale? Pourquoi, dans tous les lieux et à toutes les époques, afin d'honorer la Divinité, de se concilier ses faveurs, de détourner sa colère, aurait-on choisi une cérémonie dont l'esprit, isolé do tout secoins éiranger, ne saurait donner l'idée? La nécessité nous force de reconnaître l'existence de quelque cause cachée, et cette cause était bien puissante. > (Déni, Ev , éd. Migne.)

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tmcrifirium. » Sainl P.iul écrit aux Philippu iv, 18, qu'il o reça leur présent comma une viciime de bonne odeur cl agréable à. Dieu. Flairer de loin , avoir l'odeur de quelque eboso , c'est la prévoir cl la pressentir. !1 est dit dans la livre de Job, xxxix, 25, <|u'au son de la trompette le cheval a l'odeur de la guerre, qu'il sent les harangues des généraux et les cris des armées. Ainsi , recevoir un sacrifice on bonne odeur, c'est l'agréer ou l'accepter, être loucbé de cet hommage. Nous ferons voir les vrais sentiments des Juifs dans le paragraphe suiv iiit.

Lorsque Abraham eut remporté une victoire sur quatre rois, Mclchisédech , roi de Salem, offrit du pain et du vin, en qualité de prêtre du Dieu trôs-haut , ci il bénit Abraham [Gènes, xiv, 18). Saint Pau! nous .ipprend que cette offrande fut un sacrifice, et que le sacerdoce de Melchisédech était la ligure de celui de Jésus-Christ (Ilebr. vu, et vin). Pour confirmer l'alliance que Dieu contracte avec Abraham et la certitude des promesses qu'il lui fait, il lui ordonne d'immoler une victime, d'en faire deux parts, et il fait passer au milieu de ces deux portions une lumière éclatante, comme s'il y passait lui-même (G en. xv, 9). C'était l'usage des Orientaux qui faisaient alliance de passer ainsi au travers des chairs de la victime; de là leur expression , diviser ou partager une alliance , pour dire la contracter. De même Jacob et Laban, pour faire ensemble un traité de paix, immolent une victime et font un repas commun [G en. xxxi, 54). Ainsi toutes les fois qu'il est dit qu'Abraham ou Jacob éleva un autel, on entend qu'il offrit à Dieu un sacrifice. Job offrait tous les jours un holocauste pour les péchés de ses enfants [Job, 1, 5). On se disposait à celte cérémonie par des préparations. Avant d'offrir un sacrifice pour sa famille, Jacob assemble toute sa maison , il ordonne a ses gens de se purifier, de changer d'habils, de se défaire de leurs idoles, et il. enfouit sous un arbre ces objets de superstition [Gen. xxxv, 2). Il nomme Jîélhely maison de Dieu, le lieu où Dieu a daigné lui parler; il y consacre une pierre par une effusion d'huile, et Lieu approuve sa piété (xxxj, 13).

§ 111. Sacrifice des Juifs. Par ce que nous venons de dire touchant le culte religieux des patriarches, on voit que le cérémonial prescrit aux Israélites par Moïse n'était pas absolument nouveau pour eux , puisqu'une bonne partie avait été déjà pratiquée par leurs pères. A la vérité rien n'élait encore déterminé par une loi positive couchée par écrit; niais plusieurs choses étaient déjà réglées par l'usage et par la tradition reçue «les anciens : la loi de Moïse iixa le tout dans le plus grand détail.

11 y avait deux sortes de sacrifices, les sanglants et les non sanglants, et l'on en distingue trois de la première espèce. 1° L'holocauste : la victime y était brûlée en entier, sans que personne en pût rien réserver. (Lcvit. i, 13), parce que ce sacrifice était institué pour reconnaître la souveraine majesté

de Dieu, devant qui tout s'anéantit, (t ; apprendre a l'homme qu'il doit se consacrer (ont entier cl sans réserve a celui de qui il lient tout ce qu'il est. •!' L'hostie pacifique était offerte pour rendre grâces à Dieu de quelque bienfait, pour en obtenir de nouveaux, ou pour acquitter nn mou. On n'v brûlait que la graisse et les reins de la victime; la poitrine et l'épaule droite étaient données au prêtre, le reste appartenait à celui qui avait fourni la \ictime. Il n'y avait point de temps marqué pour ce sacrifice, on l'offrait quand on voulait; la loi n'a\a;l point dt terminé le choix de l'animal, il fallait seulement qu'il fût sans défaut (Levit. i;i, 1). 3° Le sierifice, pour le péché, appelé aussi sacrifice expiatoire ou propitiatoire. Avant de répandre le sang de la victime au pied de l'autel, le prêtre y trempait son doigt, et en touchait les quatre coins de l'autel ; celui pour qui le sacrifice était offert n'en emportait rien, il était censé se punir lui-même par une privation. On brûlait la graisse de la victime sur l'autel, la chair tout entière était pour les prêtres, elle devait être mangée dans le lieu saint, c'esl-à-dire dans le parvis du tabernacle [Dent, xxvn, 7). Lorsque le prêtre offrait pour ses propres pé< hés et pour ceux du peuple, il faisait sept fois l'aspersion du sang de la victime devant le voile du sanctuaire, el il répandait le reste au pied de l'autel des holocaustes Lev t. iv, 0).

On employait cinq sortes de victimes dans ces sacrifices, savoir, des vaches, des taureaux ou des veaux, des brebis ou d.s bélicis, des chèvres ou des boucs, des pigeons et des tourterelles. On ajoutait aux chairs qui étaient brûlées sur l'autel une offrande de gâteaux cuits au four ou sur le gril, ou frits dans la poéle, ou une certaine quantité de fleur de farine, avec de l'huile, de l'encens et du sel. Celle oblalion, presque toujours jointe au sacrifice sanglant, pouvait aussi se faire seule sans être précédée par une effusion de sang; alors c'était un sacrifice non sanglant, offerl à Dieu comme autour de tous les biens. On y ajoutait de l'encens, dont l'odeur agréable était le symbole de la prière et des saints désirs de l'âme. Mais Moïse avait défendu que l'on y mêlât du vin et du miel, figures de ce qui peut corrompre l'âme par Je péché ou l'amollir par les délices. Le prêtre prenait une poignée de celle farine arrosée d'huile, avec de l'encens, les répandait sur le feu de l'autel, et tout le reste était à lui. Il devait manger le pain de celle farine sans levain dans le tabernacle, et nul autre que les prêtres n'avait droit d'y loucher. 11 y avait encore des sacrifices où la victime u'é:ail point mise à mort : tel était le sacrifice du bouc, émissaire au jour de l'expiation solennelle, cl celui d.i passereau pour la purification d'un lépreux. Le sacrifice perpétuel est celui dans lequ; l c-n immolait chaque jour sur l'autel des holocaustes deux agneaux, l'un le malin, lorsque le soleil commençait à luire, l'autre ie soir après le coucher du soleil

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Mais il ne faut pas onhlicr ce qu'enseigne saint Foui an sujet c!e ces sacrifices (llcbr. x). savoir que le sang des boucs, des taureaux et il» s autres victimes ne pouvait pas . lï.icer les péchés ; que les cérémonies juives étaient des éléments vides cl impuissants; que la loi ne pouvait donner aux hommes la m aie justice, etc. Dieu s'en était clairement expliqué par les prophètes (Ps. xlix, 10; Isa. i, 11; Liiif, 2 ; Jerm. vu, 21; Ezech. xx, 5 ; Joël., H, 12; Amos, v, 21 ; Mich., vt, 0, etc.). Cent fois il avait déclaré aux Juifs que le culte grossier et purement extérieur ne pouvait lui plaire, qu'il ne le leur avait prescrit qu'à cause de leur coeur, qu'il voulait l'obéissance et la piété intérieure, la justice envers le prochain, la charité, les bonnes œuvres, la conversion du cœur après le péché, etc. 1! ne s'ensuit pas de là néanmoins que le culte était vain, superflu, superstitieux ou absurde en lui-même : s'il avait clé tel, jamais Dieu ne l'aurait ordonné. Nous avons vu que rien n'était plus naturel ni plus légitime que d'offrir à Dieu les aliments dont nous sommes redevables à sa bonté ; qu'un sacrifice offert par un vrai sentiment de reconnaissance avec une piété sincère renferme des leçons de morale trèsutiles ; que si les hommes en ont abusé par stupidité, par légèreté, par hypocrisie, il ne s'ensuit rien. Si Dieu n'avait pas prescrit luimême un cérémonial, les Juifs ne pouvaient pas manquer de s'en faire un, soit par le penchant naturel qui y a porté tous les hommes, soit par l'envie d'imiter les autres peuples dont ils étaient environnés : mais celuici, ouvrage de l'erreur et du caprice dos hommes, était absurde et souvent criminel; celui que Dieu a institué était pur, innocent, capable de rendre solidement religieux un peuple plus trailable que les Juifs.

Les passades de 1 Ecriture sainte que nons avons indiqués, ont servi aux ['ères de l'Eglise pour réfuter deux sortes d'adversaires : { ' les Juifs, qui prétendaient, comme ils le croient encore aujourd'hui, que le culte extérieur prescrit par la loi était le plus saint, le p'.us parfait, le plus capable de sanctifier l'homme ; que dès qu'une fois Dieu l'avait établi, il ne pouvait plus l'abolir. Saint Juslin, dans son Disloque avec tryphon, lui cita tous ces passages pour lui prouver le contraire ; il lui fil voir que Dieu lui-même avait promis d'en établir un plus parfait, savoir l'adoration en esprit et en vérité que Jésus-Christ a prescrite. 2° Les gnostiques, les marcionites, les manichéens, qui soutenaient qu'un culte aussi grossier que le judaïsme ne pouvait pas être l'ouvrage du même Dieu qui nous a donné l'Evangile.

TertulHen , 1. n contra Murcion., c. 18 ; S. Aug., 1. xxii contra. Faust., c. k ; 1. n contra Âdvert* Legis, c. 12, n. '.il, etc., ont fait usage des mêmes paroles pour montrer que Dieu n'agréait ce culte qu'autant qu'il « lait sanctifie par la piété intérieure. Nous nous en servons encore pour répondre aux incrédules lorsqu'ils renouvellent les mêmes rrdrofchés-: ! oij Loi cérémomeli.e. Ces <!• i

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niers disent que, des sacrifices et des cérémonies pour effacer le péché sont un abus ; cela persuade à l'homme que le péché peut être réparé par un rite extérieur ou racheté par une offrande; c'est un attrait pour en faire commettre de nouveaux : les païens ont déploré cet aveuglement et ont censuré cette pratique.

Réponse. Nous avons déjà observé que ce serait le plus grand des malheurs, si, après un premier crime, l'homme se persuadait quo Dieu est inexorable, qu'il n'y a plus ni pardon ni grâce à espérer, qu'il est perdu pour jamais. Un malfaiteur prévenu de ces idées noires ne pourrait plus cire relcnu par aucun frein, ce serait un tigre lâché dans la société. Mais jamais la vraie religion n'a donné à l'homme coupable un sujet de penser qu'il pourrait effacer son péché par les cérémonies extérieures, sans aucun sentiment de regret, de confusion, de résipiscence, sans avoir la volonté do changer de vie. Dans la loi de Moïse il n'y avait point de sacrifice ordonné pour les grands crimes; ils devaient être expiés par la mort du coupable. Dieu avait dit aux Juifs en leur donnant sa loi (Exod. xx, 6; Dent., v, 10) : Je fais miséricorde à ceux qui m'aiment. Un des principaux commandements de celte loi était d'aimer Dieu {Deut. ix, 5 ; x, 12; xi, 13, 22, etc.). David pénitent disait : « Dieu, si vous aviez voulu des sacrifices, je vous en aurais offert ; mais les holocaustes ne peuvent vous plaire : le seul sacrifice digne de vous être présenté est un cœur brisé de douleur (Ps. L, 18). Dieu fa'sait dire aux Juifs prévaricateurs : Boisez vos cœurs et non vos vêlements (Joël, n, 12, etc.). Le sacrifice pour le pèche était donc destiné à faire souvenir l'homme coupable des sentiments qu'il devait avoir dans le cœur pour être pardonné. C'était pour lui une espèce d'amende et une privalion, puisqu'il ne lui était pas permis de se rien réserver de la victime.

Les incrédules sont encore plus injustes, lorsqu'ils prétendent que, dans le christianisme, un pécheur peut obtenir le pardon par la confession seule, par des actes extérieurs de piété, par des dons faits à l'Eglise ou aax prêtres, par des messes, sans repentir, sans résolution de se corriger, sans faire aucune satisfaction au prochain pour réparer le dommage qu'il lui a causé. Jamais celte morale absurde n'a été soufferte dans l'Eglise chrétienne. Voy. Expiation, Pénitence.

Mais les ennemis de la religion n'ont pas borné là leur malignité ; ils soutiennent que les Juifs pensaient, tout comme les païens, que Dieu était nourri ou du moins récré.: par l'odeur cl la fumée des victimes. Us prétendent le prouver par haie , qui dit, c. xxxr, v. 9, que Dieu a son feu dans Siou et son foyer dans Jérusalem ; par Malachie, C. i, v. 12, qui reproche aux Juifs de mépriser la table et la nourriture du Seigneur ; par la loi même de Moïse, dans laquelle les sarrifiecs sont appelés un pain ou un aliment : T endii par le psaume xlix. v. 13, dans lequel

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Dieu demande aux Juifs : La chair des taureaux sera-t-elle donc ma nourriture, et le sang des boucs mon breuvage ? Ce reprocha suppose évidemment que les Juifs étaient dans celte fausse idée.

Réponse. Celle objection a été faite autrefois par les manichéens : saint Augustin , I. xix contra Faust. , c. 4, y a répondu, il est fâcheux que de savants protestants, tels que Spencer, Cudworth, Mosheim, l'aient renouvelée, comme s'ils avaient eu dessein de fournir une arme de plus aux incrédules; Cudworlh, Dissert, de S. Cœna, c. vi, § G, noie de Mosheim. Nous n'avons aucun dessein de justifier les idées grossières et absurdes que peuvent avoir eues les Juifs pervertis par l'idolâtrie de leurs voisins et entraînés dans les mêmes erreurs ; ils ont dû se former du Dieu d'Israël la même notion que les païens avaient des leurs , il ne s'ensuit pas de là que les adorateurs constants du vrai Dieu, à plus forte raison Moïse, les prophètes, les hommes instruits, aient pensé de même. Il est évident que nos adversaires abusent des passages qu'ils allèguent, qu'ils donnent un sens faux à des expressions susceptibles d'un sens très -orthodoxe : qui leur a révélé que ce n'était pas celui des écrivains sacrés?

Le feu allumé dans le temple de Jérusalem a pu être nommé le foyer de Dieu, non parce que Dieu venait s'y chauffer et y cuire ses viandes, mais parce qu'il était allumé par l'ordre de Dieu, et pour consumer les sacrifices que Dieu avait prescrits. L'autel était la table du Seigneur, non parce qu'il venait y manger, mais parce que l'on y brûlait ce qui lui était offert : la chair des vie times était la nourrilure que Dieu avait donnée aux prêtres; elle venait de Dieu, mais Dieu n'en usait pas. Saint Paul appelle aussi l'autel sur lequel se consacre l'eucharistie, la table du Seigneur ; sans doute, il n'a pas cru que Dieu y venait manger avec les hommes. David a nommé la manne du désert, le pain des anges : s'ensuit-il qu'il a pensé que les anges en ont mangé ?

Le reproche que Dieu a fait aux Juifs, Ps. xlix, signifie seulement : « Par l'importance que vous allachez aux sacrifices sanglants, il semble que vous ayez dans l'esprit que je me nourris da la chair des taureaux et du sang des boucs. » Ce sarcasme ne suppose point que les Juifs le croyaient véritablement. Un enfant auquel on ne voulut pas permettre d'assister au sacrifice d'un taureau que voulaient offrir de graves sénateurs, leur demanda brusquement : Avez "Vous peur que je n avale votre taureau ? 11 ne faut pas supposer le commun des Juifs plus slupides qu'ils n'étaient en effet. Dieu leur dit en même temps : Immolez- moi un sacrifice de louanges. Le sacrifice de louanges m'honorera (Ps. xlix, H et 13). Il ne s'ensuit pas que Dieu est avide de louanges, ou qu'elles peuvent contribuera son bonheur. Il dit au pécheur : Tu as cru que je suis semblable à loi (v. 21) ; cela ne prouve pas que le pécheur a eu véritablement celle idée, mais qu'il se

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conduit comme s'il l'avait eue. Pour renforcer leur objection, nos aJversaires disent <]uc les Juifs avaient rendu leur ternpie, le» meubles et les instruments du culte, le service divin, semblables à ce qui se fait dans la maison d'un riche particulier, ou dans le palais d'un roi. Soit; il s'ensuit que les Juifs, comme tous les peuples du monde, ont senti que l'on ne pouvait témoigner à Dieu du respect, de la vénération, de la reconnaissance, de la soumission, du désir de lui plaire, autrement que l'on ne fait pour les hommes : nous défions les philosophes les [-lus spirituels de forger une religion sur un autre modèle. Qu'on la spirilualise tant que l'on voudra, l'on sera toujours forcé de se servir d'expressions propres ù désigner des corps pour signifier les idées spirituelles, d'employer des gestes et les actions sensibles pour témoigner les sentiments de l'âme, en un mot, d'honorer Dieu comme on honore les hommes. Les protestants ont cru retrancher absolument tout appareil ; ils ont cependant conservé le chant des psaumes, le jeu des orgues, l'usage de s'habiller proprement pour aller au prêche, la cène, les prières à haute voix ; nous voilà donc fondés à leur dire qu'ils ont cru que Dieu est réjoui par les concerts de leur musique, qu'il vient manger avec eux, qu'il n'a pas l'oreille assez fine pour entendre des prières faites à voix basse, elc. Yoy. Cérémonie. Enfin, quelques incrédules modernes ont poussé l'audace jusqu'à soulenir que les Juifs ont offert à Dieu des sacrifices de sang humain ; ils ont apporté en preuve l'exemple d'Abraham et celui de Jephté, et une loi du Lévilique, de laquelle ils ont détourné le sens. Au mot Anatuème, nous avons démontré l'injustice et la fausseté de celle calomnie; aux mots Abraham et Jephté, nous avons prouvé que l'on a cilé ces deux personnages très-mal à propos ; dans le § 5, nous ferons voir que ce désordre exécrable a une origine très-différente de celle que lui donnent ordinairement les incrédules, et que Dieu avait pris toutes les précautions possibles pour le prévenir.

§ lVr. Sacrifice des chrétiens. Puisque le sacrifice est l'acte le plus essentiel de la religion, cl le témoignage le plus énergique du culte suprême, il n'était pas possible que Jésus-Christ, qui est venu nous apprendre à adorer Dieu en esprit el en vérité, laissât son Eglise sans aucun sacrifice. Vainement ses enfanls rebelles soutiennent que ceile adoration en esprit et en vérité exclut la nolion du sacrifice, qui est un acle extérieur et sensible; si cela était vrai, il faudrait bannir du culle divin dans la loi nouvelle tout sgne extérieur de respect et d'adoration : la prière publique, le chaut des psaumes, la célébration de la cène, le baptême, l'action de se mettre à genoux, etc., seraient aussi contraires au culte spirituel que l'oblatiun d'un sacrifice.

Si nous en croyons les protestants, le seul sacrifice de l'Eglise chrétienne est celui qui; Jcsus-Chri^t a fait de lui-même sur la croix

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pour la réùVmption du monde ; mais ce sacrifice une fois accompli ne peut se renouveler, parce qu'il est d'un mérile infini, et qu'il a été offert pour l'éternité. Dès ce moment les fidèles ne peuvent célébrer que des sacrifices improprement dits, qui consistent à oTrir a Dieu les sentiments de leur cœur, les prières, les louanges, les vœux, les actions de grâces ; et c'est dans ce sens qu'il faut entendre tout ce qui est dit dans le Nouveau Testament, des sacrifices, des autels, des victimes, du sacerdocede la loi nouvelle. Il est étonnant que les protestants aient réussi à séduire de bons esprits par un système aussi mal conçu. 1° Nous pouvons leur opposer d'abord le tableau de la liturgie chrétienne tracé par saint Jean [Apoc. v), où l'on voit un autel, un agneau en état de victime, des prêtres qui l'environnent, ot tout l'appareil d'un sacrifice réel, auquel il ne manque rien.— 2° Les victimes spirituelles, les louanges, les prières, les actions de grâces ont été aussi nécessaires dans la religion des patriarches et dans celle des Juifs que dans la religion chrétienne ; elles sont la base de tout vrai culte. Croirons-nous qu'Abel, Noé, Abraham, Job, Jacob et les Juifs véritablement vertueux se sont bornés à l'extérieur pour faire à Dieu des offrandes et des sacrifices, sans y apporter les mêmes sentiments de piélédont nous devons accompagner les nôtres? Dieu a déclaré dans cent endroits de l'Ecriture, que sans ces dispositions du cœur aucun culte ne pouvait lui plaire. Déjà sous l'Ancien Testament les prières, les adorations, les louanges, sont appelées des sacrifices et des victimes (Psal. xlix, 14). Immolez à Dieu un sacrifice de louanges (v. 23); ce sacrifice m'honorera {Ps. en, v. 22) ; qu'ils m'offrent des sacrifices de louange, etc., vilulos labiorum (Ose., c. xiv, v. 3). Cependant Dieu voulut que les patriarches et les Juifs lui offrissentdes victimes réelles et des sacrifices sensibles, et il est dit qu'ils furentagréables à Dieu. A la véritédans ce temps-là le sacrifice de Jésus-Christ n'avait pas encore été réellement offert; mais il 1 l'était déjà dans les desseins de Dieu, puis~ qu'il est appelé dans ['Apocalypse, c. xm, v. 8, V Agneau immolé depuis le commencement du monde; ainsi Dieu a voulu que le sacrifice fût représenté d'avance depuis la création, et ces cérémonies en ont emprunté toute leur valeur ; en quel endroit Dieu at-il défendu de le représenter encore aujourd'hui, pour en conserver et en perpétuer la mémoire? Les protestants diront qu'elle est suffisamment conservée par l'Ecriture sainte: nous verrons dans un moment que cela est i'aux, que les sociniens ont perverti le sens de tous les passages de l'Ecriture qui concernent le sacrifice de Jésus-Christ sur la croix.— 3° Suivant la doctrine de suint Paul, les sacrifices de l'ancienne loi, les victimes offertes sur les autels, le sacerdoce des lévites, la dignité de pontife, le sanctuaire du temple, etc., étaient ainsi nommés dans toute la propriété des termes, sans aucune métaphore, simplement, parce qti'iii représen-

taient le sacrifice, le sacerdoce, le pontificat cl les augustes fonctions de Jésus-Christ. Or, il est absurde d'imaginer qu'un tableau prophétique est plus agréable à Dieu et a plus d'efficacité qu'un tableau commémoratif ; qu'une cérémonie destinée à retracer le souvenir du sacrifice de la croix, et à nous en appliquer les fruits, ne doit plus être appelée sacrifice, oblation, victime, sacerdoce, etc. ; que cette commémoration déroge à la dignité du sacrifice de la croix, pendant que les figures qui l'annonçaient n'y dérogeaient pas. — k* Saint Paul (Hebr. xm, 10), dit: « Nous avons un autel auquel n'ont point droit de participer ceux qui servent aux tabernacles, » c'est-à-dire les prêtres et les lévites de l'ancienne loi. Or, ils avaient certainement le droit de participer aux sacrifices spirituels, aux victimes improprement dites, communes à toutes les religions ; aucun mortel n'en fut jamais exclu. Il faut donc que saint Paul ait admis quelque chose de plus dans lechristianisme (Hebr. vu et suiv.)« — 5° La source de l'erreur des protestants est le refus de reconnaître la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie; mais à cet article nous avons prouvé que c'est un des dogmes de la foi chrétienne les mieux fondés sur l'Ecriture sainte et sur la tradition, et qui lient essentiellement à lous les autres. — G° En se donnant la liberté d'expliquer dans un sens impropre cl figuré toutes les expressions des livres saints concernant le sacrifice des autels, les prolestants ont appris aux sociniens à interpréter de même toutes celles qui regardent le sacrifice de la croix et le sacerdoce éternel de Jésus-Christ.

Mais en expliquant ainsi dans un sens impropre et ûguré les expressions des auteurs sacrés, les protestants ont appris aux sociniens à interpréter de même ce qui est dit du sacrifice de la croix et du sacerdoce éternel de Jésus-Christ. Celui-ci, disent les unitaires, consisteen ce que Jésus-Christ continue dans le ciel d'intercéder pour nous auprès de sou Père ; sa mort sur la croix n'a été qu'un sacrifice improprement dit, en ce que Jésus- Christ mourant a prié pour les pécheurs, et en ce que, par sa mort, il a confirmé toute sa doctrine. Ainsi s'accroît la témérité des hérétiques, dès qu'une fois ils se sont attribué le privilège de donner à l'Ecriture sainte le sens qu'il leur plaît.

La fausseté de l'opinion socinienne saule aux yeux. Saint Paul (Hebr., vu, 17), applique à Jé>us- Christ ces paroles du psaume cix, v. i : Vous (tes prêtre pour l'éternité selonl'ordre de M elcIiisédech.U compare, v. 23, en sacerdoce éternel de Jésus-Christ au sacerdoce passager des enfants de Lévi ; il l'appelle lo pontife saint, innocent et sans tache, qui n'a pas besoin d'offrir lous les jours des victimes pour ses propres péchés et pour ceux du peuple, mais qui l'a fa i l une fois en s'offranl lui-même, v. 20 et 27. Il dit, c. vin, v. 0, que le ministère de Jésus-Christ est plus augusto que celui des prêtres anciens, en ce qu'il est médiateur d'une meilleure alliance : il ajoute, c. ix, v. 7, <iuc le pontife des Juifs, qui en-

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trait chaque année dans le sanctuaire, où il

offrait le sang d'une victime pour ses fautes rt pour celles du peuple, était la figure de Jésus-Christ, pontife des biens futurs, qui est entré dans le sanctuaire du ciel, non avec le sang des animaux, mais avec son propre sang, pour opérer une rédemption éternelle , pour racheter par sa moit les prévarications commises sous l'ancienne alliance, etc., v. li, et s'est montré une fois pour absorber les péchés par Fa propre victime, v. 28. — Or, si le sacerdoce, les victimes, les sacrifices de l'ancienne loi, simples figures de ceux de Jésus-Christ, étaient cependant un sacerdoce, des victimes, des sacrifices proprement dits, et dans toute la rigueur des termes, pourquoi ceux de Jésus-Christ ne le sont-ils pas à plus forte raison ? Il est absurde de supposer que le nom cl la notion d'une chose conviennent plus proprement à la figure qu'à la réallé; donc, c'est dans le sens le plus propre et leplus rigoureux queJésus- Christ est prêtrcet pontife, que sa chairetsonsangsontuneviclime, et que sa mort sur la croix est un sacrifice.

En cela saint Paul n'enseignait rien de nouveau; déjà le prophète Isaïc, c. lui, v. Gclsuiv., avait dit du Messie : « Dieu a mis sur lui l'iniquité de nous tous, il sera conduit à la mort comme un agneau....; s'il donne sa vie pour le péché, il verra une longue postérité..., et il portera leur iniquité, etc. » Ainsi le prophète peint le Messie, non-seulement comme une victime offerte pour le péché, mais comme un prêtre qui s'offrira lui-même ; par conséquent sa mort est comme un sacrifice expiatoire. Ces divers passages de l'Ecriture sainte ne nous paraissent pas moins forts pour réfuter les protestants. Aussi au mot Euciii.nisTiE, § 5, nous avons fait voir que Jésus-Christ, véritablement présent sur les autels, en vertu des paroles de la consécration, continue de s'offrir comme victime à son Père pour les péchés des hommes, par les mains des prêtres; qu'ainsi celte oblation est un sacrifice aussi réel que celui qu'il a offert sur la croix. En effet, les protestants conviennent que l'offrande des anciennes victimes était une figure du sacrifice sanglant de Jésus- Christ, qu'elle en tirait toute sa vertu et toute son efficacité, que cette oblation néanmoins était un sacrifice proprement dit.

Donc l'Eucharistie, qu'ils appellent la cène du Seigneur, qui est aussi une commémoration de la mort du Sauveur, est de même un sacrifice proprement dit. C'est une absurdité de vouloir que la figure anticipée ou prophétique de la mort de Jésus-Christ soit un sacrifice, et que la figure commémoralive, qui n'est pas une simple figure , puisque Jésus-Christ s'y trouve, n'en soil pas un.

Mais qu'ont l'ait les protestants? Pour pervertir toutes les notions, pour détourner l'attention des fidèles du point de la quoslion, ils ont changé les anciens noms d'euc/<oris lie, ù' oblation, de sacrifice, ù' hostie, en celui de erne pour donner à entendre que celle cérémonie, n'est point la commémoration

ni le :< nouvellement de la mort du Sauveur, mais la représentation de la cène ou du souper qu'il fit avec ses apôtres la veille de sa mort. Au mot Ci-ne et au mot Eucfiaihstir, § 'i, nous avons fait voir que c'est un abus malicieux. « Toutes les fois, dit saint Paul, qoe vous mangerez ce pain et que vous boire/ ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur (/ Cor. xi, 26). 11 ne dit pa«, Vous annoncerez le dernier souper du Seigneur. En effet, lesouper était fini, l'agaçai pascal était mangé, lorsque Jésus-Christ prit du pain <t du vin, les bénit ou les consacra, les donna à ses apôtres en leur disant : Ceci est mon corps litre ou froissé pour vous, ceci est mon sunj versé pour tous. Donc, celle action représentative Je la mort qu'il devait souffrir le lendemain était déjà un vrai sacrifice; donc, celle même action répétée ensuite par les apôtres, suivant le commandement de leur divin Maître, a été aussi un sacrifice. Enfin, les protestants qui avouent que les prières, les louanges, les aclions de grâces, les aumônes, sont des sacrifices improprement dits, ont poussé l'entêtement jusqu'à ne vouloir pas convenir que l'eucharistie, rite commémoralif ou représentatif de la mort de Jésus-Christ, est du moins un sacrifice improprement dit; parc^ qu'ils ont senti que s'ils le disaient, ils seraient bientôt forcés d'avouer que c'est un sacrifice dans le sens le plus propre et le plus rigoureux. Mais que prouve celle affectation ridicule? qu'ils voient la vérité et qu'ils la fuient !

Beausobre, l'un des plus artificieux, prétend que, dans les premiers siècles, l'on a nommé sacrifice, non pas seulement le pain et le vin offerts et consacrés, mais toute l'offrande de pain et de vin qui était faite par les fidèles, de laquelle on prenait une portion pour la communion, et dont le reste servait au clergé et aux pauvres. Il cite, pour le prouver, la liturgie rapportée dans 1rs Constitutions apostoliques, liv. fin, c. 13, où l'évéquc prie Dieu pour les dons qui ont élé offerts au Seigneur, afin qu'il les reçoive comme un sacrifice d'agréable odeur ; paroles semblables à celles de saint Paul [Philipp. iv, 18j, qui appelle ainsi les aumônes des fidèles. Hist. du Manich., tom. II, I. ix, c. 5, § i. Mais ce critique confond déjà mai à propos la liturgie des Constitutions apostoliques avec celle de saint Jacques, et il commet une falsification : la prière qu'il cite est prononcée par l'évoque sur la seule portion des offrandes sur laquelle il vient profère! les paroles de la consécration : donc c'est celte portion seule ainsi consacrée qui est nommée sacrifice; on peut s'en convaincre en vérifiant le passage. S'il avait consulté et comparé la liturgie de saint Jacqnes ou de Jérusalem avec toutes les autres liturgies, soit des Eglises d'Orient, soit de celles d'Occident, il y aurait trouvé les noms d'oblation, de sacrifice, û'autel , d'hostie, ou de victime, employés de même dans le siss propre et rigoureux. Le Père Lebrun l'a tait voir d'une manière incontestable, l-'xpl.

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des cérém. de la Messe, t. VI, M dissert., ;:rl. 1, p. 576 et suiv.

Mosheim , plus sincère que Beausobre , convient que des le n* siècle, l'on s'accoutuma à regarder l'oblation ou la consécration de l'eucharistie comme un sacrifice: mais on y était accoutumé dépuis les apôtres. Qu'y manquc-t-il en effet pour mériter ce nom? Il y a un prêtre principal, qui est Jésus- Christ, et qui s'offre lui-même à son l'ère par les mains d'un homme qui lient sa place et qui offre en son nom. Il y a une victime, qui est encore Jésus-Christ. Il y a une immolation, puisque Jésus- Christ y est en état de mort, et que son corps est représenté comme sépaié de son sang; la cérémonie est suivie de la communion ou du repas commun dans lequel les assistants se nourrissaient des chairs de la victime. Quelle différence entre ces idées, pour exciter la piété des Gdèlcs cl la frivole représentation d'un souper 1

§ V. Sacrifices des peiens. Dès qu'une fo's les peuples ont perdu de vue les leçons do la révélation primitive (Voy. Idolâtrie) et sont tombés dans le polythéisme, il leur a clé impossible de conserver un culte raisonnable. Comme ils ont supposé des esprits ou des intelligences logés dans toutes les parties delà nature, et qu'ils les ont nommés des démons et des dieux, la multitude de ces nouveaux êtres a dégradé l'idée de la Divinité. Les païens les ont conçus comme des personnages doués d'une connaissance et d'un pouvoir fort supérieurs à ceux des hommes, mais comme sujets d'ailleurs à tous les goûts, à toutes les passions, aux besoins et aux vices de l'humanité. Comment auraientils pu faire autrement ? Nous-mêmes, malgré les notions pures et spirituelles que la révélation nous donne du vrai Dieu, sommes encore forcés, en parlant de ses attributs, de les exprimer par les mêmes termes qui signifient des qualités humaines. Voy. Asthropomobpuisme. Les peuples slupidesont donc supposé des dieux mâles et femelles, qui se mariaient et avaient des enfants ; des dieux avides de nourriture, de parfums, d'offrandes, d'honneurs et de respects; des dieux capricieux, jaloux, colères, souvent malicieux et malfaisants, parce qu'ils voyaient tous ces vices dans les hommes.

Les prêtres babyloniens avaient persuadé à leur roi, aussi bien qu'au peuple , que leur dieu Bel buvait et mangeait, Dan. , c. xiv. Ceux qui n'étaient pas ainsi trompés se persuadaient que les dieux se nourrissaient de l'odeur des parfums et de la fumée des victimes, qu'ils venaient en jouir dans les temples et sur les autels, où on leur offrait de.s sacrifices. Aussi, lorsque les païens mangeaient la chairdes victimes, ils croyaient manger avec les dieux, et ils ne prenaient presque point de repas dont les viandes n'eussent été offertes aux dieux. De là vient le scrupule des premiers chrétiens qui n'osaient manger la chair des animaux dans la crjiinte de participer a la Superstition des ; m n Voy. loo: < . , et le mol d ;

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saint Paul : « Nous ne pouvez participer à la table du Seigneur et a celle des démons, » (/ Cor. x, 21.) Ces philosophes même avaient adopté cette opinion ; Porphyre, dans son Traité de {'abstinence, a enseigné que du moins les démons de la plus mauvaise espèce aimaient à se repaître de l'odeur des victimes; il suivait le sentiment commun. Plusieurs Pères de l'Cglise n'ont pas hésité de le supposer vrai, parce qu'il leur fournissait un argument pour démontrer la folie. des païens, qui, au lieu d'adorer le vrai Dieu, rendaient leur culte aux mauvais démons. Mais les critiques qui ont osé attribuer la même façon de penser aux juifs à l'égard du vrai Dieu, oui poussé trop loin la témérité; ils ont oublié que les juifs avaient de Dieu une idée toute différente de celle 0,11e les païens avaient conçue de leurs dieux prétendus. Cudworth, Sy<t. intell., t. 1!, c. 5, secl. 2, § 35; dissert, de Cœna Domini, c vî, §6. Il n'y a d'ailleurs dans toute l'iicriluiv sainte aucun fait ni aucun reproche qui donne lieu à celte accusation. Voy. ci-dessus, §111.

il n'est que trop vrai, à la honte de l'humanité, que tous les peuples polythéistes ont eu la barbare coutume d'offrir à leurs dieux des victimes humaines. Les Phéniciens, les Syriens, les Arabes, les anciens Egyptiens, les Carthaginois et les autres peuples de l'Afrique, les Thraces, les anciens Scythes, les Gaulois, les Germains, les Bretons étaient coupables de ce crime ; les tirées et les Romains, malgré leur politesse, ne s'en sont pas abstenus. Chez les anciens peuples du Nord, tels que les Sarmatcs, les Norvégiens, les Islandais, les Suaves, les Scandinaves, celle abomination était fréquente; on l'a retrouvée dans ces derniers siècles parmi certains Nègres et parmi les peuples de l'Amérique, même chez les Mexicains et les Péruviens, qui étaient cependant les deux peuples les moins sauvages de cette partie du monde. La nouvelle Démonstration évangelique.de Jean Leland, les Recherches philosophiques sur les Américains, V Esprit des usages et des coutumes des différents peuples, les Recherches historiques sur le Nouveau- Monde, Yilist. de UAcad. des Inscrip. I. I, t'tt-12, p. 57, etc., nous mettent sous les yeux ies preuves de ce fait odieux. Un habile académicien avait voulu le révoquer en doute, il s'est trouvé accablé par lu multitude et l'évidence des preuves, ibid., p. Gi (1).

(I) Sacrifices humains. « Dès les temps les plus éloignes, dit Sehmidl, où l'histoire nous permette de porter nos recherches, nous voyons tous les peuples, barbares ou civilisés, malgré la tranchante différeir e do Irurs opinions religieuses, se réunir cl se io fondre en un point, convaincus de futilité d'un médiateur, persuadés qu'on adoucit la colore divine par les sacrifices, c'csl-à-dire par la subs'itution des souffrances des aunes créatures à ce les du vrai coupable. Cette croyance, raisonnai le dans son pria. c pe, mais soamise à l'action de ta puissance qui s'est partout manifes ée par de déplorables résultais, prnduisi', outre les sacrifices d'an'unaux, h superstition horrible cl trop généralement répîi due des • • ri humains. Vainement la raison disait cPc a

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Quelle pont être l'origine de colle barbarie? Lei savants sont encore partagés sur

celte question. Un de ceux que nous venons

l'homme Qu'il n'avait aur un droit sur son semblable; (|iie tous les jours il convenait lui-même solennellement de celle vérité en répandant le sang des animaux pour racheter celui de Pbomme ; vainement la douce humanité, le sentiment li naturel de la compassion prêtaient-ils de nouvelle* forces à l'autorité" de la raison, l'esprit et le cœur se trouvaient impuissants contre les progrès de celle abominable superstition. On serait leulé de récuser le témoignage de l'histoire, lorsqu'elle nous montre le triomphe de celte coutume révoltante dans tous les pays de la terre : malheureusement, ci à la bonté éternelle du genre humain, aucun fait n'est mieux établi ; jusqu'aux monuments de la poé-ie, tout dépose contre ce préjugé général :

A peine son sang coule et fait rougir la terre, Les dieux font sur l'autel entendre le lonuerre; Les venis agitent l'air d'heureux frémissements, Et la mer lui répond par des mugissements ; La rive au loin gémit blanchissante d'écume, La flamme du bnclier d'eile-môine s'allume; Le ciel brille d'éclairs, s'entr'onvre, et parmi nous Jette une sainte horreur qui nous rassure tous.

t Ce n'était point une seule nation, ce n'étaient point des bordes barbares et grossières qui trempaient dans l'abomination des sacrifices humains , étouffant ainsi les sentiments nalurels, mais bien presque tous les peuples de l'antiquité ; plusieurs encore se rendent aujourd'hui coupables de ce crime monstrueux. Je ne sais si de toutes les grandes nations on en pourrait citer une seule qui se fill entièrement abstenue de sacrifices humains, excepté cependant les Indiens, dont les brammes se consacraient spécialement à Wichnou, et les Péruviens, dont la religion remonte à Manco-Capac et à .Main a- Ocollo (Coya-Ocella), sa sœur et son épouse, qui appartenaient probablement tous deux à celte caste des bramines de l'Inde.

« C'est à la religion chrétienne que les sectateurs de l'islamisme sont redevables dêlre demeures étrangers à cette pratique : car le Coran môme démontre que Mahomet, sans adorer Jesus-Christ comme le Fils de Dieu, voyait pourtant en lui le plus grand des prophètes ; qu'il emprunta à nos livres sacrés sa religion et sa morale, laissant de côté ce qui ne cadrait point avec ses plans, y ajoutant d'ailleurs des détails de son invention. Toutefois, au xuc sede, du temps du grand Saladin, on rencontre chez les mahométans l'exemple d'un sacrifice humain ; des chrétiens, sous la conduite de liaymond de Chàtillon, ayant tenté de renverser le tombeau de Mahomet, furent eux-mêmes immolés à la fête du lîeïram, au lieu des brebis qui composent le sacrifice annuel (Histoire de Saladin, par M. Marin, loin. 1,

p. An).

« Inde. — Cli:ne. — Perse. Dans l'Inde, les sac ifices humains datent de l'époque la plus reculée : cependant, on ne peut accuser de celte abomination que relie des deux sectes principales dont les bramines se vouaient spécialement à Siwa ; toute la partie de celle immense contrée possédée par les Européens en est affranchie, elle ne subsiste que chez quelques peuplades indépendantes. — Un des livres que les Indiens nomment sacrés, contient un chapitre particulier que l'on appelle 1j chapitre sanglant, où l'auteur fait intervenir Siwa expliquant à ses fils les détails des sacrifices. Kali, déesse du temps, épouse de Siwa, en était le principal objet, quoiqu'ils s'adressassent aussi à Siwa clàd'amres divinités. Siwa détermine les sacrifices, les pratiquas et les invocations indispensables ; il ihe l'époque des expiations, l'emploi des hommes ou des

de ciler a cru que l'usage d'immoler des hommes pouvait venir d'une connaissance imparfaite dusacri'/tce d'Abraham ; mais les

animaux qui les rend efficaces. Telle divinité préfère un genre d'offrande, telle autre en préié e un différent; toutefois les sacrifices humains sont re-

ganlés comme les plus importants, l'n seul piralyse pendant mille ans le courroux de la terrible déesse, Irois l'encliairienl pour une époque cent lois plus longue. Les formules usitées dans ces meurtres religieux font frémir d'horreur ; on s'écrie, par exeaiple : «Salut, Kali! Kali ! salut, Devi, déesse du tonnerre ! Salut, déesse au sceptre de fer ! » Ou bien: « Kali! Kali! Kali! déesse aux dents terribles! rassasie-toi, déchire, broc tous ces lambeaux ! Mets-les en pièces avec celle hache ! Prends ! prends ! saisis ! arrache ! Bois le sang à longs traits ! »

« Les Chinois également immolèrent aulrefois des hommes, à ce qu'assure William Jones (A&iai. research., Il, .;»78). Si cet écrivain d'un si granl m. rite eûl vécu plus longtemps, il aurait sans doute confirmé par des exemples ceil: assertion faite dans une lecture devant les membres de la société asiatique.

i Les Perses, dont le culte, comparé à celui des autres païens, était beaucoup plus pur et plus raisonnable, ne s'abstinrent pas néanmoins des sacrifices humains. Dans leurs cavernes ronsacrées a Milhra, c'est-à-dire au dieu du soleil, ils suivaient celte barbare coutume, cl prophéliSiieut en considérant les entrailles de la vi lime.

i Quoique la religion de Zerduchl défendit les sacrifices hum dus, l'histoire rapporte que Xercès , dans son expédition contre les Crées, et dans un lieu nommé les Neuf-Voies, non loin du fleuve Slrymon, fit enterrer vivants neuf jeunes gens et neuf jeunes filles de la contrée : < Car, remarque Hérodote, ce genre de supplice est une coutume de la Perse. Je sais qu'Amestris, épouse de Xercès, pour témoigner sa reconnaissance du maintien de sa santé, quoiqu'elle lût avancée en âge, fil enterrer vivants, en l'honneur du dieu qui habile sous terre, quatorze fils des plus illustres familles de son rovaurne. i C'était sans doute eu l'honneur de Miibrn, dieu du soleil, qu'Hérodote place sous terre, parce qu'on lui sacrifiait la nuit d.ns des grottes suuterraine--.

« Porphyre nous apprend, dans son ouvrage sur V Antre des Nymphes, que celles de Millira avaient sept entrées qui répondaient aux sept planètes (d'api es lesquelles presque tous les peuples ont nommé les jours de la semaine), ainsi qu'aux voyages des âmes à travers ces planèles. Les pratiques en usage dans les grottes de Mitlira se propagèrent hors de la Perse. Adrien les proscrivit. L'Egypte même connut les mys ères de Mithra.

< Chaldée. — Egypte. Les Assyriens el les Chaldéens, dont le culte n'élait qu'un informe mélange de superstitions et d'immoralité, sacrifiaient des v ctimes humaines : l'Ecriture sainte lève lous les doutes à cel égard : elle nous dit que, pour repeupler le pays que rendait désert l'exil des Israélites du royaume des dix tribus, un roi d'Assyrie y envoya des colonies des diverses provinces de son empire. Au nombre de ces nouveaux habitants se trouvaient des peuples de Sepharvaim , d'où l'on conjecture, avec raison, que le roi élail Assarhaddon, qui réunit l'empire de Dabylone à celui d'Assyrie, héritage de ses pères, parce que Sepharvaim (la Sippara de Plolémée) relevait de Dabylone. Or, 1 Ecriture rapporte de ses habitants transplantés dans la terre promise :<Ceux deSépliarvaïm faisaient passer leurs enfants par le feu, el les bràlaienl pour honorer Adramélech vlAnamélech, dieux de Sepharvaim.» (liais, IV, XVII, 51.) Adramélech se confond sans doj'.e avec le dieu Mcloch ou M lccli des Ammo-

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Islandais, les Américains les Nègres, onl-i's pu avoir une connaissance de l'histoire d'Abraham ? 11 faut donc recourir à d'autres

nites, dieu «lu soleil. — Mo'ocli, Molech, Melchom, él il probablement In même divinité que Bel on l'ail. Tons ces noms signifient roi OU seigneur ; il est aussi à présumer qu'ils indiquaient Ions le dieu du soleil. — L'Ecriture saime blâme en divers endrnits la pratique d'après laquelle les parents faisaient passer 1 tirs enfants dans le feu eu l'honneur de Molocb, et même on fait au roi Mariasses le reproche exprès d'avoir exposé son (ils aux chances de ceite superstition. Probablement cet abus icmplaça une COUUune plus barbare : monument de la crainte, il survécut aux sacrifices contre lesquels se soulevait la nature. Hérodote prétend, il est vrai, que l'Epypte demeura étrangère à ces abominations, et un témoignage d'un si grand poids ferait à coup sûr pencher la balance s'il était fondé sur de meilleures raisons, et si un si grand nombre d'écrivains plus récents, Mané'.hon, Diodore, I'iuiarque, Porphyre, n'attestaient le coniraire. i Comment, dit Hérodote, comment les Egyptiens auraient-ils saciifié des victimes humaines, puisqu'ils n'immolaient même aucune espèce d'animaux, excepté des porcs, des taureaux, des veaux et des oies?i Mais que prouve l'exclusion de plusieurs sortes d'animaux contre l'existence des sacrifices humains? Tout ce que nie parait établir un semblable témoignage, c'est qu'on n'immolait plus aucun homme du temps d'Hérodote, cl que les prêtres , rougissant de l'horrible praiii|m! à laquelle ils avaient renoncé, préférèrent ne point l'en instruire. En haine de Typhon, principe du mal dans leur théogonie, qu'ils se figuraient avec des cheveux roux, les Egyptiens choisissaient, pour leurs sacrilices, des hommes dont la chevelure avait < elle couleur; et comme il s'en rencontrait rarement dans leur patrie, ils immolaient des étrangers. l'eut-êlre cette circonstance lit-elle naître l'antique opinion que le roi Busiris, ayant sacrifié les voyageurs qui venaient de débarquer sur ses leires, lut lue par Hercule à qui il destinait le même sort. Un trouve des traces de cette coutume sur le sceau avec lequel les prêtres égyptiens marquaient les taureaux à pods roux qu'ils voulaient sacrifier à Typhon ; il représente un homme agenouillé, les mains liées derrière le dos, un couteau enfoncé dans la gorge. i Grèce. L'exigence des sacrifices humains dans l'ancienne Grèce nous est attestée par l'histoire , peul-èire fabuleuse, de Lycaon, roi de Panhasia en Arcadie ; par le récit d'Homère, relatif aux douze jeunes nobles Tioyens qu'Achille immola aux maries de son ami Pairoclc. Celé pratique se reproduit encore à une époque postérieure. Devant un autel de Bacchus, en Arcadie, plusieurs jeunes lilles furent frappées de verges jusqu'à ce qu'elles succombassent à ce supplice. Cite disette régnant parmi les Messéniens, et l'oracle de Delphes ayant ordonné qu'on immolai une princesse du sang royal, Aristodème, inembie de celle famille, dévoua sa fille. Parvenu à la royauté, il sacrifia à Jupiter trois cents Lacédémoniens avec leur roi Théopoinpe, et termina sa vie en s'immolant, pour obéir au décret d'un oracle, sur 1a tombe de sa fille (Eusèbe, Piœp. Evançj., IV, 16). Avant 1j bataille de Salamine, ThémLlocle sacrifia, sur son vaisseau amiral, trois jeunes prisonniers perses, neveux du roi. Celte aciion lui répugnait ; mais le devin insista d'autant plus sur sa nécessité que la direction élevée et l'éclat des flammes de I autel, puis rélernuement d'un Grec placé à la droite de Tbéiuisiocle (présages tous deux l'avorab es), le confirmaient dans son avis. L'équipage du vaisseau se pressa alors autour du général, qui, Cfi- 'Jant à ce cruel désir, immola les jeunes Perses à Itacchns Omestes (Itaci luis qui devoir: la chair palpitante) Comme les habitants de.- V.c* ccuservçut

causes, el il en est plusieurs qui ont pu y coniribtier. - 1» L'abrutissement des pouplesanlhropophages. Comme un instinct na-

leurs anciennes mœurs plus longtemps que les autres peuples, relie révoltante coutume se perpétua en Crète, en Chypre, à Bhodes, à Lesbos, à Chios, à Ténédos, etc., pendant un plus long espace rie temps que dans la Grèce continentale. Les Phocéens brûlaient des victimes humaines en l'honneur de Diane de Tauride. Les habitants de Massilie (Marseille), leurs descendant, avaient une foièi dnnt Lurain donne, dans sa Pbarsale (111), une sombre description : elle était consacrée aux sacrilices humains, cl lut détruite par Ce. ar lorsqu'il assiégea la ville.

t Rome. Dès la plus haute anliquit ;, les Romains immolaient des enfants mâles à Monia, mère des dieux domestiques. Cette pratique fut abandonnée : Tarquin, dernier roi de Home, la remit en us;>ge sur la réponse d'Apollon de Delphes. Urulus, le premier des consuls, abolit ces sacrifices. Mais Apollon ayant encore demandé des têtes, on lui envoya des têtes de pavots au lieu d'enfants, et pour cette fois la lettre sauva la vie que son c<pril aurait fait perdre. Les livres sibyllins apprirent aux Romains que les Grecs cl les Gaulois se rendraient maîtres de leur cité. Menacés d'une guerre avec les Gaulois, l'an de Rome .Hitj, guerre qu'avait provoquée leur injustice envers les Sénonais (peuple voisin de la Seine), la lerreur devint générale au souvenir rie la prise de Rome par celle nation. Les pontifes imaginèrent un moyen d'apaiser les dieux, et qui, pensaient-ils, remplirait l'oracle de la sibylle, sans exposer leur patrie à aucun danger : ce lut d'enierrer vivants à Rome, dans le forum boarium (marché aux l oeufs), deux personnes de chaque sexe, grecques el g iiiloises. Tite-Live remarque que ceite place avait déjà été souillée autrefois par ries sacrilices humains, quoique suivant une pratique étrangère aux Romains. Huit ans plus tard, on renouvela ce sacrifice, loisqu'éclata la seconde guerre punique. Les Romains regardaient comme un moyen assmé d'obtenir la victoire, que, durant le combat, le général vouât les ennemis à la terre etaux dieux mânes, et qu'en même temps lui-même, ou du moins l'un des guerriers de l'armée romaine, se consacrât à la mort en se précipitant dans les rangs opposés.

< Ce n'est que l'an de Uome 057 qu'un sénatuscon-ulie défendit les sacrifices humains. Mais comme l'an 708, dernière année de la vie de César (quarante-quatre ans avant Jésus-Christ), deux victimes humaines furent sacrifiées par le pontife el par le prêtre de Mars, on croit que le sénatus-cousiill >'. n'-'nterdisait ce genre de sacrilices qu'aux particuliers. Si les sacrifices humains éiaienl rares à Rome, l'usage: (dus répandu des gladiateurs n'est pas moins <:igne de blâme; probablement les Romains l'empruntèrent aux Etrusques. Il ne date point d'une époque encore grossière, mais de l'an de Koine -490, deux cent soixante-quatre ans avant Jésus-Christ, où deux frères, du nom de brulus, l'introduisirent aux funérailles de leur père. Ces jeux n'eurent lieu d'abord que dans les cérémonies funèbre-, de personnages remarquables, el les gladia eurs combattaient sur la tombe pour apaiser les dieux inférieurs par l'effusion de leur sang, fis remplacèrent les sacrifices humains que commandait la même circonstance. Suivant l'apparence, le sort de la victime fut adouci eu ce que le gladiateur défendait ses jours; il en devint réellement plus déplorable, parce que la rage du dése-poir enflamma ces malheureux destinés à è;-re assassins ou à périr eux -mêmes, el qui, désignes pour ce spectacle, délices des Romains, y éiaienl longtemps préparés par une nourriture choisie el par de fréquents exercices.

< Ccuiit'trjc. Les loiidaicurs de Cartilage y Iransnor*

Inrel n porté Ions les Inminos ;'t offrira rfe sa main, ceux qui ne vivaient qa Dieu le» aliment» dont ils 10 nourrissaient, fruit* cl do légumes n'uni poinl connu le» pane qu'ils reconnaissaient les avoir reçus f/Icc» sanglants; ceux qui i ient de

lèreni de Phéntcie la coutume des sacrifices hnm ins, qui s'y perpétua tant que sobsUla celle riié, eicilatit, p;ir la cniauié du supplice, l'horreur des autres peuples auxquels on pouvait adresser un semblable reproche. Les Grecs et les Romains s'élèvent avec force contre le nombre de leurs malheureuses victimes. Evidemment, les Carthaginois suivirent dans l'origine le culte de Moloch, l'honorant de celte manière, que nous transmet Diodorc :

« Une statue de bronze était élevée à Saturne : sur ses bras étendus on pinçait les enfants qui de là roulaient précipités dans ou énorme et ardent brasier. Uiodore pense qn'Enrip:<le avait celte coutume en vue, lorsqu'à l.i question d'Oresc :

Quel tombeau me recevra une fois privée de la vie?

oe poàtft fait répondre à sa sœur Iphigénie, prêtresse de D'âne en Tau ide :

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