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c'est une prière que l'auteur fait à Dieu, et qu'il a pu copier dans un livre de Salomon sans eu avertir. Si donc il y a eu tic l'erreur sur ce point, ce que nous n'avouons pas, elle est venue de l'admiration que les lecteurs ont eue pour cet écrit, dont la doctrine leur a paru digue de Dieu. Eu effet, les critiques protestants les plus prévenus contre la canoniale de ce livre n'ont pu y découvrir aucune erreur, et il y a des pensées et des \ érilés dont un auteur ordinaire n'a pas pu être capable.
Brocker, en traitant de la philosophie des Juifs , llist. critiq. philos., ton». Il, p. G93, a prétendu que l'auteur du livre de la Sagesse est un juif d'Alexandrie, imbu des opinions de la philosophie grecque, et qu'il y a dans son ouvrage des marques évidentes de platonisme. Il apporte en preuve, 1° ce que dit cet auteur, Sap., c. 1, v. 7 : L'esprit du Seigneur a rempli toute la terre, et il contient tontes choses. C'est, dit Brucker , l'âme du monde des pythagoriciens et des platoniciens. 2° F.n eïïet, c. vu, v. 22, il est dit que cet esprit est intelligent, unique et cependant multiplié, subtil et mobile.... qu'il renferme tous les aulres esprits, etc. Ces façons de parler ne conviennent point au Sainl- Esprit, mais à l'âme du monde, telle que les philosophes la concevaient. 3° Jùid., v. 17, l'auteur dit que c'est cet esprit qui lui a enseigné la philosophie, et il représente le précis des connaissances philosophiques à la manière des Grecs. 4-° 11 ajoute, v. 25, que c'est un souffle delà puissance divine, une émanation de la loi du Tout- Puissant, un rayon brillant de la lumière. Voilà le dogme de l'émanation des esprits suivant le système de Platon. 5° C. i, v, 13 et 14, il réfute les philosophes orientaux qui pensaient que le mal qui est dans le monde \enail de la nature même des choses ; il soutient, au contraire, que Dieu n'a point créé la mort, qu'il ne se plaît point à exterminer les
vivants qu'ils n'ont point en eux-mêmes
l a cause de leur perte, et que le royaume de l'enfer ou de la mort n'est point sur la terre. C'est le langage de Platon et de Plotin.
11 n'est pas possible de pousser plus loin l'abus de la critique ni l'entêtement de système : avec un peu de réflexion , Brucker aurait vu qu'il prèle à l'auteur du livre de la Sagesse des idées qu'il n'eut jamais, c. r, v. 4. Cet auteur dit que la sagesse, qu'il nomme indifféremment ['Esprit de Dieu cl le Saint-Esprit, n'entrera point dans une âme malfaisante, et qu'elle n'habitera point dans un corps asservi au péché , etc. Les philosophes ne parlaient pas ainsi de l'âme du monde ; iis pensaient que celle âme était répandue clans tous les corps vivants. L'auteur sacré dit , c. vu , v. 7 , qu'il a invoqué Dieu, et que l'Esprit de sagesse est venu en lui ; v. 15, que c'est Dieu qui lui a donné les connaissances qu'il possède ; v. 22 , (pue l'Esprit de sagesse est sainl et ami du bien; v. 27 , qu'il se répand dans les âmes saintes, d:ius lus amis de Dieu , et qu'il fait les prophètes;*;, ix , v. \ , il le demande inslani-
Dict. de TuéoL. uogm moi !•:. IV.
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ment à Dieu; v. 17, il lui dit : Qui connaîtra vos desseins, si vous ne lui dormez la sagesse, et si tous ne lui envoyez du ciel votre Saint- Esprit? Il faut être étrangement prévenu pour entendre par là l'esprit universel, principe de la vie des corps animés , et pour y voir le système des émanations. Voyez ce mot. — Ce mémo auteur réfute ceux qui attribuaient l'origine du mal à la nature des choses ; cependant, c. il , v. 11, 17 et suiv. ; cap. xu, v. 2, G, 8, etc. , il représente Dieu comme un juge sévère, mais juste et miséricordieux, qui punit les pécheurs en ce monde, afin de les amener à pénitence, et qui les extermine enfin , lorsqu'ils s'endurcissent dans le crime. Voilà des vérités qui ne sont jamais venues à l'esprit de Platon, de Plotin, ni des philosophes orientaux, et des expressions desquelles i!s ne se sont jamais servis; l'auteur du livre de la Sagesse les avait donc puisées ailleurs.
SAINT, SAINTETÉ. Les divers sens dont ces deux termes sont susceptibles, et l'abus que l'on en a fait , nous obligent d'en rechercher la signification primitive et grammaticale. L'hébreu kodesch ou kadosch , le grec û.yio;, le latin sanctus, dérivé de sango, nous paraissent tous formés de racines qui signifient un lien, ce qui attache ; de manière que saint, dans l'origine, signifie simplement lié, attaché, destiné, dévoué à quelqu'un ou à quelque chose. De là les expressions des écrivains sacrés, Jerem., c. li , v. 28 : Sanclificale contra eam gentes, faites conjurer les naiions contre elle; sanciificate super eam bellum, vouez de lui faire la guerre, c. vi , v. 4; sanctifica eos indie occisionis, dévouezles à la mort , cap. xi , v. 3 ; Jocl , cap. u, v. li: Sanctificats jejunium , congregate populum, sanctifteate Écclesiam , célébrez un jeûne, convoquez le peuple, formez une assemblée , etc. Sancta David, Act. , c. xm, v. 34, sont les promesses faites à David.
Conséquemment sanctifier une chose ou une personne , c'est l'attacher à Dieu et à son culte. Levit., c. xi , v. 44 cl 45 , le Seigneur dit aux Israélites: Je vous ai séparés des autres peuples.... vous me serez attachés et dévoués , ekitis miiii sancti. Sanctifica mihi omne primogenitum, destinez-moi tout premier-né ; sanction Domino, consacré au Seigneur. Dans ce sens, tout homme qui fait profession d'adorer le seul vrai Dieu est un saint. Comme c'est parmi ces vrais adorateurs que se trouvent ordinairement les hommes les plus vertueux, qui oui les mœurs les plus pures, et qui sont les plus fidèles a v remplir lous les devoirs, on a nomme. saints tous ceux qui pratiquaient des vertus héroïques , et qui paraissaient exempts des vices de l'humanité ; mais la profession du vrai culte n'est pas toujours accompagnée de celle sainteté de ma;urs et de conduite.
Souvent Dieu dit aux Israélites : Soyez saints, parce que je suis saint; la sainteté ne peut convenir à Dieu et à l'homme dans le même sens. La sainteté de Dieu cl l'aversion qu'il a pour le crime et pour lout ce qui peut blesser la pureté de son culte , et ld
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sévérité avec laquelle il If purril ; \& sainteté de l'homme est son exactitude à éviter tout ce que Dieu défend, cl à faire ce qu'il coin mande : sans cela, il n'est pas véritablement dévoué au culte de Dieu. Ainsi , lorsqu'en parlant d'une loi morale, Dieu dit: Soyez saints, purce que je suis suint , cela lignine : évitez Ici crime et pratiquez telle vertu, parce que j'approuve et je récompense celle conduite. Lorsqu'il est question d'une loi purement cérémonie Ile qui regarde la décerne du culte, la propreté et la sanlé des pai ticuliers , ces mêmes paroles signifient : f;ii les telle cérémonie, évitez telle indécence ou telle négligence, parce que cela me plaît ainsi, et qu'autrement vous serez punis. Il ne s'ensuit pas de là que Dieu approuve autant les cérémonies que les vertus, et qu'il punit les indécences aussi rigoureusement que les crimes.
La sainteté est donc attribuée à Dieu par opposition aux faux dieux du paganisme; ceux-ci n'étaient rien moins que des dieux saints, puisqu'on les supposait sujets aux mêmes vices que les hommes , et qu'on croyait les honorer par des crimes. Elle est attribuée aux juifs par opposition aux idolâtres, qui commettaient des actions infâmes pour plaire à leurs dieux. Les Juifs étaient ainsi la nation sainte, c'est-à-dire attachés ou culte du vrai Dieu , et non à celui des idoles.
En confondant mal à propos loules ces choses, les juifs sont tombés dans plusieurs erreurs. I3 Ils ont conclu que la loi cérémonielle était plus sainte que la loi morale, parce qu'elle prescrit toutes les observances dans le plus grand détail ; ils ont cru qu'ils étaient eux-mêmes plus saints, plus fidèles et plus agréables à Dieu en observant des cérémonies qu'en faisant ce que la loi morale ordonne , parce que celle-ci est portée pour les païens aussi bien que pour les juifs. 2° Que le Messie n'a pas pu établir une loi plus sainte que la loi de Moïse. 3° Que les patriarches n'étaient point tachés du péché originel, puisqu'ils sont appelés saints dan9 1 Ecriture, k" Que Dieu ne tenait aucun compte du culte que pouvaient lui rendre les nations étrangères, qu'il n'avait pas plus de soin d'elles que des animaux, quoique les livres saints enseignent formellement le contraire. Voy. Infidèles.
Les jours, les lieux, les personnes, les cérémonies, sont appelés saints, c'esl-à-dire deslinésà honorer Dieu ;dans le psaume xlix, v. 5 , les saints sonl les prêtres et les lévites, parce qu'ils étaient spécialement occupés au service du Seigneur. L'inscription Sanction Domino , gravée sur la laine d'or qui couvrait le fronl du grand prêtre , le faisait souvenir qu'il était consacré au service du Seigneur, et elle apprenait au peuple à respecter sa dignité. La Judée était nommée la Terre sainte , et Jérusalem la Ville sainte, parce que l'idolâtrie en était bannie, et que Dieu seul y était adoré ; mais cette même contrée est encore appelée à plus juste titre /" Terre sainte , depuis qu'elle a été cousa-
crée par la uaissance , par les travaux, par les miracles , parle sang de Jésus-Christ. Dieu apparaissant à Moïse dans le buisson ardent, lui dit : La terre où tu es est sainte c'est-à-dire respectable à cause de ma présence. Saint Pierre a pue Ile la montagne sain'e , celle sur laquelle ét.iit ;irri\éc la transfiguration de Jésus-Christ. Voy. Consécration.
Si I s hérétiques anciens et modernes, st les incrédules leurs copistes, avaient voulu faire loules ce^ réflexions . s'ils avaient daigné se souvenir que, dans le Nouveau Testament, les mots saint et sainteté ont lus mêmes sens qu'ils araient dans l'Ancien , ils auraient fa î i moins de Bopbismes et de reproches absurdes. Les manichéens argami ntaient déjà sur les vices cl les mauvaises actions des personnages qui sont appeler saints dans l'Ancien Teslarnenf. S. Au£.t I. xxiï , contra Faust. , c. 5. Les incrédules enchérissent encore aujourd'hui, comme si, pour être saint , il falla.l êlre absolument exempt de tous les vices de l'humanité. Ils devraient sentir qu'au milieu du torrent général qui entraînait tous les hommes dans l'idolâtrie, il y avait beaucoup de mérite à s'en préserv r , et que Dieu a dû attacher un grand prix à la constance de ceux qui persévéraient dans son service ; lorsqu il a daigné les nommer ses sair<ts , il n'a pas voulu donner à entendre par là qu'ils possédaient toutes les vertus, et étaient exempt» de tous les vices. De même saint Paul appelle saints lous les fidèles, parce qu'ils sont consacrés à Dieu par le baptême , et qu'Ks sonl appelés à la sainteté parfaite , quoique tous n'y parviennent pas. La communion des saints est la participation mutuelle des chrétiens à leurs prières et à leurs bonnes œuvres. Les Pères de l'Eglise se sont exprimés de même. Parce que saint Augustin a fait un livre de la Prédestination des saintsf quelques théologiens ont cru qu'il s'y agissait de la prédestination des élus à la gloire éternelle ; mais on voit évidemment , par ta lecture de ce livre, qu'il y est question de la prédestination des Gdèles à la grâce de la foi et du bapléme. Celait l'unique sujet de la dispute entre saint Auguslinel lespélagiens.
Dans le sens rigoureux, Jésus-Christ est le seul Saint ou le Saint des saints, parce que lui seul a possède toutes les vertus dans un degré héroïque, et a été exempt de tout défaut. On a donné néanmoins le titre de saint el de sainteté , non-seulemeul au souverain ponlife , mais aux évéques et aux préires, non pour leur attribuer loules les vertus , mais pour les faire souvenir qu'ils sont consacrés à Dieu , cl les protestants en ont été scandalisés. Ou dit la sainte Bible, le saint Evangile , des lois sa nies , les saints jours , l'année sainte, les lieux saints, saintes huiles , eau sainte, saint-sivge , saint Office, elc, parce que tous ces objets oui un rapport plus ou moins direct au culte de Dieu et au but de la religion chrétienne. On a même nommé guerre sainte la guerre destinée à chasser les infidèles de la terre sainte. Nous avons expliqué ailleurs en quoi con-
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sisle la sainteté do l'Eglise. To//. Eglise, § 2. A la \ ériîé , dans un sens plus restreint, f on appelle saint un homme qui est non- * eulemenl très -attaché au culte du vrai Dieu, mais qui est exempt de tout vice considérable , et qui pratique les vertus chrétiennes dans un degré héroïque; et, comme le bonheur du ciel est la récumpeiisecertaine d'une telle vie , nous entendons souvent par les saints ceux qui jouissent du bonheur éternel. Lorsque l'Eglise est convaincue qu'un homme a mené celle vie suinte et pure, lorsque Dieu a daigné l'attester ainsi par des miracles, elle le place au nombre des saints par un décret de canonisation, elle autorise les fidèles à lui rendre un cu!le public. Voyez Canonisation. Elle ne pj étend pas néanmoins attester par là que c'a été un homme exempt des moindres défauts de l'humanité, et qu'il n'a jamais péché : la faiblesse humaine ne comporte point celte perfection.
On ne doit pas être éionné de ce que les compilateurs des ad s des saints les ont comptés par milliers; depuis dix-sept cents ans que le christianisme est fondé, la sainte Eglise n'a jamais cessé de conduire un grand nombre de ses enfants à la vraie sainteté, et sans cela nous ne pourrions pas concevoir en quel sens saint Paul a dit, Ephcs., c. v, v. 25 : Jésus-Christ a aimé son Eglise, et il s'est livré pour elle , afin de la sanctifier , de lu rendre glorieuse , sans tache et sans ride. Nous pensons cependant que les saints counus et honorés comme tels ne sont pas le plus grand nombre des bienheureux , que leur multitude immense est principalement formée des (idoles qui se sont sanctifiés dans une vie obscure, dont les vertus ont été ignorées ou méconnues, ou qui , après avoir été sujets à des faiblesses pendant leur vie, ont eu le bonheur de se purifier par la pénitence avant la mort.
.Mais l'Eglise ne peut recoanaî;re pour saints des hommes qui ont eu peut-être de grandes vertus, mais qui sont morts dans le schisme , dans l'hérésie , dans une révolte opiniâtre contre l'autorité de cette sainte mère. Ce crime seul suffit pour faire perdre à un homme le mérite de toutes ses vertus. Nous avons appris de Jésus-Christ lui-même que si quelqu'un n'écoule pas l'Eglise, il doit être regardé comme un païen et un publicain. Matlh., c. xvi;i, v. 17.
Les incrédules out vomi des torrents de bile non-seulement contre les s lints de l'Ancien Testament, mais contre ceux du Nouveau ; ils en ont contesté toutes les vertus, et lors même que les actions de ces personnages respectables ont paru irrépréhensibles, leurs censures en ont noirci les motifs et les intentions. Si on veut les écouter, les prophètes de l'Ancien Testament ont été des fourbes ambitieux qui ont conduit leur nation à sa ruine ; les prétendus saints du christianisme ont élé des fourbes ignorants; lus martyrs, des hommes séduits; les anachorètes et les moines , des atrabilaires cruels à eux-mêmes ; les docteurs de l'Eglise, des querelleurs séditieux et perturbateurs de la
société. Dès que ces derniers se sont senti < appuyés par les empereurs , ils n'ont plu? montré qu'orgueil, opiniâtreté , vengeance, intrigue, ambition, rapacité. Les papes et les évêques n'ont travaillé qu'à se donner un pouvoir temporel et à l'augmenter sans cesse ; les missionnaires étaient des esprits inquiets , poussés par le désir de dominer sur des peuples ignorants et séduits. Malheureusement, en invectivant ainsi contre les saints du christianisme, les incrédules n'ont fait que copier les protestants ; ce n'est pas sans raison que Bayle a reprochée ces' derniers de n'avoir respecté dans leurs libelles diffamatoires ni les vivants ni les morts; et celle malignité subsiste encore parmi eux. Mosheim , dans son Histoire ecclésiast., v siècle, il* part. , c. 2, § 2 , dit que la multitude des saints ne dut ce litre qu'à l'ignorance du temps; que, dans ce siècle d>> ténèbres et de corruption , l'on regardait comme des hommes extraordinaires ceux qui se distinguaient par leurs talents, par leur douceur , leur modération, l'ascendant qu'ils avaient sur leurs passions. II donne encore une plus mauvaise opinion de ceux qui ont vécu dans les siècles suivants.
Aux mots Evêque, Martvr, Missions, Moines , Pape , Pasteurs , Pères de l'Eglîse, nous avons fait voir l'injustice de ces accusations générales, et sous Je nom de chacun des principaux personnages , nous avons répondu aux reproches particuliers qu'on leur a faits. Nous nous bornons ici à remarquer que c'est la licence effrénée des prolestants à calomnier les saints , qui a servi de modèle aux incrédules pour noircir do même Jésus-Christ el les apôtres ; qu'en suivant leur méthode, il n'y a dans l'histoire aucun homme si vertueux que l'on De puisse le pciudre comme un scélérat ; qu'après avoir ainsi traité ceux auxquels les peuples ont cru devoir rendre un culte , il a fallu n'avoir plus de honte pour nous représenter les fondateurs de la réforme comme de grands hommes.
Mosheim en particulier démontre sa propre injustice. Les saints qui ont fini fur carrière dans le ve siècle , l'avaient commencée dans le iv, siècle de lumière et de vertu, s'il en fût jamais. Dans l'âge suivant, après l'arrivée des barbares , temps d'ignorance, de brigandage , de désordres et de maux de toute espèce, n'était-ce pas un trèsgrand mérite de se distinguer par les talents, par la douceur des mœurs , par la modéralion , par l'ascendant sur les passions? Si cela ne suffit pas pour mériter le nom de saint, que faut-il de plus? On nous dit qu'un homme ne peut êlre saint qu'autant qu'il est utile , soil : il n'est rien de plus utile et déplus nécessaire dans tous les temps quo de montrer aux hommes des modèles de vertu, sans cela ils la croiraient impossible. On ajoute que l'Eglise a canonisé, malgré leurs vices, des princes qui lui out fait du bieu, comm.e Charlemagne, Levvigildc, etc., et même des moines qui l'ont enrichie pat des usurpatious : tout cela est faux ; k*
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deui princes donl on parle n'uni été canonisrs par aocon décret de l'Eglise; mais si elle avilit voulu le faire, elle se s-rail assurée par de bonnes preuves qu'Us avaient expié leurs vices par la pénitence. Ce sont les peuples qui , par reconnaissance envers ce» princes dans lesquels ils avaient vu tuilier de grandes vertus, se sont déterminés à leur rendre un culte: comment les en aurail-on empêchés ? C'est une injustice d'appeler usurpations les bienfaits dont on a comblé les moines dans un temps auquel ils rendaient les plus grands services. Vot/. Moink.
Les païens ont divinisé leurs héros, les inventeurs des arts, les législateurs, les fondateurs de secte, les devins ou les magiciens célèbres , les guerriers , etc. Quelle utilité pouvait-il en revenir à la société? Tous les hommes ne sont pas faits pour être héros, et la plupart de ceux de l'antiquité ont été très- vicieux. L'Cglisc chrétienne canonise les vertus communes, qui conviennent à tous les hommes, et que tons sont obligés de pratiquer, parce que te culte est capable do les y encourager.
Mais c'est justement par haine contre ce culte que les protestants se sont attachés à en déprimer les objets. Un des principaux moyens qu'ils ont fait valoir pour autoriser leur séparation d'avec l'Eglise romaine, a été le culte religieux qu'elle rend aux saints; ils ont soutenu que tout culte religieux rendu à d'autres êtres qu'à Dieu est une injure faite à l'Etre suprême, une superstition, une idolâtrie; ils ont forgé des faits, des calomnies, de fausses interprétations Oe l'Ecriture , des sophismes de toute espèce pour le prouver, et ils les répètent encore. Au mot Culte, § 1, nous avons réfuté directement leur principe et ses conséquences, par l'Ecriture sainte même; nous avons fait voir la différence essentielle qu'il y a entre le culte suprême rendu à Dieu , et lo culte inférieur ou subordonné que nous rendons aux saints; nous avons répondu aux reproches et. aux fausses allégations de nos adversaires. Au mol Ange et au mot Martyr, S 6, on trouvera encore à peu près les mêmes léflexions, il serait inutile de les répéter. Pour achever d'éclaiicir cette question, il faut encore prouver, l°que les saints intercèdent ou prient pour nous dans le ciel : 2° qu'il est très-permis de les invoquer, par conséquent de, leur rendre un culte religieux (1).